Zadissidences 2 – Des voix off de la ZAD – 1ere vague d’expulsions (Avril 2018)

Tu tiens dans tes mains le deuxième numéro de ZADissidences. Il est en deux parties pour pas être trop gros à diffuser, divisé entre la première et la deuxième vague d’expulsions. L’idée est ici de continuer à compiler des textes qui causent de la zad, critiquent la tendance dominante dans le mouvement de lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et tentent d’enrayer ses pratiques autoritaires et réformistes.

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Plus précisément, nous voulons participer à diffuser des voix de ce mouvement qu’on entend moins et qui refusent les choix et les visions politiques d’une partie des occupant·e·s, notamment celle qu’on entend beaucoup et qui depuis quelques mois préfère se nommer « habitant·e·s », (comme pour se défaire d’un costume devenu gênant). Ces con?its ne sont pas nouveaux, l’abandon du projet n’a fait qu’ampli?er ce qui était déjà la direction prise depuis des années par quelques occupant·e·s en alliance avec les « composantes », direction qui en déjà fait fuir plus d’un.e depuis longtemps.

Zad dissidences 1 concernait la période allant de la « victoire » de mi-janvier et s’arrêtant au tout début des expulsions-destructions de début avril 2018. Celui-ci relate ces deux mois d’assauts et d’occupation militaires de la zad, avec en parallèle les nombreux rebondissements démocrates, des négociations aux « fiches ».

Nous avons écrit ces lignes dans un contexte de « fin d’expulsions » sur la zad, que l’état définissait comme « ciblées », et qui suivent leur cours par vagues plus ou moins annoncées et avec plus ou moins d’intensité. On ne va pas raconter ici dans le détail les expulsions, le siège de la zone, les affrontements, l’asymétrie face au dispositif militaire, entre les lieux attaqués et les lieux épargnés, entre les lieux soutenus et les autres, les destructions de cabanes (plus de 35), les arrestations (plus de 70), les peines de prisons (qui vont continuer à pleuvoir), et les blessés (plus de 300)…

On avait pu entendre la prévision clamée ces derniers mois que le mouvement d’occupation se retrouverait isolé et faible face aux expulsions. Qu’il serait donc suicidaire de ne pas aller négocier, que ce serait se couper du soutien vital des « composantes » du mouvement contre l’aéroport. On a pourtant vu débarquer des centaines de personnes, connaissant la zad ou non, pour la plupart hors de ces fameuses « composantes » dont il fallait tant prendre soin (et qui n’ont pourtant pas hésité à se désolidariser à la première occasion). Ces personnes sont venues sur zone affronter cette situation et faire douter l’état de sa maîtrise. Sa vieille stratégie couplée entre le militaire sur le terrain et l’administratif dans les négociations, et le médiatique pour la population, lui a permis de jouer l’épuisement et la dissociation, de maintenir la menace et la pression tout en sauvant la face démocratiquement. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela a bien fonctionné. Il faudra bien en tirer les leçons.

L’état a donc enfin trouvé comment sortir de son impuissance. Il a vu un tapis rouge déroulé devant lui par une partie du mouvement qui s’est proposée en interlocutrice, en donnant des signes de bonne volonté qu’il a su interpréter à juste titre comme des signes de faiblesse. De la route des chicanes aux fiches de projets individuels, en quelques mois la liste est longue de tous ces pas faits vers la préfète malgré qu’une à une toutes les limites que s’était donné « le mouvement » soient dépassées. Tout ça sans autre contrepartie de sa part, jusqu’à accepter des Conventions d’Occupations Précaires valables uniquement jusqu’à la fin de l’année 2018.

Chose étonnante, alors que la préfecture a finalement obtenu une liste très claire de noms et de parcelles concernées, on constate que le fameux flou du « manteau » l’est surtout pour les occupant·e·s elleux-mêmes. Illes doivent spéculer à partir des articles de la presse locale pour comprendre ce qui se joue, et même pour deviner si oui ou non une fiche a été déposée pour leur lieu, étant donné que cela s’est passé en moins de 48h et parfois sans leur consentement. : « Euh, est ce que tu crois que quelqu’un aurait mis sur une fiche l’endroit où on vit sans qu’on le sache ? Et qui ? Dis, t’as vu, quand même, quatre élevages ovins sélectionnés, y doit bien y avoir les voisins dedans non ? Ben ouais, parce que j’en vois que trois, moi ! Mais alors peut être on est même retenu·e·s pour « l’avenir » malgré nous ? ».

L’« avenir » nous dira ce qui parviendra à « rester », et à quel prix… En attendant, du côté de ce qui se vit sur place, beaucoup n’oublieront pas ces fameux « 6 points » passés à la trappe, les intimidations et dissociations, et tant de promesses non tenues dans le face à face avec les troupes venues éradiquer la partie moins « jolie » de la zad.

Nous choisissons de ne pas attendre un hypothétique « dénouement » pour publier ces textes, parce qu’il nous semble urgent de permettre à chacun·e de se faire sa propre idée de ce qui se passe ici, par d’autres angles de vue que le lyrisme à grands moyens de celleux qui dirigent le navire de « l’avenir dans le bocage ».

Il y a beaucoup à dire sur le processus en cours dans cette fin de lutte. De nombreuses personnes sont arrivées sur la zad ces derniers mois, comme lors de la résistance à l’opération César de 2012. Elles parlent des AG fermées aux dits « soutiens », du mépris d’être reléguées au rôle de « personnes de passage » sans qui pourtant cette zone n’existerait plus depuis longtemps. Elles viennent avec leurs propres perspectives participer ici à la lutte contre le monde de l’aéroport, ce monde qu’elle subissent et combattent déjà depuis longtemps partout ailleurs.

De même pour celleux qui sont ici depuis plus longtemps, les côte-à-côte et face-à-face permanents entre des visions tellement opposées du sens de ce qui se joue ici minent le quotidien, et polarisent comme rarement on a l’occasion de le vivre dans ce monde pacifié à l’extrême.

Certain·e·s trouveront triste de donner tant de place à ce qu’illes préfèrent appeler des « embrouilles internes » et se diront que ça n’a pas vraiment d’importance comparé aux grands enjeux de « l’avenir » de la zad. D’autres sauront y voir la densité des réels conflits politiques que la situation révèle, et chercheront à en tirer des leçons pour d’autres luttes. Déjà beaucoup sont parti·e·s écoeur·é·es, d’autres tiennent le coup vaille que vaille. Il y aura encore tant à raconter et à discuter de cette aventure dans les temps prochains avec celleux qui voudront y donner de la place.

On imagine pas que cette compilation soit lue d’une traite. Les textes ne sont pas écrits du même point de vue et ont chacun leur propre histoire à prendre en compte séparément. Mais on peut sentir qu’ils ont en commun une sorte de rage. Et ces temps-ci, c’est notamment cette rage qui nous permet de nous reconnaître dans la tempête. On a choisi ces textes-là parmi d’autres, sans être nécessairement en accord sur tout. On vous encourage à aller en lire d’autres sur internet.

Le Zadnews, hebdomadaire de la zad, a vécu une période de galère due aux expulsions, tant pour déposer des contributions dans des lieux qui n’existent plus ou avec internet difficile d’accès, que dans le travail de mise en page en équipe très réduite débordée et avec de petits moyens, sans parler de l’impression et de la distribution au milieu du carnage. Une spéciale dédicace à qui l’a fait exister malgré tout. Bon, du coup, même si la plupart des textes sont passés par le Zadnews, on suit plutôt la chronologie de leurs parutions sur internet. Cette fois la parole n’est pas restée sur zone…

Merci encore pour toutes ces contributions, et prenez soin de vous !

Merci de les lire, et tenez bon !

Et ne soyons pas tristes, car tout ce qui a été vécu dans cette lutte, y compris ces derniers mois, continue de nourrir des parcours et des rencontres contre ce monde de merde.

A la prochaine !

 

Sommaire

2. Éditoto

6. Résumé partial des épisodes précédents

8. Quelques définitions

9. Chronologie de la 1ère vague d’expulsions

13. Prise de position de la légal team sur les actions de milice à la ZAD

15. Quand Lama faché, lama cracher !

22. Prise de parole à l’assemblée des usages du 16 Avril 2018

26. Lettre de compassion aux signataires des C.I.

28. Contre les lèche-bottes et leur monde

32. Signe ton formulaire et ferme ta gueule

35. L’Ancre Noire a été expulsée, rien n’est fini, tout commence

37. Communiqué des sans fiche

39. Appel à détruire les routes circulantes de la zad hors période d’expulsion.

41. Face aux attaques de l’état et ses relais internes : guérilla sociale anti-autoritaire !

44. B.D stratégie de l’état et ennemis intérieurs

46. Bibliographie

 

[Repris d’indymedia Nantes, samedi 7 juillet 2018]