Monthly Archives: octobre 2015

Mulhouse : La Croix-Rouge, collabo de l’enfermement et des expulsions, recolte la haine

attaque

C’est un mélange de consternation et d’incompréhension que ressentent, depuis hier matin, les 40 secouristes bénévoles de l’unité locale de Mulhouse et environs de la Croix-Rouge française et leur présidente, Valérie Riesterer. Dans la nuit de lundi à mardi, entre 4 h et 5 h, trois de leurs véhicules ont été incendiés sur leur lieu de stationnement, un parking ouvert rue d’Illzach : une ambulance, un véhicule de logistique et la voiture d’un bénévole. La chaleur et la fumée ont également rendu inutilisable le matériel qui a pu être extrait des véhicules (mannequins, brancards, sacs de formation…).

Hier matin, c’est avec désolation qu’ils ont regardé les épaves partir à la fourrière. « Nous sommes une équipe avec une synergie de groupe mais là, nous nous posons la question de notre existence. Nous sommes présents pour les autres, nous avons toujours honoré nos postes de secours et nous avons été vandalisés : notre raison d’être a été détériorée , exprime Valérie Riesterer, sous le choc. Sans matériel mécanique, logistique et de secours, nous ne sommes rien. »

L’incendie fait suite à de précédents actes de vandalisme puisque déjà dans la nuit de samedi à dimanche, les mêmes véhicules avaient subi des dégradations : vitres brisées, fils du neiman arrachés, pansements volés… Une première plainte a été déposée lundi matin au commissariat de Mulhouse. Quelques jours plus tôt encore, le pneu d’une des voitures de la Croix-Rouge avait été retrouvé crevé.

« C’est la première fois que ça nous arrive, c’est gratuit , témoigne Valérie Risterer. Le Secours populaire il y a quinze jours, maintenant la Croix-Rouge… Des associations caritatives qui fonctionnent avec des bénévoles : on se pose des questions » , poursuit la présidente de l’unité locale.

« Nous avions trois véhicules au total, deux ambulances et un véhicule de logistique. Il ne nous reste qu’une seule ambulance. Nous essayerons d’assumer, mais dans ces conditions, nous sommes dans l’impossibilité d’assurer des postes de grande envergure comme celui du carnaval de Mulhouse par exemple. Et si nous n’avons plus ça, nous n’avons plus de rentrée d’argent » , s’inquiète la bénévole.

[…]

Valérie Riesterer s’est rendue au commissariat de Mulhouse, hier matin, afin d’y déposer une seconde plainte. L’enquête sur cet incendie, dont l’origine criminelle ne fait guère de doute, a été confiée à la brigade de la sûreté départementale de la police de Mulhouse. La tâche risque d’être difficile, car aucun indice n’a été retrouvé sur place et le secteur n’est pas sous vidéosurveillance. Impossible également d’effectuer pour l’instant un rapprochement avec le saccage des locaux du Secours populaire, il y a quinze jours, même si les similitudes sont troublantes.

Pandora 2 : neuf compagnon-nes arrêté-es et série de perquisitions à Barcelone/Manresa

Mercredi 28 octobre 2015 vers 6h, les mossos d’esquadra (police autonome catalane) sur ordre de l’Audiencia Nacional de Madrid [parquet anti-terroriste] ont procédé à dix perquisitions contre des locaux (Ateneo Libertario de Sants et le Centre Social La Revoltosa) et des domiciles anarchistes de Barcelone et Manresa. Neuf compagnon-nes ont été arrêtés, sept hommes et deux femmes (deux à Sants, deux à Sant Andreu et trois à el Clot -Barcelone- et deux à Manresa). Cette opération s’inscrit dans le cadre de l’opération Pandora contre les GAC (Grupos Anarquistas Coordinados), accusés d’être la branche locale de la FAI/FRI.

En décembre 2014 à Barcelone et Manresa, en plus de perquisitions des Athénées libertaires de Sant Andreu et de Poble Sec et du squat Kasa de la Muntanya, sept compagnon-nes avaient déjà été arrêté-es puis libérés sous caution un mois plus tard avec les mêmes charges, et quelques détails sur les attaques attribuées aux GAC.
En mars 2015 à Madrid, Barcelone, Palencia et Grenade, lors de l’Opération Piñata, 17 lieux avaient ensuite été perquisitionnés dans une seconde enquête concernant les GAC (6 centres sociaux – dont La Quimera, La 13-14, la Magdalena et La Enredadera dans les quartiers de Lavapiés, Vallecas et Tetuán à Madrid, La Redonda de Grenade, et 11 domiciles particuliers), se soldant par l’arrestation de 14 personnes. Cinq avaient été incarcérées puis libérées trois mois plus tard. Au total, avec la dernière opération, près de 60 personnes ont été arrêtées pour appartenance aux GAC (et plus d’une vingtaine inculpées).

Les compagnons sont une fois de plus pris en étau
entre le terrorisme d’Etat catalan et terrorisme d’Etat national espagnol qui se tirent la bourre (il y a deux enquêtes à ces deux niveaux-là contre les GAC), provoquant même des dissensions politiciennes au sein des nationalistes catalans : la CUP a immédiatement déclaré que les Mossos catalans n’auraient pas dû obéir à une demande venue de l’Audiencia Nacional espagnole, et le ministre de l’Intérieur espagnol Jorge Fernández Díaz a répliqué aujourd’hui sur Telemadrid qu’il n’hésiterait pas à employer l’article 155 de la Constitution qui permet au gouvernement de « donner des instructions » afin d’obliger les autorités autonomes à « accomplir l’intérêt général ». De même, le porte-parole du syndicat de flics catalans (Sindicato de Policías de Cataluña, SPC)) est intervenu pour déclarer qu’il n’y avait « rien de nouveau » dans cette opération contre les compagnons, que cela se faisait depuis longtemps déjà.

Hier 28 octobre au soir s’est déroulée une manifestation à 20h plaza del Diamant, où 1300 personnes ont parcouru les quartiers de Sants et de Gràcia derrière une banderole signée d’un collectif en Twitter style déjà critiqué ailleurs (#JoTambeSocanarquista). Si des poubelles ont été cramées et plusieurs vitres de banques brisées (plus des journaflics bousculés), on peut peut aussi s’interroger sur la présence trankillou en son sein de 6 députés du Parlement de Catalogne et 2 conseillers municipaux de Barcelone (tous du parti CUP, indépendantistes de gôche alliés au nouveau gouvernement régional depuis les élections du 27 septembre dernier). D’autres manifs ont eu lieu le soir même de ces perquiz à Manresa, Igualada, Berga, Saragosse et Madrid. La presse, qui parle d’ « actions de terrorisme de type anarchiste insurrectionaliste » attribuées aux GAC, a aussi pu entamer un dialogue fructueux avec les porte-parole de l’Athénée de Sants qui ont effectué une conférence de presse avec des collectifs de quartier, des avocats et Embat (organisation libertaro-gauchiste qui promeut le « pouvoir populaire »), soulignant bien que les flics n’avaient “trouvé ni explosifs ni armes dans les perquisitions, mais des livres, des brochures et des banderoles » dans leur athénée*. Misère de la dissociation préventive (qu’en savent-ils, de ce qui a pu être retrouvé ailleurs ?) !

Enfin,le 27 octobre, veille de ce nouveau coup répressif, l’Audiencia Nacional a décidé de prolonger l’incarcération de Mónica et Francisco, arrêtés en novembre 2013, jusqu’à deux nouvelles années supplémentaires de préventive. Accusés eux-aussi de terrorisme et d’appartenance aux GAC, l’Etat les soupçonne en sus d’avoir mené l’attaque contre la cathédrale de Saragosse d’octobre 2013.

Demain vendredi 30 octobre, les neuf nouveaux arrêtés de Barcelone et Manresa passeront à Madrid (Audiencia Nacional) devant le juge d’instruction Juan Pablo González pour être possiblement inculpés d’ « appartenance à organisation criminelle à finalité terroriste ».

Liberté pour toutes et tous !

* Pour le plaisir, citons aussi cette autre perle du représentant de l’athénée libertaire de Sants surnommé Llibert : « Cela fait des années que la police s’efforce de lier anarchisme et violence, mais ce n’est pas la réalité : nous sommes des espaces de construction et de défense du droit au logement, des droits du travail ou contre la violence sexiste » (El movimiento libertario denuncia una « operación política » tras las detenciones del caso Pandora, El Diario, 29/10/2015 – 12:43h)

[Synthèse d’après Indymedia Barcelona et la presse espagnole]

Article mis en ligne le 29 octobre 2015 par Brèves du désordre

Téteghem (Dunkerque, Nord) : l’Etat trie, des migrants résistent

Téteghem (Dunkerque) : échauffourées ce jeudi matin entre migrants et forces de l’ordre

Voix du Nord, 29/10/2015 à 16:08

Ce jeudi matin, comme très régulièrement, les forces de l’ordre sont venues au camp de migrants de Téteghem afin d’effectuer une opération de comptage tout en enlevant les tentes installées de façon sauvage. Les forces de l’ordre ont essuyé des jets de pierres. Un gendarme a été blessé et transporté au centre hospitalier de Dunkerque.

Des heurts violents se sont produits ce matin vers 9 heures devant le camp de migrants de Téteghem. Un gendarme mobile a été blessé par un jet de pierre et transporté au CHD par les pompiers de Dunkerque. Présents sur le bord de la route, en jetant des cailloux, certains migrants ont également endommagé des véhicules de particuliers qui passaient route de la 32e DI, ainsi que des voitures de la police.

Afin de sécuriser les lieux, les forces de l’ordre ont décidé de fermer cet axe et de faire appel à des renforts. Le dispositif a été levé à 11 h, les migrants s’étant retranchés dans la « jungle ».

Les échauffourées ont débuté alors que les forces de l’ordre effectuaient une opération de comptage, en présence du sous-préfet de Dunkerque. Dans le même temps, les gendarmes enlevaient quelques tentes, pour limiter les installations sauvages et stabiliser le nombre de migrants dans cette « jungle », comme le souhaite le marie de Téteghem, Franck Dhersin.
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Nord : les forces de l’ordre caillassées dans un camp de migrants

Le Parisien, 29 Oct. 2015, 13h54 (extrait)

Près de 250 personnes vivent actuellement dans ce camp, contre 517 fin septembre, constitué majoritairement de Syriens, et aussi d’Irakiens, d’Iraniens et d’un petit nombre de Vietnamiens. En comptant les quelque 6.000 migrants présents autour de Calais, ce sont environ 7.000 migrants qui se trouvent sur le littoral, dont beaucoup ont l’espoir de rejoindre l’Angleterre, qu’ils considèrent comme l’aboutissement de leur voyage.

Par ailleurs, lors d’une commission parlementaire sur les crédits 2016 de la sécurité, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a assuré ce jeudi que « depuis le 25 octobre, il n’y a plus aucun migrant qui passe en Grande-Bretagne » illégalement depuis Calais.

Brèves du désordre

Marseille [Bouches du Rhône], Valence, Fontbarlette [Drôme] : Expulsions, rafles les événements s’enchainent, C R A , à nouveau expulsion d’ une trentaine de personnes d’appartements squattés

Reçu par mail
Marseille [Bouches- du- Rhône], MANIFESTATION !!! Solidarité avec les réfugiés enfermés au Centre de Rétention Administrative du Canet
A l’appel du Collectif Soutien Migrants 13, manifestation devant le
Centre de Rétention Administrative du Canet vendredi 30 octobre à 18h
précise
s. Rendez-vous place des États-Unis au Canet.

Face à l’arrivée massive de migrants cet été, on se doutait bien que
la réponse de l’Etat ne serait pas humanitaire comme il le prétendait,
mais répressive.

Depuis la semaine dernière
, les événements s’enchainent : expulsion de
la maison des réfugiés à Paris, rafles massives à Calais… Lundi, 50
personnes sont arrivées au centre de rétention de Marseille après une
rafle à Calais (1). Cela porte à plus de 100 personnes le nombre de
personnes enfermées en ce moment au Centre de Rétention Administrative
(CRA) du Canet. Leurs accès aux droits est quasi-impossible et leurs
conditions d’enfermements sont de plus en plus dures (des rats, sont
par exemple régulièrement signalés dans les chambres).

« De la guerre dans nos pays au centre de rétention en France pire que
la prison, nous ne connaissons que répression, privations de liberté
et interdictions. »

Mardi 27 octobre, 6 personnes se sont mises en grève de la faim. Elles
dénoncent les mauvais traitements qu’elles ont subies à Calais et
pendant le transfert : pas de nourriture, pas d’eau, pas d’accès au
toilettes, violence de la part de la police… Ils ne comprennent pas
et dénoncent le fait d’être enfermés alors qu’ils demandent seulement
leur liberté et la possibilité de se réfugier en Angleterre.

Pour toutes ces raisons, le Collectif Soutien Migrants 13 appelle
chacun et chacune à venir manifester sa solidarité devant le Centre de
rétention et y faire un maximum de bruit.

Contre les frontières et l’enfermement, aucun être humain n’est illégal
!
Rdv vendredi 30 octobre à 18h pétantes place des États-Unis au Canet…

Métro Bougainville, Gare du Canet, Bus n° 28 et n°38

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(1) : 50 personnes de Calais auraient été également enfermées au CRA de
Nîmes mardi 27 octobre.
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information du dauphiné libéré du 28 octobre
valence: Des familles évacués d’appartements squattés
« Depuis plusieurs mois, ils occupaient illégalement sept appartements de l’îlot Rossini dans le quartier Fontbarlettes à Valence. Ce mercredi matin, alors qu’une procédure était engagée par l’OPH à l’encontre de ces familles originaires de pays de l’Est occupant illégalement le bâtiment, une opération d’évacuation, mobilisant plus de 80 policiers sur demande de l’huissier, a été menée. Cette procédure d’expulsion à l’encontre d’une trentaine de personnes fait suite à deux jugements rendus les 26 août et 15 octobre, par le tribunal d’instance de Valence, ordonnant aux squatteurs de quitter les lieux. Selon la préfecture de la Drôme, des solutions de logements temporaires ont été proposées aux familles évacuées. »

décryptage de l’article:
il s’agit de familles demandeurs d’asile.L’illégalité c’est d’après la loi, le journal fait le porte parole de la loi. Encore une fois la bataille seulement juridique montre ses limites.
deux squats expulsés sur Fontbarlette la même année l’équipe municipale méne l’offensive

« Il n’y a aucune bonne raison d’attendre pour accomplir ce que notre cœur et notre raison nous suggèrent, ni mouvement social, ni rendez-vous avec l’histoire. Si nous avons refusé d’ajourner la diffusion de nos idées et des pratiques qui en découlent à d’hypothétiques lendemains plus propices, nous n’en ressentons pas moins la nécessité de créer les conditions qui rendent possible un renversement de l’ordre social, un fait social encore inconnu, imprévisible mais ravageur. »

Pandora III : Nouvelles vagues de perquisitions et arrestations contre des anarchistes dans la région de Barcelone

Un jour après que Monica et Francisco comparaissent devant l’Audiencia Nacional [1], il y a eu une vague de perquisitions. La scène est presque identique aux opérations précédentes, Pandora et Piñata : à 7h du matin un dispositif policer disproportionné bloque une rue et fait irruption dans un athénée, dans ce cas l’Athénée libertaire de Sants, puis dans un appartement du même quartier, ainsi qu’à Gracia, à plusieurs endroits à Sant Andreu, à deux endroits à Manresa et finalement au Centre Social La Revoltosa dans le quartier du Clot, et un appartement de plus dans ce quartier.
Il y aurait 10 perquisitions en cours et 9 arrestations.

La solidarité n’a pas tardé à se déclencher, surtout avec l’Athénée de Sants, et peu de temps après l’irruption des flics, il y avait plusieurs personnes autour du lieu. La rue principale du quartier a été coupée par des personnes solidaires envers ceux/celles arrêté-e-s et en réponse à cette nouvelle chasse aux sorcières.

On remarque assez ironiquement que cela a lieu le jour suivant des déclarations au parlement catalan qui parlaient de se séparer de l’État espagnol. On voit clairement qu’ils ne parlaient pas de se séparer de l’Audiencia Nacional en tout cas.

Selon toute vraisemblance, ces arrestations seraient la continuité des opérations Pandora et Piñata dont la cible sont les GAC (Groupes Anarchistes Coordonnées).

[Traduit de l’espagnol d’alasbarricadas.]

non fides

Villabona (Asturies) : sur la situation des compagnons Mónica et Francisco

Brèves du Désordre Actualisation sur la situation de Mónica Caballero et Francisco Solar Presque deux longues années se sont écoulées depuis que les anarchistes Mónica et Francisco ont été incarcérés, accusés d’ « appartenance à une organisation terroriste« , de « ravages » et de « conspiration« . Durant tout ce temps, ils ont affronté les cellules d’isolement de différentes prisons espagnoles, le régime FIES et la dispersion géographique, tout en ne cessant de réaffirmer leurs idées et en montrant une fois de plus l’abîme insurmontable qui sépare le monde auquel nous aspirons, nous les anarchistes, et celui que le pouvoir impose. Il peut se passer beaucoup de choses en deux ans. Il y a eu le temps par exemple de réaliser deux opérations antiterroristes supplémentaires, Pandora et Piñata, en liant les trois affaires par les sigles GAC-FAI-FRI et en mettant en examen pour « terrorisme » un total de 25 compagnons et compagnonnes de plus dans différents endroits de la penínsule. Il y a eu le temps aussi de comprendre le défi de l’enfermement, de la solidarité et de resserrer les liens entre compagnons. Mais, au delà du temps, de ses posibilités et de toutes les tentatives pour obtenir la liberté des compagnons et compagnonnes, Mónica et Francisco sont actuellement encore en prison préventive (tous deux dans la taule des Asturies), en attente de procès. Bien que la législation espagnole prévoit deux ans maximum de préventive, l’Etat peut allonger cette durée (sous l’argument de quelque caractère d’exception) de deux ans supplémentaires, de telle sorte que quelqu’un peut passer jusqu’à quatre ans dans les geôles espagnoles sans avoir été jugé. Vu qu’il reste un mois pour qu’ils aient purgé deux ans et qu’il n’y a toujours pas de date de procès, tout indique que ce dernier aura finalement lieu plus tard. Si tel est le cas, l’Audiencia Nacional devra se prononcer sur le fait de les maintenir en détention et de prolonger leur préventive de deux ans (le procès pouvant avoir lieu à n’importe quel moment de ces deux années supplémentaires) ou au contraire de les remettre en liberté dans l’attente du procès. Pour cela, à un moment ou à un autre ils devraient être transférés à Madrid et comparaitre devant l’Audiencia Nacional ; ce sera là et à ce moment que la décision sera prise sur la possible liberté provisoire de nos compagnons. Cette comparution, à huis clos, pourrait se tenir le 13 novembre, comme date limite, ou avant. Bien que l’instruction ait été close en juin et que tout semblait annoncer que le procès se déroulerait à l’automne, la récente demande d’information complémentaire de la part d’une des parties civiles, pourrait avoir pour conséquence, si elle est acceptée, le retour à la phase d’instruction jusqu’à ce que cette nouvelle information judiciaire soit close. Cela retarderait le procès d’autant. En ce moment doit être aussi décidé si cette demande est acceptée ou refusée. Nous rappelons que, mis à part le Ministère Public, deux parties civiles se présenteront au procès contre nos compagnons ; la Municipalité de Saragosse et une témoin de l’explosion dans la Basílique del Pilar qui allègue de blessures à une oreille.
En tout cas, Mónica et Francisco risquent de nombreuses années de prison au cours de ce procès. On ignore encore combien d’années va réclamer le procureur, puisque l’acte d’accusation n’est pas encore sorti, mais les délits dont ils sont accusés impliquent de lourdes peines. En dehors du terrain légal, il reste beaucoup de questions, mais il n’est pas exagéré d’affirmer que dans ce bras de fer contre la prison, l’attitude et la solidarité peuvent ébranler les objectifs de l’Etat, dès lors que nous parvenons à garder présent le soutien aux compagnons et la ferme détermination de poursuivre la lutte.
Comme tant d’autres l’ont fait auparavant et comme tant d’autres continuent à le faire, nous resterons complices de toutes celles et ceux qui se lancent dans le conflit contre la domination, font le pari de l’anarchie, sans autres certitudes que leurs propres passions. Que la lutte continue, que la solidarité s’étende !
Liberté pour Mónica et Francisco !
Liberté pour tous-tes les anarchistes emprisonné-es !
[Liberté pour tous et toutes, NdT !]
Jusqu’à la fin de l’obéissance ! Quelques anarchistes
Barcelone, octobre 2015 [Traduit de l’epagnol de Indy Barcelone, 13 oct 2015]


Pour écrire aux compagnons : Mónica Caballero Sepúlveda
Francisco Solar Domínguez
C.P Villabona-Asturias
Finca Tabladiello s/n
33422 Villabona-Llanera
Asturias, Espagne

Brochure sur l’anonymat: Mon nom est personne

Brèves du désordre:

Mon nom est personne
Contributions anarchistes à un débat autour de l’anonymat et de l’attaque
octobre 2015
48 pages

Sommaire :

Lettre à la galaxie anarchiste
(novembre 2011)

Ne dis pas que nous sommes peu ; dis seulement que nous sommes déterminés
(extrait, novembre 2012)

L’anonymat
(août 2013)

Soyons dangereux
Pour la diffusion de l’Internationale noire
(extrait, décembre 2013)

Annexe à un débat avorté sur l’anonymat et l’attaque
(mars 2014)

Notes sur un débat en cours autour de l’anonymat
(juin 2014)

Quelques points sur l’anonymat
(mars 2015)

Quatrième de couverture :

L’anonymat élimine le droit de propriété de l’auteur sur ce qu’il a fait, dépersonnalise l’action en la libérant de la particularité humaine qui l’a commise. Ce faisant, il permet que l’action devienne potentiellement un acte pluriel (et tant pis si elle excite la mesquinerie des crypto-vantards). L’action anonyme n’a pas de propriétaires, n’a pas de maîtres, n’appartient à personne. Cela signifie qu’elle appartient à tous ceux qui la partagent.

Obscurs parmi les obscurs, nous sommes tous égaux. Personne n’est devant pour guider, personne n’est derrière pour suivre. Ce que nous faisons dans l’obscurité, nous seuls le savons. Cela suffit. L’obscurité nous protège de nos ennemis, mais nous protège aussi et surtout contre nous-mêmes.

Pas de leaderships, pas de grégarismes, pas de vanité, pas d’admiration passive, pas de compétition, rien à démontrer à qui que ce soit. Les faits, crus et nus, sans médiations. Une banque a brûlé, une caserne a explosé, un pylône a été abattu. Qui l’a fait ? Peu importe, ça n’a aucune importance. Que ce soit Pierre ou Paul, quelle différence y a-t-il ? C’est arrivé, c’est possible de le faire, faisons-le !

L’anonymat,
août 2013

La dynamite ne peut pas remplacer les idées, les idées ne peuvent pas remplacer la dynamite. Ce sont deux aspects intimement liés de l’anarchisme, des aspects qui corrodent la société autoritaire : dans ses idéologies comme dans ses structures, dans ses hommes comme dans ses valeurs, dans ses rapports sociaux comme dans ses flics. Le rapport entre ces deux aspects est la perspective, et le débat devrait de fait porter sur cela. Le problème de la perspective ne peut pas être résolu en envoyant une revendication pompeuse ou en renforçant une identité-organisation-logo, ni en répétant les dix mêmes banalités de base de l’anarchisme ou ce qui ressemble à un credo de l’individualisme.

Annexe à un débat avorté sur l’anonymat et l’attaque,
mars 2014

Turquie : Raid policier contre un local anarchiste

Suite à l’organisation d’un atelier d’autodéfense, le journal d’extrême-droite Vehdet avait publié un article « Comment les anarchistes se préparent à la guerre civile », faisant une relation entre l’activité et les entrainements du PKK. Sur base de cet article, la brigade anti-terroriste de la police turque est venue une première fois au local anarchiste infiAl où avait lieu le workshop, en armes et blindés. Remballés la première fois, ils sont revenus et ont perquisitionné. Saisissant deux modèles de posters accusés d’insulter Erdogan et ses parlementaires. Trois personnes ont été arrêtées, dont l’avocat du collectif. L’avocat ne pouvant être entendu que par un procureur et les deux autres étant restés silencieux, ils seront convoqués sous peu chez le procureur.

Les trois sont accusés d’insultes contre Erdogan et ses parlementaires et d’appartenance à une organisation terroriste.

Sabotage antinucléaire en Italie : Encore sous procès dix ans après

Lettre de Mariangela
NdNF : Dans la nuit du 22 au 23 septembre 2005, un pylône électrique est dynamité à Molina di Quosa (province de Pise). Il ne tombe pas, mais est gravement endommagé. Quelque mois plus tard, le parquet de Florence prétend avoir trouvé les auteurs de cette attaque (et d’une bombe contre une agence d’intérim de Pise). Dix compagnon.ne.s du cercle Il Silvestre de Pise, également à l’origine du journal Terra Selvaggia sont arrêtés. L’accusation d’association subversive justifie les arrestations et la détention, des mois durant, de trois compagnon.ne.s (et plusieurs arrestations domiciliaires). Elle tombe lors du procès en première instance, duquel tout le monde sort acquitté. Aujourd’hui, dix ans après, la justice revient à la charge. Voici un texte de l’une des inculpé.e.s.

Notre solidarité aux compagnon.ne.s sous procès, notre estime à tous ceux et celles qui s’en prennent à ce monde.

Du 5 au 19 octobre se tiendront à Florence les audiences du procès en appel pour les délits spécifiques [c’est-à-dire, non liés par l’association subversive ; NdT] des enquêtes appelées « gruppi d’affinità » et « anticorpi », qui remontent à 2006. Après beaucoup de temps, après des années de taule, d’arrestations domiciliaires, de différentes contraintes judiciaires, après le fait que le délit d’association subversive soit tombé et que de nouvelles enquêtes ont été ouvertes, le procès recommence.
Un des délits poursuivis est le sabotage d’un pylône à Haute Tension. L’autre, une attaque contre une agence d’intérim.

En 2005, un pylône de l’entreprise Terna [la version italienne d’ERDF ; NdT] de la ligne Haute Tension La Spezia-Acciaiolo a été attaqué et dans les jours qui suivirent une lettre est arrivée à différents journaux et à la rédaction de Terra Selvaggia, qui expliquait cet acte comme visant l’énergie nucléaire et ses conséquences mortifères.

À l’occasion de ce procès, j’aimerais faire quelques réflexions. Pendant les dernières dix années, c’est toujours plus rarement qu’il y eut des attaques contre des structures et des circuits de production et de distribution d’énergie électrique, qui sont le squelette et la base sur laquelle s’appuient le maintien du pouvoir, la prolifération du capital, la marchandisation des sociétés développées et l’exploitation de celles colonisées. Au contraire, la production et la distribution de l’énergie ont eu un essor toujours plus grand, grâce aux avancées technologiques, à l’explosion des dites énergies renouvelables, qui enjolivent le visage écolo du capital et font grandir les cotations en bourse d’entreprises comme Terna, à l’augmentation de la participation et de la dépendance des gens à tout ce qui peut être utilisé grâce à l’énergie, sans tenir compte des coûts non économiques que cela comporte.

Dans le monde, il y a encore de très nombreuses centrales nucléaires et les projets de recherche militaire et civile n’ont jamais été abandonnés, mais il est évident qu’au long des années, la perception du problème des déchets radioactifs et des dangers liés aux guerres atomiques ou aux désastres causés par des accidents a changé. Tout le monde paraît désormais d’accord sur les dangers du nucléaire et sur la nécessité d’en limiter ou d’en éviter l’utilisation. De nombreux savants posent de soi-disant questions éthiques par rapport à la recherche sans limites, l’Église, depuis des décennies, a pris position contre le nucléaire et certaines aberrations du progrès scientifique, au nom d’un conservatisme pas moins néfaste que le masque philanthropique de la science. La plupart des politiciens semblent être sur de telles positions, comme le montre par exemple le récent accord sur le nucléaire signé avec l’Iran, qui, en plus d’être un choix géopolitique important et d’ouvrir de nouveaux marchés pour garantir une meilleure circulation des marchandises et des ressources énergétiques, veut garantir que seuls les pays traditionnellement plus influents au sein de la communauté internationale puissent disposer d’armes nucléaires. Les dangers liés à l’énergie nucléaire paraissent faire peur à tout le monde. Même à la dite opinion publique : un fort sentiment d’opposition et parfois de condamnation s’est répandu parmi les gens, à cause de la peur des dangers, désormais connus, des possibles conséquences catastrophiques d’une guerre nucléaire. Cependant, au delà des catastrophismes plus ou moins instrumentalisés sur des aspects spécifiques, nous savons bien que le développement énergétique, qu’il soit alimenté par le nucléaire ou par de vieilles ou nouvelles ressources techniques, reste un des pivots fondamentaux qui maintiennent le fonctionnement de la domination.

Ceux qui ont toujours favorisé la production et l’utilisation d’énergie nucléaire, pour des buts militaires et/ou civils, et les contextes qui ont rendu possible leur travail, ont, avec le temps, pris d’autres routes. Avec les vieux profits et les nouvelles rhétoriques, ils financent de nouveaux projets, plus acceptables ; dans le terrain fertilisé par des décennies de propagande ils sèment de nouvelles duperies.

Il faut faire attention à ce qui se passe autour de nous, remarquer les changements en cours et leur effets sur la société dans laquelle nous vivons, les directions, multiples et complexes, vers lesquelles vont les lobbys industriels, les centres de recherche, les choix économiques et financièrs, les mécanismes de pouvoir, de contrôle et de récupération. Chaque aspect de la réalité qui nous est ennemie est étroitement lié aux autres. Les questions relatives au nucléaire, jamais définitivement dépassées, le développement de sciences convergentes, les évolutions de l’informatique, la dévastation de l’environnement, l’économie, les prisons, le travail, les inégalités, ce sont tous des aspects liés entre eux par un seul fil conducteur au processus continuel de restructuration capitaliste. Il n’y a rien à sauver, donc tout doit être détruit, sans soucis ni espérances, ni alternatives, ni terres promises, ni revendications partielles.

Le pouvoir n’est pas une hydre mythologique à laquelle couper la tête ou une menace incorporelle qui domine, incontestée. Il se réalise dans des éléments concrets. Ceux qui, il y a des années, ont identifié un pylône, ont trouvé un objectif concret et attaquable. Et chaque dommage porté à la sacralité de la science, la valeur de la propriété et la justice des lois, la beauté des médias ou la solution facile de la résignation est un dommage qui est le bienvenu.

Mariangela.

[Traduit de l’italien par nos soins d’Informa-azione.]