À Calais et partout ailleurs (dans les lieux anti autoritaires )solidarité avec les migrant‑e‑s ! MAJ /23/10

 Dauphiné Libéré 23/10/2016 à 06:02

 Une soixantaine de migrants venus de Calais attendus d’ici jeudi

Dix-sept bus sont attendus en Auvergne-Rhône-Alpes entre lundi 24 octobre et jeudi 27. À leur bord, 751 migrants écartés de la “jungle” calaisienne dans le cadre de son démantèlement.

« L’opération humanitaire débute » a commenté le préfet de Région Michel Delpuech pour qui « mobiliser cette capacité d’accueil s’est avéré facile »… Le préfet qui a signalé que 24 sites sont mobilisés pour héberger et accompagner les migrants au sein des centres d’accueil et d’orientation (CAO) créés quand ils n’existent pas déjà.

À Allex, Montélimar et Bourg-de-Péage

On a surtout appris pour la Drôme que 59 nouveaux migrants de Calais seront répartis sur trois sites. Ils seront 35 à 39 à rejoindre le centre d’accueil d’Allex, au château Pergaud où sont déjà accueillis onze réfugiés depuis un mois. Allex aura alors atteint sa capacité maximale.

Quatorze autres seront hébergés à Montélimar (dans un immeuble qui accueille déjà un Cada, quartier de Bagatelle). Et dix autres encore, sur deux lieux d’hébergement à Bourg-de-Péage où, comme à Allex, le Diaconat protestant sera le gestionnaire de la structure.


reçu par mail le 21/10

Depuis le « Démantèlement » de « la Jungle » de Calais à J-4

Voilà par ces quelques mots repris en boucle depuis des semaines par l’ensemble, du gouvernement aux associations en passant par les médias, comment est défini ce que nous devons appeler une expulsion massive des migrants, exilés, demandeurs d’asile, réfugiés, déboutés du droit d’asile, fuyant bombes, exécutions, à la recherche de la liberté et de leur sécurité.

Car ce qui est qualifié par le langage technocratique est en fait une opération où le racisme d’état ou apartheid sera le principal vecteur d’une traite d’êtres humains.
Beaucoup de zones d’ombres sont sciemment oubliées par les associations sur le terrain, cachées bien sur par ce gouvernement qui n’a de cesse de garantir la réussite humanitaire de son opération.

Une des zones d’ombre entretenue est le renvoi et le tri en amont des migrants expulsés.
Mais aucune association ne se sera inquiétée de ce sujet.
Et pourtant toute la politique autoritaire et sécuritaire du gouvernement aurait dû alerter les esprits parmi les plus conscients.
Les déclarations de Cazeneuve sont pourtant claires : « aucune personne sans droit ne pourra rester sur le territoire ».
Et c’est bien cette crainte qui devrait animer chacun de nous, cette crainte de voir des emprisonnements massifs se faire devant nos yeux sans rien pouvoir faire.

Car pour rajouter à la cécité des humanitaires, c’est aussi l’impuissance qui les caractérise pour mieux draper leur virginité feinte : « de toute façon, nous ne pouvons rien faire »… « Mais au moins informer, témoigner, poser des questions » se disent-ils, certains de leur mission ici bas.
La tâche semble si difficile pour ces proches du pouvoir, contaminés par tant de réunions du consentement.
Et de certains de rebondir, de justifier : « ce ne sont pas des conditions de vie acceptables » sans cette fois-là pourtant déterminante, écouter le réfugié, encore principal acteur de son destin.
La confusion, la désinformation règnent sur le camp désormais aux abois, sous tension d’un lendemain à la violence prévisible.
Mais il valait mieux faire l’article d’un alignement de containers aux allures de camp concentrationnaire tout en taisant la carence en douches, toilettes et points d’eau.
Pourtant, certains migrants sont prêts à rester sur le camp, leur permettant aussi d’attendre un passage prépayé ou pas en Angleterre, ou de rester solidaires avec leurs amis de souffrance.

S’auto-justifiant de leur existence et pratiquant la politique du « moins pire », ces mêmes associations ont contribué largement à ce que nous qualifions de défaite politique.
Car la « jungle » fut un espace autogéré mêmes si les conditions de vie pouvaient y être difficiles.
Mais la mafia et l’islam intégriste ont eu vite fait de s’y installer sournoisement,  participant au naufrage d’une embarcation de libertés.
Car toujours en retard sur l’agenda gouvernemental, l’humanitaire aide, soutient, mais aussi constate, bricole et n’imagine point.
Il ne vit pas l’utopie, ne la construit pas et pourtant tout lui tendait les bras, grands ouverts : urbanisme informel, liens sociaux multiculturels…
Ces mêmes associations se rendent ainsi par leur silence convenu complices d’une politique en tout point égale à ce qui nous est imposé par ailleurs.

Alors, le gouvernement déroule son scénario sans difficultés, tant tous lui sont acquis.
Tour à tour, Il envoie une nième fois son directeur de l’Ofpra tout en charme pour rassurer ceux qui auraient encore envie d’y croire, prêts à tomber dans les filets d’une crise migratoire orchestrée dans cette islamophobie galopante, cette peur de l’étranger une fois de plus bouc émissaire.
Sinon, vous aurez aussi le commissaire, récemment nommé pour pactiser en toute sympathie avec les commerçants fermés par décision de toute justice.
Mais c’est en arrière-cour que les basses besognes se font. Chaque nuit, c’est un bombardement massif de lacrymogènes sur le camp, le noyant sous les nuages toxiques sans « raisons apparentes ».
Car la raison évidente est de mettre la pression sur des innocents, venus juste là pour passer en Angleterre.
Ce pourrait être une nième répétition avec leur nouveau canon à eau de ce qui se produira le jour final.

Car la jungle de Calais est aussi un terrain de test des nouvelles armes de la police, côtoyant dans l’indifférence citoyenne les clôtures, les barbelés rasoir ou encore les murs préfabriqués montés éclair.
Si l’envie de manifester votre désaccord vous prenait un jour de folie, vous seriez rattrapés par un arrêté interdisant toute manifestation sur la question migratoire, sauf bien sur pour leurs amis les calaisiens en colère, miliciens de la
droite forte et raciste au service du pouvoir.
Car à confondre humanitaire et politique, il est certain que la partie était perdue d’avance, plus occupées à parader devant les caméras de télévision qu’à condamner la violence policière ajoutée à celle des frontières.

Chaque jour, les chiens de garde doivent répondre aux objectifs d’arrestation et d’expulsion.
Le démantèlement a déjà bien commencé, la touche finale sera donc pour le lundi vingt quatre octobre.
A J-4, un caillou semble les gêner dans leur avancée inéluctable : les mineurs isolés.
L’état français responsable des enfants sur son territoire faillit constamment à sa mission de protection.
Il préfère jouer à la patate chaude avec l’Angleterre depuis les accords du Touquet en passant par le Brexit sur le compte aussi de la réunification familiale.

Pour ces enfants laissés à leur propre sort comme pour les femmes et les hommes, la frontière tue chaque jour, de Vintimille à Calais.
Nul ne veut l’entendre, trop occupé à se perdre pour une accréditation d’accès sur le camp, un accompagnement des prochains départs en centre d’accueil et d’orientation, sans vouloir penser que c’est de la liberté de chacun.e y compris celle du
français.e dont il s’agit.
Un commissariat mobile avec recherche d’empreintes digitales est désormais opérationnel.
Un hangar de rétention est déjà sous bonne garde des gendarmes, d’autres places en centres de rétention éloignés sont créées.
Trop peu s’en émeuvent, la videosurveillance fait son son job, chacun.e est en mode autruche, en attendant que le mauvais moment passe.

De « démantèlement » il s’agit en fait de destruction, destruction de lieux de vie, destruction de vie, de liberté comme il en est toujours et plus encore ces jours question restée sans réponse faute de combattant.es.
La lutte continue car ajoutée à la destruction, c’est la dispersion qui facilite désormais l’état dans sa tâche d’oppresseur bien connu.
Nous savons bien que la convergence des luttes est un horizon bien difficile à atteindre au milieu des alternatives souvent tartes à la crème d’un système bourgeois sans cesse à la recherche de solutions pour son maintien, son expansion.

Pourtant de la Zad à Calais en passant par les squats et la défense des libertés anti-autoritaires, c’est sur ce chemin que nous porterons le combat, en particulier en venant en aide à nos amis les héros de la liberté, de tous pays venus jusqu’ici vers leur destin.

 

NOTES
Pour plus d’éclaircissements d’une situation ayant bien besoin de sortir de l’opacité obscure dans laquelle elle a été plongée en compagnie d’esprits consentants, les notes ci-dessous argumentent, citent mais n’affadiront pas le propos.
(1) : Ecrit à J-4, le plan d’expulsion est diffusé à J-2 où deux points sont précisés : « ceux qui ne voudront pas rejoindre les bus seront libres » mais attention devons-nous rajouter aux rafles déjà commencées avant. Le deuxième  point concerne ceux qui ne voudraient pas quitter le camp se verront conduits au centre de rétention.
www.ladepeche.fr%2Farticle%2F2016%2F10%2F21%2F2443983-evacuation-totale-jungle-calais-commencera-lundi-8h00.html&h=EAQHB27pY
(2) : Les dernières réunions au sujet du démantèlement n’ont pas porté sur le droit des migrants mais bien sur la date, la destination vers les centres d’accueil et d’orientation, le droit d’asile mais pas au sujet des déboutés ou encore de ceux pour l’Angleterre, voire sur la création de mini-jungles (!!) .
(3) : www.humanite.fr%2Fcazeneuve-demantele-calais-et-ouvre-la-chasse-aux-sans-papiers-617476&h=QAQEjTbVS

(4) : Pour satisfaire ces objectifs en matière d’emprisonnement, le gouvernement prévoit un commissariat mobile. Le hangar cité semble devoir servir au tri (info à J-2) mais rien ne les empêcherait de s’en servir pour autre mission
https://passeursdhospitalites.wordpress.com/2016/10/18/le-commissariat-volant-et-le-hangar-mysterieux/

(5) : commentaire bien souvent relevé quand il est demandé une surveillance de l’action policière car devant témoins, la violence policière est moindre. Mais rien n’aura porté sur une contestation du démantèlement, l’ensemble des associations étant d’accord pour une expulsion des migrants, quelles qu’en soient les raisons évoquées.

(6) : dans sa tache humanitaire, le bénévole ne décide pas pour le réfugié mais l’assiste dans ses propres choix et non l’inverse.

(7) : L’information à J-4 restait pauvre, en témoigne le lien d’une enquêt sur place. La situation s’améliore, mais la tension s’amplifie comme un désarroi se perdant dans la violence. La violence policière est elle aussi à craindre comme réponse à tout mouvement de colère, de protestation (maintes fois évoquées)

http://jungle-news.arte.tv/fr/2016/10/19/calais-un-demantelement-et-de-multiples-points-dinterrogation/

(8) : (maintes fois entendues, une recherche devra pouvoir le vérifier)

(9) : Bien qu’insuffisamment défendues, nos valeurs se sont retrouvées sur ce camp, en témoigne cet article laissant quelques lignes à l’esprit de la ZAD.

http://www.nordlittoral.fr/accueil/calais-les-zadistes-de-notre-dame-des-landes-veulent-ia0b0n354001

(10) : l’architecture de la jungle est bien décrite par cette étude parmi de nombreuses autres : : http://www.perou-paris.org/pdf/Actions/perou_calais_texte_072015.pdf
Beaucoup de ces associatifs dans leur rapport à la vie, leur fonctionnement ne sont que les transmissions d’un ancien monde d’hierarchie et de certitudes citoyennes.

(11) : ces deux situations constatées par le rédacteur de visu
(12) : https://www.facebook.com/nnomansland/videos/1792746817668896/

(13) : deux événements en contre-point : le 1er octobre et le 5 septembre pour une différence partiale de traitement

(14) : information croisée par les policiers en colère (!!) et un commentaire off d’un crs sur calais devant témoins

(15) : parole à l’autorité-re mais attention le dossier est très lourd tant l’abandon de l’état est circonstancié : http://jungle-news.arte.tv/fr/2016/10/20/de-jeunes-mineurs-migrants-sont-autorises-a-gagner-la-grande-bretagne/

(16) : https://lundi.am/Evacuation-de-la-jungle-de-Calais-de-la-politique-de-dispersion