Monthly Archives: septembre 2014

Italie : Blasphemia, une nouvelle publication anarchiste

traduction de l’italien de quelques extraits de l’édito :

[…]Ce journal naît de l’intolérance aux sectarismes qui semblent être en expansion même là où on les attendait le moins, il a la prétention de stimuler des réflexions, qui amènent à se rencontrer mais pas sur une affinité réduite à la familiarité qui nous relierait seulement par une présence escomptée.[…]

Ceux qui écrivent se sont rencontrés et ont eu l’impulsion de mettre tout en discussion, de ne rien donner pour acquis, de recommencer à réfléchir et à suivre leur profond désir de détruire le monde. Pour faire ça, il faut du courage, des projets, des théories et des actions, des connaissances et des irrévérences, des perspectives et de la recherche d’affinité là où c’est possible. Il est nécessaire de recommencer à oser dans la pensée et l’action. Sans attente, sans délai, sans églises.

Ceux-ci sont quelques-uns des sujets que nous chercherons à affronter et à approfondir dans les pages qui suivront, convaincus de la nécessité pour les compagnons, au delà des frontières territoriales, de se rencontrer, se confronter, de discuter, de faire des projets, d’agir. Dans ce sillon de pensée s’insèrent les motifs pour lesquels nous avons décidé de ne pas faire circuler sur internet le journal que vous avez entre les mains. La manière par laquelle se répand une idée fait partie intégrante du parcours de lutte, surtout si cette idée ne fait qu’un avec la pratique, raison pour laquelle elle ne peut pas être confiée à un instrument de communication qui est non seulement invention et propriété de l’ennemi, mais qui peut aussi être responsable de la création de réalités fictives.

C.P. 116
Piazza Matteotti
80133 Napoli
Italie

Pour en commander un ou plusieurs exemplaires : blasphemia[A]autistici.org

USA] Bulletin anticarcéral du Missouri sur la révolte à Ferguson / Septembre-Octobre 2014)

Le bulletin d’info de la prison du Missouri est distribué à près de 150 de personnes dans les prisons à travers les États-Unis, mais en se concentrant sur ​​ceux qui sont incarcérés dans le Missouri et l’Illinois. Ce numéro se concentre spécifiquement sur les récents soulèvements de Ferguson, (Missouri) et contient des comptes-rendus personnels originaux des émeutes, d’analyse et un calendrier des soulèvements comme ils se sont déroulés.

Les cinq numéros précédents sont disponibles ici.

Ci-dessous deux textes traduits de l’anglais du numéro 6 de septembre-octobre 2014:

Hello

Comme la chaleur de l’été s’intensifie ici à Saint-Louis, nous nous réadaptons lentement à la vie après la houle de nuits incontrôlables passées dans les rues de Ferguson à exprimer notre rage et notre mécontentement avec d’innombrables autres personnes. Beaucoup d’entre vous ont probablement entendu parler à la radio ou à la TV ou lu dans un journal que le 9 août, un jeune de dix-huit ans du nom de Mike Brown a été abattu par la police à Ferguson dans le Missouri.

Nous sommes habitué-e-s des tirs de la police, mais dans ce cas, des personnes ont mobilisé leur rage dans les rues et pendant dix nuits consécutives, les gens se sont battus et ont tenu l’espace que la police n’a pas pu contenir.

Ils ne nous l’ont pas donné. Nous l’avons pris. Minute après minute, nous avons réalisé notre pouvoir et les possibilités semblaient infinies. C’était comme si le temps cessait d’exister et que rien d’autre ne comptait car cette perturbation du commerce et du contrôle de la police a brisé la normalité de la vie quotidienne.

Nous avons passé des jours et des nuits à Ferguson, et nous voulons vous raconter nos histoires de ce que nous avons vécu.

Comme c’est souvent le cas, les médias rapportent les voix et points-de-vue des politiciens et de la police. Nous espérons vous donner un aperçu de ce que c’était vraiment à travers les rues dans l’espace autonome que nous avons tous créés ensemble. La plupart d’entre nous n’ont jamais expérimenté quelque chose comme les deux semaines passées. Ces nuits de révolte ont créé des possibilités que nous avons espéré mais nous avons à peine pensé être tangible. Nos esprits filent sur ​​ce qui est possible. Les rues semblent s’être apparemment calmées pour le moment, mais le refus de la violence et du contrôle de police continueront. Un soulèvement contre la police à travers le monde est palpable et s’est réalisé ici dans notre ville. Nous pouvons encore le goûter dans nos bouches et le sentir dans nos os.

Quand vous sortez et passez devant des visages familiers et à la fois inconnus, il n’est pas rare d’entendre quelqu’un vous dire, « Mains en l’air«  et instantanément vous répondez: « Ne tirez pas ». Un lien social s’est fait, une compréhension immédiate d’une volonté commune pour un monde complètement différent. Bien que ces événements peuvent sembler lointain, d’autres à travers le monde, qui ont ressenti la même chose, ont répondu par la solidarité (des marches, des actions et des attaques) sur vos propres sols sont un moyen d’exprimer du soutien à ceux qui résistent à d’autres endroits et de répandre la résistance au-delà des limites de lieu. La police ne ruine pas seulement nos vies à Ferguson et à Saint-Louis, mais partout.

La race a été un facteur majeur dans les événements des dernières semaines à Ferguson. Une ville à majorité noire avec des forces de police à majorité blanche, un autre jeune homme noir assassiné par un policier blanc, des générations de suprématie blanche et de violence raciale venant d’une tête.

Les rues de Ferguson hurlaient de tensions raciales, et ceux d’entre nous qui sont blancs ont souvent eu à justifier notre haine de la police aux rebelles noirs qui n’avaient jamais entendu parler d’une telle chose sortant d’une bouche blanche. Heureusement, face à une ligne de flics anti-émeute et au coude à coude avec les personnes noires et brunes et refusant de reculer, nos actions ont remplacé le besoin des mots. « Nous saignons tous le même sang » est une tentative de répondre à certaines de ces tensions raciales et un appel à l’unité raciale contre la police et les prisons.

Il y a eu plusieurs mois depuis le dernier numéro de ce bulletin. Nous avons apprécié correspondre avec vous et faire sortir du matériel de lecture. Que ces histoires inspirent  connexion et collaboration entre vous contre l’ennemi et pas l’un contre l’autre.

togetherFergus

Nous saignons tous le même sang

« Il n’est pas question de noir et blanc, il s’agit du peuple contre le gouvernement. Si je te coupe, ça ressemble au même que moi. Nous saignons tous le même sang « .

Un rebelle anonyme de W.Florissant à Ferguson (Missouri)

En 1968, quand Martin Luther King a été assassiné, une vague de protestations et de révoltes, connues sous le nom du « soulèvement de la Sainte Semaine« , a balayé le pays. De grandes émeutes ont éclaté à Washington DC, Baltimore, et plus localement à Kansas City, Louisville et Chicago. Cette effusion de rage a finalement été maîtrisée par la police locale, la promesse de réformes législatives et surtout, la mobilisation de la garde nationale et de l’armée. Le déploiement de l’armée américaine et des marines sur le sol américain a été particulièrement significatif dans la capitale nationale où des émeutes ont progressé à deux blocs de la Maison Blanche.

Les centres urbains n’ont pas été les seuls lieux de cette puissante révolte. À Saint-Louis, des détenus de la prison de la ville ont riposté contre un système raciste meurtrier et de pauvreté brutale en essayant de détruire la prison dans laquelle ils ont été encagés et y ont mis le feu.

En 1971, le prisonnier rebelle George Jackson a été abattu alors qu’il tentait de s’échapper de la prison de San Quentin en Californie. En réponse, 1000 prisonniers de l’autre côté du pays à Attica de New York ont pris le contrôle de la prison et ont retenu en otage 42 gardiens afin d’obtenir l’amnistie et les réformes nécessaires au système carcéral. Agissant en solidarité, des rebelles à l’extérieur ont organisé des manifestations en faveur de la rébellion à Attica afin de mettre la pression sur les autorités et empêcher le massacre des prisonniers révoltés. Malheureusement cet effort n’était pas suffisant pour empêcher les autorités d’écraser les prisonniers par la force brute.

Quelles sont les leçons que nous pouvons tirer de cette histoire?
Quelles sont les limites des émeutes dans les rues et lutter au sein des murs de prison? Comment pouvons-nous répandre des révoltes à travers ces murs tout en étant capables de vivre et de combattre un autre jour? Quelles sont les différences en agissant dans les rues et à l’intérieur de la prison et comment ces différences affectent sur ce que nous pouvons faire?

Cette société des extrêmes (pauvreté et richesse, accès et exclusion, la concentration du pouvoir dans les mains d’une élite) est maintenue en permanence par la force. La police, le système pénitentiaire, les tribunaux et le racisme qui est une partie importante d’entre eux, servent à maintenir le déséquilibre entre ceux qui ont et ceux qui n’ont rien. En opposant les pauvres les uns aux autres, blancs contre noirs, latinos, asiatiques et autochtones, le racisme sert à nous maintenir divisés, à se battre entre nous au lieu de chercher une cause commune contre la classe dirigeante, les politiciens et leurs serviteurs.

Cette distinction entre les races privilégiées et ciblées se réalise par les différences en matière de maintien de l’ordre dans les quartiers pauvres vus qui sont principalement noirs et latinos et le maintien de l’ordre dans les quartiers riches vus qui sont à prédominance blanche. Elle peut également être perçue dans les différences des peines de prison pour des crimes semblables donnés à des gens qui tombent de chaque côté de la blancheur. Dans les rues, le racisme répressif est effectué par le profilage racial, le harcèlement de la police et l’utilisation de la force létale. Dans les prisons, le racisme se présente sous la forme de blancs ruraux étant embauchés pour garder une population carcérale majoritairement urbaine, principalement minoritaire. On peut également voir cela à travers le gang et les divisions raciales entre prisonniers, qui sont favorisées et encouragées par les administrations pénitentiaires afin de garder les prisonniers divisés.

En 1992, les gangs de Los Angeles avaient négocié une trêve dans les semaines avant que le verdict Rodney King eut été annoncé. Ce gang et l’unité raciale a aidé à contribuer à la plus grande révolte aux États-Unis depuis 1971. Et en dépit de quelques cas regrettables et largement rapportés de violence de noir sur blanc, la  rébellion Rodney King contenait une quantité remarquable d’unité et de coopération inter-raciale. Certains coréens ont été la cible de pillages, précisément parce qu’ils géraient en tant qu’individus des entreprises d’exploitation et de parasites dans les quartiers pauvres noirs. D’autres coréens ont choisi de se tenir debout avec les rebelles contre la violence de la police. Lorsque nous nous rebellons contre le système de la police a imposé la pauvreté et d’unir à travers les lignes raciales ou ethniques, nous luttons contre la stratégie répressive du racisme. Dans le même temps, l’unité à travers les divisions artificielles est une condition nécessaire pour une révolte qui ne puisse pas être facilement contenue. Lorsque nous nous rebellons, nous redessinons les lignes qui ont été écrites sur nos corps et dans nos vies. Nous décidons nous-mêmes de quel côté nous nous situons.

Dans les moments où se dressent les races privilégiées avec des races ciblées contre un ennemi commun, le sens et l’importance des différences raciales commencent à s’estomper. Cela peut être confirmé par des expériences dans les rues de Ferguson (Missouri) un nombre relativement faible de personnes blanches ont résisté avec les noirs contre la terreur de la violence policière et de l’occupation du quartier par la police militarisée. Ce que cela signifie d’être blanc et noir dans la vie de tous les jours (sécurité relative et risque relatif) commence à être moins significatif quand tout le monde est gazé de lacrymo et se fait shooter avec des balles en caoutchouc, lorsque les rebelles blancs viennent en aide aux rebelles noirs blessés, quand les gens partagent l’expérience et des tactiques, se faisant mutuellement confiance malgré une différence de couleur qui n’est que superficielle.

Ce processus de surmonter simultanément le racisme interne et institutionnelle est interrompu par ceux qui tentent d’utiliser les tensions raciales à leurs propres fins. De la police et des médias aux dirigeants autoproclamés de la «communauté» qui tentent de surfer sur cette vague de troubles à l’intérieur d’un bureau politique, ceux qui bénéficient du maintien des divisions raciales ont brossé un tableau de l’extérieur et des agitateurs qui sert seulement à nous diviser. Dans un retournement ironique du récit racial normale, les politiciens actuels et futurs ont choisi les rebelles blancs comme boucs émissaires, les accusant de violence, de pillage et de destruction qui leur est hors de contrôle et non favorable à leurs agendas politiques. Cette opération répressive fournit une cible facile pour la police depuis que les blancs dans les rues de Ferguson sont une minorité visible, tandis que dans le même temps, il supprime le pouvoir des mains de rebelles noirs qui, en réalité, ont initié chaque escalade dans la rébellion jusqu’à présent.

Dans le but de brouiller des lignes pour devenir plus complet, afin de réellement supprimer le racisme, d’abolir la pauvreté et disperser le pouvoir, nous avons besoin de créer une situation à partir de laquelle il n’y a pas de retour, une révolte qui est si répandue et approfondie qu’elle ne peut pas être contenue et pacifiée. Une façon d’aller en ce sens consiste à nous voir nous-mêmes et nos vies dans les luttes initiées par d’autres qui peuvent apparaître différentes à première vue. Quand certaines personnes là-bas commencent à bouger, d’autres ici peuvent se déplacer avec eux, distrayant et divisant l’attention des autorités et de tous ceux qui souhaitent conserver leurs positions de pouvoir et de privilège. D’un côté des murs à l’autre, ensemble, nous avons le pouvoir de tous les abattre.

newsletter-6-image1issus de antistatestl.noblogs.org, 5 septembre 2014

[Prisonniers] radiocane No Tav – Chiara, Claudio, Mattia e Niccolò revendiquent le sabotage de mai 2013 sur le chantier du TAV de Chiomonte

compressore

Mercredi  24 septembre 2014, dans la salle du bunker de Turin.

Claudio, Chiara, Mattia, Niccolò font une déclaration spontanée. Rivolgendosi non tanto ai giudici, ma a tutti noi.

écoutez la ici:

http://www.radiocane.info/corrispondenze-tav-8-ceravamo-tutti/

d’après le site informa azione les 4 ont  déclaré : nous revendiquons notre participation au sabotage sur le chantier survenu en mai 2013 sur le chantier du TAV à  Chiomonte

information et déclarations Chiara, Claudio, Mattia e Niccolò sur le site Maceria

 

La routine du désastre

Le tract  La Routine du désastre  est sorti une semaine après l’annonce de « l’accident » de Fukushima, et a été distribué dans plusieurs villes en France et en Belgique.

Dans les quartiers populaires de Paris, il a été distribué à plusieurs milliers d’exemplaires lors de tables de presse où se trouvaient d’autres informations et textes sur le nucléaire.De nombreuses personnes se sont arrêtées pour en discuter. Avec ceux qui en venaient à remettre en question le nucléaire, c’était des pans entiers de la critique qu’on ouvrait ensemble: sur l’Etat, le capital, les spécialistes, la dépossession… La table était vidée à chaque fois. Tout au long du printemps, de nombreux tags sont aussi apparus sur les murs de la ville et dans le métro (« Irradiés de tous les pays, révoltons-nous », « le nucléaire nous prépare un avenir irradieux », « Va te faire irradier », « Si t’aimes tant le nucléaire, porte toi liquidateur volontaire », etc…). Le 6 avril à l’université Paris Dauphine, une conférence sur les conséquences de Fukushima donnée par un nabab de l’énergie est interrompue par une vingtaine d’individus, qui ont lancé des oeufs de peinture, insulté les participants, éclaté quelques boules puantes et laissé des tracts. Toujours à Paris, lors de deux très classiques manifestations appelées par le réseau Sortir du nucléaire, d’autres tracts ont à leur tour posé une critique radicale de la situation [cf La France n’est pas inquiète & Nucléaire et servitude]. Fait suffisamment rare pour être noté, un rassemblement hors de toute organisation et parti politique est organisé le 26 avril 2011, cette fois devant l’Autorité de sûreté nucléaire, même si on peut s’interroger sur le sens qu’il y a de se réunir devant cette institution (puisqu’il n’y a aucun dialogue à entretenir avec l’ASN qui légitimera toujours l’existence du nucléaire, un rassemblement est-il la meilleure façon de lui montrer notre opprobre?). De façon autonome également, de nombreuses discussions se sont déroulées autour du catastrophisme, des luttes antinucléaires passées, des simulations d’accidents de crise, des façons d’affronter aujourd’hui au nucléaire, etc…

Courant mai pourtant, on sentait bien que les oreilles commençaient à se refermer. Les tracts et les textes de la table à Belleville partaient moins vite, les gens n’avaient plus le même désir de parler de tous ces événements. Si la « catastrophe » est loin d’être finie, elle n’a peut-être ouvert ici qu’une brèche de très courte durée, laissant place à une sorte d’aveuglement volontaire encore plus difficile à questionner. Comme s’il s’agissait d’une épée de Damoclès avec laquelle on ne peut pas vivre, et qu’il faudrait vite recouvrir du poids de nos résignations quotidiennes.

LA ROUTINE DU DESASTRE

Les nouvelles de la catastrophe de la centrale atomique de Fukushima au Japon tournent en boucle. Face à un désastre sans précédent, les médias commentent en direct les nouvelles du nucléaire qui a l’air de n’en faire qu’à sa tête. Les infos fusent, c’est un véritable bombardement, mais rien ne perce.

Non, aucun enseignement ne sera tiré. Une telle catastrophe ne pourrait pas arriver ici. Les journalistes, les experts et les politiciens discutent séisme et tsunami, s’accordant sur le caractère exceptionnel de la situation de cette île lointaine.

Ces raclures en profitent pour vendre la fameuse fiabilité des installations françaises qui seraient les plus sûres du monde. Sans jamais rappeler que n’importe quelle erreur humaine peut produire le même résultat partout. Sans jamais préciser que n’importe où en France, nous habitons toujours à moins de 100km d’une installation nucléaire.

Ils se garderont bien de préciser que derrière la catastrophe, c’est un quadrillage et une gestion militaires qui s’instaurent. En plus d’être contaminé, chacun sera en permanence contrôlé, testé, mesuré, surveillé, et déplacé dans des zones où toute liberté, initiative individuelle, et parcelle d’autonomie, auront disparu sous le règne kaki.

Leur propagande préfère faire croire que ces opérations désespérées d’acheminement d’eau, de sable, que leurs mesures martiales de confinement et leurs pauvres distributions de pastilles d’iode ont pour but notre santé. Pourtant si c’était vrai, un petit nombre de pays ne la mettraient pas en péril permanent en s’engageant dans la voie du nucléaire. Derrière cette monstruosité se cachent d’énormes intérêts économiques et stratégiques. Depuis le début, nucléaires civil et militaire sont complètement imbriqués, et l’histoire du développement de cette technologie est entièrement liée à un jeu mortifère entre puissants.

La routine du désastre est déjà présente, à travers la multiplication quotidienne de ce que ces autruches du nucléaire qualifient par euphémisme d’« incidents ». Ils nous promettent par exemple maintenant de vérifier l’état actuel des 58 réacteurs du territoire français, mais ne disent bien sûr rien des problèmes insolubles posés par les déchets radioactifs qui dorment sous nos pieds dans près de 1000 sites, ni des nombreux cancers et leucémies que subissent celles et ceux qui vivent aux abords des installations nucléaires. Sans compter toutes les barbouzeries au Niger et au Gabon, où Areva exploite la main d’œuvre locale en la condamnant à une mort lente en même temps que toutes celles et ceux qui habitent près des mines d’uranium.

Le pouvoir fait comme si tout cela était inéluctable, essayant tant bien que mal d’éviter le pire, mais surtout sans jamais interroger ce qui a été et qui reste encore un choix.

En vrai, on pourrait tout de suite se passer du nucléaire et du monde qui le produit. Les écologistes et autres ONG à la sauce verte ne parlent que d’une pseudo « sortie » du nucléaire d’ici 20 ou 30 ans, pour ne pas froisser leurs soutiens étatiques et leurs potentiels électeurs. En véritables sauveteurs du capitalisme, ils espérent occuper un rôle de contre-experts pour être associés à sa gestion actuelle.

Que d’images spectaculaires de la centrale en feu, que de mises en scène de «sauvetages » épiques, que d’angoissants nuages radioactifs doit-on gober sans réagir ! Que de débats stériles entre politiciens sur les différentes alternatives pour répondre aux appétits dévorants du développement industriel, que de prétendus discours raisonnables pour des mesurettes qui ne remettent rien en cause ! Autant de mascarades pour recouvrir d’un voile opaque l’aberration du nucléaire. Il est grand temps de briser la vitrine qu’il représente et de mettre fin à toute cette merde. Derrière l’horreur de cette catastrophe sans précédent dont on a pas fini de compter les morts, c’est l’acceptation à un niveau mondial du nucléaire qui se joue.

L’Etat tient le rôle du pompier pyromane. Il est celui qui a mis en place tout ce merdier et qui fait maintenant mine d’être le protecteur, le seul à pouvoir assurer la sécurité des populations.

Jamais le monde tel-qu’il-est-et-qu’il-ne-faut-surtout-pas-renverser n’avait trouvé de meilleur garant. Un possible figé qui, à part connaître l’empoisonnement et la militarisation de cette planète, verra à peu près toujours les mêmes en haut et les autres en bas, les mêmes qui « savent » et les autres qui suivent.

Ce qu’ils craignent réellement, ce n’est pas le désastre en cours et à venir, ce ne sont pas non plus les appels de leurs sbires citoyennistes à une « meilleure » gestion de l’existant, tous parlent encore la même langue du mal nécessaire.

Ce qu’ils ont par contre à redouter ce sont des luttes contre le nucléaire et le monde qui va avec.

Parce qu’ils nous voudraient tous cobayes résignés et désemparés. Parce que la liberté commence par le sabotage de ce monde qui nous détruit.

Ni cobayes ni moutons,

19 mars 2011

Tiré de Fukushima Paradise – Pour une critique radicale du nucléaire, éd. La Canaille & Mutines Séditions

Prisonniers | 3 giugno | No Tav – Transferts et prochaines audiences

Depuis quelques jours quelques compagnons, inculpé-e-s suite à la lutte contre les expulsions locatives et pour l’attaque sur le chantier de Chiomonte de mai 2013, ont été transféré -e-s dans d’autres prisons. Nous mettrons à jour leur situation afin d’éviter une correspondance reliée en attendant, sont entravés par les décisions des directions de la prison ou Dap.

Depuis hier, Andrea est enfermé en prison « Dozza » à Bologne. Les raisons officielles de son énième transfert ne sont pas connus, mais on sait que ces derniers jours, après la censure de la poste appliqué à lui et Michael, les deux ont été condamnées à quatre jours de « l’exclusion des activités sociales et des activités sportives » pour l’affichage abusif « quatrième Bottom 266 ». Le transfert semble encore une autre démonstration de ce que ce journal pour les prisonniers qui dérange la direction de la prison Asti.

Pour des raisons différentes ont également été transférés Chiara et Graziano. Chiara, pour assister aux audiences de la Chambre Bunker, est enfermé dans la prison Vallette de Turin et devrait y rester pendant toute la durée du procès.

Graziano a été transféré à la place il y a quelques jours dans la prison de Vigevano à assister à une audience qu’il a vu le défenseur à Milan, et semble destiné à y rester et de ne pas retourner à Lecce. Si, dans ces cas, la condition est nécessaire, il est bon de souligner que dans Vigevano Graziano n’est plus dans l’isolement, mais comme tous les autres détenus de la section pendant les heures de l’ai promenade  et de socialisation.

Avant de fournir la liste complète et mise à jour des adresses où vous pouvez écrire aux camarades, nous vous informons de la date de la prochaine audience qui présenteront certains d’entre eux.

Les prochaines audiences plénières au Bunker où vous pouvez saluer Chiara, Claudio, Nicholas et Matthew sont prévues pour le 24 Septembre, puis à la 2, 9 et 23 Octobre.

Lundi 22 Septembre au Palais de Justice de Turin à la place il y aura une audience où il y aura Paul, Fabio et Andrea. L’événement est prévu pour 09h00 Plénière 3.

Mises à jour:

PRISONNIERS 3 juin [adresses d’autres compagnons]

Andrea Ventrella à courant continu « Le Dozza » Coude, 2-40127 Bologne;

PRISONNIERS NO TAV [aborde d’autres compagnons]

Graziano Mazzarelli à courant continu via Gravellona, 240-27029 Fraction Piccolini Vigevano (Pavie);

Claudio Alberto et Chiara courant continu Zenobi « Lorusso e Cotugno » par Maria Adelaide Aglietta, 35-10151 Torino.

Nucléaire et servitude

 Tract distribué au cours de la manifestation parisienne du 11 juin, 3 mois, jour pour jour, après le début de la catastrophe de Fukushima.

 Partout où l’énergie nucléaire s’est imposée, l’organisation militaro-industrielle ayant permis son développement a aussi réussi à élever et à formater des populations acceptant nolens volens de cohabiter avec la radioactivité. Les batailles menées contre l’implantation généralisée de centrales nucléaires, comme au Japon ou en France, ont partout échoué dans l’isolement. Désormais, chaque contestation antinucléaire surgissant ici où là ne porte que sur les conséquences de choix déjà inscrits dans la réalité. Refusant de remettre en cause l’organisation sociale du monde qui a permis la production du monstre nucléaire, les opposants se retrouvent dans la peau de citoyens indignés laissant des contre-experts plus ou moins auto-désignés ferrailler à coups de becquerels et de millisieverts avec des experts autorisés.

En France, l’incapacité à influer sur le cours des événements a laissé le champ libre aux nucléaristes hexagonaux pour opérer une réorganisation bureaucratique et politique du nucléaire, qui s’est faite sans aucune réaction de la part des écologistes : pendant qu’ils succombaient aux sirènes du Grenelle de l’environnement en abandonnant toute opposition au nucléaire sur l’autel de l’effet de serre, qu’ils approuvaient au Parlement européen le rapport de Copenhague qualifiant le nucléaire « d’alternative à l’effet de serre », que les Verts s’abstenaient au Conseil régional de Normandie, permettant ainsi l’acceptation de l’EPR de Flamanville, les nucléaristes faisaient passer, le 21 avril 2008, un décret instituant un nouveau « Conseil de politique nucléaire » gérant désormais l’ensemble de la filière. Ce qui permet d’y confiner l’ensemble des décisions visant à développer sans contradiction l’industrie atomique – les instances sanitaires, environnementales et l’autorité de sûreté en étant dorénavant exclues. Et aujourd’hui la catastrophe de Fukushima, faillite de l’industrie nucléaire, devient même pour ces forcenés un argument de vente pour les EPR.

Le parallèle entre les populations colonisées par le totalitarisme nucléariste et les populations arabes, elles aussi incarcérées dans des sociétés dominées par les enjeux géopolitiques et énergétiques définis par les oligarchies, est explicite. Les révoltes qui se déroulent aujourd’hui au Proche et au Moyen-Orient, et le fait même qu’elles cherchent à remettre en discussion l’organisation des choses et des hommes, éclairent en retour la spécificité des régimes nucléaristes où règne un silence effrayant.

La fusion en cours de plusieurs réacteurs de la centrale de Fukushima autorise un autre parallèle. Elle permet de mesurer les progrès de la domination et la place particulière qu’y a prise l’idéologie catastrophiste du pouvoir depuis Tchernobyl.

En 1986, les autorités présentaient l’industrie nucléaire comme parfaitement maîtrisée et, quelle que soit l’ampleur du désastre, il fallait le cacher comme cela avait été le cas en 1957 pour Tcheliabinsk dans l’Oural et la même année à Windscale (devenu Sellafield) en Angleterre, de crainte que la connaissance des faits ne produise une prise de conscience de l’horreur nucléaire : un effet de panique non maîtrisable, une révolte, pensait-on peut-être dans les milieux nucléaristes. Les autorités de l’époque étaient, dans ce scénario, au diapason de l’écologisme de l’époque : il fallait pour les uns défendre la ligne du déni et du mensonge pendant que les autres revendiquaient la transparence. Rappelons que c’est seulement l’indiscrétion des balises de mesure de radioactivité de la centrale suédoise de Forsmark qui a permis à l’Agence France Presse de révéler, le 28 avril 1986, la catastrophe de Tchernobyl.

De Tchernobyl, on sait désormais tout, ou presque : le déroulement des événements, leurs causes, leurs conséquences, les lampistes désignés, les liquidateurs sacrifiés. Même le bilan humain et environnemental, s’il reste en partie nié par les soidisant responsables, est régulièrement rendu public par les ONG sous forme d’estimations dont les plus basses seraient suffisantes pour remettre en question cette source d’énergie. Or tout cela reste sans conséquence. Et la catastrophe de Fukushima, pour l’instant, n’y change rien.

Contrairement à la majorité des écologistes, les gouvernants et les industriels – pour le nucléaire il s’agit des mêmes – semblent avoir compris que la consommation non critique de l’information de masse conduit à une forme d’ignorance modernisée. À ce propos, rappelons que, dès 1958, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconisait : « Du point de vue de la santé mentale, la solution la plus satisfaisante pour l’avenir des utilisations pacifiques de l’énergie atomique serait de voir monter une nouvelle génération qui aurait appris à s’accommoder de l’ignorance et de l’incertitude. »

Nous y sommes, et ce n’est pas une politique de censure qui a eu les effets les plus délétères, ce sont les mutations d’une conscience collective qui se sont produites en Occident et qui ont conduit à accepter les effets bien réels, pathogènes et mortifères, de l’industrie nucléaire.

Les tourments dont souffrentles populations actuelles sont un effet de ce qu’on peut qualifier de « pragmatisme gestionnaire ». À l’origine des sociétés capitalistes, il a pu s’envisager comme un moyen d’aller vers une perspective de liberté, en guidant les hommes et leurs affaires sur le chemin de l’efficacité – en réalité, celui de la rentabilité et du contrôle social… Nous avons eu des siècles pour éprouver le cauchemar dans lequel nous nous sommes laissés enfermer, ce moyen s’étant mué en une fin.

Ce qui se passe au Japon en ce moment nous donne une image très claire de la violence quotidienne dans laquelle nous sommes maintenus. Il en résulte un sentiment d’incarcération dans un dispositif social. Le nucléaire, plus que n’importe quelle autre technologie, nous ramène sans cesse à l’impossibilité d’en sortir, il nous rappelle à l’ordre. D’un point de vue technique, arrêter demain l’ensemble des réacteurs obligera à les refroidir et à gérer leurs déchets pendant des millénaires. Cette démesure dit tout de la prise en otages à durée indéterminée à laquelle nous sommes condamnés.

Comme forme de domination et de soumission, le pragmatisme gestionnaire se marie très bien avec un délire irrationnel. Autant du côté des nucléocrates que des écologistes. Chacun étant convaincu de la disparition à moyen terme (trente, cinquante ou cent ans) de la plupart des matières premières aujourd’hui en usage, ils rivalisent de perspectives « alternatives ». Pour les premiers, incarnés notamment par le CEA (rebaptisé opportunément Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives), il s’agit, rien de moins, de reproduire sur Terre de manière « confinée » le processus énergétique du Soleil, avec ITER à Cadarache comme site phare. Pour les seconds, il faut couvrir des territoires entiers d’éoliennes industrielles et de panneaux solaires, en sachant d’avance que les matières premières pour les fabriquer seront toujours rares et qu’il faudra des États toujours plus puissants et des multinationales de l’énergie pour les mettre en oeuvre et en garder le contrôle. Déjà ces derniers n’hésitent pas à nous démontrer leurs meilleures intentions tout en cherchant à convaincre qu’il faut bien se soumettre à un certain « pragmatisme gestionnaire » si l’on veut un résultat… Un marché de dupes, car les nucléaristes auront le même laps de temps pour faire avancer leur technologie et la rendre toujours plus présentable et incontournable – ah, le merveilleux « mix énergétique » !

Surtout, ces « projets alternatifs » ont ceci d’effrayant qu’il n’est plus insupportable pour personne de devoir utiliser les mêmes arguments d’efficacité, de rentabilité et de compatibilité avec l’économie capitaliste pour convaincre de leur crédibilité. Et pour les plus radicaux des contre-experts, partisans d’une réduction drastique de nos besoins énergétiques, c’est toujours en termes comptables qu’on voudrait rendre présentable ce « nouveau » monde à venir.

Ces « alternatives » produisent aussi l’autosatisfaction de ceux qui les développent, par illusion d’avoir surmonté leur impuissance. On entend déjà tous ces promoteurs de « positivité » asséner leur sempiternel slogan : « Il est vain de lutter contre, il faut lutter pour… » C’est ainsi que le sentiment de révolte est maintenant perçu comme pathologique.

Retenons tout de même une chose de cette obsession des alternatives : aujourd’hui, les populations ont à se soucier de se réapproprier la définition de leurs besoins et des moyens d’y répondre, c’est une évidence. Mais il est tout aussi certain que le système de domination actuel ne disparaîtra pas par un simple changement de technologie. On ne dira jamais assez qu’il ne s’agit pas tant d’en finir avec le nucléaire que de rompre avec le monde qui l’a engendré. C’est-à-dire avec le mode de production qui a permis et nécessité son développement et avec le monde qu’il a contribué à façonner depuis. Avec ce goût démesuré du contrôle mesquin de tout et des désastres qu’il fabrique.

La fuite en avant technoscientiste reste toutefois entre les mains d’oligarques qu’il est encore possible de faire « dégager » de nos vies pour libérer l’horizon des possibles. Stopper immédiatement le nucléaire est la seule perspective soutenable, la seule manière de conserver un sens au sentiment de l’insupportable. Et même si un arrêt immédiat des centrales ne nous sortira pas de leur gestion avant des dizaines de milliers d’années, rien ne peut justifier de se précipiter à la table de la cogestion de ce désastre permanent. Ce renversement-là ne se fera pas autour d’une table, à la tribune d’un débat public ou encore par les urnes. Il nécessitera un mouvement capable de débrancher les centrales immédiatement, c’est-à-dire composé d’individus associés prenant parti pour l’aventure de la liberté.

11 juin 2011,

Association contre le nucléaire et son monde

acnm@no-log.org

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Valence (Espagne) : évasion multiple du centre de rétention


(Le 20 septembre 2014)

14 septembre 2014, Centro de Internamiento para extranjeros (CIE) de Zapadores, Valencia, Espagne. Au milieu de journée, profitant de l’entrée dans le centre des employé.e.s venu.e.s faire le ménage, 17 retenus ont tenté l’évasion. 7 ont été repris par les flics au sein même du CIE ou dans les rues alentour, mais 10 ont réussi à se faire la malle. Deux des employé.e.s ont été légèrement blessé.e.s suite à la bousculade qu’il y a eu pour atteindre la porte. Selon le délégué du gouvernement dans la communauté valencienne un “informateur interne” aurait permis cette évasion.

[Repris de la presse espagnole par sanspatrienifrontieres, sept 17, 2014]

Nucléaire : beaux cancers pour « Science et vie »

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À la rédaction de Science et vie

Aux sieurs Vincent Nouyrigat et Frédéric Pajak

Messieurs,

C’est avec un dégoût mêlé de pitié que j’ai aperçu la une de votre magazine. Afin de connaître plus en détail l’étendue de ce désastre culturel et politique – en attendant la catastrophe radiologique annoncée – je me suis forcé à lire cette chose.

Je sais depuis longtemps que le monde radioactif dans lequel les experts de la question entendent nous faire vivre se déploie inlassablement depuis Los Alamos, en dép it de tout. Je sais aussi que l’État, en France, est actionnaire majoritaire de l’industrie nucléaire, y compris et surtout de l’armement, dont les réacteurs fabriquent, entre autres, le plutonium et autres saletés qui lui sont nécessaires. Je sais aussi que les Français, en dépit de la terreur qu’une industrie de la radioactivité suscite chez tout humain un peu conscient de la vie et des enjeux, sont fiers comme des coqs de leur « savoir-faire » nucléaire et de leur armement. Ils pourront toujours venir pleurnicher, le moment venu, sur leurs cancers et leurs beaux terroirs détruits avec le même savoir-faire.

Quelques mois avant Fukushima, Science et vie (juillet 2010) nous expliquait que « la vie reprend le dessus » à Tchernobyl. On y causait biodiversité et génomique de bazar, on traitait sur le même plan incendies de forêts et irradiation des territoires, la vie humaine et sociale était à peu près absente des doctes réflexions des pacificateurs mis à contribution. Aujourd’hui dans un prétendu « après-Fukushima » -comme si l’affaire était réglée-, les industriels de la radioactivité ont décidé de changer leur missile d’épaule. Depuis le temps que les Verts et autres citoyens avides de transparence et de consommation dans le confort hurlent à la désinformation, à l’omertà, les radieux experts font amende honorable : la catastrophe est non seulement fort probable, imminente mais, surtout, elle est dans l’ordre des choses. Ils ont fini par admettre qu’on ne pouvait plus le cacher. Et, bien sûr, les « acteurs » du nucléaire et la protection dite civile nous garantissent qu’ils sont prêts à gérer au mieux un Fukushima français.

Autre nouveauté, non des moindres, les grands manitous de l’atome ne garantissent plus rien du tout, simplement qu’ils feront, au fond, ce qu’ils pourront. C’est-à-dire pas grand chose sinon nous confiner et organiser notre consentement à la vie en milieu irradié. Ce que tout observateur, même négligent, sait de longue date. Mais cet aveu seul suffirait à l’enterrement du nucléaire.

Ce changement d’attitude dont vous faites état dans votre dossier marque un achèvement dans l’habituation à l’horreur. Plutôt sexy pour une époque placée, paraît-il, sous le signe de la rationalité et de la « science » : vie assistée par ordinateur, OGM, surveillance tous azimuts, guerre spatiale, climatique, pillages hystériques des ressources, etc. Après tout il est logique d’accepter enfin officiellement que l’industrie atomique est contre la vie puisque la majorité semble impuissante face aux armes à déchets « appauvris », au calvaire des mineurs d’uranium au Niger et ailleurs ou au spectacle d’enfants-balises japonais élevés avec des dosimètres.

Vous me rétorquerez que vous ne faites là que votre travail de journalistes et, assurément, votre dossier est exhaustif. Vous jouez même avec quelques petites transgressions nécessaires, comme cette remise en question du modèle prédictif probabiliste officiel qui voulait nous faire croire, à l’aide d’une équation à deux sous, que l’éventualité d’une catastrophe était presque nulle ; ou les questions sinistres et évidemment sans réponse que vous posez ici et là, afin de montrer qu’on ne vous la fait pas. Vous donnez la parole à une horde d’experts et contre-experts, illustres ou non ; personne ne pourra vous accus er de ne pas être objectifs. Vous roulez même un peu les mécaniques en évoquant des « questions que jusqu’ici personne n’avait osé poser ». Comme si avant vous personne ne s’était jamais inquiété de rien, mais la mémoire historique n’est pas ce qui vous étouffe. Des décennies de mouvements antiguerre, antibombe, antinucléaire, une longue série de désastres civils avec leur cortège de médecins et de chercheurs, sans parler de la Guerre froide et de ses centaines de tirs nucléaires qu’il était convenu d’appeler « essais », tout cela n’est rien en regard de votre sotte prétention journalistique à révéler… ce que vos donneurs d’ordre consentent à révéler. Ce qui, au passage, rejette dans les ténèbres toute révélation antérieure, éclipsée par votre génie d’enquêteurs.

Mais la réalité est bien plus sordide : vous êtes salariés, aux ordres, vous n’avez de liberté de parole que celle consentie par vos donneurs d’ordre via votre rédaction. N’ayant pas cette limitation, j’ai ici le mauvais goût de ne parler qu’en mon propre nom et celui de tout humain qui n’en peut plus de ce monde où seule la marchandise conditionne la vie et la mort, où la soumission à tous les diktats morbides de l’économie, aux impératifs de la guerre pour l’énergie,l’organisation de la peur et de la haine sont de règle.

Votre dossier est donc destiné à nous faire accepter l’inacceptable puisque Jacques Repussard de l’IRSN l’a dit : « il faut imaginer l’inimaginable ». Ceux qui posaient encore récemment aux maîtres de l’atome ont enfin compris qu’il leur fallait avouer une bonne fois pour toutes : qu’ils nous tiennent tous en otages, pro comme anti, au nom du « progrès » technique dont on nous rebat les oreilles et qui est désormais le seul horizon qui fasse sens pour une société qui n’en a plus ; que nous avons intérêt à filer doux et à accepter avec reconnaissance notre rôle de victimes consentantes, puisque la majorité a déjà tout accepté au nom de la mythique indépendance énergétique.

Je vous souhaite à tous de beaux cancers.

Un irradié non consentant.
Saclay, le 14 septembre 2014

 

GEPSA (Cofely/GDF-Suez) : les matons passent les Alpes

Pendant que la construction du centre pénitentiaire se termine, faisons connaissance pour l’attaque des futurs gestionnaires…

C’est à dire : GESPA. Les prisonniers et les sans papiers à l’intérieur se révoltent, nous à l’extérieur des murs qui les emprisonnent…

L’attaque contre ce monde de merde est toujours possible

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GEPSA (Cofely/GDF-Suez) : les matons passent les Alpes

Il semble que cette fois-ci sera la bonne. A la troisième tentative, après avoir déjà concouru et gagné pour obtenir l’appel d’offres du Cara (centre de demandeurs d’asile) de Castelnuovo di Porto, un business de près de huit millions d’euros par an, puis du Cie (centre de rétention) de Gorizia, et avoir vu ces attributions être annulées pour des problèmes juridiques, GEPSA a finalement réussi à s’adjuger la gestion du centre de rétention via Corelli de Milan.
A ses côtés il y aura une association culturelle de la ville d’Agrigento nommée Acuarinto, déjà associée lors des deux précédentes tentatives de gagner ces appels d’offres. L’appel qui confie à l’association sicilienne l’objectif de s’occuper des enfermés et à l’entreprise française la gestion et la mise en sécurité des zones et des cours de promenade, devrait rester valide, même après la décision du Ministère de l’Intérieur de changer temporairement l’utilisation de la structure.

Du 15 septembre jusque fin mars, Acuarinto et Gepsa, avec les ex-employés de la Croix Rouge qui ont été réembauchés, n’auront en effet en face pas des sans-papiers en attente d’expulsion mais des hommes et des femmes sous le statut de réfugiés. On ne sait pas encore si le passage provisoire de l’ « urgence clandestins » à l’ « urgence réfugiés » changera quelque chose au tarif établi précédemment avec la préfecture de police de Milan, qui prévoyait 40 euros par personne contre les 54 euros par jour qu’empochait auparavant la Croix Rouge. Le nombre de places d’enfermement resterait par contre de 140.

L’entrée officielle de GEPSA dans le monde de l’enfermement en Italie n’est pas une petite nouveauté, et nous pensons qu’elle mérite deux mots de plus. GEPSA, filiale de COFELY, qui appartient elle-même à la multinationale de l’énergie GDF-SUEZ, a été créée en 1987 pour exploiter les possibilités que l’Etat français offrait alors aux entreprises privées pour participer au marché de la gestion et de la construction des lieux d’enfermement hexagonaux. Une ouverture au privé liée à la décision de l’Etat français d’augmenter le nombre de places disponibles dans ses prisons, dont GEPSA a certainement fourni une contribution importante, si bien qu’on peut la considérer comme le principal partenaire de l’Administration pénitentiaire.

Son acronyme révèle qu’elle s’est spécialisée dans la « gestion des services auxiliaires dans les établissements pénitentiaires » et en réalité, au sein de la logistique de la détention, GEPSA fait un peu de tout : manutention générale et des systèmes électriques, hydrauliques et thermiques, nettoyage des bâtiments, informatique, nettoyage des espaces verts, nourriture, transport et linge des détenus, restauration du personnel pénitentiaire.
L’autre activité dans laquelle GEPSA se distingue est l’exploitation du travail des prisonniers à travers la gestion de nombreuses entreprises à l’intérieur des prisons. Chaque jour, 1700 détenus sont mis au travail par GEPSA et chaque année 180 d’entre eux sont recasés dehors après leur sortie de prison.
Pour donner d’autres chiffres, GEPSA gère 34 prisons et 8 centres de rétention pour une superficie de 715 000 m², elle participe à un consortium qui s’occupe de la construction de 4 autres prisons. Elle lave 8 tonnes de linge et prépare 14500 repas par jour, et compte 400 employés.

Ces chiffres aident à se rendre compte ce qu’est GEPSA, et du fait qu’elle puisse possiblement devenir ce gestionnaire unique des centres de rétention italiens dont parlent depuis longtemps les autorités. A ce propos, en plus de sa taille, son expérience acquise dans le monde carcéral, dont la gestion des dispositifs de sécurité de la plus grande prison d’Europe (Fleury-Mérogis), joue en sa faveur.
L’éventualité que GEPSA devienne le futur gestionnaire unique des centres de rétention italiens ou même qu’elle ne fasse que se substituer à la Croix Rouge dans la gestion d’un grand nombre de ces centres, pourrait rendre la résistance des enfermés plus difficile et risquer de plomber un peu plus le moral des initiatives à l’extérieur … Ne pas avoir face à soi une Croix Rouge sur laquelle tirer mais une lointaine société française pourrait augmenter le sentiment d’impuissance. Mais à bien y réfléchir, pour agir, nul besoin de se rendre jusque dans la rue Henri Sainte-Claire Déville à Rueil-Malmaison (voir ici le lien avec toutes des adresses GEPSA en Italie).

[Traduit de l’italien, « Voilà Gepsa« , de macerie @ Settembre 7, 2014]


Historique de Gepsa (Cofely, GDF-SUEZ)

1987 : création de Gepsa pour répondre à la demande de l’État de déléguer certaines fonctions à des entreprises privées dans le cadre d’un programme de modernisation du parc pénitentiaire.

1990 : obtention, en association avec Eurest et Cofely d’un marché de fonctionnement de 5 établissements du programme 13 000 places, pour une durée de 11 ans.

2002 : obtention dans le cadre du marché de renouvellement du programme 13 000, de 15 établissements pour une durée de 8 ans.

2005 : GEPSA assure l’entretien maintenance de la base militaire de Satory pour une durée de 7 ans.

2006-2009 : réalisation avec l’administration pénitentiaire d’un programme européen (Equal) en faveur la mise en réseau des différents acteurs de la réinsertion au profit des personnes les plus éloignées de l’emploi. Les initiatives qui ont été validées ont été essaimées sur un grand nombre d’établissements.

2007 : obtention du Trophée national de l’entreprise citoyenne délivré par le Cidan sous le haut patronage du Sénat, récompensant des actions menées en faveur de la réinsertion.

2009 : obtention de la prise en charge de 10 nouveaux établissements pénitentiaires issus du programme 13 200 places (dont 7 ont été construits en partenariat public-privé). Gepsa assure l’ouverture de ces 10 établissements en 18 mois.

2010 : Gepsa renouvelle le marché de fonctionnement obtenu en 2002 pour 6 établissements.

2011 : après 40 ans de gestion interne, l’administration pénitentiaire confie à Gepsa l’entretien-maintenance de la Maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (3 500 places), au fur et à mesure de sa rénovation.

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[Romans] au quartier de la Monnaie, les policiers caillassés lors d’une interpellation

Les policiers qui patrouillaient,  lundi 15  au soir dans le quartier de la Monnaie à Romans ont été caillassés suite à une interpellation d’un jeune  homme participant à un rodéo sur un scooter. Il était 22 heures quand les fonctionnaires ont aperçu deux jeunes circulant bruyamment  et enfreignant le code de la route.

Mais au moment de les contrôler, les deux jeunes circulant sur le scooter  ont tenté de prendre la fuite. Si l’un d’entre eux  y est arrivé, le second en revanche a été rattrapé par les policiers, mais le véhicule des forces de police a aussitôt été caillassé par plusieurs individus. Le jeune mineur interpellé qui a été par la suite placé en garde à vue. Il a été déféré devant les magistrats mardi 16 et présenté devant le juge des enfants

On doit noter que la semaine dernière les CRS patrouillaient dans ce  quartier.

contre toutes les prisons.

 

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