Texte:4 nouveaux mouvements de contestation contre « le tourisme qui détruit le monde »

« La montée du ressentiment contre les touristes est un problème à prendre au sérieux » avance le secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme.

Le tourisme détruit le monde! », c’est ce que l’on pouvait lire sur les planches protégeant la vitrine d’une agence de voyages locale à Valence dans la Drôme où s’étaient réunies le 2 février plus de 5000 personnes dans le cadre des mobilisations hebdomadaires de gilets jaunes. Jusqu’alors, lorsque l’on pensait contestation de l’activité d’entreprises et d’autres acteurs économiques, on pensait aux activités extractives, au nucléaire, à l’agrochimie, aux biotechnologies (OGM), à la finance ou encore à la « malbouffe », mais assez peu au tourisme, a fortiori dans un pays qui s’enorgueillit d’être la première destination mondiale du tourisme international. Est-ce en train de changer?
On ne peut pas dire à proprement parler que l’on assiste à un tourismebashing en France, mais on peut tout de même remarquer à propos de ce secteur que l’on retrouve les quatre formes de critiques courantes des activités des entreprises. Certaines de ces critiques relèvent de la « tourismophobie », pour reprendre l’expression de Paul Arseneault, c’est-à-dire d’un rejet de l’industrie touristique, de ses partenaires institutionnels (administration publique, municipalité, offices du tourisme) ou commerciaux (hôtels, AirBnb, transporteurs), tandis que d’autres prennent la forme d’une « touristophobie », soit d’un rejet des touristes en tant que tels, ce rejet pouvant aller jusqu’à des agressions dans certains cas.
On a ainsi pu voir émerger ces dernières années en France, comme ailleurs, quatre formes de contestation du développement de l’activité touristique de masse. La première de ces critiques est de nature intellectuelle. Elle est émise par des chercheurs et des universitaires. Elle peut être indirecte, à l’instar de ces chercheurs de l’université de Sydney qui ont publié en 2018 une étude dans la revue Nature Climate Change sur la base d’une évaluation des émissions de gaz à effet de serre du secteur touristique (qui représenteraient 8% du total des émissions de GES), ou bien plus directe. Certains universitaires développent, en effet, une critique d’ordre éthique du tourisme. C’est le cas du sociologue Rodolphe Christin, auteur d’un Manuel de l’anti-tourisme (Editions Ecosociété, 2018), de L’Usure du monde. Critique de la déraison touristique (Editions L’échappée, 2014) et qui a co-dirigé avec Philippe Bourdeau un ouvrage collectif intitulé Le tourisme: émancipation ou contrôle social? (Editions du Croquant, 2011).
La seconde forme de contestation émane du monde des ONG et des associations à l’instar des associations britanniques Tourism Concern, qui publie notamment un Guide du voyage éthique, ou The Travel Foundation ou en France, de l’Association pour le tourisme équitable et solidaire. Ces associations jouent un rôle de « vigie éthique » face à un certain nombre de dérives du tourisme de masse et tendent à défendre un tourisme durable ou un tourisme équitable et solidaire. Cette critique peut être aussi le fait d’autres types d’associations qui ont été amenées à s’intéresser au tourisme, comme des associations environnementalistes –l’association France nature environnement (FNE) a publié en 2015 une étude dans laquelle elle estimait qu’un paquebot à l’arrêt polluait autant qu’un million de voitures (en termes d’émission de particules fines et de dioxyde d’azote), l’ONG allemande Nabu a, quant à elle, mesuré les émissions de particules fines des paquebots à Marseille et l’ONG World Animal Protection a dénoncé les selfies de touristes pris avec des animaux sauvages qui feraient l’objet de maltraitance.
La troisième est une critique des activités ou de projets de nature touristique à un échelon local par une partie des riverains dans une logique de type NIMBY (Not In My Back Yard, pas dans mon arrière-cour ou à côté de chez moi), et notamment par des agriculteurs qui voient une partie de leurs terres expropriées, mais aussi par des élus locaux. Des habitants de grandes villes comme Barcelone, Venise ou Dubrovnik se sont, en effet, mobilisés depuis 2015-2016 contre les effets d’un « surtourisme »: détérioration des lieux visités, nuisances diverses (bruit, pollution, incivilités), impact sur le prix des loyers, etc. En France, on a pu voir un tel phénomène à Marseille où des habitants des quartiers nord, notamment réunis dans l’Association Cap au Nord, se plaignent de l’impact environnemental des grands paquebots de croisière. Une partie des riverains se sont opposés également à divers projets de nature touristique –projet de Center Parcs en Forêt de Poligny dans le Jura ou à Roybon en Isère (projet actuellement bloqué), de station de ski sous dôme à Elancourt dans la région parisienne (projet qui a été abandonné), de parc à thème autour du roi Arthur (Avalonys) à Guipry-Messac en Ille-et-Villaine (projet abandonné dans ce lieu) – ou à des projets visant à attirer de nombreux touristes, comme Europacity, un projet d’espace commercial et de loisirs dans le triangle de Gonesse comprenant notamment des hôtels et des restaurants. Enfin, des élus locaux ont à plusieurs reprises dénoncé l’impact du développement des locations meublées saisonnières de type AirBnb dans leur ville, notamment sur la disponibilité des logements pour la location, sur les prix des loyers et la désertification des centre-villes. Ce fut le cas d’Anne Hidalgo à Paris, comme des municipalités d’autres villes comme Amsterdam, Barcelone, Berlin ou Londres.
Enfin, la quatrième forme de contestation correspond à des actions directes menées par des individus ou des groupes radicaux contre des activités ou des projets touristiques dans une logique généralement anticapitaliste. En France, cela concerne plus particulièrement des projets touristiques assimilés par ces activistes à ce qu’ils appellent des « grands projets inutiles imposés ». Le cas le plus emblématique est bien évidemment celui du projet de Center Parcs à Roybon qui a été bloqué depuis 2014 à la fois d’un point de vue pratique avec la mise en place par ces activistes d’une Zone à défendre (ZAD) et d’un point de vue juridique. Ces actions de blocage, voire de sabotage, peuvent concerner aussi des projets susceptibles de favoriser les flux de touristes, comme des aéroports (Notre-Dame-des-Landes) ou des lignes de TGV (par exemple la ligne Lyon-Turin). À l’étranger, des actions directes antitouristiques quelquefois violentes ont pu être menées notamment en Espagne ou aux Etats-Unis. Le groupe anticapitaliste et indépendantiste catalan Arran a perpétré des actes de vandalisme contre des installations touristiques ou des actions « coup de poing » dans des lieux touristiques: prise d’assaut d’un bus de touristes à Barcelone ou irruption dans un restaurant à Palma de Majorque avec un déploiement de banderoles, des jets de confettis et l’utilisation de fumigènes. Aux Etats-Unis, un groupe animaliste radical a provoqué en 1998 un incendie de cinq bâtiments et de quatre remonte-pentes dans une station de ski du Colorado pour dénoncer un projet d’extension de la station dans une zone d’habitat naturel du lynx d’Amérique du Nord.
Tout ceci reste néanmoins très minoritaire. Mais, on ne peut qu’être d’accord avec Taleb Rifai, le secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), lorsqu’il affirme que « La montée du ressentiment contre les touristes est un problème à prendre au sérieux », d’autant plus si ce rejet du tourisme et/ou des touristes tend à coïncider avec d’autres tendances négatives pour le tourisme, comme l’impact du changement climatique, les actions terroristes visant des zones touristiques ou l’évolution du prix de l’énergie (et donc des coûts de transport).

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C’était le 2 février 2019 lorsque le maire de valence et le préfet .. contraignaient les habitant-e-s de ne pas sortir . Le Maire de valence  est chargé du  tourisme et du thermalisme  dans l’appareil politique de la région Aauvergne Rhones Alpes

publication:

Salut,

 

Je fais suivre un lien que Rodolphe nous a envoyé où il est question de tourisme (et de projets Center Parcs).

 

Henri

 

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Valence, France :Blocage d’une école dans la Drôme

Enfants à  la rue = écoliers en danger!

Aujourd’hui, lundi 11 février, le collectif des parents d’élèves de l’école Pierre Rigaud à Valence a organisé un blocage: les enfants n’ont pas pu rejoindre leur classe.

Par cette action, ils souhaitent dénoncer la situation de plusieurs familles d’élèves.à la rue.Certaines ont obtenu un hébergement d’urgence, hôtel et foyer, jusqu’à la fin de la trêve hivernale soit le 31 mars et une se retrouve à la rue avec deux enfants de 8 et 5 ans.

A ce jour le collectif reste mobilisé dans l’attente d’une solution d’hébergement.

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[reçu par mail]

Acte XIII des « Gilets jaunes » : Souffler sur les braises de la révolte – 9 février 2019

Dès le lendemain de cet acte XIII, des commerçants de plusieurs villes et métropoles ont demandé à être reçus pour « une réunion d’urgence » au gouvernement, compte tenu des « préjudices subis par les les commerçants » après treize semaines de mobilisation des « gilets jaunes ». Ils disent être « pris en otage par des casseurs » et les pertes sont de l’ordre de plusieurs « millions d’euros dans nombre de grandes villes (Bordeaux, Dijon, Lyon, Nantes, Paris, Rennes, Rouen, Saint-Etienne, Toulouse…) », dénonce France Urbaine à travers un communiqué, qui réunit les élus des grandes villes et métropoles. L’association « demande au Premier ministre une rencontre avec le ministre de l’Economie (…) et la ministre de la Cohésion des territoires » afin « de définir les modalités d’indemnisation et d’accompagnement, au nom de la solidarité nationale ».

Dimanche 10 février, le ministre de l’intérieur Castaner a affirmé sur France Inter et franceinfo que depuis le début du mouvement, 1 900 commerces ont eu leurs vitrines vandalisées rien que sur Paris.

Pour ce qui est de cet acte XIII dans la capitale : « La quasi-totalité des distributeurs de billets de banque du parcours de la manifestation d’hier ont été détruits, mais aussi du mobilier urbain et des voitures, souvent de luxe : c’est très classique del’ultra gauche »

Un peu partout, 9 février 2019 : un nouveau samedi de villes en feu et d’affrontements

A Paris, les émeutes ont une fois de plus fait rage. Là où les manifs syndicales restreignent nos possibilités d’attaques, cette nouvelle journée a ouvert de larges champs à l’action directe et au sabotage, par la formation de divers cortèges sauvages sillonnant les rues des quartiers bourgeois de la capitale : des banques, des concessionnaires automobiles et des agences intérim, d’assurances et immobilières ont été défoncées, des bagnoles de luxe (notamment des Porsche) incendiées, tout comme un véhicule de militaires de l’opération Sentinelle garée aux pieds de la Tour Eiffel. Un autre véhicule de l’armée à côté a eu ses vitres brisées, mais il semble qu’il était lui aussi voué à partir en fumée. Ce sont des pompiers de la révolte, des street medics Gilets jaunes, qui aurait sauvé de peu ce deuxième véhicule des flammes. D’après des témoignages publiés sur les réseaux sociaux, ils auraient agi de cette sorte tout l’après-midi pour sauver ce qui nous opprime et nous dépossède.

Pour les incendies contre l’armée et les riches (et bien d’autres attaques que nous ne pouvons que partager, bien évidemment), un « individu bien connu de la mouvance anarcho-autonome » a été arrêté en fin de journée. Les flics ont fourni à plusieurs journaux leur manière de procéder pour l’interpeller. Des flics en civil l’auraient suivi durant plus de trois heures d’émeutes. Les journa(flics) détaillent aussi une série d’actes qui lui sont attribués (que ce soit vrai ou bidon, tous sont à défendre à 100%). Extrait de cet exemple de propagande policière: « Les policiers reportent son interpellation car il évolue au sein d’un groupe très hostile […]. Mais ils le suivent et le filment alors qu’il s’en prend à pas moins de six commerces en à peine une heure. A chaque fois, le jeune homme récupère les morceaux de marbre des devantures pour les jeter sur les policiers en uniformes. Il s’en prend également à plusieurs voitures, notamment des BMW ou encore tous les modèles d’exposition d’une concession Renault. Une Porsche appartenant au célèbre chef cuisinier Christian Etchebest est incendiée. Il s’attaque également tour à tour à un véhicule de police, à un véhicule de patrouille Sentinelle et à un fourgon de l’administration pénitentiaire. C’est une charge menée par les CRS aux abords des Champs-Elysées, qui permet aux policiers d’isoler et d’arrêter le jeune homme après trois heures et demi de violence. Proche de la mouvance d’ultra gauche, il est déjà connu des services de police pour des dégradations ». (Europe 1, 11.02.2019)

Sur les émeutes de ce samedi dans les rues de Paris, on peut aller lire un récit plus détaillé sur Paris-luttes.

A La Roche-sur-Yon, plus de 1000 personnes ont pris part à la manif régionale (après Angers et Nantes…). Panneaux publicitaires, banques (au moins deux agences, d’après France Bleu Loire-Atlantique) ou encore l’Hôtel du Département ont été pris pour cible. Des poubelles ont été incendiées, des barricades avec du matériel de chantier érigées…  L’entrée de la banque BNP Paribas rue Sadi Carnot, qui était barricadée de planches en bois, a été forcée et s’est fait péter plusieurs vitres. Plusieurs commerçants avaient baissé le rideau. Au U express, on a pris la décision de fermer peu avant 17 h. « J’ai fait sortir les derniers clients par l’arrière du magasin », raconte Florent Rimbault, le gérant, alors qu’un employé nettoyait ce matin les dernières traces d’un feu devant l’entrée de la supérette.

L’Hôtel du Département

A Nantes, il y a eu de nombreux tags, comme souvent. Onze personnes ont été arrêtées par les flics en marge de la treizième manifestation des Gilets jaunes. Trois d’entre elles ont été déférées au parquet ce lundi 11 février, dont une personne pour une mise à exécution d’un jugement. Pour les huit autres personnes interpellées, cinq font l’objet d’une convocation par un officier de police judiciaire (COPJ), deux obtiennent une composition pénale, et une dernière personne bénéficie d’un classement sans suite.

Nantes, le 5 février dernier

A Rennes, 500 personnes ont affronté la police lors de cet acte XIII. Comme pour Nantes, la presse ne fait pas état de vitrines brisées.

A Lorient, 3000 personnes (2 000 selon la police) ont participé à la manif régionale pour la Bretagne. Des affrontements ont eu lieu à proximité du commissariat central, bien protégé en vue de cette journée. Dix personnes ont été interpellées.

« Des dégradations, survenues à la fin de la manifestation, se limitent à quelques feux de poubelles, une vitrine cassée et des pavés démontés pendant les face-à-face tendus entre les manifestations et les CRS et forces mobiles. La manifestation, non déclarée et sans itinéraire préalable, s’est terminée vers 18 h 30, dans une ville quasi déserte, après les mises en garde de la préfecture, incitant beaucoup de commerces à baisser le rideau dans l’après-midi. » (Le Télégramme, 10.02.2019)

A Bordeaux, plus de 5000 personnes (selon les chiffres de la police à 15h) sont descendues dans les rues. Comme lors des douze derniers épisodes, des centaines de personnes ont affronté les forces de l’ordre autour de la place Pey-Berland après 17h. Vers 17h45, les flics ont chargé sur la place Pey-Berland, provoquant la dispersion des manifestants. Dans une rue adjacente, deux véhicules ont été incendiés. Des commerces ont été attaqués, même si il semble qu’il n’y en ait eu moins que les semaines précédentes. 18 personnes ont été interpellées mais 13 d’entre elles ont été placées en GAV pour « participation à attroupement en vue de commettre des violences, violence sur personnes dépositaires de l’autorité publique sans ITT ou rébellion ». 12 agents en uniforme ont été blessées. Au total, ce sont 8 gendarmes mobiles et 4 CRS qui ont été blessés, touchés par des jets de projectiles ‘mortiers, boulons, bouteilles, pavés…). La Préfecture recensait aussi 7 traumatismes sonores et des blessures diverses.

Il est à noter que, comme pour de nombreuses villes, la Préfecture ne communique plus de chiffres sur la manifestation.

Dès lundi 11 février, une dizaine de salariés de la Chambre de commerce & d’industrie (CCI) et de la Chambre de métiers vont s’engager dans un porte à porte inédit. Leur mission est d’aller au contact des commerçants les plus impactés par les manifestations des gilets jaunes. Selon les études produites par la CCI, l’activité des commerces bordelais a baissé de 51 % les samedis.

A Toulouse, « entre 5000 et 7000 personnes » étaient dans les rues pour cet acte XIII. La presse locale affirme qu’il n’y a pas eu de casse « majeure » sur le parcours (une première depuis le début) et rappelle que les commerces et les banques avaient mis les moyens pour défendre leurs biens en installant des panneaux. Par contre, ces surfaces de protection toutes vierges ont été utilisées pour inscrire de nombreux « messages hostiles à la police, anticapitalistes, ou incitant à l’insurrection ».

Dans le quartier des Chalets, quatre personnes ont été interpellées alors qu’elles s’en prenaient à un véhicule.

Au sujet de la répression, un texte est paru sur iaata.info concernant le placement en détention provisoire d’un compagnon après son arrestation lors de l’acte XII samedi 2 février.

Quant à la violence des flics, elle est toujours plus intense : « Selon l’observatoire des pratiques policières, le nombre de blessés parmi les manifestants serait plus important. place du Capitole, une femme aurait été blessée au visage par un projectile identifié comme venant d’un tir de lanceur de balles de défense. Trois photographes de presse ont été touchés par une grenade de désencerclement ».

Par ailleurs, une baston a éclaté avec une quinzaine de fascistes repérés en queue de cortège, à l’angle de la rue de Metz et de la rue d’Alsace-Lorraine, au même endroit où la victime fasciste Vincent Lapierre (« un journaliste indépendant », d’après le journaleux de La Dépêche) s’était mangé des coups la semaine précédente. « La scène n’a duré que quelques secondes. Quelques coups de poing ont volé. Un commissaire de la sécurité publique s’est d’abord interposé et les forces de l’ordre ont dispersé les belligérants à coups de grenade lacrymogène évitant ainsi une bataille rangée annoncée ». Fidèles à leur idéologie pro-patronale en parfaite milice des riches et du capital, les fachos « ont expliqué leur présence au sein du cortège « dans le but de chasser les casseurs… ». Des SO parisiens et marseillais jusqu’aux manifs à Toulouse, les fafs sont des auxiliaires des flics, depuis toujours. Au vue du montant des dégâts liés à ce mouvement, voilà qui est rassurant. [Toutes les citations sont tirés de La Dépêche, 10.02.2019]

A Montpellier, plusieurs centaines de personnes ont manifesté. Parmi elles, un enfant de 12 ans a été arrêté durant l’acte 13 des « gilets jaunes ». Présent depuis plusieurs semaines dans les rassemblements, il a été interpellé alors qu’il visait les vitres de la préfecture avec une fronde et des billes, selon cette source. Il a expliqué à la police vouloir atteindre les vitres mais aussi le drone employé par les forces de l’ordre durant leurs interventions. Il a été récupéré par son père dans la soirée et sera convoqué prochainement auprès du tribunal pour enfants. Il était déjà suivi par un juge pour enfant.

Plus de 1500 personnes ont déambulé dans le centre-ville dès 14h. C’est en fin de journée que les affrontements ont été saisis pour attaquer ce monde d’argent et de marchandise. Il y a eu un véritable « acharnement » sur les banques, et en particulier leurs distributeurs de billets, selon le Midi Libre.

Ce samedi, les distributeurs automatiques de la plupart des établissements bancaires de l’Ecusson ont une nouvelle fois été fracassés lors de l’acte XIII des « gilets jaunes ». « Conséquence : sur les dix distributeurs de la place de la Comédie, aucun n’était disponible ce dimanche. Les trois de la Banque postale ont été fracassés dans les violences qui ont suivi la manifestation de samedi. Quant à ceux de la CIC, de la Banque populaire et de la Société marseillaise de crédit, ils étaient protégés ou barricadés par des plaques en fer ou des panneaux de bois. A l’angle de l’Esplanade, en rez-de-chaussée d’immeuble, les Dab de la Société générale étaient là aussi inaccessibles. Pareil pour le Crédit agricole, à proximité de la préfecture ».

A Lyon, la manif de ce samedi a été marquée par de gros affrontements avec les fascistes qui ont chargé le cortège. Au bout de quelques minutes, la petite centaine de soldats de la peste brune ont dû se replier, une nouvelle fois.

A Besançon, les centaines de personnes présentes place de la révolution en début d’après-midi ont choisi de déserter le centre-ville pour tenter d’aller bloquer le centre commercial de Chalezeule (nord-est) en empruntant les voies du tramway, plutôt que d’aller au casse-pipe à la préf’ (là où depuis le début ont lieu les affrontements avec la flicaille, qui est maintenant bien préparée, et qui vient d’installer une nouvelle caméra 360). Les gendarmes mobiles se sont très vite déployés en nombre pour protéger l’enseigne Carrefour, gazant en rafales le cortège (certaines grenades sont tombées directement sur les automobilistes consommateurs). En réponse, les bleus ont reçu une pluie de cailloux et une rafale de pétards et de mortiers. N’ayant pas réussi leur action, les manifestants sont redescendus vers le centre-ville : en pasant par Chamars (à proximité de la préfecture), ils ont été abondamment gazés et sont repartis en direction du quartier Battant par les voies du tramway, de fait bloqué tout l’après-midi. De nouveaux affrontements se sont déroulés rue de la Madeleine (devant l’église) : coups de flashballs à ras des têtes et rafales de lacrymos n’ont pas découragé certains qui ont continué jusqu’à la gare Viotte, avant de se faire une nouvelle fois gazer et de se disperser. Une personne a été interpellé avant la manif.

Des batailles de rues avec les uniformes ont fait rage ailleurs, comme à Metz et Dijon. Dans la capitale burguignonne, trois des quatre personnes séquestrées au comico par les forces de l’ordre ont vu leur garde à vue prolongée. « Le quatrième interpellé est un mineur de 17 ans, vivant à Dijon. En passant devant des policiers, il leur a adressé un geste grossier. Contrôlé, il s’est avéré porteur de deux couteaux et d’un gros caillou. Il a admis qu’il comptait le jeter sur les forces de l’ordre durant la manifestation ». [Le Bien Public, 11.02.2019]

La ville de Metz a connu « les affrontements les plus violents depuis le début des manifestations des gilets jaunes », selon le patron de la police locale. Alors que « tous les signaux étaient au vert » (rangement de mobiliers extérieurs et terrasses, une présence des syndicats FO et CGT plus importante qu’ailleurs (« la participation de ces routards des manifestations était rassurante », selon le républicain lorrain), un parcours de manif déposé mais surtout pour la première fois un SO de 50 personnes), la manif a quand même débordé: « Place Mazelle, le cortège est sorti des clous. […] les « organisateurs » ont eu peur de ne pas pouvoir maîtriser leurs troupes. Alors qu’ils hésitaient, d’autres meneurs ont emmené la foule vers le centre-ville et la préfecture. On connaît la suite : un premier face-à-face avec les forces de l’ordre qui a fait pschitt. Et un second, explosif, à la tombée de la nuit. Devant le pont de la préfecture, il y a eu « l’attaque la plus violente perpétrée à Metz » depuis le début du mouvement, considère le chef de la police locale. Ses services ont repéré dans les rangs « des groupes d’extrême gauche et d’extrême droite venus notamment des Vosges et de Meuse » et plus nombreux que d’habitude. Pour protéger la préfecture, les forces de l’ordre ont repoussé les manifestants vers la ville à coups de bombes lacrymogènes, gazant au passage des familles avec leurs enfants.

Concernant les dégradations: « la vitrine d’une banque et un distributeur de billets ont été détériorés place Saint-Jacques. La terrasse et le mobilier d’un restaurant ont été saccagés place de Chambre. Une grille d’avaloir, des pavés et des panneaux de signalisation ont été arrachés et un horodateur mis hors-service rues des Piques et du Vivier ainsi que places de Chambre et Saint-Etienne. Des feux ont été allumés dans les rues Paul-Bezanson, Ladoucette, Dupont-des-Loges et en Fournirue. » Des tags contre la police ont été inscrits sur un mur du tribunal et sur des bâtiments rues des Roches et du Pont-de-la-Préfecture.


Chroniques de la répression

Ajaccio, 8 février 2019 : deux hommes de 34 et 24 ans sont passés en jugement pour avoir, le 2 janvier dernier, tagué à la peinture jaune les initiales « GJ » sur le portail de la CAF avant de le dégrader, empêchant employés et usagers d’entrer dans les locaux.

« Le trentenaire était poursuivi pour « dégradation, entrave à la liberté de travail, rébellion » mais aussi « dégradation d’un radar automatique » et « menace de mort à l’encontre du président Emmanuel Macron ». « Il avait été vu sur Facebook avec un gilet jaune où il était écrit vendetta pour Macron. A mort Macron. Macron, du plomb pour cette ordure », a précisé à l’AFP le procureur de République d’Ajaccio, Éric Bouillard. Il a été condamné à six mois d’emprisonnement dont deux mois avec sursis, l’obligation d’indemniser les victimes et l’interdiction de détenir une arme. L’homme de 24 ans, poursuivi pour « dégradation », « entrave à la liberté de travail » et « rébellion », a été condamné à trois mois de prison avec sursis et 105 heures de travail d’intérêt général. La CAF a obtenu indemnisation de son préjudice évalué à 1.500 euros, a précisé le procureur. A l’audience aujourd’hui, un incident a eu lieu avec une autre « gilet jaune » qui a été placée en garde à vue pour outrage sur personne dépositaire de l’autorité publique. Le jour des faits, le 2 janvier, d’autres « gilets jaunes » avaient immédiatement tenu à se désolidariser de cette action en se présentant à la police et en demandant à être entendus pour rejeter l’appartenance des deux hommes au mouvement, avait alors indiqué le parquet. » (Le Figaro, 8 février 2019)

Motreff (Finistère), 7 février 2019 : la résidence secondaire du président de l’assemblée nationale, Richard Ferrand, a été ciblée par un incendie volontaire. Peu d’infos ont filtré sur les dégâts causés par les flammes : on sait juste qu’une porte d’entrée a été détruite et que les murs d’une pièce ont été noircis par la fumée. « C’est un voisin qui s’est aperçu que quelqu’un a voulu mettre un incendie, il s’en est aperçu [jeudi] vers 14 heures. Le procureur a précisé qu’il n’était pas en mesure de dire quand les faits ont été commis. « Un volet a explosé la vitre, cela s’est arrêté là. Il n’y a pas de tag qui permettrait de mettre en lien avec les Gilets jaunes, pas de revendications, pas de pénétration hostile dans la maison », a poursuivi le procureur, confirmant l’ouverture d’une enquête. Le procureur de Brest, Jean-Philippe Recappé, a confirmé que, selon les premiers éléments « il s’agit d’un incendie criminel. Cela ne fait aucun doute. On a trouvé un reste de pneumatique, et visiblement du carburant ».

Plusieurs domiciles et permanences d’élus de la majorité présidentielle ont été pris pour cible depuis le début du mouvement des Gilets jaunes en novembre et certains d’entre eux ont fait l’objet de menaces. De source parlementaire, une cinquantaine de députés ont été visés ces dernières semaines. (Le Parisien, 08.02.2019)

Quelques jours après cette tentive d’incendie d’une résidence secondaire déserte, les déclarations de politiques se sont succédé pour condamner cette action : tout le spectre politique, allant de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, ont condamné cette attaque incendiaire. Le journal de la gauche autoritaire, L’Humanité, en a même fait un article ce lundi 11 février dans lequel il est dit : « le patron de LR, Laurent Wauquiez, a condamné « un acte honteux et consternant ». Jean-Luc Mélenchon (FI) a indiqué, lui, avoir adressé « un message personnel de solidarité ». Fabien Roussel (PCF) a déclaré : « Qu’on partage ou non les idées de Richard Ferrand, rien ne justifie la violence. Rien ne justifie de porter atteinte à la vie (sic). ». Du côté de l’extrême-droite (en plus de Dupont-Aignant), Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, a dénoncé un « acte extrêmement grave et totalement inadmissible ». De son côté, le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) du Kreiz-Breizh réagit, dans un communiqué, après la tentative d’incendie contre la maison de Richard Ferrand à Motreff. « Le NPA Kreiz-Breizh considère que l’atteinte aux biens personnels et aux personnes ne fait pas partie de son combat, et nous condamnons cet acte » écrit son porte-parole Matthieu Guillemot.

Rouen, 7 février 2019 : sept personnes ont été déférés au parquet de Rouen pour « destruction et dégradations par incendie ». Sept personnes ont été interpellées le 7 février sur les coups de 6h au Havre, à Rouen et près de l’Aigle. Elles sont suspectées d’avoir incendié un distributeur de billet à Rouen lors de l’acte VIII des gilets jaunes le 5 janvier dernier où de nombreuses dégradations avaient été constatées. Cet incendie s’est déroulé le 5 janvier dernier rue Louis-Ricard. « Aux alentours de 14h30, un groupe de casseurs a mis feu à un distributeur de billet en y accumulant des conteneurs. Le préjudice des dégradations s’élève à 63000 € », précise une source judiciaire. Si l’un des suspects a tenu à minimiser son implication, tous ont reconnu les faits. Les sept prévenus, âgés de 21 à 43 ans, « sont tous connus pour violence aggravée, participation à attroupement ou incendie volontaire » pour des actes parfois commis lors des précédentes manifestations de gilets jaunes. L’un deux a même dû être extrait de sa cellule de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), où il purge une peine de deux mois de prison pour des jets de projectiles sur des forces de l’ordre ayant eu lieu à Paris lors de l’acte XII du samedi 2 février. (France 3 Normandie, 08,02,2019)

Niort, 28 janvier 2019 : un cinquantenaire a été placé en GAV pour avoir saboté la porte d’entrée du tribunal de Melle dans l’après-midi du 12 janvier, en pleine manifestation des Gilets jaunes. Les flics disposaient des images de caméras du bâtiment d’Etat sur lesquelles il aurait formellement été identifié. Il a reconnu avoir introduit de la colle dans la serrure de la porte d’entrée et comparaîtra devant le tribunal de Niort le 19 mars prochain pour « dégradation de bien public ». Placé sous contrôle judiciaire jusqu’à cette date, il devra pointer chaque samedi à la brigade de gendarmerie de Melle, sa commune de résidence.

A noter qu’une dizaine de Gilets jaunes des Deux-Sèvres s’étaient regroupés en soutien à l’inculpé devant les grilles du comico. (La Nouvelle République, 28.02.2019)

A Lille

[Compilation de plusieurs article des médias locaux]

 repris de Sans_Attendre

Nouveau supplément n°5 Sur Gilets jaunes au n°19 de Temps critiques: L’envie de Révolution française des Gilets jaunes

Dès les premières occupations des ronds-points, des péages d’autoroute, des zones commerciales, lors des manifestations dans les rues et sur les places, les emblèmes de la Révolution française sont présents et mis en avant par les Gilets jaunes. Drapeaux tricolores, bonnets phrygiens, guillotines et chants de la Marseillaise donnent le ton et rythment les diverses formes de lutte. Dans les réunions et sur les réseaux sociaux circulent mots d’ordre stratégiques et modes d’actions politiques qui, pour la plupart, font référence aux moments forts de la Révolution française : cahiers de doléances, destitution1 du président-monarque, assemblées citoyennes, abolition des corps intermédiaires, démocratie directe, fin de l’injustice fiscale, contrôle des élus et baisse de leurs rémunérations, appel à former un pouvoir constituant, union des patriotes pour la défense de la nation, etc.

Cette référence a été maintes fois constatée, décrite et commentée. Mais le plus souvent elle l’a été comme une référence symbolique plus que réelle ; comme une nostalgie ; au mieux comme une impulsion politique donnée à la lutte. Or, deux questions décisives se posent dans le rapport des Gilets jaunes à la Révolution française et elles n’ont que rarement été envisagées :

1 – Au-delà des déterminations historiques propres à la Révolution française, quelle est la valeur qui est revendiquée comme commune entre ces deux moments ? Nous posons que c’est la valeur d’universalité qui est au cœur de ces deux moments ; une aspiration vers l’universalité de la communauté humaine.

2 – La seconde question est encore plus rarement évoquée à propos de cette envie de révolution française de la part des Gilets jaunes. Pourquoi la Révolution française est-elle la seule et unique référence à des révolutions du passé ? Pourquoi les révolutions ouvrières, prolétariennes, « communistes » des XIXe et XXe siècles sont-elles des références quasiment impossibles pour le mouvement des Gilets jaunes ?

L’universalité du commun des « cabanes »

Si l’on considère les trois premiers mois d’existence du mouvement des Gilets jaunes, le moment où la dimension d’universalité de la communauté humaine s’est manifestée avec le plus d’intensité fut celui de l’occupations des ronds-points. Bien que de manière moins explicite, cette aspiration s’est aussi exprimée dans le contrôle des péages d’autoroute et dans les interventions aux supermarchés.

Que l’initiative de la lutte sur les ronds-points ait été concertée dans les réseaux sociaux ne prive en rien le mouvement des Gilets jaunes de cette solidarité humaine qui fait sa force. Dans l’espace limité mais stratégique des ronds-points, dans cette communauté vécue dans les rudimentaires « cabanes » construites là, ont puissamment surgi libération de la parole de citoyens toujours ignorés, souvent méprisés et action déterminée pour la faire entendre.

Leurs gilets endossés, des femmes et des hommes, se sont organisés pour bloquer ou filtrer le trafic routier et, ce faisant, ils ont partagé les conditions de leurs vies précarisées, injustement taxées, invisibles pour le pouvoir d’État et ses réseaux.

Dans ces échanges sur le dur vécu quotidien mais aussi sur les possibles d’une autre société et d’une autre vie ; dans ces repas partagés ; dans l’accueil des passants solidaires ou la défense à l’égard d’automobilistes hostiles, s’est concrètement affirmée une aspiration universelle à la communauté humaine. Rien d’autre que cette aspiration à une « République du genre humain » proclamée par Anacharsis Cloots, athée prussien se disant « orateur du genre humain », fait citoyen d’honneur par les révolutionnaires girondins en 1792 puis envoyé à la guillotine en 1794 par le jacobin théiste Robespierre non sans l’avoir fait auparavant exclure de la Convention car « étranger à la nation ».

Les impasses assembléistes et parlementaristes

Le mouvement des Gilets jaunes se généralisant, la prise de décision collective sur l’organisation de la lutte devient vite un impératif crucial, une nécessité politique qui n’est pas sans engendrer des tensions internes. Comment discuter sur la poursuite de la lutte ? Comment coordonner les diverses propositions ? Par quels moyens de communication : réseaux sociaux, assemblées locales, développement de « médias jaunes » ?

Certains observateurs — notamment des politologues choisis comme « experts » par les médias — ont écrit que le recueil et le traitement des propositions d’actions et la hiérarchisation des objectifs politiques à poursuivre se faisaient dans l’opacité ; dans une absence de délibération et de débats contradictoires.

En ce qui concerne l’opacité, la critique est peu recevable lorsque d’évidence, le compte rendu des discussions d’une assemblée ou les résultats d’une consultation par internet sont immédiatement disponibles sur les diverses plateformes du mouvement.

La critique sur l’absence ou l’insuffisance de délibérations dans l’élaboration d’une décision appelle une analyse plus approfondie. Cette critique a, par exemple, été portée par une historienne, Sophie Wahnich dans un article intitulé : « Un peuple constamment délibérant : la belle issue2 ».

L’auteur prend pour point de départ la déclaration de Saint-Just sur la régulation de la colère du peuple par la délibération et le débat contradictoire. Seule la libre parole de chacun qui confronte ses idées à celles des autres permet d’aboutir à une « intelligence collective nécessaire à une refondation de lois justes ». Mais S. Wahnich ajoute immédiatement la condition absolue posée par Saint-Just pour garantir la délibération supposée « apaisante » : la Garde nationale veille. Si des individus ou des groupes troublent la délibération ou s’y opposent, ils seront arrêtés par la Garde nationale !

Autrement dit, derrière la rhétorique jacobine, nous sommes bien là en présence du modèle parlementaire traditionnel dans lequel une assemblée de représentants discute au nom du peuple… de son bonheur. La force policière de l’État-nation définit et administre le débat national baptisé aujourd’hui « Le Grand Débat ».

L’exemple de la Révolution française pris par S. Wahnich comme étalon politique de la délibération et comme autorité historique tourne court.

Pendant la Révolution française les délibérations à l’Assemblée constituante puis à celles de la Convention furent contrôlées par les bourgeois, qu’il s’agisse des républicains girondins puis jacobins. Dans les clubs et les sections locales, le contrôle de la parole politique était aux mains de la classe révolutionnaire, celle qui parachevait son triomphe contre la royauté : la bourgeoisie.

Ainsi, les Enragés et les Hébertistes furent exclus de la délibération par la terrible répression conduite par le despotisme des Jacobins. Le modèle républicain de la délibération politique était encadré, limité, orienté par les vainqueurs de l’exercice du pouvoir d’État.

Le recours à la délibération comme moyen de régulation des antagonismes sociaux a fonctionné seulement au profit des intérêts politiques et économiques de la bourgeoisie triomphante. L’institution de la délibération dans les sections, les clubs et les partis comme dans les assemblées n’a été contestée que par des mouvements extérieurs à l’ordre républicain institué : les émeutes populaires contre le libre prix des farines, contre l’absence de taxation des produits de première nécessité, contre la loi Le Chapelier qui interdisait toute association des ouvriers ; un ordre contesté aussi par les insurrections des Fédérés, le soulèvement des Vendéens, la révolte des « femmes révolutionnaires3 » et des Sans-culottes, etc.

La pratique des Gilets jaunes en matière de prise de décisions collectives s’écarte visiblement du modèle assembléiste et parlementariste. Elle relève davantage des mouvements qui se sont opposés au pouvoir dirigiste de la bourgeoisie. Mieux que le compromis « démocratie directe » c’est « action directe » qui pourrait être le terme le plus approprié pour qualifier cette orientation.

À travers les réseaux sociaux comme par le biais des assemblées (deux modes d’organisation politique non contradictoires), le mouvement des Gilets jaunes est parvenu à conduire son action dans une certaine unité. Malgré la mise au-devant de la scène d’individus désignés Gilets jaunes par les médias et le ministère de l’Intérieur, le mouvement a tiré sa force du plus inédit de ses mots d’ordre : pas de représentants, pas de délégués, pas de porte-parole. Une simple reconnaissance unifiante : le jaune.

La conscience immédiate d’un en-commun à venir constitue la principale voie empruntée par la parole collective des Gilets jaunes ; une conscience générique devenue parole offensive et chargée de potentialités humaines.

Une seule et unique référence révolutionnaire : la Révolution française.

Nous l’avons fait observer : le mouvement des Gilets jaunes n’est pas une lutte liée au travail, à la sphère du travail et donc pas davantage à celle de l’ancienne lutte des classes4. Elle se situe dans l’univers du mode de vie, du pouvoir d’achat, du combat quotidien contre la survie. Sa composition sociale a été longuement commentée (et par beaucoup de gens déplorée !) : artisans, commerçants, professionnels des services et de la santé, métiers des transports et de la circulation économique, employés intermittents du secteur privé, salariés précarisés, agriculteurs, retraités, etc.

Les « salariés garantis » du secteur privé et leurs syndicats, les cadres de la fonction publique, les enseignants, les intellectuels, artistes et chercheurs, les cadres des grandes villes, les milieux des médias, les élus politiques et syndicaux, les cadres intermédiaires, etc. ont dès le début du mouvement exprimé de fortes réserves et souvent de la répulsion envers les Gilets jaunes.

Dans les conditions économiques, sociales, politiques et historiques présentes, il était et il reste impossible aux Gilets jaunes de se mettre en continuité avec le mouvement ouvrier historique. Pourquoi ? D’abord à cause de ses échecs historiques : vaincu par les despotismes stalinien et national-socialiste, rallié aux divers nationalismes, intégré dans les étatismes social-démocrate, consentant aux libéralismes.

Ensuite et surtout parce que la dynamique du capital a rendu inessentielle la force de travail dans son processus de valorisation et plus généralement a englobé tous les rapports de production dans les processus globaux de la puissance. Avec les décompositions/recompositions économiques en partie engendrées par les échecs des mouvements de refus de l’ordre existant à la fin des années 1960, c’est la reproduction de tous les rapports sociaux qui constitue l’enjeu politique central. Depuis trente ans, nous avons analysé5 ces bouleversements historiques qui ont aussi une dimension anthropologique.

Spontanément, la référence à la Révolution française a constitué pour les Gilets jaunes l’unique référence historique car seule elle est porteuse de la mémoire collective d’un bouleversement social et politique auquel ils peuvent s’identifier.

Cette identification n’est pas seulement symbolique puisqu’on peut mettre en évidence quelques analogies entre ces deux moments politiques : révolte anti-fiscale, détestation du pouvoir d’en haut et colère contre ses principales figures ; exigence de justice sociale et d’égalité réelle ; manifestations dans les beaux-quartiers et dans les lieux du pouvoir, etc. Mais le jeu des analogies se révèle vite assez vain car le cycle historique de domination de la classe bourgeoise et de ses valeurs commencé avec force par la Révolution française s’est achevé avec l’échec mondial des derniers assauts prolétariens de la fin des années soixante du XXe siècle.

Le cycle des révolutions qui ont parcouru la modernité est épuisé. Nous sommes dans une autre époque, celle de la société capitalisée6. Une époque, certes, toujours historique ; une époque dans laquelle de nombreux hommes cherchent des voies de sortie du cercle funeste de la capitalisation de leurs activités et de la dévastation planétaire de la nature.

7 février 2019

Lire aussi :

  • Ce qui dure dans la lutte des Gilets jaunes, supplément #4 au numéro 19 de Temps critiques, janvier 2019.
  • Une tenue jaune qui fait communauté, supplément #3 au numéro 19 de Temps critiques, décembre 2018.
  • Sur cette révolte en général et sur celle des Gilets jaunes en particulier, supplément #2 au numéro 19 de Temps critiques, décembre 2018.
  • Sur le mouvement des Gilets jaunes, supplément au numéro 19 de Temps critiques, novembre 2018.

1 – Le slogan « Macron démission » est à entendre comme « Macron destitution » davantage que « Macron, vas-t-en, tu as failli ». Destitution, c’est-à-dire affirmation d’un pouvoir potentiellement constituant, contestation de la prépotence parlementaire, abolition de la représentation suprême que constitue l’élection d’un président de la République. En cela, le mouvement des Gilets jaunes touche aux fondements de l’ordre étatico-républicain, selon eux illégitime car aux mains des puissances financières mondiales et des grands Groupes mondiaux comme les GAFA.

3 – La comédienne Claire Lacombe, cofondatrice de la Société des républicaines révolutionnaires, conduit un bataillon de Fédérés à l’assaut des Tuileries. En 1794, proche des Enragés, elle est emprisonnée sur ordre du Comité de salut public pour désordre en réunion.

4 – Les sectes marxistes n’ont pas manqué de hurler à « l’interclassisme », ce mal absolu à leurs yeux d’antiquaires. Nous avons déjà analysé en quoi cette notion n’a aucune portée politique pour comprendre le mouvement des Gilets jaunes. Cf. Temps critiques, supplément au numéro 19, déc. 2018. http://tempscritiques.free.fr/spip.php?article386

5 – cf. Le site de Temps critiques où sont disponibles tous les écrits de la revue http://tempscritiques.free.fr/

6 – Jacques Guigou et Jacques Wajnsztejn (dir.) La société capitalisée. Anthologie IV de Temps critiques, Paris, L’Harmattan, 2014 :http://tempscritiques.free.fr/spip.php?page=ouvrage&id_ouvrage=13

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Quelques infos sur la technologie de surveillance à reconnaissance faciale, pour mieux la combattre !

Tous ces articles datent pour leur majorité au max de deux mois. C’est pas pour cauchemarder, hein, juste pour tout arrêter au plus vite… Un petit exemple récent en banlieue parisienne]

Dans les lycées en France …

La reconnaissance faciale testée dans des lycées, 5 février 2019

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur va mener une expérimentation dans deux lycées de son territoire : les Eucalyptus à Nice (Alpes-Maritimes) et Ampère à Marseille (Bouches-du-Rhône). Des portiques, équipés de caméras, à reconnaissance faciale doivent y être installés d’ici la fin de l’année scolaire. Date de lancement de ce qui est présenté comme une première mondiale ? Probablement entre les vacances d’hiver et celles de Pâques. C’est Cisco à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) qui paie la mise en place de la technologie dans les lycées.

Dans les centres commerciaux (Canada)

La reconnaissance faciale mise à l’essai dans un centre commercial de Québec, 23 janvier 2019

Le bras immobilier de la Caisse de dépôt et placement du Québec lance un projet pilote à la Place Ste-Foy. En partenariat avec la firme Galilei affiliée à l’Université Concordia de Montréal, Ivanhoé Cambridge a récemment mis sur pied la Fonderie de l’innovation dans le commerce de détail à Place Ste-Foy. Pour l’heure, trois détaillants (La Vie en Rose, Tristan et la lunetterie BonLook) participeront à cette expérience comportementale qui s’étirera sur plus de deux mois. Ivanhoé Cambridge a récemment installé des caméras à l’entrée et dans les commerces des trois détaillants de Place Ste-Foy. Les caméras serviront à capter les visages des consommateurs pour déterminer leur âge, leur sexe et leur humeur… Ivanhoé Cambridge détient au Québec, outre Place Ste-Foy, Laurier Québec, le centre Eaton, le complexe Les Ailes, le centre Fairview-Pointe-Claire, les Galeries D’Anjou et la Place Montréal Trust. Ivanhoé Cambridge possède Place Ste-Foy depuis de nombreuses années. Le centre commercial de 124 commerces, qui a célébré récemment ses 60 années d’existence, a une vente moyenne de plus de 800 $ au pied carré.

Un centre commercial utilise la reconnaissance faciale à l’insu de ses clients, 29 juillet 2018

Des clients d’un centre d’achat de Calgary ont eu la fâcheuse surprise de découvrir que des caméras et un logiciel de reconnaissance faciale étaient cachés dans les répertoires des magasins situés dans l’établissement.

Un client a fait cette découverte en remarquant une fenêtre d’erreur s’affichant sur l’écran d’un répertoire, sur lequel on pouvait lire des lignes de codes avec les mentions «genre» et «âge», a rapporté Global News. Il a pris l’écran en photo et a publié celle-ci sur le site reddit, ce qui a entraîné un débat sur l’utilisation qui peut être faite de ces données.

Dans les aéroports…

L’aéroport Nice Côte d’Azur teste encore la reconnaissance faciale, 6 février 2019

Ils ont été conçus par un groupement composé du groupe français IN Groupe, nouveau nom depuis avril de l’ancienne Imprimerie nationale désormais un des leaders de l’identité numérique, et du suédois Gunnebo, spécialisé dans la fourniture d’équipements et de systèmes de sécurité. IN Group a intégré en 2017 les technologies Identité et Biométrie du groupe Thales. C’est le deuxième aéroport français après Paris à mettre en service de type de contrôle.
Au cours de l’été, 16 Sas seront installés 4 à l’arrivée et 4 au départ sur chacun des deux terminaux. A l’inverse des aéroports de Lyon et Marseille où des sas PARAFE utilisent la reconnaissance par empreintes digitales des passagers ceux de Nice emploie la reconnaissance faciale, pour les ressortissants de l’Union européenne prenant ou quittant un vol international.

La reconnaissance faciale, nouvel Eldorado du transport aérien, 8 février 2019

Depuis le 1er février dernier, les passagers des vols Miami-Munich de Lufthansa peuvent ainsi embarquer à l’aéroport de Floride sans devoir exhiber le précieux morceau de papier, mais en présentant simplement leur visage à une caméra. La même chose est déjà possible, sur certains vols, avec British Airways à Orlando, Jetblue à New York-JFK, Delta à Minneapolis… Mais aussi chez KLM à Amsterdam-Schiphol et Air France à Paris. La compagnie française teste, depuis plusieurs mois, une porte d’embarquement à reconnaissance faciale au terminal 2E de Roissy-CDG.

…Cerise sur le gâteau, le pionnier mondial de ces nouvelles technologies est une entreprise européenne, basée à Genève : la Société internationale de télécommunication aéronautique, plus connue sous le sigle SITA. Fondée il y a 70 ans par les compagnies aériennes, et dirigée depuis 2016 par une Française, Barbara Dalibard , cette coopérative internationale est derrière la plupart des systèmes informatiques de traitement des passagers dans les aéroports. Les solutions développées par SITA permettent également de pister les bagages, de suivre les avions en vol, d’alerter les pilotes sur les turbulences et même, d’offrir le wifi en vol aux passagers.

Sur les animaux…

Lutter contre les chats voleurs de croquettes, 8 janvier 2019

La firme italienne Volta a de son côté reçu un Innovation Award dans la catégorie Smart Home du CES 2019 [Consumer Electronics Show, la Mecque annuelle des innovations grand public qui se tient chaque année en janvier à Las Vegas] avec Mookkie, une gamelle dotée d’un système de reconnaissance faciale pour chats. Cette technologie actionne l’ouverture du rabat de la gamelle seulement si l’animal est reconnu, assurant que lui seul profitera de ses croquettes.

La bonne technologie des écolos contre la mauvaise (sic), 25 janvier 2019

Des écologistes ont peut-être trouvé une nouvelle arme pour lutter contre le trafic de chimpanzés. A l’aide de spécialistes, ils ont développé un algorithme qui pourrait aider à reconnaitre et suivre les chimpanzés vendus sur les réseaux sociaux. C’est Alexandra Russo, biologiste spécialisée dans la conservation, qui est à l’origine de l’initiative.
L’idée lui est venue alors qu’elle enquêtait sur le trafic de chimpanzés et consultait des dizaines d’annonces sur Instagram et Facebook à la recherche de spécimens en vente. La spécialiste s’est tournée vers le réseau Conservation X Labs et a rencontré le Dr Colin McCormick, spécialiste de la vision assistée par ordinateur. C’est ainsi qu’est né le projet ChimpFace. En utilisant une base de données réunissant quelque 3.000 chimpanzés sauvages ou en captivité dans des sanctuaires, ils ont développé un algorithme capable d’identifier et reconnaitre les grands singes. Bien qu’encore en développement, le projet a déjà séduit plusieurs organisations de conservation qui ont contribué à la base de données telles que l’Institut Jane Goodall ou le Liberia Chimpanzee Rescue and Protection. « La technologie est notre ennemi parce qu’elle a rendu le trafic en ligne de chimpanzés plus facile mais c’est aussi notre alliée pour s’attaquer à ce crime là où il a lieu », a conclu Jenny Desmond. A terme, il n’est pas exclu que le procédé ChimpFace soit adapté pour cibler le trafic d’autres animaux.

Chez les keufs… De Moscou à Rio de Janeiro, l’année commence bien

Moscou devient la vitrine de la reconnaissance faciale, 16 janvier 2019

«Ça va être cool! Les criminels vont s’éloigner de Moscou et ne pourront plus se cacher chez nous», triomphe sur sa messagerie VKontakte, le maire de la capitale russe, Sergueï Sobianine, en annonçant, il y a trois jours, la généralisation dans sa ville des systèmes de reconnaissance faciale. Cette technologie numérique, qui permet en une fraction de seconde d’identifier un individu parmi des centaines de milliers de quidams fichés sur une base de données, fera partie du quotidien des 12 millions de Moscovites. Depuis un an, ces derniers sont déjà étroitement surveillés dans le métro, avant de servir de cobayes lors du Mondial de football, avec les 850.000 supporteurs étrangers, visiteurs du stade Loujniki et des fans zones, sans que la population ne s’en émeuve.

La reconnaissance faciale bientôt dans les rues à Rio, 21 janvier 2019

Un système de reconnaissance faciale sera installé prochainement à Rio de Janeiro, pour lutter contre l’insécurité dans ce haut lieu du tourisme au Brésil, a annoncé le responsable de la police locale. Rogerio Figueiredo, nouveau chef de la police militaire de l’État de Rio, a évoqué dans un entretien publié lundi dans le quotidien O Globo l’utilisation d’un «logiciel de reconnaissance faciale et de plaques minéralogiques». Selon lui, le système doit être installé dans un premier temps dans le quartier touristique de Copacabana, début mars, au moment du Carnaval, grande fête populaire qui attire des centaines de milliers de visiteurs du monde entier. «Si [les caméras] identifient un individu sous le coup d’un mandat d’arrêt ou si une voiture volée circule dans la zone, un message d’alerte sera envoyé à la voiture de police la plus proche», a expliqué M. Figueiredo. «C’est un outil fantastique. Il était temps que la police militaire se modernise», a-t-il ajouté.

Chez les riches…

La chanteuse traque ses mauvais fans, 22 décembre 2018

NASHVILLE. La chanteuse américaine Taylor Swift a un sérieux problème de « fans » obsessionnels et harceleurs. Au point que pour l’un de ses concerts à Los Angeles le 18 mai 2018, sans prévenir le public, un système de reconnaissance faciale a été déployé dans la salle. Les visages des spectateurs ont été scannés pour être comparés à ceux de personnes connues et fichées pour des faits de harcèlement de la star (plusieurs centaines). Ils étaient stockés dans une base de données située à Nashville.

C’est arrivé près de chez vous…

Différents types d’application, des prisons à la falsification, 10 janvier 2019

…Facewatch a annoncé que sa technologie biométrique avait été choisie par l’administration britannique pénitentiaire de Sa Majesté (HMPPS – Her Majesty’s Prison and Probation Service) pour un projet pilote de reconnaissance faciale visant à vérifier et valider les visiteurs accédant au système HMPPS.

La technologie de reconnaissance faciale a récemment été utilisée à Westminster les 17 et 18 décembre 2018 dans le cadre d’un essai pour la police britannique. En effet, les zones telles que Soho, Piccadilly Circus ou encore Leicester Square seront touchés par cet essai. Pour rappel, l’année dernière les forces de l’ordre du Sud de Pays de Galles avait arrêté un homme grâce à la reconnaissance faciale. Toute personne refusant d’être scannée pendant cette période d’essai, ne sera pas « considérée comme suspecte par les agents de police mais on pense déjà aux problèmes d’erreurs qui pourraient intervenir si cette technologie venait à se généraliser.

En Chine on utilise déjà la reconnaissance faciale pour vérifier l’âge des joueurs sur certains jeux vidéos, l’offre nommée « Hertz Fast Lane » permet aux membres du programme Hertz Gold Plus Rewards uniquement, inscrits à Clear, d’accélérer leur processus de location à l’aéroport international Hartsfield-Jackson d’Atlanta.

Dans le monde de la sécurité, les Services secrets américains testent la reconnaissance faciale pour surveiller la Maison Blanche. L’objectif est d’identifier le personnel mais surtout les personnes extérieures afin d’éviter les potentielles menaces d’exécution du président ou d’attentat.

… Enfin n’oubliant pas les risques de dérives possibles avec les possibilités de créer des masques ultra-réels vendus entre 300 000 et 390 000 yen, soit 2 330 euros et plus de 3 000 euros. Ces derniers permettent de reproduire à l’identique des visages humains avec une grande précision. Le délai de livraison est assez court, 3 semaines minimum et l’entreprise peut produire jusqu’à 30 masques par mois. Pour les créer, la technique appelée 3DPF et inventée par l’entreprise est utilisée. Elle permet ainsi de transférer une photo d’origine sur le masque tout en « dupliquant la texture de la peau, les vaisseaux sanguins et l’iris des yeux. »

[Repris de leur presse, reçu par mail]

lu sur Sans_Attendre

Nord : Non à l’ouverture d’un établissement pénitentiaire à Loos

non-fides.fr

Appel à résistance contre la prison et son monde

samedi 9 février 2019

 

La Ministre de la Justice Nicole Belloubet a annoncé courant 2018 la création d’un Plan Prison. L’objectif : construire de nouveaux centres pénitentiaires pour contrer le manque de place dans les taules françaises, et par conséquent enfermer toujours plus de monde dans ces espaces de privation de liberté. Ce sont 15 000 nouvelles places qui doivent voir le jour au total, dont 7 000 d’ici 2022. Le précédent Ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, avait lui aussi développé, en 2017, un programme de construction prévoyant 24 nouvelles prisons et 10 000 places supplémentaires.

Enfermer toujours et encore, voilà la seule réponse à la misère sociale que sont capables d’offrir ceux qui nous dirigent. Tout le monde le sait, les conditions de vie dans les taules sont exécrables : les suicides y sont nombreux, l’insalubrité permanente, les exactions des matons fréquentes. Et à cela s’ajoute la privation de liberté, l’attente, les souffrances physiques et psychologiques. La prison ne règle en rien les problèmes sociaux : elle les aggrave. Pourtant, la voie répressive et sans cesse privilégiée, et ce sont donc de nouvelles prisons qui vont être construites prochainement, avec toutes les technologies nouvelles qui permettront un contrôle et un asservissement encore plus terrible des prisonnier.e.s.
Au-delà des conditions déplorables, c’est le principe même de l’enfermement qu’il faut combattre. La prison n’existe que pour imposer la norme sociale à tous et toutes, elle vise uniquement à protéger les intérêts particuliers de certains, de ceux qui sont à la tête du système politique et économique et qui cherchent, par la voie répressive, à empêcher toute forme de subversion de se développer. Alors, gouvernements après gouvernements, on décide de bâtir toujours plus de prisons.

L’une de ces taules va voir le jour – en principe – à Loos, près de Sequedin où il existe déjà un établissement pénitentiaire. Elle sera construite à l’emplacement même de l’ancienne prison, fermée en 2011, et pourra accueillir 840 détenu.e.s. Les travaux de déblaiement ont déjà commencé et ceux de construction de la nouvelle prison débuteront en 2020 (pour une ouverture prévue en 2022).
Il n’est pas question pour nous qu’une nouvelle prison ouvre à Loos ! Nous refusons la construction d’un lieu si oppressif, essentiel au maintien d’une société inégalitaire et discriminatoire que nous combattons.
Nous appelons donc à multiplier dans les mois à venir les initiatives de résistance, par toutes les formes possibles, afin d’empêcher la réalisation d’un nouveau projet répressif.

Feu aux prisons.
Soutien à tous et toutes les prisonnier.e.s
Résistance à Loos

[Repris d’Indymedia Lille.]

les sites retenus pour les nouvelles places de prison prévues un plan pénitentiaire. / © DIRECTION DE L’ADMINISTRATION PENITENTIAIRE

 

Lyon, France Notes et retours autour et sur le mouvement des Gilets jaunes au jour le jour, ou presque…


CR de la manifestation du 5 février, Lyon.

11h30. La place Bellecour se remplit lentement avec des groupes très éclatés, Gilets-jaunes d’un côté et de l’autre, groupes cégétistes ailleurs derrière leurs drapeaux. Les organisateurs cégétistes, comme à leur habitude quand cet horaire est choisi, attendent de faire le plein avec des salariés qui débraieraient juste pour le temps du déjeuner. Le cortège gonfle et alors que des bruits avaient couru sur une possible séparation entre deux groupes de manifestants, c’est heureusement un mélange qui s’effectue, les GJ se diluant par grosses grappes au milieu des cégétistes dont certains ont les gilets rouges rayés de jaunes ou des gilets jaunes avec des collants CGT.

Nous apprenons que la presqu’île nous a été interdite (d’après Le Progrès, la CGT n’a pas compris pourquoi, mais en tout cas elle s’est rendue comme d’habitude aux ordres du préfet) et hop direction les quais de Saône, passage par rue Grenelle, Cordeliers et quais du Rhône direction Préfecture. La CGT annonce 7000 personnes avec les délégations habituelles et demande, comme d’habitude là encore, aux manifestants d’avancer pour que les derniers puissent arriver à la Préfecture. Or avancer, ce n’est pas autre chose que se disperser, d’autant que la police opère un barrage à hauteur du pont Wilson, ne laissant sortir de la manifestation qu’individuellement.

Il est environ 13h. Très rapidement certains GJ battent le rappel pour se regrouper devant le pont Wilson, afin de continuer la manifestation en passant sur la presqu’île, par celui-ci justement. Les GJ vont rester au contact du cordon de police qui, placé devant ses cars, barre le passage pendant une bonne demie heure. Plus exactement, s’il est possible de passer individuellement sur le côté droit et les cégétistes ne s’en privent pas, il est impossible de partir en manif.

Peu à peu les GJ qui se sont arrêtés pour discuter aux alentours de la Préfecture rejoignent les autres au pont Wilson.
On constate rapidement que les Gj regroupés devant les flics sont séparés de la tête du cortège syndical par une centaine de mètres de vide. Malgré leurs appels « les syndicats avec nous » « on est venu, venez aussi », ceux-ci ne bougent pas.

La ton monte au son de « Lyon, debout soulève-toi » ou « Police partout, justice nulle part » ou encore « tout le monde déteste la police », mais cela reste bon enfant. Finalement la police cède le passage, mais dans la confusion la plus totale parce qu’alors que le cordon qui fermait le quai devant le pont s’est écarté sur la gauche côté Préfecture, des policiers s’engagent à droite sur le trottoir du pont en faisant mine de charger les manifestants puisqu’ils ont la matraque à la main. Visiblement ils n’ont pas reçu les mêmes ordres que les autres et alors qu’ils sont copieusement hués on entend des dérisoires « Qu’est-ce qu’on fait chef ? » et un car de police empêché de tourner après avoir déversé son escouade, fait une marche arrière avant que le flot des manifestants ne le bloque.

On est passé. Une fois de plus la détermination a payé et a montré qu’il n’y a pas de trajet autorisé qui puisse limiter les GJ. Malheureusement il y a peu de cégétistes qui nous ont suivis. On voit que certains s’interrogent en passant devant nous, mais ils discutent entre eux et ne s’adressent pas à nous alors qu’ils pourraient très bien nous demander, au minimum ce que l’on compte faire. Certains sont de la ville de Lyon, d’autres de Bio-Mérieux avec leurs drapeaux, Arkéma, quelques boites de la chimie et des cheminots. Passage rue de la République, nous sommes 500 d’après un journaliste de France 3, mais peu après être passés rue Président E. Herriot, nous recevons des renforts des rues avoisinantes, des retardataires sûrement, des personnes qui ont appris plus tard que la manifestation se poursuivait. Ainsi, après avoir déambulé de façon dynamique et bruyante entre la Rue de La Ré, la rue Edouard Herriot, la rue Mercière, nous traversons le quai de Saône pour nous rendre à l’ancien Palais de Justice. Là les flics qui accompagnent le cortège sur les côtés, piquent un sprint sous les huées pour bloquer les grilles du palais d’injustice avant l’arrivée du gros des manifestants.

Un sit in s’improvise sur les marches pendant qu’au haut parleur un membre des GJ-Lyon centre harangue la foule sur la question de la répression qui répond par « Libérez Dettinger » ou « Que fait la police ? Ça crève les yeux ».

La manifestation repart direction place des Jacobins. Il est environ 15h. Grand moment d’hésitation entre rejoindre directement les quais du Rhône et l’axe Nord-Sud et « converger » avec les camionneurs que nous ne rencontrons jamais les samedis ou nous diriger vers Bellecour.
La manif qui s’est regroupée prend la direction de Bellecour par la rue de la Ré. Les Compagnies Départementales d’Intervention nous suivent depuis le début et se placent sur le côté.

Arrivé à Bellecour, nous découvrons la rue de La Barre investie par les cars de flics. La manif continue direction Perrache. Lorsque nous longeons la grande Poste un déploiement de la Bac nous regarde passer. Après la rue de la Charité nous empruntons la rue Victor Hugo. L’objectif serait Confluence ou l’Hôtel de Région mais aussi l’A7, le cortège à le choix. Arrivés Place Carnot, nous prendrons tout naturellement les escalators pour traverser la gare de Perrache et retrouver le Cours Charlemagne.

Un appel aux cheminots à nous rejoindre est scandé. Certains sont avec nous depuis le matin.

Tout du long de ce trajet, les flics nous ont suivis bien gentiment. Au fil de l’après-midi la présence de militants d’extrême gauche (étudiants surtout) était palpable contrairement aux derniers samedis. Ce qui est normal : comme c’est une manif syndicale, ils sont de sortie, mais ils participent à la suite au sein de la manif sauvage (CGA et CNT) alors que d’habitude on ne les voit pas les autres samedis sauf quand la manifestation était partie de la Croix-Rousse, leur « territoire ». Les fachos, eux, ne sont pas venus.

Même si les Gilets jaunes sont moins nombreux cet après-midi que le matin, ils ont tenu le pavé et avaient à cœur d’atteindre leur objectif, être là et aller où bon leur semble, montrer leur détermination … Comme il se disait dans le cortège : le samedi c’est aussi mardi dorénavant !

Arrivé cours Charlemagne celui-ci est bloqué par camions et cordons de CRS comme la rue Suchet coté gauche vers l’autoroute… Une partie de la manifestation va vouloir avancer vers l’A7 justement, mais tout le monde ne suit pas.

Bref moment de tension : un flic braque son flash ball à hauteur de visage à 5/10 m des manifestants qui bloquent le tram. Ceux-ci lui hurlent « baisse ton flash ball ». Ce qu’il fait après intervention d’un supérieur.

Après pas mal d’hésitations et une sommation à ce croisement : marche arrière toute. Passage par le tunnel du tram avec les flics qui sont bien proches et quasiment au contact avec des grappes de GJ derrière eux mais sans jamais vraiment agir de manière offensive. Passage du pont Gallieni direction Lyon 2. On y retrouve des GJ assez nombreux qui étaient en balade sur la rive gauche depuis 13h30 et qui n’avaient pas suivi le gros de la manif sur le pont Wilson.

Quelques manifestants vont entrer dans l’université.

Tout se termine entre 17h et 17h30 avec une sortie en manifestation de la fac et gazage dans rue de la Guillotière et vers le pont de la Guille. Des contrôles d’identité sont aussi effectués.

G, J, JP, Jos

repris du blog de la revue temps critiques

Turin (Italie) : Expulsion de l’Asilo et arrestations( mise à jour)

Aujourd’hui, à 4 h 40, le squat l’Asilo via Alessandria 12 a été pris d’assaut par une énorme quantité de camions [de flics]*.

Parallèlement, sept arrestations ont été effectuées (il pourrait y en avoir huit) dans le cadre d’une enquête menée par une association de malfaiteur (article 270 bis) dans le cadre de la lutte contre les centres d’internement et de rapatriement des personnes migrantes.

La répression actuelle ne s’arrête pas là : dans l’immeuble devant l’asile des compagnons, ont décidé de faire entendre la radio directement sur le balcon, ils ont été surpris par une panne de courant provoquée par les policiers qui les attendaient en bas de l’immeuble qui les attendait à la porte.Des contrôles d’identité ont eu lieu dans la zone d’Aurora, mais pas seulement, la police attendait également à l’extérieur de la gare de Porta Susa.

À 6 heures, Via Cecchi s’est tenu un rassemblement qui s’est rapidement transformé en cortège défilant actuellement dans les rues de la ville (il se trouve actuellement sur la place Santa Giulia).

Turin est aujourd’hui une ville assiégée : reprenons le contrôle de notre vie et soutenons la lutte des compagnons de l’asile toujours coincés sur ce toit. Les Turinois n’abandonnent pas face au fascisme qui sévit dans la ville.

Publié le 07.02 sur roundrobin.info

solidarité aux compagnons et compagnes de l’Asilo toutes et tous libre


MAJ :
Trois compagnons sont descendus du toit (dont un a été arrêté pour association de malfaiteurs), trois autres ensuite (après voir tenu pendant 36 heures) un rassemblement est en cours devant le squat. (08.02)

MAJ régulières ici  : https://www.autistici.org/macerie/?p=33314&fbclid=IwAR3FAx3iGbqcQefr8ku1qs5GSB_UqNkWlcbxoqfSGZGvnDsK3uK3u2-EkhE, et sur radioblakout (en Italien)

Demain, vous serez libre. Il y aura un cortège dans les rues de Turin, contre la tentative d’expulsion de l’asilo occupato depuis 24 ans( soit en 1995), en solidarité avec les camarades et les camarades arrêtés. Descends dans la rue manifeste ta solidarité contre l’attaque répressive de la police, du parquet et de la commune de Turin. Un siège qui dure depuis plus de 24 heures, avec la chasse à l’homme, où toute manifestation d’opposition à tout cela est réprimée par tous les moyens. Des routes fermées avec des grilles, des centaines de flics dans les rues, des matraques et des arrestations. Et maintenant, c’est fini.
A 20:30 h assemblée aura lieu au  squat pour discuter du cortège de demain.
Vous avez besoin de nous, mais vous nous aurez des rebelles.
La solidarité est une arme


indymedia nantes vendredi 8 février 2019 à 01:38

La police recherche 8 personnes à Turin et  à Bologne, pour le moment 5 ont été arrêtées et placées en détention provisoire. Elles sont mises en accusation par l’article 270bis « association subversive » pour des faits de sabotages et d’engins incendiaires, dans plusieurs villes d’Italie, contre des entreprises qui participent à la machine à expulser : construction et gestion des CIE/CPR (centres de rétention), déportations etc…

 

Appel à dons élargi : soutien à la liberté de manifester

Depuis ce mail, la police est venue sur les terres de l’Amassada hier jeudi 7 et a mis en GAV les 5 personnes qui étaient présentes sur le lieu. 3 d’entre elles viennent de sortir avec procès dans quelques mois et interdiction de territoire aveyronnais, on attend encore pour les 2 autres restants. Faut vraiment s’entraider sur cette histoire et renforcer plus que tout la détermination de celles et ceux qui défendent ces terres depuis plus de 10 ans.

Bonjour à toutes et tous,

vous avez reçu par mail une invitation à participer à une cagnotte solidaire pour faire progresser le droit en matière d’ordonnance sur requête. Comme certains d’entre vous le savent, nous avons reçu à l’amassada fin décembre dernier une ordonnance du tribunal de Rodez visant à nous interdire d’être présent sur les parcelles concernées par le projet de transformateur. Après discussion avec notre avocat, nous avons fait le choix d’attaquer cette ordonnance (qui a été sollicitée sur requête de RTE) à la fois pour continuer la lutte à Saint Victor, mais aussi et surtout parce que ce type d’ordonnance est en train de devenir une norme dans toutes les luttes territoriales, et que nous ne pouvons pas laisser faire cela. En attaquant cette ordonnance jusqu’à la cours européenne s’il le faut, nous espérons obtenir une jurisprudence qui pourra être utilisée par d’autres. Pour info, ce type de procédure (ordonnance sur requête) a déjà été utilisé à Bure pour l’expulsion du bois Lejuc, ainsi que dans le Cotentin pendant l’opposition à la ligne THT et certainement ailleurs aussi. C’est donc un appel large que nous lançons pour couvrir les frais juridiques, à toutes les personnes qui ont envie de nous aider à faire progresser le droit. Chacun est libre de participer à hauteur de ses moyens, ce que nous vous demandons c’est de bien vouloir transférer l’appel ci-dessous au plus grand nombre.
Au nom d’un avenir meilleur, nous vous remercions !
Nelly
L’ordonnance que nous attaquons concerne un projet à Saint-Victor-et-Melvieu, petit village authentique du sud Aveyron, qui se bat depuis plus de 10 ans contre l’implantation d’un méga-transformateur électrique qui viendrait défigurer les paysages et anéantir la vie tranquille de ce causse. La commune est opposée à ce projet, ainsi que les propriétaires et paysans concernés. Un hameau, l’Amassada, a été édifié voila 4 ans sur le site, il accueille de nombreux évènements ainsi que des habitants permanents et temporaires. Les propriétaires ont été expropriés en juillet 2018, et sont maintenant menacé d’expulsion.  Cette ordonnance intervient dans ce cadre, afin de faire « place nette » pour démarrer les travaux. Pourtant un recours a été déposé par les opposants pour contester l’utilité publique d’un tel ouvrage. Plus d’info sur www.douze.noblogs.org

Une cagnotte pour faire respecter les droits de l’homme face aux multinationales.

En France et ailleurs, de plus en plus de citoyens s’indignent face à des projets d’aménagement qui sont décidés au mépris des habitants. Ces projets sont le plus souvent porté par des multinationales – Vinci à Notre-Dame-des-Landes, l’Andra à Bure, Edf via sa filiale RTE à Saint-Victor, … – qui ont largement les moyens d’employer une pléiade d’avocats et d’huissiers pour parvenir à leur fin. Leur dernière invention pour faire taire toute contestation ? Adresser une requête au tribunal pour interdire à quiconque de se trouver sur les lieux du projet contesté, et ce sous peine d’une astreinte financière importante. Et cette requête est jugée sans le respect du principe contradictoire, c’est-à-dire qu’à aucun moment les opposants au projet ne peuvent s’exprimer devant la justice et faire valoir leur droit. Pire, ils ne sont même pas mis au courant de l’existence de cette ordonnance.

Ce type de procédure est une atteinte grave aux droits de manifester, car :

  • Elle ne respecte pas les droits de l’homme garantissant à tous individus de pouvoir bénéficier de son droit à se défendre dans un débat contradictoire.
  • Elle punit sans distinction toutes les personnes se  trouvant sur les lieux concernés, quelques soient les raisons de leur présence.
  • Elle organise un silence médiatique en empêchant les journalistes de se rendre sur site.
  • Elle interdit toute forme de manifestation sur les lieux.

Pour ces raisons, des habitants ont fait le choix d’attaquer cette procédure, et de la porter jusqu’à la cours européenne des droits de l’homme si nécessaire. L’objectif est d’obtenir une jurisprudence qui pourra être utilisée lorsque d’autres cas se présenteront.

Ces actions en justice sont couteuses, et les populations n’ont pas les moyens des multinationales. C’est pourquoi, nous appelons à la solidarité financière de toutes et tous dans ce combat qui pourrait un jour vous concerner. Nous avons besoin de vous.

Vous pouvez directement et en un clic, participer à cette cagnotte

  • Chacun participe du montant qu’il souhaite.
  • Tous les paiements sont sécurisés.

Envie de nous aider à récolter plus de dons ? Partagez cette cagnotte ! ..  https://www.leetchi.com/c/soutien-a-la-liberte-de-manifester

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