Monthly Archives: mai 2017

Contre la THT en Haute-Durance

https://souslaplagelespaves.noblogs.org

 La nouvelle brochure reprend des textes, un communiqué, une chronologie in complète,et une liste incomplète des entreprises qui travaillent sur le projet.

Cette brochure ne se veut pas exhaustive, ni réprésentative du mouvement contre la THT. Elle en présente quelques facettes.

Si vous souhaitez en commander en version papier pour mettre dans vos infokiosques, écrivez à notht05 [chez] riseup.net avec comme objet « commande brochure THT ». Nous vous les enverrons par voie postale, punk post, ou autre. »

 

Cliquer sur la photo de l’affiche ci-dessus pour lire ou télécharger la brochure au format PDF

 

source : Blog No THT

Valence: douzième jour de lutte « pas d’enfant à la Rue » (mise à jour)

dauphiné ..com

Après la Villa Balthazar, un gymnase occupé par les réfugiés …

Après la Villa Balthazar la semaine passée, deux familles de réfugiés albanais ont occupé hier soir le gymnase Brunet, à Valence. Une quinzaine de …


note ce communiqué on le publie bien que le blog du laboratoire   n’est pas considéré  comme destinataire..

Communiqué de presse

Valence, le 23 mai 2017

12e jour de lutte,

Info journalière

Ce mardi 23 mai nous avons encore un couple avec deux petits enfants (5 et 9 ans), et une femme seule avec deux enfants (3 et 5 ans) et aucune proposition pour eux. L’autre femme seule avec une petite fille de 9 ans a trouvé un hébergement dans sa communauté.

Nous avons donc encore 4 petits enfants de moins de dix ans à sortir de la rue.

Le préfet de la Drôme nous a indiqué, par le biais de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), être très indigné par la teneur de nos communiqués.

Nous tenons donc à nous excuser auprès de lui. Bien entendu, nos communiqués ont pour objectif de faire réagir le préfet et le maire mais seulement sur la situation inhumaine d’enfants condamnés à dormir dans la rue à Valence. Toutefois nous sommes heureux de constater que si monsieur le préfet conteste notre ton, il ne conteste rien des faits que nous relatons.

Nous réitérons notre proposition au préfet et à la mairie. Avoir un lieu (une salle de sport par exemple) où il est possible de mettre à l’abri les enfants et leurs parents de 20 h 30 à 8 h du matin.

Ce n’est pas un logement, comme l’exige pourtant la loi et la Convention de Genève, simplement une mesure d’urgence pour des enfants en situation de danger.

La bataille pour sauvegarder les enfants continue.
Pas d’enfants à la rue à Valence !

L’image contient peut-être : 3 personnes, personnes assises, enfant et texte

Athènes, Grèce : Cocktails Molotov sur la police anti-émeute devant le parlement – 17 et 18 mai 2017 [Mise-à-jour]

https://sansattendre.noblogs.org

 

Mise-à-jour, vendredi 19 mai 2017

Dans la soirée de jeudi 18 mai, une manifestation de plus de 10.000 personnes s’est tenue dans Athènes pendant que les députés (rappelons que le parti de gauche grec SYRIZA a la majorité au parlement, avec 153 sièges sur 300) s’apprêtaient à voter les coupes budgétaires dans les pensions de retraites et allocations pour personnes invalides. Un groupe de personnes cagoulées s’est détaché du cortège syndicale pour aller affronter à coups de cocktails molotov les flics anti-émeute qui protégeaient le parlement grec. Les flics ont répondu par des salves de grenades lacrymogènes.

 

[Traduit de l’agence de presse Reuters, 18 mai 2017]


« Nous ne vivrons pas comme des esclaves – Les seules batailles perdues sont celles qui n’ont pas été livrées ». Ce mercredi 17 mai 2017, des milliers de personnes (plus de 12000 personnes à Athènes) se sont jointes aux manifs pour la grève générale dans toute la Grèce, contre les nouvelles mesures financières d’austérité de 4,9 milliards inclues dans le 4ème mémorandum adoptée par le gouvernement grec. Le gouvernement SYRIZA de Tsipras cible une fois de plus les exploités et les pauvres plutôt que les banques et les riches.

Le nouveau gouvernement de gauche de SYRIZA, en coalition avec le parti de droite l’ANEL, livre une nouvelle guerre de classe, cette fois-ci en ciblant spécifiquement les personnes invalides et les retraités qui ont bossé toutes leurs vies et cotisés. Après 23 coupes budgétaires dans les pensions et les allocations durant les 8 ans qu’ont duré la crise financière en Grèce (qui s’élèvent à plus de 50 milliards pour les 7 dernières années), ce qui a contraint les gens à vivre comme des mendiants, une coupe de 18% supplémentaires sera imposée aux caisses des retraites conformément au 4ème Mémorandum ayant été voté ces jours-ci au parlement grec et même du « gel » de la moindre augmentation de la caisse des retraites jusqu’en 2022.

Comme si une vie sans avenir ne suffisait pas, les rues d’Athènes se sont remplies de milliers de flics anti-émeutes pour imposer la peur aux gens qui osaient descendre dans la rue en ce jour de grève générale du 17 mai 2017. D’ailleurs, durant la manif à Athènes, des anarchistes ont attaqué les brigades anti-émeute aux cocktails Molotov sur la Place Syntagma, à proximité du parlement grec, pendant que les politiciens discutaient à l’intérieur des mesures d’austérité à imposer aux gens. Un peu plus loin, les flics anti-émeute en nombre protégeaient l’entrée du ministère des finances. D’autres manifs sont prévues le lendemain, jeudi 18 mai, pendant le vote des mesures au parlement, qui est programmé pour la nuit entre jeudi et vendredi.

Durant cette journée du 17 mai, les services de transports étaient quasiment à l’arrêt : les trains interurbains ne fonctionnaient pas, tout comme les métros entre l’aéroport d’Athènes et le centre-ville. A l’aéroport, plus de 150 vols ont dû être annulés ou repoussés. Les hôpitaux publics ne fonctionnaient que grâce à la réquisition d’un personnel d’urgence. De plus, les ferrys resteront à quai au moins jusqu’à vendredi 19 mai: les marins sont en grève depuis mardi 16 mai et poursuivront leur mouvement pendant quatre jours.

Dans les premières heures du mardi 16 mai, plusieurs attaques incendiaires ont illuminé les rues d’Athènes: vers 2h30, un groupe d’une vingtaine de personnes a lancé des coktails Molotov sur le poste de police d’Omonia. Cette attaque a été revendiquée par le groupe de « Mai sauvage » et dédiée à la mémoire de l’anarchiste Christos Tsoutsouvis, membre de l’organisation « Combat Anti-Etat » qui, après avoir tiré sur trois porcs en uniforme lors d’une fusillade le 15 mai 1985 dans la zone de Gizi, est tombé sous la balle d’un des flics à terre qui allait, quelques minutes plus tard, en finir avec son existence morbide. Un peu plus tard, c’est sur le Secrétariat Général du Commerce, situé sur la place Kaniggos, que des engins incendiaires ont atterri. Pour finir, vers 2h45, une unité de flics anti-émeute, qui se trouvait à l’angle des rues Tositsa et Patision près de l’école Polytechnique, a été attaquée aux cocktails Molotov.

[Traduction partielle d’Act for Freedom Now et d’articles de presse en anglais]

Justice de merde, quand même !

https://lepressoir-info.org

Publié le 18 mai 2017 | Mis à jour le 22 mai

La cour d’appel de Nîmes a donc prononcé ma relaxe (causes de mon procès) [jeudi 11 mai] après une audience où le pitoyable dossier des flics s’est joyeusement effondré de lui-même.

Suis-je heureux de ce jugement ? Franchement non. Je suis tout juste soulagé.

Déjà, j’ai une pensée pour mon compagnon jugé en même temps que moi le 30 septembre dernier (pour jet de pétard à mèche sur une policière lors d’une manif à Alès) et qui a pris 3 mois de prison avec sursis à partir d’un dossier policier et judiciaire tout aussi vide et grossier que le mien.

Cette relaxe ne peut pas nous faire oublier la réalité de la « justice » en France.

Justice de classe et d’enfermement. Justice qui prononce les expulsions de migrants (au Soudan par exemple en ce moment à Marseille).

Justice qui envoie au trou pour des années lors des comparutions immédiates.

Cette cour d’appel de Nîmes est réputée nationalement pour sa sévérité. Elle prononce à longueur d’années de lourdes peines de prison.

Je ne parlerais pas ici de la police qui s’est ridiculisée toute seule en public. Jouissif… L’avocate générale a elle-même demandé la relaxe !

Soulagé donc. Restent les 24h de garde-à-vue, les 2 procès, les heures passées pour préparer ce cirque… Reste aussi qu’il restera trace de cette procédure dans le fichier STIC que les policiers consultent à tout bout de champ. Je ne sais pas s’il fait bon par les temps qui courent d’avoir été relaxé lors d’un procès pour violences sur AFP où la parole de deux policiers a été désavouée.

Reste aussi la camaraderie. Merci à toutes et tous, au collectif CARAPACE

Voilà, c’est la fin de cette histoire. Mais ce n’est pas la fin de la lutte.

Aurélien

note: LTI, la langue du troisième Reich

note : ce livre a été indiqué par jean marie sauvage , lors de la discussion le12 voir ici

La lingua horribilis du IIIe Reich : l’apport de Victor Klemperer à la compréhension du nazisme

Texte intégral

Peu d’ouvrages ont posé d’une manière aussi pénétrante les jonctions étroites entre totalitarisme et langage. Victor Klemperer1 avec son « LTI, la langue du IIIe Reich » reste un remarquable témoin du processus linguistique de nazification dans l’Allemagne d’entre les deux guerres. Il y a là un regard douloureux et pénétrant de l’entreprise langagière qui mène à la destruction d’une culture fière de sa noblesse d’âme et des ses valeurs humanistes.

Le discours totalitaire, comme tout discours de surcroît, se révèle ici en toute sa naturelle laideur d’instrument de domination.  Klemperer semble nous dire qu’une culture pourrie par son langage, comme Tchakotine  disait, à la même époque que la politique, comme le poisson, pourrit par la tête.

L’auteur et la signification de l’ouvrage

Victor Klemperer est le parangon de ces juifs allemands assimilés pour qui leur appartenance à la nation allemande ne faisait pas de doute. Toujours est-il que son parcours est insolite et surprenant à plus d’un titre.    Philologue renommé, ses origines juives n’étaient pour rien dans ses réflexions théoriques ni dans son enseignement universitaire. Le malheur des temps a voulu que ce savant et érudit connaisse et subisse de l’intérieur la progression irrésistible du nazisme. Son étrange destin est marqué par sa condition d’intellectuel juif reconnu, bien que formellement converti au protestantisme, intégré et fier d’appartenir à la culture allemande. Son mariage avec une Allemande (aryenne) l’arrache à la mort et lui permet de traverser l’horreur des années noires d’Hitler. Exclu de l’Université, il se voit réduit à la condition de simple manœuvre dans une usine. Frappé de l’étoile jaune, Il devra subir toutes les humiliations auxquelles le juif « épargné » par le mariage mixte est contraint.

V. Klemperer, interdit de tout,  a fait de son existence de sous-homme un atout insolite : devenir l’observateur attentif à travers les transformations de la langue de la nature perverse du régime nazi, de la mentalité malade de ses partisans et des conduites troubles des exclus du régime eux-mêmes. Ainsi, réduit au statut de paria, au milieu de la bourrasque, et en perpétuel sursis d’être renvoyé aux champs de la mort, il trouva son salut moral et mental dans la rédaction d’un journal, intellectuel et intime, tenu à partir de 1933 jusqu’en 1945. Il y réfléchit dans la solitude de la longue nuit de la barbarie totalitaire.

Sauvé in extremis de la mort, à la fin de la guerre, par le partage du pays entre les quatre grandes puissances, il se trouve dans le territoire soviétique devenu plus tard la RDA. Il décide d’y rester. Les raisons qu’il avance sont fort plausibles et honnêtes. Juif allemand, l’émigration en Israël ne l’attire pas, le régime de l’Ouest non plus. D’ailleurs, il est reconnaissant, comme beaucoup de juifs, à l’armée soviétique d’avoir contribué à la victoire sur le nazisme et à la libération des camps d’extermination. Certes, il n’adhère pas au parti communiste ni à sa philosophie, bien qu’il l’accepte en tant que porteur d’un élan de justice sociale et de solidarité.

De cette double expérience malheureuse naîtra un ouvrage inattendu et très personnel, « LTI : La langue du IIIe Reich », lequel appartient à la série de rares documents-témoins de la période de l’égarement de la culture issue de la modernité et du rationalisme du siècle de lumières.

La question de la langue du IIIe Reich

La langue allemande, qui véhiculait déjà des sous-entendus irrationnels, se précipite ensuite avec le nazisme dans la négation d’un discours précédemment fait de sagesse, de sensibilité, de tolérance et de logique rationnelle. V. Klemperer mène une enquête linguistique transversale où le discours nazi est décrit comme le véhicule d’un puissant poison idéologique capable d’anesthésier les cercles concentriques de la société moderne, afin d’imposer une vision totalisante et raciste du monde et de la nature humaine.

La LTI était – écrit l’auteur – une langue carcérale (celle des surveillants et celle des détenus) et une  « telle langue comporte inexcusablement des mots secrets, des ambiguïtés fallacieuses et des falsifications » (p. 120).  C’est un véritable manuel de survie intellectuelle et culturelle. Écrit en 1947 sur la base de son journal, il y accomplit un acte de résistance par delà de son temps. Il tire un récit sur le mal d’une idéologie dont la langue n’est pas encore suffisamment guérie. L’ouvrage témoigne de l’effort d’un homme apolitique imbibé de culture libérale qui s’était tenu, par amour à la science, à l’écart de la chose publique, avant et pendant la montée du nazisme. Devenu chroniqueur clandestin des malheurs de son temps – malgré lui – il était un exclus solitaire à double titre : en tant qu’intellectuel irrémédiablement allemand et en tant qu’érudit juif assimilé.

L’ouvrage n’est pas seulement  une analyse pragmatique du langage national-socialiste, tant ses observations générales sont riches, mais un kaléidoscope fait de pensées et de faits, de descriptions et de réflexions sur la bêtise humaine, l’idéologie fasciste, les préjugés racistes, le culte du chef, la brutalité ordinaire, les torts du sionisme, les malaises de la culture allemande, la faillite de la démocratie …De plus, le regard du philologue est perçant et traverse la structure et les formes du discours totalitaire.

Réflexions générales sur le discours nazi-fasciste

La langue du IIIe Reich est d’une « effroyable homogénéité ». C’est un langage ordinaire, banal et déroutant. C’est une idéologie hégémonique qui tranche dans le vif des diverses interprétations contradictoires qui concourent à rendre l’espace public démocratique pluriel et ouvert. Discours et pratique totalitaire donc.

V. Klemperer écrit : «  une connotation ou une valeur linguistique  donnée ne commencent à prendre vie dans une langue que  lorsqu’ils rentrent dans l’usage d’un groupe  ou d’une collectivité et y affirment son identité » p.80

Impossible de rendre toute la richesse des observations, hypothèses et descriptions contenues dans cet ouvrage de réflexion conçue dans la souffrance et la peur. Pourtant, nombreux sont les repères qui permettent d’entrer dans la problématique du langage nazi avec les yeux grands ouverts.

Le découpage thématique proposé ici ne suit évidement pas le parcours de l’auteur, mais une grille de lecture possible de ce qui (nous) est le plus révélateur de la nature et la volonté d’emprise de tout discours, autant du caractère totalisant de la langue en elle-même. Question posée avec acuité par R. Barthes dans une formule tranchante :  » la langue est fasciste ». Et ici, c’est bien le cas de le dire, elle trouve tout son sens.

1.- Le sens de la démesure. Si le discours est capital pour les hommes politiques, au sein de la période fasciste, le discours « n’était pas simplement plus important qu’avant, il était, aussi, radicalement transformé ». Quelle est la clef de sa nouveauté ? Probablement, l’exubérance ! Le discours totalitaire est une mise en scène totale. Un spectacle puissant. Il s’adresse autant à l’oreille qu’à l’œil. L’ampleur des gestes s’accompagne d’une intensité de la voix. Les gestes des orateurs (Hitler en maître et modèle de parole)  s’accordent et se synchronisent avec les mouvements de la foule.  Chez Hitler il y avait – écrit l’auteur – quelque chose apparenté à la folie religieuse, dont les origines remontent à la tradition allemande. Ses grondements, ses protestations au milieu des lumières et des drapeaux font que le discours prend une immense couleur sensitive. Le discours de Hitler, toujours oscillant entre l’attitude onctueuse et l’attitude méprisante, est poussé par deux états psychopathologiques : la mégalomanie césarienne et le délire de persécution.

La parole nazie coule par les sillons de la défaite militaire et les humiliations diplomatiques et financières imposées par les alliés. Elle se transforme en croyance fanatique sous l’élan d’une « weltanschauung » (vision intuitive du monde) longtemps attendue par des masses avides d’espoir et de revanche.

2.- Le pathos du langage nazi. La langue politique du nazisme ne dissimule pas ses pensées les plus ignobles (contrairement à la formule de Talleyrand), car les mécanismes mis en œuvre par les orateurs sont l’exaltation et le désir de domination, la jubilation de la pensée intuitive et l’appel à l’action Cela fait partie de la démesure qui se manifeste dans tous les propos et la praxis du nazisme.

La propagande nazie n’a pas besoin des artifices du discours politique habituel (langue de bois), ni des faux semblants, car elle énonce ses buts avec un franc-parler brutal et  simple, ses arguments sont des vérités révélées qui assomment les adversaires et enivrent les partisans.

Il y a une hystérie de la langue dans le discours nazi : Hitler qui serre le poing, et crispe le visage, et hurle de rage. Le bruit et le silence. Le vacarme et la voix surexcitée. La répétition constante des mots formait un style, la gestuelle qui les accompagnait et la mise en scène les unifiaient dans tout fort et puissant.

3.- La rhétorique musicale du tambour. La parole d’Hitler résonne comme un tambour, car le peuple est sa caisse de résonance, tant il est matériellement et psychologiquement affaibli par la défaite de la Première Guerre mondiale et les conséquences de la crise qui traverse la société allemande des années d’après guerre.

La métaphore du tambour est mise en scène par Hitler lui-même, quand il l’exprime clairement dans Mein Kampf :  » Ce n’est pas par modestie que je voulais devenir tambour, car c’est ce qu’il y a de plus noble ». Hitler en s’identifiant au tambour dévoile son rôle.  Le tambour domine dans une marche et un défilé militaire. Et ce son répétitif et monotone mène à des extases religieuses.

Si la rhétorique nous rappelle que la répétition est sans doute un des mécanismes les plus utilisés par la propagande, la parole d’Hitler retrouve là son rôle le plus archaïque : l’enivrement. Mais, il y a encore une autre chose dans cette métaphore apparemment anodine que nous rappelle la présence d’une rhétorique musicale. A y réfléchir, le son du tambour couvre les autres sons et les corrompt par la persistance de son rythme lancinant et l’émotion qu’il provoque. Dans le cas du discours nazi la répétition exacerbée remplit la même fonction : amoindrir les effets des langages rationnels plus élaborés. La réaction que le discours nazi produit est envoûtante parce qu’il est répété dans un espace public clos. Car cela ne se réduit pas à un seul groupe social, puisque ses liens, qui ne recouvrent pas la totalité de la vie, réussisent de manière étonnante à influencer le tout : la littérature, la rue, l’école, l’art et même le jargon des victimes.

4.- La puissance des mots. V. Klemperer s’est interrogé sur le moyen de propagande le plus puissant du nazisme : les discours d’Hitler? Les déclarations de Goebbels ? La haine contre les juifs et les bolcheviques ? Les grandes messes nazies ?

La réponse est surprenante. Pour l’auteur, beaucoup des propos des dirigeants nazis, Hitler y compris, sont demeurés incompris par la masse, laquelle était saturée d’autant de verbalisations. Il écrit ceci:  » Combien de fois n’ai-je pas entendu le bruit des cartes qui claquaient sur la table et les conversations  à voix haute au sujet des rations de viande  et de tabac et sur le cinéma, tandis que le Führer ou l’un de ses paladins tenaient de prolixes discours, et après on lisait dans les journaux que le peuple tout entier les avait écoutés attentivement  » (p.39)

Où est le vrai secret de l’influence nazie ? La réponse est également surprenante par sa simplicité et son apparente banalité. Ce n’est pas la puissance de la rhétorique et de la poétisation du discours, mais ce qui est le plus en vue de tous et de l’entendement de tout le monde : le vrai secret du discours public du nazisme sont les mots !  Les mots nazis ne s’adressent pas à la conscience et à la logique, mais visent les automatismes de l’âme collective,  l’être moral, les sentiments,  tout ce qu’ils ont infiltré de manière inconsciente.

Certes, la dynamique persuasive des mots employés par le discours nazi ne fait pas partie d’une imagination créative. Le nazisme n’a pas forgé beaucoup des mots nouveaux, mais il a réussi à détourner les mots courants et à les imbiber de ses contenus et de ses valeurs et à les utiliser avec une telle fréquence que ceux des autres se trouvent noyés et neutralisés à la racine. Le discours nazi confisque le lexique et la grammaire allemande. Et V. Klemperer (nous) met en garde : ces mots empoisonnés circulent encore.

5.- Pourquoi les mots sont-ils donc plus persuasifs que les concepts ? Aucun truisme là dedans, juste du bon sens. La « weltanschauung », dans laquelle le discours nazi trempe, est une vision (intuitive, dit Kant) du monde. Elle n’est pas à confondre avec une pensée systémique. Chacun sait qu’un système est quelque chose de composé. Une construction  logique avec ses propres règles raisonnées. La métaphysique est une manière de philosopher dont le but consiste à ordonner un ensemble d’idées. Kant fournit un paradigme. Bref, un système implique un réseau logique capable de capturer sous une forme abstraite la totalité du monde. Disons en passant que pour un kantien, le discours n’est pas un outil pour persuader, mais pour convaincre en raisonnant à partir d’un demonstrandum logique et analytique.

Rien de plus éloigné de la weltanschauung. En effet, et pour se tenir là, la pensée intuitive est totale, mais pas systémique, mais symbolique, et fortement psychologique. Les références sont réverbérantes et concrètes. Il y a là un réseau de sentiments, lesquels saisissent les réalités sous l’emprise de noyaux mystérieux. Et le noyau central n’est autre chose que l’âme de la nation. Le célèbre « discours à la nation allemande » (1807) de Fichte trouve là toute sa place et illustre la portée de la notion de vision du monde.

Psychologie collective donc.

Et si la pensée nazie ne se réclame pas d’un système, elle est bien plus que cela. C’est une organisation pyramidale, hiérarchisée, centralisée, dont le socle reste insondable, delphique, mythique et magique. Nullement une vérité unique et universelle. Mais il y a donc une vérité d’un ultime savoir qui ne vaut que pour ceux qui appartiennent à la race supérieure. La vérité est ici organique (Rosenberg) et se cristallise au fond du mythe et de la race.

  Ainsi, l’idée que les mots, plus que les concepts, jouent dans une vision du monde un rôle de repères et de balises qui canalisent la pensée et rendent le discours rythmique et organisé. Les mots sont chargés d’émotion, d’autant que  la LTI est une organisation linguistique où les mots courants connaissent une transmutation, une perversion dont l’utilisation est une mise en garde cassante et un ordre à exécuter. Les mots obéissent ici à une discipline lexicale autoritaire ancrée dans « la manie allemande d’organiser et de s’organiser » allant jusqu’au paroxysme, dont la toile de fond est le romantisme et l’exaltation de la figure de l’héroïsme mythique.

6.- La volonté de rupture et d’ancrage. Le vocabulaire de la  LTI est  dominé par l’action, la volonté de mouvement et sous l’emprise d’un modèle officiel : le discours d’Hitler. Aucune différence entre l’oral et l’écrit, le privé et le public. Hitler fait perdre à l’individu son essence individuelle. Et V. Klemperer note : « (…) un mot, une connotation ou une valeur linguistique commencent à prendre vie dans une langue, à exister vraiment, lorsqu’ils entrent dans l’usage d’un groupe  ou d’une collectivité et y affirment son identité » (p.80)

   Or, cela est-il propre au fascisme se demande l’auteur ? Oui et non, car c’est la situation qui est demandeuse d’action, et qui mène au fascisme, tant l’inertie et le statu quo sont grands. D’où la volonté de brusquer la langue, afin de contrer l’immobilisme, et la création des verbes et la transformation des mots poussent à l’action. Inutile de rappeler que le nazisme est une (contre) révolution, pourvu que l’analyse intègre son dynamisme contradictoire comme l’écrit V. Klemperer : «  Dans toute révolution qu’elle touche le domaine politique, sociale, l’art ou la littérature, deux tendances sont toujours à l’œuvre : d’abord la volonté d’aller vers quelque chose de complètement nouveau – le contraste avec ce qui avait cours jusqu’ici étant violement accentué, puis le besoin de rattachement, le besoin d’une tradition qui légitime. Et, il ajoute : (…) « ces deux tendances sont nettement apparentées dans la manière dont prénomme ou débaptise » (p.111)

7. – La pathologie lexicale. Sans doute, écrit V. Klemperer à maintes reprises, il existe un lexique nazi. Mais, les nouveaux mots sont des anciens mots qui acquièrent un nouveau sens par corruption ou par perversion. La linguistique deviendra une discipline des sciences raciales. Le mot peuple se trouve associé à toute sorte des déclinaisons nouvelles : fête du peuple, camarade du peuple, communauté du peuple, étranger au peuple, issu du peuple, chancelier du peuple, l’état du peuple, etc.

Il y a là une langue de la peur. L’étranger devint un étranger à l’espèce. Certes, le nazisme n’invente pas : la notion de « limpieza de la sangre » se trouve bel et bien en Espagne au XVIIIe siècle.

Et le passage de la parole politique à la parole religieuse. La langue des évangiles dans leur forme, mais corrompue dans leurs sens, est largement utilisée

8.- Autres indices linguistiques : Abréviations et ponctuation. V. Klemperer note que le nazisme – autant que tous les totalitarismes – use et abuse des abréviations. C’est une accélération de la langue, laquelle se fait l’écho de la vitesse introduite par le commerce et l’industrie, la publicité et le cinéma. Les abréviations s’installent où la technicité et l’organisation s’imposent. Et chez les nazis, ce sont deux dimensions exorbitantes.

Nombreuses abréviations (impossibles de retranscrire ici) illustrent les propos de l’auteur. Par exemple : l’AEG (alles echte germanen) : rien que des authentiques germains. C’est une expression abrégée utilisée dans le langage quotidien y compris par les victimes.

Une autre observation met en relief l’emploi particulier des signes de ponctuation. Si le point d’interrogation est le plus important des signes de ponctuation (Renan), la langue nazie n’en fait pas un grand usage. Non plus du point d’exclamation. L’auteur le constate, mais ne donne pas une réponse. C’est là une de nombreuses observations qui demandent une analyse approfondie. En revanche, la LTI utilise à satiété les guillemets ironiques. C’est une sorte d’accompagnement de l’intonation des discours d’Hitler et de Goebbels. Dans la presse l’avalanche de guillemets est utilisée pour rendre ambiguës  les « victoires » rouges, la « stratégie » rouge, les « hommes d’Etat » (Churchill), etc.

9.- L’hubrys de LTI : le sentimentalisme et la convoitise du monde. La persuasion nazie est une rhétorique de la démesure, malgré la pauvreté du langage nazi, sous la forme d’un matraquage des mots et des images où l’émotion déplace l’analyse de la société et de l’interaction humaine.  Et en grande partie les passions et  les sentiments occupent la grande place réservée, jusqu’à l’arrivée du nazisme au pouvoir, à la pensée et la raison dans le cadre de la culture moderne.

C’est par la sentimentalisation – écrit V. Klemperer –  que le discours nazi passe sous une forme populaire avec toute sa tonitruante hypocrisie. Le mécanisme persuasif consiste à mettre le vécu de la masse (hypertrophié et formé) au centre du discours, afin de faciliter le passage à la croyance dans un « jusqu’au boutisme » maintes fois évoquées par Hitler lui-même dans  Mein Kampf. Les mots sortent ainsi, directement, des expériences « vécues », lesquelles sont  pliées et caricaturistes, afin de rendre les récits historiques dramatiques et poignants. Enfin, le  discours sentimentaliste est la méthode a travers laquelle le pathos érudit se troque en force prometteuse d’un avenir étincelant. C’est une disposition à priori méfiante à l’égard de l’intelligence humaine, et subtilement proche des forces immanentes de la nature ; une tendance religieuse laïcisée, un débordement romantique qui précède à l’exaltation de l’idée germanique d’ordre. Bref, un agencement des idées-forces conquérantes qui éclatent émotionnellement au milieu de la foule à un moment de grande détresse et fragilité rationnelle.

La foi et l’adoration d’Hitler

Les caractéristiques du discours nazi, mises en évidence par V. Klemperer, aident à mieux comprendre la vénération suscitée par Hitler et l’emprise exercée par son régime sur les masses allemandes. La formule mainte fois usitée par les partisans nazis « j’appartiens au Führer » est le reflet d’une étonnante conviction religieuse. Une femme dira à l’auteur afin de justifier son culte à Hitler: « sans la foi, l’intelligence est stérile. Il y avait dans sa voix – dit Klemperer – un spasme, un enthousiasme inébranlable qui se décline dans une autre sentence : « je crois en lui ». Cela découle d’une conviction profonde : « comprendre ne fait rien avancer, mais croire fait de miracles » !

Entre 33 et 45, la LTI véhicule une foi inébranlable dans le caractère indestructible de la nouvelle allemagne. Rien ne viendra après le IIIe Reich ! Le Reich est éternel ou presque, et le Führer, par un mécanisme d’identification, s’est élevé au rang de Dieu. Ainsi, la propagande joue à fond sur le registre de la déification, jusqu’au point de faire appel à une « croisade » nazie pour le Reich. Il ne faut pas oublier que ce vieux mot germanique (Reich) ne veut pas dire seulement royaume. Il exprime quelque chose de plus important qu’un état, puisqu’il ait du domaine de l’éternité spirituelle. La chose sacrée. Le IIIe Reich s’éleva ainsi au-dessus de la réalité vers l’au-delà ancestral. Là, toute la culture germanique ancienne s’éveille dans un souffle d’ordre supranational, dont la quête de ses racines alimente la propagande et ses diverses manifestations qui font appel de manière voilée à la magie, à l’oracle, à la puissance du  caractère allemand et à la magnificence de la démesure. Et généralise le mépris de toute frontière, ce qui justifie le rêve de domination totale. .

L’éducation de l’héroïsme et l’antisémitisme primaire

D’abord le corps, puis le caractère. Hitler présente sa politique comme un « endurcissement physique ». Il montre sa haine pour l’homme qui pense sans discipline ni combat. D’où l’exaltation du soldat comme un modèle. Et même le sport trouve sa place dans le monde guerrier des nazis. La boxe occupe une place de choix. Goebbels en fait la source des énormes métaphores. Et même la victoire de la « juive » Hélène Meyer (fleuret) est fêtée comme un évènement national-socialiste. Car, ce n’est pas l’esprit qui décide de la victoire, mais le courage des combattants. La rage de vaincre du guerrier trouve ses symboles modernes : le pilote de courses d’auto, le boxeur, puis le pilote de chars. Tout est dans le grand théâtre de la guerre. Et la guerre est la maîtresse de l’éducation de l’héroïsme

Cependant, signale Klemperer, le nazisme efface une autre facette de l’héroïsme. Car il ne suffit pas de risquer sa propre vie et d’accomplir un acte courageux. Un criminel peut faire pareil. Les nazis ne se rapprochent pas du héros (greco-latin), lequel est un homme qui réalise ces actes pour élever l’humanité sans vanité. L’héroïsme antique n’était pas une guerre de conquête. Ainsi, l’héroïsme n’est nullement du côté nazi, mais dans le camp de ses victimes, au sens propre et figuré. Là, l’héroïsme était authentique, tandis que chez Hitler l’héroïsme n’était qu’une litanie sinistre et un éloge funèbre.

Pour finir, disons que cette atmosphère d’extase lyrique mène à une contagion idéologique, dont les effets sont ahurissants et cathartiques. Et encore davantage révélateurs de la soumission et du silence total imposés aux victimes. On trouve dans l’ouvrage de Klemperer des observations lumineuses sur l’absurdité maladive qui pousse les Allemands de souche à se plier à des règles qui provoquent des vexations ordinaires contre les juifs. Par exemple : les juifs n’avaient pas le droit de verser des cotisations à la société de protection des animaux. Car un chat qui vivait chez un juif était « perdu pour la race ». Violence perverse jusqu’à la nausée, donc.

A. Dorna

Notes

1  Victor Klemperer LTI : La langue du IIIe Reich. A. Michel. 1996

Pour citer ce document

Alexandre Dorna, «La lingua horribilis du IIIe Reich : l’apport de Victor Klemperer à la compréhension du nazisme», Les cahiers psychologie politique [En ligne], numéro 7, Juillet 2005. URL : http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=1173

Nucléaire : une maladie d’État

https://blogs.mediapart.fr/ribault/blog/210417/nucleaire-une-maladie-d-etat

le 21 avr. 2017

Les formes multiples que revêt la transmission intergénérationnelle de cette maladie d’État qu’est le nucléaire, ne semblent pas émouvoir. Au contraire. « Le nucléaire est un choix français et un choix d’avenir. C’est le rêve prométhéen ! », selon Emmanuel Macron, rejoint par Corinne Lepage. S’agit-il d’un rêve prométhéen ou d’un cauchemar ? Le responsable scientifique du Laboratoire international associé « Protection humaine et réponse au désastre » de l’Institut des sciences humaines et sociales du CNRS et chercheur au Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques, Thierry Ribault livre son éclairage.

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« C’est dit c’est fait« , gazouillait sans ponctuation, Ségolène Royal sur les réseaux sociaux, deux semaines avant les élections présidentielles, annonçant la signature et la publication du décret autorisant l’arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim. Il fallait bien une fois de plus sauver les apparences, trompeuses par définition. De fait, outre lʼ »indemnisation » de 450 millions dʼeuros qui sera versée à EdF dʼici à 2021 pour compenser les pertes de recettes des deux réacteurs, et les indemnités versées jusquʼen 2041 au même opérateur en fonction de paramètres tels que lʼévolution des tarifs de lʼélectricité, c’est aussi au prix d’un démarrage à venir de l’EPR de Flamanville (dont le chantier a été lancé en 2007 et le coût initial de 3,3 milliards d’euros réestimé en 2015 à 10,5 milliards) que la fermeture de Fessenheim a été concédée.

Où l’on voit à l’œuvre Mme Royal, présidente de la COP 21, chargée des relations internationales sur le climat, candidate (perdante, bien que le poste ait été « promis à une femme ») à la direction du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et accessoirement représentant spécial de la communauté des « responsables » passés maîtres dans l’art de relancer le nucléaire en se donnant des airs d’en sortir.

On s’en étonnera peu, tant les chantages sont monnaie courante dans ce secteur d’activité où se vérifie pleinement la loi selon laquelle tout ce qui n’est jamais sanctionné est véritablement permis. C’est que le nucléaire est en effet une maladie d’État. Qu’il en soit propriétaire ou non, que le « parc » sur lequel il est censé veiller soit en marche ou à l’arrêt, qu’il finance l’avant catastrophe, la préparation à celle-ci, ou sa « gestion » après qu’elle soit survenue, l’État doit indéfiniment ponctionner les ressources collectives pour faire face à la récidive atomique. Nous proposons de rendre compte de quelques manifestations récentes et pour le moins spectaculaires des différentes facettes de cette infirmité structurelle qui touche l’État atomique dans de nombreux pays.

Un réacteur nucléaire de perdu, dix de retrouvés

Le 21 mars dernier, le ministre de l’Industrie Hiroshige Seko et la sus-citée ministre de l’Environnement et de l’énergie Ségolène Royal ont signé un accord de collaboration pour le prototype ASTRID de réacteur refroidi au sodium, qui devrait démarrer « dans les années 2030 » et  dont le seul coût de développement coûtera au bas mot 5 milliards d’euros. C’est à ce prix qu’il a été mis fin, en décembre 2016, au surgénérateur japonais … de gouffres financiers de Monju. Ce réacteur à neutrons rapides était censé doter le Japon d’un programme complet de recyclage de son combustible nucléaire, où le plutonium extrait du combustible retraité pourrait être utilisé dans d’autres réacteurs. Les avaries à répétition auront toutefois eu raison de ce projet qui a coûté 10 milliards d’euros depuis sa construction en 1986, dont l’entretien revient à 163 millions d’euro par an, dont le démantèlement prévu pour les trente prochaines années coûtera plus de 3 milliards d’euros, et qui n’aura produit de l’électricité que durant six mois. Autant dire qu’au regard de ce que ce jeune retraité aura englouti durant sa courte vie, les parachutes dorés des patrons du CAC 40 sont de l’ordre de l’argent de poche. Toutefois, ni l’expérience de cet échec, ni les réticences d’un haut responsable du ministère japonais de la science considérant encore l’automne dernier que, dans cette coopération avec la France, « le Japon pourrait bien finir comme la vache à lait du projet français », n’auront eu raison de l’apparente impériosité et de la réelle impéritie nucléaristes.

Une industrie qui sait se rendre utile

Dans cette logique du « on n’a jamais rien sans rien », l’industrie nucléaire finit toujours par avoir tout, c’est-à-dire par disposer librement de la manne publique pour garantir sa pérennité. Quel que soit le problème auquel nos sociétés et nos économies se trouvent confrontées – emploi, inflation et niveau de vie, réchauffement climatique, indépendance énergétique, balance commerciale – la résolution prétendue de ce problème consiste désormais quasi-systématiquement à reremplir les poches percées d’une industrie nucléaire qui prétend depuis sa naissance, pourtant récente, que sans son éternisation l’humanité n’a aucun avenir. C’est ainsi que la lutte pour « sauver le climat » fait partie de la gamme très étendue des bouées de secours lancées à une industrie indéfiniment « dans le besoin », qui a fait sienne une des lois du maniement profitable des affaires économiques selon laquelle ce qui ne s’étend pas doit disparaître, faisant ainsi fi de ce que son extension fait effectivement disparaître.

Il n’a pas dû échapper aux observateurs que le plan de Barak Obama pour le climat, récemment abrogé par l’administration de Donald Trump, consistait à conserver le nucléaire comme « énergie de base » dans le mix-énergétique américain, en lui garantissant une part de 20% de la production électrique, part stable depuis trois décennies. Le Clean Power Plan d’Obama, dans lequel « l’électricité nucléaire est un partenaire clé pour atteindre les objectifs », appelait en effet non seulement à maintenir les centrales nucléaires existantes, mais il enjoignait aussi à développer leurs capacités de production et à en construire de nouvelles.

Dans leur remise en cause de ce plan, essentiellement à coup de communication publique et au grand dam des défenseurs du climat, les climatosceptiques de l’administration Trump n’ont fait ni plus ni moins qu’assurer le maintien de cette part visiblement inamovible de l’électro-nucléaire au niveau prévu par le plan de l’administration précédente, qu’ils prétendent pourtant avoir mis en pièces. Parler de « contre-révolution énergétique » au sujet de Trump comme l’ont fait certains commentateurs – données pourtant en main – mérite donc d’être largement nuancé, et pendant qu’experts, citoyens et médias s’invectivent sur la part à attribuer au charbon et au gaz dans la production d’électricité, personne ne s’interroge sur la signification de la constance avec laquelle, d’Obama à Trump (en passant par Hollande), celle du nucléaire perdure contre vents et marées. Dans le monde de l’Atom for Peace, le sauvetage du climat ne parvient décidément pas à faire chambre à part avec celui du nucléaire : que l’on soit climatosceptique ou climatocrédule, on n’en demeure pas moins un fidèle nucléariste.

Où l’on reconnaît un État malade du nucléaire, à sa volonté de nous familiariser avec le pouvoir de celui-ci – comme s’il avait depuis toujours été là – et d’en garantir de ce fait la sanctuarisation, alors même que l’on sait combien tous les usurpateurs ont toujours voulu faire oublier qu’ils viennent d’arriver.

Le rachat de Westinghouse par Toshiba : « un modèle d’acquisition étrangère réussie »

Que le nucléaire est une maladie d’État, cela nous est amplement confirmé, malgré l’indifférence feinte qui l’entoure, par le mode de gestion d’un des plus gros scandales financiers de notre époque : la falsification à répétition de ses comptes par le groupe Toshiba, impliqué dans le démantèlement de la centrale de Fukushima, qui vient de se solder par l’annonce d’une perte nette de 9 milliards d’euros fin mars 2017 – soit la perte la plus importante jamais atteinte par un industriel japonais – , une situation nette déficitaire de 5,3 milliards d’euros, et la mise en faillite de Westinghouse, sa filiale américaine de construction de centrales nucléaires.

Lorsqu’en 2006, dans l’euphorie de la « renaissance nucléaire », Toshiba a racheté pour 5,4 milliards de dollars – soit deux fois son estimation initiale – l’Américain Westinghouse, inventeur des réacteurs à eau pressurisée dont les brevets sont à labase du parc nucléaire français,son président Atsutoshi Nishida avait déclaré : « Je veux faire de ce rachat un modèle d’acquisition étrangère réussie ». Les autorités japonaises ont apporté à Toshiba un soutien considérable à sa politique d’acquisition dans le nucléaire américain, que ce soit à travers des prêts à faible taux ou en accordant des garanties de prêts apportées par la banque d’État Japan Bank for International Cooperation. Onze ans, et quelques démissions plus tard, le groupe japonais de 190.000 salariés est au bord de la faillite et se retrouve contraint de céder son activité de mémoires flash, valorisée à 12,1 milliards d’euros, qui constituait son fer de lance, pour compenser les pertes entraînées par le dépôt de bilan de Westinghouse le 29 mars 2017, en lien avec l’explosion des coûts de construction de quatre centrales nucléaires en chantier aux États-Unis.

Des racheteurs coréens, taïwanais et américains sont sur les rangs pour reprendre l’activité de mémoires flash de Toshiba. Mais dans la résolution de la crise que traverse le groupe, l’État japonais entend jouer à nouveau un rôle central puisqu’il envisage d’injecter des fonds à la fois par le biais du consortium public-privé Innovation Network Corporation of Japan, et par celui de la Development Bank of Japan. Ces deux structures pourraient acquérir plus des deux tiers des parts de la filiale de semi-conducteurs Toshiba Memory, valorisée à 18 milliards de dollars. La production de mémoires flash est considérée comme une activité stratégique, car elles sont non seulement utilisées dans le secteur civil mais aussi dans l’industrie de la défense, jouant un rôle clef dans la sécurité nationale du Japon.

Du côté américain, l’administration Trump n’entend pas lâcher Westinghouse, désormais mise en vente par Toshiba, dans la nature, surtout chinoise. De fait, la nouvelle génération de réacteurs AP-1000 que Westinghouse envisageait de construire sur deux sites américains est observée de près par la Chine dont le niveau technologique est moins avancé. Freiner le rattrapage chinois est donc un premier motif de réticence des Américains vis-à-vis d’un rachat éventuel. Le second motif est plus stratégique. Bien que Westinghouse ne fabrique pas d’armes nucléaires, un accès des Chinois à la technologie de Westinghouse pourrait leur permettre d’améliorer leur arsenal. Ainsi, que ce soit à travers un blocage du Committee on Foreign Investment in the United States (CFIUS) au motif d’une menace sur la sécurité nationale, ou que ce soit en encourageant un racheteur américain ou situé dans un pays « ami » à se positionner sur la reprise de Westinghouse, l’État (sa bourse et celle de ses contribuables) sera, là encore, un acteur décisif. Il en va de même pour les Japonais, qui ne souhaitent pas voir leur voisin chinois effectuer un bond technologique jugé préjudiciable à leurs intérêts économiques et militaires.

Incidemment, on apprend le 5 avril 2017 que le Français Engie souhaite exercer auprès de Toshiba son droit de revente de sa part de 40% dans le partenariat que les deux firmes ont dans NuGen pour la construction de trois réacteurs à Moorside, dans le nord-ouest de l’Angleterre, un chantier confié à la défaillante Westinghouse. Toshiba est donc désormais l’unique propriétaire de NuGen, et cherche des investisseurs pour un projet de 20 milliards de dollars. Le gouvernement britannique qui souhaite renouveler son parc nucléaire prospecte actuellement des repreneurs en Corée du Sud.

Mitsubishi Heavy Industries et Hitachi sont également des constructeurs de réacteurs nucléaires dont les aventures financières sont soutenues par l’État : le premier vient d’annoncer, sous le haut patronage de Abe et Hollande, l’acquisition d’une part de 5% dans une filiale d’Areva dédiée au retraitement, tandis que le second vient d’essuyer une perte de 65 milliards de yen dans le cadre de son partenariat avec l’américain General Electric dans le domaine des combustibles nucléaires. Des discussions sont en cours sur une éventuelle fusion des activités nucléaires des trois groupes japonais.

Nous conclurons provisoirement que l’industrie nucléaire n’est pas seulement passée maître dans l’art de faire oublier les dégâts et les victimes de ses catastrophes, mais également dans celui de faire éponger les factures qu’elle ne réglera jamais.

Une machine-Fukushima assoiffée de liquidités

Autre symptôme, postcatastrophique celui là, de la maladie d’État qu’est le nucléaire, l’estimation du coût du désastre de Fukushima a été multipliée par plus de 12 depuis 2011, pour atteindre, selon le Japan Center for Economic Research, 626 milliards d’euros en mars 2017, sans compter les coûts liés au futur stockage des cœurs fondus. En outre, ce coût appelé à croître – représentant près de trois fois l’estimation récente du coût d’une sortie complète du nucléaire en France (217 milliards d’euros) réalisée par un « think-tank » pronucléaire – n’inclue aucune dépense liée à la détérioration de la santé des habitants du département de Fukushima et de ceux des départements adjacents touchés par la contamination radioactive.

Faisant fi des mesures de libéralisation du marché de l’électricité qu’il a pourtant lui-même instaurées, le gouvernement Abe a décidé de mettre autoritairement à contribution les opérateurs d’électricité nouvellement arrivés, notamment les fournisseurs d’électricité issue de ressources renouvelables, dont les tarifs d’utilisation des lignes de transmission qu’ils empruntent seront augmentés. Ce coût sera répercuté sur les consommateurs, y compris sur ceux ayant fait le choix de ne pas se fournir auprès d’un opérateur d’électricité d’origine nucléaire.

On considère aujourd’hui qu’une provision pour financer les dommages liés à un accident nucléaire aurait dû être constituée depuis les années 1960, même si, depuis les débuts du nucléaire japonais, autorités et opérateurs se sont toujours targués de la « sûreté » de leurs installations. Les profits accumulés par les opérateurs d’électricité nucléaire n’étant pas considérés comme une source potentielle de financement des dédommagements liées à l’accident, c’est donc désormais aux Japonais ayant bénéficié d’une électricité « bon marché » dont le prix n’incluait pas ces coûts, d’en supporter la charge réelle. Le même raisonnement de répartition de la charge, et au final de la responsabilité, a été adopté concernant les coûts de démantèlement de la centrale, tant il est vrai que la machine-Fukushima a besoin d’argent frais pour continuer à fonctionner ad vitam aeternam.

Le « rêve prométhéen du nucléaire » de M. Macron

Les formes multiples que revêt la transmission intergénérationnelle de cette maladie d’État qu’est le nucléaire, ne semblent toutefois pas émouvoir. Au contraire. « Le nucléaire est un choix français et un choix d’avenir », déclarait Emmanuel Macron, le 28 juin 2016, lors de la cérémonie d’ouverture de la World Nuclear Exhibition (WNE) qui se déroulait au Bourget. « La WNE est la vitrine du nucléaire dans un pays qui croit au nucléaire », avait-il encore assuré. « Nous croyons au nucléaire, non pas parce que c’est un héritage du passé mais parce qu’il est au cœur de notre politique industrielle, climatique et énergétique.. Pas le nucléaire actuel, mais le nucléaire à venir. Le nucléaire, c’est le rêve prométhéen ! » avait conclu M. Macron à mi-chemin entre l’ébahissement immature du jeune garçon devant sa première maquette de navette spatiale et l’élan extatique du gourou de secte religieuse…

Pour les Japonais, le rêve atomique « prométhéen » de M. Macron (rejoint par Corinne Lepage) – qui aurait d’ailleurs tout aussi bien pu être celui de M. Fillon, ou de M. Hamon  (rejoint par Yannick Jadot) remarié avec M. Montebourg qui déclarait à tout vent après l’explosion des trois réacteurs nippons que « le nucléaire est une filière d’avenir », et d’autres encore – ce rêve atomique donc, a plutôt des allures de cauchemar : celui de l’infernale machine-Fukushima qui, depuis plus de six ans et pour des dizaines d’années encore, s’avère une toujours plus inépuisable, insatiable et monstrueuse dévoreuse d’eau, d’espace, de liquidités et de liquidateurs.

Certes, Monsieur Macron ignorait en quel sens l’adjectif « prométhéen » était judicieusement choisi : Prométhée était un Titan auquel Zeus infligea une torture terrifiante. Or c’est à un travail titanesque effectivement, en plus que terrifiant et mortel, que sont soumis les hommes désormais asservis à cette machine-Fukushima, qui est la matérialisation de l’idéologie nationale-nucléariste. Cette idéologie nous fournit sans doute la meilleure définition que l’on puisse donner de la maladie d’État qu’est le nucléaire : elle est cette affection qui transforme le désastre en remède, et chacun d’entre nous en son cogestionnaire citoyen.

2017-04-22_Thierry-Ribault_CNRS.jpgThierry Ribault

 

Économiste au Clersé-CNRS-Université de Lille 1

Institute for Advanced Study

Hanse-Wissenschaftskolleg

Delmenhorst, 21 avril 2017

 

Co-auteur avec Nadine Ribault de:

« Les sanctuaires de l’abîme –  Chronique du désastre de Fukushima -« 

aux Éditions  de  l’Encyclopédie des nuisances, Paris, 2012.


reçu par mail

en complément nous plaçons  un texte de  Pierre Péguin Astrid, attention de mai 2017 ici en PDF

et la pièce joint en PDF du texte Astrid, attention

radio Egregore du 16 mai 2017:Entretien avec Rachid Oujdi

Entretien avec Rachid Oujdi

 

Rachid Oujdi est, parmi ses multiples casquettes, réalisateur de documentaires. Son dernier film, « J’ai marché jusqu’à vous – récits d’une jeunesse exilée » sera projeté samedi 20 mai à Reims dans le cadre d’une journée consacrée au Mineurs Isolés Etrangers

En attendant leur majorité, ils sont censés se trouver sous la protection de l’Aide Sociale à l’Enfance. Mais avant cette « mise à l’abri » rarement immédiate, ces jeunes subissent la rue, les réseaux malveillants et la suspicion des institutions.

Un parcours éprouvant filmé avec distance et pudeur qui révèle un double paradoxe. Car à leur majorité, ces jeunes n’auront, peut-être, pas la possibilité de rester sur le territoire français.


Pour écouter l’émission :

Pour télécharger l’émission : (ici)

Bruxelles (Belgique) Nouvelle séance de la Chambre du Conseil le 30/05/2017 dans le procès contre des anarchistes et anti-autoritaires

https://lalime.noblogs.org

Une nouvelle séance de la Chambre du Conseil est fixée pour le 30/05/2017 dans le cadre de l’enquête antiterroriste contre des anarchistes et des anti-autoritaires en Belgique. Cette nouvelles séance fait suite à celle de l’année dernière (en mai 2016), reportée pour des questions de langues. La Chambre du Conseil déterminera s’il y a lieu de confirmer la tenue d’un procès et, si oui, sous quelles accusations.

Vous trouverez ici le texte qui revient sur cette enquête, mis à jour, en format PDF.

Concentration capitalistique dans l’édition : la méthode Nyssen

http://larotative.info

Dans les couloirs de la culture tourangelle, d’aucuns se félicitent de la nomination de Françoise Nyssen comme Ministre de la culture. Mais savent-ils vraiment qui elle est ? Ce texte, dont voici quelques extraits, en donne un aperçu. Il a initialement été publié en 2011 sur le blog des éditions Agone.

[…]
Après des flots de plaintes « amères » contre les « arrangements entre éditeurs » et d’étonnement devant les « étrangetés scientifiques [sic] » du système des prix littéraires, le petit éditeur en Région [Actes Sud], décroche un Nobel deux ans avant de participer au partage du gâteau : le Goncourt en 2004, le Femina en 2006, en 2008 celui du Livre Inter tandis qu’en 2009 trente-cinq ouvrages d’Actes Sud ont reçu un prix ; en 2000, treize ans après avoir acheté sa première maison et trois autres entre-temps, le petit éditeur indépendant accueille dans sa holding le géant italien Rizzoli (RCS Media Group) ; enfin, lorsque Antoine Gallimard est élu en mai 2010 à la présidence du syndicat (patronal) de l’édition (SNE), l’équipe qu’il met en place accueille trois nouveaux, dont… Françoise Nyssen.

Au moment où celle qui recevra le « prix de la Femme d’affaires de l’année », décerné par Veuve-Clicquot, commence sa carrière chez Actes Sud, la maison d’édition que son père vient de créer, Françoise Nyssen déclarait : « J’ai vite appliqué la politique de la calculette. [1] » On ne peut dire aussi exactement comment l’acte fondateur d’Actes Sud n’est pas plus le premier livre que les succès d’une vieille conteuse russe et d’un beau ténébreux new-yorkais mais la fusion-acquisition par la famille Nyssen d’un des plus gros propriétaires immobiliers d’Arles, Jean-Paul Capitani. Ce qui permet à ce dernier de convertir un héritage assez peu présentable dans les salons littéraires mais bien utile pour traiter avec les banquiers et les élus : diverses sociétés de location de logements, de terrains et autres biens immobiliers ainsi que plusieurs exploitations agricoles allant de la culture de céréales à l’élevage de bovins [2].

[…]
Mobilisant ses cours de première année à l’université, Françoise Nyssen expose ce « style nouveau dans le monde de l’édition » :

« Nous sommes attentifs à utiliser un autre vocabulaire. Nous réfléchissons au concept d’“entreprise humaine”. Il existe d’autres voies que celles de l’économie classique. Nous devons appliquer le nouveau paradigme des sciences [celui du principe d’incertitude de Heisenberg] à l’économie : l’entreprise n’est pas figée dans un schéma, elle est vivante. »

On croyait que cet « autre mode de gouvernance » appartenait depuis plus de vingt ans au vieux vocabulaire de la révolution néolibérale. Eh bien non, il a été inventé par les Nyssen dans une bergerie provençale à partir des principes de la « révolution de la physique au XXe siècle ».

[…]
On raconte entre libraires qu’un confrère s’est trouvé engagé récemment dans un dialogue avec un taxi arlésien :

« — Et vous faites quoi ?
— Je suis libraire.
— Alors vous devez être riche ! »

Si Arles n’avait pas déjà eu l’empereur Auguste comme protecteur et si Hubert n’était pas un humble maverick, voilà belle lurette que la ville aurait été rebaptisée « Nyssen City ». Comme on dit outre-Atlantique, « Ce qui est bon pour Actes Sud est bon pour la Provence ».

Lire le texte dans son intégralité.


Notes

[1ibid.

[2Comme les informations suivantes, données issues de Societes.com.