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Marseille : Saccage d’un local fasciste (et un taff inachevé au local PS) lors d’une manif nocturne – 16 avril 2016

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Selon nos informations, le local d’Action Française, au 14 rue de Navarin (6e) de Marseille, ont été ciblés par un groupe d’individus, vers 1 heure du matin dans la nuit de samedi à dimanche. Les deux portes d’entrée ont été fracturées et l’intérieur largement dégradé. Le groupe se serait ensuite dirigé vers le cours julien.

Marseille Infos Autonomes / samedi 16 avril 2016

Après pas mal d’heures assis à la nuit debout (?!), quelques personnes prennent la parole pour appeler à un départ en manif sauvage. Une bonne partie de l’assemblée se lève pour un petit tour en ville…

Deux cent personnes descendent la rue Estelle vers 23h30 aux cris de “grève, blocage, manifs sauvages”, “Marseille, debout, soulève-toi”, “loi, travail, retrait des deux”. La manif se dirige vers le local du PS, qui a été recouvert de petits mots, et dont les vitres sont très très blindées. Pas de pause trop longue, départ vers le petit local bien planqué du front national, pas loin de la place Castellane. Rideaux baissés, et quelques passants autour qui encouragent la manif, voire la rejoignent pour un petit bout de chemin.

On repart direction la plaine, cette fois-ci vers la rue Navarin. Et cette fois-ci, les fachos de l’action française n’ont pas de CRS pour protéger leur local. Dont les vitres ne sont pas blindées, et dont la porte est rapidement détruite, au cri de “Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartier pour les fachos” et avec le sourire des habitants du quartier qui voient tout ça se dérouler.

Toujours en criant des slogans sur la loi El-Khomry, le travail, contre la police, la manif rejoint rapidement la plaine, puis le cours Julien, ou la nuit debout suit son cours.

Quelques discussions glanées de ci et de là : c’est quand la prochaine ?

Sur la page facebook de Jeunes 13 énervés indépendants, cet autre témoignage :

Hier soir la nuit debout a -enfin !- évolué en manifestation sauvage : un cortège joyeux et deter d’environ 200 personnes est parti du cours julien vers 23h30 en se dirigeant vers le local du ps -d’ailleurs toujours recouvert des tags et des oeufs d’il y a deux semaines. Alors que la vitre de la porte allait céder, des alertes reçues par messages nous font nous diriger vers la rue d’italie, où les fafs de l’action française auraient été aperçus, rodant autour d’une soirée de soutien aux antifas marseillais. Sur place, on apprend que c’était une fausse alerte, mais plausible au vu des évènements de la journée. En effet les fascistes de l’af avaient convergé en “masse” (50 personnes maximum) depuis toute la france pour contrer une bouffe de quartier contre l’extrème droite qui devait se tenir devant leur local, au 14 rue navarin. La rue ayant été bouclée par 9 camions de crs, la bouffe s’était finalement tenue devant l’église de notre dame du mont.
Cette nuit, on se rappelle que, la police étant partie, la rue est maintenant accessible : sous les applaudissement et les encouragements des habitant-e-s du quartier, les portes du local on été défoncées et l’intérieur dégradé. Sur ce, la manif est remontée en direction du cours ju et s’est dispersée […].
Mis à part quelques bakeux et rg, aucun crs n’était à déplorer, autorisant une ambiance au sein du cortège plus détendue que ces derniers jours. Vivement la prochaine !

[Valence] le 20/04: Projection à 19h30 du documentaire À Bure pour l’éternité.Film de Sébastien et Aymeric Bonetti au laboratoire anarchiste

https://burezonelibre.noblogs.org/files/2016/03/Tract-printemps-des-luttes-paysannes.jpg

Bure, Meuse, 91 habitants, est l’un des territoires les moins peuplés de France,essentiellement agricole. Ici est implanté ce qui pourraient devenir le centre de stockage des déchets les plus radioactifs des centrales nucléaires françaises ,voire européennes En 2004, une poignée d’hommes et de femmes en provenance des quatre coins de la France se soulèvent contre ce projet, et y réhabilitent une ruine qui deviendra la maison de résistance . L’association Bure zone libre (BZL)est née Elle compte aujourd’hui plusieurs centaines de membres.

A Bure pour l’éternité raconte la vie de la maison, les vies qui y habitent et s’y croisent , une vie de combat contre le nucléaire , et les vies possibles sans le nucléaire.

« Le parc nucléaire français est prêt pour la poubelle , quand bien même l’État français ne l’avouera que lorsque la course sa course à l’innovation l’aura ruiné ..C ne sont pas seulement les événements de Fukushima ou de Tchernobyl qui précipitent son pourrissement .. Ces événements ne font que rendre apparents les retours de bâton de l’hallucination scientiste dans le nucléaire civil..La compréhension tardive de l’impossibilité de remplacer une cuve de réacteur démontre l’impensé de l’usure des centrales imprpres à la production , lors d’opérations qui décuplent les dangers pour les travailleurs du nucléaire. »court extrait d’un texte les luddites et l’usure du « vieux monde »Association Contre le Nucléaire ACN.fr

La projection sera suivie d’un échange et d’une bouffe vegan.

Pyhäjoki (Finlande) : barricade enflammée contre le chantier nucléaire – fin du dialogue

lu sur Brèves du désordre

Finlande : barricade avec une voiture – fin du dialogue

A Pyhäjoki (Finlande), Fennovoima-Rosatorm essaie de construire une centrale nucléaire. L’énergie atomique est une énergie totalement dépassée. Elle n’est pas rentable, elle accentue la centralisation de la production énergétique et produit des déchets pour les générations à venir.

De plus, Fennovoima-Rosatorm détruit la nature singulière du golfe de Botnie. L’endroit qui a été choisi est particulièrement merdique. Près de la mer, à proximité des nappes phréatiques. Les ouvriers doivent par exemple relever la hauteur des sols de plusieurs mètres, pour pouvoir commencer la construction.

Le mardi 12 avril à 6 heures du matin, nous avons bloqué la circulation sur la seule route qui mène au chantier. Par ailleurs, nous avons incendiée une bagnole défoncée remplie entre autre de pneus au milieu de la rue Fennovoima. Sur la voiture était tagué « Dialogue – qu’il aille au diable ». Voilà notre dialogue et ce que nous avons à dire à tous ceux qui réclament un dialogue avec Fennovoima-Rosatorm.

Nous affirmons en outre notre solidarité avec l’occupation de la forêt de Hambach, où des compagnon-ne-s luttent malgré la répression contre le géant de l’électricité RWE qui tue le climat. Une et même lutte !

[Traduit de l’allemand de Contra info, April 13th, 2016]

Portes les valence 26800: Et vlan la voiture du maire part en fumée

https://attaque.noblogs.org/files/2016/04/POrte-les-valence-16-4-2016-2.jpg

Dauphiné libéré le 16/04

Dans la nuit de jeudi à vendredi, la voiture de Geneviève Girard, maire de Portes-lès-Valence, a été incendiée. Un acte volontaire et ciblé.

Et de trois. Et cette fois, c’est la dernière. La DS jaune au toit noir de Geneviève Girard, la maire UDI de Portes-lès-Valence et conseillère départementale, a été totalement détruite par un incendie au cours de la nuit de jeudi à vendredi. La piste criminelle est privilégiée.

Le véhicule personnel de l’édile avait été l’objet de deux précédents actes de vandalisme. « La première fois, c’était le rétroviseur cassé. La deuxième, les vitres brisées. Il y avait d’autres voitures autour, seule la mienne avait été vandalisée. »

Geneviève Girard est donc convaincue qu’il s’agit d’« un incendie volontaire. »

Il est un peu plus de deux heures du matin. Geneviève Girard entend du bruit devant chez elle et s’en étonne. Elle se lève et ouvre sa porte d’entrée. Et là, elle voit sa voiture en flammes.

Ne cédant ni à la panique, ni à la l’émotion, elle téléphone aux sapeurs-pompiers et prend des photos de sa voiture. Quand elle est la proie des flammes. Et après. « Sur une des photos, on voit qu’il y a un liquide enflammé dans le caniveau. »

Retour de trois bouchers en uniforme en provenance du nord-Mali…

"Des Ruines" n°1, p.80

Deux soldats français sont morts des suites de leurs blessures provoquées par l’explosion d’une mine, mardi, dans le nord du Mali, qui avait déjà coûté la vie à l’un de leurs camarades. 

Deux militaires français membres du 511e régiment du train d’Auxonne sont décédés des suites de leurs blessures causées par l’explosion d’une mine, survenue le 12 avril dans le nord du Mali, a fait savoir l’Elysée dans un communiqué, diffusé ce mercredi matin. Cette explosion avait déjà tué un de leur camarade, mardi. […]

Ces militaires étaient présents au Mali dans le cadre de l’opération Barkhane, visant à installer la stabilité dans la région du Sahel et à lutter contre le terrorisme. Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a précisé dans un autre communiqué que les deux soldats morts des suites de leurs blessures sont le maréchal-des-logis Damien Noblet, et le brigadier Michael Chauwin, tous deux originaires du 511e régiment du train d’Auxonne, en Côte-d’Or.

“Grièvement blessés lors de l’explosion qui a frappé hier matin (mardi, NDLR) un véhicule de l’avant blindé à proximité de Tessalit au nord du Mali, ils avaient été évacués vers l’antenne chirurgicale militaire française de Gao”, indique le communiqué de la Défense. “Malgré les soins prodigués par les spécialistes du service de santé des armées, les deux soldats sont morts à Gao, dans la soirée, des suites de leurs blessures. Le maréchal-des-logis Damien Noblet et le brigadier Michael Chauwin se trouvaient dans le même véhicule blindé que le 1re classe Mickaël Poo-Sing, tué hier matin sous le coup de l’explosion”.

Un hommage national sera rendu la semaine prochaine aux trois soldats tués, en présence du président de la République, a annoncé le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll.

Un total de 17 soldats français morts

Ces deux nouveaux décès portent à 17 le nombre de soldats français tués depuis le début de l’intervention militaire au Sahel, en juillet 2013. Sept ont trouvé la mort pendant l’opération Barkhane, dispositif qui a succédé le 1er août 2014 à l’opération Serval, et qui mobilise quelque 3.500 militaires en Mauritanie, au Mali, Niger, Tchad et Burkina Faso. Dix soldats avaient été tués lors de l’opération Serval, qui a duré juillet 2013 à juillet 2014.

Le nord du Mali est tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes qui ont été en grande partie chassés par une intervention militaire internationale, lancée à l’initiative de la France en janvier 2013 et qui se poursuit actuellement.

bfm tv, 14 avril 2016

copié sur le chat noir émeutier

Paris-10e/19e : un joyeux récit de la déambulation saccageuse de cette nuit

Récit du 14 avril : à trop contenir la rage, elle finit par éclater bien comme il faut

Indy Nantes, 15 avril 2016 | Des amoureuses et amoureux du désordre |

Des déambulations du matin au soir, des gaz, de l’action, du suspense, des franches rigolades.

À 11h, deux rendez-vous simultanés se sont rencontrés sur la place de la République. Une trentaine de personnes sont allées bloquer l’entrée du Mc Donald’s situé sur la place, pendant au moins une heure (en mode « bloquons l’économie »). Pendant ce temps-là, une manif lycéenne est partie de la place en direction de la gare de l’Est.

Dans une ambiance bien fraîche malgré la présence policière de plus en plus oppressante au fil des jours, près de 2 000 personnes (lycéen-ne-s, mais pas que : « étudiant-e-s, lycéen-ne-s, salarié-e-s, c’est tou-te-s ensemble qu’on va gagner ») ont défilé en criant « Paris, debout, soulève-toi ! » et des slogans contre la police (ainsi que quelques chouettes « Non non non à ta réforme bidon, oui oui oui à la révolution »). Tentatives sans grande conviction d’occuper les gares de l’Est puis du Nord, trop de flics partout, quand même quelques caillassages (oeufs et projectiles divers) et tags au fil du parcours, qui après les gares nous mène jusqu’à Barbès avant d’emprunter le boulevard de la Chapelle jusqu’à la place de Stalingrad, où encore plus de flics nous attendaient… Après avoir gazé ici et là au fil de la manif, les flics ont nassé définitivement une bonne partie des manifestant-e-s à l’angle des rues Bouret et Jean-Jaurès.

Après des tentatives collectives de briser la nasse, des réponses policières à base de gazeuse, la nasse s’est finalement ouverte aux alentours de 14h, et la manif de l’après-midi est partie avec tout le monde, c’est-à-dire pas tant de gens que ça… Peut-être 3 000 à 5 000 personnes, un gros cortège autonome en tête (avec de tout, beaucoup de lycéen-ne-s mais aussi pas mal d’adultes, étudiant-e-s, chômeur-euse-s, salarié-e-s, etc.) et derrière, un cortège étudiant et des petits cortèges syndicaux (CGT, FO, etc.). Les flics anti-émeute étaient ultra-nombreux et encadraient toute la tête de manif jusqu’à loin derrière… Alors que la manif devait aller jusqu’à la place de la Bastille, les flics ont commencé à se faire plus pressants à l’entrée de la place de la République. Encadré-e-s et parqué-e-s sur la route, ils ont commencé à gazer massivement à l’entrée du boulevard du Temple. Le mouvement de foule classique nous a confronté-e-s à un cordon de service d’ordre qui semblait mixte étudiant-e-s/syndicalistes/lycéen-ne-s bras dessus bras dessous. Fort heureusement, notre instinct de survie qui nous rapproche de l’animal nous a intimé les gestes qui sauvent : coups de pompes bien placés dans les tibias. Le passage ouvert, on a enfin pu trouver de l’air normalement pollué pour remplir nos bronches.

Une fois dans le nuage, les flics nous ont mis la pression à plusieurs reprises sur la place, à coups de matraques, grenades de désencerclement au milieu de la foule et lacrymo à gogo. Ils ont fait pas mal de blessé-e-s à ce moment-là. La manif s’est dissoute dans la confusion, des manifestant-e-s créant une brèche dans la nasse policière à l’intérieur de la place, tout le monde s’y engouffrant en courant. Sur la place, il y a encore eu quelques affrontements avec les flics, cette fois plus équilibrés (si on peut dire), la place a reçu sa dose de lacrymos, à un moment où la « Nuit debout » était complètement absente (trop tôt !).

L’ambiance est peu à peu retombée, mais la journée était loin d’être terminée !

Nuit debout, au pied de la lettre, encore une fois !

À 21h, on se farcit l’autre empaffé de président-mon-slip à la téloche sur la place de la République. On aimerait bien s’éviter ça, mais au moins il ne pleut plus. Deux heures plus tôt, des groupes sont partis vers le comico du 14e pour soutenir les potes interpellé-e-s. Au même moment, des groupes gravitaient autour du Trocadéro qui ressemblait encore plus au Mordor que d’habitude, rapport aux troupeaux d’orcs qui patrouillaient en bavant aux alentours, la matraque encore ensanglantée de leur belle journée au service de l’Ordre (l’intervention télévisée de François Hollande se déroulait non loin de là, dans le Musée de l’Homme tout rénové).

À 22h à République, le traditionnel fumi-de-manif s’allume. On fait deux ou trois tours de place comme d’hab pour prendre de l’élan, et hop, on part en manif sauvage. Ça commence à faire un paquet de fois qu’on fait ce coup-là, mais à chaque fois on rigole plus que la fois précédente ! Les gens gueulent des directions complètement au pif et en même temps tout le monde s’en fout puisque comme le dit le philosophe « on est nombreux, on fait c’qu’on veut ! » (genre « on va à l’Élysée ! » « non, à l’assemblée ! » « au ministère ! »… L’impression d’être dans un cours d’éducation civique). On tente le boulevard Saint-Martin, mais les playmobil anti-émeute se mettent en position avant nous, en bloquant le boulevard. Sauf qu’on s’en fout complètement d’aller là, du coup on continue à tourner. Pourquoi pas le boulevard Magenta ? Vu qu’il n’y a pas de flics comme l’après-midi, on se dit qu’on aimerait bien rappeler à toute cette ribambelle d’agences d’intérim que tout le monde déteste le travail. Mais les boloss en armure continuent d’être plus rapides et nous rebloquent, en balançant tout ce qui leur reste, solide, explosif et gazeux, et on continue de s’en foutre. Du coup on passe rue Léon Jouhaux, et là on se retourne, et on est des centaines. Et on déteste la police. Et on longe les douanes, et la chambre de commerce. Et on déteste les douanes, et le commerce, du coup on leur laisse un mot à la plume de nos pavés dans leurs sales vitres (qui sont, soit dit en passant, bien moins solides que celles des banques).

Malheureusement, un camion sono s’est perdu dans notre manif sauvage et continue de répéter les mêmes slogans qui ont fait se fossiliser toute la classe syndicale depuis de trop longues années « blablabla dans les poches du patronat, tous ensemble wé, wé, et tutti quanti ». On trouve vite la parade en passant par la passerelle piétons au-dessus du canal. « Ne vous inquiétez pas, le camion fera le tour ». On ne le revit jamais. Bien ouèj.

À partir de là, c’est vraiment le saccage. Toutes les cibles un tantinet intéressantes sont attaquées, hôtel Ibis, U express, galeries d’art ou trucs de bourges branchés qu’on comprend pas trop ce que c’est mais qui méritent des coups, et les poches se remplissent de bouteilles à chaque container à verre rencontré. On hésite un peu à chaque carrefour sur où aller, mais on arrive quand même à prendre des décisions assez rapidement et on ne traîne pas trop.

J’avoue, au 110 quai de Jemmapes, comme c’est un Franprix et qu’avec les lycéen-ne-s de Bergson on avait trouvé cool de piller les Franprix, on s’est un peu acharné-e-s sur les vitres, qui sont un peu tombées, et on est un peu rentré-e-s dedans, et on a un peu volé tout ce qu’on pouvait prendre, et on a un peu salopé ce qu’on ne pouvait pas prendre. Surtout, on a bien rigolé, et pis on s’est pas acharné sur les caisses parce qu’on sait qu’ils enlèvent la thune tous les soirs (mais ça nous a traversé l’esprit). Bilan, l’autoréduc au Franprix la nuit c’est un peu plus chaud qu’en journée, mais ça se fait.

Hop hop, on continue quai de Jemmapes, on passe devant/sur le lycée, le truc de la mairie pour les jeunes qui emmerdent la mairie. Les gyrophares pointent au loin en face, du coup on bifurque (on se souvient de la nasse de plusieurs heures sur le quai à la COP21, du coup on se taille vite de ce tiékar).

Là c’est l’Hôpital Saint-Louis, il n’y a pas grand chose, mais quand même un paquet d’Autolibs. Bon Autolib c’est une sale bagnole pour bourges produite et gérée par Bolloré, ça fait déjà trop de raisons d’y mettre des coups. Du coup je crois qu’on n’en a pas oublié dans ce coin-là. Et entre deux on peut souffler un peu, on voit plus de bleus.

Pour donner un peu le ton de l’ambiance, là où à l’apéro chez Valls (le 9 avril dernier) certain-e-s citoyen-ne-s huaient les révolté-e-s qui donnaient des coups avec joie sur les banques et les assurances, ce jeudi soir, les applaudissements succédaient aux hurlements de joie des unes et des autres à chaque nouveau coup de marteau. Qui n’a jamais voulu casser un truc dans la rue ? Cette rue si dégueulasse dans cette ville si dégueulasse. Pleine de pognon et de bourges. Les flics nous sortiront certainement le truc du « groupe de casseurs blablabla ». Mais les centaines qu’on était on sait très bien l’ambiance qu’il y avait dans cette manif. La joie qui libère, la sensation de reprendre la rue, et peut-être même sa propre vie, si on est poète.

Bref, ça continue. C’est écrit vite, parce que quand même on a les flics au cul, il s’agit pas non plus de traîner. Du coup hésitations, carrefours, problèmes d’orientation de certain-e-s qui tiennent à tout prix à nous faire retourner vers les keufs alors qu’on s’amuse si bien sans eux, mais la vue d’une enseigne Pôle-Emploi réconcilie tout le monde. Rue Vicq d’Azir donc. « Tiens, mange, j’espère que j’aurai pas mon rendez-vous demain avec cette conseillère de mort qui fait rien qu’à vouloir me piéger pour me couper les allocs », semblaient dire certain-e-s.

On arrive sur le boulevard de la Villette, et on prend à gauche. Faut dire à ce moment-là, on va pas le répéter à chaque fois, mais dès qu’on voit une Autolib, bim bim, dès qu’on voit une pub/abribus, bim bim, banque, agence immo, bim bim, dès qu’on voit un container à verre, boum badaboum.
On monte l’avenue Mathurin Moreau depuis la place du Colonel Fabien, les enseignes guident notre parcours erratique. Société Générale, et surtout le concessionnaire Jaguar (et le Ford aussi, mais on a plus tapé sur Jaguar). En fait un jaguar ça a l’air costaud, mais les vitres qui cachent les belles bagnoles qu’on ne s’achètera jamais, elles sont pas si costaudes. Du coup ça fait des gros trous. Et ça lance des trucs dans les trous. Ou ça rentre dans le concessionnaire pour mettre des coups sur ces belles bagnoles qui commencent à devenir bien moins belles.

Là, franchement, on est plutôt chaud patate, du coup on essaye d’aller à la mairie du XIXe. On passe devant la rue du lycée Bergson ; représente les jeunes qui se laissent pas faire et qui bouffent du comico à la récré ! À la mairie c’est moins la folle ambiance par contre. Genre une dizaine de bagnoles de brigade de nuit, les noires-vitres-fumées avec écrit « POLICE » en petit en blanc sur les côtés, qui déboulent à la queuleuleu en mode vénèr, genre toutes sirènes dehors, arrêt d’urgence, boum flashballs qui fusent. Du coup, là, on court un peu. Après on s’est dispersé, et on espère que personne s’est fait choper, et sinon, que ça va aller pour elleux.

Ce qui était vraiment chouette dans cette manif, c’est qu’on a fait avec ce qu’on avait, ce dont on avait envie, et ce dont on était capables. Ensemble. Sans se crisper sur des pratiques, des fétichismes. Sans s’embrouiller pour de la merde. Sans distinguer les cagoules des visages dans ce bal masqué.

Ohé ohé !


Manifestation à Paris : vitrines brisées et nombreuses dégradations

Europe1, 14 avril 2016, 23h42

Plusieurs dégradations ont été commises jeudi soir par un groupe de plusieurs centaines de manifestants, dans les 10ème et 19ème arrondissements de Paris.

Plusieurs centaines de manifestants incontrôlés ont commis de nombreuses dégradations jeudi soir à Paris, après un rassemblement organisé plus tôt place de la République, a constaté une journaliste de l’AFP.

Dégradations. Au départ, les manifestants criaient vouloir marcher vers l’Elysée, pour y accueillir François Hollande après son intervention jeudi soir sur France 2. Mais un cordon de police a dévié de leur itinéraire les manifestants, qui se sont dirigés vers le nord de la capitale. Des jeunes, cagoulés pour certains, ont brisé sur leur passage des vitrines, des abribus ou encore des véhicules Autolib. Sur Twitter, la préfecture de police a publié plusieurs clichés des « dégradations commises sur les 10ème et 19ème (arrondissements) par un groupe de 300 personnes« .

« Tout le monde déteste la police ! ». « Tout le monde déteste la police !« , « la rue elle est à nous !« , criaient des manifestants, défiant les CRS. Certains ont jeté des pavés, d’autres récupéré dans les poubelles des bouteilles en verre et autres projectiles. Peu avant 23H00, ils étaient vers la mairie du 19e arrondissement, où la police leur intimait l’ordre de se disperser.

Retour au calme. Les manifestants sont partis par petits groupes et le calme est revenu, tandis que des renforts policiers étaient déployés en nombre. Un autre journaliste de l’AFP a vu plus tard des CRS procéder à l’interpellation d’une dizaine de jeunes aux abords du canal Saint-Martin. Dans le même temps, l’ambiance était festive sur la place de la République, lieu de ralliement depuis deux semaines des participants au mouvement « Nuit debout ».

 copié sur Brèves du désordre

Notes critiques Le lit des journalistes

Brèves du désordre

Montevideo (Uruguay) : Le lit des journalistes

Ce qui alimente le show c’est le show lui-même, il n’y a rien en dehors de cela…

“Le show doit toujours continuer” n’est pas la consigne de quelque vieil acteur manquant d’éthique, c’est la logique de fonctionnement et le sens du monde actuel. Dans un monde totalement médiatisé par l’image, celle-ci se transforme non seulement en véhicule par excellence de “tout ce qui se passe”, mais aussi en une vraie “nécessité”. Aujourd’hui, l’image c’est tout, ce que confirment y compris les défenseurs usés d’autres langages. L’image est une nécessité impérieuse et quelque chose à défendre à mort pour ceux qui tirent profit de sa répétition. Il en va ainsi, et les médias dits d’information défendent explicitement l’image et le spectacle.

Le cas de la presse est symptomatique. Son intime relation avec le Pouvoir, son rôle concret dans les mécanismes de consensus sont déjà archi-connus, mais la défense puérile qui en est faite attire souvent l’attention. Les progressistes et autres libéraux ont perdu toute conviction, sauf celle de n’en avoir aucune. Quant à nous, nous devons continuer à dire les choses très clairement : comme la police ou les services de renseignement, la presse est un organisme de plus du Capital et de l’Etat, elle n’a aucun rapport avec la liberté, sauf par hasard. La relative “indépendance” d’un journaliste quelconque, telle ou telle histoire particulière, et même les cas de contradiction avec les gouvernements de circonstance ne sont qu’anecdotiques. Une analyse un tant soi peu approfondie de la presse dans son rapport à la création, au maintien et au renforcement de l’ordre existant montre clairement sa fonction de collabo.

Les derniers faits de tension entre la presse et des manifestants lors d’une manifestation à Montevideo le 8 mars dernier, qui se sont soldés par des coups et une caméra endommagée, en sont l’exacte démonstration. La nécessité de créer des nouvelles, de créer l’opinion de la part d’un plumítif de la chaine étatique n’est en rien surprenant. De même que ne suscitent aucune surprise – par les temps qui courent cela relève bien plus de la routine quotidienne –, la défense corporatiste du cameraman ou l’incompréhension volontaire des organisateurs de la manifestation, tentant pathétiquement de faire bonne figure face au fantasme de l’“opinion publique”. Le “quatrième pouvoir”, n’est pas un pouvoir séparé et régulateur du pouvoir de l’État, il fait partie d’un même ensemble appelé génériquement par les révolutionnaires : l’Etat.

L’image est la médiation par excellence dans le monde dans lequel nous vivons et la presse fait partie, même si elle n’est plus le principal vecteur, du mécanisme par lequel ces images parviennent et s’imposent aux personnes. Le terme de médier pourrait méprendre ceux qui pensent qu’il s’agit simplement de “montrer” ou même d’expliquer un fait, mais médier est beaucoup plus que montrer quelque chose, c’est aussi construire ce fait. “Nous faisons notre travail” est l’habituel cheval de bataille des employés des médias lorsqu’ils exposent les gens pour les fins du spectacle. Leur travail fait simplement fonction de stigmatisation, de “Caméra Témoin” lorsqu’il ridiculise les plus pauvres ou exclus dans ses “infos”, tout comme c’est seulement leur travail qui balance en créant la nouvelle d’une manif et en filmant des compagnons qui taguent une banque. Il est encore plus clair que leur travail est celui du flic qui attaque un manifestant ou celui du “service” qui va le chercher chez lui.

Les journaux télévisés, sponsorisés par les banques, les caisses de crédit ou un Ministère quelconque, ont pour rôle de “montrer” ce qui se passe, prétend même quelque audacieux défenseur de leur rôle. Mais même ceux qui soutiennent ce point de vue doivent admettre qu’à l’“époque actuelle », et pour les intérêts des affaires de l’entreprise (du fait d’être attachés à un marché concurrentiel), leur dynamique propre les oblige à spectaculariser les faits, à répéter en boucle, à mettre en musique et à épicer ce qui “se passe”. D’où la logique du caméraman dans une manif qui ne se limite pas à attendre que le mur soit peint pour filmer ce qui est tagué, mais fait risquer leur liberté à ceux qui font l’action en les filmant sur le champ. Le “show commande”, le spectacle commande, ce qui signifie que ce sont l’argent, le pouvoir et l’ordre établi qui commandent, leurs employés ne font qu’obéir.

Mais les réalités se croisent et souvent s’affrontent.

Ceux qui mettent en danger la vie et la liberté d’un compagnon pour entretenir le show capitaliste choisissent leur misérable place. Ceux qui s’affrontent à l’ordre existant, à sa logique et à ses défenseurs, et qui plus est refusent de se transformer en flics ou en politiciens, font aussi leur choix. Ils optent pour ne pas respecter la propriété privée des banques, des institutions de crédit et des autres maitres du monde, ils décident de peindre leurs façades et d’appeler à la révolte. Pour tous, il est clair que lutter est un choix, un choix conscient, et c’est la responsabilité qui amène à le faire dans un contexte déterminé et en prenant des mesures de sécurité. Dans le show actuel, dans l’Etat policier dans lequel nous vivons, il serait irresponsable ou puéril de vouloir lutter pour changer les choses sans faire attention à soi et aux autres. Qui lutte sans faire attention est soit naïf et désinformé à l’excès, soit irresponsable. a travers ses défenseurs, l’Etat combat les rebelles : faire attention, ne pas se laisser filmer, ou ne pas laisser filmer les autres est un acte de responsabilité.

Ceux qui risquent la vie et la liberté, non seulement du compagnon qui tague mais aussi de tous les autres, doit aussi savoir que son action a des conséquences, et la justification selon laquelle c’est “son travail” (la même que donnent les flics) est simplement puérile ou totalement cynique. Cette mauvaise excuse fait aujourd’hui partie d’un mal généralisé qui consiste à ne pas assumer ses choix. Qu’est-ce qui amène le caméraman à ne pas filmer les tags seulement après qu’ils soient faits ? Le show, la création de nouvelles, le choix de servir le maître, la puissante logique de devoir capter l’image du moment. Avoir l’image, bien que cela implique de risquer la liberté des autres.

Jouer avec les personnes, avec nous, avec nos frères, nos parents et nos enfants comme le fait le capital, les exploiter, les placer sous la domination de l’argent et de sa course effrénée vers le néant, n’est pas une simple option qu’on choisit pour s’en défaire ensuite. Risquer la liberté de ceux qui luttent contre la domination en toute responsabilité est un acte méprisable. Ceux qui mettent en danger nos compagnons pour servir leurs maîtres, pour alimenter le chaos d’images sans aucun sens, et la répétition incessante d’images dans le meilleur des cas hors contexte façon jeux du cirque, ne peuvent en rien juger ceux qui se battent. Ceux qui mettent en danger la vie de nos compagnons ne sont que des flics, des mercenaires irresponsables. Toute leur légitimité vient d’un monde de domination, elle vient et va vers le néant. La liberté ne dort pas dans le lit des journalistes.

Des anarchistes

[Traduit de l’espagnol de contrainfo, 5 abril 2016 ]

Nafarroa (Espagne) : sabotage d’antennes de communication

Brèves du désordre

La société capitaliste se maintient grâce à deux piliers fondamentaux, la répression et le contrôle social, cette fois nous avons voulu frapper une partie de ce système de contrôle social que sont les antennes de communication. Dans la nuit du samedi 2 au dimanche 3 avril, guidés par les étoiles nous nous sommes approchés des deux antennes qui se trouvent sur la route qui relie Iruña à Irurtzun (Nafarroa,Navarre ) et avec des pinces nous avons ouvert une brèche dans les barbelés autour de ces antennes, avec des masses à manche de bois, nous avons détruit les deux compteurs d’électricité qu’il y avait à chaque antenne en plus de défoncer les deux appareils d’air conditionné des deux antennes, avec des haches nous avons coupé quelques câbles de l’appareil électrique des antennes et sectionné les câbles à la sous-station de distribution qui alimente ces antennes en énergie.

Cette fois, nous revendiquons et nous rendons publique cette action en partie pour lancer un irrintzi* solidaire avec les compagnons emprisonnés qui se trouvent actuellement en  grève de la faim dans les taules de l’état assassin et tortureur, José Adrián Poblete Darre, Xavier Corporales Barruecos et Antonio Chavero Mejías. C’est pour vous ;

En solidarité avec les compagnon-ne-s Monica et francisco condamné-e-s récemment en première instance à 12 ans (une sentence n’est qu’une opinion), Force et courage ;

pour protester contre la violation perpétrée contre la terre et la nature avec le Tav(AHT sigles d’Abiadura Handiko Trena) et toutes les autres infrastructures qui ne servent que les intérêts de ceux de toujours. Ama lurra defenda dezagun !**

PS : dommage que l’incendie que nous voulions offrir en final n’ait pas fonctionné ….pas de souci, nous le gardons pour la prochaine visite.

estatuari gerra, gerra beti !***

Comando Borja Martín Gómez****

Ndt :

*irrintzi*:  en langue  basque:  un cri/chant
** Défendons la terre mère [et à bas la famille ?]
*** Guerre à l’état, la  guerre toujours !
****Borja Martín Gómez est un prisonnier rebelle actif dans la campagne « Prison=torture » qui a été retrouvé pendu dans la prison de A Lama en mars 2015.

[Traduit de l’espagnol d’Indy Barcelone, 05 abr 2016]

 

 

Notes :Islam et Laïcité : L’impossible rencontre ? Au-delà de l’hystérisation, de l’amalgame et des contre-vérités, le nécessaire débat s’ouvre.

note:Le jeudi 14 avril à 20h30 salle polyvalente d’Alixan (26300) un personnage de la droite extrême le général Tauzin tient une réunion..Ce général tient des propos sur la laïcité  dénoncépar la libre pensé ci -dessous..  Anti fascistes  et libre penseur anarchiste … soyons nombreuses et nombreux pour empêcher  cette réunion nauséabonde(CONTRE LA MILITARISATION ET LE FLICAGE DE NOS VIES
pour gueuler contre l’omniprésence de l’État dans les rues et dans les têtes

CONTRE L’OBLIGATION DE CHOISIR UN CAMP
qui voudrait nous imposer la soumission et la terreur, qu’il s’appelle État Islamique ou État  français

CONTRE TOUS LES OPPRESSEURS
nos ennemis seront toujours ceux qui détiennent le pouvoir et se font du fric sur notre dos

POUR LA LIBERTÉ
partout, tout le temps


 

En préambule de l’ouverture de ce colloque, la Fédération nationale de la Libre Pensée s’autorise à rendre public cet article de Adam Shatz, publié dans le journal Le Monde du 14 avril 2016.

Ces défenseurs de la laïcité qui raniment le discours colonial

reçu par mail de la libre pensée

 

 

Colloque de la Libre Pensée Islam et Laïcité »samedi 16 avril 2016 – 9H30 à 17H

Bourse du Travail 67 rue de Turbigo 75003 Paris

Dans le débat sur l’islam en France, certains partisans de la laïcité remettent au goût du jour un racisme drapé dans les habits de la vertu et pervertissent les valeurs républicaines

 

Dans Chassés de la lumière (Stock, 1972), l’écrivain américain James Baldwin raconte que peu après son installation en France en  1948, il a vu  » des policiers tabasser en pleine rue un vieux vendeur de cacahuètes arabe, par ailleurs manchot, et observé les regards indifférents des Français attablés aux terrasses des cafés et les visages congestionnés des Arabes « . Avec un  » généreux sourire « , les amis de Baldwin l’avaient rassuré en lui expliquant qu’il était différent des Arabes :  » Le Noir américain est très évolué, voyons ! «  Alors que les Arabes, selon eux,  » ne voulaient pas être civilisés « .

A part les anciens combattants vieillissants de la guerre d’Algérie, plus personne en France ne parle d' » Arabes « . Aujourd’hui, on parle de  » musulmans « . Or les musulmans français sont les descendants du vendeur de cacahuètes évoqué plus haut, et, trop souvent, sont la cible de la même intolérance raciste. Comme le racisme que Baldwin décelait chez ses amis parisiens, celui-ci porte souvent un masque noble : antiterroriste, laïque, féministe.

Le récent éditorial de Charlie Hebdo,  » Qu’est-ce que je fous là ? « , en est un exemple. Les attaques terroristes de Paris et Bruxelles  » ne sont que la partie émergée d’un gros iceberg « , écrit le dessinateur Laurent Sourisseau ( » Riss « ). Les parties non visibles de l' » iceberg  » comprennent entre autres le penseur suisse Tariq Ramadan, qui a été accusé de pratiquer un  » double langage « , faisant mine d’être un modéré tout en œuvrant secrètement à l’instauration de la charia en Europe. Certes, plaisante Riss,  » il ne prendra jamais une kalachnikov pour tirer sur des journalistes dans leur salle de rédaction «  mais  » d’autres le feront à sa place « . Et n’oublions pas la  » femme voilée «  dans la rue, ou le boulanger de quartier qui a cessé de proposer des sandwiches au jambon. Aucune attaque terroriste  » ne pourrait avoir lieu sans le concours de tous « .

Comme l’Arabe à l’époque de Baldwin – ou le juif à une époque antérieure – le musulman d’aujourd’hui  » dissimule toujours quelque chose « , soit un complot terroriste, soit un complot pour islamiser la France, soit les deux. Il profite de la crainte des bien-pensants  » d’être traités d’islamophobes ou de racistes « .

L’idée selon laquelle la tolérance et le relativisme culturel feraient le lit de l’islamisation de la France est un vieil argument qui remonte aux débuts de l’Algérie française. Celui qui la reprend le plus clairement aujourd’hui est le philosophe Alain Finkielkraut. L’antiracisme, explique-t-il,  » sera au XXIe  siècle ce que le communisme a été aux années 1920 « , et sa forme la plus pernicieuse est celle de l’anti-islamophobie. L’été 2015, à côté de celle de Nicolas Sarkozy, il a ajouté sa signature à une pétition publiée dans Valeurs actuelles pour protester contre la proposition de convertir en mosquées certaines églises désaffectées : la défense de la Iaïcité passe désormais par la sauvegarde des églises.

De telles opinions ne sont guère surprenantes à droite. Mais les positions de Finkielkraut ont été reprises par un certain nombre de figures éminentes de la gauche socialiste, parmi lesquelles le premier ministre Manuel Valls, pour qui l’islamophobie est le  » cheval de Troie du salafisme « . Plus récemment, la philosophe féministe Elisabeth Badinter, qui avait autrefois comparé l’autorisation du hidjab dans les écoles françaises à l’accord de Munich, a appelé au boycott des marques proposant des foulards et autres vêtements islamiques. L’accusation d’islamophobie, a déclaré Mme Badinter au Monde (4  avril), est  » une arme que les islamo-gauchistes ont offerte aux extrémistes « .

Selon cette opinion, s’en prendre à l’islam n’est pas du racisme, c’est défendre les valeurs françaises, au premier rang desquelles la laïcité et la protection des droits des femmes. C’est une expression non pas d’oppression, mais d’émancipation : la libération de tous les citoyens français, dont les femmes musulmanes qui subissent la tyrannie de leur père, frères et voisins dans les banlieues.

Ambiguïté

Il y a une logique dans cet argument. Le terme  » islamophobie  » est imprécis et peut rendre difficile la distinction entre critique de la religion – telle que l’expriment des intellectuels arabes comme Adonis et Kamel Daoud – et discrédit à l’égard de toute personne pratiquant l’islam ou née dans une famille d’origine musulmane. Les défenseurs d’un islam traditionaliste ont intérêt à brouiller la distinction. Tout comme l’Etat islamique, qui cherche des recrues parmi les jeunes musulmans européens qui se sentent rejetés.

Ceux qui affirment seulement critiquer l’islam, tout en s’employant en permanence à insulter les musulmans en général, contribuent fortement à cet amalgame entre islam et citoyens de confession ou d’origine musulmane. Ils pratiquent la même ambiguïté tactique que ceux qui déploraient l’influence du judaïsme dans la vie française à la fin du XIXe  siècle et accusaient ceux qui dénonçaient l’antisémitisme de vouloir supprimer la liberté d’expression – le magazine antisémite d’Edouard Drumont, fondé en  1892, s’intitulait La Libre Parole. Très peu d’entre eux expriment un racisme  » biologique  » à l’ancienne ; leur  » racisme culturel  » représente les musulmans comme une irrémissible cinquième colonne djihadiste.

Le cas d’Elisabeth Badinter est plus complexe. Elle formule ses positions dans le langage apparemment progressiste du féminisme laïque et de l’universalisme républicain. Elle ne voit pas dans chaque musulmane voilée le soldat potentiel d’une invasion islamique. Et pourtant elle ne peut concevoir qu’une femme puisse choisir de porter le voile ; elle ne voit en elle qu’une femme soumise que l’on doit contraindre à se libérer, comme ces  » nègres  » partisans de l’esclavage américain évoqués par Laurence Rossignol (que Mme Badinter a soutenue). Ce désir de libérer les femmes musulmanes s’insère dans la longue histoire des  » hommes blancs sauvant les femmes brunes des hommes bruns «  (selon la formule de la critique littéraire indienne Gayatri Spivak) : un projet colonial aujourd’hui repensé, en France, comme une défense des valeurs laïques dans les  » territoires perdus de la République « .

Les valeurs de la France risquent d’être perverties par une ligne de défense aussi ambitieuse. La loi de 1905 qui a instauré la laïcité était fondée sur la neutralité de l’Etat à l’égard des institutions religieuses ; elle n’a pas seulement privé l’Eglise catholique de son pouvoir, elle a aussi permis aux juifs et aux protestants d’exercer plus librement leur foi. Les défenseurs actuels de la laïcité, aussi bien à droite qu’au centre gauche, ont abandonné tout semblant de neutralité. Il n’est guère étonnant que pour nombre de musulmans en France, y compris la majorité silencieuse qui ne met que rarement, sinon jamais, les pieds dans une mosquée, le  » gros iceberg  » de Charlie Hebdo n’apparaisse que comme un terme codé leur enjoignant de rester à leur place.

(Traduit de l’anglais par Gilles Berton.)

Adam Shatz © Le Monde

 

 

Présidence du Colloque:

Jean-Sébastien Pierre, Président de la Fédération nationale de la Libre Pensée

 

Avec :

–          Message de Benjamin Stora, Président du Conseil d’Orientation de l’Etablissement public du Palais de la Porte Dorée (Musée de l’Histoire de l’immigration)

 

–          Georges-André Morin (Libre Penseur) : L’Islam un arianisme qui a réussi

 

–          Dominique Goussot (Libre Penseur) : Histoire de la civilisation arabo-musulmane

 

–          Waleed Al-Huseini, ancien prisonnier de Cisjordanie pour outrage à la religion

 

–          Gorges Saad (Association Libanaise de Philosophie du Droit) : Islam, monde arabe et laïcité

 

–          Michel Godicheau (Libre Penseur) : Ampleur et limite de la laïcité en Turquie

 

–          David Gozlan (Secrétaire général de la Libre Pensée) : A la recherche de l’ennemi intérieur, l’utilisation du voile dans les débats en France

 

–          Rachid Zouhhad (syndicaliste enseignant) : L’affaire de l’IUT de Saint-Denis

 

–          Un bloggeur, de la Libre Pensée du Bangladesh

 

–          Christian Eyschen (Porte-parole de l’Association internationale de la Libre Pensée) : L’Eglise catholique s’est-elle ralliée et comment à la laïcité et à la liberté de conscience ?

 

–          Conclusions par Roger Lepeix (Libre Penseur)

 

Rappel: Un après-midi militarisé à Bruxelle

Un appel à un rassemblement contre la militarisation de nos vies et contre tout pouvoir, qu’il s’appelle islamique ou démocratique, avait été largement diffusé la semaine dernière. Rendez-vous était donné le 9 avril sur l’avenue Stalingrad, près de la Gare du Midi à Bruxelles. Cette après-midi là, la police a occupé l’endroit du rassemblement et militarisé un large périmètre autour (allant jusqu’à Anneesens, la place Jeu de Balles, la place Bara et la porte d’Anderlecht). A l’arrivée des premiers manifestants et dès le déploiement d’une banderole juste en face de l’endroit occupé par la flicaille, les policiers foncent et encerclent les manifestants. Ils seront dix à se faire embarquer pour être amenés au commissariat d’Anderlecht. Rejoints un peu plus tard par encore 6 autres personnes arrêtées, ils seront relâchés au compte-goutte pendant la nuit. Au commissariat, comme d’habitude, les policiers ont donné quelques claques à des récalcitrants menottés.

Entre temps, d’autres personnes qui cherchaient à approcher le lieu du rendez-vous se font contrôler par la police qui leur signifie que tout rassemblement est interdit sur l’ordre du bourgmestre Mayeur. Vers 19h, la police profite des forces mobilisées pour faire une autre descente au Passage (le compteur est maintenant sur 3), l’espace de lutte contre la maxi-prison à Anderlecht. Les copines et copains présents se font contrôler, le lieu est fouillé. Un compagnon est embarqué car « recherché » dans le cadre de l’enquête menée par le juge d’instruction De Coster à propos de la lutte contre la construction de la maxi-prison. Après une nuit passé au commissariat, des policiers de la section antiterroriste de la Police Fédérale viendront le chercher. Ils l’amènent au quartier-général dans la rue Royale, feront une tentative d’interrogatoire (le compagnon a refusé de répondre à toute question) pour ensuite le relâcher.

Le message de la part de l’État ne pouvait être plus clair : toute personne qui ose critiquer la militarisation en cours à Bruxelles, qui refuse de choisir entre deux camps pourris (le califat et l’État belge), qui propose l’auto-organisation et l’action directe comme moyens de lutte contre toute oppression et contre tout pouvoir, peut s’attendre à une réponse musclée.

Difficile d’empêcher l’esprit d’alors réfléchir sur quelques analogies. A Raqqa, capitale de l’État Islamique, toute manifestation critique est interdite et étouffée ; à Bruxelles, capitale de l’État belge et de l’Union Européenne, toute manifestation critique est interdite et étouffée. A Raqqa, c’est le Hisbah, la police religieuse du califat, à la tête duquel se trouve le belge Hicham Chaib, qui sévit contre toute opposition à la loi imposée là-bas ; à Bruxelles, c’est tout simplement la Police, à la tête duquel se trouve le belge Vandersmissen, qui sévit contre toute action qui s’oppose à la loi imposée ici. A Raqqa, les bombes larguées par les avions occidentaux ne ciblent pas uniquement les bases militaires des partisans de la guerre sainte, mais aussi les hôpitaux, les banques de sang, les écoles, la distribution de l’eau, les places ; à Bruxelles, les kamikazes sous les ordres de l’État Islamique ne ciblent pas du tout les bases répressives de l’État belge, mais se font exploser dans le métro et à l’aéroport. A Raqqa, toute presse est interdite ; à Bruxelles, la presse du monde entier ne cesse de mettre la pression sur les quartiers pauvres tandis que la presse belge se distingue ces derniers temps particulièrement par son zèle d’appliquer les consignes de la police (« afin de ne pas nuire aux enquêtes ») et de publier, mot pour mot, ce que le gouvernement leur demande. A Raqqa, distribuer un tract, faire un graffiti, déployer une banderole qui revendique la liberté est passable de la peine de mort ; à Bruxelles, distribuer un tract anarchiste, faire un graffiti contre le pouvoir, déployer une banderole qui revendique la liberté, est enclin d’engendrer une arrestation et est désormais passable de longues peines de prison pour… « incitation au terrorisme ». A Raqqa, les patrouilles de la Hisbah tentent de quadriller toute la ville ; à Bruxelles, les caméras de surveillance quadrillent toute la ville, la police fédérale utilise tout moyen possible (micros, caméras cachés, interception du courrier, observations, filatures) pour surveiller des anti-autoritaires, et pas seulement.

Exagéré, vous dites ? Pourtant, tout pouvoir n’a qu’un seul objectif : maintenir son règne et étouffer tous ceux qui cherchent à s’y opposer. En cela, l’État belge et l’État Islamique ont quelque chose de très important en commun. Et c’est bien ça que les anarchistes, les révolutionnaires et les anti-autoritaires, dans les villes syriennes comme dans les villes belges, combattent.

Si à Raqqa, les activistes révolutionnaires n’appellent plus à des rassemblements, ce n’est pas qu’ils ont abandonné la lutte contre le régime de Bashar el-Assad et le régime de l’État Islamique. C’est parce qu’ils luttent désormais d’une autre façon, mais avec autant de détermination et d’audace, pour détruire ce qui les opprime. Alors, si à Bruxelles…

Contre tout pouvoir, sabotons la militarisation de Bruxelles.

11 avril 2016

lu sur la cavale contre la prison et son monde