Le Scandale de Notre- Dame de Paris

L’INCENDIE ~ par Louis ***

La charpente de la cathédrale de Paris n’a pas encore fini de se consumer que déjà le ban et l’arrière-ban de tous les pouvoirs institués appellent à resserrer les rangs autour de ce symbole de la soumission. Tout de suite a été rappelé en boucle que ce monument a vu passer dans sa nef depuis des siècles rois, papes, empereurs et autres présidents de toute l’Europe, voire du monde.

En pleine crise sociale, alors que depuis des mois on nous serine que les caisses sont vides, que le traitement homéopathique de l’injustice, de la pauvreté et de la misère coûte décidément trop cher, les cendres étant encore chaudes, voilà que les millions pleuvent à foison en toute indécence. Tout le beau monde s’ébaudit devant la soi-disant générosité de quelques milliardaires: ramenées au montant du smic, leur obole ne vaut pas dix euros! Et rapportée à l’utilité réelle de ces dix euros pour un smicard, leur obole vaut-elle seulement quelques centimes? Sans compter que l’on ne peut absolument pas les dédouaner d’arrière-pensées d’optimisations fiscales et publicitaires.

Mais le plus grave est qu’à travers cette propagande faite au nom du «patrimoine», de l’«art» ou de la «culture», c’est bien l’image universelle de tous les puissants qu’il s’agit de réaffirmer: puissances politiques, religieuses, économiques, technologiques, financières, médiatiques… Ce n’est pas un hasard si tous les puissants, ou presque, de la planète se sont émus. Ce qu’il s’agit de reconstruire au plus vite, ce n’est qu’accessoirement un témoin passé de notre histoire commune, mais un symbole présent de leur pouvoir. Ce témoignage du passé, pour important qu’il soit à certains égards, n’est pourtant ici jamais mis en perspective critique : la révolution française ou la Commune ne sont que des pages noires de l’histoire de la cathédrale, et donc par conséquence des pages sombres de l’Histoire elle-même. Ce qui a brûlé c’est avant tout un mythe, et c’est lui qu’il s’agit de pleurer et de restaurer.

Comme l’a très bien dit Macron lors de son allocution du 16 avril, «chacun à sa place, chacun dans son rôle», et le monde continuera de pouvoir croire aux miracles. Et c’est bien ce qu’il a essayé de nous vendre: «Ne nous laissons pas prendre au piège de la hâte» pour avancer dans la résolution de la crise sociale. L’important est de restaurer l’image touristique de l’unité nationale et de la puissance de l’État. Cette puissance est d’ailleurs si extraordinaire qu’elle est capable de sécher des chênes centenaires pendant largement plus d’une dizaine d’années tout en reconstruisant avec eux une charpente monumentale dans les soixante prochains mois.

Ce que le pouvoir français n’a pas vraiment réussi à faire avec le saccage symbolique de quelques boutiques de luxe sur les Champs-Élysées, à savoir faire condamner les émeutiers au nom du prétendu rêve universel des consommateurs de pouvoir accéder «un jour» au mythe de la richesse, il est en train d’essayer de le faire avec cet incendie tout à fait providentiel pour lui. Sa priorité est de restaurer l’image de l’unité nationale mise à mal par cinq mois de crise sociale majeure: «Il nous revient de retrouver le fil de notre projet national, celui qui nous a fait, qui nous unit, un projet humain, passionnément français (sic)». Face à un tel défi, qui ne comprendra pas la mesquinerie, la petitesse, l’égoïsme même, de la contestation sociétale si elle continuait à vouloir re-définir le sens perdu d’un vivre-ensemble à réinventer.

Dans l’intervention de Macron, il s’agit très expressément de faire passer le sens de l’histoire devant une «fausse impatience» nécessairement illégitime de la contestation. «Demain la politique et ses tumultes reprendront leur droit, nous le savons tous, mais le moment n’est pas encore venu». Pourquoi faut-il donc que la vie réellement vécue vienne toujours gâcher son image idyllique que les puissants fignolent si patiemment pour notre bien? Affirmer la permanence et la continuité de la France et de ses symboles, c’est automatiquement tenter d’autolégitimer un pouvoir qui se veut son incarnation. C’est symétriquement tenter de jeter l’anathème sur les contestataires du pouvoir au nom d’une histoire prétendument impérissable, tellement plus grande que les petits soucis quotidiens des uns et des autres.

L’avantage de ce genre de discours, c’est qu’il va finir par rendre palpable que la critique du pouvoir devient de moins en moins dissociable de la critique de son histoire: l’histoire telle que nous la connaissons n’est toujours que l’histoire racontée par le pouvoir. Il ne s’agit bien entendu pas de raconter autrement la même histoire, avec le regard des vaincus, mais de casser leur histoire, de briser le référentiel mental qui leur permet de croire qu’ils sont l’histoire. À tout le moins, puisque pour eux cela me paraît désespéré, il faut surtout que les dominés, ces gens qui ne sont rien, changent d’histoire, sortent du cadre mental et national qui seul légitime les puissants de ce monde. Ce n’est qu’en changeant d’histoire qu’ils pourront faire leur propre histoire, ce n’est qu’en cassant les repères temporels et géographiques du pouvoir qu’ils arriveront, que nous arriverons à le briser lui-même.

Passons sur le fait que l’État français qui se voudrait le chantre de la laïcité se fasse, dans cette histoire de cathédrale, le héraut de «Notre-Dame» et d’une chrétienté pleinement assumée. Je préfère quant à moi me souvenir du jour de Pâques de 1950, le 9 avril, à la cathédrale de Paris justement, où Michel Mourre et ses amis proclamèrent en plein office la mort de Dieu.

«Lignes de force

Le scandale de Notre-Dame de Paris

Le scandale de Notre-Dame est un acte d’agitation anticléricale effectué le 9 avril 1950 (jour de Pâques), durant une messe à la cathédrale Notre-Dame de Paris, par quelques membres du mouvement lettriste (Michel Mourre, Serge Berna, Ghislain Desnoyers de Marbaix et Jean Rullier). Michel Mourre (habillé en moine dominicain et assisté par ses confrères) profita d’un intervalle dans l’office pascal pour monter en chaire et proclamer devant toute la congrégation un anti-sermon blasphématoire sur la mort de Dieu, écrit par Serge Berna. Cela fut un grand scandale à l’époque, atteignant non seulement les quelque mille fidèles présents dans l’église, mais aussi les milliers de téléspectateurs de la francophonie et ailleurs qui jouissaient de la nouveauté d’un service ecclésiastique télévisé. L’événement fut rapporté le lendemain dans les principaux journaux de toutes langues, et à Paris suscita un intense débat aussi bien dans la presse que dans les cafés. Les auteurs de l’action, des jeunes étudiants liés au mouvement lettrisme, furent tous arrêtés par la police, se sauvant effectivement des sacristains et de la foule enragée qui les chassaient de l’église. Le seul à être détenu plus longtemps fut Michel Mourre qui sera interné, puis relâché sous la pression des anticléricaux. Voici la déclaration de Michel Mourre (rédigée par Serge Berna) :

Aujourd’hui, jour de Pâques en l’Année sainte,
Ici, dans l’insigne Basilique de Notre-Dame de Paris,
J’accuse l’Église Catholique Universelle du détournement mortel de nos forces vives en faveur d’un ciel vide ;
J’accuse l’Église Catholique d’escroquerie ;
J’accuse l’Église Catholique d’infecter le monde de sa morale mortuaire,
d’être le chancre de l’Occident décomposé.
En vérité je vous le dis : Dieu est mort.
Nous vomissons la fadeur agonisante de vos prières,
car vos prières ont grassement fumé les champs de bataille de notre Europe.
Allez dans le désert tragique et exaltant d’une terre où Dieu est mort
et brassez à nouveau cette terre de vos mains nues,
de vos mains d’orgueil,
de vos mains sans prière.
Aujourd’hui, jour de Pâques en l’Année sainte,
Ici, dans l’insigne Basilique de Notre-Dame de France,
nous clamons la mort du Christ-Dieu pour qu’enfin vive l’Homme.

Cathédrale Notre-Dame de Paris, le 9 avril 1950  lu sur .non fides

Grèce : Le compagnon anarchiste Panagiotis Argirou est sorti de prison

Mpalothia / dimanche 14 avril 2019

Panagiotis Argirou a été arrêté le 1er novembre 2010, après plus d’un an de vie en clandestinité, pendant qu’il participait à une campagne d’attaques de la Conspiration des Cellules de Feu, l’envoi de colis piégés à des dirigeants européens, à des bureaux d’institutions européennes et à des ambassades de pays étrangers.

Il a de suite revendiqué sa pleine responsabilité politique pour sa participation à la Conspiration des Cellules de Feu et il est resté en prison huit ans et cinq mois, avec plusieurs condamnations, qui ont atteint un total de 220 avant le procès en appel (les sentences initiales sont : 37 ans pour l’affaire « Halandri » , 10 ans pour l’affaire « des bombes », 21 ans pour l’affaire du « Projet Phoenix », 23 ans dans le procès pour toutes les actions de la CCF, 115 ans pour la tentative d’évasion, 7 ans pour l’incendie d’un bus). Après avoir purgé un tiers de sa condamnations (après confusion des peines il avait écopé de 25 ans), le compagnon a été relâché le 8 avril 2019.

Liberté pour tou.te.s !
Jusqu’à la destruction de la dernière prison.
Nous soutenons moralement, matériellement et politiquement les combattant.e.s emprisonné.e.s.

Valence, Drôme: le 24/04 discussion :Gilets jaune Au laboratoire à 18h30

Un court texte a été distribué,  lors du rassemblement des gilets jaune un appel  d’une réunion.  Mais tout de suite la critique a frappé : « texte non signé« .La préférence de renvoyer les lectrices, lecteur vers un texte signé déjà publié ici

On continue de publier pour cette discussion du 24 Avril

Gilets jaunes : Sur la ligne de crête

Une ligne de crête qui accom­pa­gne tous les soulèvements car, par défini­tion, on ne sait pas quand et com­ment va se faire la bas­cule. Ce qui nous fait entre­voir cette phase, c’est que le mou­ve­ment des Gilets jaunes s’échoue aujourd’hui sur plu­sieurs écueils qui ont pour­tant fait sa force hier.

S’il ne se laisse pas définir, il ne se définit pas lui-même

2 Si le mou­ve­ment des Gilets jaunes ne se définit pas par ce qu’il n’est pas (antisémite, anti-migrant, sexiste, homo­phobe), ce qui serait se mettre dans la contre-dépen­dance des atta­ques de ses enne­mis ou des médias, il ne se définit pas non plus par ce qu’il est. Comme dans tout mou­ve­ment qui possède une vérita­ble dyna­mi­que propre, des cli­va­ges présentés comme une réalité incontour­na­ble par l’État, les socio­lo­gues et les médias, n’en sont plus pour lui. Pour « les gens d’en bas » qui se soulèvent contre l’ordre des domi­nants, les frac­tion­ne­ments entre « quar­tiers sen­si­bles » et com­mu­nes périur­bai­nes sont rela­ti­visés lors­que les lycéens de Mantes-la-Jolie mon­trent qu’en ban­lieue aussi la survie n’est plus sup­por­ta­ble ; frac­tion­ne­ment réduit entre assistés et chômeurs ciblés par la phrase assas­sine de Macron « il n’y a qu’à tra­ver­ser la rue pour trou­ver un emploi » puis­que de nom­breux chômeurs, présents sur les ronds-points, dévelop­pent soli­da­rité et convi­via­lité ; frac­tion­ne­ment effacé entre tra­vailleurs pau­vres (l’emploi n’est plus gage de vie décente) et petits salariés, arti­sans ou auto-entre­pre­neurs.

3 Par sa dyna­mi­que propre, par l’action directe, le mou­ve­ment des Gilets jaunes a réfuté pra­ti­que­ment les repro­ches idéolo­gi­ques que lui adres­sent abs­trai­te­ment les milieux poli­tico-média­ti­ques domi­nants. 

4 Au sein d’une frange de la popu­la­tion, qui n’a pas tou­jours été la plus active dans les mou­ve­ments sociaux précédents, parce qu’elle a à la fois voulu et subi les pro­ces­sus d’indi­vi­dua­li­sa­tion, se fait jour la bonne vieille idée redécou­verte dans chaque lutte d’impor­tance, celle que le pou­voir divise pour mieux régner. Mais force est de reconnaître qu’après trois mois de lutte, ces avancées poli­ti­ques sont insuf­fi­san­tes. En effet, alors qu’il a aussi connu une cer­taine matu­ra­tion dans le dis­cer­ne­ment de ses objec­tifs (de la lutte anti­fis­cale à la lutte pour la jus­tice sociale, par exem­ple), le mou­ve­ment ne par­vient tou­jours pas à vérita­ble­ment se définir. Cela nuit non seu­le­ment à son exten­sion vers les marges de sym­pa­thi­sants hésitants, mais rend abs­traite l’idée sou­vent mal com­prise à l’extérieur du « Tous Gilets jaunes » puis­que sans défini­tion plus précise de ce qu’il est, toutes ces fran­ges pro­ches devraient l’intégrer et, à l’inverse, au nom de qui ou à partir de quel prin­cipe pour­rait-il dire : « non, vous, vous n’êtes pas Gilets jaunes » ? Ni l‘appel de l’assemblée des assemblées à Commercy ni les com­mu­niqués du groupe Gilets jaunes Lyon-centre n’ont réussi à lever cette équi­vo­que par rap­port, par exem­ple, à la présence de l’extrême droite à l’intérieur du mou­ve­ment.

5 C’est que la com­mu­nauté de lutte pose comme première valeur poli­ti­que la soli­da­rité dans le désac­cord, c’est-à-dire l’inverse de l’appréhen­sion tra­di­tion­nelle de la poli­ti­que, y com­pris à l’extrême gauche qui, quant à elle, pose au contraire le désac­cord comme prin­cipe pre­mier et « ligne » de par­tage. Cette dis­po­si­tion première, en faveur de la com­mu­nauté de lutte et de la soli­da­rité qui en découle, amène le mou­ve­ment à ne pas abor­der ou à reléguer au second plan « les sujets qui fâchent ». Ne pas trop en dire pour pou­voir conti­nuer à se dire les choses. Ainsi, alors que les Gilets jaunes par­lent beau­coup de votes et les uti­li­sent pour pren­dre des décisions, alors que nom­breux sont ceux qui, parmi eux, met­tent en avant le vote par RIC, la ques­tion du droit de vote n’est abso­lu­ment pas abordée, car elle frac­tion­ne­rait la soli­da­rité des Gilets jaunes à partir du moment où il fau­drait pren­dre une posi­tion sur le qui est citoyen et sur­tout qui ne l’est pas, au risque du désac­cord.

6 Dans les AG, il est ainsi sou­vent néces­saire d’inter­ve­nir déjà pour faire cor­ri­ger l’appel­la­tion « assemblée citoyenne » sou­vent utilisée dans les assemblées issues de ronds-points pour coor­don­ner action et réflexion entre com­mu­nes périur­bai­nes. Car le flou per­siste sou­vent sur les contours de la citoyen­neté d’autant que dans ces actions, les Gilets jaunes n’hésitent pas à faire appel à des salles de mairie et à y accep­ter des élus muni­ci­paux ou même des députés, ce qui fait qu’on a par­fois du mal à dis­tin­guer ces débats du « Grand débat ».

7 Ce n’est peut-être qu’un pis-aller, mais en l’état actuel des choses la notion « d’assemblée popu­laire » utilisée dans les assemblées de Commercy et celles (plus urbai­nes) qui les ont rejoin­tes reste dans le vague. Malgré tout, cette dénomi­na­tion d’assemblée popu­laire prête moins à confu­sion tout en étant fort para­doxale. En effet, les « assemblées citoyen­nes » sont d’une com­po­si­tion sociale bien plus popu­laire que les « assemblées popu­lai­res » qui sont, elles plus « citoyen­nes » au sens Révolu­tion française du terme. Pourtant, à l’ori­gine, sur le ter­rain des ronds-points, la ques­tion ne s’était pas posée abs­trai­te­ment, mais de façon pra­ti­que, car il parais­sait dif­fi­cile d’être sur un bar­rage ou un rond-point avec un « étran­ger » qui se bat contre l’injus­tice fis­cale à côté de vous et de lui dire que le RIC ce n’est pas pour lui… parce qu’il n’a pas la natio­na­lité française et qu’il ne peut pas voter ! La référence à la Révolu­tion française devrait ici encore servir : est « citoyen » celui qui par­ti­cipe à la « révolu­tion », quelle que soit sa natio­na­lité.

8 Si, pour beau­coup de Gilets jaunes, la référence à la Révolu­tion française est réelle et pro­fonde, alors il faut que le mou­ve­ment assume sa part de sans-culot­te­rie sans qu’elle soit sans cesse rabat­tue sur celle d’un citoyen juste conçu comme sujet du pou­voir d’État en rem­plis­sant des devoirs qui don­nent lieu à des droits. Par ailleurs, cela met­trait fin pra­ti­que­ment à cette idée sau­gre­nue, partagée par cer­tains Gilets jaunes, d’un vote considéré comme obli­ga­toire et donc comme un devoir plus qu’un droit. Mais ce serait faire preuve d’opti­misme de penser que le mou­ve­ment pour­rait en quatre mois acquérir une cons­cience de la com­mu­nauté (humaine) qui efface toute frontière. La com­mu­nauté de lutte trace, cons­ciem­ment ou non, ses frontières dans la lutte. L’exem­ple frap­pant en est de la dis­tinc­tion qui apparaît dans des dis­cus­sions entre Gilets jaunes « de base » sur la ques­tion des migrants1. Si les immigrés sont bien reconnus et acceptés par les Gilets jaunes — d’autant qu’il s’en trouve un nombre non négli­gea­ble parmi eux — ils le sont sur la base de l’ancienne figure du tra­vailleur immigré. Des des­cen­dants de tra­vailleurs immigrés et qui sont Gilets jaunes par ailleurs, considèrent que leurs parents et eux sont deve­nus ou sont français parce qu’ils ont contribué à la cons­truc­tion et à la prospérité du pays, alors qu’à leurs yeux les migrants d’aujourd’hui ne cher­chent pas à se fixer et s’établir (cf. Calais et tous ceux qui veu­lent abso­lu­ment passer en Angleterre) et relèveraient d’une ges­tion inter­na­tio­nale de crise qui échappe à la com­mu­nauté de lutte2. En conséquence, cela res­treint considérable­ment le champ de sa ten­sion vers la com­mu­nauté humaine. Plus concrètement, c’est aussi une situa­tion à courte vue, car si la force de tra­vail est glo­ba­le­ment surnuméraire aujourd’hui dans le procès de valo­ri­sa­tion du capi­tal, le sur­nom­bre n’est pas tou­jours là où on le croît, comme le mon­trent les efforts actuels d’entre­pri­ses comme MacDo, Starbucks et autres gros­siums de l’hôtel­le­rie-res­tau­ra­tion ou du BTP, qui vont jusqu’à pro­po­ser à des migrants fraîche­ment arrivés3, des cours accélérés de français parce qu’elles recher­chent des « peti­tes mains » à des condi­tions tel­le­ment à la marge du droit du tra­vail que per­sonne ne les accep­tent.

Un discours plus protestataire que révolutionnaire ou réformiste

9 Si l’expres­sion d’une juste colère a fait la force du mou­ve­ment à ses débuts, il cher­che aujourd’hui un second souf­fle qui le trans­for­me­rait en une lutte sociale plus glo­bale contre un ensem­ble struc­turé par l’État et le capi­tal. Ce qu’il a ten­dance à résumer par les termes de lutte contre le « système », sans cher­cher à davan­tage le définir. Faute d’y par­ve­nir, cette colère a ten­dance à se trans­for­mer en haine contre l’oli­gar­chie (le « je vous hais com­pris » écrit par­fois sur des gilets jaunes dénote en pas­sant d’une cer­taine culture poli­ti­que et d’un humour de bon aloi), elle-même réduite à quel­ques gran­des entre­pri­ses ou ban­ques et à quel­ques indi­vi­dus (poli­ti­ques, jour­na­lis­tes influents) « que l’on va aller cher­cher » comme le disent les mani­fes­tants. C’est comme s’il fal­lait leur faire payer indi­vi­duel­le­ment leur for­fai­ture, alors pour­tant que les Gilets jaunes ont pris cons­cience pro­gres­si­ve­ment qu’ils ont affaire à un « Système ». En cela Macron est vic­time de son propre « dégagisme ». Il croyait avoir fait le plus dur en se débar­ras­sant de l’ancien monde poli­ti­que et c’est l’ancien monde popu­laire qui lui tombe sur le dos ; un monde net­te­ment plus dif­fi­cile à faire dis­paraître.

10 Cette colère anti-Système des Gilets jaunes est confortée par une vision oli­gar­chi­que du pou­voir, vouant à la vin­dicte popu­laire seu­le­ment les 1 % les plus riches qui oppri­me­raient les 99 % autres, alors que tous les rap­ports sociaux sont tra­versés par des hiérar­chies et des inégalités qui divi­sent et frag­men­tent ; le procès de domi­na­tion par­court l’ensem­ble du rap­port social. Reconnaître cela, ou au moins en tenir compte, serait reconnaître que la notion de peuple n’existe pas en soi, qu’elle se cons­truit dans le conflit et la ten­sion entre ceux qui diri­gent, à quel­que titre que ce soit (écono­mi­que, poli­ti­que, cultu­rel) et ceux qui n’ont aucun titre pour le faire. Mais il n’y a pas non plus de raison de faire porter aux Gilets jaunes le poids d’une supposée inexpérience poli­ti­que alors que c’est une opi­nion bien partagée, aussi bien par les Occupy Wall Street américains que par un parti poli­ti­que comme La France insou­mise ! 

  Il s’ensuit que le mou­ve­ment est sou­vent guetté par la recher­che du bouc émis­saire ou par les thèses com­plo­tis­tes d’autant que les réseaux sociaux culti­vent faci­le­ment l’entre-soi et par­ti­culièrement Facebook qui est leur relais le plus utilisé. Cela a été le cas, plu­sieurs fois, quand, dans cer­tai­nes villes, le mou­ve­ment a projeté de lancer des actions contre la banque Rothschild, une cible privilégiée parce qu’elle serait un sym­bole du capi­ta­lisme mon­dia­lisé et aussi parce que Macron y a été associé-gérant. Que ce type d’action soit repris par un groupe spon­tané comme Article 35–Insurrection est une chose, puis­que sa révolte se situe dans l’immédia­tisme et l’action directe. Mais que l’on en arrive à devoir expli­quer en AG, où des représen­tants des divers grou­pes de Gilets jaunes sont présents, qu’il faut arrêter avec les sym­bo­les et regar­der plutôt la réalité du système ban­caire dans le fonc­tion­ne­ment global du capi­ta­lisme est le signe d’une réelle fai­blesse théorique. Sur ce point comme sur le rôle des action­nai­res dans la for­ma­tion du capi­tal, la cri­ti­que du « système » est biaisée par le fan­tasme d’une finance qui représen­te­rait le mal absolu. 

12 Nous l’avons déjà dit, on ne peut repro­cher aux Gilets jaunes dont la matu­rité poli­ti­que est de quatre mois de com­met­tre les mêmes sim­pli­fi­ca­tions que celles pro­dui­tes par des orga­ni­sa­tions poli­ti­ques d’extrême gauche confirmées ou par des jour­naux comme Le Monde diplo­ma­ti­que. La dif­fi­culté consiste à essayer de cor­ri­ger le tir sans jouer aux experts… et en tenant compte du fait que l’ana­lyse des Gilets jaunes est limitée d’entrée de jeu par le fait qu’elle isole le procès de cir­cu­la­tion du capi­tal du procès de pro­duc­tion alors que le capi­tal jus­te­ment tente, à tra­vers les réformes libérales, de l’uni­fier.

13 Pour rester concrets les Gilets jaunes ont par­fois ten­dance à se rat­ta­cher à des chif­fres censés parler par eux-mêmes, mais qui don­nent lieu à une surin­terprétation proche du contre­sens. Par exem­ple dans un tract Gilets jaunes sur la finance, dont une partie est consacrée aux action­nai­res et aux divi­den­des. La présen­ta­tion qui en est faite pour la France tend à accréditer l’idée que c’est en France que les divi­den­des attei­gnent la meilleure rémunération en pour­cen­tage pour les action­nai­res, ce qui serait abso­lu­ment scan­da­leux et ferait de celle-ci un modèle de capi­ta­lisme spo­lia­teur. Or, c’est jus­te­ment parce que jusqu’à main­te­nant la France a mieux résisté au modèle anglo-saxon de capi­ta­lisme et à ses exi­gen­ces, que la France a plus besoin d’atti­rer de capi­taux. Ainsi, elle a refusé le pas­sage aux retrai­tes par capi­ta­li­sa­tion, ce qui la prive de ses pro­pres fonds de pen­sions et l’amène à rétri­buer davan­tage les pla­ce­ments. Le problème n’est pas tant que cette appro­che est fausse, mais qu’elle empêche de com­pren­dre le fonc­tion­ne­ment d’ensem­ble du capi­ta­lisme au niveau théorique et au niveau pra­ti­que, ce qui bloque sou­vent les dis­cus­sions. Le mou­ve­ment ayant ten­dance à porter une atta­que « morale » plus que poli­ti­que cela inclut l’idée d’une mora­li­sa­tion pos­si­ble des choses et des rap­ports sociaux. Cette ten­dance ne peut être contre­carrée que par des actions qui com­men­cent juste, mais se dévelop­pent en sou­tien à des conflits sociaux, dans des sec­teurs qui sont deman­deurs parce que les syn­di­cats y sont peu présents, comme les entre­pri­ses de sous-trai­tance de la grande dis­tri­bu­tion. Elles complètent les actions premières de blo­cage de la cir­cu­la­tion en direc­tion des pla­te­for­mes en ce qu’elles met­tent l’accent sur la dénon­cia­tion de l’exploi­ta­tion et qu’elles peu­vent jouer dans un sens favo­ra­ble sur le rap­port de force.

Un universalisme contradictoire au risque de l’isolement

  Après avoir élargi ses reven­di­ca­tions de départ et continué à refu­ser de négocier, ce point étant essen­tiel dans le main­tien d’un rap­port de force anta­go­ni­que avec les pou­voirs en place, le mou­ve­ment ren­contre des dif­fi­cultés à s’étendre sur cette base ini­tiale. Difficultés ren­contrées dans la jonc­tion du 5 février et avec l’échec de la liai­son avec le mou­ve­ment lycéen en décembre, qui condui­sent le mou­ve­ment à faire retour sur lui-même, dans des reven­di­ca­tions qui font peut-être son ori­gi­na­lité, mais qui ne sont plus que les sien­nes pro­pres. Le mou­ve­ment des Gilets jaunes a certes raison de vou­loir affir­mer à la fois sa préséance dans la lutte et son auto­no­mie par rap­port aux autres forces. Par là, il s’est placé comme une sorte d’avant-garde de masse (« Tous Gilets jaunes ») dans la mesure où le fait d’enfi­ler le gilet jaune deve­nait tout à coup un acte de résis­tance en lui-même, un signe de reconnais­sance ensuite et enfin le pre­mier pas vers autre chose. De ce fait, il n’avait rien à atten­dre de l’appel tra­di­tion­nel et le plus sou­vent « bidon », à une « conver­gence des luttes », tarte à la crème des années 2000 ayant succédé au « Tous ensem­ble » des années 1990. Le fiasco de la mani­fes­ta­tion com­mune du 16 mars entre Climat et Gilets jaunes montre que le chemin sera long avant que tout le monde devienne « Gilets jaunes » où que les Gilets jaunes se fon­dent dans la révolu­tion ou la Républi­que du genre humain ». Mais il n’est pas dit que cer­tains de ceux-là ne se retrou­vent pas plus faci­le­ment sur des actions de blo­cage de l’écono­mie (énergie) ou dans des actions de sou­tien aux salariés en lutte ; autant d’inter­ven­tions qui peu­vent pro­fi­ter de la désta­bi­li­sa­tion générale des pou­voirs en place. Le problème est alors de savoir quel rôle y jouer. Sans vou­loir tran­cher défini­ti­ve­ment, notre expérience actuelle de la chose nous montre qu’il serait dom­mage qu’on y rejoue le sou­tien aux luttes du peuple tenu par les maos dans les années 1970. Les Gilets jaunes, sous prétexte qu’ils sont mobi­lisés et déterminés ne doi­vent pas être une sorte de bras armé (même sans arme) des salariés ou de n’importe quelle autre lutte.

15 C’est quand on agit ensem­ble contre la société capi­ta­lisée qu’on converge et non pas en agis­sant séparément d’abord, pour conver­ger éven­tuel­le­ment ensuite (cf. à ce sujet, le contre-exem­ple des « stylos rouges4 »).

16 Si les Gilets jaunes font res­sor­tir aujourd’hui un autre « Tous ensem­ble », il n’est pas de même nature que celui de 1995. Le pre­mier était un appel à toutes les frac­tions de salariés, mais avec l’idée que la classe ouvrière et des catégories par­ti­culières comme les che­mi­nots, en étaient la pointe avancée ; avec le second celui des Gilets jaunes, le « Tous ensem­ble » est posé au-delà du frac­tion­ne­ment. Étant poten­tiel­le­ment tout le monde, on ne voit pas qui pour­rait les rejoin­dre, mais la conséquence en est que ce sont les Gilets jaunes qui fina­le­ment se posent ou sont perçus comme cette pointe avancée, ce qui évidem­ment n’est pas fait pour plaire à tout le monde et expli­que en partie les ater­moie­ments de la CGT et de ses différentes frac­tions par rap­port au mou­ve­ment, chose qui est appa­rue encore plus clai­re­ment le 19 mars que le 5 février.

  Ce « Tous ensem­ble » est donc plus poten­tiel que réel et ajouté à la répétiti­vité usante des mani­fes­ta­tions du samedi avec leur cortège de blessés, de condam­na­tions et d’arres­ta­tions préven­ti­ves, le mou­ve­ment a été amené à se tour­ner davan­tage vers des actions ins­ti­tu­tion­nel­les. Des actions qui visent d’un côté l’affir­ma­tion de la nécessité du RIC, non pas, comme à l’ori­gine, une reven­di­ca­tion parmi d’autres, mais comme remède mira­cle à la crise de la représen­ta­tion poli­ti­que, modèle de démocra­tie directe ; et de l’autre côté, la ten­ta­tive de répondre au « Grand débat » du gou­ver­ne­ment par la supposée alter­na­tive que représen­te­rait un « Vrai débat », animé cette fois par les Gilets jaunes. Pour nous une fausse alter­na­tive car fina­le­ment elle reste dans une sorte de contre-dépen­dance avec le Grand débat, puis­que concrètement et même si les formes en sont plus libres, l’idée d’ori­gine des Cahiers de doléances se retrouve bel et bien retournée, à son profit, par le pou­voir poli­ti­que.

  C’est bien au recul d’une action directe appuyée sur la base la plus large et la plus compréhen­si­ble pour tous du slogan « Macron-démis­sion » auquel nous assis­tons. Un recul par rap­port au défi à l’État que représen­taient les blo­ca­ges des ronds-points et les mani­fes­ta­tions non déclarées. Dans cette mesure, le RIC semble main­te­nant représenter l’espoir d’une loin­taine des­ti­tu­tion venant rem­pla­cer la croyance en une démis­sion immédiate.

  Une référence appuyée au RIC qui pour­tant ne trouve grâce dans aucune autre frac­tion de la popu­la­tion et qui, par ailleurs, n’est pas vérita­ble­ment discutée au sein des différents grou­pes de Gilets jaunes. Par exem­ple, il n’y a pas vérita­ble­ment accord sur le fait de savoir si le RIC est une reven­di­ca­tion et dans ce cas là à quelle place il se trouve dans le vaste cata­lo­gue des reven­di­ca­tions ou des pro­po­si­tions par­cel­lai­res que sont sou­vent cha­cune des 42 pro­po­si­tions d’ori­gine ; ou bien s’il n’est qu’un outil per­met­tant de satis­faire les reven­di­ca­tions ou les pro­po­si­tions cons­ti­tuan­tes. Or, le RIC est censé régler tous les problèmes à partir du moment où il serait com­pris par tous après une popu­la­ri­sa­tion de ses prin­ci­pes (cf. Les « mar­cheurs » du RIC). Ce qui apparaît ici, c’est la contra­dic­tion entre l’action col­lec­tive des Gilets jaunes et un RIC qui repose sur l’acte indi­vi­duel du vote dans l’iso­loir ou même d’un simple clic d’ordi­na­teur à effec­tuer chez soi les pieds dans les pan­tou­fles.

20 Et sur­tout, avec le RIC en tête d’affi­che, on aurait une cou­pure entre révolu­tion poli­ti­que et révolu­tion sociale, une cou­pure déjà présente au moment de la Révolu­tion française5.

21 Le pou­voir lui-même n’est pas ques­tionné, ni d’ailleurs la nature de l’État. C’est comme si toute la problémati­que ren­dant pos­si­ble le RIC fai­sait oublier aux Gilets jaunes la nature de l’État qu’ils ont pour­tant décou­verte, ou redécou­verte, pen­dant leur mou­ve­ment. Il s’ensuit un danger qui est de trop per­son­na­li­ser la fonc­tion poli­ti­que et de ne pas tenir compte du lien contra­dic­toire qui existe entre per­son­na­lité indi­vi­duelle et fonc­tion publi­que. Pour une majo­rité des Gilets jaunes, per­son­nel poli­ti­que et oli­gar­chie font « Système » et ne sont donc pas dis­so­cia­bles. Il semble alors peu cohérent de ne s’atta­quer qu’au per­son­nel poli­ti­que (Macron, Castaner) et à ses sous-fifres (Benalla, etc.), comme s’il fal­lait les punir en tant qu’indi­vi­dus plutôt que de lutter contre le fait même qu’il existe un per­son­nel poli­ti­que pro­fes­sion­nel dont la fonc­tion est séparée, cette sépara­tion des acti­vités, une parmi tant d’autres, étant une caractéris­ti­que du « Système »… capi­ta­liste. Il en est de même quand le RIC veut réaliser son opération mains pro­pres en deman­dant à ce que les casiers judi­ciai­res des représen­tants du peuple soient vier­ges. Or, cette pro­po­si­tion risque de conduire à la situa­tion ita­lienne d’aujourd’hui sur­ve­nue en partie grâce à l’opération « main propre » (mani pulite), même si le mou­ve­ment est très différent du Cinq étoiles.

  Certes les Gilets jaunes deman­dent l’amnis­tie pour les Gilets jaunes condamnés, mais ils ne pen­sent pas à étendre cela à des faits préala­bles, commis au cours des mani­fes­ta­tions contre la loi-tra­vail, alors qu’ils étaient un peu du même ordre avec arres­ta­tions préven­ti­ves, inter­dic­tions de mani­fes­ter et peines dis­pro­por­tionnées. Même si beau­coup de Gilets jaunes disent regret­ter leur pas­si­vité de l’époque, ils ne sem­blent pas vou­loir rac­cor­der les événements et sont peut-être vic­ti­mes de leur « présen­tisme ».

  Dans leur colère ciblée sur les per­son­nes, même si ce ne sont plus les mêmes, les Gilets jaunes mar­chent tou­jours sur les traces de la Révolu­tion française. En effet, si la prise de la Bastille fut suivie d’une ouver­ture de la prison, elle fut très vite rem­plie à nou­veau et même sur-rem­plie par ceux qui ne furent pas guillo­tinés. D’ailleurs, sur les ronds-points des Gilets jaunes, on pou­vait trou­ver, pen­dant tout un temps, des pan­neaux figu­rants des guillo­ti­nes et des mani­fes­tants ont même été tra­duits en jus­tice pour avoir mimés, par figu­ri­nes inter­posées, l’exécution publi­que de Macron. Toujours la sym­bo­li­que de la Révolu­tion française. Le problème est quand même qu’aujourd’hui, le « Système » est un peu plus détaché de ses « por­teurs » qu’à l’époque. Cela est vrai aussi bien du point de vue d’une struc­ture capi­ta­lis­ti­que tou­jours plus abs­traite que du côté d’un État qui passe de la forme nation à la forme réseau. Mais c’est peut-être ça aussi qui pro­duit la brèche par laquelle s’engouf­frer. En effet, par rap­port au temps de la Révolu­tion française pen­dant laquelle ses ins­ti­tu­tions soli­des n’étaient pas encore en place, les Troisième et Quatrième Républi­que vont reléguer les hommes poli­ti­ques à des posi­tions subor­données à leur fonc­tion et aux ins­ti­tu­tions de l’État-nation. Or, la Cinquième Républi­que et sur­tout l’élec­tion au suf­frage uni­ver­sel ont inversé la ten­dance. La per­son­na­li­sa­tion du pou­voir qui s’en est suivi a été ren­forcée indi­rec­te­ment depuis par la résorp­tion rela­tive des ins­ti­tu­tions au sein de l’État dans sa forme réseau.

24 Il y a là tempête dans la tête des Gilets jaunes car com­ment résoudre la contra­dic­tion entre, d’un côté la ten­dance uni­ver­sa­liste à la Républi­que du genre humain6 qui apparaît comme la pers­pec­tive stratégique du mou­ve­ment et de l’autre un sou­ve­rai­nisme popu­laire qui semble redon­ner des cou­leurs et du vernis à la forme nation  ?

La difficulté à trouver une forme d’organisation

  La générali­sa­tion de l’occu­pa­tion des ronds-points que nous appe­lions de nos vœux dans notre bro­chure « Une tenue jaune qui fait com­mu­nauté7 » est aujourd’hui battue en brèche par la répres­sion de l’État qui y a vu une dis­lo­ca­tion de son espace capi­ta­liste intégré (un danger pour son contrôle des flux de per­son­nes et de mar­chan­di­ses) et les prémisses d’une autre repro­duc­tion des rap­ports sociaux, qui sans attein­dre un point de fixa­tion impor­tant et orga­nisé comme Notre-Dame-des-Landes, n’en cons­ti­tuait pas moins une ten­dance à la prolifération de caba­nes, considérées comme autant de sco­ries dans un pay­sage à lisser. La situa­tion est aujourd’hui au repli sur des ter­rains privés ou à des actions coups de poing sur des péages avec une dif­fi­culté, semble-t-il, bien plus grande en périphérie des gran­des villes, par rap­port à la situa­tion dans les vil­la­ges et autour des peti­tes villes, où toutes les formes intermédiai­res de lutte sem­blent pou­voir coexis­ter et per­du­rer tant bien que mal.

  Les assemblées se sont par contre développées dans de nom­breu­ses villes, mais sur des bases plus tra­di­tion­nel­les et des modes d’orga­ni­sa­tion plus pro­ches de ce qu’ils furent au moment de Nuit debout, c’est-à-dire avec une fixa­tion sur le for­ma­lisme démocra­ti­que bien sou­vent en contra­dic­tion avec l’idée d’une libre prise de parole. Avec aussi des ten­dan­ces à vou­loir « orga­ni­ser l’orga­ni­sa­tion » ou bien à faire voter pour savoir si on va voter et autres joyeu­setés procédurières. Cela abou­tit par­fois à une inver­sion des choses dans laquelle l’AG croit faire le mou­ve­ment, alors que c’est le mou­ve­ment qui fait l’AG. Alors que sur les ronds-points on pou­vait passer de la dis­cus­sion à l’action et inver­se­ment sans le moin­dre problème, l’orga­ni­sa­tion étant éven­tuel­le­ment au niveau d’une coor­di­na­tion de ronds-points, la forme assemblée s’est trouvée for­te­ment démunie devant le décalage entre l’avancée de sa forme orga­ni­sa­tion­nelle et le peu de réalité de sa forme décision­nelle, par exem­ple au niveau de l’orga­ni­sa­tion de mani­fes­ta­tions dont le dérou­le­ment, de fait, a continué à lui échap­per.

Tout n’est pas joué

L’action col­lec­tive, qu’elle soit sur les ronds-points ou dans la rue res­soude sans arrêt le corps poli­ti­que et social des Gilets jaunes parce que c’est à ces occa­sions qu’il se confronte au pou­voir de l’État, y com­pris phy­si­que­ment, là où se joue un tout ou rien, bien au-delà des « Vrais débats » et autres RIC. D’ailleurs les thèmes postés sur les réseaux sociaux par les Gilets jaunes et traités dans une enquête du jour­nal Le Monde, en font foi puisqu’ils lais­sent apparaître que c’est celui de la mobi­li­sa­tion qui revient le plus sou­vent suivi par celui de la répres­sion, puis la cri­ti­que des élites, deux fois moins utilisé que le pre­mier et enfin celui des reven­di­ca­tions, quatre fois moins utilisé que le pre­mier8.

  C’est dans cette action col­lec­tive que le mou­ve­ment fait l’expérience pra­ti­que d’un monde que tout à coup il ne semble plus subir, parce qu’il a com­mencé à en trans­for­mer cer­tai­nes condi­tions (socia­lité, fra­ter­nité et soli­da­rité, entraide), tout en per­met­tant à chacun de se décou­vrir et se trans­for­mer dans le même mou­ve­ment, à tra­vers cette action-là.

  L’action directe est cons­ti­tu­tive du mou­ve­ment et les mani­fes­ta­tions, comme celle de samedi 16 mars, en mon­trent la nécessité. En dehors de la satis­fac­tion sub­jec­tive de la casse ciblée, pour la première fois les Gilets jaunes se sont assumés « cas­seurs » ou pro-cas­seurs, posant sans honte au milieu des dégâts. Mais pas sûr que cela fasse avan­cer les choses à partir du moment où la base du mou­ve­ment se rétrécit, que de plus en plus une autre colère monte… mais contre les Gilets jaunes et qu’à la limite, la pro­chaine fois le pou­voir pourra « mar­quer » les mani­fes­tants avec des pro­duits indélébiles et pour­quoi pas faire tirer dans le tas9.

  Aucune solu­tion immédiate ne se présente à nous parce que le mou­ve­ment a épuisé une partie de sa dyna­mi­que première. Force est de cons­ta­ter que c’est dans le moment de sa plus grande vio­lence que le mou­ve­ment s’aperçoit qu’il est mis à nu… et à la merci des décisions du pou­voir. La prise au sérieux du désir de révolu­tion de la part des Gilets jaunes, chose ini­ma­gi­na­ble au début du mou­ve­ment, le pousse, pour l’ins­tant, vers une suc­ces­sion alternée de ten­ta­ti­ves d’ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion et de poli­ti­que du tout ou rien jusqu’à des pra­ti­ques émeutières (Paris, Bordeaux, Toulouse à un degré moin­dre). « L’ulti­ma­tum » du 16 mars est un acte fort, mais qui est aussi au risque d’un saut dans le vide si le mou­ve­ment ne réagit pas immédia­te­ment et en diver­si­fiant ses modes d’action ; en fuyant momen­tanément une nou­velle épreuve de force par exem­ple ou en la pro­vo­quant ailleurs, mais de façon inopinée10. Il s’agit de créer un lien entre tous ces modes d’action sans les oppo­ser. Des actions menées depuis le début de la semaine mon­trent que le pou­voir a peur. Contrairement à ce qu’il cher­che à faire croire, tout attrou­pe­ment n’est pas inter­dit et sur­tout pas quand il a affaire aux Gilets jaunes, la nou­velle peste sociale. Il ne peut donc inter­ve­nir par­tout à condi­tion qu’on le harcèle par­tout jus­te­ment. La survie du mou­ve­ment est à ce prix. En avant !

 

Temps cri­ti­ques, 22 mars 2019

Notes

1 – Nous ne par­lons donc pas ici des assemblées de Gilets jaunes style Commercy ou Maison du Peuple de Saint-Nazaire qui, de fait, regrou­pent des per­son­nes poli­tisées par un pas­sage à Nuit debout ou des mili­tants plus ou moins en phase avec LFI ou le NPA qui affir­ment la libre cir­cu­la­tion des per­son­nes, l’accueil des migrants et se préoccu­pent peu de l’appro­che des « gens d’en bas » dont ils ne font pas vrai­ment partie ; leur adhésion au mou­ve­ment étant le plus sou­vent motivée par du prosélytisme poli­ti­que.

2 – C’est sans doute pour cela que des pan­car­tes contre le Pacte de Marrakech ont pu apparaître par­fois et de façon fina­le­ment subrep­tice, dans les cortèges de Gilets jaunes, via des mani­fes­tants d’extrême droite.

3 – Cf. l’arti­cle : « Les réfugiés sont les bien­ve­nus sur les métiers en ten­sion ». Le Monde, 21 mars 2019, p. 20.

4 – C’est comme si les Gilets jaunes avaient tiré, intui­ti­ve­ment les leçons du 13 mai 1968 quand les étudiants ont remis le deve­nir du mou­ve­ment dans les mains de la CGT alors que dans le contexte actuel cette même CGT ne serait de toute façon pas capa­ble de faire face à cette demande vu le rap­port de force capi­tal/tra­vail et son influence décrois­sante.

5 – Cf. notre tract : « Dans les rets du RIC : remar­ques sur les fai­bles­ses poli­ti­ques d’une reven­di­ca­tion », février 2019 :
http://temps­cri­ti­ques.free.fr/spip.php?arti­cle397

6 – http://blog.temps­cri­ti­ques.net/archi­ves/2614

7 – http://temps­cri­ti­ques.free.fr/spip.php?arti­cle392

8 – Bien sûr ce ne sont que des enquêtes et des sta­tis­ti­ques, mais c’est à se deman­der qui a intro­duit le RIC dans le fruit ?

9 – Cf. le tract du syn­di­cat poli­cier Synergie-Officiers (https://twit­ter.com/PoliceSynergie/status/1107662000291753985/photo/1).

10 – Cette situa­tion, les plus anciens d’entre nous l’on connue le 25 mai 1968 au petit matin… sans avoir la pos­si­bi­lité d’y trou­ver une issue favo­ra­ble. Mais l’Histoire ne se répète jamais…

 

 

 

Italie : Dernières nouvelles des prisons et tribunaux

Depuis plus d’une semaine, Silvia, Agnese et Anna ont été transférées de la section AS2 (de haute sécurité) de la prison de Rebibbia à la section de L’Aquila. Une prison, celle du chef-lieu des Abruzzes, où la quasi-totalité de la population carcérale est soumise au 41 bis. Un régime d’isolement carcéral qui prévoit l’isolement 23 heures par jour, la réduction des heures de promenade, l’impossibilité de cuisiner dans la cellule, où l’entrée de la lumière est limitée par la présence de panneaux opaques de plexiglas, où il n’y a qu’une heure de parloir avec la famille, qui plus est se fait à travers des cloisons vitrées sans aucune possibilité de contact. Il n’est en outre pas possible de conserver plus de quatre livres dans la cellule, la correspondance est toujours soumise à la censure, il est impossible de participer aux procès sauf par vidéoconférence. Dans les prisons où le 41 bis est présent, l’ombre de ce régime s’étend bien au-delà de ces sections, ce qui va changer les conditions de détention des autres détenus.

Silvia, Agnese et Anna sont donc dans des cellules individuelles, dans une section fermé [blindi chiusi: avec les portes fermés en permanence, ndt], dans l’espace qui était l’ancienne section féminine 41bis. Leur journée est ponctuée par un réveil à 7h avec l’ouverture du judas, à 8h les gardes passent pour battre les barreaux des fenêtres pour tester leur résistance, elles ont deux heures de promenade le matin et deux l’après-midi. Tout déplacement de l’extérieur vers l’intérieur de la cellule est rythmé par une contrôle avec le détecteur de métaux, elles sont scannées en moyenne 12 fois par jour,  elles subissent aussi chaque jour une fouille personnelle générale. Elles n’ont qu’une heure de sociabilité dans une pièce étroite. Leurs cellules sont équipées d’une télévision et d’une salle de bain, mais elles ne disposent pas de placard pour ranger vêtements, nourriture, livres et objets. Elles ont un casier à l’extérieur de la cellule dans lequel elles peuvent stocker jusqu’à 7 articles de chaque type de vêtements, quand elles enlèvent ou posent quelque chose c’est vérifié et ce qui reste est recompté. Elles ne peuvent garder que trois livres dans leur cellule. Leurs radios ont été soudées, sur les télévisions le moniteur avec l’heure a été obscurci de l’écran de télévision. Il est pratiquement impossible de savoir quelle heure il est. Les matonnes qui les surveillent proviennent du corps du Gom*, femmes abruties de la section spéciale des gros bras de la pénitencière. En un peu plus d’une semaine, les compagnonnes ont reçu neuf avertissements disciplinaires. L’une d’elle pour avoir posé un pied sur le mur de la salle de sociabilité, une autre est sorti en promenade avec un stylo.

La prison a immédiatement bloqué le courrier pour toutes les trois, qu’ils soient entrants ou sortants. À ce jour, cela reste en vigueur que pour Silvia, depuis le jour de leur transfert, le samedi 6 avril, elle s’est vu couper ce lien – déjà faible à cause de la censure – de communications composées de lettres, télégrammes et livres envoyés par l’extérieur. Un lien fondamental pour rompre l’isolement auquel contraint la prison, à plus forte raison dans une section de l’AS2 où il y a quatre détenus.

Il y a quelques jours, Agnese, par vidéoconférence depuis la prison de L’Aquila lors d’une audience du procès pour la manifestation au Brennero, a décrit les conditions auxquelles elles sont soumises, définissant la section As2 comme une tombe.

L’usage de la vidéoconférence également s’étend de plus en plus à différents types de détenus. Initialement réservé aux seuls prisonniers en 41 bis, donc automatique, il a ensuite été appliqué aux personnes accusées de terrorisme et ensuite à tous ceux considérés comme dangereux, quels que soient les crimes reprochés lors des procès. Un instrument particulièrement lourd, celui de la vidéoconférence, qui, en plus de rendre la défense juridique plus difficile et de limiter la possibilité de faire des déclarations dans la salle d’audience, supprime la possibilité pour ceux qui sont détenus de rencontrer, même dans une salle d’audience, un visage ami et de rompre la routine carcérale.

Pour en venir à des questions plus strictement judiciaires, il semble important de souligner les raisons pour lesquelles les compagnons arrêtés dans le cadre de l’opération Scintilla restent toujours en prison. Après que l’accusation d’association subversive soit tombée, Beppe et Antonio restent en prison pour la publication de la brochure « I cieli bruciano ». Puisqu’il s’agit d’une liste de sujets, responsables à divers titres de l’existence des Centres de Rétention à l’époque C.i.e, adressée à un domaine tel que l’anarchiste dont on peut s’attendre à un mauvais usage, le simple fait de la publier justifie cette charge pour le juge du Réexamen. À cela s’ajoute le refus d’assignation à résidence parce que le curriculum des deux compagnons rend très probable le risque de récidive. Silvia reste en prison parce que son profil anthropométrique, vis à vis de sa démarche, sa stature et sa carrure, est compatible avec celui de la personne filmée par les caméras tout en déposant un bidon de liquide inflammable devant un bureau de poste italien. Une discipline, l’anthropométrie, destinée à devenir une béquille toujours plus importante dans un avenir proche pour le travail d’enquête et ce sera certainement le cas d’y revenir, avec des réflexions et des perspectives plus précises. Nous concluons cette mise à jour des nouvelles des tribunaux en rappelant qu’aux trois compagnons a été confirmé censure du courrier, les raisons pour le juge sont attribuables à la solidarité large et durable développée à partir de leurs arrestations et l’expulsion de l’Asilo.

En attendant, il est urgent de trouver un moyen de briser l’isolement, auquel Silvia en particulier est soumise, un moyen de saper la brutalité de la prison.

Pour écrire aux compagnonnes détenues à la prison de L’Aquila :

Silvia Ruggeri
Anna Beniamino
Agnese Trentin

Via Amiternina 3
Località Costarelle di Preturo
67100
L’Aquila

cracher dans la soupe depuis www.autistici.org/macerie

 

* Le Groupe Opérationnel Mobile (GOM) est un service mobile de la police pénitentiaire. Il relève directement du chef du Département de l’administration pénitentiaire.

Dijon,Côte-d’Or: Mardi 30 Avril à8h30. Procès d’un éleveur au tribunal de grande instance,

 

Michel a d’abord été aide familial puis éleveur à son compte dans une
ferme qu’il a monté lui même. Son activité d’élevage de vaches
charolaises et d’ovins quoi que trop chargée en heures de boulot et très
importante en nombre d’animaux et d’hectares, s’est déroulée
correctement pendant 10 ans avant que les baisses des prix agricoles ne
fassent plonger ses comptes trop fragiles à cause entre autre des
dépenses de mises aux normes obligatoires et qu’adviennent, en
conséquences, des difficultés familiales en 2015. Des systèmes agricoles
comme le sien ne supportent pas d’obstacles.

Rapidement Michel se rend compte que cela devient trop compliqué de
maintenir le même rythme, il demande donc de l’aide à la MSA (Mutualité
sociale agricole : la sécu agricole), à qui il, et nous aussi, payons
des cotisations pour être soutenus en cas de difficulté. Il n’y aura non
seulement pas de réponse de la Msa mais à la place d’une aide c’est un
signalement que fait cet organisme « qui est au service des
agriculteur-trices », signalement qui pour « répondre aux difficultés » va
engendrer des contrôles administratifs sur la ferme de Michel !!

Comme à chaque fois que l’administration arrive dans une ferme en
difficulté qui n’est sous la « protection » d’aucun syndicat et dont les
terres intéressent nombre de potentats agricoles locaux, des premiers
contrôles on va très vite arriver à l’acharnement administratif, aux
descentes de gendarmes. L’objectif est clair : faire disparaître une
ferme et ainsi « libérer de la surface » pour permettre de concentrer un
peu plus la production et au passage se payer sur la bête.
Mais heureusement Michel et sa compagne pourtant affaiblis sont révoltés
et combatifs face à ces méthodes. Ils connaissaient Jérôme Laronze et
ont suivi sa lutte puis son assassinat le 18 mai 2017. Ils ont compris
petit à petit le jeu pervers, les méthodes et les objectifs de
l’administration agricole et de l’Etat.

Ils vont subir un acharnement de la part de l’administration, du
vétérinaire sanitaire et d’une association de surveillance animale
jusqu’à la saisie des troupeaux le 3 mars 2017 puis l’obstruction
illégale à la poursuite d’une activité agricole et enfin la convocation
au tribunal pour nombre de délits imaginaires.

L’administration a clairement décidé de broyer cette ferme et ses
habitants, elle s’acharne pour faire craquer mentalement Michel et sa
compagne et les vautours sont prêts pour les dépecer et encaisser au
passage amendes, indemités et dommages (la DDPP, l’agente DDPP, l’OABA
(Oeuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs), ces derniers vivant
d’ailleurs du racket des éleveurs.Tous ces organismes auront chacun un
avocat au procès pour demander des indemnités.

Une situation d’acharnement étatique comme celle que vit Michel n’est
pas une injustice mais un traitement systématique qui se déploie dans le
sillage de la détresse des fermes, parfois industrielles parfois
paysannes, dépossédées puis liquidées par les normes administratives et
industrielles qui sont conjointe a l’étranglement financier. Souvent
cela fini par une reconversion forcée, trop souvent aussi par un suicide
et de plus en plus, et c’est tant mieux, par une révolte et des
solidarités qui renaissent, de la dignité qui revient grace à la lutte.
Les méthodes de l’Etat : culpabiliser et criminaliser au titre par
exemple du délit de maltraitance animale qui s’applique aussi aux non
déclarations sanitaires obligatoires, au défaut de bouclages
auriculaires des animaux (la fameuse traçabilité dont Gabriel Dufils
vient de nous prouver le mensonge), au refus de payer le racket de
l’équarissage, au refus de donner des antibiotiques à ses animaux...

Nous dénonçons avec Michel ces doubles et triples peines qui détruisent
des vies, des activités et passent sous silence la poursuite de
l’organisation planifiée de la disparition des fermes pour concentrer la
production agricole de masse capitaliste sous couvert depuis 20 ans de
normes sanitaires et environnementales trompeuses. Après avoir liquidé
la vie paysanne, l’Etat et les industriels veulent en finir avec
l’activité agricole paysanne elle même et avec toutes les fermes qui ne
sont pas encore assez industrielles ou compétitives. Ce n’est pas qu’une
question agricole : les gilets jaunes dénoncent aussi ce mépris, cette
dépossession, ces mensonges, ce racket et cette répression des prolos
qui se vit comme celle des paysans.

Michel passe en procès Mardi 30 Avril 2019 au tribunal de grande
instance de Dijon, à 8 h 30. Michel est debout et nous serons là aussi
avec lui.

Nous appelons à soutenir cet éleveur en venant à son procès, en lui
écrivant, en parlant de sa situation autour de vous.

Nous ne serons plus seul.e.s dans nos activités et nos vies face à
l’administration et à la justice.

N’hésitez pas à nous contacter pour des covoiturages.Hors-norme hors.norme@riseup.net

[reçu par mail]

Une lettre aux camarades : »Regarder le train passer »

Lettre aux camarades

En croisant des camarades qui peuvent avoir participé de près ou de loin à des luttes (CPE, contre-sommet type G8, Loi travail, etc.), mon implication dans un mouvement comme celui des Gilets jaunes a alimenté de récentes discussions. Des questions sont apparues et méritent qu’on s’y attarde car cela fait 5 mois que le mouvement des Gilets jaunes a commencé et la plupart de ces camarades n’ont participé à aucune des dimensions du mouvement. Il y a certes la vie : travail, enfants, etc. qui joue mais je crois qu’il y a plus.

Je vais donc aborder quelques-uns des points qui ont fait surface dans notre discussion à partir d’un premier argument :

Au début le mouvement était contre l’augmentation de l’essence à la pompe et cela ne donnait pas envie de rejoindre le mouvement.

Malgré le fait que nous avons tous des potes qui habitent hors grande agglomération, cette remarque se base sur une mécompréhension de ce qui fait la vie de bon nombre de foyers. Se déplacer dans les périphéries des villes et le rurbain, ce n’est pas prendre son vélo ou le métro pour aller dans tel ou tel endroit en un temps record, c’est prendre son véhicule à essence pour simplement vivre ou dirait un GJ, survivre. Pour la plupart des familles ce moyen de déplacement est indispensable. Que le prix de l’essence n’ait pas été compris comme un élément déclencheur pouvant amener plus loin, à ne pas circonscrire la lutte à ce point de départ, peut être compréhensible. Mais en creusant la discussion je me rends compte de tous les a priori qui se trouvent derrière ce discours : il ne fallait pas défendre ceux qui polluent et qui s’expriment dans un ras-le-bol pas très net, non structuré. Par exemple, là où l’exaspération envers les syndicats et la « gauche » était une des clés de l’élargissement du cortège de tête de la Loi travail, la défiance des Gilets jaunes envers ces organisations pose problème car justement ce n’est pas un marqueur idéologique et donc c’est cela qui leur est reproché alors pourtant qu’on trouve le même écart aux organisations… mais sans qu’il se voit décerner ses lettres de noblesse par les prétendus « radicaux ». En effet, les Gilets jaunes étant volontairement a-partisans cela rentre en conflit direct avec tout un héritage de luttes. Et comme le rapporte un copain par rapport aux Gilets jaunes, pendant des semaines tu entendais les militants parler de la « manif de beauf » du samedi.

Quand à mes camarades ils me demandent si le risque politique n’est pas grand dans le contexte d’un pays de droite et d’une tendance mondiale au conservatisme. Je n’évalue pas la situation de cette manière et déjà cela marque une rupture. La France reste un pays très à gauche rien que par sa tradition syndicale bien différente que dans d’autres pays. Je me demande quand même si les gens que je connais sont un jour sortis de France ? D’un autre coté, les premières victimes de l’instrumentalisation du mouvement par l’extrême-droite semblent être mes camarades car ils sont en dehors de toute analyse de la société du capital. Certes, la tendance prédominante du mouvement des Gilets jaunes n’est pas à l’attaque du capitalisme mais globalement ce n’est pas un problème de positionnement politique. Macron est le fruit d’une alliance de tous les bords contre les extrêmes. Ceux de gauche qui ont voté pour lui, par dépit ou pas, et qui le soutiennent de fait aujourd’hui contre le mouvement des GJ, me paraissent bien plus inquiétants. Cela fait penser à la manière dont le mouvement italien des années 70 a été battu : par l’alliance démocratique de tous les bords dont le PCI (voir la ligne de fermeté au moment de l’enlèvement d’Aldo Moro contre les BR).

Mais le risque politique semble d’autant plus grand à mes camarades qu’il n’y a pas de guide, pas de « plateforme » ou alors des listes de revendications qui parfois déroutent, voire rebutent. La nature première de cette révolte de fond est là, bien mal appréciée. Ceci surtout provenant de personnes qui peuvent avoir considéré par le passé que formuler des revendications, c’est déjà capituler.

Qu’est-ce qui amène dans un tel mouvement alors ?

D’abord je me rends sur un rond point à Feyzin, je vois que la parole est libre, non cloisonnée et je découvre des gens de tout type. Ni la curiosité, ni une volonté militante n’aura fait bouger mes camarades comme si aller sur un rond-point avait été prendre un risque pour soi-même.

Tu ne rentres pas dans un mouvement sans tes bagages mais tu en abandonnes des aspects rapidement et particulièrement tous les présupposés idéologiques qui te permettent de « tenir » en temps de paix sociale . Or, ce mouvement, c’est un grand saut dans l’inconnu. C’est exactement ce que l’on a pu ressentir à l’approche des samedis, des « Actes » qui contenaient des potentialités que personne ne pouvait anticiper (le négatif à l’œuvre). Ainsi, les GJ ont trouvé rapidement dans le mouvement des certitudes politiques nouvelles. Plus de tracé déclaré aux manifs, une casse assumée collectivement, des moments de solidarité forts, etc.. Dans le fond une révolte non balisée est ce qui semble le plus démobilisateur pour nombre de mes camarades… Cela peut paraître contradictoire à une personne extérieure à tout cela, mais par exemple, la manière dont l’ultra-gauche aura condamné le mouvement a été, selon moi, un révélateur. Cette ultra gauche enfermée dans son discours tout « communisateur » qu’il puisse être, pensait avoir déterminé à l’avance les limites indépassables de ce mouvement « interclassite » (horreur !). Pour elle et pour beaucoup de libertaires, il n’y avait là rien à sauver sauf pour quelques individus isolés ou suffisamment détachés des positions de leurs organisations respectives (qui quelles que soient leurs positions officielles ne se mouillèrent guère en l’affaire de peur d’un faux pas) pour être clairvoyants et ne pas rester dans des carcans.

Le mouvement des Gilets jaunes est un évènement au sens fort ; il y aura un avant et un après et ce pour tout le monde : politiques, syndicats, gauche radicale, etc. Je pense que mes camarades le perçoivent mais attendent ; ils ont observé ce mouvement de loin et verront bien : Allons boire un verre dans notre ghetto alternatif…

Gzavier – 19 avril 2019

[reçu par mail d’un camarade de lyon]]

EN réponse à l’apologie du 25 avril 1974 ( le 17/04 /2019 au laboratoire anarchiste),

Les situationnistes au Portugal (1975)

…) La direction staliniste du Portugal actuel — qui s’est installée partout beaucoup plus vite qu’elle ne développait ses forces réelles, et qui craint maintenant les élections, ou même la diversité syndicale, et qui fait interdire par ses militaires les manifestations séparées où les socialistes auraient pu montrer leur force en regard des siennes — se voir en ce moment gravement menacée par des manifestations gauchistes (qui, à Porto, ont eu l’appui des soldats). Que font nos Portugais en cette circonstance ? Pitié, je le crains. Je n’ai plus aucune lettre d’eux ; ce qui fait maintenant trois mois de silence, au moins.

Lettre de Guy Debord à Gianfranco Sanguinetti, 31 janvier 1975.

Lettre de Guy Debord à Afonso Monteiro

24 février 75

Cher Ulysse,

J’ai été très content de recevoir ta lettre du 14 février ; d’abord pour son magnifique contenu, et aussi parce que nos communications (quoiqu’elles aient continué via Florence) étaient ici interrompues depuis assez longtemps. Sans doute quelques lettres se sont perdues pendant la longue grève des postiers français.

J’avais lu, sur cette manifestation [Le 7 février 1975, à l’appel du Comité interentreprises, plus de 20.000 travailleurs manifestent dans les rues de Lisbonne contre le chômage et la présence au Portugal des troupes de l’OTAN] d’une importance immense, le seul article ci-joint du Monde, où on sent l’embarras d’en dire tant, l’impossibilité de l’éviter, et l’espoir que personne n’en remarquera tout l’insolite et le terrible : j’imaginais en comparaison un journal anglais, en janvier 1793, qui aurait jusque-là caché la révolution française à ses lecteurs, et qui annoncerait un jour, en quelques lignes de la seconde page, que le roi a été guillotiné, comme le fait du monde le plus naturel ; et dans les jours suivants on ne reparle plus que de petites discussions constitutionnelles.

Il est clair que jamais le prolétariat moderne n’est allé aussi loin jusqu’ici, même pas en Hongrie où tant de facteurs étrangers faussaient le jeu. On comprend donc aisément pourquoi staliniens, militaires et autres, courent aux élections [Fixées au 25 avril 1975] de la Constituante. Le stalinisme et son syndicalisme voient toute leur base se dérober sous eux. Le MFA [Le Mouvement des forces armées (issu du Mouvement des capitaines fondé en septembre 1973) sera institué organe supérieur de la révolution après l’échec du putsch militaire du 11 mars 1975 organisé par les partisans du général António de Spínola] tire à présent sa force principale d’être «institutionnalisé», et non plus d’être le commandement effectif des soldats et des marins. On veut donc faire apparaître d’urgence, par des élections, une légalité que l’on défendra (et ils doivent même souhaiter une bonne dose de députés classiquement réactionnaires, pour en jouer selon les opportunités). Voilà en tout cas une Constituante que Cunhal ne dissoudra pas ! Le principal modèle stratégique de tous ces gens-là, c’est la situation française de 1848. Soyez bien sûrs qu’ils veulent, et qu’ils préparent, des journées de juin [Journées d’insurrection, du 23 au 26 juin 1848, réprimées dans le sang (plus de 4000 morts)]. Le stalinisme mondial, comme la bourgeoisie de tous les pays, doivent réprimer par tous les moyens des ouvriers qui en sont arrivés là. Personne ne peut croire que des élections, quelles qu’elles soient, seraient par elles-mêmes capables de tromper, ni même de faire patienter un mois, des ouvriers qui, dans une telle situation, ont ainsi formé une organisation autonome interentreprises (cela même que nous avions en l’esprit de leur préconiser depuis mai 1974). Faites donc entrer désormais dans vos calculs toutes les formes d’affrontement, sans exception.

Ce que j’aimerais comprendre mieux, c’est votre propre position comme force pratique. Quel est en ce moment le degré de votre «influence», je ne dis pas sur le plan théorique, mais sur le plan des contacts directs ? Que faites-vous principalement, et que pouvez-vous faire ? En quoi peut-on vous aider ?

Peut-on considérer qu’à présent le prolétariat dit tout lui-même, et s’est mis en état d’imposer par la force tout ce qu’il dit ? Quelles idées dominent le Comité interentreprises ? (Par exemple, quelle est sa position sur les élections, à quel point sentent-ils que les staliniens voudront les abattre par les armes ?)

Qui sont ceux qui y ont été délégués par les commissions ? (Y a-t-il un certain rôle des groupes gauchistes ? Et lesquels ?) Comment pouvez-vous vous adresser à ces assemblées, à ce comité, etc. ? Par exemple, je suppose qu’il faut tout de suite, par des affiches, montrer le sens profond de cette organisation autonome, la logique même de son action, et mettre en garde contre tout ce qui va la combattre.

En tout cas, le point atteint déjà doit contenir un enseignement qui n’a pu être observé nulle part dans le monde depuis qu’on y développe la nouvelle théorie de la révolution. Instruisez-vous donc au maximum (Rayo a-t-il poursuivi son livre, et est-ce bientôt fini ?) Et si on peut, en plus, obtenir cette fois une victoire ce sera encore plus original dans le champ de nos connaissances et de nos expériences.

Amitiés à tous,

Glaucos

P.-S. : Cher Ulysse, j’avais si soigneusement rangé l’adresse de Pénélope [Antónia Monteiro] (que tu me dis maintenant d’utiliser) que je ne peux la retrouver. Veux-tu me l’envoyer encore une fois ?

Les ouvriers au Portugal se parlent à tout instant ; et ils disent :

La révolution n’est pas la tempête, c’est un fleuve majestueux et fertile. On ne rêve que lorsque l’on dort. La fraternité n’est pas un mythe. Dans le malheur, les amis augmentent. Vous qui entrez, laissez tout désespoir. C’est ici que demeure la sagesse des nations. L’homme est le vainqueur des chimères, la nouveauté de demain, la régularité dont gémit le chaos, le sujet de la conciliation. Il juge de toutes choses.

Il faut compter désormais avec la raison, qui n’opère que sur les facultés qui président à la catégorie des phénomènes de la bonté pure. Le mal s’insurge contre le bien ; il ne peut pas faire moins. Dans la nouvelle science, chaque chose vient à son tour, telle est son excellence.

Nous naissons justes. Chacun tend à soi. C’est envers l’ordre. Il faut tendre au général. La pente vers soi est la fin de tout désordre, en guerre, en économie.

Nous sommes si peu présomptueux que nous voudrions être connus de la Terre, même des gens qui viendront quand nous n’y serons plus. Le désespoir est la plus petite de nos erreurs. Lorsqu’une pensée s’offre à nous comme une vérité qui court les rues, que nous prenons la peine de la développer, nous trouvons que c’est une découverte.

Il faut tout attendre, rien craindre du temps, des hommes. Les révolutions des empires, les faces des temps, la fin des nations, cela vient d’une classe qui rampe, ne se réveille qu’un jour, détruit le spectacle de l’univers dans tous les âges.

Il y a plus de vérités que d’erreurs, plus de bonnes qualités que de mauvaises, plus de plaisirs que de peines. Rien n’est fait. L’on vient trop tôt depuis plus d’un siècle qu’il y a des prolétaires, et qui veulent abolir les classes. Sur ce qui concerne l’émancipation sociale, comme sur le reste, le moins bon est enlevé. Nous avons l’avantage d’agir après les anciens révolutionnaires, et les habiles d’entre les modernes. Nous sommes susceptibles d’amitié, de justice, de compassion, de raison.

Et c’est parce qu’ils disent cela que les ouvriers portugais sont un scandale et une abomination pour toutes les classes propriétaires du monde, qui doivent donc les abattre au plus tôt par tous les moyens. Le capital et la bureaucratie ont juré leur perte, et tous leurs agents y travaillent de concert, Cunhal et Kissinger, Franco et Brejnev, Giscard et Mao ; car le ridicule et la misérable futilité de la pratique réelle et des justifications spectaculaires des pouvoirs exploiteurs qu’ils représentent se dévoilent instantanément en face du sérieux et de la grandeur du projet dont les travailleurs portugais donnent l’exemple. Mais ceux-ci, parce qu’ils jouissent en ce moment de tant de liberté (le bourgeois fuit, le syndicaliste se cache, les soldats commandent aux officiers) croient qu’il n’y a presque plus d’État.

Le prolétariat portugais dit encore que, tant que ses amis ne mourront pas, il ne parlera pas de la mort. Il ignore que le temps n’attend pas, que la bonté ne suffit pas, que la chance est changeante, et que la méchanceté ne rencontre jamais de générosité assez grande pour la satisfaire.

Lettre de Guy Debord à Afonso Monteiro

[Mars 1975]

Cher Ulysse,

Après avoir rencontré successivement Pénélope et le capitaine Rayo, qui m’ont transmis une multitude d’informations inédites, et tout bien considéré sur cette base, le résumé le plus concis de ma propre opinion peut se résumer ainsi :

1. Le Portugal connaît actuellement une révolution prolétarienne ; et elle sera presque certainement vaincue.

a) Les staliniens, qui depuis avril auraient préféré garder Spínola [Le général Spínola s’exile après l’échec du putsch militaire], n’ont pas pu assez enrayer le mouvement des masses pour que Spínola puisse encore leur faire confiance (Spínola veut dire : les forces capitalistes qui voulaient céder le minimum de leur possession de la société, donc établir une modernisation de type gaulliste ; et maintenant ces forces devront céder beaucoup aux capitaines et aux staliniens puisqu’ils doivent par eux-mêmes faire rentrer dans l’ordre les travailleurs). Le prix de ce retour à l’ordre capitaliste international peut être un pouvoir socio-politique de type péruvien, voire même cubain. À défaut de ceci, le prix à payer, peut-être  plus élevé du point de vue des intérêts supérieurs de cet ordre, est une intervention étrangère (mais la situation intérieure actuelle de l’Espagne [Juan Carlos, chef de l’État par intérim (agonie de Franco), est confronté à une série d’attentats] paraît lui interdire en tout cas de lancer son armée dans une entreprise si risquée).

b) La répression essaiera sans doute d’habituer les travailleurs à ses exigences en commençant par s’exercer sur des groupes gauchistes particuliers.

c) C’est maintenant que le pouvoir actuel doit commencer cette répression, s’il le peut. L’existence de la Constituante pourra lui servir à renforcer cette répression.

d) Du fait capital qui sera constitué par l’ampleur que devra prendre cette répression (ce qui dépend de la résistance dont les travailleurs seront capables), sortira très exactement la nature du prochain pouvoir oppressif au portugal. Ou, incessamment, la victoire éventuelle des travailleurs.

2. Votre action publique dans le mouvement est restée au-dessous de ce qui pouvait être fait, parce que vous avez pris des positions excellentes, mais trop rarement.

a) Ce que vous avez publié au début a été certainement très utile ; si vous aviez poursuivi régulièrement ce travail à chaque étape, en exposant chaque nouveau développement pratique, vous auriez eu vite de bien plus grands moyens de vous faire entendre, et au long de la série précipitée des événements qui vous confirmaient chaque fois, vous auriez trouvé peu de contradiction théorique.

b) Je crois que vous avez trop pris plaisir à arrêter les tanks et à enfoncer des portes de prison. il fallait le faire, mais pas en une si longue exclusivité car bien d’autres l’auraient fait de toute façon ; tandis que personne n’a dit ce que vous auriez pu dire dans les moments où vous vous taisiez.

c) Je regrette un peu que vous ne m’ayez pas appelé en septembre. Il me semble qu’à ce moment — quelques jours avant le 28 [Le 28 septembre 1974, les masses populaires provoquent l’effondrement de la droite (Spínola démissionne)] — vous n’avez pas tenu assez compte de la première manifestation autonome des ouvriers, dont je vois seulement maintenant le tract, réservé dans la forme, mais qui contenait des allusions radicales bien claires.

d) Selon moi, c’est de cela, et c’est là, qu’il fallait parler. Que des intellectuels imbéciles lisent à la radio des passages de La Société du spectacle, voilà justement ce qui n’est pas l’emploi de la théorie révolutionnaire dans un moment révolutionnaire.

e) Dans le stade qui est atteint en ce moment, je suppose qu’il est bien tard pour que des groupes avancés aux moyens très limités puissent avoir une grande utilité : car tout va se jouer sur une scène beaucoup plus vaste, et les trois coups sont frappés.

3. La situation révolutionnaire du Portugal est presque totalement inconnue à ce jour dans tous les milieux — mêmes extrémistes — de tous les pays : quoi qu’il puisse arriver à présent, il va être important de publier à l’extérieur le maximum de vérité.

a) Le manuscrit du livre que Rayo a apporté est si éloquent pour décrire la révolution moderne en général que les deux tiers pourront aussi bien être appliqués à une révolution qui surviendra un jour en Angleterre ; en revanche le défaut est que le Portugal n’y paraît pas assez, parce que vous l’aviez sous les yeux tandis qu’ailleurs, je le répète, tout ceci reste ignoré (Rayo me signale que, contrairement à ce que je croyais, un nombre infime d’étrangers sont venus au Portugal, autrement qu’en touristes pour de brèves vacances, et ceux-là naturellement n’ont rien vu ni rien compris de profond).

b) J’ai donc proposé à Rayo, qui était d’accord, d’ajouter un chapitre entièrement composé d’anecdotes significatives : considérant que, pour chaque situation révolutionnaire jusqu’ici, on ne peut jamais en lire qu’éparses, dans une ou deux dizaines des livres les meilleurs, qui ont été conservées à chacune, et à raison de deux ou trois seulement par livre, le plus souvent. Ce procédé aura donc le mérite de la nouveauté.

c) Envoie-moi vite tous les articles ou documents que tu juges utile d’ajouter dans ce livre.

Affectueusement à tous,

Glaucos

Au Portugal

— Quand atteint-on le point culminant de l’offensive (qui a été très clairement prononcée contre le vieux monde) ?

C’est quand ce qu’on a gagné commence à «nous coûter trop cher» — à nous affaiblir par les résistances que ce résultat provoque — si nos forces n’ont pas détruit totalement l’adversaire — si nous sommes affaiblis, non certes en valeur absolue, par rapport à avril 74, mais par rapport à la bataille d’aujourd’hui et de demain, la tâche qui est devant nous, si à ce jour nous n’avons pas trouvé toutes les forces qui seront nécessaires pour l’accomplir. À partir d’un tel moment, tout se renverse et l’on recule partout, sauf si l’on peut faire vite la paix. Mais il n’y a pas de paix possible entre l’ordre du monde et le mouvement prolétarien du Portugal.

(…) Si tu as maintenant le projet de voyager, je pense que tu pourrais rejoindre notre ami Rayo. Mais peut-être devrais-tu passer me voir à Paris avant ? (téléphone : 278 30 26). Au pays de Rayo, il y a aussi beaucoup d’aventures, et finalement plus périlleuses, mais qui ont heureusement plus de grandeur. Il faudrait que nous puissions communiquer avant cela, car il est important que je te mette en garde contre une ou deux personnes dangereuses (je te signale tout de suite qu’il me paraît qu’on ne peut pas faire confiance à celui de nos amis communs qui a vécu quelque temps en Angleterre [Davide de Ambrosi], à cause d’erreurs de jugement assorties d’imprudences très funestes).

Lettre de Guy Debord à Paolo Salvadori, 16 mars 1975.

Lettre de Guy Debord à Afonso et Antónia Monteiro

10 avril 75

Cher Ulysse, et chère «Portugaise ensablée»,

Je suis très touché par vos invitations à venir maintenant à Lisbonne.

Je comprends très bien, par tous les symptômes concordants, qu’une révolution prolétarienne se manifeste de plus en plus au Portugal (et vous n’ignorez pas que toutes les forces exploiteuses du monde entier vont tout faire pour l’arrêter).

Je n’ai jamais envisagé de passer un instant dans ce pays comme un touriste — à la Ratgeb ; ce qui veut dire que ma venue a toujours été suspendue à ce que je pourrais éventuellement y faire d’utile pour le mouvement. En ce sens, je regrette un peu que vous ne m’ayez pas dit de venir en octobre, car peut-être aurait-on pu formuler ensemble pendant l’hiver, et divulguer, un peu plus de ces analyses et perspectives dont le plus riche moment révolutionnaire n’est jamais trop riche ?

Maintenant, les choses ont sans doute atteint un tel développement que des groupes avancés aux moyens limités ne peuvent peut-être plus rien faire de très important ? Car tout va se jouer sur une scène beaucoup plus vaste, et déjà les trois coups sont frappés. Qu’en pensez-vous ?

Comme la situation portugaise réelle est presque totalement inconnue à ce jour dans tous les pays (même parmi les milieux extrémistes), nous avions pensé sortir au plus vite ici un livre, en développant un peu les textes apportés par Rayo (notamment en y ajoutant un ensemble d’anecdotes significatives).

Cependant, depuis hier, j’en suis arrivé à une rupture complète et définitive avec Rayo : non pour une opposition sur des thèses politiques — quoiqu’il reste volontiers fumeux sur ces questions —, mais à cause de ses maladroits truquages, vite démasqués par tout le monde, sur la plus futile des histoires personnelles, dont on n’arrive même pas à concevoir clairement le but (je note pourtant empiriquement que rien ne se passe simplement si on met la main sur les jolies Portugaises). bref, Rayo étant devenu ce qu’il est, je comprends très bien que L[eonor] ait préféré aller aux antipodes plutôt que de faire des excuses à cet individu !

J’attends de vos nouvelles. Je vous embrasse.

Glaucos

(…) Le livre sur le Portugal est heureusement fini. Et l’ampleur merveilleuse de l’échec électoral des staliniens [Qui n’obtiennent que 12,5% des voix aux élections du 25 avril] nous laissera peut-être le temps de le diffuser avant l’acte suivant.

Lettre de Guy Debord à Gérard Lebovici, 26 avril 1975.

(…) J’espère recevoir bientôt La Guerre sociale ; et que le temps d’arrêt au Portugal laissera le livre atteindre les librairies (mais la radio n’apprend que les staliniens, vraiment enragés par la marche du monde, ont déjà osé s’emparer à force ouverte d’un journal socialiste [República] : et combien de temps les ouvriers laisseront-ils Soares capituler en leur nom ?). Vous semblez avoir très bien travaillé avec Roy [Claude Roy, écrivain et journaliste au Nouvel Observateur, par ailleurs beau-père de Jaime Semprun], ce fin critique. Cette parution sera donc le Jugement dernier de son influence et de son talent de journaliste. (…)

Lettre de Guy Debord à Anne Krief et Jaime Semprun, 20 mai 1975.

(…) La Guerre sociale au Portugal est magnifique, et sortie dans d’excellents délais [Achevé d’imprimer le 16 mai 1975]. Les nouvelles lâchetés de Soares lui laissent le temps de faire tout son effet. (…)

Lettre de Guy Debord à Gérard Lebovici, 29 mai 1975.

Lettre de Guy Debord à Jaime Semprun

31 mai 75

Cher Jaime,

Le livre est magnifique. Je crois que c’est la première fois que l’on peut lire un tel livre avant la défaite d’une révolution. jusqu’ici, la conscience arrivait toujours trop tard, au moins dans l’édition ! Ce coup d’éclat fut permis aussi par la lenteur du processus portugais, produit de la grande faiblesse de toutes les fractions qui coexistent dans un déséquilibre de tous côtés ralenti (faiblesse certaine en regard de l’immensité de leurs tâches, car même la tâche répressive dont s’est chargé le stalinisme n’est pas une petite affaire).

L’importance d’une traduction espagnole est extrême. À Barcelone, ce serait évidemment beaucoup mieux. Mais Ruedo ibérico me paraît acceptable pour un pavé de cette envergure (ce sont ses autres livres qui souffriront du voisinage, non celui-ci), si une publication immédiate y était assurée. L’urgence doit primer toute autre considération. Dans la meilleure éventualité, l’édition de Barcelone restera longtemps incertaine, du fait de la censure.

Je ne pense pas que des gauchistes aient eu la moindre importance dans l’affaire du journal República (ou alors quelques négligeables gauchistes, du type trotskiste-kriviniste qui se collent au PC, et seraient alors, pour une fois, manipulés par les staliniens). Leur évocation était avant tout, dans la presse stalinophile française, une nouvelle variante de la fameuse thèse des «extrémismes symétriques» en Italie. Il suffit de constater que le sabotage visait initialement à interdire la parution d’un article contre l’Intersyndicale. Séguy appelle cela un simple conflit du travail ; et Marchais commence à instruire tous les naïfs idéologues autogestionnistes à la Ratgeb sur la complexité de leurs problèmes futurs, en déclarant qu’il est bien étonnant que des «partisans de l’autogestion» s’indignent d’un noyautage réussi parmi les travailleurs de telle ou telle entreprise.

Soares a naturellement renoncé à tout, tout de suite et contre rien, puisque des grévistes de Marinha-Grande annonçaient qu’ils allaient marcher sur Lisbonne pour le soutenir (Le Monde du 23 mai). De sorte que Le Monde nous présente l’armée portugaise «au bord du Rubicon» : comme si elle ne l’avait pas déjà passé voici treize mois, et comme si elle ne s’y était pas émiettée alors. Et comme nouveau record du raisonnement du monde à l’envers, j’entends ce matin la radio se réjouir de ce que Soares ait obtenu satisfaction puisqu’il est revenu au gouvernement [Le parti socialiste avait gagné les premières élections libres, en avril, avec 37,9% des voix], mais assurer qu’il devra en contrepartie (de quoi donc ?) ne plus faire mine de boycotter les séances de ce gouvernement. Il n’a eu d’autre satisfaction, ayant pris un historique crachat dans la gueule, que celle de montrer qu’il était encore capable d’en recevoir d’autres à l’avenir. Enfin, le livre ne pouvait paraître à un meilleur moment : les mass media n’avaient jamais tant parlé du Portugal que depuis une dizaine de jours.

Pour goûter la suite dans toutes ses nuances, tu devrais aussi lire, ou relire, Cromwell et les Niveleurs, paru voici quelques années dans la collection «Archives» [Les Niveleurs, Cromwell et la République, présenté par Olivier Lutaud]. Le seul exemple d’une armée s’identifiant à un authentique mouvement social révolutionnaire, c’est l’armée de la République anglaise. Ce qui reste de l’armée portugaise, je veux dire de la base, est peut-être à la veille de montrer le deuxième exemple.

(…)

Guy

P.-S. : Ci-joint un mot qui me suit de Paris. Tu pourrais téléphoner à ce Portugais «de la part de Glaucos, actuellement en voyage» — et peut-être le voir, avec toute la prudence qui s’impose ?

Lettre de Guy Debord à Jaime Semprun

Mardi 24 juin [1975]

Cher Jaime,

L’étrange pouvoir portugais continue à tourner en rond dans une indécision tragi-comique, pour conserver un statu quo ante qui le fuit de toutes parts, et qui même n’a jamais existé. Deux vraies forces continuent, pendant ce temps, à avancer très audacieusement l’une contre l’autre, en négligeant de plus en plus l’inconsistant M.F.A. : les cyniques noyauteurs staliniens, et les ouvriers des Conseils.

Les ouvriers révolutionnaires, par les conséquences qu’entraîne leur pression grandissante, ont déjà virtuellement placé le mitterrandisme dans une situation impossible, qui doit désormais apparaître jusque dans le spectacle et, pour ne rien dire de l’Espagne, ils constituent le principal barrage devant la perspective stalinienne en Italie, après son récent triomphe électoral [Au sein du gouvernement de la coalition] (lequel a désigné le cui prodest dans la «stratégie de la tension» des cinq dernières années). «Ils peuvent… même vaincre.» [«Les prolétaires portugais ont précipité le cours de l’histoire moderne. Ils peuvent le précipiter encore plus, et même vaincre.» Jaime Semprun, La Guerre sociale au Portugal.]

Tu as vu l’article sur la manifestation du 17 juin [Manifestation organisée par les Conseils révolutionnaires des travailleurs, soldats et marins, auxquels s’était joint le cortège des ouvriers des chantiers navals, réclamant la dissolution de l’Assemblée constituante], dans Le Monde du 19, évoquant enfin une réalité qui «donne déjà à réfléchir», et «des mots d’ordre qui, il y a quelques jours, auraient été impensables» (vraiment ?). Et donc, après que Touraine ait apporté la dernière récolte de son confusionnisme, dans le même torchon daté du 24, Duverger nous apprend qu’aucune république de conseils n’a jamais pu fonctionner : de mémoire de rose, on n’a jamais vu mourir un jardinier. C’est la panique de 1968 qui revient, avec les mêmes arguments, mais cette fois avant le choc principal, au lieu de pontifier après l’orage. Elle produira donc des records de falsification et censure.

Pour ce que j’en sais en ayant écouté hier la radio pendant dix minutes, j’ai la forte impression que le document de Moscou publié par Tesson est un faux [Le Quotidien de Paris du 23 juin 1975 reproduisait la page du journal República qui faisait état d’un document secret par lequel le Kremlin établissait en cinq points la marche à suivre pour que le parti communiste portugais prenne le pouvoir] ; et que Marchais le savait déjà. C’est trop beau, et trop bête, pour être vrai. Même dans ce cas probable, l’affrontement Soares-staliniens va grandement rebondir. Si Soares est tombé dans un tel piège, on peut supposer que le service qui a fabriqué le document — et alors, grossier et démontable à souhait — est un service de l’Est. Et on entendra de beaux cris contre Soares, calomniateur professionnel, pour presser les socialistes européens de se désolidariser de lui, comme aujourd’hui les staliniens d’Europe sont pressés partout de renier Cunhal.

Il faut donc que ton livre touche tout de suite un large public. C’est bien qu’il soit exposé dans les librairies, parce que c’est dialectiquement la conséquence et la cause de son achat par une partie des lecteurs possibles. Mais il faut briser le silence de la presse, et vite. Que n’importe qui en écrive n’importe quoi (et surtout s’il en dénonce l’irresponsabilité catastrophique, comme peut faire Papaioannou), voilà ce qui est nécessaire et suffisant. Si Roy a la moindre dignité, il doit apporter à l’Observateur un de ces articles dithyrambiques dont il a le secret, en exigeant d’être publié sous menace de sa démission immédiate pour protester contre une telle censure pro-stalinienne : ce qui ferait quelque bruit dans l’intelligentsia soumise, et gênerait certainement beaucoup Daniel.

Je crois qu’il faut passer un placard sans perdre un instant ; en effet, c’est utile dans la page du Monde qui parlera du Portugal. Le texte que tu évoques serait bon en tout cas ; mais a le défaut de ne pas se distinguer, par cette phrase isolée, du gauchisme ordinaire, car le stalinisme n’y est pas directement mis en cause. Quelque chose pourrait aussi être fait (car ceci mérite deux ou trois publicités successives) en commençant par cette citation :

«La présence de deux mille travailleurs d’une même entreprise dans un cortège auquel le parti communiste a instamment prié de ne pas se mêler donne déjà à réfléchir» (…) «La capitale a entendu des mots d’ordre qui, il y a quelques jours, auraient été impensables : “Dissolution immédiate de l’Assemblée constituante !”, “Gouvernement populaire maintenant !”, et surtout le slogan le plus repris de la soirée : “Dehors la canaille, le pouvoir à ceux qui travaillent !” Dominique Pouchin, Le Monde du 19 juin 1975.

Ce qui était impensable ici a déjà été fait et pensé ailleurs :

LA GUERRE SOCIALE AU PORTUGAL, etc.

Avec peut-être la mention : «Achevé d’imprimer le 16 mai 1975» ? Enfin, vois tout ce que notre éditeur est capable de faire. C’est l’heure.

Que nos Portugais ensablés ne se manifestent pas, je n’en suis pas surpris. Après le 28 septembre, le mouvement commençait visiblement à les dépasser. De plus, on doit prévoir un phénomène affectif, typiquement pro-situ, de jalousie : ceux qui n’ont rien fait t’en voudront pendant dix ans d’avoir fait ce livre. Dans ce milieu, il n’y a que moi que l’on veut bien pardonner d’avoir fait parfois quelque chose de bon, et encore est-ce d’extrême justesse et très disgracieusement.

(…)

Guy

(…) Je suppose que tu as admiré comme moi le livre que Jaime, seul au milieu de la déroute de tant d’incapables, a écrit en faveur de la révolution portugaise. (…)

Lettre de Guy Debord à Gianfranco Sanguinetti, 1er juillet 1975.

(…) Au Portugal, «notre parti» a fait des progrès immenses. La lutte ouverte entre les staliniens et leurs généraux d’une part, Soares et tous les modérés ou contre-révolutionnaires classiques d’autre part, semble être la lutte finale pour décider de qui sera maître de l’État qui doit affronter les ouvriers, les faire taire et les remettre au travail dans le plus bref délai — ou périr. (…)

Lettre de Guy Debord à Gianfranco Sanguinetti, 24 juillet 1975.

(…) Les dernières nouvelles de Lisbonne étaient si obscures, et si à côté du sujet (et notamment de toutes mes questions), que je me suis lassé d’y répondre. La crise paraît en effet à un tournant décisif, et le talent de nos pauvres amis tout à fait insuffisant pour y jouer actuellement un rôle notable. Je suis tout à fait sûr de connaître bientôt (mais peut-être après la défaite) une quantité de Portugais qui agissent en ce moment selon nos perspectives. Mais la bande d’Afonso-Rayo aura manifestement consacré toutes ses rares énergies, depuis six mois, à faire écran entre ses gens-là et moi. À titre de «propriétaires historiques» des anciennes relations avec moi, ils ont craint de me voir rencontrer ces gens, qui peuvent tant critiquer leur longue insuffisance, et contemporaneamente ils ont eu l’intention de me montrer à certaines personnes choisies. D’où une multitude d’invitations pressantes à me rendre à Lisbonne en avril ; alors que c’est en octobre 1974 qu’ils auraient bien fait de m’appeler. J’ai donc répondu que je n’étais pas Ratgeb, pour me satisfaire d’un moment de tourisme inactif, dans l’atmosphère des cafés intellectuels d’un pays en révolution ; et aussi pour assumer, et couvrir, de la sorte une part de cette honteuse inactivité. Comme tu as bien voulu le dire récemment, et avec une grande justesse, «il n’y a pas trois grands hommes en France», et j’ai fait savoir que l’un d’eux ne se déplace, à ce stade, que s’il est appelé par une assemblée autonome d’ouvriers ! Tu sens combien cette réponse a dû déplaire.

Lettre de Guy Debord à Gianfranco Sanguinetti, 15 août 1975.

(…) Il y a des gens qui comprennent, et d’autres qui ne comprennent pas, que la lutte des classes au Portugal a été d’abord et principalement dominée par l’affrontement direct entre les ouvriers révolutionnaires, organisés en assemblées autonomes, et la bureaucratie stalinienne enrichie de généraux en déroute. (…)

(…) L’hostilité est naturellement plus grande chaque fois que s’expriment sur mon film ceux qui sont, politiquement, des réactionnaires. C’est ainsi qu’un apprenti bureaucrate veut bien approuver mon audace de «faire un film politique non pas en racontant une histoire, mais en filmant directement la théorie». Seulement, il n’aime pas du tout ma théorie. Il subodore que, sous l’apparence de «la gauche sans concession», je glisserais plutôt vers la droite, et c’est parce que j’attaque systématiquement «les hommes de la gauche unie». Voilà précisément les vocables exagérés dont ce crétin a plein la bouche. Quelle union ? quelle gauche ? quels hommes ?

Ce n’est, bien notoirement, que l’union des staliniens avec d’autres ennemis du prolétariat. Chacun des partenaires connaissant bien l’autre, ils trichent maladroitement entre eux, et s’en accusent à grands cris chaque semaine ; mais ils espèrent pouvoir encore tricher fructueusement en commun contre toutes les initiatives révolutionnaires des travailleurs, pour maintenir, comme ils en conviennent eux-mêmes, l’essentiel du capitalisme, s’ils n’arrivent pas à en sauver tous les détails. Ce sont les mêmes qui répriment au Portugal, comme naguère à Budapest, les «grèves contre-révolutionnaires» des ouvriers ; les mêmes qui aspirent à se faire «compromettre historiquement» en Italie ; les mêmes qui s’appelaient le gouvernement du Front Populaire quand ils brisaient les grèves de 1936 et la révolution espagnole.

La gauche unie n’est qu’une petite mystification défensive de la société spectaculaire, un cas particulier dont la vie est brève, parce que le système ne s’en sert qu’occasionnellement. Je ne l’ai évoquée qu’en passant dans mon film ; mais, bien entendu, je l’attaque avec le mépris qu’elle mérite ; comme depuis nous l’avons attaquée au Portugal, sur un plus beau et plus vaste terrain. (…)

Guy Debord, Réfutation de tous les jugements, tant élogieux qu’hostiles, qui ont été jusqu’ici portés sur le film «La Société du spectacle» (septembre 1975).

(…) Franco meurt comme le Cousin vit : avec une scandaleuse lenteur ! (Et comme la guerre civile s’avance au Portugal : tu remarques que ce J. Neves [Colonel dans les unités de commandos, Jaime Neves veillait au contrôle des troupes, prêt à intervenir. Un coup de force sera tenté le 25 novembre 1975.], dont j’avais remarqué l’avenir dès juillet, monte comme une étoile vers le rôle de nouveau Kornilov local.)

Lettre de Guy Debord à Gianfranco Sanguinetti, 28 octobre 1975.

Lettre de Guy Debord à Gianfranco Sanguinetti

Vendredi 31 octobre 75

Cher Gianfranco,

Une Portugaise est venue hier me voir. Entre une douzaine de stupides sophismes destinés à me faire venir un moment à Lisbonne pour redorer un peu leur blason révolutionnaire, j’ai appris une désastreuse nouvelle. Leonor est morte au Mozambique [Qui était devenu indépendant le 25 juin 1975], de la malaria — aggravée évidemment par son état d’alcoolisme avancé.

Je me suis souvenu que tu disais que nous devrions passer au Portugal pour prendre Leonor, qui était tout ce qu’il y avait de bien dans cette bande. Ainsi donc, cette dernière étoile s’est éteinte.

On espère te voir bientôt. Amitiés,

Guy, Alice [Qui ajoute : «C’est pour nous que s’ouvrent les portes de l’enfer. Un enfer sans Leonor !]

Lettre de Guy Debord à Afonso Monteiro et ses amis
Copies à toutes les personnes concernées

Paris, le 15 novembre 1975

Camarades,

Vos récentes invitations à me rendre au plus vite auprès de vous à Lisbonne me semblent appeler maintenant une claire mise au point. Depuis plus de six mois, j’ai constaté quelques ambiguïtés autour de cette question (qui est évidemment liée à la question de ce que vous êtes vous-mêmes, c’est-à-dire de ce que vous faites, et comment). Mais avec le passage de Manuela, venue me voir de votre part le 30 octobre, certaines étrangetés et contradictions ont atteint le degré du stupéfiant paradoxe. Je précise d’ailleurs que les propos de Manuela n’ont fait qu’exprimer d’une manière concentrée, avec un parfait sans-gêne dans l’illogisme, des positions que j’avais déjà pu observer moi-même, ou des faits que l’on m’avait déjà rapportés par ailleurs.

Manuela m’a exposé avec la plus tranquille assurance, successivement ou simultanément, et en en tirant toujours l’unique conclusion que je devais venir tout de suite, les points suivants :

1) Si vous n’avez rien fait de publiquement notable depuis plus d’une année, il faut vous en féliciter, parce que pendant ce temps le processus révolutionnaire a tout fait lui-même au mieux.

2) Vous avez fait énormément par l’excellente publication de vos premières analyses et perspectives pendant l’été de 1974 (dont tout le monde se souviendrait aujourd’hui, après une telle accumulation d’événements, et sans pour autant déplorer votre silence ultérieur ?) ; et vous êtes à présent résolus à reprendre la parole, notamment par un livre et un film, puisque le processus est désormais assez avancé pour mériter de vous entendre.

3) J’aurais dû être là, pour convenir avec vous de ce qu’il n’y avait rien à faire.

4) J’aurais dû être là pour le faire à votre place.

5) Je devrais être là maintenant, pour embellir la suite de tout cela.

L’étrangeté fondamentale de cette position, cependant, n’est pas exprimée par les contradictions que j’ai résumées ci-dessus. Elle reste sous-jacente. Elle réside en ceci que vous établissez, implicitement mais constamment, une certaine corrélation entre le développement de la révolution portugaise et votre existence comme groupe, si l’on peut dire. De sorte que, chaque fois que vous m’incitez à venir parmi vous, j’entends seulement, sous forme de quelques généralités sympathiques, l’éloge de cette révolution : comme si vous pensiez, et  c’est fort bizarre, que vous auriez besoin de m’apprendre son existence, et son importance, et comme si une telle réalité constituait plutôt un argument en votre faveur !

Vous savez certainement qu’après ce que j’ai eu l’occasion de faire depuis un assez grand nombre d’années, le premier des «devoirs» que je puisse avoir envers la révolution dans tous les pays c’est de démontrer que je n’ai d’aucune manière l’intention, ou l’obligation d’y tenir un rôle dirigeant (de même que bien d’autres ont manqué à l’obligation, plus simple, de faire la preuve de ce que des succès dans la critique d’avant-garde ne les obligeaient pas à être reconnus et récupérés par l’organisation dominante des choses, en pactisant avec elle). Il va de soi que le mouvement réel du prolétariat portugais n’a pas du tout à craindre d’être dirigé par moi. Mais un groupe particulier qui se tient à côté de ce mouvement, oui : il devrait le craindre, autant qu’il pourrait l’espérer, selon ses intentions concrètes. Je serais évidemment tout disposé à soutenir le mouvement lui-même, non comme vous dites par mon «expérience» — tout le monde au Portugal doit avoir plus que moi l’expérience de la situation actuelle — mais avec mes quelques talents par lui utilisables (comme analyste des rapports de force en jeu, au jour le jour ; et comme expert militaire) là où il se serait donné les formes de conscience et d’organisation pratique qui appelleraient ce genre d’emploi de mes capacités. Mais justement, il est clair que vous ne faites pas vous-mêmes partie d’un tel mouvement, à ce sens.

Je trouve donc que votre manière de m’appeler à «venir voir» ce que vous voyez vous-mêmes dans une sorte de silence ébloui, ne débouche pas seulement sur quelque chose d’inutile, mais sur quelque chose qui n’est même pas innocent. N’ayant jamais été purement et simplement «théoricien» à l’heure de la pratique ; étant étranger (c’est-à-dire ne parlant pas la langue du pays) ; étant inconnu dans ce pays (car je n’ai naturellement pas l’intention d’y jouer de ma mince «célébrité», qui ne peut avoir quelque base que parmi la canaille intellectuelle, un peu gauchiste en 1973, devenue stalinienne en 1974, et prolétarienne aujourd’hui), je ne peux évidemment intervenir dans le mouvement portugais qu’avec des Portugais eux-mêmes concrètement engagés dans le processus, aujourd’hui si avancé ; c’est-à-dire à travers vous si vous répondiez à une telle définition. (Bien sûr, je pourrais aussi y intervenir avec d’autres Portugais : mais pour cela, encore faut-il que je n’aie pas voulu m’identifier à votre politique particulière, que je n’approuve certes pas, mais que je ne suis pas le seul à désapprouver.)

Manuela a cru pouvoir me rassurer sur un point, en voulant bien me préciser que l’on ne m’appelait pas pour commander, mais seulement pour donner mon avis. J’ai pourtant pu observer qu’en une infinité de circonstances mes avis s’imposaient toujours avec une extraordinaire facilité (je veux dire : dans des groupes se déclarant avancés, et non certes aussi vite dans des masses en révolution). Et dans cette circonstance particulière, il me semble que la totalité de vos autres avis n’a précisément abouti qu’à un abstentionnisme radical, et fort content de lui-même.

Une telle doctrine est à mon avis insoutenable. Je ne veux même pas la critiquer de loin (ce sont les ouvriers révolutionnaires portugais qui vous auront jugés et vous jugeront de près). Mais il est vraiment extravagant de me proposer de venir la partager sur place ! Au nom de quoi me demandez-vous de vous aider, vous qui n’avez pas jugé utile d’aider davantage le prolétariat portugais ? Pourquoi aurais-je fait pour vous ce que vous n’avez pas estimé avoir à faire pour les ouvriers ? Et si vous pensez que ces ouvriers, ayant tous exactement chaque jour le maximum de conscience possible de leur situation et de leur action imaginable et praticable, n’avaient nul besoin de vous, alors donc quel besoin auriez-vous de moi, pour aider glorieusement à ne pas tourner la cinquième roue du carrosse du triomphe prolétarien ?

Vous n’êtes que très peu liés aux grands succès déjà atteints par le prolétariat portugais. Même si vous l’étiez plus, je ne serais pas d’accord avec votre triomphalisme à propos de la situation présente (et en réalité, vous ne développez ce triomphalisme abstrait que du fait de votre position d’admirateurs quasi passifs). À mon avis, la révolution portugaise suit normalement le cours des révolutions prolétariennes (et dire cela, c’est bien assez faire son éloge ; au lieu de prétendre qu’elle développe des méthodes et des buts d’une nouveauté inouïe), et elle suit même ce cours plutôt avec lenteur. Ce qui est original, et tout à fait nouveau dans le monde — et qui a permis justement cette lente maturation —, c’est l’extrême et burlesque faiblesse de la contre-révolution au Portugal, association universelle de tous les pouvoirs en dissolution, des généraux salazaristes aux staliniens et gauchistes. Ainsi, la lenteur du développement révolutionnaire portugais n’est pas un «mérite» subjectif du prolétariat portugais. C’est un mérite objectif de l’époque : l’usure de toutes les formes idéologiques de récupération, et le désordre social qui déjà gêne grandement tous les États étrangers, limitant et ralentissant leurs possibilités d’intervention. Dans ma lettre du 8 mai 1974, je vous caractérisais, de loin déjà, le situation créée le 25 avril comme devant être fondamentalement «une course de vitesse» entre deux mouvements : «d’une part la bureaucratie en formation rapide des partis et des syndicats ; d’autre part l’armée dont la base peut se trouver en dissolution rapide…» C’est bien ce qui est arrivé. jusqu’à l’hiver de 1975, on a assisté à l’échec de la formation bureaucratique devant les ouvriers. Pendant ce temps l’armée s’est décomposée ; ce qui met depuis quelques mois les soldats en connexion et liaison avec le Ratenbewegung [Mouvement des conseils] qui s’est normalement développé dans les usines. Que le processus nous donne ainsi raison ne veut pas dire qu’il a gagné. Le processus dont vous parlez n’est pas quelque demi-dieu extérieur guidant l’histoire. C’est un combat de chaque heure. Chaque idée, chaque argument, chaque perspective developpés dans cette discussion permanente y sont comptés, et compteront dans les affrontements suivants. Je me demande ce qui a pu vous donner à croire que vous étiez revêtus de la qualité de je ne sais quelle «Vieille Garde», une troupe d’élite que quelqu’un (le Processus en personne ?) garderait en réserve à côté de ce combat, et qui ne devrait être engagée qu’à la fin, pour en étendre la victoire. Vous n’avez pas cette qualité, et personne ne vous la reconnaît.

Il y a toujours quelque chose de vital en discussion : par exemple l’avenir dépend de la manière dont seront contrées les actions des dernières troupes de choc qu’utilise tout de même le débile gouvernement (l’AMI [Agrupamento militar de intervenção (groupe d’intervention militaire), créé le 25 septembre 1975 par le gouvernement. Le 7 novembre, l’AMI fait sauter Radio Renaissance (de tendance cléricale) avant d’être dissous le même mois.]), etc. Mais, tandis que le prolétariat portugais est allé bien plus loin que le mouvement de Mai 1968, vous-mêmes n’avez certes pas atteint en 18 mois le quart de l’importance que le CMDO [Conseil pour le maintien des occupations] avait acquises en 18 jours : comme lieu d’où «le processus» exprime ce qu’il est et ce qu’il pourrait faire. Si vous pouvez penser, par un coup de folie euphorique, ou bien par une modestie terrible, que ce prolétariat n’avait, localement, en rien besoin de vous pour atteindre, à son heure juste, le résultat actuel, qu’avez-vous fait même pour faire connaître cette expérience immense au monde qui l’ignore encore ? (Pour toute aide extérieure ; et pour qu’il en reste le maximum de conclusions vraies dans le cas d’une défaite, qu’une sorte de somnambulisme vous a toujours empêché d’envisager concrètement, mais dont vous ne pouvez pourtant écarter l’hypothèse, parce que je suis sûr qu’il vous reste assez de sens historique pour vous interdire l’euphorie à ce point.) Car si une véritable victoire, chez vous, peut entraîner plus vite l’Europe là où elle veut aller, inversement une défaite locale laissera tout à rejouer ailleurs, et bien souvent.

Je résume : à partir de la position, la plus avancée sans doute de tout le mouvement, que vous aviez à l’été de 1974, le peu que vous en avez fait, et la risible manière dont vous théorisez ce genre d’attitude et de résultat, ne me permettent assurément pas d’approuver votre politique «tout à fait mauvaise», au sens de Hegel : «Car il faut bien nommer mauvaise une œuvre qui n’est aucune œuvre.»

En accord intime avec la qualité de votre opération historique, l’atmosphère de votre groupe, par tous les échos qui m’en reviennent, est lamentable, rien n’ayant été collectivement conduit pour tirer parti de ceux qui pouvaient être là, en éliminant tout de suite, avec des raisons fermement données, ceux qui manifestement ne devaient pas, ou ne devaient plus y être. Ainsi, on me dit que Patrick [Cheval] est là mais «ne fait rien» (il a fait quelque chose ailleurs, quand il était mieux entouré). La mythomane Slavia, l’hiver dernier, s’instituait votre émissaire. J’ai vu ce qu’est devenu Eduardo, à force d’accumuler dans vingt pays les échecs et les preuves de son incapacité : menteur et haineux contre tout le monde, en commençant par vous. Etc. Vous connaissez ce chapitre mieux que moi, et il n’est pas de ceux que l’on a envie d’aller «voir» de l’intérieur. Et voir n’est jamais rien, en suivant de près mille détails particuliers, pour n’en tirer que cette seule vaste généralité que «tout avance bien» ; ce qu’il faut partout, c’est savoir conclure.

Enfin, toutes ces raisons, que je vous expose seulement parce que vous avez très étrangement paru les ignorer ou les oublier, ne veulent pas dire que je n’entreprends jamais rien qu’en accord avec des raisonnements stratégiques, même aussi déterminants et évidents que ceux qui s’imposent ici. Il existe des gens, pour moi en bien petit nombre, qui méritent d’être suivis très loin, et sans autres bonnes raisons, simplement parce que l’on reconnaît en eux une certaine qualité de la vie possible (et alors, c’est tout à fait comme pour les révolutions, il faut faire pour eux tout ce que l’on peut effectivement). Et pour n’en donner qu’un exemple qui s’applique à la circonstance, au Portugal, selon moi, c’était Leonor qui correspondait à cette définition. Mais on me dit qu’elle est morte au Mozambique, ce qui est une autre preuve du fait que tout le monde n’a pas trouvé qu’il fallait vivre avec vous la révolution à Lisbonne.

Guy Debord (Glaucos)

(…) Si l’on tient absolument à trouver aujourd’hui la critique situationniste en œuvre, c’est surtout dans les usines révolutionnaires du Portugal qu’il faut la chercher.

(…) Les ministres de l’Intérieur de tous les pays, comme aussi bien les bureaucrates des partis dits communistes, ressentent la même colère impuissante devant la réapparition du mouvement révolutionnaire moderne. En Italie, où le P.C.I. espère utiliser les luttes de classes pour participer au pouvoir, et cherche désespérément l’ouverture, cette colère ne peut être que plus grande. Car si déjà, à ce point, les révolutionnaires peuvent nuire au pouvoir, qui tout seul déjà se nuit grandement à lui-même, regardez le Portugal : il y a un an et demi que nous empêchons tout pouvoir étatique de s’y constituer réellement. Le «compromis historique», cette Sainte-Alliance entre les bourgeois et les bureaucrates staliniens, que l’on se propose aujourd’hui d’introniser en Italie, règne déjà au Portugal depuis le 25 avril 1974 : il règne mais ne gouverne pas. Voyez ce piteux résultat, cet échec ridicule ! (…)

Gianfranco Sanguinetti, Preuves de l’inexistence de Censor,
par son auteur (décembre 1975).

note d’un du  laboratoire: Lors de la préparation  du texte pour la discussion le  24 avril à 18h30  intitulé: gilet jaune..  un texte est discuté , l’apologie de la révolution portugaise a été opposée  aux textes temps critiques  . » Une ligne de crête qui accompagne tous les soulèvements car, par définition, on ne sait pas quand et comment va se faire la bascule. Ce qui nous fait entrevoir cette phase, c’est que le mouvement des Gilets jaunes s’échoue aujourd’hui sur plusieurs écueils qui ont pourtant fait sa force hier. » pris dans  sur la ligne de crête

Terragnolo (Trentin), Italie : Incendie d’une antenne relais en solidarité avec les anarchistes incarcérés – 16 avril 2019

On apprend par les journaux locaux qu’un relais de téléphonie et de télévision a été incendié à Terragnolo, dans la zone de Potrich (Trentin) le 16 avril vers 22h. Les tags « Solidaires avec les anarchistes en prison, contre la visioconférence (qui remplace les transferts aux audiences) et le blocage du courrier » et « l’esprit continue » ont été retrouvés sur place.

Sur les quatre bouteilles incendiaires utilisées, une seule aurait pris contre les câbles, les trois autres situées à l’intérieur des transformateurs électriques ayant fait long feu, « faute d’oxygène » selon les carabiniers chargés de l’enquête. C’est un voisin apercevant les flammes depuis la route qui a prévenu les pompiers, arrivés trop tard pour empêcher de nombreux câbles de se consumer. Cet emplacement fait par ailleurs partie de ceux retenus pour expérimenter la 5G dans le coin.

Les techniciens ont réussi à remettre la télévision au cours de la nuit, mais la téléphonie mobile restait, elle, très perturbée.

Liberté pour toutes et tous,
feu aux prisons !