[Prisonniers] radiocane No Tav – Chiara, Claudio, Mattia e Niccolò revendiquent le sabotage de mai 2013 sur le chantier du TAV de Chiomonte

compressore

Mercredi  24 septembre 2014, dans la salle du bunker de Turin.

Claudio, Chiara, Mattia, Niccolò font une déclaration spontanée. Rivolgendosi non tanto ai giudici, ma a tutti noi.

écoutez la ici:

http://www.radiocane.info/corrispondenze-tav-8-ceravamo-tutti/

d’après le site informa azione les 4 ont  déclaré : nous revendiquons notre participation au sabotage sur le chantier survenu en mai 2013 sur le chantier du TAV à  Chiomonte

information et déclarations Chiara, Claudio, Mattia e Niccolò sur le site Maceria

 

La routine du désastre

Le tract  La Routine du désastre  est sorti une semaine après l’annonce de « l’accident » de Fukushima, et a été distribué dans plusieurs villes en France et en Belgique.

Dans les quartiers populaires de Paris, il a été distribué à plusieurs milliers d’exemplaires lors de tables de presse où se trouvaient d’autres informations et textes sur le nucléaire.De nombreuses personnes se sont arrêtées pour en discuter. Avec ceux qui en venaient à remettre en question le nucléaire, c’était des pans entiers de la critique qu’on ouvrait ensemble: sur l’Etat, le capital, les spécialistes, la dépossession… La table était vidée à chaque fois. Tout au long du printemps, de nombreux tags sont aussi apparus sur les murs de la ville et dans le métro (« Irradiés de tous les pays, révoltons-nous », « le nucléaire nous prépare un avenir irradieux », « Va te faire irradier », « Si t’aimes tant le nucléaire, porte toi liquidateur volontaire », etc…). Le 6 avril à l’université Paris Dauphine, une conférence sur les conséquences de Fukushima donnée par un nabab de l’énergie est interrompue par une vingtaine d’individus, qui ont lancé des oeufs de peinture, insulté les participants, éclaté quelques boules puantes et laissé des tracts. Toujours à Paris, lors de deux très classiques manifestations appelées par le réseau Sortir du nucléaire, d’autres tracts ont à leur tour posé une critique radicale de la situation [cf La France n’est pas inquiète & Nucléaire et servitude]. Fait suffisamment rare pour être noté, un rassemblement hors de toute organisation et parti politique est organisé le 26 avril 2011, cette fois devant l’Autorité de sûreté nucléaire, même si on peut s’interroger sur le sens qu’il y a de se réunir devant cette institution (puisqu’il n’y a aucun dialogue à entretenir avec l’ASN qui légitimera toujours l’existence du nucléaire, un rassemblement est-il la meilleure façon de lui montrer notre opprobre?). De façon autonome également, de nombreuses discussions se sont déroulées autour du catastrophisme, des luttes antinucléaires passées, des simulations d’accidents de crise, des façons d’affronter aujourd’hui au nucléaire, etc…

Courant mai pourtant, on sentait bien que les oreilles commençaient à se refermer. Les tracts et les textes de la table à Belleville partaient moins vite, les gens n’avaient plus le même désir de parler de tous ces événements. Si la « catastrophe » est loin d’être finie, elle n’a peut-être ouvert ici qu’une brèche de très courte durée, laissant place à une sorte d’aveuglement volontaire encore plus difficile à questionner. Comme s’il s’agissait d’une épée de Damoclès avec laquelle on ne peut pas vivre, et qu’il faudrait vite recouvrir du poids de nos résignations quotidiennes.

LA ROUTINE DU DESASTRE

Les nouvelles de la catastrophe de la centrale atomique de Fukushima au Japon tournent en boucle. Face à un désastre sans précédent, les médias commentent en direct les nouvelles du nucléaire qui a l’air de n’en faire qu’à sa tête. Les infos fusent, c’est un véritable bombardement, mais rien ne perce.

Non, aucun enseignement ne sera tiré. Une telle catastrophe ne pourrait pas arriver ici. Les journalistes, les experts et les politiciens discutent séisme et tsunami, s’accordant sur le caractère exceptionnel de la situation de cette île lointaine.

Ces raclures en profitent pour vendre la fameuse fiabilité des installations françaises qui seraient les plus sûres du monde. Sans jamais rappeler que n’importe quelle erreur humaine peut produire le même résultat partout. Sans jamais préciser que n’importe où en France, nous habitons toujours à moins de 100km d’une installation nucléaire.

Ils se garderont bien de préciser que derrière la catastrophe, c’est un quadrillage et une gestion militaires qui s’instaurent. En plus d’être contaminé, chacun sera en permanence contrôlé, testé, mesuré, surveillé, et déplacé dans des zones où toute liberté, initiative individuelle, et parcelle d’autonomie, auront disparu sous le règne kaki.

Leur propagande préfère faire croire que ces opérations désespérées d’acheminement d’eau, de sable, que leurs mesures martiales de confinement et leurs pauvres distributions de pastilles d’iode ont pour but notre santé. Pourtant si c’était vrai, un petit nombre de pays ne la mettraient pas en péril permanent en s’engageant dans la voie du nucléaire. Derrière cette monstruosité se cachent d’énormes intérêts économiques et stratégiques. Depuis le début, nucléaires civil et militaire sont complètement imbriqués, et l’histoire du développement de cette technologie est entièrement liée à un jeu mortifère entre puissants.

La routine du désastre est déjà présente, à travers la multiplication quotidienne de ce que ces autruches du nucléaire qualifient par euphémisme d’« incidents ». Ils nous promettent par exemple maintenant de vérifier l’état actuel des 58 réacteurs du territoire français, mais ne disent bien sûr rien des problèmes insolubles posés par les déchets radioactifs qui dorment sous nos pieds dans près de 1000 sites, ni des nombreux cancers et leucémies que subissent celles et ceux qui vivent aux abords des installations nucléaires. Sans compter toutes les barbouzeries au Niger et au Gabon, où Areva exploite la main d’œuvre locale en la condamnant à une mort lente en même temps que toutes celles et ceux qui habitent près des mines d’uranium.

Le pouvoir fait comme si tout cela était inéluctable, essayant tant bien que mal d’éviter le pire, mais surtout sans jamais interroger ce qui a été et qui reste encore un choix.

En vrai, on pourrait tout de suite se passer du nucléaire et du monde qui le produit. Les écologistes et autres ONG à la sauce verte ne parlent que d’une pseudo « sortie » du nucléaire d’ici 20 ou 30 ans, pour ne pas froisser leurs soutiens étatiques et leurs potentiels électeurs. En véritables sauveteurs du capitalisme, ils espérent occuper un rôle de contre-experts pour être associés à sa gestion actuelle.

Que d’images spectaculaires de la centrale en feu, que de mises en scène de «sauvetages » épiques, que d’angoissants nuages radioactifs doit-on gober sans réagir ! Que de débats stériles entre politiciens sur les différentes alternatives pour répondre aux appétits dévorants du développement industriel, que de prétendus discours raisonnables pour des mesurettes qui ne remettent rien en cause ! Autant de mascarades pour recouvrir d’un voile opaque l’aberration du nucléaire. Il est grand temps de briser la vitrine qu’il représente et de mettre fin à toute cette merde. Derrière l’horreur de cette catastrophe sans précédent dont on a pas fini de compter les morts, c’est l’acceptation à un niveau mondial du nucléaire qui se joue.

L’Etat tient le rôle du pompier pyromane. Il est celui qui a mis en place tout ce merdier et qui fait maintenant mine d’être le protecteur, le seul à pouvoir assurer la sécurité des populations.

Jamais le monde tel-qu’il-est-et-qu’il-ne-faut-surtout-pas-renverser n’avait trouvé de meilleur garant. Un possible figé qui, à part connaître l’empoisonnement et la militarisation de cette planète, verra à peu près toujours les mêmes en haut et les autres en bas, les mêmes qui « savent » et les autres qui suivent.

Ce qu’ils craignent réellement, ce n’est pas le désastre en cours et à venir, ce ne sont pas non plus les appels de leurs sbires citoyennistes à une « meilleure » gestion de l’existant, tous parlent encore la même langue du mal nécessaire.

Ce qu’ils ont par contre à redouter ce sont des luttes contre le nucléaire et le monde qui va avec.

Parce qu’ils nous voudraient tous cobayes résignés et désemparés. Parce que la liberté commence par le sabotage de ce monde qui nous détruit.

Ni cobayes ni moutons,

19 mars 2011

Tiré de Fukushima Paradise – Pour une critique radicale du nucléaire, éd. La Canaille & Mutines Séditions

Prisonniers | 3 giugno | No Tav – Transferts et prochaines audiences

Depuis quelques jours quelques compagnons, inculpé-e-s suite à la lutte contre les expulsions locatives et pour l’attaque sur le chantier de Chiomonte de mai 2013, ont été transféré -e-s dans d’autres prisons. Nous mettrons à jour leur situation afin d’éviter une correspondance reliée en attendant, sont entravés par les décisions des directions de la prison ou Dap.

Depuis hier, Andrea est enfermé en prison « Dozza » à Bologne. Les raisons officielles de son énième transfert ne sont pas connus, mais on sait que ces derniers jours, après la censure de la poste appliqué à lui et Michael, les deux ont été condamnées à quatre jours de « l’exclusion des activités sociales et des activités sportives » pour l’affichage abusif « quatrième Bottom 266 ». Le transfert semble encore une autre démonstration de ce que ce journal pour les prisonniers qui dérange la direction de la prison Asti.

Pour des raisons différentes ont également été transférés Chiara et Graziano. Chiara, pour assister aux audiences de la Chambre Bunker, est enfermé dans la prison Vallette de Turin et devrait y rester pendant toute la durée du procès.

Graziano a été transféré à la place il y a quelques jours dans la prison de Vigevano à assister à une audience qu’il a vu le défenseur à Milan, et semble destiné à y rester et de ne pas retourner à Lecce. Si, dans ces cas, la condition est nécessaire, il est bon de souligner que dans Vigevano Graziano n’est plus dans l’isolement, mais comme tous les autres détenus de la section pendant les heures de l’ai promenade  et de socialisation.

Avant de fournir la liste complète et mise à jour des adresses où vous pouvez écrire aux camarades, nous vous informons de la date de la prochaine audience qui présenteront certains d’entre eux.

Les prochaines audiences plénières au Bunker où vous pouvez saluer Chiara, Claudio, Nicholas et Matthew sont prévues pour le 24 Septembre, puis à la 2, 9 et 23 Octobre.

Lundi 22 Septembre au Palais de Justice de Turin à la place il y aura une audience où il y aura Paul, Fabio et Andrea. L’événement est prévu pour 09h00 Plénière 3.

Mises à jour:

PRISONNIERS 3 juin [adresses d’autres compagnons]

Andrea Ventrella à courant continu « Le Dozza » Coude, 2-40127 Bologne;

PRISONNIERS NO TAV [aborde d’autres compagnons]

Graziano Mazzarelli à courant continu via Gravellona, 240-27029 Fraction Piccolini Vigevano (Pavie);

Claudio Alberto et Chiara courant continu Zenobi « Lorusso e Cotugno » par Maria Adelaide Aglietta, 35-10151 Torino.

Nucléaire et servitude

 Tract distribué au cours de la manifestation parisienne du 11 juin, 3 mois, jour pour jour, après le début de la catastrophe de Fukushima.

 Partout où l’énergie nucléaire s’est imposée, l’organisation militaro-industrielle ayant permis son développement a aussi réussi à élever et à formater des populations acceptant nolens volens de cohabiter avec la radioactivité. Les batailles menées contre l’implantation généralisée de centrales nucléaires, comme au Japon ou en France, ont partout échoué dans l’isolement. Désormais, chaque contestation antinucléaire surgissant ici où là ne porte que sur les conséquences de choix déjà inscrits dans la réalité. Refusant de remettre en cause l’organisation sociale du monde qui a permis la production du monstre nucléaire, les opposants se retrouvent dans la peau de citoyens indignés laissant des contre-experts plus ou moins auto-désignés ferrailler à coups de becquerels et de millisieverts avec des experts autorisés.

En France, l’incapacité à influer sur le cours des événements a laissé le champ libre aux nucléaristes hexagonaux pour opérer une réorganisation bureaucratique et politique du nucléaire, qui s’est faite sans aucune réaction de la part des écologistes : pendant qu’ils succombaient aux sirènes du Grenelle de l’environnement en abandonnant toute opposition au nucléaire sur l’autel de l’effet de serre, qu’ils approuvaient au Parlement européen le rapport de Copenhague qualifiant le nucléaire « d’alternative à l’effet de serre », que les Verts s’abstenaient au Conseil régional de Normandie, permettant ainsi l’acceptation de l’EPR de Flamanville, les nucléaristes faisaient passer, le 21 avril 2008, un décret instituant un nouveau « Conseil de politique nucléaire » gérant désormais l’ensemble de la filière. Ce qui permet d’y confiner l’ensemble des décisions visant à développer sans contradiction l’industrie atomique – les instances sanitaires, environnementales et l’autorité de sûreté en étant dorénavant exclues. Et aujourd’hui la catastrophe de Fukushima, faillite de l’industrie nucléaire, devient même pour ces forcenés un argument de vente pour les EPR.

Le parallèle entre les populations colonisées par le totalitarisme nucléariste et les populations arabes, elles aussi incarcérées dans des sociétés dominées par les enjeux géopolitiques et énergétiques définis par les oligarchies, est explicite. Les révoltes qui se déroulent aujourd’hui au Proche et au Moyen-Orient, et le fait même qu’elles cherchent à remettre en discussion l’organisation des choses et des hommes, éclairent en retour la spécificité des régimes nucléaristes où règne un silence effrayant.

La fusion en cours de plusieurs réacteurs de la centrale de Fukushima autorise un autre parallèle. Elle permet de mesurer les progrès de la domination et la place particulière qu’y a prise l’idéologie catastrophiste du pouvoir depuis Tchernobyl.

En 1986, les autorités présentaient l’industrie nucléaire comme parfaitement maîtrisée et, quelle que soit l’ampleur du désastre, il fallait le cacher comme cela avait été le cas en 1957 pour Tcheliabinsk dans l’Oural et la même année à Windscale (devenu Sellafield) en Angleterre, de crainte que la connaissance des faits ne produise une prise de conscience de l’horreur nucléaire : un effet de panique non maîtrisable, une révolte, pensait-on peut-être dans les milieux nucléaristes. Les autorités de l’époque étaient, dans ce scénario, au diapason de l’écologisme de l’époque : il fallait pour les uns défendre la ligne du déni et du mensonge pendant que les autres revendiquaient la transparence. Rappelons que c’est seulement l’indiscrétion des balises de mesure de radioactivité de la centrale suédoise de Forsmark qui a permis à l’Agence France Presse de révéler, le 28 avril 1986, la catastrophe de Tchernobyl.

De Tchernobyl, on sait désormais tout, ou presque : le déroulement des événements, leurs causes, leurs conséquences, les lampistes désignés, les liquidateurs sacrifiés. Même le bilan humain et environnemental, s’il reste en partie nié par les soidisant responsables, est régulièrement rendu public par les ONG sous forme d’estimations dont les plus basses seraient suffisantes pour remettre en question cette source d’énergie. Or tout cela reste sans conséquence. Et la catastrophe de Fukushima, pour l’instant, n’y change rien.

Contrairement à la majorité des écologistes, les gouvernants et les industriels – pour le nucléaire il s’agit des mêmes – semblent avoir compris que la consommation non critique de l’information de masse conduit à une forme d’ignorance modernisée. À ce propos, rappelons que, dès 1958, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconisait : « Du point de vue de la santé mentale, la solution la plus satisfaisante pour l’avenir des utilisations pacifiques de l’énergie atomique serait de voir monter une nouvelle génération qui aurait appris à s’accommoder de l’ignorance et de l’incertitude. »

Nous y sommes, et ce n’est pas une politique de censure qui a eu les effets les plus délétères, ce sont les mutations d’une conscience collective qui se sont produites en Occident et qui ont conduit à accepter les effets bien réels, pathogènes et mortifères, de l’industrie nucléaire.

Les tourments dont souffrentles populations actuelles sont un effet de ce qu’on peut qualifier de « pragmatisme gestionnaire ». À l’origine des sociétés capitalistes, il a pu s’envisager comme un moyen d’aller vers une perspective de liberté, en guidant les hommes et leurs affaires sur le chemin de l’efficacité – en réalité, celui de la rentabilité et du contrôle social… Nous avons eu des siècles pour éprouver le cauchemar dans lequel nous nous sommes laissés enfermer, ce moyen s’étant mué en une fin.

Ce qui se passe au Japon en ce moment nous donne une image très claire de la violence quotidienne dans laquelle nous sommes maintenus. Il en résulte un sentiment d’incarcération dans un dispositif social. Le nucléaire, plus que n’importe quelle autre technologie, nous ramène sans cesse à l’impossibilité d’en sortir, il nous rappelle à l’ordre. D’un point de vue technique, arrêter demain l’ensemble des réacteurs obligera à les refroidir et à gérer leurs déchets pendant des millénaires. Cette démesure dit tout de la prise en otages à durée indéterminée à laquelle nous sommes condamnés.

Comme forme de domination et de soumission, le pragmatisme gestionnaire se marie très bien avec un délire irrationnel. Autant du côté des nucléocrates que des écologistes. Chacun étant convaincu de la disparition à moyen terme (trente, cinquante ou cent ans) de la plupart des matières premières aujourd’hui en usage, ils rivalisent de perspectives « alternatives ». Pour les premiers, incarnés notamment par le CEA (rebaptisé opportunément Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives), il s’agit, rien de moins, de reproduire sur Terre de manière « confinée » le processus énergétique du Soleil, avec ITER à Cadarache comme site phare. Pour les seconds, il faut couvrir des territoires entiers d’éoliennes industrielles et de panneaux solaires, en sachant d’avance que les matières premières pour les fabriquer seront toujours rares et qu’il faudra des États toujours plus puissants et des multinationales de l’énergie pour les mettre en oeuvre et en garder le contrôle. Déjà ces derniers n’hésitent pas à nous démontrer leurs meilleures intentions tout en cherchant à convaincre qu’il faut bien se soumettre à un certain « pragmatisme gestionnaire » si l’on veut un résultat… Un marché de dupes, car les nucléaristes auront le même laps de temps pour faire avancer leur technologie et la rendre toujours plus présentable et incontournable – ah, le merveilleux « mix énergétique » !

Surtout, ces « projets alternatifs » ont ceci d’effrayant qu’il n’est plus insupportable pour personne de devoir utiliser les mêmes arguments d’efficacité, de rentabilité et de compatibilité avec l’économie capitaliste pour convaincre de leur crédibilité. Et pour les plus radicaux des contre-experts, partisans d’une réduction drastique de nos besoins énergétiques, c’est toujours en termes comptables qu’on voudrait rendre présentable ce « nouveau » monde à venir.

Ces « alternatives » produisent aussi l’autosatisfaction de ceux qui les développent, par illusion d’avoir surmonté leur impuissance. On entend déjà tous ces promoteurs de « positivité » asséner leur sempiternel slogan : « Il est vain de lutter contre, il faut lutter pour… » C’est ainsi que le sentiment de révolte est maintenant perçu comme pathologique.

Retenons tout de même une chose de cette obsession des alternatives : aujourd’hui, les populations ont à se soucier de se réapproprier la définition de leurs besoins et des moyens d’y répondre, c’est une évidence. Mais il est tout aussi certain que le système de domination actuel ne disparaîtra pas par un simple changement de technologie. On ne dira jamais assez qu’il ne s’agit pas tant d’en finir avec le nucléaire que de rompre avec le monde qui l’a engendré. C’est-à-dire avec le mode de production qui a permis et nécessité son développement et avec le monde qu’il a contribué à façonner depuis. Avec ce goût démesuré du contrôle mesquin de tout et des désastres qu’il fabrique.

La fuite en avant technoscientiste reste toutefois entre les mains d’oligarques qu’il est encore possible de faire « dégager » de nos vies pour libérer l’horizon des possibles. Stopper immédiatement le nucléaire est la seule perspective soutenable, la seule manière de conserver un sens au sentiment de l’insupportable. Et même si un arrêt immédiat des centrales ne nous sortira pas de leur gestion avant des dizaines de milliers d’années, rien ne peut justifier de se précipiter à la table de la cogestion de ce désastre permanent. Ce renversement-là ne se fera pas autour d’une table, à la tribune d’un débat public ou encore par les urnes. Il nécessitera un mouvement capable de débrancher les centrales immédiatement, c’est-à-dire composé d’individus associés prenant parti pour l’aventure de la liberté.

11 juin 2011,

Association contre le nucléaire et son monde

acnm@no-log.org

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Valence (Espagne) : évasion multiple du centre de rétention


(Le 20 septembre 2014)

14 septembre 2014, Centro de Internamiento para extranjeros (CIE) de Zapadores, Valencia, Espagne. Au milieu de journée, profitant de l’entrée dans le centre des employé.e.s venu.e.s faire le ménage, 17 retenus ont tenté l’évasion. 7 ont été repris par les flics au sein même du CIE ou dans les rues alentour, mais 10 ont réussi à se faire la malle. Deux des employé.e.s ont été légèrement blessé.e.s suite à la bousculade qu’il y a eu pour atteindre la porte. Selon le délégué du gouvernement dans la communauté valencienne un “informateur interne” aurait permis cette évasion.

[Repris de la presse espagnole par sanspatrienifrontieres, sept 17, 2014]

Nucléaire : beaux cancers pour « Science et vie »

http://cettesemaine.free.fr/spip/IMG/png/SVIE_218-218x282.png

À la rédaction de Science et vie

Aux sieurs Vincent Nouyrigat et Frédéric Pajak

Messieurs,

C’est avec un dégoût mêlé de pitié que j’ai aperçu la une de votre magazine. Afin de connaître plus en détail l’étendue de ce désastre culturel et politique – en attendant la catastrophe radiologique annoncée – je me suis forcé à lire cette chose.

Je sais depuis longtemps que le monde radioactif dans lequel les experts de la question entendent nous faire vivre se déploie inlassablement depuis Los Alamos, en dép it de tout. Je sais aussi que l’État, en France, est actionnaire majoritaire de l’industrie nucléaire, y compris et surtout de l’armement, dont les réacteurs fabriquent, entre autres, le plutonium et autres saletés qui lui sont nécessaires. Je sais aussi que les Français, en dépit de la terreur qu’une industrie de la radioactivité suscite chez tout humain un peu conscient de la vie et des enjeux, sont fiers comme des coqs de leur « savoir-faire » nucléaire et de leur armement. Ils pourront toujours venir pleurnicher, le moment venu, sur leurs cancers et leurs beaux terroirs détruits avec le même savoir-faire.

Quelques mois avant Fukushima, Science et vie (juillet 2010) nous expliquait que « la vie reprend le dessus » à Tchernobyl. On y causait biodiversité et génomique de bazar, on traitait sur le même plan incendies de forêts et irradiation des territoires, la vie humaine et sociale était à peu près absente des doctes réflexions des pacificateurs mis à contribution. Aujourd’hui dans un prétendu « après-Fukushima » -comme si l’affaire était réglée-, les industriels de la radioactivité ont décidé de changer leur missile d’épaule. Depuis le temps que les Verts et autres citoyens avides de transparence et de consommation dans le confort hurlent à la désinformation, à l’omertà, les radieux experts font amende honorable : la catastrophe est non seulement fort probable, imminente mais, surtout, elle est dans l’ordre des choses. Ils ont fini par admettre qu’on ne pouvait plus le cacher. Et, bien sûr, les « acteurs » du nucléaire et la protection dite civile nous garantissent qu’ils sont prêts à gérer au mieux un Fukushima français.

Autre nouveauté, non des moindres, les grands manitous de l’atome ne garantissent plus rien du tout, simplement qu’ils feront, au fond, ce qu’ils pourront. C’est-à-dire pas grand chose sinon nous confiner et organiser notre consentement à la vie en milieu irradié. Ce que tout observateur, même négligent, sait de longue date. Mais cet aveu seul suffirait à l’enterrement du nucléaire.

Ce changement d’attitude dont vous faites état dans votre dossier marque un achèvement dans l’habituation à l’horreur. Plutôt sexy pour une époque placée, paraît-il, sous le signe de la rationalité et de la « science » : vie assistée par ordinateur, OGM, surveillance tous azimuts, guerre spatiale, climatique, pillages hystériques des ressources, etc. Après tout il est logique d’accepter enfin officiellement que l’industrie atomique est contre la vie puisque la majorité semble impuissante face aux armes à déchets « appauvris », au calvaire des mineurs d’uranium au Niger et ailleurs ou au spectacle d’enfants-balises japonais élevés avec des dosimètres.

Vous me rétorquerez que vous ne faites là que votre travail de journalistes et, assurément, votre dossier est exhaustif. Vous jouez même avec quelques petites transgressions nécessaires, comme cette remise en question du modèle prédictif probabiliste officiel qui voulait nous faire croire, à l’aide d’une équation à deux sous, que l’éventualité d’une catastrophe était presque nulle ; ou les questions sinistres et évidemment sans réponse que vous posez ici et là, afin de montrer qu’on ne vous la fait pas. Vous donnez la parole à une horde d’experts et contre-experts, illustres ou non ; personne ne pourra vous accus er de ne pas être objectifs. Vous roulez même un peu les mécaniques en évoquant des « questions que jusqu’ici personne n’avait osé poser ». Comme si avant vous personne ne s’était jamais inquiété de rien, mais la mémoire historique n’est pas ce qui vous étouffe. Des décennies de mouvements antiguerre, antibombe, antinucléaire, une longue série de désastres civils avec leur cortège de médecins et de chercheurs, sans parler de la Guerre froide et de ses centaines de tirs nucléaires qu’il était convenu d’appeler « essais », tout cela n’est rien en regard de votre sotte prétention journalistique à révéler… ce que vos donneurs d’ordre consentent à révéler. Ce qui, au passage, rejette dans les ténèbres toute révélation antérieure, éclipsée par votre génie d’enquêteurs.

Mais la réalité est bien plus sordide : vous êtes salariés, aux ordres, vous n’avez de liberté de parole que celle consentie par vos donneurs d’ordre via votre rédaction. N’ayant pas cette limitation, j’ai ici le mauvais goût de ne parler qu’en mon propre nom et celui de tout humain qui n’en peut plus de ce monde où seule la marchandise conditionne la vie et la mort, où la soumission à tous les diktats morbides de l’économie, aux impératifs de la guerre pour l’énergie,l’organisation de la peur et de la haine sont de règle.

Votre dossier est donc destiné à nous faire accepter l’inacceptable puisque Jacques Repussard de l’IRSN l’a dit : « il faut imaginer l’inimaginable ». Ceux qui posaient encore récemment aux maîtres de l’atome ont enfin compris qu’il leur fallait avouer une bonne fois pour toutes : qu’ils nous tiennent tous en otages, pro comme anti, au nom du « progrès » technique dont on nous rebat les oreilles et qui est désormais le seul horizon qui fasse sens pour une société qui n’en a plus ; que nous avons intérêt à filer doux et à accepter avec reconnaissance notre rôle de victimes consentantes, puisque la majorité a déjà tout accepté au nom de la mythique indépendance énergétique.

Je vous souhaite à tous de beaux cancers.

Un irradié non consentant.
Saclay, le 14 septembre 2014

 

GEPSA (Cofely/GDF-Suez) : les matons passent les Alpes

Pendant que la construction du centre pénitentiaire se termine, faisons connaissance pour l’attaque des futurs gestionnaires…

C’est à dire : GESPA. Les prisonniers et les sans papiers à l’intérieur se révoltent, nous à l’extérieur des murs qui les emprisonnent…

L’attaque contre ce monde de merde est toujours possible

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GEPSA (Cofely/GDF-Suez) : les matons passent les Alpes

Il semble que cette fois-ci sera la bonne. A la troisième tentative, après avoir déjà concouru et gagné pour obtenir l’appel d’offres du Cara (centre de demandeurs d’asile) de Castelnuovo di Porto, un business de près de huit millions d’euros par an, puis du Cie (centre de rétention) de Gorizia, et avoir vu ces attributions être annulées pour des problèmes juridiques, GEPSA a finalement réussi à s’adjuger la gestion du centre de rétention via Corelli de Milan.
A ses côtés il y aura une association culturelle de la ville d’Agrigento nommée Acuarinto, déjà associée lors des deux précédentes tentatives de gagner ces appels d’offres. L’appel qui confie à l’association sicilienne l’objectif de s’occuper des enfermés et à l’entreprise française la gestion et la mise en sécurité des zones et des cours de promenade, devrait rester valide, même après la décision du Ministère de l’Intérieur de changer temporairement l’utilisation de la structure.

Du 15 septembre jusque fin mars, Acuarinto et Gepsa, avec les ex-employés de la Croix Rouge qui ont été réembauchés, n’auront en effet en face pas des sans-papiers en attente d’expulsion mais des hommes et des femmes sous le statut de réfugiés. On ne sait pas encore si le passage provisoire de l’ « urgence clandestins » à l’ « urgence réfugiés » changera quelque chose au tarif établi précédemment avec la préfecture de police de Milan, qui prévoyait 40 euros par personne contre les 54 euros par jour qu’empochait auparavant la Croix Rouge. Le nombre de places d’enfermement resterait par contre de 140.

L’entrée officielle de GEPSA dans le monde de l’enfermement en Italie n’est pas une petite nouveauté, et nous pensons qu’elle mérite deux mots de plus. GEPSA, filiale de COFELY, qui appartient elle-même à la multinationale de l’énergie GDF-SUEZ, a été créée en 1987 pour exploiter les possibilités que l’Etat français offrait alors aux entreprises privées pour participer au marché de la gestion et de la construction des lieux d’enfermement hexagonaux. Une ouverture au privé liée à la décision de l’Etat français d’augmenter le nombre de places disponibles dans ses prisons, dont GEPSA a certainement fourni une contribution importante, si bien qu’on peut la considérer comme le principal partenaire de l’Administration pénitentiaire.

Son acronyme révèle qu’elle s’est spécialisée dans la « gestion des services auxiliaires dans les établissements pénitentiaires » et en réalité, au sein de la logistique de la détention, GEPSA fait un peu de tout : manutention générale et des systèmes électriques, hydrauliques et thermiques, nettoyage des bâtiments, informatique, nettoyage des espaces verts, nourriture, transport et linge des détenus, restauration du personnel pénitentiaire.
L’autre activité dans laquelle GEPSA se distingue est l’exploitation du travail des prisonniers à travers la gestion de nombreuses entreprises à l’intérieur des prisons. Chaque jour, 1700 détenus sont mis au travail par GEPSA et chaque année 180 d’entre eux sont recasés dehors après leur sortie de prison.
Pour donner d’autres chiffres, GEPSA gère 34 prisons et 8 centres de rétention pour une superficie de 715 000 m², elle participe à un consortium qui s’occupe de la construction de 4 autres prisons. Elle lave 8 tonnes de linge et prépare 14500 repas par jour, et compte 400 employés.

Ces chiffres aident à se rendre compte ce qu’est GEPSA, et du fait qu’elle puisse possiblement devenir ce gestionnaire unique des centres de rétention italiens dont parlent depuis longtemps les autorités. A ce propos, en plus de sa taille, son expérience acquise dans le monde carcéral, dont la gestion des dispositifs de sécurité de la plus grande prison d’Europe (Fleury-Mérogis), joue en sa faveur.
L’éventualité que GEPSA devienne le futur gestionnaire unique des centres de rétention italiens ou même qu’elle ne fasse que se substituer à la Croix Rouge dans la gestion d’un grand nombre de ces centres, pourrait rendre la résistance des enfermés plus difficile et risquer de plomber un peu plus le moral des initiatives à l’extérieur … Ne pas avoir face à soi une Croix Rouge sur laquelle tirer mais une lointaine société française pourrait augmenter le sentiment d’impuissance. Mais à bien y réfléchir, pour agir, nul besoin de se rendre jusque dans la rue Henri Sainte-Claire Déville à Rueil-Malmaison (voir ici le lien avec toutes des adresses GEPSA en Italie).

[Traduit de l’italien, « Voilà Gepsa« , de macerie @ Settembre 7, 2014]


Historique de Gepsa (Cofely, GDF-SUEZ)

1987 : création de Gepsa pour répondre à la demande de l’État de déléguer certaines fonctions à des entreprises privées dans le cadre d’un programme de modernisation du parc pénitentiaire.

1990 : obtention, en association avec Eurest et Cofely d’un marché de fonctionnement de 5 établissements du programme 13 000 places, pour une durée de 11 ans.

2002 : obtention dans le cadre du marché de renouvellement du programme 13 000, de 15 établissements pour une durée de 8 ans.

2005 : GEPSA assure l’entretien maintenance de la base militaire de Satory pour une durée de 7 ans.

2006-2009 : réalisation avec l’administration pénitentiaire d’un programme européen (Equal) en faveur la mise en réseau des différents acteurs de la réinsertion au profit des personnes les plus éloignées de l’emploi. Les initiatives qui ont été validées ont été essaimées sur un grand nombre d’établissements.

2007 : obtention du Trophée national de l’entreprise citoyenne délivré par le Cidan sous le haut patronage du Sénat, récompensant des actions menées en faveur de la réinsertion.

2009 : obtention de la prise en charge de 10 nouveaux établissements pénitentiaires issus du programme 13 200 places (dont 7 ont été construits en partenariat public-privé). Gepsa assure l’ouverture de ces 10 établissements en 18 mois.

2010 : Gepsa renouvelle le marché de fonctionnement obtenu en 2002 pour 6 établissements.

2011 : après 40 ans de gestion interne, l’administration pénitentiaire confie à Gepsa l’entretien-maintenance de la Maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (3 500 places), au fur et à mesure de sa rénovation.

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[Romans] au quartier de la Monnaie, les policiers caillassés lors d’une interpellation

Les policiers qui patrouillaient,  lundi 15  au soir dans le quartier de la Monnaie à Romans ont été caillassés suite à une interpellation d’un jeune  homme participant à un rodéo sur un scooter. Il était 22 heures quand les fonctionnaires ont aperçu deux jeunes circulant bruyamment  et enfreignant le code de la route.

Mais au moment de les contrôler, les deux jeunes circulant sur le scooter  ont tenté de prendre la fuite. Si l’un d’entre eux  y est arrivé, le second en revanche a été rattrapé par les policiers, mais le véhicule des forces de police a aussitôt été caillassé par plusieurs individus. Le jeune mineur interpellé qui a été par la suite placé en garde à vue. Il a été déféré devant les magistrats mardi 16 et présenté devant le juge des enfants

On doit noter que la semaine dernière les CRS patrouillaient dans ce  quartier.

contre toutes les prisons.

 

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[Italie ]: Grève de sortie des prisonniers No TAV en solidarité avec Graziano Mazzarelli

Depuis son incarcération il y a deux mois, Graziano Mazzarelli (inculpé dans l’affaire No TAV) a été maintenu en isolement. Récemment, en plus de son interdiction de sortir, il a été déplacé dans un couloir ou les autres cellules sont vides. La prison lui interdit de laver ses vêtements et lui prend tout son courrier. Depuis le 1er septembre, Chiarra Zenobi (autre prisonnière No TAV) est donc en ’grève de sortie’ et refuse de se rendre dans la cour pour sa sortie. Elle est suivie dans son mouvement de solidarité par Niccolò Blasi, Mattia Zanotti (depuis le 9 septembre) et par Claudio Alberto (depuis le 10 septembre). Lucio Alberti et Francesco Sala s’apprêtent également à rejoindre le mouvement.

Les adresses postales des prisonniers No TAV :

Francesco Sala – C.C. Via Palosca, 2 – 26100 Cremona, Italia

Lucio Alberti – C.C. Via Cassano Magnago, 102 – 21052 Busto Arsizio (Varese), Italia

Graziano Mazzarelli – C.C. via Paolo Perrone, 4, Borgo San Nicola – 73100 Lecce, Italia

Niccolò Blasi – Mattia Zanotti – C.C. San Michele strada Casale, 50/A – 15121 Alessandria, Italia

Claudio Alberto – C.C. Via dell’Arginone, 327 – 44100 Ferrara, Italia

Chiara Zenobi – C.C. “Rebibbia” Via Bartolo Longo, 92 – 00156 Roma, Italia

Oui, le Reichstag brule ! l’acte individuel de Marinus Van der Lubbe. .

Le jeu du petit Van der Lubbe

Par André Prudhommeaux (1934)

tu peux lire un  texte sur ce site extrait de la revue subversion n°3

Les écritures qu’on va lire sont d’un jeune ouvrier à qui la société capitaliste ne donnait plus ni travail, ni pain. Rompu aux plus durs travaux, endurci à supporter le froid, la faim, l’isolement et la fatigue ; la sécurité ne lui était rien – l’indépendance, tout.
Maître de ses muscles et de ses nerfs autant qu’on peut l’être, plus sobre que le meilleur des mendiants, il se sentait en paix avec la nature, en fraternité de plain-pied avec les enfants, les humbles et les laborieux, et en communauté d’esprit et de chair avec la révolution mondiale.

 

Il se mit à voyager, comme le font tant de jeunes chômeurs et ouvriers allemands avides d’espace et de mouvement. La liberté reconquise par l’incertitude même de la vie, telle est la noble discipline qui maintient tant de jeunes « wanderer » en état de propreté physique et morale, tête nue, col ouvert, ceinture aux reins, sac au dos, bâton au poing sur les grandes routes, en marge d’un monde qui n’est plus que pourriture. Le jeune sans-patrie dont nous parlons était hollandais. Il ne parlait que péniblement l’allemand, la seule autre langue qu’il connût. Pourtant, le voilà en marche, et l’Europe est à peine assez grande pour lui. Son appétit de vivre se mesure à son appétit de distance. Tantôt s’accrochant à des camions de passage, tantôt arpentant les chemins, il fait des étapes journalières de cinquante kilomètres. N’ayant pas un sou vaillant, il s’adresse à la plus vieille loi, à la seule vénérable, celle de l’hospitalité, celle de la fraternité humaine. Au paysan, à l’artisan, à l’ouvrier de rencontre, il offre ses bras, son amitié, le regard limpide de ses yeux clairs, l’air des grands chemins, la résonance de l’aventure. Frère, me voilà ! C’est la liberté qui passe. Et le vieil instinct communiste se réveille dans le cœur du sédentaire ; il offre une part de son pain, une place dans sa grange, parfois même sa table et les draps frais d’un bon lit. Le cordonnier répare les bottes du voyageur en échange d’une poignée de main, le chauffeur l’invite à prendre place à ses côtés dans la chaude haleine du moteur de son camion, et se considère encore comme l’obligé, car ce qu’apporte l’hôte d’une heure est sans prix.

… Rhénanie, Bavière, Tyrol, Autriche, Serbie… les drapeaux changent, les poteaux frontières sont laissés à leur faction stupide, les langages deviennent de plus en plus inintelligibles. Mais le fait humain a-t-il besoin du mensonge des mots ? Il y a beaucoup à apprendre à l’école du silence. Sur son carnet, le vagabond observe curieusement les différences de mœurs, de technique, de mentalité, qui se révèlent à lui d’étape en étape. Plus tard, au cours de nombreux voyages (dont il ne reste d’autres traces que de rares cartes postales), il visitera la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Pologne, et atteindra les limites de la Russie. Partout, il vivra sans argent, sans nul appui des organisations ouvrières, endurant, sans même y faire attention, les privations, les fatigues, les intempéries les plus cruelles, se délectant du moindre repas offert de bon cœur, s’entretenant par gestes avec de pauvres gens comme lui, dont il conquiert d’emblée la sympathie, par une sorte de franchise et de confiance enfantine dans la bonté humaine. Dans son carnet, sans cesse, le sans-patrie s’oublie lui-même et ses misères, pour parler avec reconnaissance de l’accueil reçu, des êtres rencontrés.

Ami de tout le monde ? En quelque sorte, oui. Mais ennemi farouche, prisonnier en révolte, adversaire irréconciliable vis-à-vis du monde bourgeois. Ce vieux monde inhumain qu’il tente de fuir comme un cauchemar, doublant les étapes, marchant avec obstination vers une terre libre jamais découverte, il le retrouve partout, toujours le même, avec l’oppression de la femme et de l’enfant par la famille, et celle de la famille par l’État, par la dictature économique, politique et technique du capital. Partout, toujours, le travail de forçat, de l’usine et des champs, la misère, le chômage, les casernes, les prisons. Industriels, princes, sénats, tout cela doit périr. Ça nous est dû. La conquête du nouveau monde, c’est la reconquête de l’homme par lui-même, la prise de conscience, la lutte directe pour l’émancipation du travail.

Agitateur révolutionnaire ? Peut-être. En tout cas, un agitateur peu ordinaire, auquel les mots sont presque inutiles, agissant par l’exemple et l’influence tacite de sa propre personnalité plus que par tout autre moyen. Tout, dans la personne du vagabond, parle de révolte, de liberté et de révolution prochaine. Mais lui-même est avare de tout appel à l’action des autres. Contrairement aux politiciens de Parti, il ne conjugue pas l’action, le sacrifice et le combat révolutionnaire à la deuxième personne de l’impératif, mais à la première personne de l’indicatif pluriel.

Cette habitude de ne jamais préconiser une action dont il ne soit prêt à subir toutes les conséquences et à partager tous les risques, le premier à l’attaque et le dernier dans la retraite, est chez Van der Lubbe, une vieille habitude. Avant de quitter la Hollande, il y militait dans les rangs des jeunesses communistes ; et son intrépidité dans les rencontres avec la police lui avait valu une étrange renommée, fruit d’innombrables passages à tabac. À Leyde, aujourd’hui encore, les gamins des rues se livrent à un jeu barbare : tous à la fois se jettent sur le plus fort d’entre eux, et le rouent de coups jusqu’à extinction. Ce jeu s’appelle : le jeu du petit Van der Lubbe.

Comprenez-vous maintenant pourquoi « Van der Lubbe le provocateur » est honni chaque jour par la presse bourgeoise et pseudo-révolutionnaire de tous les pays ? Eux aussi jouent, à leur façon, le jeu du petit Lubbe. L’indépendance, le mépris des préjugés, le sentiment de la responsabilité personnelle sont des motifs plus que suffisants à la haine du troupeau humain.

Ils sont autant de motifs à l’amitié et au respect des individus conscients d’eux-mêmes, et c’est pourquoi nous publions ici, comme contribution à sa mémoire, le carnet de route de Marinus Van der Lubbe.

André Prudhommeaux.
Avant propos à Marinus Van der Lubbe, Le Carnet de route d’un sans-patrie, brochure éditée par le Comité international Van der Lubbe (France), 1934, 16 p.