Parution du bulletin irrégulier Négatif – avril 2017 – n° 23

Sans identité apparente

À propos du livre de Nedjib Sidi Moussa, La Fabrique du Musulman.

« Un religieux dit un jour à une fille perdue:

Folle, qui te prends toujours aux rets du premier venu!

Elle répondit: C’est vrai, je suis bien ce que tu dis,

Mais toi, révérend ami, es-tu tel que tu parais? »

Omar Khayyâm, Cent un quatrains de libre pensée, Paris Gallimard, « Connaissance de l’Orient », 2002, p. 65.

Il y a des imbéciles heureux qui sont fiers d’être nés quelque part ou fiers de rendre

visible leur choix pour en faire une identité. Ce n’est pas le cas de ce jeune trentenaire qui

explique bien qu’il n’a pas choisi son nom et sa famille. Ses parents d’origine algérienne ont

quitté leur pays après la révolution quand le FLN prenait le pouvoir d’État, sabrant les

tentatives d’autogestion à peine naissantes. Il faut dire qu’ils restaient fidèles à Messali Hadj,

cette autre voix (voie ?) muselée de la libération nationale.

cette manière post-moderne de dire par exemple : « Je suis un jeune mâle hétérosexuel

racisé vivant dans une mégalopole occidentale en butte aux contrôles policiers au faciès ».

La thèse développée dans cet opuscule est la suivante : dans le contexte actuel où les

religieux ont le vent en poupe, où l’extrême- droite tient trop souvent le haut du pavé en

diffusant ses thèmes favoris dans l’appareil médiatique dominant, la pente naturelle du

débat public est aux fausses polémiques mettant en valeur des identités culturelles et leurs

affrontements. Dans ce cadre, la figure du Musulman a une fonction politique qui consiste

à évacuer toute analyse de classe. C’est pourquoi notre jeune analyste procède à un

démontage en règle de cette figure. Le nom est écrit avec une majuscule pour signifier qu’il ne

s’agit pas seulement de foi religieuse : dans ce cas, l’auteur préfère parler des « musulmans »

sans la majuscule. Voilà une première confusion déjouée. Et en effet cette représentation sociale

du Musulman donne lieu à une confusion pour le plus grand bénéfice de différentes chapelles

politiques qui visent à constituer une offre pour leurs futurs militants, adhérents ou électeurs.

lire la suite et le bulletin complet en PDF

Pris dans la toile

Brèves du Désordre

En quelques décennies, le monde entier a été recouvert par différentes nouvelles toiles. Internet, réseau de téléphonie mobile & co… Avec quelle rapidité cette toile allait se développer, à quel point elle se tisse de manière toujours plus serrée… quasiment personne n’aurait osé le prédire. Les câbles en fibre optique tirés comme des veines sous les villes, les signaux vibrant dans l’air à toujours plus haute fréquence, les antennes, les modems, les portables, le wifi, le home monitoring, les objets « intelligents », les smart cities…

Aujourd’hui, on parle de manière inflationniste de réseaux sociaux, de mise en réseau, de toile, etc. Ces concepts se frayent un chemin dans le vocabulaire des entreprises, de la politique, de groupes d’intérêts et de cercles d’amis… en réalité, on en entend parler presque partout. Cela correspond à une transformation complète des théories sur l’organisation, ce qui ne devrait pas surprendre, puisqu’en même temps l’ensemble de la société se restructure sur de nouvelles bases.

Mais quel est le but d’une toile ? C’est clair : une araignée tisse sa toile pour attraper des insectes qu’elle peut ensuite dévorer vivants. Un pêcheur a besoin de filet pour attraper des poissons. Alors à quoi sert le magnifique nouveau réseau qui s’étend sur le monde entier, élaboré par différentes entreprises et institutions étatiques et dont le développement semble sans fin ? Et bien, ceux qui le tissent et le financent visent avant tout à une chose : le Capital. Tout ce qu’attrape ce réseau se transforme en informations sous forme de zéros et de uns, en informations potentiellement exploitables représentant davantage de capital pour les « up to date ».

Ce réseau se déploie depuis maintenant quelques décennies, et beaucoup y voient encore un bon potentiel de développement. Pourquoi ne pas intensifier son extension au-dessus de l’architecture urbaine ? Le faire pénétrer dans les appartements ? Ou même à l’intérieur des corps humains ? Cela fournirait bien plus d’informations encore. De l’information détaillée, de l’information supposément susceptible de refléter l’ensemble de la réalité, ce qui équivaudrait à encore beaucoup plus de capital. Du capital sous forme de sécurité, de contrôle, de vitesse, de prévisions et de prévisibilité…

La restructuration actuelle destinée à perpétuer le capitalisme provoque aussi des changements dans les rapports sociaux. Cela se dessine depuis longtemps. On renonce de plus en plus à certaines choses aujourd’hui quelque peu démodées, même si cela pourrait bien sûr changer encore à l’avenir. Dans la famille, à l’école, au travail, les comportements personnels directement et ouvertement autoritaires se transforment au fur et à mesure que la relation humaine directe et non médiée passe en tant que telle progressivement à l’arrière plan. Ils cèdent régulièrement la place à la logique de réseaux collaboratifs, des réseaux « transparents » constituant dans le meilleur des cas une maille productive supplémentaire dans la grande toile. La domination en devient de plus en plus impersonnelle, et il est toujours plus difficile de voir selon quel algorithme nous sommes en train de danser, comment il a été programmé et qui contrôle le programme… Comme des mouches dans une toile d’araignée, nous voilà bien englué-e-s, à la différence près que selon toutes les apparences, il semble que nous ayons été privé-e-s de l’instinct de nous faufiler et de tout simplement essayer de nous échapper en volant. Souvent, nous ne savons même plus ce que voler veut dire.

A mon avis, en tant qu’anarchistes, nous ne devrions pas accepter si facilement le discours des réseaux etc. La toile est un filet pour attraper, dans lequel on s’empêtre et duquel on peut à peine sortir. Nous devrions bien plus baser nos luttes sur une organisation souple, une libre association pouvant toujours et directement être déliée par celles et ceux qui y participent à partir du moment où cela fait sens, et préférer le rapport non médié, refusant les normes sociales et toute hiérarchie, au-delà des algorithmes et des programmes.

Et pendant que manifestement beaucoup tombent littéralement comme des mouches dans la toile, appâté-e-s ad nauseam par des images scintillantes, des commodités et des gadgets faciles, nous ferions mieux de réfléchir à comment passer à travers les mailles du filet, comment en briser les fils, jusqu’à ce que l’ensemble de la toile se déchire !

[Traduit de l’allemand du journal anarchiste Dissonanz n°43, Zurich (Suisse), 16 février 2017, pp. 1-2]

Valence [26000] Liberté de circulation ! Réfugié·es, migrant·es, vous êtes les bienvenu·es !( maj 21h et +)

nous publions que ce qui est publique, . Dans cette petite ville l’ entraide est un  facteur de l’évolution, comme disait Pierre Kropotkine.. Pour tous ceux qui disent valence: « c’est déjà une ville pourrie » la bourgeoisie locale c’est le silence des pantoufles , on est en train de démontrer le contraire. pour que ce on grandisse,et   surtout que les Réfiugié-es, Migrant-es puissent rester , et « vous êtes les bienvenus »

jeudi 23 mars 2017, une douzaine de personnes de nationalité albanaises, deux familles composées d’adultes et d’enfants, dont l’un à 3 ans se sont mises à l’abri de la pluie dans l’accueil du Foyer Rochecolombe géré par le Diaconat protestant, rue Amblard.
Le gardien du Foyer, suivant le règlement a voulu les mettre dehors, mais face à leur refus, il a appelé la police. Finalement, les deux familles ont eu l’autorisation de rester, à l’intérieur, sans doute du fait de la présence de jeunes enfants et de la pluie battante.

Il est évident que ce n’est pas de la responsabilité du diaconat protestant de régler cette situation mais bien de la municipalité et de la préfecture. La loi donne la possibilité au préfet et au maire de réquisitionner les bâtiments libres afin de loger les familles et enfants à la rue.: » Un toit c’est un droit inaliénable. » une parole entendue dans l’assemblée
Beaucoup de maisons, petites ou grandes sont fermées depuis des années, en face de la Cohésion Sociale, avenue de Romans, rue Denis Papin, en face du pont de la Cécile et dans bien d’autres quartiers de Valence.

Valence samedi 25 mars 2017
5 familles maintenant et toujours les petits enfants.
Pour la nuit nous occupons le troisième étage de la maison des sociétés.
Grand espace et au chaud.

La mairie et la préfecture joue  au ballon prisonnier..

Valence dimanche 26 mars 2017. Les familles ont pu manger ce midi à l’entraide et se laver. Nous sommes sur la piste d’un lieu pour ce soir. La mairie et la préfecture jouent le pourrissement de la situation n’hésitant pas mettre en danger des enfants en bas âge. La notion de service public pour M Daragon maire de Valence s’arrête manifestement à ceux et celle qui n’en n’ont pas besoin les autres peuvent dormir dans la rue.
Si une solution pour cette nuit n’est pas trouvée quitte à être dans la rue ce ne sera pas dans l’anonymat..
RDV devant le diaconat protestant ( 97 rue Faventines)à 18 h  quelques personnes sont venue et l’assemblée a décidé  on part en direction de  la salle d’attente de la gare de valence


Valence 26 mars  20h45

Les réfugiés sont ce soir dans la salle d’attente de la gare de Valence
Les soutiens sont sortis les réfugiés dorment ce soir et demain sur les lieux. La préfecture devra chercher un lieu pérenne sinon nous occuperons un autre lieu

L’image contient peut-être : 1 personne, intérieur

dimanche 26 à 22h  . Le commandant de police arrive et nous annonce que le préfet autorise notre maintien dans les lieux. Bien sur il nous menace d’une plainte de la SNCF, mais qu’est-ce qu’une plainte comparée au danger que courent ces jeunes enfants condamnés à mourir de froid et de désespoir dans la rue (4° cette nuit à Valence). Au moins dans la salle d’attente de la gare et même si le confort n’est pas de mise, ils peuvent toutes et tous dormir au chaud.

Lundi 27 mars rendez vous à 18h30 devant le diaconat, pour aller dormir dans un nouveau lieu public pour l’occuper. Donc à 18h soyons en nombre suffisant avec du matériel pour fabriquer des banderoles sur place

les personnes  qui adoptent  l‘entraide comme pratique :  » LE Maire et Préfet jouent le pourrissement en nous laissant faire mais sans prendre la seule mesure humanitaire nécessaire et indispensable qui serait de leur ouvrir un hébergement pour les dix jours à venir avant leur rendez vous à Grenoble afin de déposer leur dossier de demande d’Asile. La loi le permet, le préfet peux le faire et le maire peut intercéder et proposer des lieux d’hébergement.
Tous les soutiens sont les bienvenus, vous pouvez apporter des gâteaux, du lait, des couvertures, des feutres et cahiers de coloriage, des jeux, mais surtout votre chaleur et votre solidarité. »

À propos de « Durruti dans le labyrinthe » de Miguel Amoros

note:  comme une suite de la causerie  du 24 Mars

Qui a tué Durruti ? Cette question hante toujours le milieu anarchiste et libertaire. Dans son livre, Miguel Amoros tente de démythifier le personnage, de le situer dans son moment historique et de le sortir de l’iconique béatitude dans laquelle des bureaucrates de la CNT l’ont momifié. *


Traduction d’un entretien donné par Miguel Amoros à Cazarabet-El Sueño Igualitario, paru sur le site des Gimenologues en octobre 2015 [1]


- Miquel, on a beaucoup écrit sur Durruti : le révolutionnaire, le revendicatif, le premier à faire un pas en avant… Qu’est-ce que ce « nouveau regard », le tien, apporte à cette « figure » de l’anarchisme, des idées libertaires et du mouvement libertaire en Espagne… ?

Mon intention en écrivant « Durruti en el laberinto » (Durruti dans le labyrinthe) était de démythifier le personnage et le situer dans son moment historique. Démonter un mythe idéologique, création « organique » d’un appareil bureaucratique effectif, pour rendre à l’individu réel son identité anarchiste et révolutionnaire, visible dans tous les aspects de sa pratique quotidienne. À cette fin, j’ai reconstruit presque jour après jour ses cinq derniers mois de vie.

- J’avais plusieurs grands-parents qui avaient perdu la guerre et à plusieurs reprises certains d’entre eux m’ont dit : « Ah ! Comment aurait tourné la guerre si Durruti n’avait pas été tué ? » Qu’est-ce que tu en penses ?

Le dénouement de la guerre ne dépendait pas d’une seule personne, aussi charismatique fût-elle. Dans tous les cas, on peut risquer la conjecture que le recul de la révolution n’aurait pas été aussi rapide, que la stratégie de la CNT n’aurait pas été aussi défaillante et que la stalinisation de la République n’aurait pas été si profonde. Pour autant, Durruti vivant, un facteur de défaite comme celui de la démoralisation énorme qui s’est produite après sa mort et à partir de 1937 n’aurait pas pris une telle envergure.

- Et qu’en aurait-il été du processus révolutionnaire… si Durruti n’était pas mort… En quoi aurait-il consisté ?

Il n’y a pas de doute sur le fait qu’on aurait essayé d’acheter Durruti avec une fonction militaire type chef de division ou quelque chose de ce style. Comme pour Mera. Dans tous les cas, le premier pas de la contre-révolution, la militarisation des milices, se serait faite une fois celle-ci réalisée, dans d’autres conditions. La CNT ne se serait pas soumise aux « circonstances » aussi gaiement. D’un autre côté, les attaques de la division de Líster contre les collectivités aragonaises auraient été inconcevables avec Durruti en Catalogne ou en Aragon.

- Les gens, en novembre 36, commencèrent à se demander qui avait tué Durruti et quelques interrogations restent ouvertes… Avec les années passées, y voit-on plus clair ?

Il y eut une conspiration des Soviétiques pour faire sortir Durruti du front d’Aragon et « désactiver » là-bas l’influence anarchiste. Des documents le prouvent. Quant à sa mort, on sait avec certitude que la version officielle de la balle perdue était aussi fausse que la version confidentielle du tir accidentel de son « naranjero ». Durruti a été tué de près, par derrière, probablement par un groupe de miliciens qui fuyaient la bataille. Que cette rencontre fût fortuite ou provoquée, on peut en avoir l’intuition mais pas le démontrer. [2]

- Durruti était-il pour tous, les uns comme les autres, plus un ennemi en tant qu’élément révolutionnaire et partisan d’un soulèvement social qu’un ennemi pour les militaires rebelles… ?

La contre-révolution, avec les communistes à sa tête en Espagne, considéraient Durruti comme un obstacle pour la création d’une armée régulière avec une discipline de caserne, des galons à la pelle, et un sommet hiérarchique hors de contrôle des organisations ouvrières. En plus on avait peur de ses projets de « reconstruction libertaire » au front et à l’arrière-garde, qu’on qualifiait d’expérimentations utopiques et insensées.

- L’important était de faire front à l’abus de pouvoir face à ceux qui avaient toujours eu moins, face à l’ouvrier, au travailleur, à l’agriculteur, au salarié… et faire une société égalitaire… Ce qui était important, c’était la révolution, et avec le soulèvement ce fut le bon moment… Ce n’est pas ça ?

Les responsables de l’organisation confédérale ne l’ont pas vu comme ça, qui dès le début se sont prononcés pour la collaboration dans des organismes hybrides avec d’autres forces politiques et appelèrent instamment les militants à retourner au travail et à ne pas aller plus loin.

- Je pense, pour le peu que j’en ai lu, discuté et dialogué que si des personnes comme Ascaso, Durruti n’étaient pas mortes… le printemps de 1937 à Barcelone (l’écho s’est étendu plus loin) ne se serait pas déroulé comme cela l’a été… Peut-être n’aurait-il même pas eu lieu de la manière dont on l’a « fabriqué » ?

J’insiste sur le fait que les personnes, aussi importantes qu’elles puissent devenir, ne sont que des personnes. Les journées de 37 auraient eu lieu sous une forme ou une autre. Déjà quand Durruti était vivant, un événement similaire s’était produit à Valence à la suite de l’enterrement d’un milicien de la Colonne de Fer. D’un autre côté, des personnes dotées d’un prestige indiscutable comme Federica Montseny et Juan García Oliver ont perdu toute crédibilité avec leur appel au « cessez le feu ! ». Évidemment, avec Ascaso et Durruti parmi les ouvriers derrière les barricades, la défaite de la révolution n’aurait pas été consommée. Leur abandon n’aurait pas impliqué, par exemple, la dissolution des Comités de défense et des Patrouilles de contrôle, l’emprisonnement massif des libertaires et l’écrasement du Conseil d’Aragon.

- On dit souvent, toujours contre les idées anarchistes et libertaires, que ce sont eux qui mirent sur la table : « la révolution ou gagner la guerre »… Mais moi, je le vois plus depuis une autre perspective : pourquoi ne nous demandons-nous pas si ce n’étaient pas ceux qui craignaient les idées anarchistes et le développement de la révolution qui déclenchèrent deux guerres, une qui sabotait la révolution et l’autre qui essayait (comme dans un monologue) de gagner la guerre… Qu’en dis-tu ?

Le soulèvement des masses contre les militaires rebelles chassa l’État et les propriétaires de plusieurs lieux où la révolution gagnait rapidement : terres agricoles, usines, services publics, milices, santé, éducation… Cependant, les structures étatiques restèrent debout et grâce aux organisations libertaires elles purent se reconstituer en peu de mois. Les forces qui souhaitaient le retour à l’ordre d’avant le 19 juillet recoururent à la consigne « la guerre d’abord, la révolution ensuite ». Ceci signifiait, pour un État renforcé de sa propre armée et de sa propre police, récupérer le contrôle et liquider les conquêtes révolutionnaires en premier lieu par la voie de la nationalisation. La première phase du processus se déroula pendant le gouvernement de Largo Caballero : la deuxième pendant la période de Negrín.

- Les colonnes Durruti qui se dirigeaient vers Madrid faisaient-elles si peur ?… (Je te pose la question en pensant aussi bien aux militaires rebelles qu’aux communistes… Parce qu’ils auraient aussi bien pu tenter de consolider le front pour « prendre Saragosse », mais à un moment déterminé, ils s’en vont et se foutent dans le labyrinthe du front de Madrid et de la Cité Universitaire, excuse-moi mais concernant tout ceci j’ai beaucoup de questions en suspens). Que peux-tu nous en dire ?

L’arrivée de Durruti à Madrid fut assez discrète et n’eut pas trop d’écho dans la presse, pas même dans la libertaire. Il n’y a pas eu d’arrivée triomphale ; ceci fut un montage de propagande a posteriori, et relève des disputes médiatiques entre les hiérarchies communistes et confédérales. Durruti est resté bloqué à 35 kilomètres de Saragosse par manque de munitions, d’armement, de formation en artillerie et de couverture aérienne. Moi, j’ajouterais également par manque de combattants (sa colonne ne disposait de guère plus que six mille, soit une cinquantaine de centuries). Le gouvernement n’a pas voulu les lui donner car il ne voulait pas armer « la FAI ». La diplomatie soviétique avait saboté tous les achats parce qu’elle ne voulait pas non plus que les milices anarchistes soient bien armées. Durruti est allé à Madrid parce qu’à l’intérieur de la CNT on l’avait convaincu qu’une intervention remarquée là-bas lui fournirait les armes qui faisaient défaut en Aragon. Mais il est parti avec seulement mille deux cents hommes (plus trois cents recrutés par Estat Català) et aucune des autres colonnes catalanes présentes qui lui avaient été assignées n’a voulu combattre sous ses ordres. Le résultat fut qu’avec des forces réduites, fatiguées par le voyage et inaccoutumées au combat sous le feu aérien et de l’artillerie, il dut colmater avec courage une brèche dangereuse sur un front tenu par cinquante mille miliciens et soldats. Ce ne fut pas une mission pour se faire valoir, mais bien plus une mission suicide. Ceux qui avaient tiré les ficelles pour l’envoyer là-bas ne pouvaient pas l’ignorer.

- Quelle empreinte profonde le stalinisme et ses hommes ont-ils laissée dans cette Espagne de la Guerre Civile ?

Dès septembre 1936 le stalinisme s’investit à fond dans la République espagnole. Les armes qu’il fournit lui permirent de diriger les opérations de guerre, de contrôler les services secrets, de faire la promotion du Parti communiste, de poursuivre les dissidents et d’en finir avec la suprématie anarcho-syndicaliste. La révolution espagnole fut sacrifiée et les révolutionnaires persécutés et assassinés parce que la politique extérieure soviétique d’alliance avec les démocraties bourgeoises réclamait en Espagne l’existence d’une République autoritaire et bourgeoise. Le stalinisme a laissé derrière lui une empreinte autoritaire, de la perfidie, du double jeu, des mensonges, de la manipulation et des crimes, en définitive du totalitarisme. Les partis communistes héritèrent de leurs méthodes et, dans la mesure de leurs possibilités, les appliquèrent.

- Y a-t-il eu trahison, directe et indirecte, dans l’assassinat de Durruti ? Le gouvernement et les manœuvres de Staline et de ses hommes étaient-ils derrière… ?

On peut affirmer catégoriquement que les agents de Staline conspirèrent pour écarter Durruti du Front d’Aragon. Le chef du gouvernement se prêta à cela de manière consciente ou inconsciente. Certains ministres également. Le Comité national de la CNT et le Comité péninsulaire de la FAI s’y employèrent chacun, à des fins politiques, peut-on supposer.

- Les désaccords qu’il y a eu à l’intérieur de la CNT lorsque certains prirent position pour faire partie du gouvernement, dans ce que l’on pourrait qualifier de « bureaucratisation » de la CNT, et que d’autres y étaient très opposés… Les épisodes de désaccord furent amers, il y eut ce que l’on pourrait considérer comme des « gros mots »… Cela a pu avoir une influence sur sa mort… On ne peut pas cesser de penser à ce que tu nous rappelles dans le livre : que Mariano Rodríguez Vázquez, Marianet, alors secrétaire général de la CNT, « avait réuni tous les témoins et les avait enjoints de garder le silence », et tu conclus « que Durruti fut tué par ses camarades ; ils l’ont tué en corrompant ses idées ».

Durruti ne s’est pas prononcé publiquement sur l’entrée de la CNT dans le gouvernement républicain, comme il ne l’a pas fait sur l’entrée dans le gouvernement catalan. Il le fit cependant contre le sale jeu de l’arrière-garde (cf. son célèbre discours radiophonique du 5 novembre). Sa mort fut d’une certaine manière profitable au développement de la bureaucratie anarchiste. D’entrée, elle servit pour que la direction de la CNT se prononce sans ambages en faveur de la militarisation des colonnes libertaires ; ensuite pour lui faire tenir des propos qui incitaient à renoncer à la révolution et aux principes libertaires au profit de la guerre. La CNT-FAI se bureaucratisa au fur et à mesure qu’elle s’intégrait dans les institutions étatiques, que la guerre devenait plus problématique, et que le prolétariat espagnol restait isolé, se voyant contrainte à un changement brusque d’orientation et à un rapprochement avec les communistes. La guerre de classes fut enterrée au profit d’une guerre d’indépendance. Les miliciens cessèrent de lutter pour leurs intérêts de classe pour le faire en défense de la « nation ». Leurs ennemis n’étaient plus les bourgeois, les curés et les militaires, mais les « envahisseurs étrangers ». Le verbiage mystificateur des dirigeants libertaires transforma Durruti en un héros prolétaire, en un caudillo national, un mythe populaire, et un militaire xénophobe. Ce fut là qu’ils le tuèrent pour la seconde fois.

Sussanna Anglès Querol, 26 mars 2015. (Traduction réalisée par les Giménologues).

* : Introduction de AutreFutur.
De Miguel Amoros, lire sur ce site : Les situationnistes et l’anarchie – Miguel Amorós



PS :« Durruti dans le labyrinthe. Qui a tué Durruti ? » De Miguel Amoros. Éditions Virus – 2014

Lettre de Damien depuis la prison de Fléury

 

Il y a des jours en prison où la rage et la haine, mêlées à un sentiment d’impuissance, atteint des sommets. Les flics ont arrêté le compagnon XXXX, il est actuellement détenu ici-même à Fléury, mais dans un autre bâtiment, ce qui nous empêche d’avoir le moindre contact.
Le compa est en détention préventive au bâtiment D2, pour des accusations concernant l’affaire du barbecue sauce bleusaille.
Je ne connais pas la teneur exacte des chefs d’inculpation mais nous savons qu’il est sous mandat de dépôt criminel. Il y a donc de fortes chances que lui aussi soit accusé de tentative d’homicide de deux représentants de l’ordre.
Ces accusations sont farfelues car nous savons, et la justice en a également conscience, que la volonté lors de ce bel acte d’insoumission n’était malheureusement pas celle de fumer les flics présents dans la bagnole incendiée. Sinon de les fumer un tout petit peu, au sens propre, juste pour en attendrir la viande. Quoi qu’il en soit, je me fiche de savoir si le compa est coupable ou innocent des faits qui lui sont reproché. Il me suffit de savoir qu’il est anarchiste pour m’en sentir solidaire, il me suffit de partager les faits pour m’en sentir complice.
Nous avons tou(te)s partagé des instants de révolte complice et joyeuse avec le compagnon, des instants de camaraderie et d’amitié merveilleux avec un compagnon toujours en première ligne lorsqu’il s’agit de faire face. Comme en ce jour du 24 mars 2016, durant lequel le compagnon s’est fait arrêter lorsque nous avons farouchement combattus la BAC et le service d’ordre de la CGT, qui ne pouvant plus contenir la révolte, s’unirent pour la réprimer à grands coups de matraque et de gazeuse.

Aujourd’hui, après le bruit de bottes des manifs de flics et du viol qu’ils ont commis au nom de la sécurité, alors que des enragé-e-s reprennent sporadiquement possession de la rue lors de quelques émeutes, pendant que la répression s’abat sur les révolté-e-s de tous bords, attisons l’incendie par la violence Anarchiste.

Aux idiots utiles au pouvoir, du rappeur Fianso au collectif « vérité et justice », qui appellent au calme en suppliant leurs maîtres, les flics et les juges, de faire leur travail répressif avec plus de clémence, rappelons une simple chose :

Un bon flic est un flic mort !

Solidarité et complicité offensive avec le compagnon ! Une pensée également pour Kara, digne, cohérente et incarcérée pour les mêmes accusations.

Puisque j’ai toujours envisagé l’intervention anarchiste de façon internationale, je profite de cette lettre pour exprimer, en même temps , ma solidarité avec les braqueurs-euses de banque présumé de l’affaire Aachen en Allemagne, avec les détenu-e-s de l’opération Scripta Manent en Italie et aux deux compas mis en examen dans l’affaire de l’attaque de l’école de police à Brescia.

fin février 2017
un ami de Jules Bonnot
prison de Fleury-Mérogis, quelque part dans le monde

 

[in italiano][en español]

 

*****

Pour lui écrire :

Damien Camélio
n° d’écrou 432888
MAH de Fleury-Mérogis (Bâtiment D5)
7, avenue des Peupliers
91705 – Sainte-Génevieve-des-Bois

Valence ( Drôme) Après Le ministre de la Justice visite la prison de Valence, quatre mois après la dernière mutinerie ( maj 25 /03/2017)

voici quelques phrases de Romain et de José, les deux mutins du 27 novembre.

Romain:

Quand les écrits ne font rien que reste-il à part les actes ? »

« c’était un cri, une action, mais pas une agression »

« c’était un appel à l’aide »

« je n’ai pas fait cette mutinerie que pour parler de Valence ».. » c’était le seul moyen d’attirer  l’attention sur ce qu’il se passait »

si je casse juste une camera dans le couloir, on m’enferme au mitard et personne dehors ne saura ce qui se passe ici,

alors j’ai tout cassé et voilà, il y a des gens devant le tribunal, voilà la presse qui est venu au procès….

 

José:
Mais madame, : « on vous parle   de convivialité,  de salles communes pour jouer aux cartes, du mode de vie »

–Après le 10 mars 2017 quelques réflexions dites sur une radio anticarcérale

les tribunaux seront fermés bientôt ????

— ou attachés direct aux prisons ????

— le tribunal de valence correspond à la nouvelle prison de valence…..plus répressif encore, plus sécuritaire

On répète  une information , Les prisonniers qui ont passé en procès le 10 mars ont fait appel. Ce nouveau procès aura lieu à la cour d’appel de Grenoble..  On sera ce jour là à Grenoble mais nous  ne laisserons pas  s’installer   le silence des pantoufles   et  les fachos continuer tranquillement leurs propagandes insalubre contre les prisonniers et leurs familles. (aidés par tous les médias locaux  presse écrite, radio institutionnelle  et radios  associatives citoyennes).

les prisonniers ont pris le risque de se mutiner.. contre cet enfermement digne » des QHS » ces quartiers de haute sécurité fermé en 1982 par un ministre de la justice après une longue bataille des prisonniers à laquelle ,Roger Knobelspiess a participé.

Au début  des années 80 un libraire de valence a organisé une rencontre avec Roger Knobelspiess dans la librairie ( située dans la grand rue ).. quelle soirée, pleine de envie de lutte, pleine de chaleur!! celle -ci a fermé malheureusement peu après !! Est ce que les pressions  conjointes de toutes les administrations ont eu » la peau du libraire »??

Nous reprenons cette lutte aussi  après les  discussions du cinéma Centre de Recherche et d’Action Culturelle de  valence qui  avait subi les assauts  des administrations  . pour  avoir  oser programmé un débat  ( avec  des anciens prisonniers Abdel Hafed Benotman,Charlie Bauer.. et avec des militants anti carcéraux du journal l’envolée.et accompagné de projections de films)Cette structure  culturelle a dû changer de nom  (aujourd’hui le cinéma  le lux) après le licenciement de la directrice(jugée abusif par les tribunaux)  qui avait programmé ce  débat autour de l’enfermement carcéral. La bourgeoisie locale( ses représentants politique) et les partis de gôche et les gauchistes institutionnels ont  toujours aidés  cette politique d’enfermement (vers les QHS)

,Est ce qu’on est dans la même situation des prisonniers  du centre pénitentiaire de valence? Deux potes passent en procès le 17 novembre pour avoir osé faire entendre  les  cris de révoltes des mutins du 25 septembre , du 27 novembre.. Comme disait l’article de rebellyon.info en lien   ce combat contre les pires valeurs populistes et pétainistes n’est pas terminé. Nous le continuons, et en  souhaitant  qu’enfin  d’autres viennent avec nous    discuter et  continuer à construire ces combats… .et surtout contre le retour des Quartiers Haute Sécurité

 

 

Sur le reportage « nous sommes tous des casseurs »

lu sur Brèves du Désordre

[Note : Les journaflics, comme leur nom l’indique, font partie intégrante de la domination, ce qui rend impossible toute autre forme de dialogue avec eux qu’à coups d’objets diversement contondants… à moins de séparer les moyens et les fins, à moins de redéfinir le monde entre « amis », « ennemis », « alliés », et autres catégories relevant de la stratégie de « situations ». Une stratégie définie alors par quelques-uns pour tous, selon les nécessités fluctuantes du moment, soit l’exact inverse de l’auto-organisation dans la lutte entre individus, sur la base de l’éthique, de la conflictualité permanente avec le pouvoir, de l’action directe, des affinités existantes et des nouvelles complicités qui peuvent s’y nouer.

Il n’est ainsi pas anodin que nombre de journalistes en tout genre aient souvent été acceptés de bonne grâce par les plus autoritaires au sein même du « cortège de tête » parisien pendant tout le bordel contre la Loi Travail, et ce au plus près des banderoles renforcées ou des affrontements – filmés côté manifestants. Si dans le texte ci-dessous ce sont Thierry Vincent (qui ne se cache pas de fréquenter des agents de la DGSI) ou Laurent Bortolussi (de Line Press, qui ne se cache pas d’aider la police avec ses images) qui sont directement mis en cause, le problème concerne plus largement l’ensemble des preneureuses d’images de manifestant.e.s en action (y compris alternos comme Doc du Réel, Taranis News, etc.).

Enfin, on ne peut pas oublier non plus que des fans du Ciel-qui-sait-tout (y compris ce qui se passe sous les cagoules) comme le Mili (Mouvement Inter Luttes Indépendant), ne découvrent pas la lune en donnant une des interviews qui vient épicer le reportage policier « Nous sommes tous des casseurs » de France 2, diffusé sur internet le 15 mars 2017 (50 mn). Ils sont coutumiers du fait, comme en témoignent leurs interviews données parallèlement au Monde, à Vice News et à Mediapart début avril 2016, pour ne citer que trois fameuses collaborations à des relais du pouvoir*. Dans la dernière, un certain « Lucien » expliquait notamment que « pour nous, l’autonomie, c’est d’éviter le plus possible de dialoguer avec les institutions liées à l’État… » Une auto-définition flexible, ouverte aux exceptions tactiques, dont l’ambiguïté résidait dans les trois mots suivants : « …le plus possible…« . A moins bien sûr de considérer que la chaîne de télévision France 2 et son émission bientôt trentenaire « Envoyé Spécial » à laquelle le Mili a fait honneur en compagnie de l’AFA (Action Antifasciste) n’est pas une institution liée à l’Etat et au lavage massif de cerveaux. Ou que deviser tranquillement, assis en rond sur une voie de chemin-de-fer désaffectée, avec un journaliste d’investigation professionnel proche de flics anti-terroristes** et devant sa caméra, ne relève pas d’un dialogue avec l’ennemi.

Sur quelle chaîne déjà était passé le dernier débat de la primaire à droite et sera également diffusé le dernier débat (20 avril) entre candidats à l’élection présidentielle ? Ah oui, sur cette même France 2, sans doute un des nouveaux « territoires » à conquérir par les « ingouvernables ».

* « Mobilisation contre la « loi travail » : le MILI, une « bande de potes » qui assume sa violence », Le Monde, 8 avril 2016 / « « Le monde ou rien » : rencontre avec le Mili, en première ligne des manifs jeunes contre la loi travail », Vice News, 8 avril 2016 / « Le Mili prend la tête de cortège pour mieux en découdre avec la police », Mediapart, 8 avril 2016]
** Une proximité avérée depuis longtemps… A propos d’un de ses précédents reportages, « Tarnac : enquête sur « l’ultra-gauche » », diffusé le 8 novembre 2010 sur Canal + avec la participation de plusieurs inculpés, Thierry Vincent expliquait déjà : « Ils savaient que je voyais le juge Fragnoli pour évoquer la politique anti-terroriste. Je ne leur ai jamais caché non plus que je voyais des flics de la DCRI régulièrement. ». Voir « Enquête sur l’ultragauche « tapie dans l’ombre », mode d’emploi« , Rue89, 15 novembre 2010


Sur le reportage « nous sommes tous des casseurs »

Paris-Luttes, 21 mars 2017

Quand France Télévision et des journalistes qu’on pense être des amis servent, consciemment ou non, la soupe de l’Etat.

Thierry Vincent, journaliste pour France Télévision, s’incruste depuis un temps certain dans les lieux et rassemblements politiques pour mieux se faire accepter et construire paisiblement des reportages visant à amener au grand écran des analyses scabreuses sur les milieux anarchistes et autonomes.

Son dernier forfait en date est le reportage « Envoyé Spécial » intitulé « Nous sommes tous des casseurs ».

Dès les premières minutes du film, le journaliste fait l’aveu de son opportunisme : « Pour être au cœur de ces affrontements, je me suis équipé comme ces militants radicaux […] Pour me faire accepter plus facilement, j’ai filmé seul avec une petite caméra. Après plusieurs mois de manifestations et de prise de contact, les militants radicaux ont fini par me laisser filmer des images au plus près de l’action »

Il a bénéficié notamment de la connivence répétée de celles et ceux qui ont participé à construire l’imaginaire médiatique du cortège de tête et de ses représentations « insurrectionnalistes », comme en attestent les interviews données dans le reportage par des membres de l’AFA [min 20:00] et du MILI [min 24:30]

Nombreux sont celles et ceux qui savent que cette même connivence a permis que les images de Thierry Vincent se retrouvent dans le dossier d’instruction de l’affaire du 18 mai. Le journaliste se garde bien pourtant de les réutiliser dans le reportage lui-même, où la séquence revenant sur l’attaque de la voiture reprend, entre deux séquences tournées par lui-même [minutes 2:53 à 3:45], les images tournées par d’autres que tout le monde a vu dans les médias.

Certes, on pourra se rassurer en disant qu’il ne les a pas remise directement aux flics. Ce qui est loin d’être le cas de ses collègues.

L’un d’eux notamment, à qui Thierry Vincent fait la part belle dans son reportage, est présenté et interrogé à la 31ème minute : « Laurent Bortolussi est l’auteur de ces images. Fondateur de l’agence Line Press, il est spécialisé dans le suivi de manif, 28 ans d’expérience au compteur. Il est le seul journaliste à avoir suivi l’ensemble des affrontements devant l’hôpital Necker. Ce jour-là il se trouve au cœur du Black Bloc »

A la 32ème minute du reportage, on le voit siéger dans son grand bureau et nous affirmer sans trembler que « si les individus [langage policier] avaient attaqué l’hôpital Necker, nous ne nous serions pas gêné une seule seconde pour le filmer et leur montrer… le montrer. C’est notre métier de montrer ce qu’il se passe ».

Notons que le lapsus dans sa phrase est assez révélateur de sa collaboration avec les enquêteurs de la police judiciaire. Collé au plus près des affrontements, s’interdisant toute censure, il n’a pas hésité par le passé à filer l’ensemble de ses rushs sur DVD aux services de police, ce qui lui a valu d’être malmené plus d’une fois par des manifestant-es qui ne trouvaient pas cool de le croiser dans des moments de tension avec les forces de l’ordre.

Un extrait de dossier pénal dans lequel Laurent aide la police : (voir ci-joint DOC 1)

Ses images ont notamment aidé le ministère de l’intérieur à constituer les 58 dossiers remis au procureur de la république dans le but de poursuivre pénalement les personnes ayant participé à la manifestation en solidarité avec les migrants du 22 novembre 2015, interdite suite à l’adoption de l’état d’urgence. Le rôle joué par les images de Line Press est confirmé par les notes blanches sur lesquelles se fondent les mesures administratives qui ont été prises au cours des mois suivants : (voir ci-joint DOC 2)

Comme d’autres journalistes prétendument indépendants ou sympathisants, Vincent et Laurent croient réhabiliter nos pratiques radicales, tout en servant sur un plateau au public de leurs reportages tous les arguments du discrédit.

« Ces émeutiers sont généralement hostiles aux médias, qu’ils considèrent comme complices du système » [5:00] ; « La plupart des militants radicaux refusent d’être interviewés à visage découvert par peur d’être identifiés par la police » [6:30]

Reconnaissant l’impossibilité de recueillir la parole des personnes qui incarnent politiquement les idées et pratiques radicales du « black bloc » ou des « cortèges de tête », ils se rabattent le plus souvent sur des personnes un peu novices ou fascinées, voire malhonnêtes, pêchées dans la foule et qui peinent à exprimer devant la caméra la sincérité et la force de leurs convictions. On en retient essentiellement qu’elles sont « contre le système » et qu’elles sont prêtes à se la mettre avec les flics.

Personne n’ignore que les propos des un-es et des autres sont souvent réajustés et redisposés dans le montage final de manière à les vider un peu plus de leur sens. C’est dommage de voir des personnes de bonne foi se laisser humilier par un journaliste à mille lieux de comprendre les tenants et aboutissants de leur engagement personnel et de leurs motivations réelles. Il est tout bonnement impossible, dans un entretien d’une minute trente, de retransmettre la complexité de nos réflexions et de ne pas laisser nos contradictions apparaître à l’écran comme de la naïveté ou de la bêtise.

Le journaliste arrive alors à faire dire à l’interviewé-e tout ce qui devrait être tu, notamment qu’on « affronte des flics », qu’on « serait prêt à tuer » ou qu’on « n’a pas de base idéologique ou théorique claire ». En bref, on est prêt-es à faire à peu près tout et n’importe quoi, sans savoir tout à fait pourquoi on le fait.

Puis, pour réussir à étayer un tant soit peu le propos, le journaliste prélève un échantillon de « militants pacifi[ques] » (donc raisonnables) pour leur faire dire qu’ils soutiennent les « casseurs », histoire de parler au nom des premier-es concerné-es, renforçant cette idée que les « militants radicaux » ne sont qu’une force de frappe et qu’il revient à d’autres d’expliquer leur utilité. Ainsi, pour son reportage, Thierry est allé nous trouver une ancienne députée européenne devenue finalement « députée du black bloc ». On la trouve forcément très sympathique (quoi de plus classe qu’une soc-dem devenue anarchiste ?), ce qui ne permet pas pour autant de comprendre ce que sont ces « émeutiers casseurs black blocs d’extrême gauche radicale ».

Au final, Thierry prétendait nous expliquer « qui se cache derrière ces cagoules et ces vêtements noirs ? Qui sont ces émeutiers d’extrême gauche, ces black blocs comme on dit ? » et si « ces mystérieux casseurs ont-ils un projet politique ? », mais il participe de l’immense farce médiatique consistant à renforcer encore un peu plus le discours policier.

D’ailleurs, on s’en fout complètement de savoir qui se cache derrière les cagoules. Thierry, si on met des cagoules, c’est pas pour que tu tires dessus !

Alors que les suites judiciaires du mouvement social de l’an dernier n’en finissent pas de s’abattre, il n’est pas inutile de rappeler que chacun joue un rôle dans la défense collective, et que celle-ci commence par la nécessité de clarifier des lignes politiques, parce qu’il ne suffit pas de se dire « indigné-e » ou « ingouvernable » pour construire un mouvement révolutionnaire et/ou autogestionnaire.

Et cette clarté politique ne peut s’accommoder de collaborations avec des personnes qui participent à nous mettre en danger. Les journalistes d’image, mais pas seulement…

Valence [Drôme] une mobilisation en solidarité des personnes menacées d’expulsion vers l’Arménie

 lundi  20  mars  Plus de 300 personnes se sont rassemblées devant la préfecture de la Drôme en solidarité avec la famille Melkonian  en France depuis 6 ans . il a reçu de la préfecture un routing   vers l’Arménie en passant par Moscou.. La mobilisation s’amplifie , un nouveau rassemblement  a eu lieu mercredi 22  dans le centre ville de valence..

 

 

 

 

valence[ drome] jeudi 23/03 un après midi anti carcéral ?

dauphiné libéré le 23/03

VALENCE Le garde des Sceaux en visite aujourd’hui au centre pénitentiaire

« Cet après-midi, Jean-Jacques Urvoas, ministre de la Justice, est donc attendu au centre pénitentiaire valentinois pour une visite des différents bâtiments de la maison d’arrêt et de la maison centrale. »

il est important de  se souvenir de ce jour  du 10 mars devant le tribunal de valence..

copié collé d’un extrait d’u texte paruparu sur   rebellyon.info

« Le procès à déjà commencé, aucune info ne nous parvient, c’est le commandant qui contrôle les entrées. Une demi-heure plus tard, on est toujours plantés devant les marches du TGI, les flics font des allers-retours dans leurs camion pour se relayer, regarder leur portable. Aucun signe de tension. Nous sommes toujours à distance, on attend dans le silence et personne ne va ne serait-ce que leur demander pourquoi on ne peut pas rentrer. On a bien compris qu’ils ne lâcheraient pas là-dessus. Il est 15 h quand une personne leur dit calmement qu’on a le droit de rentrer parce que l’audience est publique. Un adjudant répond qu’on peut écrire au tribunal pour se plaindre. Castration et provoc habituelle de flic. C’est leur taf, ils maîtrisent. Ils sont détendus et discutent entre eux.

La charge des flics.
Peu de temps après, trois flics font mine d’aller vers leur camion et là le commandant dit :« On y va ! ». Ils chargent et leurs collègues postées sur les marches du TGI les rejoignent. Coups de matraques télescopiques dans les articulations (coudes, genoux) et l’estomac. Le genre de coups qui peut couter un rendez-vous chez le généraliste et dix séances de kiné derrière. Ils chopent et se mettent à plusieurs sur deux personnes. L’une d’entre elles se retrouve les deux mains dans le dos et à genoux dans les cailloux (y’avait des travaux devant le palais), limite les flics se bousculent entre eux pour pouvoir appuyer leur genou entre les omoplates de l’interpellé. L’autre personne se fait amener manu militari dans l’un des camions. L’un des camions part au comico.

La violence des flics a fait monter la pression et tout le monde garde ses distances avec eux. Une personne voyant les flics s’exciter sur un interpellé leurs lance : « arrêtez de l’étrangler ! ». Le commandant déboule et met un coup de gazeuse à main : «  allez, barrez vous !! ». »

lles deux potes embarqués vendredi par les poulets devant le tribunal.
Ils ont été relâché le lendemain matin et seront jugés le 17 novembre prochain à valence respectivement pour outrage et violence.

Mais on n’a  toujours pas peur, nous sommes  des ennemi.e.s irréconciliables de tout despotisme et des amant.e.s passionné.e.s de la liberté

 

peut être  le ministre   a t’il été alerté par le contrôleur général  des lieux de privation de liberté   a ce qu’on peut comprendre du  texte de l’OIP

ou comme à Fresne   des sanctions disciplinaires

 

 

[Toulouse 31000] Journée de rencontres « Des femmes face à la prison » regards croisés, vécus et luttes.

reçu par mail:

Rencontre – débat autour du film « Ils nous ont volé nos nuits » tissé avec 11 femmes mexicaines : ex-prisonnières, mères, compagnes, filles de prisonnier.e.s, avec la participation de femmes françaises et espagnoles ayant vécu la prison. Le dimanche 9 avril, à partir de 13h30 à La Chapelle.

Les Trois Passants et des toulousaines anti-carcérales, vous invitent à toute une journée de rencontres, d’échanges et de débats. « Des femmes face à la prison » regards croisés, vécus et luttes.

Dimanche 9 avril, 2017 à partir de 13H30

à La Chapelle
36, rue Danielle Casanova
31000 Toulouse
(métro Compans-Caffarelli)

Cliquez ici pour télécharger le flyer (programme) et l’affiche

Au fil du temps nous avons observé la lutte incessante, la résistance et le travail que mènent les femmes dans et hors les prisons, non seulement en tant que tisserandes de la mémoire contre l’oubli, mais aussi en tant que porteuses d’une lutte infatigable contre le système judiciaire et pénitentiaire. Cependant, et ce y compris dans nos propres espaces, peu de chose se dise sur elles. C’est pourquoi en cette occasion, sans fabriquer une vision innocentante et victimisante, nous avons ouvert un espace de paroles pour les femmes confrontées à l’enfermement, à l’humiliation, à la maltraitance du corps, à la torture sexuelle, au harcèlement, à la stigmatisation et à l’hypothétique “justice”. Elles nous rappellent la valeur de la lutte, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des geôles. Nous en parlerons ensemble.

A partir de 13H30

Rencontre – débat autour du film « Ils nous ont volé nos nuits » tissé avec 11 femmes mexicaines : ex-prisonnières, mères, compagnes, filles de prisonnier.e.s, avec la participation de femmes françaises et espagnoles ayant vécu la prison.

A 14H30 – Projection : « Ils nous ont volé nos nuits »

Ce film collectif réalisé au Mexique en octobre 2016, est un outil de lutte anti-carcérale. C’est un documentaire fait maison, avec nos propres moyens, par des personnes solidaires et non spécialistes. Il a été possible grâce à la complicité de mères, de compagnes, de femmes solidaires, de filles de prisonnier.e.s et d’ex-prisonnières ; et la participation de La Voix de Zapoteques Xiches en Prison d’Oaxaca, du Groupe de Travail Nous ne sommes pas tous et toutes là du Chiapas, de La Croix Noire Anarchiste de Mexico et du groupe Les Trois Passants de Toulouse

A 15H45 – Débat  : Comment la prison s’empare de la vie des femmes ; discrimination systématique, rôles assignés, appropriation du corps…

A 18H – Débat : Solidarité / Luttes individuelles et collectives

A 19H30 – Lecture : « Le troisième âge derrière les barreaux » : monologue satyrique écrit par Natacha Lopvet incarcérée au Mexique depuis 10 ans.

A 20H30 – Concert avec « Fandango Mano y Vuelta »

Repas végétarien et vegan à prix libre/ Bar – Tables de presse – Brochures – Fanzines – Livres (toute la journée)

Pour faire miroir, échanger et partager des réflexions, quatre femmes ayant vécu la prison en France et dans l’État espagnol participeront à cette journée. C’est à travers leurs voix et leurs réflexions que nous voulons aborder ces préoccupations et trouver les chemins, les espaces, les moments et les actions pour la liberté.

Audrey Chenu est une ancienne prisonnière, auteure du livre Girlfight, slameuse, boxeuse, pédagogue et féministe.

Pastora  : « Je suis la mère de Xosé Tarrío González anarchiste anti-carcéral, auteur du livre « Huye, hombre, huye ». Un prisonnier du régime spécial FIES (Fichier Interne de Suivi Spécial) mort de prison, de tortures et d’isolement par l’État espagnol. Ce même État qui condamne sa mère et quatorze autres personnes, dont deux d’entre elles sont des avocats, pour avoir osé demander l’élucidation de la mort d’un jeune homme de vingt-deux ans dans une caserne de la garde civile et pour s’être installées devant les tribunaux pour réclamer justice. »

Johanna  : « Depuis que mon compagnon a été incarcéré en 2011, ma vie est rythmée par l’administration pénitentiaire ou plutôt à leur bon vouloir. En fait, je me rends compte qu’il ne faut surtout pas analyser la situation sinon, quand on est compagne de détenu (longue peine), quand on regarde d’un peu plus près son quotidien, je pense que je serais capable du jour au lendemain de mettre un terme à cette relation tellement le quotidien est lourd à porter. »

Lecture du monologue satyrique de Natacha Lopvet par Marion Bouvarel, comédienne de la compagnie L’Agit. L’Agit, depuis plus de 20 ans, a basé son action sur l’itinérance, portant une diffusion populaire d’un théâtre d’auteur, écho des préoccupations actuelles.

Natacha Lopvet Mrikhi, est française, incarcérée depuis 10 ans dans la prison pour femmes de la ville de Mexico. Elle participe à de nombreux projets et ateliers artistiques et s’est jointe à une troupe de théâtre qui a pour objectif d’aider d’autres femmes à s’exprimer à travers les arts en faisant sortir leurs réflexions. Elle participe à cette journée par la présentation de son monologue satyrique « Le troisième âge derrière les barreaux » .

Journée organisée par Les Trois Passants, des toulousaines anti-carcérales et des personnes solidaires d’ici et d’ailleurs.