{"id":9730,"date":"2017-09-24T17:06:48","date_gmt":"2017-09-24T15:06:48","guid":{"rendered":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=9730"},"modified":"2017-09-25T09:23:19","modified_gmt":"2017-09-25T07:23:19","slug":"buenos-aires-argentine-considerations-et-reflexions-un-mois-apres-la-disparition-de-santiago-maldonado","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=9730","title":{"rendered":"Buenos Aires (Argentine) : Consid\u00e9rations et r\u00e9flexions un mois apr\u00e8s la disparition de Santiago Maldonado"},"content":{"rendered":"<div class=\"\">\n<p>\u00a0note: la disparition de Santiago Maldonado est\u00a0 li\u00e9 aussi avec la politique du groupe Benetton en Argentine. Ce groupe s&rsquo;est lanc\u00e9 sur le <a href=\"https:\/\/www.pressreader.com\/france\/le-figaro\/20170419\/281968902561783\">march\u00e9 des autoroutes fran\u00e7aises<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"https:\/\/cettesemaine.info\/breves\/spip.php?article2487&amp;lang=fr\">Br\u00e8ves du D\u00e9sordre<\/a><\/p>\n<p><strong>Nous pouvons encore \u00eatre pires<\/strong><br class=\"autobr\" \/> <i>Consid\u00e9rations et r\u00e9flexions un mois apr\u00e8s la disparition de Santiago Maldonado<\/i><\/p>\n<p><strong>Le 1er ao\u00fbt 2017<\/strong>, sur la Route Nationale N\u00b040, des participant-e-s du Pu Lof en r\u00e9sistance de <strong>Cushamen<\/strong> (1) et quelques personnes solidaires montent une barricade et coupent la circulation en solidarit\u00e9 avec le Lonko Facundo Jones Huala qui affronte un proc\u00e8s (pour la deuxi\u00e8me fois). Quelques minutes plus tard arrivent des fourgons et des camionnettes avec une trentaine de gendarmes arm\u00e9s de fusils. Les pe\u00f1is (2) commencent \u00e0 lancer des pierres en r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des ordures des forces de l\u2019ordre. Les gendarmes avancent en tirant et br\u00fblent les habitats pr\u00e9caires et les affaires des habitants du Lof, repoussant ces dernier-e-s jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils et elles traversent une rivi\u00e8re. <strong>L\u2019anarchiste Santiago Maldonado<\/strong> (surnomm\u00e9 \u201c<i>El lechuga<\/i>\u201d o \u201c<i>el brujo<\/i>\u201d) reste en arri\u00e8re. L\u00e0, des habitant-e-s du lof observent comment les gendarmes attrapent Santiago\u00a0; d\u2019autres affirment entendre les gendarmes dire qu\u2019ils en \u201c<i>tiennent un<\/i>\u201d.<br class=\"autobr\" \/> <strong>Apr\u00e8s cela, des images et des t\u00e9moignages commencent \u00e0 circuler sur le fait que Santiago a disparu et que les gendarmes l\u2019ont emmen\u00e9 dans une camionette<\/strong> Unimog. Les autorit\u00e9s gardent le silence.<\/p>\n<p><strong>Le vendredi 4 ao\u00fbt<\/strong>, diverses individualit\u00e9s anarchistes et solidaires p\u00e9n\u00e8trent dans le b\u00e2timent de la province du <strong>Chubut<\/strong> r\u00e9clamant que Santiago r\u00e9apparaisse. Le lieu a \u00e9t\u00e9 propice \u00e0 la destruction. Ordinateurs, cadres, fen\u00eatres, d\u00e9corations, tout a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit avec rage. Des tags et des tracts relatifs \u00e0 la r\u00e9pression \u00e0 Cushamen ont \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s sur place.<\/p>\n<p><strong>Le lundi 7 ao\u00fbt<\/strong>, diverses organisations et groupes, ainsi que la famille appellent \u00e0 un rassemblement sur la Place du Congr\u00e8s \u00e0 <strong>Buenos Aires<\/strong>. De nombreuses personnes y participent, entre autres beaucoup de compagnon-ne-s. En col\u00e8re non seulement \u00e0 cause de tout ce qui s\u2019est pass\u00e9, mais aussi du fait du cirque des politicien-e-s qui, pr\u00eat-e-s pour les \u00e9lections, distribuaient des bulletins de leur <i>Front de Gauche<\/i>. Ce jour-l\u00e0, une fois le rassemblement fini, la rue Entre R\u00edos a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e et des pierres, des gros b\u00e2tons, des p\u00e9tards ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9s contre les militaires, deux policiers municipaux et un garde de l\u2019assembl\u00e9e nationale en poste aux alentours. Par la suite, deux motos de keufs seront incendi\u00e9es. Puis il y a eu dispersion, sans aucune personne arr\u00eat\u00e9e ni bless\u00e9e de notre c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Le vendredi 11 ao\u00fbt<\/strong>, des manifs et des rassemblements ont \u00e9t\u00e9 coordonn\u00e9s en diff\u00e9rents endroits du pays (<strong>Bols\u00f3n, Bariloche, Rosario, Buenos Aires<\/strong>). Dans la capitale, il a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 par des groupes de Droits de l\u2019homme (entre autres une fraction des m\u00e8res de la Place de Mai), des proches et des ami-e-s de <i>Lechuga<\/i>, plus des organisations gauchistes qui convoquent un rassemblement \u201cpacifique\u201d sur la Place de Mai, devant la Casa Rosada. Il y a beaucoup de monde et l\u2019un des fr\u00e8res de <i>lechu<\/i> lit un texte qu\u2019il a \u00e9crit, affirmant clairement sa position antiflic et anarchiste.<br class=\"autobr\" \/> L\u2019une des choses qui nous remplit de rage, c\u2019est la r\u00e9cup\u00e9ration du rassemblement par des partis politiques (PO, MST, MAS, Convergencia Socialista, partis kirchneriens), des ONG\u00b4s et des syndicats (la CGT a \u00e0 son compte des histoires assez sombres datant des \u00e9poques p\u00e9ronistes, impliquant la AAA et des groupes para-policiers), qui utilisent l\u2019image et l\u2019histoire de notre compagnon pour gagner (en pleine campagne \u00e9lectorale) quelques petites voix de plus\u00a0: l\u2019enl\u00e8vement de <i>Lechuga<\/i> par la police N\u2019EST PAS UNE CAMPAGNE POLITIQUE. Ces charognards n\u2019h\u00e9siteront jamais \u00e0 continuer de d\u00e9fendre la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, la gendarmerie et jusqu\u2019aux gouvernements m\u00eames qui r\u00e9priment et nous plongent dans une mis\u00e8re quotidienne, parce qu\u2019ils souhaitent eux-m\u00eames parvenir \u00e0 ce pouvoir et exercer cette m\u00eame autorit\u00e9. Nous n\u2019avons absolument rien \u00e0 voir avec eux et avec leurs r\u00e9ponses conciliatrices \u2026<\/p>\n<p><strong>Le jeudi 17 ao\u00fbt<\/strong>, une manifestation est appel\u00e9e dans la ville de <strong>Cordoba<\/strong>, o\u00f9 une foule de gens r\u00e9clame la r\u00e9apparition de Santiago en vie. La police a d\u00e9ploy\u00e9 un gros dispositif pour \u00e9viter les troubles. Cette m\u00eame nuit, \u00e0 l\u2019aube, des anonymes d\u00e9posent un engin artisanal qui incendie les portes d\u2019entr\u00e9e du <i>Cercle de Sous-officiers de Gendarmerie Nationale<\/i> de C\u00f3rdoba. Il n\u2019y a pas eu de revendication. Quelques jours apr\u00e8s, au cours d\u2019une manifestation nationale contre les affaires de g\u00e2chette facile [les assassinats courants de jeunes et de \u00ab\u00a0d\u00e9linquants\u00a0\u00bb par les flics], des affrontements et des destructions se produisent dans tout le centre de la ville de Cordoba. Ult\u00e9rieurement, divers locaux anarchistes, plateformistes et pol\u00edtiques (entre autres une cantine populaire), ainsi que les domiciles de m\u00e8res dont les enfants ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s par la police, seront perquisitionn\u00e9s. Seules des affiches, des drapeaux et des tracts parlant de l\u2019histoire de Santiago (plus le lait de la cantine) ont \u00e9t\u00e9 saisis. Quelques personnes ont \u00e9t\u00e9 bri\u00e8vement arr\u00eat\u00e9es et rel\u00e2ch\u00e9es quelques heures plus tard.<\/p>\n<p><strong>Le jeudi 24 ao\u00fbt<\/strong>, le groupe H.I.J.O.S et d\u2019autres organisations de gauche convoquent un rassemblement et une manif sur la Place San Mart\u00edn dans la ville de La <strong>Plata<\/strong>. Pas mal de monde y participe, y compris un bloc noir anarchiste. Au cours de la manif, quelques destructions se produisent dans les rues centrales. La manif se termine sur la place de laquelle elle \u00e9tait partie. En face, \u00e0 une rue de l\u00e0, se trouve le S\u00e9nat de la province de Buenos-Aires. Sous le regard atone de quelques citoyen-ne-s indign\u00e9-e-s, la rue est bloqu\u00e9e, on d\u00e9fonce une camionnette bien cot\u00e9e et le S\u00e9nat est attaqu\u00e9 \u00e0 coups de pierres et de molotovs qui provoquent des d\u00e9g\u00e2ts et noircissent la fa\u00e7ade. Deux heures plus tard, deux personnes d\u00e9posent deux bidons remplis d\u2019essence qui font cramer deux voitures du parking m\u00eame du s\u00e9nat. Personne ne s\u2019est attribu\u00e9 l\u2019attaque. Peu apr\u00e8s, le chef du renseignement de la police de Buenos Aires s\u2019est fait virer.<\/p>\n<p>Dans certains de ces rassemblements et manifs, ainsi que dans la rue ou les facs et surtout sur les r\u00e9seaux sociaux, on observe qu\u2019une grande partie de l\u2019opinion publique montre de l\u2019empathie et est \u201csensibilis\u00e9e\u201d par l\u2019histoire de Santiago (et une petite partie approuve l\u2019usage de la violence). Il est vrai qu\u2019en Argentine les disparu-e-s \u00e9voquent les dictatures militaires et divers souvenirs qui sont rest\u00e9s grav\u00e9s dans les m\u00e9moires de la sensibilit\u00e9 sociale. Ce que l\u2019immense majorit\u00e9 des politiques tente d\u2019enterrer, c\u2019est la continuit\u00e9 de l\u2019appareil r\u00e9pressif et les similitudes qu\u2019ont les gouvernements dictatoriaux et les gouvernements d\u00e9mocratiques. Les r\u00e9pressions, les tortures et les disparitions forc\u00e9es n\u2019ont jamais cess\u00e9 \u2026<br class=\"autobr\" \/> Nous pensons qu\u2019il est n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9tendre le conflit. D\u00e8s le d\u00e9but, des compagnon-ne-s et personnes solidaires se sont exprim\u00e9es avec cr\u00e9ativit\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rents endroits du monde. D\u2019abord en Uruguay, au Chili, en Bolivie et au P\u00e9rou, ensuite aux Etats-Unis, en Espagne, en Inde, en France, en Syrie, en Colombie, au Mexique et dans beaucoup d\u2019autres coins de cette plan\u00e8te en loque. Tout cela a diffus\u00e9 non seulement ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 <i>Lechuga<\/i> [enlev\u00e9 par les flics et sans nouvelles depuis], mais aussi que la solidarit\u00e9 est internationaliste et ne connait aucune autre fronti\u00e8re que les limites que nous nous posons nous-m\u00eames.<\/p>\n<p><strong>La presse vise, l\u2019Etat tire<\/strong><\/p>\n<p>Que dire des nouvelles et des enqu\u00eates journalistiques de mercenaires tels que Jorge Lanata, Mauro Viale, Eduardo Feinmann et autres laquais de l\u2019information\u00a0? Ils agitent les sigles de la RAM [<i>Resistencia Ancestral Mapuche<\/i>, groupe de lutte en armes mapuche n\u00e9 en 2013], lui attribuant d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre plus d\u2019une trentaine d\u2019actions alllant du collage d\u2019affiches, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019incendie d\u2019<i>estancias<\/i> (3), la mort d\u2019un policier des fronti\u00e8res \u00e0 San Martin de los Andes, la vente d\u2019armes et de drogues. Ils passent des images de possibles Santiagos Maldonados \u00e0 Mendoza, Entre R\u00edos, Buenos Aires\u00a0; ils \u00e9chaffaudent des th\u00e9ories selon lesquelles Santiago serait l\u2019otage des pe\u00f1is, qu\u2019il serait mort lors de l\u2019attaque d\u2019une estancia, qu\u2019il n\u2019aurait jamais \u00e9t\u00e9 dans le lof ou qu\u2019il ne serait qu\u2019un simple artisan ou un hippie en goguette.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019attaque du b\u00e2timent de la province du Chubut, la presse a attribu\u00e9 celle-ci \u00e0 une cellule de la RAM ayant \u201c<i>dangereusement <\/i> \u201d agi \u00e0 deux p\u00e2t\u00e9s de maison de l\u2019ob\u00e9lisque, faisant irruption en tirant des coups de feu\u00a0; il suffit d\u2019observer deux secondes le lieu sur des photos pour voir clairement que plusieurs A cercl\u00e9s \u00e9taient inscrits et que les d\u00e9g\u00e2ts n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9s par des balles. L\u2019exag\u00e9ration est sans borne\u2026<br class=\"autobr\" \/> L\u2019Etat a besoin de r\u00e9affirmer son autorit\u00e9, il a besoin de cr\u00e9er des ennemi-e-s int\u00e9rieurs. La crise \u00e9conomique et le ch\u00f4mage provoquent un mal-\u00eatre assez \u00e9vident dans la rue. Quoi de mieux que de rejeter la faute de la chute de l\u2019\u00e9conomie sur les \u00e9tudiant-e-s non argentin-e-s comme l\u2019affirmait le programme du politicien Lanata\u00a0? Ou de d\u00e9clarer comme la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision <i>Am\u00e9rica 24<\/i> que les vendeurs \u00e0 la sauvette d\u2019origine africaine d\u00e9truisent l\u2019\u00e9conomie formelle\u00a0? Ou de dire comme le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique [de droite] Mauricio Macri que les ouvrier-e-s doivent arr\u00eater de faire chier en coupant les rues, arr\u00eater de foutre les patrons en proc\u00e8s, parce que \u00e7a nuit aux investissements en dollars des actionnaires \u00e9trangers\u00a0?<br class=\"autobr\" \/> Patricia Bullrich, Ministre de la S\u00e9curit\u00e9 Nationale, d\u00e9clare qu\u2019elle ne laissera pas bl\u00e2mer la Gendarmerie (\u201c\u2026<i>Je ne vais pas jeter un gendarme par la fen\u00eatre<\/i>\u2026\u201d) et qu\u2019il ne s\u2019agit pas dans l\u2019affaire Maldonado d\u2019une disparition forc\u00e9e. Elle pr\u00e9tend sans desserrer les dents qu\u2019elle ne voit pas 30 gendarmes conspirer pour tuer et faire disparaitre, que cette force n\u2019est pas la m\u00eame qu\u2019il y a 40 ans. Jouant toujours ce jeu de la mauvaise dictature et de la bonne d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>La famille Bullrich a toujours su d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et id\u00e9ologiques. Adolfo Bullrich \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate d\u2019une entreprise qui a vendu aux ench\u00e8res des hectares de terres apr\u00e8s la terrible <i>Campagne du D\u00e9sert<\/i> (impuls\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque par le pr\u00e9sident Avellaneda puis poursuivie par Julio A. Roca, et qui visait \u00e0 an\u00e9antir les peuples natifs vivant l\u00e0, \u00e0 s\u2019approprier d\u2019immenses territoires, \u00e0 r\u00e9affirmer la souverainet\u00e9 nationale et \u00e0 faire de succulentes affaires avec les entreprises anglaises, galloises et quiconque voulait investir). Esteban Bullrich, fr\u00e8re de Patricia, a quitt\u00e9 son poste de ministre de l\u2019 \u00e9ducation pour pouvoir se pr\u00e9senter aux \u00e9lections. Dans un spot, il parle des changements positifs du gouvernement Cambiemos au cours des derniers mois en ces termes\u00a0: \u201c\u2026<i>Nous avons mis plus d\u2019enfants dans les \u00e9coles, plus de goudron dans les rues et plus de jeunes en prison<\/i>\u2026\u201d Ces mots surprennent-ils de la part de celui qui, en 2005, d\u00e9fendait l\u2019assassin r\u00e9presseur Luis Patti pour qu\u2019il puisse exercer sa charge de d\u00e9put\u00e9\u00a0? Il d\u00e9clarait alors qu\u2019en d\u00e9mocratie il y a de la place pour le d\u00e9bat d\u2019id\u00e9ologies diff\u00e9rentes\u2026<\/p>\n<p><strong>Sur internet est sortie la proposition d\u2019<a class=\"spip_out\" href=\"https:\/\/es-contrainfo.espiv.net\/2017\/08\/31\/llamado-internacional-por-la-aparicion-de-santiago-maldonado\/\" rel=\"external\">une semaine d\u2019agitation<\/a> pour Santiago<\/strong>. Cela a alert\u00e9 les forces de s\u00e9curit\u00e9, si bien qu\u2019un haut poste du renseignement de la police f\u00e9d\u00e9rale a envoy\u00e9 un document \u00e0 la gouverneure Mar\u00eda Eugenia Vidal (PRO), afin qu\u2019elle ordonne l\u2019augmentation de la s\u00e9curit\u00e9 et de la surveillance dans les rues. Dans ce document, il est question de possibles attaques et attentats contre des membres des corps de s\u00e9curit\u00e9, des infrastructures ou des b\u00e2timents \u2026 Cela a eu pour effet une hausse du nombre de forces (sur les places, dans les gares ferroviaires, les b\u00e2timents de gendarmerie, les commissariats et les quartiers conflictuels), mais ils ont en plus ressorti quelques-uns de leurs jouets qu\u2019on ne voyait plus depuis longtemps (petits tanks de la police f\u00e9d\u00e9rale, canons \u00e0 eau et camionnettes d\u2019infanterie partout). A nouveau l\u2019arm\u00e9e dans les rues.<\/p>\n<p>La nouvelle escalade r\u00e9pressive en cours va certainement se poursuivre dans les rues de la capitale et d\u00e9montre qu\u2019aussi bien le minist\u00e8re de la s\u00e9curit\u00e9 que les chefs du \u201crenseignement\u201d policier ont l\u2019intention d\u2019entraver toute la solidarit\u00e9, la rage et les actions qui se sont d\u00e9cha\u00een\u00e9es suite \u00e0 la disparition de Santiago. Mais peut-\u00eatre ces \u00e9tincelles nous am\u00e8neront-elles \u00e0 briser de nouvelles limites\u2026<br class=\"autobr\" \/> Dans certains espaces de compagnon-ne-s le harc\u00e8lement est visible. Non seulement les t\u00e9l\u00e9phones sont sur \u00e9coute et il y a des filatures, mais on voit d\u00e9sormais aussi les brigades d\u2019investigation prendre des photos, les camionnettes militaires aux coins des rues, les patrouilles qui vont et viennent.<\/p>\n<p>Tout cela correspond \u00e0 un contexte clair. Dans certains quartiers de la province de Buenos Aires, les flics font descendre des gens des autobus pour contr\u00f4ler leurs papiers et fouiller leurs affaires\u00a0; l\u2019augmentation notable des patrouilles et des effectifs policiers (dans un souci de contr\u00f4le et de surveillance, mais aussi de ravaler l\u2019image n\u00e9faste des flics et des gendarmes). Le <i>Jour de l\u2019enfant<\/i> [si si cette f\u00eate nationale existe], la gendarmerie a envoy\u00e9 des petites camionnettes de flics en jouets dans diff\u00e9rentes \u00e9coles et cantines\u00a0; c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle a distribu\u00e9 sans vergogne un slogan \u201csolidaire\u201d dans les lieux m\u00eames o\u00f9 ils font du renseignement, o\u00f9 ils font irruption en tirant et o\u00f9 ils r\u00e9priment f\u00e9rocement. Si \u00e0 l\u2019\u00e9poque kirchnerienne leur travail de renseignement s\u2019effectuait dans le cadre du <i>Projet X<\/i> (suivant de pr\u00e8s des militant-e-s ou des organisations sociales, et g\u00e9n\u00e9rant une grande base de donn\u00e9es), maintenant ils sont plus que jamais sur le terrain, comme force de choc suppl\u00e9mentaire au service de l\u2019Etat.<br class=\"autobr\" \/> Bien-s\u00fbr, les lois ne sont pas en reste. La r\u00e9forme de la loi 24.660 revient sur presque tous les assouplissements de peines en prison et les conditionnelles, donnant encore plus de pouvoir d\u00e9cisionnel \u00e0 l\u2019administration p\u00e9nitentiaire\u00a0; et les peines sont de plus en plus lourdes (avec des red\u00e9finitions l\u00e9gales), tant pour les associations de malfaiteurs que pour le port d\u2019arme et pour les attaques \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Relation entre mapuches et anarchistes<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons vu comment depuis quelques ann\u00e9es, de ce c\u00f4t\u00e9-ci, quelques communaut\u00e9s mapuches, abandonnant les angles l\u00e9galistes, ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019occuper les terres de grands propri\u00e9taires terriens ou des portions de terre de l\u2019Etat\u00a0; comment des engins de chantier sont incendi\u00e9s, des attaques coordonn\u00e9es ont lieu contre diff\u00e9rents postes d\u2019<i>estancia<\/i>\u2026 similaire \u00e0 ce qui se passe dans le Wallmapu du c\u00f4t\u00e9 chilien.<br class=\"autobr\" \/> Les m\u00e9dias se chargent de d\u00e9cr\u00e9ter que tous les mapuches \u2013 y compris celles et ceux qui vivent dans le lof \u2013 font partie de la RAM, ce afin de cr\u00e9er un ennemi int\u00e9rieur parfait. En r\u00e9alit\u00e9, la RAM (<i>R\u00e9sistance Ancestrale Mapuche<\/i>) est le sigle avec lequel des mapuches revendiquent leurs actions dans le Wallmapu de la r\u00e9gion argentine. Le lonko Facundo Jones Huala a reconnu son appartenance \u00e0 ce groupe. En ce moment, dans l\u2019attente d\u2019une \u00e9ventuelle extradition vers le Chili, il est incarc\u00e9r\u00e9 dans la prison d\u2019Esquel, o\u00f9 il a fait une gr\u00e8ve de la faim de 18 jours. Il a reconnu un parcours historique d\u2019affrontement contre l\u2019Etat argentin, chilien ainsi que contre les entreprises qui d\u00e9vastent \u00e0 tour de bras les territoires sous pr\u00e9texte de progr\u00e8s. C\u2019est une lutte qui dure depuis plus de 500 ans. La RAM n\u2019est qu\u2019une petite expression de tout ce temps de lutte.<\/p>\n<p>Le harc\u00e8lement et la pers\u00e9cution constante non seulement de la part des forces de l\u2019ordre, mais aussi de celle des entrepreneurs et des m\u00e9dias est \u00e9c\u0153urant. Ils cherchent \u00e0 justifier la r\u00e9pression en m\u00eame temps que l\u2019avanc\u00e9e n\u00e9ocoloniale. Ils balancent \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ce que les mapuches auraient des connexions avec les FARC, qu\u2019ils poss\u00e9deraient un armement militaire d\u2019assaut, que ce sont de \u201c<i>faux indien-ne-s<\/i>\u201d , et autres stupidit\u00e9s du genre\u2026<br class=\"autobr\" \/> Anarchistes, nous continuons \u00e0 \u00e9prouver de la col\u00e8re quand ils harc\u00e8lent, attaquent et font disparaitre les mapu, les qom, les wichi, les guaran\u00ed, ou ces tribus qui vivent au milieu de l\u2019Amazonie, qui r\u00e9sistent \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e des machines, au progr\u00e8s humain con\u00e7u comme la civilisation\u2026<br class=\"autobr\" \/> Nous pouvons partager beaucoup de choses avec les mapuches qui combattent dans le sud de la r\u00e9gion, de la m\u00eame mani\u00e8re que beaucoup d\u2019autres nous s\u00e9parent comme un ab\u00eeme. Leur forme d\u2019 organisation, les relations qu\u2019ils entretiennent ou l\u2019\u00e9panouissement dans la nature sont une d\u00e9monstration de leur propre vision du monde. Anarchistes nous ne pouvons qu\u2019\u00e9prouver du rejet contre toute vell\u00e9it\u00e9 d\u2019approcher et d\u2019obtenir une nation mapuche. Nous respectons leur dignit\u00e9 rebelle et nous serons solidaires, mais nous ne partageons pas leur lutte dans sa totalit\u00e9\u2026<\/p>\n<p><strong>Aucune demande \u00e0 l\u2019Etat,<br class=\"autobr\" \/> conflit permanent contre l\u2019autorit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><strong>Nous aimerions tous et toutes que notre compagnon r\u00e9apparaisse en vie<\/strong>, qu\u2019il puisse continuer \u00e0 parcourir les chemins qu\u2019il veut. Nous savons que l\u2019Etat est responsable de sa disparition, parce que poursuivre et \u201c<i>exterminer<\/i>\u201d les \u201c<i>\u00e9l\u00e9ments g\u00eanants<\/i>\u201d fait partie de ses attributions pour assurer le fonctionnement normal de la soci\u00e9t\u00e9. Pour cela m\u00eame, nous n\u2019avons rien \u00e0 exiger de nos bourreaux. Ils sont responsables des disparitions pour la traite, des connexions narco-polici\u00e8res, des jeunes abattu-e-s dans les quartiers aux mains des forces de l\u2019ordre, de l\u2019approbation de lois qui font pleuvoir des ann\u00e9es de prison, jouant avec les vies des d\u00e9tenu-e-s, de l\u2019application de nouvelles technologies pour le contr\u00f4le social, de la destruction de territoire naturel pour implanter des murs de b\u00e9ton, des plantations de soja ou de ma\u00efs transg\u00e9niques et tant d\u2019autres choses qui font tourner la roue du progr\u00e8s du capital.<\/p>\n<p>Nous avons \u00e9prouv\u00e9 comment ils ont essay\u00e9 de d\u00e9politiser notre compagnon. Ils ont tent\u00e9 de nier ses convictions anarchistes et ont cherch\u00e9 \u00e0 le brandir comme slogan pour une campagne politique de plus. D\u2019un cot\u00e9, Cristina Kirchner et ses l\u00e8che-bottes qui semblent avoir la m\u00e9moire courte parlent de Santiago, mais c\u2019est beaucoup plus n\u00e9buleux pour eux, quand on \u00e9voque Julio L\u00f3pez &#8211; qui, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 Hebe de Bonaffini qui, pour d\u00e9fendre le kirchnerisme, ment en pr\u00e9tendant qu\u2019il \u00e9tait maton (tandis qu\u2019elle qualifie <i>Lechuga<\/i> de militant social), alors que L\u00f3pez \u00e9tait ma\u00e7on et qu\u2019il a disparu, parce qu\u2019il allait t\u00e9moigner contre le r\u00e9presseur Miguel Osvaldo Etchecolatz, ce qui d\u00e9montre que malgr\u00e9 plus de 15 ans de d\u00e9mocracie, le pouvoir militaire est toujours en vigueur. Idem concernant le cas de Luciano Arruga, un jeune d\u2019un quartier marginal de Lomas del Mirador enlev\u00e9, assassin\u00e9 et enterr\u00e9 sous X dans le cimeti\u00e8re de la Chacarita, parce qu\u2019il avait refus\u00e9 de voler pour le compte de la police. Nous voulons aussi rappeler Cristian Ib\u00e1\u00f1ez, arr\u00eat\u00e9 par la police pour ensuite apparaitre \u201csuicid\u00e9\u201d dans les ge\u00f4les d\u2019un commissariat \u00e0 Jujuy, ainsi que Marcelo Cuellar, assassin\u00e9 au cours d\u2019une mobilisation suite \u00e0 l\u2019assassinat de son compagnon Ib\u00e1\u00f1ez dans la localit\u00e9 de Libertador General San Mart\u00edn en 2003\u00a0; tous deux \u00e9taient militants du <i>Courant Classiste Combatif<\/i> [mao\u00efstes]\u00a0; ou encore Carlos Fuentealba, mort suite \u00e0 la r\u00e9pression polici\u00e8re \u00e0 Neuqu\u00e9n au cours d\u2019un blocage de la route 22 par des travailleurs en 2007\u00a0; Juan Carlos Erazo mort \u00e0 Mendoza en 2008 des l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales provoqu\u00e9es par les balles en caoutchouc et les gaz lors d\u2019une occupation de l\u2019usine o\u00f9 il travaillait.<br class=\"autobr\" \/> Nous n\u2019oublions pas non plus que le 17 juin 2010 le jeune joven Diego Bonefoi a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 \u00e0 Bariloche, abattu dans le dos par les keufs. Le lendemain, les voisins ont organis\u00e9 une protestation et la r\u00e9pression polici\u00e8re a provoqu\u00e9 la mort de deux autres jeunes\u00a0: Nicol\u00e1s Carrasco et Sergio C\u00e1rdenas\u00a0; ou que le 20 octobre de la m\u00eame ann\u00e9e, lors d\u2019une mobilisation d\u2019ouvriers de l\u2019entreprise <i>Ferrocarril Roca<\/i> \u00e0 Avellaneda comptant sur le soutien de divers groupes et partis politiques, Mariano Ferreyra, un militant du PO, a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 par les tirs des briseurs de gr\u00e8ve de l\u2019Union Ferroviaire. Et aux \u00e9poques des K [N\u00e9stor Kirchner a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident de l\u2019Argentine de 2003 \u00e0 2007, et sa femme Cristina Kirchner de 2007 \u00e0 2015], les peuples originaires ont subi le m\u00eame sort\u00a0: le paysan ind\u00edg\u00e8ne Javier Chocobar, appartenant \u00e0 une communaut\u00e9 diaguita \u00e0 Tucum\u00e1n, r\u00e9sistait aux expulsions avec d\u2019autres membres de la communaut\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 ce que le le 12 octobre 2009 un ex-flic au service des propri\u00e9taires terriens fasse irruption en voiture, commence \u00e0 tirer et le tue, blessant aussi d\u2019autres villageois. Le 23 novembre 2010, \u00e0 Formosa, tandis que des <i>qom<\/i> de la communaut\u00e9 La Primavera coupaient la route pour r\u00e9clamer leurs terres, la police a encore r\u00e9prim\u00e9 violemment, assassinant deux membres de cette communaut\u00e9, Sixto G\u00f3mez et Roberto L\u00f3pez\u2026<br class=\"autobr\" \/> Mais tout cela n\u2019a pas eu lieu que sous le kirchn\u00e9risme, les gouvernements de tout poil ont des dizaines de morts dues \u00e0 la r\u00e9pression \u00e0 leur actif. Auparavant, il y avait eu V\u00edctor Choque, Teresa Rodr\u00edguez, Mauro Ojeda, Francisco Escobar, An\u00edbal Ver\u00f3n, Carlos Santill\u00e1n, Oscar Barrios, les jeunes Maximiliano Tasca, Cristian G\u00f3mez, Adri\u00e1n Matassa, Miguel Bru, Javier Barrionuevo, Petete Almir\u00f3n, Dario Santill\u00e1n et Maximiliano Kosteki. Et tant d\u2019autres encore tortur\u00e9-e-s, disparu-e-s, assassin\u00e9-e-s aux mains des forces de l\u2019ordre, dans les quartiers, les commissariats, les h\u00f4pitaux psychiatriques, dans les bordels ou les prisons.<\/p>\n<p>Leurs mains sont pleines de sang, le sang des marginalis\u00e9-e-s, le sang des ill\u00e9gaux, le sang des rebelles. La passivit\u00e9 n\u2019est pas une option, le moment est venu de crier vengeance. Vengeance contre les bourreaux. Vengeance contre la vie de mis\u00e8re qu\u2019ils nous imposent. Vengeance contre leur violence permanente. Il n\u2019y a jamais eu de paix pour tant de mort-e-s, nous connaissons les responsables, leurs noms, leurs postes et leurs intentions. <strong>Et tandis qu\u2019ils essaient de nous traiter d\u2019infiltr\u00e9-e-s et de violent-e-s, pour notre part nous leur disons\u00a0: Nous pouvons \u00eatre pires encore&#8230;<\/strong><\/p>\n<p><i>Des anarchistes de Buenos Aires,<\/i><br class=\"autobr\" \/> Septembre 2017<\/p>\n<p>1\u00a0: la ville de Cushamen est situ\u00e9e au sud de l\u2019Argentine, dans la province du Chubut, en territoire mapuche. Un \u00ab\u00a0Lof\u00a0\u00bb est un lieu d\u2019habitation traditionnel regroupant plusieurs familles mapuche.<br class=\"autobr\" \/> 2\u00a0: fr\u00e8re chez les Mapuche <br class=\"autobr\" \/> 3\u00a0: vaste exploitation agricole en Am\u00e9rique du Sud<\/p>\n<p>[Traduit de l\u2019espagnol de <a class=\"spip_out\" href=\"https:\/\/es-contrainfo.espiv.net\/2017\/09\/10\/buenos-aires-argentina-consideraciones-y-reflexiones-a-un-mes-de-la-desaparicion-de-santiago-maldonado\/\" rel=\"external\">contrainfo<\/a>, 10 septiembre 2017]<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0note: la disparition de Santiago Maldonado est\u00a0 li\u00e9 aussi avec la politique du groupe Benetton en Argentine. 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