[Parution] : cinq brochures des éditions Anar’chronique

[Reçu par mail]

Compagnons,

Nous avons le plaisir de vous annoncer la parution d’une première série de nouvelles brochures, traductions ou rééditions de textes déjà existants. Nous disposons de nombreux exemplaires de chaque brochures et sommes prêts et disposés à en effectuer des envois, du plus petit au plus grand, ainsi qu’à en assumer l’expédition.

voici les titres de cette première vague de publications:

Lettres sur le syndicalisme, B.Vanzetti (accompagnées de deux préfaces)
La tension anarchiste, A.Bonanno
Pour le bouleversement du monde
Individus ou citoyens
La peste religieuse, J. Most (accompagné de notes biographiques de L. Galleani sur J. Most)

Si besoin, vous trouverez les textes ainsi que les pdf sur le blog suivant: https://anarchroniqueeditions.noblogs.org

Voilà pour le moment.

Les éditions Anar’chronique

Condé-sur-Sarthe (Alençon) : Seul contre cinq matons, mais déterminé !

 lu  sur Attaque.noblogs.org

 

France3 / mercredi 28 septembre 2016

Les semaines se suivent et semblent se ressembler au centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe. Le 21 septembre dernier, un détenu mettait le feu à sa cellule. Ce mardi, des surveillants ont été victimes d’une agression alors qu’il venait chercher un homme placé en quartier d’isolement pour l’emmener en promenade. Le détenu s’est jeté sur l’un des agents avec une arme métallique, “une sorte d’équerre“, de deux kilos. “Il a tenté de viser le cou, c’est une tentative d’homicide”, estime Emmanuel Baudin, secrétaire interrégional FO pénitentiaire du Grand Ouest. L’un des gardiens a eu le réflexe de saisir l’arme avant que ses collègues ne maîtrisent le détenu.

emmanuel baudin FO penitentiaireLe soir-même, FO pénitentiaire a décidé de lancer un mouvement de mobilisation nationale pour la journée de ce jeudi. “Depuis plusieurs semaines, les agressions, les prises d’otage, les mutineries, se multiplient. En face, on a une administrations pénitentiaires et des politiques qui restent sourds. Au vu de l’accélération des événements, on a décidé de lancer dans l’urgence ce mouvement“, explique Emmanuel Baudin [le connard ci-contre; NdAtt.], qui présente la mobilisation de ce jeudi comme “une première étape“.
Le personnel pénitentiaire ne disposant pas du droit de grève, cette mobilisation va prendre deux formes ce 29 septembre: le blocage de certains établissements par du personnel en repos (dans le grand Ouest, le rendez vous est fixé au Mans, “un établissement qui a connu deux prises d’otage en un mois”) [ce qui veut sire ps de visites pour les détenus; NdAtt.] et par une retard de prise de clé par les surveillants planifiés ce jour là [ce qui peut vouloir dire des retards et/ou des réductions de la promenade ou des rares activités; NdAtt.].

Valence [Drôme]: Après la mutinerie de dimanche la matonnerie se défoule! (mise à jour29/09)

 note de lecture   des compléments d’informations


Les informations ci dessous  proviennent des médias ( dauphiné libéré et 20 minutes)

Dans la matinée du lundi, le deuxième étage du quartier maison centrale où avait eu lieu   la mutinerie, les 41 prisonniers ont été embaluchonnés, par des matons et  des ERIS vers d’autre étages( au premier, au troisième)en sachant  que  dans les autres  étages, les ‘interventions  des ERIS et les  policiers ne sont pas passées  inaperçues. Heureusement  des dégâts importants ont été néanmoins constatés sur deux étages de la détention.

Un permanent syndical en profite de rappeler dans la presse :” précisons  que moins d’une semaine  avant ces faits  l’Ufap-Unsa  justice  avait dénoncé ” la mise en danger délibérée des personnels dans le quartier  maison centrale, la plupart n’ayant travaillé qu’en maison d’arrêt”..Le syndicat qui dénonce encore un manque d’effectif , demande  une fouille complète  du centre pénitentiaire  ” des armes artisanales , … Pour l’hospitalisation  du surveillant , celle -ci s’est terminée dans la nuit de dimanche à lundi, il s’est vu pour l’heure  délivrer  six jours d’ITT,

Des syndicalistes se plaignent de leur condition de travail, pour cela ils prévoit une manifestation jeudi matin..

Pour nous  vive les mutins

et plus après la démonstration de force des matons  du jeudi matin à l’extérieur ddu centre pénitentiaire  …!

 


 France Bleu  e 29/09/2016 à 10:53

Drôme:les surveillants bloquent la prison de Valence

Des agents pénitentiaires dénonçant la “dégradation constante” de la sécurité ont mené ce jeudi 29 septembre des actions de blocages de nombreuses prisons en France, dont celle de Valence. Ils répondent notamment à l’appel du syndicat FO, le deuxième chez les surveillants après l’Ufap.

70 surveillants en congés ou en repos sont rassemblés devant la prison pour bloquer toute l’activité de l’établissement (extractions, parloirs).
“On réclame la fouille totale et complète de l’établissement pour le vider de toute arme artisanale. On veut aussi que les surveillants puissent être en binôme aux étages”, explique Sylvain Royere, permanent du syndicat UFAP-Unsa Justice.  Cette mesure impliquerait le recrutement d’une soixantaine de surveillants supplémentaires.


Note :  les syndicats montrent  à nouveau leur cogestion  du capitalisme, les mots ne nous  suffisent plus!!

Ne reprenons pas la thèse de la police  pénitentiaire qui a besoin de leaders, pour justifier la répression , nous soutenons tous les prisonniers qui se sont révoltés dimanche soir..

On est surtout  contre les syndicats cogestionnaires qui osent empêcher les parloirs  des familles( donc aussi des salarié-e-s Gepsa qui assure l’accueil des familles au centre pénitentiaire de valence

[Publication] : Hourriya, cahier n°3

distro au laboratoire  anarchiste aux heures d’ouverture et aussi  avec le petit dépositaire  ambulant:

 

[reçu par mail]

A travers la publication d’une série de petits cahiers, “Hourriya” est un nouveau projet d’édition international qui se propose de participer à l’approfondissement des idées anarchistes. Les différentes contributions traiteront aussi bien d’expériences comme celle vécue en Syrie par des compagnons d’Alep, que de questions précises comme celles sur l’organisation informelle, l’imprévu ou la science de la domination, sans hésiter parfois à effectuer des retours historiques. Les “Cahiers anarchistes internationalistes” s’appuieront donc autant sur des textes déjà publiés ailleurs que sur d’autres, écrits spécialement pour l’occasion, tout en étant toujours augmentés de préfaces (et de postfaces selon les contextes) inédites.

Uniquement disponibles sur papier et au prix de 2 euros, ils paraîtront plusieurs fois par an et en plusieurs langues, dont notamment le français, l’allemand et l’anglais. Pour toute commande et informations complémentaires, on peut se rendre sur https://hourriya.noblogs.org

n° 3 – L’imprévu – Du centre à la périphérie

Et c’est justement pour saisir l’instant qu’il est nécessaire de commencer à regarder ailleurs et autrement. A penser comment couper la carte de l’adversaire, plutôt que de répondre à son jeu. A comment le rendre confus, plutôt que de le repousser. A comment le surprendre, possiblement en étant là où il ne nous attend pas, en faisant ce à quoi il ne s’attend pas. En tentant de comprendre non pas comment faire ce qui s’est toujours fait, mais comment faire ce qui ne s’est jamais fait. Attendre les situations au coin pour les faire précipiter, plutôt que de courir derrière pour les influencer avec le poids de notre (timide) présence. Ou encore intervenir en parcourant la périphérie des situations sans être bloqués par l’embouteillage à leur centre. Ou encore, justement, les anticiper pour les faire dérailler ailleurs, en ruinant les projets de l’ennemi.

Août 2016 – 98 pages

Sommaire

Introduction
Sans précédents
L’imprévu
Quelque chose qui manque
Carpe diem
La corde raide
Syncopes
La paille brûle
Feux sacrés
Porter la guerre à la campagne ?


n° 1 – Échos révolutionnaires de Syrie , mars 2016
n° 2 – Affinité et organisation informelle , avril 2016

Armand Robin L’écouteur sublime

 Note:bientôt au laboratoire on consacrera une soirée avec ….

 

robin

 

Pour rester près de vous, malgré moi, malgré ma vie, j’ai vécu toutes mes nuits dans les songes, et, le jour, je me suis à peine réveillé pour subir une vie où je n’étais plus.

 

Suspendu aux ondes courtes du monde il épie, il écoute, chouette de l’espérance, témoin horrifié de l’aliénation du monde. La musique des sphères coule en lui, les houles sonores de la parole des hommes, il les capte comme un chasseur de papillons. Jusqu’à l’extrême fin de sa vie il recueille ses Bulletins d’écoute.

 

Fasciné par les méandres de la parole humaine, surtout par la propagande déversée par les radios, il transcrit inlassablement ses nuits blanches à devenir le coquillage de l’univers et recueillir les marées des mots. L’écoute des radios étrangères aura été sa vie, son épuisement, sa vampirisation Efflanqué et blafard au sortir de ses nuits blanches, il était décalé dans le monde des jours, dans le monde des humains. Il les aimait pour leurs voix, il s’étonnait de leurs réalités, de leur science à mentir. Dans ses nuits à lui il voyait monter la nuit du bourrage de crâne. La radio ment, le monde ment, la radio n’est plus « allemand », mais mensonge mondial. Mais Robin écoute encore et toujours à l’ affût du langage. Valérie Rouzeau l’appelle « l’écouteur sublime », cela dit tout. Il était aussi l’éternel errant, de par le monde, dans sa propre ville, dans sa propre tête. Errant mais errant rapide avec sa grosse moto, qui trimbalait des quantités de livres déchirés et des grammaires de toutes les langues.

 

Armand Robin veille la nuit sur les mouvements de l’éther et de la parole. Sa vie sera attachée aux ondes de la radio et à l’ivresse de la moto, son destrier pour sillonner l’Europe.

 

Il se voudra « écrivain libre »; Il sera aussi le braconnier des langues, humblement il sera passerelle des incendies des autres poètes dans d’autres langues. Robin fut un traducteur magistral du russe, du géorgien, de l’hongrois, du polonais, latin, grec, anglais, finnois, chinois, arabe, …Soit plus de quarante langues, dont dix-huit pratiquées couramment outre sa langue maternelle, le breton !

 

Une vraie tour de Babel en dedans sa tête. Et il a passé presque toute sa vie à retranscrire les mots pêchés au fond des nuits.

 

Il s’en explique ainsi:

 

Avec de grands gestes,

J’ai jeté pendant quatre ans mon âme dans toutes les langues,

J’ai cherché, libre et fou, tous les endroits de vérité,

Surtout j’ai cherché les dialectes où l’homme n’était pas dompté.

Je me suis mis en quête de la vérité dans toutes les langues.

Le martyre de mon peuple, et de tout peuple, on m’interdisait

                En français.

J’ai pris le croate, l’irlandais, le hongrois, l’arabe, le chinois

                Pour me sentir un homme délivré.

 

La beauté des autres poètes m’est un brasier

Où me jeter en fagot sacrifié, luisant et gai

 

Au fil des langues et des ondes

 

Robin traducteur traduit, mais se traduit aussi. Il est dans ce qu’il nomme « l’outre-langue », sa seule véritable patrie.

 

Mon âme y buta de souche en souche au long de la parole intègre. Je me perçus général et universel. Je jalousai le Verbe. Je fus heureux.

 

Et Armand Robin fut véritablement heureux avec ses amis poètes de l’ailleurs. Il atteint ainsi au cosmique dont les crachements des ondes lui donnaient déjà une idée :

 

Une épopée cosmique, sans commencement ni fin, une entreprise de désappropriation tendant à faire de tout poète étranger un avatar d’auteur qui est n’importe qui, n’étant personne.

 

Homme de forte conviction, la mise en cage de la pensée des hommes, qu’il pouvait chaque nuit écouter sur les ondes l’a révolté, car Armand Robin fut un homme révolté, parlant trop haut, trop fort contre les hypocrites, « jouant toujours contre lui ». :

 

     Que faire de ce plein jour ?

 

Vienne une nuit d’ombres amies

    Où nul tyran ne puisse m’épier !

Je veux parler ! au plus humble je veux parler !

Les pleurs de l’homme à neuf m’ont créé,

Les temps, les lieux.

Petit Poucet de la Charité, je laisse mes chants

Derrière moi d’arbre en arbre au fond des bois tomber.

 

D’abord compagnon de route du parti communiste jusqu’aux années 40, il rejette toute aliénation politique pour se découvrir profondément et totalement anarchiste et anti-bourgeois :

 

Je ne suis pas venu pour vivre en privilégié ;

J’ai la main prise dans une grande main de fidélité ;

On ne peut m’apprivoiser avec des bouquets de célébrité ;

Aucun moyen de me mener au banquet des lettrés.

Les poèmes pour moi ne sont pas un banquet,

Mais manière plus sûre et plus dure de travailler.

Paysans, ouvriers, surgi de vous, aventuré

Sans rien trahir parmi les grands messieurs mauvais,

Je reste en vous granit que RIEN ne peut changer.

Armand Robin  Les Poèmes Indésirables

.

 

robin

Silencieux, il assistait aux réunions des copains anarchistes (Joyeux, Brassens,..) au bord du Canal Saint-Martin. Les amis sont dispersés, les amis sont déchirés, une odeur de pipe et de générosité flotte encore sur Paris

 

Nous fûmes des gens d’un très pauvre monde

Et de pauvres sens qui ne pouvaient rien de plus

Nous fûmes laissés sans rien que de la haine

Nous fûmes laissés sans rien près d’une voie de garage

Il nous fallut organiser notre vie avec du quotidien privé de sens :

De grands interdits veillèrent.

 

 

Homme libre, follement libre, il se dresse contre les mesquineries du monde.

Atrabilaire, crachant plus fort que tous les crachements de ses radios, il se referme sur ses chers poètes étrangers. Il se contente de la tendresse de ses chats et de son écureuil. Se croyant persécuté il saccage les relations humaines.

 

Les véritables poètes vivent et créent en avance sur leur temps. (…) Aucune tactique, aucune stratégie, aucune ruse, aucune crainte de la pauvreté, aucun souci de la renommée. Sur tous les plans, une indépendance totale vis-à-vis de tout.

 

 

 

Traces de vie

 

 

Sa biographie pourrait s’énoncer ainsi : il a écouté la radio. Cela serait vrai.

 

Pour aller plus loin on peut ajouter qu’il est né le 19 janvier 1912 à Plouguernével (Côtes-d’Armor). Qu’il fit des études littéraires et surtout dans les années 30, compagnon de route du Parti Communiste même après un voyage en URSS. Dans cette période trouble  des années de la défaite il sera employé au Ministère de l’Information au service des écoutes radiophoniques en langues étrangères comme « collaborateur technique de second degré ». Avait-il le choix pour survivre ? En 1943 son côté provocateur provoque la rupture avec son employeur. Il est à un tournant de son existence, il comprend qu’il sera toute sa vie un exclu, un dépossédé, un marginal. Le monde littéraire lui semble interdit. Il s’engage à travailler pour la Résistance avec ses Bulletins radio et écrit dans Combat et l’Humanité, ceci ne l’empêche pas d’être mis sur la liste noire des écrivains à la Libération avec interdiction de publier, plus pour ses amitiés trotskistes que pour le reste inexistant :

 

J’avais commis, en 1940, la triple faute impardonnable de laisser voir à Aragon le dégoût qu’un tel homme ne peut manquer de provoquer chez quelqu’un venant du peuple.

 

Évidemment un stalinien tout d’un bloc comme Aragon ne pouvait laisser vivre un tel électron libre. Armand Robin ne se remettra jamais de cette indignité, et contre « les maquisards de la plume », il gardera une haine farouche, obsessionnelle.

 

Il se tourne vers l’anarchisme et en1946 il devient secrétaire de la Fédération Anarchiste et surtout l’ami de Georges Brassens. Il publie aux Editions Anarchistes. Mais là aussi il ne s’attache pas et en 1953 il reprend sa liberté.

 

Il sillonne l’Europe en moto et traduit Ady, Maïakovski, Pasternak, Blok, Essénine. Mais aussi Shakespeare, Ungaretti, Omar Khayam ,…

 

Il fait enfin ce qu’il lui plaît en devenant homme de radio avec Poésie Sans Passeport, merveilleuse émission sur la poésie étrangère.

 

Il prend ensuite fait et cause pour l’indépendance algérienne “Je suis un Fellagha ! Je suis un Fellagha !”.

 

Il vivra à la fin de sa vie dans la misère et les saisies d’huissier. Arrêté par la police à cause d’une dispute avec des boulistes (!), il meurt le 29 mars 1961 à l’ Infirmerie Spéciale du Dépôt, sans doute écumant de rage et d’humiliation, et après avoir été passé à tabac. En tout cas sans explication de la part de la police. Pour un anarchiste, mourir d’une bavure policière semblait une fatalité inéluctable. La plupart de ses papiers seront jetés par les déménageurs, son œuvre est presque perdue.

 

« D’où venait-il ? Bien sûr de la Bretagne, mais de l’éternité aussi, c’est la même chose » a dit son ami Henri Thomas.

 

Discret, humble, il laissa ses œuvres à l’Assistance sociale de l’histoire. Homme aussi ayant perdu toutes ses illusions en écoutant l’immense machine à décerveler, radio et télévision, mises en route par les hommes. Combats, malédictions, plaies et bosses rythmeront sa vie.

 

Les ténèbres nous environnent, hélas !

 

Robin est un homme irréductible, insoumis profondément. Il est une belle figure de l’homme qui ne se met pas à genoux, qui éructe sa liberté, qui est devenu le coquillage du monde. Il s’enferme aussi dans le silence et le mystère. Il était sans doute paranoïaque voyant des complots partout. Il en devenait détestable et perdait tous ses amis. Les quelques-uns qui lui restaient, il les « tapait » pour quelques sous. Il errait parmi les putes de son quartier à qui il lisait ses poèmes. Et ivre mort il allait se coucher parmi tous ses papiers répandus. Mélange d’Erik Satie et de Léautaud il semblait vivre dans les cartons de ses textes, avec des chats qui passaient en récitant ses poèmes.

 

Il foudroyait de ses colères, de son agressivité, notre pauvre planète. Presque clochardisé à la fin de sa vie, habitué des soupes populaires, il jurait sur tous et tout. Comme il ne s’aimait visiblement pas il ne pouvait aimer que les amis en papier, ses frères les écrivains lointains que jamais il n’aurait à rencontrer. Son anarchisme viscéral tournait à la misanthropie. Et pourtant l’utopie féconde d’une fraternité universelle le faisait vivre.

 

Il lui fallait communiquer, entendre toutes les voix de la terre, communiquer encore et toujours, traduire, communiquer à tout prix. Maladroit il l’était au delà de toute imagination, mais il se voulait ainsi :  « Je ne suis pas adroit, je suis droit ». Cela sera toujours sa devise

 

Seule l’âme solitaire est dialogue avec l’esprit de vérité 

 

Portrait d’Armand Robin

 

Je ne connais point de plus beau portrait d’André Robin que celui fait par Henri Thomas, qui l’a connu à Londres, et qui dit de lui :

 

Ce qu’on retrouve dans toutes ses tentatives, c’est sa relation avec le langage, qui m’a toujours paru très curieuse ; sa façon de déformer les mots et, par exemple, d’appeler les arbres “ces curieux animaux végétaux”. Cela me semble très étonnant, à travers les mots, de prendre la réalité comme quelque chose de baroque, de pas tout à fait approprié à lui, Armand Robin, et puis d’y trouver des failles, de s’échapper par là.

Il avait en lui l’évidence poétique, et c’est une chose extrêmement rare. Il le payait cher. (…)

Il était totalement imprégné d’une réalité qui nous échappe – entièrement enfouie dans la nature ; quelque chose qui vient d’un monde que nous ne comprenons pas. (Cahiers des saisons, hiver 1964, éd Julliard.)

 

Armand Robin est un exemple unique d’un homme, d’un écrivain, à la fois totalement présent et totalement absent au monde. Il semblait s’être affranchi des pesanteurs du monde, déjà parti dans l’absolu .Toujours en cours d’évasion de cette terre trop petite pour lui, toujours en fuite, il cherchait lui aussi “l’or pur du temps”. Armand Robin est simplement à contre-courant, et il coule plus vite que le reste.

 

Armand Robin est l’incarnation de l’étranger à son propre pays, à sa propre langue, tout entier tendu vers l’universel

 

Robin

Robin des nuits, Robin des bois et des rivières

je clamerai ta rime aux éoliennes

et le vent de la mer dira aux hommes et aux pôles

« en France, c’est sûr, on n’aime les poètes qu’assassinés » (Xavier Grall)

 

Le site incontournable et magistral sur Armand Robin est http://armandrobin. org , réalisé par Jean Bescond (un professeur de français qui vit en Bretagne), à qui nous avons emprunté quelques iconographies, et quelques citations. Merci à lui.

 

Gil Pressnitzer

 

 


 

 

 

Choix de textes

 

Lettre adressée à la Gestapo le 5 octobre 1943 :

 

Preuves un peu trop lourdes de la dégénérescence humaine, il m’est parvenu que de singuliers citoyens français m’ont dénoncé à vous comme n’étant pas du tout au nombre de vos approbateurs. Je ne puis, messieurs, que confirmer ces propos et ces tristes écrits. Il est très exact que je vous désapprouve d’une désapprobation pour laquelle il n’est point de nom dans aucune des langues que je connaisse (ni même sans doute dans la langue hébraïque que vous me donnez envie d’étudier). Vous êtes des tueurs, messieurs ; et j’ajouterai même (c’est un point de vue auquel je tiens beaucoup) que vous êtes des tueurs ridicules. (…) Vous avez assassiné, messieurs, mon frère, le travailleur allemand ; je ne refuse pas, ainsi que vous le voyez, d’être assassiné à côté de lui.

 

Lettre indésirable n°1

 

L’étranger

Je ne suis qu’apparemment ici.

Loin de ces jours que je vous donne est projetée ma vie.

Malhabile conquérant par mes cris gouverné,

Où vous m’apercevez je ne suis qu’un étranger.

Gestes d’amour partout éparpillés

Je me fraye une voie isolée, désertée.

D’une science à l’autre j’ai pris terrier,

Lièvre apeuré sentant sur lui braqué

Le fusil savant et sûr de la destinée.

Aucune terreur ne m’a manqué.
Armand Robin : Fragments© Gallimard

 

Mon pays

 

Je vous viens d’un pays en dedans des souffrances

Où je dois me créer grâce à mes créatures;

J’y possède depuis mon premier souvenir

Un cheval immobile qui mâche de biais

Son trèfle et j’y possède ce trèfle qui lui tire

En gamin sur les dents pour être enfin mangé.

 

Dans ce pays en dedans des souffrances,

Le chuchotis du Temps n’alourdit plus les branches,

Les mots tombent de moi, sans poids, plus nuls qu’un songe

Où jamais ne s’émut que le remous d’une ombre;

Trop imagés de mort pour n’être pas présages,

Mes héros délivrés m’ont laissé leurs blessures.

 

Dans ce pays en dedans des souffrances,

Voici ma joie, oui, joie, – semblable à ma torture:

J’y murmure très seul des silences plus ténus

Que moi-même ou parfois, triste plaisir trop pur,

Au paradis de l’art d’où nul ne revient plus,

Je poursuis sans nul but l’aventure des nues.

 

Seuls les jeux des oiseaux, des ruisseaux, des herbages,

M’aident lorsque je veux descendre en votre sang

Pour céder tous mes cris à l’amour des vivants,

(Oh ! pleurs, détruirez-vous d’eux à moi la distance ?)

À l’amour des passants, moi qui suis de passage

Et qui ne prétends plus qu’à mon trop haut tourment.

 

Et lorsqu’au sol enfin j’accède en égaré,

J’y suis contrebandier d’indicibles souffrances

En me cachant de tous je les porte au marché,

Contre elles dans un coin je demande en silence

De ce vin qu’il me faut pour ne pas trop pleurer,

Mais je n’insiste pas, je suis contrebandier.
Armand Robin Ma Vie Sans Moi, Pays (1ère partie) © Gallimard

 

En de très vieux temps, où je parus exister,

On prétendit m’avoir rencontré.

Me faufilant à rebours dans les âges,

J’ai empoigné, secoué les années où je fus dit en vie,

Attendant qu’en tremblotement de poussière mon avant-vie ait dansé

J’ai dansé dans la poussière toutes les danses de l’avant-vie

Je ne rendrai pas compte de la vie

Qu’on dit avoir été ma vie.

Abusivement inséré en vie,

Contre toute mon évidence à partir de 1912 je fus dit en vie.

On établit contre moi des constats de présence

Je fus pris en flagrant délit de vie.

Telle est la légende bien établie

 

 Le Monde d’une voix © Gallimard

 

Le programme en quelques siècles

 

 

On supprimera la Foi

Au nom de la Lumière,

Puis on supprimera la lumière.

On supprimera l’Âme

Au nom de la Raison,

Puis on supprimera la raison.

 

On supprimera la Charité

Au nom de la Justice

Puis on supprimera la justice.

On supprimera l’Amour

Au nom de la Fraternité,

Puis on supprimera la fraternité.

 

On supprimera l’Esprit de Vérité

Au nom de l’Esprit critique,

Puis on supprimera l’esprit critique.

On supprimera le Sens du Mot

Au nom du sens des mots,

Puis on supprimera le sens des mots

 

On supprimera le Sublime

Au nom de l’Art,

Puis on supprimera l’art.

On supprimera les Écrits

Au nom des Commentaires,

Puis on supprimera les commentaires.

 

On supprimera le Saint

Au nom du Génie,

Puis on supprimera le génie.

On supprimera le Prophète

 

Au nom du poète,

Puis on supprimera le poète.

On supprimera l’Esprit,

Au nom de la Matière,

Puis on supprimera la matière.

 

AU NOM DE RIEN ON SUPPRIMERA L’HOMME ;

ON SUPPRIMERA LE NOM DE L’HOMME ;

IL N’Y AURA PLUS DE NOM ;

NOUS Y SOMMES.

Armand ROBIN , 1945. copyright “l’Anthologie de la poésie française du XXeme siècle (Poésie Gallimard, 2000),

 

Je me suis retiré

 

Je me suis retiré du néant

A peine.

Je suis presque sans rien sur le rivage.

La confiance, la foi, le courage

Je fis pour eux un effort d’insecte fervent

Des algues me couvraient,

Avec des coquillages je jouais.

Même quand je joue

Avec les branches qui me couvrent,

Je suis avec voustous

Je suis votre peur de la mort.

 

© Gallimard

 

 

 


 

 

Bibliographie

 

Parus aux Ed. Le temps qu’il fait :

 

 

La fausse parole (1979, réédition augmentée 2002)

L’homme sans nouvelle (1981)

Les poèmes indésirables (Éd. Anarchistes 1945, rééd.1981)

Quatre poètes russes (Seuil 1949, rééd.1985)

Poèmes d’ André Ady (traduction A. Robin, 1946 Éd. Anarchistes, rééd. 1992)

 

Chez d’autres éditeurs :

 

Ma vie sans moi (Gallimard 1940, rééd. 1970)

Le temps qu’il fait (Gallimard 1942, rééd. 1986)

Poésie non traduite (Gallimard, 1953)

Poésie non traduite II (Gallimard, 1958)

Le monde d’une voix (Gallimard, 1968)

Pâques fête de la joie (Calligrammes, 1982)

Écrits oubliés I (Éd. Ubacs, 1986)

Écrits oubliés II (Éd. Ubacs, 1986)

Poésie sans passeport (Éd Ubacs, 1990)

Expertise de la fausse parole (Éd. Ubacs, 1990)

“le cycle du pays natal” (Ed. la part commune, 2000)

 

 

robin

 

 

pdf

Télécharger ce texte (.pdf)

Valence (Drôme) : mutinerie à la centrale, caméras détruites et incendies ( mise à jour le 27/ 09)

repris de Brèves du Désordre

France Bleu Drôme-Ardèche, dimanche 25 septembre 2016 à 22:36

Soirée sous tension ce dimanche au centre pénitentiaire de Valence (Drôme). Des détenus d’une  la partie maison centrale de la prison ont agressé un surveillant et pris le contrôle du bâtiment où ils purgent leurs peines. Situation maîtrisée finalement à 22h30.

En début de soirée ce dimanche, une mutinerie a éclaté dans l’un des deux bâtiments “maison centrale”, c’est-à-dire la partie de la prison réservée aux condamnés à de longues peines. La situation n’a été maîtrisée qu’à 22h30.

Agression d’un surveillant

Trois détenus ont agressé un surveillant vers 19 heures, ils lui ont donné de violents coups de poing avant de s’emparer de ses clés. Les deux autres surveillants sont intervenus. L’un d’entre eux a également reçu des coups tandis que les détenus ouvraient les cellules situées sur cette coursive. Personne n’a été pris en otage car par précaution, les agents se sont mis à l’abri. Deux agents ont été blessés et l’un d’entre eux a été conduit à l’hôpital.

Prise de contrôle du bâtiment

Les détenus ont alors pris le contrôle de la coursive du  bâtiment où ils sont une cinquantaine à purger leurs peines. Ils ont endommagé les caméras de vidéosurveillance situées à l’intérieur. Selon un communiqué du ministère de la justice, les détenus ont également “provoqué des débuts d’incendie qui ne se sont pas propagés. Des agents de l’ERIS, l’équipe régionale d’intervention et de sécurité, sont intervenus. A 22h30, les détenus ont réintégré leurs cellules. “La situation est sous contrôle” d’après la préfecture de la Drôme.

France bleu Drome Ardèche  26 septembre 2016 à 11:07

Mutinerie à la prison de Valence : le meneur est l’évadé à l’explosif de Moulins en 2009

L'intérieur de l'un des bâtiments "maison centrale" de la prison de Valence

Le détenu qui a agressé un surveillant dimanche soir au centre pénitentiaire de Valence est un homme considéré comme dangereux. Omar Top El Hadj est l’un des évadés de la centrale de Moulins en 2009. Il a été transféré durant la nuit dans un autre établissement carcéral.

C’est un prisonnier connu dans le milieu carcéral qui est à l’origine des troubles hier soir dans le bâtiment “maison centrale” de la prison de Valence. Omar Top El Hadj, 37 ans, est un braqueur condamné en 2002 à dix ans de réclusion pour avoir tiré sur des policiers à la kalachnikov en Seine-Saint-Denis.

Braqueur, évadé et auteur d’un livre

En 2009, il s’évade avec un autre détenu de la centrale de Moulins. Il utilise des explosifs pour faire sauter deux portes blindées et il prend en otage deux surveillants qu’il libérera dans la soirée. En 2015, il est condamné en appel pour cette évasion à dix-huit ans de réclusion. De sa vie derrière les barreaux, il a fait un livre “condamné à vivre” pour dénoncer les conditions d’incarcération en France.

Il avait escaladé le mur de la cour de promenade début septembre

Est-ce pour dénoncer ses conditions de détention qu’Omar Top El Hadj a perpétré cette agression dimanche soir ? Le 2 septembre dernier, il a escaladé un des murs de la cour de promenade avec une corde fabriquée artisanalement. Selon les surveillants, il s’agissait pour lui de tester le protocole prévu en cas de tentative d’évasion. Lui affirme qu’il voulait dégrader le brouilleur de téléphone pour pouvoir joindre sa compagne actuelle car elle n’avait plus accès au parloir depuis cinq semaines. “Un acte de désespoir” nous avait alors expliqué sa compagne.

Les trois agitateurs transférés durant la nuit

Omar Top El Hadj et les deux détenus qui l’ont aidé à ouvrir les cellules de l’étage et à mettre le feu à des matelas ont tous les trois été transférés sur des établissements pénitentiaires de la région.

Note déjà deux mensonges dans ce texte de France bleu Drome Ardèche Omar Top El Hadj est passé en procés pour cette évasion  avec christophe Kider

l’évasion de Omar a duré deux jours,

Le brouilleur de téléphone a été effectivement détérioré ce jour là, les matons se sont aperçus après  le retour en cellule des prisonniers


dauphiné Libéré 27 /09

L’un des évadés  de Moulins  à l’origine de l’émeute?

Ils avaient dissimulés leur visage sous des vêtements  lors de l’agression  du surveillant, puis détruit les cameras….Alors qu’une enquête est en cours, menée par la sûreté départementale, l’un de ces trois détenus apparaîtrait  comme le meneur.. il s’agit  de Omar  Top El Hadj .Détenu  particulièrement signalé (DPS). Il a été condamné  à 38 ans de réclusion, dont 18 pour s’être évadé, à l’explosif , de la centrale de Moulins en 2009…..” mon client , qui bénéficie , sans la moindre difficulté et depuis 15 ans, de l’ unité de vie familiale(UVF)avec sa compagne , pour la première fois , confronté à un incident  à Valence” livrait hier son avocat. celui-ci ajoutait”il y a eu une intrusion d’un surveillant dans l’intimité de leur  couple.. Sa compagne a protesté  et on lui a supprimé les parloirs pendant six semaines. A l’issue de cette décision, et suite  à un dernier parloir avec sa compagne,un nouvel incident  qui serait dû  à la tenue de mon client a été signalé. Les parloirs ont à nouveau , été supprimés”

c’est un acharnement!!

Nous voulons un peu plus de respect”confiait , quant à elle ,la compagne de Omar El Hadj” je suis fatiguée  de cette situation.C’est malheureux , mais c’est le seul moyen  de se faire entendre”

en résumé

Maintenant  attendons de voir leur explications, sachant  qu’ils allaient être placés en garde -à vue

Le procureur de Valence  va déterminer les responsabilités de chacun


les syndicats Ufap- Unsa justice , FOet CFTC appellent le personnel  à une manifestation jeudi 29 au  matin, devant le centre pénitentiaire

Jamais en rang, jamais à genoux ! A bas toutes les armées !

Brèves du Désordre

L’atmosphère est réellement irrespirable ces temps-ci : comme des vagues tempétueuses qui remuent la vase, les sommations à se mettre au garde-à-vous derrière le drapeau national se succèdent. État d’urgence prolongé de mois en mois, durcissement continu du code pénal, pouvoirs sans cesse élargis de la police, perquisitions à tout-va et assignations à résidence distribuées à la pelle…

L’État, qui multiplie depuis des années ses interventions dans les guerres et les conflits aux quatre coins du monde (Afghanistan, Liban, Côte d’Ivoire, Centrafrique, Libye, Mali, Irak, Syrie…), à chaque fois pour consolider des positions jugées stratégiques et accompagner des logiques d’exploitation et de pillage des territoires, étend sa rhétorique et son arsenal de guerre ici même, au prétexte de la lutte « anti-terroriste » et de la chasse à l’« ennemi intérieur ».

Voilà donc que l’armée se réorganise autour d’un plan dénommé « Au contact », tout un programme… L’objectif affiché est de «  faire face à une menace plus dure, plus diffuse, plus proche », mais aussi de « s’adapter au combat de mouvement, y compris en milieu urbain ». En d’autres termes, se déployer sur le territoire français, défini officiellement comme un terrain de guerre. L’État a lancé fin 2014 un programme appelé « Scorpion », afin de moderniser et d’optimiser ses capacités d’intervention militaire, tout en les rendant plus « souples » et « réactives ». Ces plans viennent confirmer les perspectives développées depuis plusieurs années au sein de l’OTAN, tablant sur l’utilisation des armées dans des opérations de maintien de l’ordre de type contre-insurrectionnelles.

Le gros de l’armée de terre va désormais s’organiser autour de deux nouvelles divisions : la première et la troisième, dont les commandements sont respectivement basés à Besançon et à Marseille, représentant 25 000 militaires chacune, réparti-es en régiments. Hourra ! Hourra !, « Marseille redevient une place militaire de premier rang », « une véritable métropole militaire est née », s’écrie toute la fine fleur des passionné-es du militarisme, rédacteurs et journalistes aux ordres, celles et ceux qui déblayent le terrain avant que les bottes y prennent place. Ces larbin-es du pouvoir assurent même un rôle d’agence de pub pour les différentes campagnes de recrutement, avec ces derniers mois des appels renouvelés à s’engager dans la réserve opérationnelle, pour porter ses effectifs de 24 000 à 40 000. Avec la réserve et, à terme, la Garde nationale*, c’est un pas de plus qui est franchi dans le processus de militarisation de la société : il ne s’agit plus des recrutements habituels pour stabiliser les effectifs d’une armée dite « de métier », mais bien de mettre en ordre de marche, de manière durable et intensive, une véritable offensive nationaliste et autoritaire. Non content d’exiger de chacun-e toujours plus de soumission, et de pousser les « citoyen-nes » à agir en auxiliaires de police (pensons aux Voisin-es Vigilant-es par exemple), l’État invite désormais les plus zélé-es à revêtir directement l’uniforme. Pour ne rien gâcher, les différents supports de propagande mettent en avant l’idée de transposer dans les entreprises, donc au service de l’exploitation capitaliste, tout l’esprit militaire que les réservistes acquerront au cours de leur formation.

Le 20 juin dernier, c’est tout un gratin de politiques, de soldat-es, d’officier-es et des mange-merde de la presse, 1400 personnes au total, qui se pavanait sur les pelouses du jardin du Pharo pour officialiser la création de la 3ème division, dont le quartier-général est installé au quartier Rendu à Sainte-Marguerite dans le 9ème arrondissement.

Marseille, « métropole militaire » ? Mis à part tout le bruit fait autour de l’événement, celui-ci marque une étape supplémentaire dans le déploiement des uniformes, présents en masse depuis longtemps dans cette ville, à travers d’innombrables casernes et anciens forts militaires, le centre EPIDE* dans le 15ème arrondissement, le quartier de la Légion étrangère à Maldormé, les patrouilles de Vigipirate et de Sentinelle, dont les effectifs ont quasi-doublé après la tuerie de Nice. En réalité, c’est toute la région qui est saturée et en grande partie organisée autour de structures consacrées à la guerre : base aérienne à Istres, camps d’entraînement de Carpiagne et de Canjuers (le plus grand d’Europe, situé au nord de Draguignan), bases de Miramas, Nîmes, Hyères et de Fréjus, base navale de Toulon, et on en passe. Des structures qui sont souvent reliées par des moyens de transport spécifiques (voies ferrées, plate-formes portuaires, gares et routes spéciales) pour acheminer soldat-es et matériel.

Les soldat-es viennent resserrer les mailles du contrôle étatique, que ce soit pour verrouiller les frontières (entre Menton et Vintimille par exemple), ou au sein des métropoles, dans les rues et les gares, en complément des flics et autres vigiles, pour rendre plus compliquées certaines insoumissions quotidiennes (vols en magasins, fraudes…), et dissuader les velléités de révolte.

La guerre des puissant-es ne fait pas que des morts civils par centaines et par milliers, elle n’est pas qu’une machine à écraser les individus et de mise au pas des populations sous le sceau de l’autorité et de la hiérarchie, elle est aussi une manne économique énorme pour nombre d’entreprises de production d’équipements, de systèmes de renseignement et d’armement. Nous n’en citeront que quelques-unes ici : Bull, Nexter, Renault Truck Defense, Dassault, Thalès, le tout sous l’égide de la DGA (délégation générale à l’armement). Rappelons au passage que ces charognard-es comptent sur une myriade de sous-traitants pour arriver à leurs fins, et que cette production serait impossible sans tous les laboratoires de recherche (privée comme publique) qui perfectionnent les outils de mort.

L’armée prévoit déjà un « gigantesque salon militaire » l’an prochain à Marseille, « afin de marquer les esprits » et de « conforter le lien armée-nation ». Bloquer, perturber, empêcher concrètement cette parade qui vise tant le recrutement que la propagande, est une idée qui vient immédiatement à celles et ceux qui refusent obstinément d’être enrégimenté-es.

Pas question de suivre au pas leurs marches militaires morbides qui annoncent et alimentent autant de massacres que de soumission. Quand la sale ombre des képis s’étend, et que la mode du kaki devient virale, saboter en mots et en actes, dans la rue, avec entrain et imagination, tout cet immonde effort de guerre pourrait aussi être un terrain fertile pour propager nos désirs d’une liberté démesurée, sans nations ni États, sans limites et sans frontières.

Notes :
* La Garde nationale serait constituée de toutes les réserves des forces de police, de gendarmes et de militaires, comprenant agents à la retraite et volontaires civils, soit 200 000 personnes en tout. A titre d’exemple, la garde nationale américaine a été déployée aussi bien dans des guerres « extérieures », que pour mater des révoltes, comme celle de Ferguson en 2014.
* Les centres Epide (pour Établissement Pour l’Insertion Dans l’Emploi) sont des sortes de maison de redressement que le pouvoir a créées pour y placer des « jeunes volontaires » (sic) susceptibles de trop développer leur allergie au travail, à la discipline scolaire et à l’obéissance. D’où un régime basé sur le port de l’uniforme, des horaires stricts et un encadrement en mode militaire. Le passage dans ces centres est censé déboucher sur un emploi ou une formation, en partenariat avec Pôle emploi.

[Du pain sur la planche, feuille d’agitation anarchiste (Marseille), n°4, septembre/octobre 2016, p.2]


Du pain sur la planche ?

Une feuille d’agitation pour mettre en lien des idées et des gestes qui nous parlent de désirs d’en finir (et plus vite que ça) avec tous les rapports de domination qui structurent cette société mortifère. Un outil qui veut se donner le temps de susciter des rencontres et d’approfondir des analyses loin du rythme frénétique d’internet où, trop souvent, les opinions tournoient sans s’incarner ni porter à conséquences.

 

[Terrorisme d’Etat] : vers la construction de 10 000 à 16 000 cellules de prison pour 2025 ? (+ extraits du rapport officiel)

 

France bleu Drome Ardèche le  07 juillet 2015

L’établissement carcéral, flambant neuf et moderne, répond aux normes de détentions européennes, contrairement à l’actuelle maison d’arrêt de Valence édifiée en 1860. Dans cette prison, ce sont 460 détenus et 230 gardiens qui vont cohabiter. Dans cet établissement du XXIe siècle, l’accent a été mis sur la prévention des violences et la réinsertion.

Dauphiné Libéré le 14/10/2015 à 09:50

D’une capacité de 464 places, le CP de Valence est un Établissement à réinsertion active (améliorer les condition de détention et les condition de travail des personnels ; préparer la réinsertion, prévenir la récidive et lutter contre le suicide) d’une surface de 32 922 m2. Il se compose de deux quartiers maison d’arrêt (328 détenus), d’un quartier maison centrale (120 détenus) et d’un quartier d’accueil et d’évaluation (16 places)

 NOTE du Laboratoire: En septembre 2016 le centre pénitentiaire de Valence est en surpopulation, les premiers prisonniers sont arrivés  en novembre 2015 , les chiffres seraient de 600 prisonniers (soit plus de 150 prisonniers en +) Le communiqué de l’administration pénitentiaire publié par  les projecteurs médiatiques comme à l’accoutumé justifient  l’enfermement des uns qui  font le bonheur des autres (  …)Tandis que pôle emploi et la CAF aidé par une multitudes d’associations et d’organismes de formation intensifient  notre mise au travail forcé et notre insertion. Pas question de subir cette offensive du pouvoir en baissant la tête! il y a autant de  raisons  que e manières   différentes de d’essayer de bloquer, saboter, d’entraver, détruire leurs structures mortifères et le projet  de domination qui en a besoin


Brèves du Désordre

Cellules individuelles : retour d’une promesse perpétuelle

Libération, 20 septembre 2016 à 20:11 (extraits)

Mardi, le garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, a enfin présenté son rapport sur l’encellulement individuel, dont le calendrier de remise avait été bouleversé par l’attentat de Nice. Entre-temps, le 11 septembre, Manuel Valls a distillé des indices en annonçant la création de 10 000 places de prison dans les dix ans à venir pour un budget de 3 milliards d’euros. Le Premier ministre promettait alors un plan « spécifique, concret, précis » et surtout « financé » pour le parc pénitentiaire. En voilà donc les détails. Un rapport dense de 60 pages. Des chiffres en pagaille. Des tableaux, des prospections et des diagrammes. Surtout « une politique ambitieuse destinée à atteindre l’objectif d’encellulement individuel ». Pour y parvenir, Urvoas ne veut pas se contenter de développer les peines alternatives à la prison, il souhaite ajouter, aux 58 507 places actuelles, entre 10 309 et 16 143 cellules (dont 800 à 1 500 cellules doubles pour les détenus qui en font la demande). Le garde des Sceaux réclamera 1,1 milliard d’euros dans le projet de loi des finances pour 2017 afin de commencer les travaux de rénovation et de construire 4 000 premières places dans les maisons d’arrêt d’Ile-de-France, Paca et dans la région toulousaine.

L’annonce du garde des Sceaux intervient dans un contexte particulier : les chiffres de la surpopulation carcérale n’ont jamais été aussi alarmants. Un pic inédit de 69 375 détenus (pour une capacité de 58 311 places) et plus de 1 500 matelas posés sur le sol a été atteint en juillet. Impossible de parler des prisons françaises sans y adjoindre les qualificatifs de « surchauffe », « promiscuité », « insalubrité » ou « violence ». Certains établissements sont au bord de l’explosion, comme Nîmes avec un taux d’occupation de 200 %, La Roche-sur-Yon à 205 % ou encore Fontenay-le-Comte, qui s’envole à 210 %. De manière générale, ce sont les maisons d’arrêts – accueillant des prévenus et des détenus condamnés à des peines inférieures à deux ans – qui pâtissent le plus de la surpopulation (140 % en moyenne) tandis que les maisons centrales, réservées aux longues peines, en sont préservées.

Comment expliquer cette hausse continue de la population carcérale depuis 1990 ? D’abord, la suppression, en 2007, de la loi d’amnistie qui permettait la libération de quelque 6 000 personnes chaque année. Ensuite, et contrairement à l’idée communément admise, parce que la justice n’est guère laxiste. Bien au contraire, le nombre de prévenus n’a cessé de grimper : en août, ils étaient 19 297 contre 17 304 il y a un an, soit une hausse de 11,5 %.

Cela s’explique en partie par les procédures initiées dans la foulée des attentats de Paris et dans le cadre de l’état d’urgence mais surtout par un durcissement de toute la machine pénale. Ainsi, le rapport du garde des Sceaux pointe une sévérité accrue des décisions de justice. « Aujourd’hui, la peine d’emprisonnement avec ou sans sursis est de loin la plus prononcée », rappelle-t-il. A l’autre bout de la chaîne, les aménagements de peine se font, quant à eux, plus rares : « En 2013, 97 % des personnes condamnées à une peine inférieure à six mois n’ont pas pu obtenir d’aménagement de peine par manque de disponibilité des personnels d’insertion et de probation. » Le ministre entend ainsi agir sur les fins de peine en créant 2 515 places dans des « quartiers de préparation à la sortie » (QPS) pour un budget de 230 millions.

Dans un tel contexte de surpopulation, l’encellulement individuel devient presque une utopie (le taux actuel est de 19,19 % dans les maisons d’arrêt). Jean-Jacques Urvoas n’est d’ailleurs pas le premier à s’attaquer à la problématique. Serpent de mer de la vie parlementaire, ce principe posé par la loi Bérenger de… 1875 n’est toujours pas appliqué. Pour ne citer que les récents atermoiements : la loi du 15 juin 2000 portée par la garde des Sceaux Elisabeth Guigou en a différé l’entrée en vigueur à 2003. Puis, à la demande du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, un nouveau report était prévu jusqu’en 2008. Le gouvernement de François Fillon, guère plus impatient, a ajourné une fois encore la mesure. Jusqu’à ce que la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 ne fixe une date butoir au 25 novembre 2014. Cependant, la garde des Sceaux d’alors, Christiane Taubira, a proposé un moratoire jusqu’en 2019… accepté avec soulagement par le Parlement. Jean-Jacques Urvoas sera-t-il celui qui réussira l’impossible ?


Surpopulation carcérale : Urvoas veut repenser la prison

L’Express, 20/09/2016 à 17:01 (extraits)

L’art du symbole ou de la communication ? C’est en tout cas sans précédent, de mémoire de journaliste judiciaire, qu’un garde des Sceaux tienne une conférence de presse au sein d’un établissement pénitentiaire, tout près des coursives. Presque une provocation, puisque Jean-Jacques Urvoas a choisi de présenter son rapport sur l’encellulement individuel dans une maison d’arrêt particulièrement surpeuplée, au coeur d’une cocotte-minute monstrueuse, celle de Fresnes, avec 2829 détenus pour 1607 places (176% de taux d’occupation).

Son coup politique, c’est avant tout de lancer une nouvelle unité de mesure qui ringardise tous les autres, y compris à gauche. Alors que les prétendants de droite à l’Elysée se battent en annonçant 10 000, 15 000 ou 20 000 places de prisons supplémentaires, que Jean-Marc Ayrault et Christiane Taubira en promettaient 6500 sur cinq ans et Manuel Valls 10 000 sur dix ans, lui, Jean-Jacques Urvoas, souhaite la construction de 10 309 à 16 143 cellules… afin d’atteindre le taux de 80% d’encellulement individuel, un droit qui date de 1875 mais n’a jamais été appliqué. 10 000 à 16 000 cellules nouvelles, voilà qui place la barre très haut, l’équivalent de 11 000 à 17 650 places (avec les cellules doubles).

Restent quelques inconnues sur le financement et la durée de ce programme. On sait juste que l’addition se chiffrera en milliards d’euros et que l’horizon est à 2025. Au mieux. Comme le déclare Urvoas lui-même, en matière pénitentiaire, le futur est toujours mensonger. Autrement dit, entre les lignes : aucune promesse antérieure de construction de prison n’a jusqu’ici été tenue.

3900 cellules et 28 QPS en plus

Comme il ne s’agit pas que de se payer de mots – lui aussi veut son bilan -, le garde des Sceaux a fixé des objectifs à court terme. Le lancement d’une tranche de construction de 3900 cellules individuelles en 2017 (en Ile-de-France, Paca et dans la région pénitentiaire de Toulouse) et la création de 28 QPS. QPS ? Un nouvel acronyme pour Quartier de Préparation à la Sortie (de prison, bien sûr), qui remplacera un certain nombre de structures comme les quartiers pour peines aménagées (QPA), les quartiers nouveau concept (QNC) ou les quartiers courtes peines (QCP).


Malgré les constructions de nouvelles places de prison (+60 % depuis 1990), les établissements pénitentiaires français sont régulièrement pointés du doigt. Au 2016, 1.515 détenus dormaient sur des matelas au sol.

En Europe occidentale, seul le Portugal est plus mauvais élève que la France – avec 37 détenus en surnombre pour 100 places.

Selon les chiffres établis chaque année par le Conseil de l’Europe, quatre pays seulement sont en situation de surpopulation carcérale. Dans l’ordre : le Portugal, la France, la Belgique et l’Italie – qui a cependant ramené son taux de surpopulation de 153 à 108 en six ans grâce à une politique pénale de substitution à la prison.
L’état d’urgence explique en partie l’inflation record de cette année. Les détentions provisoires et les comparutions immédiates se sont multipliées, soit une hausse de 10 % sur un an pour les premières et de 25 % pour les secondes. Ces deux mesures favorisent naturellement le remplissage des maisons d’arrêt.
(Les Echos, 21/09 à 06:06)


Extraits du rapport officiel du ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas au Parlement (« En finir avec la surpopulation carcérale »), 20 septembre 2016

Humanistes

« L’enfermement n’est pas en soi une atteinte à la dignité humaine et la prison est parfaitement compatible avec une société fondée sur les principes humanistes. » (p33)

Planifier 186 nouveaux prisonniers par mois jusqu’en 2025

« Deux scenarii peuvent alors être envisagés en considération des évolutions récentes de la population pénale. Le premier consiste en une hausse au même rythme que celui observé au cours de la période allant du 1er janvier 2012 au 1er janvier 2015, soit une croissance moyenne de 186 personnes écrouées et de 91 détenues supplémentaires par mois. Dans cette extrapolation, le nombre de personnes détenues passerait de 68 819 au 1er août 2016 à 76 254 au 1er janvier 2025 » (p35)

Construire plus de 15 000 cellules pour 2023

« En 2023, le parc immobilier sera donc constitué de 28 698 cellules individuelles pour un besoin qui s’échelonne entre 38 179 dans le cadre d’une hypothèse basse et à 43 364 dans le cadre d’une hypothèse haute. A l’issue des programmes 63 500 et 3 200, il sera donc nécessaire de construire entre 9 481 et 14 666 cellules individuelles supplémentaires en maison d’arrêt afin d’atteindre un taux de 80 % d’encellulement individuel. Concernant les cellules doubles, elles seront au nombre de 3 944 là où il en faudrait entre 4 772 et 5 421. Il serait donc nécessaire d’en construire entre 828 et 1 477. « (p39)

« Un programme ambitieux de construction quasi exclusive de maisons d’arrêt pourrait être lancé en plusieurs phases. Dans une première phase de construction, plus de 4 000 places devront être construites en priorité dans les régions connaissant une surpopulation élevée (Ile-de-France, PACA), ainsi que dans celles où les projections de flux montrent une évolution particulièrement importante (Sud-Ouest-Midi, Grand-Ouest, Outre-mer). » (p43)

Le programme annoncé de nouvelles taules pour 2017

2500 places de « quartiers de préparation à la sortie » (QPS)

« Dans le même temps, il est indispensable que des premiers engagements significatifs figurent dans le projet de loi de finances pour 2017. A cette fin, pour concrétiser la création de 2 513 places (1 740 nettes) dans des quartiers de préparation à la sortie (QPS), une inscription de crédits de 230 M€ permettrait le lancement d’un programme qui pourrait se dérouler en trois phases :
– reconversion/réhabilitation de douze quartiers existants (QPA, QPS, QCP, QNC et QSL) pour 8 M€,
– construction de six nouvelles structures de 120 places pour 91 M€ et 720 places,
– construction de dix établissements dont quatre de 120 places (480 places au total) et six établissements de 90 places (540 places au total) : 135 M€.
Les opérations concerneraient la requalification de douze quartiers existants et la création de seize nouvelles structures. »
« Construction de nouvelles prisons ou quartiers en QPS (nombre de places) : Orléans (90), Lille (120), Le Havre (90), Lyon (120), Grenoble (90), Marseille (120), Nice (120), La Réunion (90), Ile de France (4 QPS, 480 places), Le Mans (90), Caen (90), Strasbourg (120), Montpellier (120) » (pp 56-57)

4355 places en maison d’arrêt

« De même, une première tranche de construction de 4 355 places en maisons d’arrêt nécessiterait une première enveloppe de 900 M€ pour un total de 1 100 M€ d’AE (Ce chiffre est calculé à partir d’un coût à la place basé sur les derniers coûts réels, pour un établissement de 600 places, soit 192 000€ à la place, le coût total attendu est de 924 M€). En effet, sans préjuger du nombre de places dont la construction serait préconisée par une loi de programmation et dont la réalisation serait à décliner en plusieurs phases pour un coût global compris entre 1 milliards et 2,5 milliards d’euros selon les options retenues, une première phase de construction d’établissements (4 355 places) dans les directions interrégionales des services pénitentiaires actuellement les plus fortement touchées par la surpopulation carcérale (Paris, PACA) ou celles dont l’évolution attendue est défavorable (Midi-Pyrénées, Grand-Ouest), pourrait être constituée des opérations suivantes : Paris 3 Etablissements Pénitentiaires (EP) de 575 places soit 1 725 places, Rennes 1 EP de 430 places, Marseille 2 EP de 500 places soit 1 000 places, Toulouse 1 EP de 600 places, Strasbourg 1 EP de 400 places, Outre-mer 1 DAC (restructuration interne) de 200 places » (p58)

Architecture

« Une prison ne s’imagine pas sans son architecture. Pour une institution de ce type, l’architecture est beaucoup plus qu’un cadre, elle est sa raison d’être. » (p40)

« Ainsi, répondant à l’enjeu très lourd de la lutte contre les projections, le glacis, entendu comme le terrain découvert situé sur le pourtour extérieur du mur d’enceinte, pourrait-il être internalisé pour ouvrir des vues sur un espace désormais paysagé tout en augmentant le niveau de sûreté, puisque le bâtiment de la détention sera ainsi plus éloigné. Les cours de promenades pourraient être mieux insérées et plus sûres en repensant leur localisation, en les tournant vers l’intérieur des bâtiments et en renforçant leur visibilité. Des dispositifs de sûreté passive pourraient être portés par l’architecture, via un plan de masse qui guiderait les circulations, plutôt que par des grillages et des fils barbelés. » (p41)

Balance collective et socialisation forcée

« Des espaces collectifs de socialisation doivent être développés pour éviter, en fonction des profils, un retranchement en cellule. « (p41)

« Parallèlement, plusieurs établissements (centre pénitentiaire de Beauvais ou Mont-de-Marsan, centre de détention de Neuvic) ont mis en place des modules de respect, de responsabilisation et d’autonomisation des détenus. Ils ont été conçus sur le modèle des programmes « Respeto » développés depuis le début des années 2000 en Espagne [A propos des « modules de respect maximun » en vigueur dans les prisons espagnoles, voir la lettre de février 2016 d’une compagnonne incarcérée en Espagne], promouvant l’engagement des détenus dans des programmes de travail ou de formation (jusqu’à 25 heures par semaine) ainsi que leur implication collective dans l’entretien des locaux et l’animation des actions culturelles ou sportives. » (p47)

De nouvelles prisons de 400 à 600 places

« Il apparaît toutefois que l’ensemble des dépenses d’investissement et de fonctionnement trouve un optimum dans une fourchette comprise entre 400 et 600 places, les établissements de taille plus modeste ne pouvant bénéficier aisément des mutualisations permises par les sites d’importance. (…) Les coûts unitaires d’ouvrages, de matériaux et de composants ainsi que de main d’œuvre diminuent avec l’augmentation des quantités à fabriquer et à mettre en œuvre (effet masse). Par ailleurs, certaines techniques de construction, à l’instar de la préfabrication, sont plus rentables et donc moins chères, en grande quantité, d’autant que le coût des prestations de maîtrise d’œuvre est calculé en pourcentage du coût des travaux. « (p42)

4000 entailles contre l’abnégation et le courage

« Le rôle de ces derniers [les matons] doit être ici à nouveau souligné pour saluer la responsabilité qu’ils assument avec abnégation et courage au service de la Nation dans un environnement marqué par la montée de la violence à leur encontre. En effet, le taux d’agressions contre un personnel ayant entrainé une interruption temporaire de travail a progressé de 20,4 pour 10 000 à 22 en 2014. L’an passé, ce sont 4 000 agressions physiques de surveillants qui ont été recensées. » (p45)

« En 2014, l’administration pénitentiaire a-t-elle déploré 306 départs volontaires de surveillants. En 2015, le phénomène s’est accru avec 361 départs volontaires. La répétition de ces chiffres traduit une réelle érosion du corps. D’une manière générale, 10 % des surveillants quittent l’administration pénitentiaire dans les trois ans suivant leur recrutement. « (pp 9-10)


Surpopulation carcérale : une nouvelle prison de 600 places à Toulouse

Cotetoulouse, 21/09/2016 à 11:29 (extraits)

Mardi 20 septembre, le ministre de la Justice a annoncé un vaste plan pour réduire la surpopulation carcérale. A Toulouse, une nouvelle prison devrait voir le jour.

Les prisons de la région de Toulouse parmi les plus surpeuplées de France

La direction inter-régionale de Toulouse n’échappe par à la règle. 4413 places sont disponibles pour les 5633 détenus répartis dans une vingtaine d’établissements. La surpopulation s’élève donc à 127,6%. Un chiffre qui fait de Toulouse la troisième direction inter-régionale pénitentiaire la plus peuplée après Paris (150,2%) et Marseille (130,1%).

Et en ne prenant compte que des maisons d’arrêt, qui accueille les prévenus (en attente d’être jugés) et les condamnés à des peine de moins de deux ans d’emprisonnement, la surpopulation carcérale de Toulouse atteint la triste deuxième place du podium derrière Paris.

Un nouvel établissement et de nouvelles places

Le garde Sceaux a donc pris la décision de faire de Toulouse une priorité du programme de lutte contre la surpopulation carcérale et promet la construction d’une nouvelle prison qui serait dotée de 600 places. Aucun élément n’a été donné sur la localisation de cet établissement qui pourrait être construit sur la zone couverte par la direction toulousaine (soit la totalité de la région Occitanie), ni à quel moment il devrait être opérationnel.

Il permettra d’alléger la surpopulation de la prison de Toulouse-Seysses (960 détenus pour 655 places) et de Villeneuve-lès-Maguelone, près de Montpellier (894 détenus pour 599 places).

Au-delà de ce nouvel établissement, le ministre de la Justice a promis la construction de nouvelles places dans les quartiers de courtes peines près de la Ville rose. 59 devraient voir le jour.


Dans la Manche, le plan prison relance le débat d’un nouveau centre pénitentiaire

F3 Normandie, 21 septembre 2016 à 16:36

Saint-Lô et Cherbourg entendent profiter de l’annonce faite hier par Jean-Jacques Urvoas de construire entre 10 309 et 16 143 cellules d’ici 2025. Les deux villes manchotes sont candidates depuis longtemps pour accueillir un nouveau centre.

L’annonce de Jean-Jacques Urvoas, a provoqué de rapides réactions dans le département de la Manche. Le ministre de la Justice a présenté un rapport sur l’encellulement individuel qui préconise de construire entre 10 309 et 16 143 cellules d’ici 2025. De quoi relancer la guerre des territoires dans la Manche où depuis plusieurs années maintenant Cherbourg et Saint-Lô sont sur les rangs pour accueillir un nouveau centre pénitentiaire.

Les circonvolutions d’un serpent de mer

En 2012, sous la présidence Sarkozy, Michel Mercier, alors Garde des Sceaux, se rend à Saint-Lô, à l’endroit même où doit être construit un nouveau centre pénitenciaire…Il confirme le projet saint-lois (537 places) sans remettre en cause les prisons de Coutances et Cherbourg. Mai 2012, François Hollande est élu président de la République, Christiane Taubira est ministre de la Justice. “Le gouvernement précédent avait annoncé toute une série de constructions alors qu’il n’y a pas de terrain et que surtout il n’y a même pas de dossier, aucune étude, aucune estimation”, avait-elle affirmé en direct sur notre antenne, en novembre 2012 . Le projet saint-lois tombe alors dans les oubliettes…

Philippe Gosselin, député de La Manche, vice-Président de Saint-Lô Agglo et fervent défenseur de ce projet, a donc réagi très vite à l’annonce du Ministre ” Banco ! Nous sommes prêts ! Le Garde des Sceaux devra démontrer qu’il est capable d’agir rapidement et concrètement. Nous l’attendons sur ce point. Peu de territoires sont prêts et opérationnels pour accueillir des établissements pénitentiaires et reprendre l’existant. Dans la Manche, il faudra moderniser les établissements de Cherbourg et de Coutances. Et le projet envisagé et calé dès 2011 par le Ministre de la Justice sur Saint-Lô doit être remis au goût du jour.”

Et d’argumenter sur le fait que les terrains sont déjà achetés et que ce centre pénitentiaire à Saint-Lô répondrait “aux besoins de cette partie ouest du territoire de la France.”

Cherbourg dans les starts

L’annonce de Jean-Jacques Urvoas a aussi fait réagir dans le Cotentin si cher au coeur de son collègue du gouvernement, Bernard Cazeneuve, ancien élu local de Cherbourg…Benoit Arrivé, maire de Cherbourg-en-Cotentin, a déposé une candidature il ya une semaine pour un projet qui se situerait sur l’axe Nord- Sud. La maison d’arrêt actuelle, en plein centre-ville est particulièrement vétuste. Selon Benoît Arrivé, le projet cherbourgeois répond aux critères essentiels : transports, sécurité, structures médico-sociales, pôle judiciaire.

L’Etat condamné

Il faut dire que dans certains endroits du département, la situation en prison n’est plus tenable. Exemple à Coutances, en juin dernier, il y avait 86 prisonniers pour 71 places à la Maison d’arrêt. Depuis 2014, une trentaine de détenus et ex-détenus ont entamé des démarches auprès du Tribunal Administratif de Caen pour dénoncer la surpopulation carcérale et leur condition de détention. Le taux d’occupation a parfois atteint jusqu’à 205 pour cent.

” Dans des dortoirs pour 6 ou 9, ils étaient douze”

Le 19 juillet 2016, pour deux des plaignants, le tribunal administratif de Caen a condamné l’Etat à leur verser 400 € pour l’un et 1300 € pour l’autre. Le tribunal a estimé que chacun d’eux avait vécu dans moins de 3 m2 durant une quarantaine de jours, une surface trop restreinte générant un préjudice moral et justifiant une indemnisation.

Parution: Nunatak :revue d’histoires, cultures et luttes des montagnes

Editorial

Nous habitons la montagne. Pour certains c’est un choix, pour d’autres un exil, un refuge, une prison. Nous l’habitons par désir ou par la force des choses, et nous posons la question de comment habiter cet espace. L’habiter réellement, ne pas nous contenter de notre position de consommateur perpétuel, dévier du sentier balisé des flux de la marchandise et de l’autorité, nous attaquer à ce qui nous sépare les uns des autres, nous plonger dans les histoires que racontent les ruisseaux, les êtres, les arbres ou les rochers…

Nous nous sommes réunis autour de l’envie de faire écho à la revue italienne Nunatak, revue d’histoires, de cultures, et de luttes des montagnes, s’inspirant de celle-ci pour une publication française. Nous ne cherchons pas à la reproduire à l’identique, mais à imaginer une forme similaire en résonance avec nos propres vécus.

La montagne est tout à la fois accueillante et contraignante, vivifiante et terrifiante, mais elle nous permet surtout un certain recul sur le monde et sur nous-même. Des populations successives l’ont façonnée pour y établir leur existence. Les pentes difficiles, les hameaux parsemés parfois inaccessibles en ont compliqué le contrôle. Tout un imaginaire entoure cet espace, terre d’insoumissions et d’hérésies, haut-lieu des bandits et contrebandiers, espace de résistance et d’autonomie.
Cet imaginaire a tendance à ériger la montagne en mythe lui conférant le pouvoir d’échapper à l’horreur de ce monde. Prise dans la toile des industries et du tourisme, découpée en zones d’exploitation ou en parcs naturels qui servent de musée pour des formes de vie anéanties, la montagne n’est pas un espace préservé. Le capitalisme s’acharne à neutraliser tout ce qui lui échappe. La métropole s’étend inexorablement dans un processus d’uniformisation qui aménage les territoires en vue de les soumettre à la gestion marchande. Le mode de vie qui en est issu se présente comme le seul envisageable. Dans ces régions reculées, nous entretenons des rapports tout autant imprégnés de l’hégémonie régnante.
Notre analyse est paradoxale. Partant du constat qu’il n’y a pas d’en dehors, que les oasis ont été absorbées par le désert, nous reconnaissons cependant que certains espaces n’ont pas été totalement dévastés et présentent encore des particularités auxquelles nous sommes attachés. Il y subsiste en effet des traces qui nous renvoient à des récits, des histoires, des pratiques et des vécus singuliers échappant en partie à l’uniformisation totale des modes de vie. Ces traces nous laissent entrevoir des contradictions et des possibilités d’explorer des trajectoires divergentes.
C’est sur ces singularités que nous désirons nous attarder, afin de faire circuler des outils et des idées qui nous permettent de reprendre le pouvoir sur nos vies.

L’imaginaire autour de la montagne résonne pour nous comme une métaphore. Dans la langue des Inuits, le terme nunatak désigne une montagne s’élevant au dessus des étendues gelées, où se réfugie la vie pour perdurer pendant l’ère glaciaire. La montagne, c’est donc tous ces petits espaces où subsistent et où s’expérimentent des façons d’exister qui tentent de contredire le froid social triomphant. Et si nous voulons nous concentrer en premier lieu sur les régions montagneuses, cela n’exclut en aucun cas les contributions venues d’ailleurs.

Nous avons envie de retracer les chemins qui nous ont amenés à habiter en montagne ou à faire le choix d’y rester, de croiser nos récits et expériences afin de les confronter à d’autres.
Nous voulons effectuer des recherches pour fournir des documents sur les histoires de révoltes, de désertions passées et actuelles, individuelles et collectives, spécifiques à ces zones géographiques.
Nous désirons aussi nous intéresser aux animaux, aux plantes, aux minéraux, à l’eau… à tout ce qui constitue ce que ce monde a figé en un « environnement » qu’on voudrait nous vendre comme terrain de ressources exploitables. Nous considérons plutôt qu’il s’agit d’un ensemble dont nous faisons partie et qui nous traverse.
Nous souhaitons enfin nous pencher sur des pratiques, des savoirs-faire, des formes d’organisation différentes afin de tenter de nous les réapproprier pour leur usage et non leur valeur marchande. Nombre de ces mêmes pratiques ont été récupérées, muséifiées en tant que concept marketing : label biologique, tourisme, patrimoine…
Nous ne voulons pas laisser aux traditionalistes et aux musées, aux identitaires et aux chauvins, aux réformistes et autres réactionnaires les interprétations de l’histoire.
Il ne s’agit pas pour nous de trouver dans les cultures du passé un idéal à atteindre, nous sommes convaincus que s’opposer à l’idéologie du progrès ne signifie pas un retour en arrière. Ce n’était pas mieux avant. De quels éléments de notre histoire pouvons-nous alors nous emparer pour imaginer et concevoir des perspectives radicalement autres ?

Cette revue se veut un support pour développer et partager nos critiques, du point de vue des régions montagneuses que nous habitons. Mais nous désirons aussi chercher des moyens de concrétiser ce que nous pensons pour pouvoir nous opposer au monde tel qu’il se présente à nous : développer et intensifier des liens, confronter des réalités et lutter contre le rapport de consommation aux espaces que nous essayons d’habiter. Essayer, sans nous faire d’illusions, d’expérimenter ici et maintenant sur la base de notre refus ce vers quoi nous voulons aller.
Combattre concrètement l’uniforme.

adresse par mail:revuenunatak@riseup.net

Appel du LAC de la RAMA du 10 au 17 octobre contre le nucléaire, RTE et leurs mondes

APPEL A DES ACTIONS EN SOUTIEN AUX OPPOSANT-E-S A LA LIGNE THT DANS LES HAUTES-ALPES POUR LA SEMAINE DU 10 AU 17 OCTOBRE 2016

Le 11 septembre 2016, lac de la RAMA, Hautes-Alpes.rama

Ici, la vallée de Haute-Durance est saignée de tranchées et perforée de pylônes de ligne à Très Haute-tension.

Là-bas, ils transpercent la montagne pour implanter un super-transformateur et déversent des tonnes de déchets toxiques. Là encore, ils creusent pour enfouir des déchets nucléaires. Partout, l’industrie nucléaire, pour les profits de quelques actionnaires, détruit nos lieux de vies, les envahie, les pollue, les défigure. Nos vies sont en danger, celle de nos enfants et des leurs après eux-elles.

Notre patience, autant que nos recours légaux, sont à bout. Ici, ils installent des pylônes de 225 000 Volts alors qu’ils jurent que le projet de lignes THT n’est pas un couloir énergétique vers l’Italie. Les industries de l’énergie telles que RTE, ERDF et consœurs, n’ont que faire de la vie des gens, elles ne recherchent que l’argent. Nous défendons nos existences, ici et ailleurs. Nos défenses sont légitimes, et tous les moyens nécessaires, aussi minimes qu’ils soient, le sont également.

En dépit d’actions pacifistes des opposants, nous subissons cette semaine encore, la répression et la violence policière de façon disproportionnée (12 gardes à vues, perquisition, 40 convocations en gendarmerie, 3 blessés.)

Nous appelons à démanteler pièce par pièce, le pouvoir et les moyens logistiques de RTE et d’ERDF, qui brassent l’argent en détruisant nos vies et notre environnement. Attaquons nous aussi à tous les Grands Projets Inutiles et Imposés tels que la ligne de train à Grande Vitesse Lyon-Turin, le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le projet de Centrale de Biomasse de Gardanne, celui d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure, le super-transformateur de l’Aveyron, l’EPR en Angleterre et bien d’autres encore…

Que naissent, de nos imaginaires, toutes les défenses nécessaires pour protéger nos paysages autant que notre dignité ! Nous désertons les modes de vies consuméristes qui ne portent que la mort, tout autant que nous sabotons vos mégas-projets qui nous empêchent de faire évoluer ce monde dans un sens vivable.

Que tombent les pylônes THT !

Que restent en terre, vos projets d’actionnaires !

Que cessent les incohérences politiques et l’orgie énergétique !

Nous nous défendons.

 

POUR SOUTENIR NOTRE RÉSISTANCE CONTRE LA THT DANS LA VALLEE DE HAUTE-DURANCE, NOUS APPELONS À TOUTES LES INITIATIVES, COLLECTIVES OU INDIVIDUELLES, ENVERS RTE ET ERDF, ICI ET PARTOUT, PENDANT LA SEMAINE DU 10 AU 17 OCTOBRE 2016.