{"id":8689,"date":"2017-05-22T09:55:25","date_gmt":"2017-05-22T07:55:25","guid":{"rendered":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=8689"},"modified":"2017-05-22T09:56:12","modified_gmt":"2017-05-22T07:56:12","slug":"note-lti-la-langue-du-troisieme-reich","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=8689","title":{"rendered":"note: LTI, la langue du troisi\u00e8me Reich"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<p><strong>note<\/strong> : ce livre a \u00e9t\u00e9 indiqu\u00e9 par jean marie sauvage , lors de la discussion le12 voir<a href=\"https:\/\/rebellyon.info\/LECTURE-DEBAT-AUTOUR-DE-L-OEUVRE-D-ARMAND-17816\"> ici<\/a><\/p>\n<div id=\"enteteDocument\">\n<h1>La lingua horribilis du IIIe Reich : l\u2019apport de Victor Klemperer \u00e0 la compr\u00e9hension du nazisme<\/h1>\n<\/div>\n<div class=\"datepp\"><\/div>\n<div id=\"resume\"><\/div>\n<div id=\"toc\"><\/div>\n<h4>Texte int\u00e9gral<\/h4>\n<div id=\"texte\">\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\"><span class=\"lettrine\">P<\/span>eu d\u2019ouvrages ont pos\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re aussi p\u00e9n\u00e9trante les jonctions \u00e9troites entre totalitarisme et langage. Victor Klemperer<a id=\"bodyftn1\" class=\"footnotecall\" href=\"http:\/\/lodel.irevues.inist.fr\/cahierspsychologiepolitique\/index.php?id=1173#ftn1\">1<\/a> avec son \u00ab\u00a0LTI, la langue du IIIe Reich\u00a0\u00bb reste un remarquable t\u00e9moin du processus linguistique de nazification dans l\u2019Allemagne d\u2019entre les deux guerres. Il y a l\u00e0 un regard douloureux et p\u00e9n\u00e9trant de l\u2019entreprise langagi\u00e8re qui m\u00e8ne \u00e0 la destruction d\u2019une culture fi\u00e8re de sa noblesse d\u2019\u00e2me et des ses valeurs humanistes.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Le discours totalitaire, comme tout discours de surcro\u00eet, se r\u00e9v\u00e8le ici en toute sa naturelle laideur d\u2019instrument de domination.\u00a0 Klemperer semble nous dire qu\u2019une culture pourrie par son langage, comme Tchakotine\u00a0 disait, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque que la politique, comme le poisson, pourrit par la t\u00eate.<\/p>\n<h1 id=\"heading1\">L&rsquo;auteur et la signification de l&rsquo;ouvrage<\/h1>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Victor Klemperer est le parangon de ces juifs allemands assimil\u00e9s pour qui leur appartenance \u00e0 la nation allemande ne faisait pas de doute. Toujours est-il que son parcours est insolite et surprenant \u00e0 plus d\u2019un titre.\u00a0\u00a0\u00a0 Philologue renomm\u00e9, ses origines juives n\u2019\u00e9taient pour rien dans ses r\u00e9flexions th\u00e9oriques ni dans son enseignement universitaire. Le malheur des temps a voulu que ce savant et \u00e9rudit connaisse et subisse de l\u2019int\u00e9rieur la progression irr\u00e9sistible du nazisme. Son \u00e9trange destin est marqu\u00e9 par sa condition d&rsquo;intellectuel juif reconnu, bien que formellement converti au protestantisme, int\u00e9gr\u00e9 et fier d&rsquo;appartenir \u00e0 la culture allemande. Son mariage avec une Allemande (aryenne) l&rsquo;arrache \u00e0 la mort et lui permet de traverser l&rsquo;horreur des ann\u00e9es noires d&rsquo;Hitler. Exclu de l&rsquo;Universit\u00e9, il se voit r\u00e9duit \u00e0 la condition de simple man\u0153uvre dans une usine. Frapp\u00e9 de l&rsquo;\u00e9toile jaune, Il devra subir toutes les humiliations auxquelles le juif \u00ab\u00a0\u00e9pargn\u00e9\u00a0\u00bb par le mariage mixte est contraint.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">V. Klemperer, interdit de tout,\u00a0 a fait de son existence de sous-homme un atout insolite\u00a0: devenir l\u2019observateur attentif \u00e0 travers les transformations de la langue de la nature perverse du r\u00e9gime nazi, de la mentalit\u00e9 malade de ses partisans et des conduites troubles des exclus du r\u00e9gime eux-m\u00eames. Ainsi, r\u00e9duit au statut de paria, au milieu de la bourrasque, et en perp\u00e9tuel sursis d&rsquo;\u00eatre renvoy\u00e9 aux champs de la mort, il trouva son salut moral et mental dans la r\u00e9daction d&rsquo;un journal, intellectuel et intime, tenu \u00e0 partir de 1933 jusqu&rsquo;en 1945. Il y r\u00e9fl\u00e9chit dans la solitude de la longue nuit de la barbarie totalitaire.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Sauv\u00e9 in extremis de la mort, \u00e0 la fin de la guerre, par le partage du pays entre les quatre grandes puissances, il se trouve dans le territoire sovi\u00e9tique devenu plus tard la RDA. Il d\u00e9cide d\u2019y rester. Les raisons qu\u2019il avance sont fort plausibles et honn\u00eates. Juif allemand, l\u2019\u00e9migration en Isra\u00ebl ne l\u2019attire pas, le r\u00e9gime de l\u2019Ouest non plus. D\u2019ailleurs, il est reconnaissant, comme beaucoup de juifs, \u00e0 l\u2019arm\u00e9e sovi\u00e9tique d\u2019avoir contribu\u00e9 \u00e0 la victoire sur le nazisme et \u00e0 la lib\u00e9ration des camps d\u2019extermination. Certes, il n&rsquo;adh\u00e8re pas au parti communiste ni \u00e0 sa philosophie, bien qu\u2019il l&rsquo;accepte en tant que porteur d\u2019un \u00e9lan de justice sociale et de solidarit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">De cette double exp\u00e9rience malheureuse na\u00eetra un ouvrage inattendu et tr\u00e8s personnel, \u00ab\u00a0LTI : La langue du IIIe Reich\u00a0\u00bb, lequel appartient \u00e0 la s\u00e9rie de rares documents-t\u00e9moins de la p\u00e9riode de l\u2019\u00e9garement de la culture issue de la modernit\u00e9 et du rationalisme du si\u00e8cle de lumi\u00e8res.<\/p>\n<h1 id=\"heading2\">La question de la langue du IIIe Reich<\/h1>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">La langue allemande, qui v\u00e9hiculait d\u00e9j\u00e0 des sous-entendus irrationnels, se pr\u00e9cipite ensuite avec le nazisme dans la n\u00e9gation d\u2019un discours pr\u00e9c\u00e9demment fait de sagesse, de sensibilit\u00e9, de tol\u00e9rance et de logique rationnelle. V. Klemperer m\u00e8ne une enqu\u00eate linguistique transversale o\u00f9 le discours nazi est d\u00e9crit comme le v\u00e9hicule d\u2019un puissant poison id\u00e9ologique capable d\u2019anesth\u00e9sier les cercles concentriques de la soci\u00e9t\u00e9 moderne, afin d\u2019imposer une vision totalisante et raciste du monde et de la nature humaine.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">La LTI \u00e9tait \u2013 \u00e9crit l\u2019auteur \u2013 une langue carc\u00e9rale (celle des surveillants et celle des d\u00e9tenus) et une\u00a0 \u00ab\u00a0telle langue comporte inexcusablement des mots secrets, des ambigu\u00eft\u00e9s fallacieuses et des falsifications\u00a0\u00bb (p. 120).\u00a0 C\u2019est un v\u00e9ritable manuel de survie intellectuelle et culturelle. \u00c9crit en 1947 sur la base de son journal, il y accomplit un acte de r\u00e9sistance par del\u00e0 de son temps. Il tire un r\u00e9cit sur le mal d\u2019une id\u00e9ologie dont la langue n\u2019est pas encore suffisamment gu\u00e9rie. L\u2019ouvrage t\u00e9moigne de l\u2019effort d&rsquo;un homme apolitique imbib\u00e9 de culture lib\u00e9rale qui s&rsquo;\u00e9tait tenu, par amour \u00e0 la science, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de la chose publique, avant et pendant la mont\u00e9e du nazisme. Devenu chroniqueur clandestin des malheurs de son temps &#8211; malgr\u00e9 lui \u2013 il \u00e9tait un exclus solitaire \u00e0 double titre : en tant qu\u2019intellectuel irr\u00e9m\u00e9diablement allemand et en tant qu\u2019\u00e9rudit juif assimil\u00e9.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">L&rsquo;ouvrage n\u2019est pas seulement\u00a0 une analyse pragmatique du langage national-socialiste, tant ses observations g\u00e9n\u00e9rales sont riches, mais un kal\u00e9idoscope fait de pens\u00e9es et de faits, de descriptions et de r\u00e9flexions sur la b\u00eatise humaine, l\u2019id\u00e9ologie fasciste, les pr\u00e9jug\u00e9s racistes, le culte du chef, la brutalit\u00e9 ordinaire, les torts du sionisme, les malaises de la culture allemande, la faillite de la d\u00e9mocratie \u2026De plus, le regard du philologue est per\u00e7ant et traverse la structure et les formes du discours totalitaire.<\/p>\n<h1 id=\"heading3\">R\u00e9flexions g\u00e9n\u00e9rales sur le discours nazi-fasciste<\/h1>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">La langue du IIIe Reich est d&rsquo;une \u00ab\u00a0effroyable homog\u00e9n\u00e9it\u00e9\u00a0\u00bb. C\u2019est un langage ordinaire, banal et d\u00e9routant. C\u2019est une id\u00e9ologie h\u00e9g\u00e9monique qui tranche dans le vif des diverses interpr\u00e9tations contradictoires qui concourent \u00e0 rendre l\u2019espace public d\u00e9mocratique pluriel et ouvert. Discours et pratique totalitaire donc.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">V. Klemperer \u00e9crit : \u00ab\u00a0 une connotation ou une valeur linguistique\u00a0 donn\u00e9e ne commencent \u00e0 prendre vie dans une langue que\u00a0 lorsqu\u2019ils rentrent dans l\u2019usage d\u2019un groupe\u00a0 ou d\u2019une collectivit\u00e9 et y affirment son identit\u00e9\u00a0\u00bb p.80<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Impossible de rendre toute la richesse des observations, hypoth\u00e8ses et descriptions contenues dans cet ouvrage de r\u00e9flexion con\u00e7ue dans la souffrance et la peur. Pourtant, nombreux sont les rep\u00e8res qui permettent d\u2019entrer dans la probl\u00e9matique du langage nazi avec les yeux grands ouverts.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Le d\u00e9coupage th\u00e9matique propos\u00e9 ici ne suit \u00e9videment pas le parcours de l\u2019auteur, mais une grille de lecture possible de ce qui (nous) est le plus r\u00e9v\u00e9lateur de la nature et la volont\u00e9 d\u2019emprise de tout discours, autant du caract\u00e8re totalisant de la langue en elle-m\u00eame. Question pos\u00e9e avec acuit\u00e9 par R. Barthes dans une formule tranchante\u00a0: \u00a0\u00bb la langue est fasciste\u00a0\u00bb. Et ici, c\u2019est bien le cas de le dire, elle trouve tout son sens.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\"><strong>1.- Le sens de la d\u00e9mesure.<\/strong> Si le discours est capital pour les hommes politiques, au sein de la p\u00e9riode fasciste, le discours \u00ab\u00a0n\u2019\u00e9tait pas simplement plus important qu\u2019avant, il \u00e9tait, aussi, radicalement transform\u00e9\u00a0\u00bb. Quelle est la clef de sa nouveaut\u00e9\u00a0? Probablement, l\u2019exub\u00e9rance\u00a0! Le discours totalitaire est une mise en sc\u00e8ne totale. Un spectacle puissant. Il s\u2019adresse autant \u00e0 l\u2019oreille qu\u2019\u00e0 l\u2019\u0153il. L\u2019ampleur des gestes s\u2019accompagne d\u2019une intensit\u00e9 de la voix. Les gestes des orateurs (Hitler en ma\u00eetre et mod\u00e8le de parole)\u00a0 s\u2019accordent et se synchronisent avec les mouvements de la foule.\u00a0 Chez Hitler il y avait \u2013 \u00e9crit l\u2019auteur &#8211; quelque chose apparent\u00e9 \u00e0 la folie religieuse, dont les origines remontent \u00e0 la tradition allemande. Ses grondements, ses protestations au milieu des lumi\u00e8res et des drapeaux font que le discours prend une immense couleur sensitive. Le discours de Hitler, toujours oscillant entre l\u2019attitude onctueuse et l\u2019attitude m\u00e9prisante, est pouss\u00e9 par deux \u00e9tats psychopathologiques\u00a0: la m\u00e9galomanie c\u00e9sarienne et le d\u00e9lire de pers\u00e9cution.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">La parole nazie coule par les sillons de la d\u00e9faite militaire et les humiliations diplomatiques et financi\u00e8res impos\u00e9es par les alli\u00e9s. Elle se transforme en croyance fanatique sous l\u2019\u00e9lan d\u2019une \u00ab\u00a0weltanschauung\u00a0\u00bb (vision intuitive du monde) longtemps attendue par des masses avides d\u2019espoir et de revanche.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\"><strong>2.- Le pathos du langage nazi.<\/strong> La langue politique du nazisme ne dissimule pas ses pens\u00e9es les plus ignobles (contrairement \u00e0 la formule de Talleyrand), car les m\u00e9canismes mis en \u0153uvre par les orateurs sont l\u2019exaltation et le d\u00e9sir de domination, la jubilation de la pens\u00e9e intuitive et l\u2019appel \u00e0 l\u2019action Cela fait partie de la d\u00e9mesure qui se manifeste dans tous les propos et la praxis du nazisme.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">La propagande nazie n\u2019a pas besoin des artifices du discours politique habituel (langue de bois), ni des faux semblants, car elle \u00e9nonce ses buts avec un franc-parler brutal et\u00a0 simple, ses arguments sont des v\u00e9rit\u00e9s r\u00e9v\u00e9l\u00e9es qui assomment les adversaires et enivrent les partisans.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Il y a une hyst\u00e9rie de la langue dans le discours nazi : Hitler qui serre le poing, et crispe le visage, et hurle de rage. Le bruit et le silence. Le vacarme et la voix surexcit\u00e9e. La r\u00e9p\u00e9tition constante des mots formait un style, la gestuelle qui les accompagnait et la mise en sc\u00e8ne les unifiaient dans tout fort et puissant.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\"><strong>3.- La rh\u00e9torique musicale du tambour<\/strong>. La parole d\u2019Hitler r\u00e9sonne comme un tambour, car le peuple est sa caisse de r\u00e9sonance, tant il est mat\u00e9riellement et psychologiquement affaibli par la d\u00e9faite de la Premi\u00e8re Guerre mondiale et les cons\u00e9quences de la crise qui traverse la soci\u00e9t\u00e9 allemande des ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s guerre.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">La m\u00e9taphore du tambour est mise en sc\u00e8ne par Hitler lui-m\u00eame, quand il l\u2019exprime clairement dans <em>Mein Kampf <\/em>: \u00a0\u00bb Ce n&rsquo;est pas par modestie que je voulais devenir tambour, car c&rsquo;est ce qu&rsquo;il y a de plus noble\u00a0\u00bb. Hitler en s\u2019identifiant au tambour d\u00e9voile son r\u00f4le.\u00a0 Le tambour domine dans une marche et un d\u00e9fil\u00e9 militaire. Et ce son r\u00e9p\u00e9titif et monotone m\u00e8ne \u00e0 des extases religieuses.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Si la rh\u00e9torique nous rappelle que la r\u00e9p\u00e9tition est sans doute un des m\u00e9canismes les plus utilis\u00e9s par la propagande, la parole d\u2019Hitler retrouve l\u00e0 son r\u00f4le le plus archa\u00efque\u00a0: l\u2019enivrement. Mais, il y a encore une autre chose dans cette m\u00e9taphore apparemment anodine que nous rappelle la pr\u00e9sence d\u2019une rh\u00e9torique musicale. A y r\u00e9fl\u00e9chir, le son du tambour couvre les autres sons et les corrompt par la persistance de son rythme lancinant et l\u2019\u00e9motion qu\u2019il provoque. Dans le cas du discours nazi la r\u00e9p\u00e9tition exacerb\u00e9e remplit la m\u00eame fonction\u00a0: amoindrir les effets des langages rationnels plus \u00e9labor\u00e9s. La r\u00e9action que le discours nazi produit est envo\u00fbtante parce qu&rsquo;il est r\u00e9p\u00e9t\u00e9 dans un espace public clos. Car cela ne se r\u00e9duit pas \u00e0 un seul groupe social, puisque ses liens, qui ne recouvrent pas la totalit\u00e9 de la vie, r\u00e9ussisent de mani\u00e8re \u00e9tonnante \u00e0 influencer le tout\u00a0: la litt\u00e9rature, la rue, l&rsquo;\u00e9cole, l\u2019art et m\u00eame le jargon des victimes.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\"><strong>4.- La puissance des mots.<\/strong> V. Klemperer s\u2019est interrog\u00e9\u00a0sur le moyen de propagande le plus puissant du nazisme\u00a0: les discours\u00a0d\u2019Hitler? Les d\u00e9clarations de Goebbels ? La haine contre les juifs et les bolcheviques ? Les grandes messes nazies\u00a0?<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">La r\u00e9ponse est surprenante. Pour l\u2019auteur, beaucoup des propos des dirigeants nazis, Hitler y compris, sont demeur\u00e9s incompris par la masse, laquelle \u00e9tait satur\u00e9e d&rsquo;autant de verbalisations. Il \u00e9crit\u00a0ceci: \u00a0\u00bb Combien de fois n&rsquo;ai-je pas entendu le bruit des cartes qui claquaient sur la table et les conversations\u00a0 \u00e0 voix haute au sujet des rations de viande\u00a0 et de tabac et sur le cin\u00e9ma, tandis que le F\u00fchrer ou l&rsquo;un de ses paladins tenaient de prolixes discours, et apr\u00e8s on lisait dans les journaux que le peuple tout entier les avait \u00e9cout\u00e9s attentivement \u00a0\u00bb (p.39)<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">O\u00f9 est le vrai secret de l\u2019influence nazie\u00a0? La r\u00e9ponse est \u00e9galement surprenante par sa simplicit\u00e9 et son apparente banalit\u00e9. Ce n\u2019est pas la puissance de la rh\u00e9torique et de la po\u00e9tisation du discours, mais ce qui est le plus en vue de tous et de l&rsquo;entendement de tout le monde\u00a0: le vrai secret du discours public du nazisme sont les mots\u00a0!\u00a0 Les mots nazis ne s&rsquo;adressent pas \u00e0 la conscience et \u00e0 la logique, mais visent les automatismes de l\u2019\u00e2me collective,\u00a0 l&rsquo;\u00eatre moral, les sentiments,\u00a0 tout ce qu&rsquo;ils ont infiltr\u00e9 de mani\u00e8re inconsciente.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Certes, la dynamique persuasive des mots employ\u00e9s par le discours nazi ne fait pas partie d\u2019une imagination cr\u00e9ative. Le nazisme n&rsquo;a pas forg\u00e9 beaucoup des mots nouveaux, mais il a r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9tourner les mots courants et \u00e0 les imbiber de ses contenus et de ses valeurs et \u00e0 les utiliser avec une telle fr\u00e9quence que ceux des autres se trouvent noy\u00e9s et neutralis\u00e9s \u00e0 la racine. Le discours nazi confisque le lexique et la grammaire allemande. Et V. Klemperer (nous) met en garde\u00a0: ces mots empoisonn\u00e9s circulent encore.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\"><strong>5.- Pourquoi les mots sont-ils donc plus persuasifs que les concepts\u00a0?<\/strong> Aucun truisme l\u00e0 dedans, juste du bon sens. La\u00a0\u00ab\u00a0weltanschauung\u00a0\u00bb, dans laquelle le discours nazi trempe, est une vision (intuitive, dit Kant) du monde. Elle n\u2019est pas \u00e0 confondre avec une pens\u00e9e syst\u00e9mique. Chacun sait qu\u2019un syst\u00e8me est quelque chose de compos\u00e9. Une construction\u00a0 logique avec ses propres r\u00e8gles raisonn\u00e9es. La m\u00e9taphysique est une mani\u00e8re de philosopher dont le but consiste \u00e0 ordonner un ensemble d\u2019id\u00e9es. Kant fournit un paradigme. Bref, un syst\u00e8me implique un r\u00e9seau logique capable de capturer sous une forme abstraite la totalit\u00e9 du monde. Disons en passant que pour un kantien, le discours n\u2019est pas un outil pour persuader, mais pour convaincre en raisonnant \u00e0 partir d\u2019un demonstrandum logique et analytique.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Rien de plus \u00e9loign\u00e9 de la <em>weltanschauung<\/em>. En effet, et pour se tenir l\u00e0, la pens\u00e9e intuitive est totale, mais pas syst\u00e9mique, mais symbolique, et fortement psychologique. Les r\u00e9f\u00e9rences sont r\u00e9verb\u00e9rantes et concr\u00e8tes. Il y a l\u00e0 un r\u00e9seau de sentiments, lesquels saisissent les r\u00e9alit\u00e9s sous l\u2019emprise de noyaux myst\u00e9rieux. Et le noyau central n\u2019est autre chose que l\u2019\u00e2me de la nation. Le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0discours \u00e0 la nation allemande\u00a0\u00bb (1807) de Fichte trouve l\u00e0 toute sa place et illustre la port\u00e9e de la notion de vision du monde.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Psychologie collective donc.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Et si la pens\u00e9e nazie ne se r\u00e9clame pas d\u2019un syst\u00e8me, elle est bien plus que cela. C\u2019est une organisation pyramidale, hi\u00e9rarchis\u00e9e, centralis\u00e9e, dont le socle reste insondable, delphique, mythique et magique. Nullement une v\u00e9rit\u00e9 unique et universelle. Mais il y a donc une v\u00e9rit\u00e9 d\u2019un ultime savoir qui ne vaut que pour ceux qui appartiennent \u00e0 la race sup\u00e9rieure. La v\u00e9rit\u00e9 est ici organique (Rosenberg) et se cristallise au fond du mythe et de la race.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">\u00a0 Ainsi, l\u2019id\u00e9e que les mots, plus que les concepts, jouent dans une vision du monde un r\u00f4le de rep\u00e8res et de balises qui canalisent la pens\u00e9e et rendent le discours rythmique et organis\u00e9. Les mots sont charg\u00e9s d\u2019\u00e9motion, d\u2019autant que\u00a0 la LTI est une organisation linguistique o\u00f9 les mots courants connaissent une transmutation, une perversion dont l\u2019utilisation est une mise en garde cassante et un ordre \u00e0 ex\u00e9cuter. Les mots ob\u00e9issent ici \u00e0 une discipline lexicale autoritaire ancr\u00e9e dans \u00ab\u00a0la manie allemande d\u2019organiser et de s\u2019organiser\u00a0\u00bb allant jusqu\u2019au paroxysme, dont la toile de fond est le romantisme et l\u2019exaltation de la figure de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme mythique.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\"><strong>6.- La volont\u00e9 de rupture et d\u2019ancrage<\/strong>. Le vocabulaire de la\u00a0 LTI est\u00a0 domin\u00e9 par l\u2019action, la volont\u00e9 de mouvement et sous l\u2019emprise d\u2019un mod\u00e8le officiel\u00a0: le discours d\u2019Hitler. Aucune diff\u00e9rence entre l&rsquo;oral et l&rsquo;\u00e9crit, le priv\u00e9 et le public. Hitler fait perdre \u00e0 l&rsquo;individu son essence individuelle. Et V. Klemperer note\u00a0: \u00ab\u00a0(\u2026) un mot, une connotation ou une valeur linguistique commencent \u00e0 prendre vie dans une langue, \u00e0 exister vraiment, lorsqu&rsquo;ils entrent dans l&rsquo;usage d&rsquo;un groupe\u00a0 ou d&rsquo;une collectivit\u00e9 et y affirment son identit\u00e9\u00a0\u00bb (p.80)<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">\u00a0\u00a0 Or, cela est-il propre au fascisme\u00a0se demande l\u2019auteur ? Oui et non, car c\u2019est la situation qui est demandeuse d\u2019action, et qui m\u00e8ne au fascisme, tant l\u2019inertie et le statu quo sont grands. D\u2019o\u00f9 la volont\u00e9 de brusquer la langue, afin de contrer l\u2019immobilisme, et la cr\u00e9ation des verbes et la transformation des mots poussent \u00e0 l\u2019action. Inutile de rappeler que le nazisme est une (contre) r\u00e9volution, pourvu que l\u2019analyse int\u00e8gre son dynamisme contradictoire comme l\u2019\u00e9crit V. Klemperer\u00a0: \u00ab\u00a0 Dans toute r\u00e9volution qu\u2019elle touche le domaine politique, sociale, l\u2019art ou la litt\u00e9rature, deux tendances sont toujours \u00e0 l\u2019\u0153uvre\u00a0: d\u2019abord la volont\u00e9 d\u2019aller vers quelque chose de compl\u00e8tement nouveau\u00a0\u2013 le contraste avec ce qui avait cours jusqu\u2019ici \u00e9tant violement accentu\u00e9, puis le besoin de rattachement, le besoin d\u2019une tradition qui l\u00e9gitime. Et, il ajoute\u00a0: (\u2026) \u00ab\u00a0ces deux tendances sont nettement apparent\u00e9es dans la mani\u00e8re dont pr\u00e9nomme ou d\u00e9baptise\u00a0\u00bb (p.111)<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\"><strong>7. &#8211; La pathologie lexicale.<\/strong> Sans doute, \u00e9crit V. Klemperer \u00e0 maintes reprises, il existe un lexique nazi. Mais, les nouveaux mots sont des anciens mots qui acqui\u00e8rent un nouveau sens par corruption ou par perversion. La linguistique deviendra une discipline des sciences raciales. Le mot peuple se trouve associ\u00e9 \u00e0 toute sorte des d\u00e9clinaisons nouvelles\u00a0: f\u00eate du peuple, camarade du peuple, communaut\u00e9 du peuple, \u00e9tranger au peuple, issu du peuple, chancelier du peuple, l&rsquo;\u00e9tat du peuple, etc.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Il y a l\u00e0 une langue de la peur. L\u2019\u00e9tranger devint un \u00e9tranger \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce. Certes, le nazisme n\u2019invente pas\u00a0: la notion de \u00ab\u00a0limpieza de la sangre\u00a0\u00bb se trouve bel et bien en Espagne au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Et le passage de la parole politique \u00e0 la parole religieuse. La langue des \u00e9vangiles dans leur forme, mais corrompue dans leurs sens, est largement utilis\u00e9e<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\"><strong>8.- Autres indices linguistiques\u00a0: Abr\u00e9viations<\/strong> <strong>et ponctuation.<\/strong> V. Klemperer note que le nazisme \u2013 autant que tous les totalitarismes &#8211; use et abuse des abr\u00e9viations. C\u2019est une acc\u00e9l\u00e9ration de la langue, laquelle se fait l\u2019\u00e9cho de la vitesse introduite par le commerce et l\u2019industrie, la publicit\u00e9 et le cin\u00e9ma. Les abr\u00e9viations s\u2019installent o\u00f9 la technicit\u00e9 et l\u2019organisation s\u2019imposent. Et chez les nazis, ce sont deux dimensions exorbitantes.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Nombreuses abr\u00e9viations (impossibles de retranscrire ici) illustrent les propos de l\u2019auteur. Par exemple\u00a0: l\u2019AEG (alles echte germanen) : rien que des authentiques germains. C\u2019est une expression abr\u00e9g\u00e9e utilis\u00e9e dans le langage quotidien y compris par les victimes.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Une autre observation met en relief l\u2019emploi particulier des signes de ponctuation. Si le point d\u2019interrogation est le plus important des signes de ponctuation (Renan), la langue nazie n\u2019en fait pas un grand usage. Non plus du point d\u2019exclamation. L\u2019auteur le constate, mais ne donne pas une r\u00e9ponse. C\u2019est l\u00e0 une de nombreuses observations qui demandent une analyse approfondie. En revanche, la LTI utilise \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 les guillemets ironiques. C\u2019est une sorte d\u2019accompagnement de l\u2019intonation des discours d\u2019Hitler et de Goebbels. Dans la presse l\u2019avalanche de guillemets est utilis\u00e9e pour rendre ambigu\u00ebs\u00a0 les \u00ab\u00a0victoires\u00a0\u00bb rouges, la \u00ab\u00a0strat\u00e9gie\u00a0\u00bb rouge, les \u00ab\u00a0hommes d\u2019Etat\u00a0\u00bb (Churchill), etc.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\"><strong>9.- L\u2019<\/strong><em><strong>hubrys<\/strong><\/em><strong> de LTI\u00a0: le sentimentalisme et la<\/strong> <strong>convoitise du monde.<\/strong> La persuasion nazie est une rh\u00e9torique de la d\u00e9mesure, malgr\u00e9 la pauvret\u00e9 du langage nazi, sous la forme d\u2019un matraquage des mots et des images o\u00f9 l\u2019\u00e9motion d\u00e9place l\u2019analyse de la soci\u00e9t\u00e9 et de l\u2019interaction humaine.\u00a0 Et en grande partie les passions et\u00a0 les sentiments occupent la grande place r\u00e9serv\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du nazisme au pouvoir, \u00e0 la pens\u00e9e et la raison dans le cadre de la culture moderne.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">C\u2019est par la sentimentalisation \u2013 \u00e9crit V. Klemperer &#8211;\u00a0 que le discours nazi passe sous une forme populaire avec toute sa tonitruante hypocrisie. Le m\u00e9canisme persuasif consiste \u00e0 mettre le v\u00e9cu de la masse (hypertrophi\u00e9 et form\u00e9) au centre du discours, afin de faciliter le passage \u00e0 la croyance dans un \u00ab\u00a0jusqu\u2019au boutisme\u00a0\u00bb maintes fois \u00e9voqu\u00e9es par Hitler lui-m\u00eame dans\u00a0 Mein Kampf. Les mots sortent ainsi, directement, des exp\u00e9riences \u00ab\u00a0v\u00e9cues\u00a0\u00bb, lesquelles sont \u00a0pli\u00e9es et caricaturistes, afin de rendre les r\u00e9cits historiques dramatiques et poignants. Enfin, le\u00a0 discours sentimentaliste est la m\u00e9thode a travers laquelle le pathos \u00e9rudit se troque en force prometteuse d\u2019un avenir \u00e9tincelant. C\u2019est une disposition \u00e0 priori m\u00e9fiante \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019intelligence humaine, et subtilement proche des forces immanentes de la nature\u00a0; une tendance religieuse la\u00efcis\u00e9e, un d\u00e9bordement romantique qui pr\u00e9c\u00e8de \u00e0 l\u2019exaltation de l\u2019id\u00e9e germanique d\u2019ordre. Bref, un agencement des id\u00e9es-forces conqu\u00e9rantes qui \u00e9clatent \u00e9motionnellement au milieu de la foule \u00e0 un moment de grande d\u00e9tresse et fragilit\u00e9 rationnelle.<\/p>\n<h1 id=\"heading4\">La foi et l\u2019adoration d\u2019Hitler<\/h1>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Les caract\u00e9ristiques du discours nazi, mises en \u00e9vidence par V. Klemperer, aident \u00e0 mieux comprendre la v\u00e9n\u00e9ration suscit\u00e9e par Hitler et l\u2019emprise exerc\u00e9e par son r\u00e9gime sur les masses allemandes. La formule mainte fois usit\u00e9e par les partisans nazis \u00ab\u00a0j\u2019appartiens au F\u00fchrer\u00a0\u00bb est le reflet d\u2019une \u00e9tonnante conviction religieuse. Une femme dira \u00e0 l\u2019auteur\u00a0afin de justifier son culte \u00e0 Hitler: \u00ab\u00a0sans la foi, l\u2019intelligence est st\u00e9rile. Il y avait dans sa voix \u2013 dit Klemperer &#8211; un spasme, un enthousiasme in\u00e9branlable qui se d\u00e9cline dans une autre sentence\u00a0: \u00ab\u00a0je crois en lui\u00a0\u00bb. Cela d\u00e9coule d\u2019une conviction\u00a0profonde : \u00ab\u00a0comprendre ne fait rien avancer, mais croire fait de miracles\u00a0\u00bb !<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Entre 33 et 45, la LTI v\u00e9hicule une foi in\u00e9branlable dans le caract\u00e8re indestructible de la nouvelle allemagne. Rien ne viendra apr\u00e8s le IIIe Reich\u00a0! Le Reich est \u00e9ternel ou presque, et le F\u00fchrer, par un m\u00e9canisme d\u2019identification, s\u2019est \u00e9lev\u00e9 au rang de Dieu. Ainsi, la propagande joue \u00e0 fond sur le registre de la d\u00e9ification, jusqu\u2019au point de faire appel \u00e0 une \u00ab\u00a0croisade\u00a0\u00bb nazie pour le Reich. Il ne faut pas oublier que ce vieux mot germanique (Reich) ne veut pas dire seulement royaume. Il exprime quelque chose de plus important qu\u2019un \u00e9tat, puisqu\u2019il ait du domaine de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 spirituelle. La chose sacr\u00e9e. Le IIIe Reich s\u2019\u00e9leva ainsi au-dessus de la r\u00e9alit\u00e9 vers l\u2019au-del\u00e0 ancestral. L\u00e0, toute la culture germanique ancienne s\u2019\u00e9veille dans un souffle d\u2019ordre supranational, dont la qu\u00eate de ses racines alimente la propagande et ses diverses manifestations qui font appel de mani\u00e8re voil\u00e9e \u00e0 la magie, \u00e0 l&rsquo;oracle, \u00e0 la puissance du\u00a0 caract\u00e8re allemand et \u00e0 la magnificence de la d\u00e9mesure. Et g\u00e9n\u00e9ralise le m\u00e9pris de toute fronti\u00e8re, ce qui justifie le r\u00eave de domination totale. .<\/p>\n<h1 id=\"heading5\">L&rsquo;\u00e9ducation de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme et l\u2019antis\u00e9mitisme primaire<\/h1>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">D&rsquo;abord le corps, puis le caract\u00e8re. Hitler pr\u00e9sente sa politique comme un \u00ab\u00a0endurcissement physique\u00a0\u00bb. Il montre sa haine pour l&rsquo;homme qui pense sans discipline ni combat. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;exaltation du soldat comme un mod\u00e8le. Et m\u00eame le sport trouve sa place dans le monde guerrier des nazis. La boxe occupe une place de choix. Goebbels en fait la source des \u00e9normes m\u00e9taphores. Et m\u00eame la victoire de la \u00ab\u00a0juive\u00a0\u00bb H\u00e9l\u00e8ne Meyer (fleuret) est f\u00eat\u00e9e comme un \u00e9v\u00e8nement national-socialiste. Car, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;esprit qui d\u00e9cide de la victoire, mais le courage des combattants. La rage de vaincre du guerrier trouve ses symboles modernes\u00a0: le pilote de courses d\u2019auto, le boxeur, puis le pilote de chars. Tout est dans le grand th\u00e9\u00e2tre de la guerre. Et la guerre est la ma\u00eetresse de l\u2019\u00e9ducation de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Cependant, signale Klemperer, le nazisme efface une autre facette de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme. Car il ne suffit pas de risquer sa propre vie et d\u2019accomplir un acte courageux. Un criminel peut faire pareil. Les nazis ne se rapprochent pas du h\u00e9ros (greco-latin), lequel est un homme qui r\u00e9alise ces actes pour \u00e9lever l&rsquo;humanit\u00e9 sans vanit\u00e9. L&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme antique n&rsquo;\u00e9tait pas une guerre de conqu\u00eate. Ainsi, l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme n\u2019est nullement du c\u00f4t\u00e9 nazi, mais dans le camp de ses victimes, au sens propre et figur\u00e9. L\u00e0, l\u2019h\u00e9ro\u00efsme \u00e9tait authentique, tandis que chez Hitler l\u2019h\u00e9ro\u00efsme n\u2019\u00e9tait qu\u2019une litanie sinistre et un \u00e9loge fun\u00e8bre.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Pour finir, disons que cette atmosph\u00e8re d\u2019extase lyrique m\u00e8ne \u00e0 une contagion id\u00e9ologique, dont les effets sont ahurissants et cathartiques. Et encore davantage r\u00e9v\u00e9lateurs de la soumission et du silence total impos\u00e9s aux victimes. On trouve dans l\u2019ouvrage de Klemperer des observations lumineuses sur l\u2019absurdit\u00e9 maladive qui pousse les Allemands de souche \u00e0 se plier \u00e0 des r\u00e8gles qui provoquent des vexations ordinaires contre les juifs. Par exemple\u00a0: les juifs n\u2019avaient pas le droit de verser des cotisations \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de protection des animaux. Car un chat qui vivait chez un juif \u00e9tait \u00ab\u00a0perdu pour la race\u00a0\u00bb. Violence perverse jusqu\u2019\u00e0 la naus\u00e9e, donc.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">A. Dorna<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"annexes\">\n<h4>Notes<\/h4>\n<div class=\"notes\">\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn1\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"http:\/\/lodel.irevues.inist.fr\/cahierspsychologiepolitique\/index.php?id=1173#bodyftn1\">1<\/a> \u00a0Victor Klemperer LTI : La langue du IIIe Reich. A. Michel. 1996<\/p>\n<\/div>\n<h4>Pour citer ce document<\/h4>\n<div id=\"pourCiter\">Alexandre <span class=\"familyName\">Dorna<\/span>, \u00abLa lingua horribilis du IIIe Reich : l\u2019apport de Victor Klemperer \u00e0 la compr\u00e9hension du nazisme\u00bb,\u00a0<em>Les cahiers psychologie politique<\/em> [En ligne], num\u00e9ro 7, Juillet 2005. URL : http:\/\/lodel.irevues.inist.fr\/cahierspsychologiepolitique\/index.php?id=1173<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>note : ce livre a \u00e9t\u00e9 indiqu\u00e9 par jean marie sauvage , lors de la discussion le12 voir ici La lingua horribilis du IIIe Reich : l\u2019apport de Victor Klemperer \u00e0 la compr\u00e9hension du nazisme Texte int\u00e9gral Peu d\u2019ouvrages ont pos\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re aussi p\u00e9n\u00e9trante les jonctions \u00e9troites entre totalitarisme et langage. 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