Monthly Archives: décembre 2018

Montélimar, France : Y’a pas que le bitume qui fond… la fibre optique aussi !

SPL Montélimar Agglo Développement, propriétaire de la voirie sur la zone commerciale Portes de Provence, dépose plainte après de nouvelles dégradations ce samedi suite aux actions des gilets jaunes [entre autres: blocage, sabotage et tentative de pillage de la plateforme logistique d’Amazon]. Plusieurs feux, de palettes ou de pneus, ont été allumés et ont entraîné des dégâts sur la route : la couche supérieure est abîmée, mais peut-être bien aussi la structure de la chaussée. Auquel cas, le montant des travaux pourrait grimper jusqu’à 150 000 euros.

Orange a aussi porté plainte. L’opérateur ne communique pas sur le montant du préjudice, mais indique que le feu allumé à la surface a fait fondre une partie des câbles de la fibre optique en sous-sol. 2 000 mètres de câbles ont dû être changés, et une vingtaine de techniciens ont été mobilisés entre le 22 et le 24 décembre pour rétablir Internet pour
environ 350 foyers.

[Repris de la presse]

Prison de Fresnes : Le désir de liberté est (parfois) plus fort que tout !

reçu par SMS:  » Tu as vu? un évadé de fresne! malgré les tirs des matons… »

et on relaye ce post

Ce dimanche 30 décembre, vers 16h40, un prisonnier incarcéré à Fresnes a réussi à s’échapper en escaladant le mur d’enceinte. Le détenu, qui a pu se blesser aux mains en franchissant des barbelés, était en prison pour des vols et des cambriolages.

Son exploit est double puisqu’il est également parvenu à esquiver les balles d’un maton posté sur l’un des miradors de l’enceinte.

Par ailleurs, on apprend qu’il était particulièrement surveillé par l’administration pénitentiaire pour avoir tenté de s’évader à plusieurs reprises.

D’après la presse, le fugitif avait été condamné pour tentative d’évasion en 2012. Le 16 décembre 2016, il avait échappé aux policiers en faction au tribunal de Créteil après s’être faufilé hors du box des prévenus. Le détenu avait été condamné en novembre 2017 à trois ans et six mois de prison ferme pour cette évasion et une autre en septembre.

Le désir de liberté sera toujours fort que votre arsenal répressif et carcéral !

Bonne cavale au fugitif !

Cinquante nuances de jaune

[reçu par mail]

50 nuances de jaune

Si le mouvement Gilets jaunes exprime un rejet des directions syndicales, des partis politiques et des associations, sa cohésion et sa survie dépendent de sa capacité de rejeter également les directions nationalistes

 

La décision du parti politique les Patriotes de Florian Philippot de déposer la marque Gilets jaunes en vue de rafler quelques sièges lors des élections européennes du mois de mai, démontre un opportunisme prévisible, une hypocrisie risible -il se présente pour une bonne place dans une institution qu’à travers son Frexit, il veut quitter, et surtout un manque de respect total pour ce mouvement singulièrement non-partisan.

A la fin des manifestations, on entonne comme lors d’un match de foot une Marseillaise triomphante, tricolores à l’appui, certes, mais on voit partout également les A cerclés anarchistes et des slogans libertaires tels Ni patrie, ni patron ou Rien pour nous, tout pour tou-tes ! Qui plus est, pendant une AG de Gilets jaunes dernièrement à Montélimar sud, un militant fut chaleureusement applaudi pour avoir proposé de diffuser à la sono devant les CRS qui samedi prochain, protégeront la Préfecture de Valence lors de l’Acte VIII, le Déserteur de Boris Vian dont le poème d’origine comporte les lignes suivantes : Monsieur le président / Si vous me poursuivez / Prévenez vos gendarmes / Que j’emporte des armes / Et que je sais tirer.

L’Assemblé générale des Gilets jaunes de la Drôme qui cherche à se créer dans les semaines à venir, doit avant tout défendre son nuancier de jaunes multiples et variés, rejeter la récupération nationaliste et condamner sans ambiguïté la démarche de Florian Philippot. A défaut, le mouvement perdra son âme et se cantonnera à quelques actions commando de libération de péages, là où il y a une occasion en or de changer de société grâce à une démarche réellement démocratique et autogestionnaire.

 

David-GJ-26200

 

 

Notes et retours autour et sur le mouvement des Gilets jaunes au jour le jour, ou presque…

[reçu par mail]

Notes et retours autour et sur le mouvement des Gilets jaunes au jour le jour, ou presque…

 

CR de la journée de manifestation sur Lyon du 29/12/2018 (non exhaustif)

Un rendez-vous a été fixé via Facebook sur le groupe « Article 35  – insurrection» en référence à la constitution de 1793 et à son article sur le droit de se révolter contre un pouvoir jugé illégitime même s’il a été élu. Le RV est à 9H45 au parking des Cuirassiers à la Part-Dieu, mais la police nous y attend et amorce des fouilles systématiques des personnes portant des gilets jaunes.

Certains alors les rangent précipitamment, d’autres, comme nous n’en avons pas. Après une valse hésitation un nouveau RV qui constituait en fait le but de l’opération nous conduit devant l’immeuble de France 3 où nous attendent des journalistes des médias régionaux + CNews et même TF1. La police encadre, la BAC fait quelques contrôles mais n’interrompt pas les discussions entre journalistes et la petite centaine de personnes qui a réussi à échapper aux différents barrages. Les journalistes « font le job » malgré une forte incompréhension des GJ qui parlent de désinformation volontaire de journalistes aux ordres du pouvoir. Nous apprendrons par la suite que l’initiative d’aller rencontrer les médias « chez elles » en quelque sorte est une initiative qui va se reproduire dans plusieurs villes ce matin.

Pendant ce temps environ 150 à 200 personnes se retrouvent à 11H vers l’Hôtel de ville pour une manifestation pour les victimes des manifestations et les brutalités policières. Les organisateurs ont apparemment averti la préfecture sans pour cela avoir reçu une autorisation ferme mais la manifestation se déroule sans incident, après un passage au commissariat du 1er arrondissement pour exiger la libération de la dizaine d’interpellés de la Part-Dieu. RV est pris pour tout le monde place Bellecour à 14H. A cette heure là, nous ne sommes pas très nombreux, moins de 500. Nous nous dirigeons vers la seule sortie que nous laisse la police et très rapidement le flot des manifestants grossi jusqu’à environ 1500-2000 personnes. Il est très dur de rendre compte des chiffres (même pour la police et les médias) car il y a vraiment beaucoup de personnes (au moins une moitié) qui n’a pas de GJ et dans l’autre moitié on peut dire qu’il y en a à peu près autant qui n’arrête pas d’enlever et de remettre le gilet en fonction des barrages ou contrôles.

Nous suivons un temps l’axe Nord-Sud en direction du Sud quand à hauteur de la gare de Perrache, quelques gentils animateurs GJ essaient de négocier avec les motards de la gendarmerie qui ouvrent la route, un trajet possible. Mais la foule renâcle et nous nous orientons vers l’échangeur de Perrache pendant qu’un autre groupe continue sur l’axe avec le même but : gagner le centre commercial Confluence.

A partir de ce point 2 cortèges vont coexister :

  • L’un coté Perrache avec une manif ultra mobile, avec des jeunes qui montent à toute vitesse dans la gare par l’escalier suivi par des forces de police, pendant que nous passons sous les voûtes vers le cours Charlemagne en hurlant de toutes nos forces « Lyon debout, soulève-toi ! Avec une bonne caisse de résonnance due aux voûtes. De quelque côté qu’on arrive sur Confluence on est accueilli par des tirs nourris de grenades lacrymogènes et quelques charges qui les suivent. Nous refluons sur les quais de Saône où nous essayons de nous protéger de la police en laissant passer à toute petite vitesse les voitures à contre-sens tout en étant au milieu d’elles. La police ne voulant pas grenader les automobilistes, elle nous charge et nous nous dispersons dans les petites rues du quartier d’Ainay, très pratiques à cet effet. Regroupement Bellecour.

 

  • L’autre avec une remontée de l’A7 jusqu’à la sortie Confluence justement.

Puis retour par le cours Charlemagne avec barrage de fourgons de GM et gazage qui va rediviser la manif en 2, l’un coté Saône, l’autre coté A7/Rhône. Il y a alors, au total, 3 cortèges dont 2 qui se dirigent selon des chemins plus ou moins directs vers Bellecour !

Il est 16H. Valse hésitation pour ceux déjà présents à Bellecour. Nous sommes presque encerclés mais un groupe décide de forcer le passage sur une rue qui semble libre (Emile Zola, la plus petite). Par manque d’esprit de décision (dur quand il n’y a pas de « chefs »), la nasse se referme. En conséquence de quoi, l’idée circule de se rendre individuellement à l’Hôtel de ville, côté place des Terreaux.

L’état actuel de la place en travaux avec les grands cafés aux terrasses fermées ne présente aucun intérêt pour nous car il y a très peu de personnes qui la traversent à part celles qui viennent du musée, sauf à vouloir « prendre » la mairie, mais le rapport de force paraît peu favorable, c’est le moins qu’on puisse dire. Nous remontons peu à peu mais en perdant du monde vers les Cordeliers et tout à coup nous tournons rue Mercière, direction St-Jean où nous retrouvons une sorte de batucada de GJ ardéchois qui créent une ambiance terrible. Le ridicule ne tuant pas nous faisons toute la rue St-Jean avec les flics casqués et visière fermée derrière l’orchestre avec tous les touristes qui font des photos.

On prend le pont la Feuillée et on reprend les quais direction Cordeliers en nous mêlant aux automobilistes, mais les flics coupent la circulation et tout à coup gazent et chargent. Nous nous égayons dans les petites rues Chavanne et autres et la police occupe la place St-Nizier. Pour certains d’entre nous, ça été juste, mais on a quand même l’impression, quand on a un peu de bouteille, que les flics n’ont pas l’ordre de faire mal en rentrant en contact physique. A mon avis, ils ne sont pas assez nombreux car disséminés dans toute la ville et les techniques répressives ont évolué. Toute proportion gardée, comme avec les drones, il s’agit de combattre l’ennemi à distance en profitant de sa supériorité technologique. A remarquer aussi que les manifestants le permettent puisque le mouvement est finalement assez pacifique et que les « armes » utilisées en mai 68 comme les lance-pierres avec billes d’acier qui permettaient d’attaquer à distance ne sont pas du tout employées alors pourtant qu’ici, elles seraient particulièrement adaptées à cet affrontement à distance. En conséquence de quoi quel que soit notre nombre nous sommes en position défensive et désarmés.

Bref, nous repartons vers les Jacobins et prenons la riche rue Emile Zola où les gens terminent leur course en sens inverse de nous. Contre toute attente la police nous bombarde à nouveau de lacrymo, direct dans la gueule des consommateurs et de quelques poussettes.

On arrive finalement sur Bellecour. Nous ne sommes plus très nombreux et assez dispersés, mais les flics aussi et on peut se demander quels sont leurs ordres. Il n’y a pas que les GJ qui sont désorganisés.

  • 18 interpellations, une blessée légère d’après la presse.

A noter que ce sont surtout les très jeunes manifestants qui ont été ciblés toute l’après-midi par les forces de police et ont subi des contrôles et palpations du fait de cette seule caractéristique.

J et G

Le 28.12.2018

Parution du supplément #3 au numéro 19 Une tenue jaune qui fait communauté.

[zad-chambarans] Mensonges et appel à la délation du maire de Roybon

[reçu par mail]

Bonjour,

Le dernier bulletin municipal « Vivre à Roybon », dont la couverture fait penser davantage à une réclame pour les Center Parcs qu’à un outil d’information de la commune, revient largement sur l’espoir dû à la validation du pourvoi de Pierre & Vacances par le Conseil d’État. En effet ce dernier en cassant l’arrêt par lequel la Cour Administrative d’Appel de Lyon avait annulé l’autorisation loi sur l’eau redonne des ailes au maire de Roybon Serge Perraud. (http://roybon.fr/uploads/bulletins/2018%20-%20VAR%20D%C3%A9cembre.pdf.pdf)

 

L’article « Centerparcs… l’espoir renaît ! » (p.4 et p.5 du bulletin) qui refait le bilan des merveilleuses retombées financières pour la commune, nous annonce même que le Center Parcs garantirait le maintien des services publics sur la commune et bla-bla-bla…

Cet article déclare même que les propositions de Pierre & Vacances pour les compensations sont très généreuses et au-delà de ce que la loi lui impose :

« S’agissant des compensations liées à la destruction de 6,3 ha de zones humides, telles que définies par le Conseil d’État, le projet prévoit 198 ha de mesures compensatoires, dont 78,7 ha à proximité ».

Ces chiffres sont, bien entendu, faux et présentés d’une manière qui prête à confusion ! Il suffit de se rapporter aux p. 12 et p. 13 du jugement du 16 décembre 2016 de la cour administrative d’appel de Lyon (http://lyon.cour-administrative-appel.fr/content/download/79774/746125/version/1/file/15LY03104_15LY03144.pdf) pour se rendre compte des véritables propositions de compensation de SNC (Pierre & Vacances) à la date du jugement ; le Conseil d’État a depuis annulé ce jugement sur la forme mais pas sur le fond… Nous pouvons lire dans le jugement du 16 décembre 2016 :

« les compensations proposées sont pour l’essentiel en dehors du bassin versant immédiat affecté ou des bassins adjacents et se situent pour partie dans des zones éloignées (Ardèche, Ain, Haute-Savoie, Savoie). En s’en tenant au récapitulatif des mesures compensatoires proposé dans le dernier mémoire de la SNC, vous obtenez un total de 19,9 hectares pour la compensation de zones très dégradées alors qu’il s’agit de compenser 76 hectares détruits par le projet. Vous êtes donc loin du ratio de 100%. Vous ne pouvez prendre en compte les autres mesures puisque celles-ci ne se situent pas dans des sous-bassins adjacents. C’est en particulier le cas pour la compensation principale de 59,20 hectares à proximité du lac du Bourget.».

Voilà ce que le projet prévoyait à ce moment-là et il est improbable qu’aujourd’hui Pierre & Vacances prévoit davantage de « mesures compensatoires » ; la nouvelle définition des zones humides réduit leurs surfaces puisqu’elles dépendent maintenant de deux critères contre un seul auparavant.

 

Ce bulletin municipal est d’autant plus répugnant que dans un autre article en p.9 « Les finances et la ZAD à l’ordre du jour de la rencontre entre le Maire et le sous-préfet », on en appelle à la délation contre les occupants de la ZAD : « Le Maire a alerté le sous-préfet sur le climat d’insécurité que subissent les riverains. La situation est suivie de près. Il faut rappeler que les habitants doivent signaler les faits qu’ils constatent et que le dépôt de plainte en cas d’agression ou de menace est absolument indispensable si l’on veut une réaction des pouvoirs publics. »

La réalité est bien différente. Chacun pourra s’en persuader en lisant l’article « Violences à Roybon » dans le dernier numéro de la revue De tout bois* qui reprend la liste de la plupart des violences et agressions que les occupants ont subi depuis début décembre 2014 (violences physiques, 5 incendies criminels)

 

Merci de faire suivre, et de faire savoir aux lecteurs du bulletin municipal Vivre à Roybon,

 

Henri Mora

Des sabotages de voies ferrées

Bollène (Vaucluse) : Sabotage des boîtiers électroniques de la ligne Grande Vitesse

Le Dauphiné Libéré / samedi 29 décembre 2018

C’est la deuxième opération de sabotage de ce genre en une semaine. La ligne de TGV passant par Bollène a de nouveau été la cible de délinquants, dans la nuit de jeudi à vendredi. Tard dans la nuit, des personnes ont saboté des boîtiers électroniques perturbant ainsi le trafic ferroviaire. Rapidement alertés, les agents de la SNCF se sont rendus sur les voies au niveau de Bollène pour remettre le boîtier en état. Les gendarmes de la compagnie d’Orange sont venus sur les lieux et les Techniciens en identification criminelle (Tic) de la gendarmerie ont procédé à plusieurs relevés d’empreintes.
Des retards d’une vingtaine de minutes ont été enregistrés sur certains trains de voyageurs. […] Pour le moment, l’enquête est toujours en cours pour déterminer qui sont les auteurs de ce sabotage et s’ils sont liés à celui de la semaine dernière. L’affaire a été confiée à la brigade de Bollène.

*****

Carcassonne (Aude) : L’armoire électrique en feu

L’Indépendant / dimanche 16 décembre 2018

Au cours de la nuit de samedi à dimanche, c’est à 2 h du matin que les sapeurs-pompiers de Carcassonne sont intervenus le long de la voie ferrée, à hauteur du centre commercial Leclerc, pour maîtriser l’incendie d’une armoire électrique. La mobilisation d’un fourgon-incendie a été nécessaire pour stopper le sinistre, dont l’origine, accidentelle ou criminelle, était ce matin encore inconnue.
Les dommages causés à cet équipement consacré à l’alimentation de la signalisation pour les trains circulant sur la voie a de modestes conséquences sur le trafic. Le service communication de la SNCF précisait ce matin que les équipes techniques sont à l’oeuvre pour procéder au diagnostic et à la réparation de l’équipement : « La signalisation de secours a pour l’instant été mise en oeuvre. Les trains doivent donc s’arrêter avant de repartir. » Conséquence : des retards de 15 minutes pour les trains qui circulent dans le sens Toulouse/Narbonne.

*****

Bagnols-sur-Cèze (Gard) : Des passages à niveaux fermés

FranceInfo / samedi 29 décembre 2018

Dans le Gard, six barrières de passages à niveau ont été volontairement baissées dans la nuit de vendredi à samedi 29 décembre. Les compteurs électriques qui permettent l’ouverture des barrières ont été vandalisés empêchant ainsi l’ouverture des barrières après le passage des trains. Tous sont situés aux alentours de Bagnols-sur-Cèze : sont concernés les passages à niveau de Pont-Saint-Esprit, de Bagnols-sur-Cèze, de Saint-Nazaire, d’Orsan, de Vénéjan et de Laudun-l’Ardoise. […] En milieu d’après-midi ce samedi, tous les passages à niveaux étaient réparés.

Les bandits rouges (G. Gavilli et E. Malatesta)

Du 14 décembre 1911 (vol de la voiture utilisée la semaine suivante pour leur braquage) au 15 mai 1912 (mort d’Octave Garnier et de René Valet dans l’assaut de la police à leur abri)… L’aventure d’une poignée d’anarchistes illégalistes français n’aura duré que cinq mois, jalonnée de braquages, de fusillades, de meurtres, de fuites et d’arrestations. Cinq mois, c’est tout. Mais cela a suffi pour qu’ils entrent dans l’histoire, grâce à l’appellation que leur a donnée un journaliste : « la Bande à Bonnot ».

À l’époque, le parti de l’ordre est bouleversé par les premiers braqueurs utilisant une voiture pour accomplir leurs coups, et les considère tout de suite comme des criminels féroces qu’il faut exterminer. Rien de moins. Et les amoureux du désordre ? Les anarchistes… Qu’ont-ils dit sur ces compagnons sauvages ? Inutile de cacher que la majorité d’entre eux est restée ahurie, et les considéra comme des provocateurs à blâmer. Rien de moins.

Si leurs actions embarrassèrent même certains individualistes, ils provoquèrent encore plus d’indignation chez les anarchistes les plus calmes et les plus raisonnables. En France, le journal porte-parole du mouvement anarchiste le plus réactionnaire, Les Temps nouveaux, écrivit à propos des illégalistes : « Depuis des années, sous le couvert de la plus surprenante impunité, les chefs, les pontifes et les orateurs du “milieu” excitent à la haine du travail, au dédain de l’amour, au mépris de l’amitié, à la ruse, au sarcasme. Ils célèbrent les beautés et les joies de la monnaie fausse, du vol sournois, du cambriolage nocturne. […] Ils ne sont plus des anarchistes. Hélas ! Ils ne l’ont jamais été ! […] Leur vie, remplie d’erreurs, de faux pas, de gestes sauvages, puis de hantises, d’indignités, de fuites éperdues, de mensonges balbutiés, de supplices moraux et de gênes physiques, je la plaignais, après l’avoir détestée.1 »

Dans le journal géré par Jean Grave, André Girard corrigea le tir en affirmant qu’« au moment où ils ont commis cet acte [le braquage], ils ont cessé d’être anarchistes. De tels actes n’ont rien d’anarchiste, ce sont des actes purement et simplement bourgeois2. » Selon un autre collaborateur du même journal, ils représentaient « l’idéal des dignes fils de cette bourgeoisie, pour qui le plaisir et l’idéal de la luxure ont été formulés par Guizot : s’enrichir ! » La même ligne a été suivie par les syndicalistes comme Alfred Rosmer (La Vie ouvrière) ou par Gustave Hervé (La Guerre sociale), selon lesquels « leurs actions résultent de la mentalité capitaliste, qui a comme but l’accumulation d’argent et la poursuite d’une vie parasitaire ». Les illégalistes étaient des « pseudo-anarchistes, qui déshonorent le noble idéal anarchiste », et en tant qu’assassins de ces « pauvres types travaillant pour cent cinquante francs par mois […] Ils me dégoûtent. Franchement, je préfère Jouin3 » écrivait Hervé

.Et en Italie ? Qu’ont-ils dit à l’époque, les anarchistes, à propos de ce qui se passait de l’autre côté des Alpes ? Seuls les mots de condamnation d’Errico Malatesta, formulés dans son article « Les bandits rouges », paru dans Volontà en 1913, sont de temps en temps exhumés. Et cela doit suffire. Ce qui n’a jamais été exhumé, c’est le débat intégral dans lequel son texte était inséré. Oui, car les gardiens de l’historiographie anarchiste se gardent bien de rappeler que cet article ne fut nullement casuel. Ce n’était que la première intervention de Malatesta, inaugurant une discussion dans laquelle il s’opposa à Giovanni Gavilli, l’anarchiste florentin, à l’époque rédacteur du journal individualiste Gli Scamiciati.

Si la curiosité est un vilain défaut, elle aide parfois à écarter certains lieux communs. La nôtre nous a amenés à aller à la recherche de tous les articles de cette polémique désormais séculaire, et leur lecture nous a laissés pantois. Nous avons découvert que ce qui motiva Malatesta, ce ne fut absolument pas une apologie désintéressée des illégalistes français (qui à l’époque n’étaient pas encore appelés « bande à Bonnot », mais juste « bandits rouges »), mais bien plus une défense aux yeux de la bourgeoisie ! Car, d’un autre côté, Gavilli ne cache pas son désaccord avec un choix, à son avis légitime, digne, mais suicidaire. La deuxième intervention de Malatesta est tout simplement embarrassante. Ici, la logique, le bon goût et malheureusement aussi l’éthique du plus célèbre anarchiste italien s’envolent. Face aux insinuations calomniatrices de Malatesta contre Bonnot, Garnier et les autres compagnons français, le passionné Gavilli ne pouvait que s’énerver et réagir sur le même ton.

Nous avons ici reproduit le débat intégral qui opposa le célèbre rédacteur de Volontà au rédacteur oublié de Gli Scamiciati. Après avoir esquissé ce qu’il a défini comme « politique du suicide », dans un texte où il ne mentionne pas les illégalistes français, Gavilli revient encore sur le sujet avec « Cui gladia ferit, gladia perit ». Il s’agit d’un long article qui s’inspire de certains faits divers, comme on peut le comprendre par l’intitulé, et qui ne concernait pas exclusivement la « bande tragique ». Faute de place, nous proposons uniquement la partie qui leur est explicitement dédiée. C’est cet article qui a poussé Malatesta à réagir et à déclencher en premier la discussion, avec la publication dans Volontà de « bandits rouges », où il ne fait pourtant pas référence au journal individualiste de Novi Ligure. Prudence inutile, car ce sera Gavilli lui-même qui abordera la question et rentrera dans le vif du sujet, provoquant ce que, dans son article final (coupé lui aussi, car dans une deuxième partie il parle de tout autre chose), il nommera « La fuite d’Errico Malatesta ».

Contre l’amputation intéressée de l’histoire du mouvement anarchiste, contre la pensée unique ou l’absence de pensée de ceux qui ne veulent pas entendre de discussions… Bonne lecture.

Les Temps nouveaux, no 52, 18e année, 26 avril 1913.

Les Temps nouveaux, no 36, 17e année, 6 janvier 1912.

L’inspecteur tombé sous le plomb de Bonnot.

Brochure, 12 x 17 cm, 44 pages

2 euros

Pour toute commande, écrire à lassoiffe@riseup.net

https://lassoiffe.noblogs.org

Encore une idée sordide d’Amazon : des sonnettes vidéo directement reliées à la police

 

Et si la caméra de votre porte d’entrée avertissait automatiquement la police lorsqu’elle reconnaît une personne « suspecte » ? Voilà l’idée derrière un des derniers brevets déposés par Amazon, le 29 novembre 2018.

Black Mirror, épisode 247 : Amazon a déposé un brevet pour une technologie de reconnaissance faciale liée à des caméras de sécurité pour les portes d’entrée. Le logiciel recouperait les images capturées avec une base de données — personnalisable par l’utilisateur —  de personnes « suspectes », et appellerait immédiatement la police. Sans qu’à aucun moment, il y ait une intervention humaine.

C’est une nouvelle fois l’association américaine des libertés civiles (ACLU) qui tire la sonnette d’alarme. Certes, il ne s’agit que d’un brevet, et donc cette technologie ne verra peut-être jamais le jour, mais rien que le dépôt expose la position d’Amazon sur la reconnaissance faciale.

Une caméra reliée à la banque de personnes « suspectes » de la police.

Le brevet porte sur un système intégré aux services de police. Il relie les visages des personnes qui marchent à proximité d’une caméra de surveillance placée sur une porte d’entrée, avec une base de données de personnes « suspectes  ». Si le visage reconnu correspond à un des profils de la banque de données, le système contacte immédiatement la police.

Repris de la presse

lu dans cracher dans la soupe

Une tenue jaune qui fait communauté ~ par “Temps critiques”

Le mouvement des Gilets jaunes semble confirmer une rupture du fil historique des luttes de classes. Elle avait déjà été amorcée mondialement par les printemps arabes, le mouvement «Occupy» et les mouvements des Places qui tous avaient placé en tête des mobilisations des revendications ou des demandes touchant les libertés, l’égalité, les conditions de vie en général; l’emploi plus que les conditions de travail. C’est aussi pour cela que ces mouvements s’adressaient bien plus à l’État qu’au patronat, dans la mesure où le processus de globalisation/totalisation du capital conduit les États à gérer la reproduction du rapport social au niveau territorial, mais en restant dépendant des exigences de la globalisation.

En France, la force de résilience du mouvement ouvrier traditionnel avait encore maintenu cette idée de lutte de la classe du travail contre le capital. Au printemps 2016, la lutte contre la réforme du droit du travail et des statuts poursuivait encore sur la voie «la classe ouvrière avant tout» sans obtenir de résultats tangibles. Quelques années auparavant, les regains de mobilisation engendrés par le mouvement des Places n’avaient pas permis un rebond effectif, car ce dernier avait vite privilégié le formalisme des assemblées au détriment des contenus de la lutte.

Une lutte qui semblait avoir trouvé un alliage plus prometteur au sein du mouvement espagnol, avec le débordement du mouvement des Places vers les solidarités de quartier en lien avec les problèmes de logement.

Dans toutes ces luttes, y compris dans le cas de la lutte contre la loi-travail, la question de la grève générale ou celle du blocage de la production à partir des usines n’a pas été posée, de même qu’elle n’est pas posée au sein du mouvement des Gilets jaunes. Dans ces conditions, conjuguer la poursuite des occupations de ronds-points avec des appels à la grève des salariés relève d’une fiction de «convergence des luttes» ou alors de l’idée dépassée que le blocage des flux de marchandises serait secondaire par rapport au blocage de la production des marchandises elles-mêmes.

Une communauté de lutte qui n’est plus la communauté du travail

Les révoltés des ronds-points sont certes pour beaucoup des salariés (ou assimilables à des salariés quand ils bénéficient d’emplois aidés ou d’aides au retour à l’emploi), mais il y a aussi bien d’autres occupants non salariés ou anciens salariés (notamment des auto-entrepreneurs pauvres et surtout des retraités qui sont loin de tous partir en avion low cost pour des destinations exotiques). Ce n’est pas à partir du rapport de travail qu’ils interviennent, mais à partir de leurs conditions de vie et de leur inexistence sociale. Une lutte, certes, mais une lutte sans classe plutôt qu’une lutte de classes. Il ne sert donc à rien d’y rechercher ce qui serait son aile prolétarienne pour lui donner une transcroissance qu’elle n’a manifestement pas l’intention de manifester.

D’ailleurs, si les Gilets jaunes sont méprisés par le pouvoir en place, ce n’est pas parce qu’ils sont des «prolétaires» au sens historique du terme (Macron ne méprise pas ouvertement les ouvriers professionnels élevés dans les règles de l’art de l’éducation syndicale et légaliste), mais plutôt parce qu’ils ne sont, pour lui, que des riens du tout («des gens qui ne sont rien» a-t-il dit), des sortes de sous-prolétaires modernes, des cas sociaux, des sauvages ayant oublié toutes les règles de civilité, des gens qui ne savent ni parler ni produire des responsables. Des «sans dents» comme disait Hollande. Un mépris lui-même méprisable tant il est chargé d’inhumanité; un mépris aveuglé puisqu’il jette sur le mouvement un jugement indifférencié alors même que nous qui nous mêlons à eux, nous savons qu’il y a des personnes très différentes au sein des collectifs de Gilets jaunes.

D’après les témoignages sur la vie collective des Gilets jaunes dans les «cabanes» qui ont fleuri sur les ronds-points on peut affirmer qu’il s’agit d’abord et surtout d’une communauté de lutte faite de partage sur les conditions difficiles de vie; d’union des énergies contre le pouvoir globaliste (Macron, les ministres, les élus, les corrompus, les maxi-fraudeurs du fisc, les confiscateurs de la parole du peuple, etc.); d’aspirations collectives afin que cesse la mauvaise vie; tout ceci avec des accents parfois utopiques comme le chante un Gilet jaune musicien amateur «Je ne veux pas vivre dans un monde où les colombes ne volent plus». Un lyrisme et des chants bien éloignés des sempiternels couplets politiques sur «l’émancipation» qui accompagnent les manifestations ouvrières ou gauchistes. C’est cette communauté de lutte qui fait que des personnes se relaient pour préparer de la nourriture sur place ou bien partager celle qui est apportée en soutien. La solidarité n’y est pas un vain mot.

Quid de l’organisation ?

Si nous sommes d’accord pour dire que les Gilets jaunes ont développé un mouvement autonome, nous n’irons pas jusqu’à dire qu’ils s’auto-organisent au sens idéologique de l’auto-organisation telle que peuvent la concevoir les conseillistes historiques ou des libertaires. Il s’agit d’une auto-organisation immédiate qui ne débouche sur rien d’autre que sa propre pratique tout aussi immédiate. Elle touche ses limites quand elle veut passer au stade d’une organisation véritable du mouve- ment, ne serait-ce que dans la prise de décision de refuser ou non les demandes d’autorisation officielle de manifestation ou d’accepter ou non des trajets préétablis, l’élection de porte-paroles ou de délégués. Il y a bien un refus de l’organisation et non auto-organisation et il correspond non seulement à la défiance vis-à-vis de toute organisation politique ou syndicale, mais aussi au fait que les conditions présentes ont épuisé toutes les formes historiques que l’on a pu connaître[2]. En effet, les Gilets jaunes ne peuvent faire des « conseils de ronds-points » comme il y a eu des conseils ouvriers ou des conseils de soldats. Mais cela ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas discuter ou agir à partir de ces ronds-points. Simplement, ce ne sont pas des lieux pouvant assurer la pérennité de formes politiques comme on a pu voir récemment avec leur démantèlement. Là encore le mouvement innove, car il est à la fois bloqueur et nomade. Les nœuds de blocage peuvent en effet être déplacés et renouvelés de la même façon que les lieux et les trajets de manifestation peuvent être redéfinis à tout moment.

Le risque est alors celui d’une répétition des actions précédentes. Or, cette répétition est déjà rendue précaire: 1) par le nombre décroissant de présents sur les points de mobilisation; 2) par l’intervention des gendarmes sur les ronds-points et surtout sur ces sortes de petites ZAD qui s’y étaient assez spontanément formées; 3) par les nouveaux dispositifs des forces de l’ordre au cours des manifestations du samedi qui tendent à transférer la violence réelle de la répression d’État qui lui aliène une grande partie de l’opinion publique sur une violence intrinsèque au mouvement du fait de son refus d’obtempérer aux appels gouvernementaux à cesser les manifestations. C’est le mouvement qui devient alors le fauteur de trouble et tous ceux qui y appellent sont ainsi coupables du délit d’intention, une forme de délit de plus en plus fabriquée au nom de l’urgence ou de l’exception (par exemple en ce qui concerne les entreprises terroristes), mais recyclable pour l’occasion[3].

De la négation à l’institutionnalisation ?

Est-ce que nous sommes passés à une seconde phase, plus affirmative, celle du RIC que la première qui était plus négative (Macron-démission, Nous ne lâcherons rien, etc.)? Ou alors le mouvement peut-il continuer en absorbant cette nouvelle proposition électoraliste qui semble pourtant une porte de sortie pour ceux qui, parmi les Gilets jaunes, ont pris acte que Macron ne démissionnera pas?

Si le RIC détruit la dynamique immédiate du mouvement, c’est parce que sa base actuelle, celle des ronds-points et des manifestations du samedi, ne porte pas de dynamique historique claire, d’autant que la pratique des assemblées comme l’idée de délégation trouvent peu d’écho ou alors créent des divisions au sein du mouvement. C’est parce qu’il est justement incapable de rendre historique sa dynamique sur une base assembléiste, qu’il peut se réfugier dans le RIC. Un référendum, pour certains un exemple de démocratie directe, mais pour nous le risque d’un début d’institutionnalisation du mouvement[4] ­– ou pire la naissance d’un mouvement type «Cinq étoiles» comme en Italie.

Notre critique du RIC ne peut donc s’inscrire essentiellement sur la base d’une erreur stratégique du mouvement qui se ferait «ricupérer[5]», comme le clame un tract paru sur le net. En effet, ce tract conserve le discours gauchiste traditionnel sur la «récupération», mais en campant finalement sur des positions «dégagistes» limitées à l’anti-macronisme. Il est tentant, pour certains, de se les approprier parce qu’elles peuvent paraître sans compromission et qu’elles ont exprimé l’unité du mouvement pendant les premières semaines, mais pour ceux qui, comme nous, pensons que le capital est un rapport social, on ne peut non plus s’en contenter. Bien sûr qu’il y a des raisons de faire valoir que l’adoption du RIC ne concernerait finalement que les «questions de société»; questions à la source de toutes les manipulations médiatiques ou populistes et qui ne portent pas sur les conditions matérielles et sociales qui sont à la source de la révolte.. D’ailleurs, comment un référendum pourrait-il imposer au patronat des augmentations de salaires et à des bailleurs de baisser les loyers?

Mais ce qui va nous être alors rétorqué, c’est «que proposez-vous?». C’est la même chose que ce qu’on nous disait en 68 et avec en plus même pas l’échappatoire, pour certains, de répondre en proposant les modèles exotiques (Cuba ou la Chine).

On ne peut pas négliger le fait que ce qui fait la force du mouvement est aussi ce qui fait sa faiblesse. Pour ne prendre qu’un exemple, le lien effectif entre Gilets jaunes et syndicalistes intervenant sur les ronds-points reste très formel dans la mesure où ces syndicalistes n’y interviennent qu’en tant qu’individus, comme nous d’ailleurs, mais sans qu’une médiation s’établisse qui rende possible et concrète le fait que de plus en plus de syndicalistes de base sont prêts à rentrer dans le mouve- ment, mais sur une autre base qui n’est pas la convergence des luttes (ça, c’est le point de vue de la CGT), mais avec le sentiment que c’est la même lutte et qu’en plus elle a pris des formes qui permettent de « gagner[6]».

C’est pourtant un sentiment partagé par de nombreux participants à la manifestation interprofessionnelle du 14 décembre qui ont aussi participé à une ou plusieurs manifestations des samedis avec les Gilets jaunes. D’ailleurs, de plus en plus de cégétistes, même si globalement ils sont très minoritaires, enfilent des gilets jaunes et gardent des sigles et autocollants CGT ou mieux se confectionnent des gilets rouges et jaunes. Mais les attentes subjectives sont limitées par des conditions objectives car le monde syndical est de plus en plus coupé de ce que l’on ne peut même plus appeler le monde du travail tellement les situations se sont particularisées. Un ensemble composite qui, d’un côté comprend que le «travailler plus pour gagner plus» est une illusion, mais de l’autre ne semble pas s’opposer à la défiscalisation des heures supplémentaires que lui propose le gouvernement. Elle a pourtant des effets négatifs reconnus sur le niveau d’emploi, lequel constitue une préoccupation des Gilets jaunes. Cette contradiction explique peut-être le fait que le mouvement ne semble faire aucune référence à la notion de revenu garanti, alors pourtant qu’il a la conscience et l’expérience que, bien souvent, travailler ne suffit plus pour vivre[7].

Le mouvement exprime, par sa diversité et son hétérogénéité, le caractère multidimensionnel des inégalités et un «ressenti» fort différent des inégalités statistiques prises une par une. Cet écart est aussi dû au fait que la France est plus performante dans la redistribution en amont de la formation des revenus (accessibilité à l’université, à la santé, salaire minimum, qualité de vie en général) qui semble un acquis «normal», qu’en aval où l’impôt direct progressif pèse peu, la CSG est pour tous comme la TVA et les taxes diverses qui pèsent particulièrement sur la propension à consommer des salariés les plus pauvres[8].

Vers une générale de tous les ronds-points ?

Une consommation que le mouvement bouleverse d’ailleurs en cette période de fête en bloquant l’approvisionnement des hypermarchés au niveau de la plateforme centrale comme celle d’Auchan près de Nîmes ou en bloquant directement l’entrée des supermarchés. Certains oiseaux de mauvais augure courant toujours au-devant de la victoire du capital, ont pu se gausser des Gilets jaunes qui croient faire du mal au capital en bloquant les hypermarchés alors que ça profiterait à Amazon et autres ventes en ligne. Or, cette affirmation est très discutable puisque les premiers chiffres laissent apparaître une baisse générale de la consommation dans les lieux traditionnels et une augmentation légère, mais normale, car anticipée sur la base d’une moyenne de progression, des ventes en ligne. Pourtant il n’est pas impensable d’envisager l’idée que «l’odeur du temps» (gazifiée) se révèle peu propice à la consommation et pas seulement parce qu’il serait plus difficile de s’approvisionner. Dans le même ordre d’idée, on a pu voir apparaître des «Débranche la télé et enfile ton gilet». Beaucoup de Gilets jaunes signalent qu’ils ne sortaient plus de chez eux en dehors de ce qui relevait de l’indispensable. Le manque de relations sociales est palpable et l’invisibilité dont il est question ici n’est pas celle de l’exclusion, mais celle d’une invisibilité sociale générale du fait de la nouvelle géopolitique de l’espace qui concerne aussi les habitants des banlieues[9]. Cette situation s’impose à un ensemble bien plus large que celui que recouvrait la lutte entre les deux grandes classes bourgeoise et ouvrière, et elle n’est pas non plus réductible à une opposition simpliste entre riches et pauvres qui s’en tiendrait à une définition quantitative/monétaire.

C’est la lutte sans classe d’une «multitude» comprise dans le sens où elle n’est pas celle des 99 % de gentils exploités contre les 1% de méchants exploiteurs et profiteurs, à l’heure où les hiérarchies de positions sociales ou au travail se sont à la fois démultipliées et affinées et sont produites et reproduites sans trop d’états d’âme par les individus, à chaque niveau qu’ils occupent. Une lutte sans classe au sens de l’absence d’un sujet historique.

Le mouvement des Gilets jaunes est souvent critiqué parce que, contrairement aux luttes ouvrières historiques il ne présenterait pas de projet d’émancipation. C’est un fait, mais nous avons déjà dit ailleurs pourquoi ces projets ont été portés, depuis 1788 et 1789 jusqu’aux années 1967-1978, par des sujets historiques justement (d’abord la classe bourgeoise puis le prolétariat). La défaite de ce dernier cycle révolutionnaire a ruiné tout projet d’émancipation, hors celui que réalisait lui-même le capital dans le cadre de l’achèvement du processus d’individualisation dans une société capitalisée. Mais dans les ronds-points et autres lieux d’expression du mouvement actuel sourd, quand même, une tension vers la communauté, non pas une tension abstraite vers la communauté humaine, mais une tension à la fois concrète (elle est dans l’affect) et générale parce que le mouvement embrasse et questionne l’ensemble des rapports sociaux. Ce n’est plus le «Tous ensemble» de 1995 contre un projet précis, mais une sorte d’indissociable mise à plat/mise en cause de la totalité capitaliste à partir de points de vue ou d’angles de tirs en soi partiels.

Cette partialité des attaques est pour le moment compensée par la totalité de «l’acte contre», celui qui se traduit dans le langage par le «Nous ne lâcherons rien» des Gilets jaunes qui répond au «vous n’êtes rien» du Pouvoir. Ce «Nous ne lâcherons rien» implique des actions collectives déterminées que la présence surdimensionnée et l’agressivité des forces de l’ordre peuvent rendre violentes. Une confrontation de forces que le pouvoir et les médias appellent des «débordements» avec toute l’orchestration intéressée qu’ils leur donnent.

Temps critiques, le 27 décembre 2018

Repris du site À contretemps.

 

 

[2] Sur ce point, cf. le blog de Temps critiques à propos des journées d’Eymoutiers.

[3] Après Julien Coupat, c’est maintenant une figure du mouvement des Gilets jaunes qui en fait les frais. On assiste ici à une criminalisation des mouvements sociaux avec la multiplication des interpellations, les gardes à vue préventives et les lourdes peines de prison ferme pour la moindre broutille. Autant de mesures anticonstitutionnelles du fait de leur disproportion flagrante avec les actes incriminés : ce qui démontre non pas la force de l’État, mais sa faiblesse. Une faiblesse rendue encore plus visible par le fait que, de l’autre côté de la barricade, les forces de l’ordre, en une demi-journée de grève, ont obtenu de 120 à 150 euros d’augmentation mensuelle.

[4] Dans le même temps, on s’aperçoit que, pour la première fois, des demandes officielles de trajets autorisés ont été déposées auprès de certaines préfectures, comme cela a été le cas le 22 décembre 2018; premier infléchissement notable du mouvement avec la mise en place concomitante de services d’ordre propres aux Gilets jaunes.

[5] Disponible ici.

[6] Alors que la CGT a signé avec six autres centrales syndicales la condamnation des méthodes de lutte des Gilets jaunes.

[7] Et paradoxalement, c’est Macron qui en fait resurgir le fantôme avec l’augmentation d’une prime d’activité qui perd de son caractère originel qui était de pousser au retour à l’emploi des personnes se contentant des minimas sociaux. Or là il s’agit de tout autre chose qui est la reconnaissance que le salaire ne rémunère plus «correctement» le travail et qu’il faut puiser dans l’argent public le complément. Le «travailler plus pour gagner plus» a épuisé ses effets, même si la défiscalisation des heures supplémentaires cherche à lui donner encore un souffle de vie… au détriment des chiffres du chômage !

[8] Cf. L’enquête de Th. Piketty et du Laboratoire sur les inégalités mondiales.

[9] En effet, si les « problèmes » des banlieues sont mis en exergue par sensationnalisme du côté des médias ou par intérêt politique par les partis, la vie courante de la majorité de ses habitants, toutes les actions associatives ou culturelles qui s’y déroulent sont invisibilisées.

 

Berlin, Allemagne : Sabotage incendiaire d’un profiteur des prisons en solidarité avec les inculpé.e.s de la Elbchaussee en procès à Hambourg (anti-G20)

Des colonnes de fumée s’échappant des toits du quartier riche de la Elbchaussee, des hélicoptères tournant dans le ciel. De loin, ça laissait deviner à quelques habitant-e-s matinaux que quelque chose était en train de se passer, peut-être au-delà des déclarations de la police anti-émeute et des services secrets. Une foule de personnes cagoulées poursuivait son objectif de faire connaître sa vision des choses, en détruisant à la fois de manières ciblée et aveugle une infime partie de ce monde de prospérité.

Un signe merveilleux. Une rue de voitures en flammes, des âmes complètement désemparées ne voulant absolument pas comprendre pourquoi elles venaient d’être à l’instant victime de cette violence inutile. Nous avons une grande marque de respect pour le risque que les personnes ont été prêtes à accepter.

Après tout, il semblait, avant le sommet, déjà apparaître sur les radars de tous les services de renseignement qu’on allait enfreindre la limite de la ville. Un moment d’offensive en manif, dont le caractère n’a été que rarement atteint dans ce pays.

Depuis le 18 décembre, cinq compagnon.e.s de Francfort, d’Offenbach et de France passent devant le tribunal régional supérieur de Hambourg. Ils et elles sont accusé.e.s d’avoir fait partie de cette balade. Les éléments à charge sont des films et du matériel vidéo que les flics ont minutieusement analysés.Ils prétendent pouvoir identifier des gens dans une cohorte d’individus cagoulés et tout de noir vêtus.

Par sa propagande depuis l’été 2016, la commission spéciale « Black Bloc » cherche à écrire un scénario, dans lequel il ne sera plus jamais possible, à aucun autonome, de pouvoir courir sans être démasqué en manif sauvage (comme celle de la Elbchaussee).

Cette commission spéciale a affirmé, en collaborant au-delà des frontières avec tous les porcs européens protégeant les États, d’anéantir la coopération des structures criminelles internationalistes.

Même si les procès et perquisitions des dix-huit derniers mois ont laissé des traces dans les structures anti-autoritaires, cette propagande reste inutile vis-à-vis de notre attitude haineuse face à l’État.

Nous avons pu prendre connaissance de l’atmosphère qui règne devant et dans la salle du tribunal et lors de la manif de la veille à Hambourg, et nous nous réjouissons de la solidarité et de l’attention portées aux personnes ciblées. Après tout, il y avait déjà trop d’accusé.e.s dont les procès n’ont quasiment pas retenu l’attention dans le soi-disant milieu et dont les jugements forceront donc certain.e.s d’entre eux/elles à ne pas s’y déplacer.

Nous continuerons à suivre le procès avec l’envie d’attaquer et souhaitons aux personnes accusées beaucoup de force et d’endurance, au tribunal et surtout pour la suite.

Comme acte de solidarité offensive avec les inculpé.e.s, deux véhicules de l’entreprise KONE ont brûlé le 27 novembre et le 20 décembre dans les quartiers de Lichtenberg et de Friedrichshain à Berlin. Les systèmes de verrouillage de portes de KONE dans les prisons berlinoises permettent notamment de priver les prisonnier.e.s de leur liberté.

Ni coupables ni innocents !

Défendons les émeutes de Hambourg !

AG¹ Elbchaussee

[Traduit de l’allemand d’indymedia Deutschland, 23.12.2018]

NdT:

¹Pour Aktiengesellschaft: ça se traduirait en français par « Société Anonnyme (SA) ».

publié le par Sans_Attendre demain