{"id":774,"date":"2014-12-01T15:45:35","date_gmt":"2014-12-01T14:45:35","guid":{"rendered":"http:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=774"},"modified":"2014-12-01T15:54:02","modified_gmt":"2014-12-01T14:54:02","slug":"au-retour-dune-discussion-interrompue-espagne-36-la-question-de-lanti-fascisme-et-la-question-du-pouvoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=774","title":{"rendered":"Apr\u00e8s une discussion interrompue par les grenades lacrymog\u00e9nes: Espagne 36 , la question de l&rsquo;anti fascisme et la question du pouvoir"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0La r\u00e9volution ne vient pas remplir une n\u00e9cessit\u00e9 esth\u00e9tique, mais solutionner une s\u00e9rie de probl\u00e8mes d&rsquo;ordre social qui sont pos\u00e9s\u00a0\u00bb<br \/>\nJuan Garcia Oliver, juin 1936<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"http:\/\/acontretemps.org\/local\/cache-vignettes\/L250xH100\/001-1069d.jpg\" alt=\"JPEG - 138.2\u00a0ko\" width=\"473\" height=\"189\" \/><br \/>\n1. Introduction<br \/>\nLa th\u00e8se fondamentale du livre Barricades \u00e0 Barcelone (traduit en fran\u00e7ais \u00e0 Spartacus, 2009) affirme que l\u2019id\u00e9ologie d\u2019unit\u00e9 antifasciste a conduit la CNT \u00e0 accepter le programme politique de la bourgeoisie r\u00e9publicaine et par cons\u00e9quent \u00e0 collaborer avec l\u2019\u00c9tat capitaliste, en ayant pour seul objectif celui de gagner la guerre contre le fascisme, en renon\u00e7ant au pr\u00e9alable \u00e0 tout programme r\u00e9volutionnaire.<br \/>\nLa situation r\u00e9volutionnaire en juillet 36 se caract\u00e9risait par un pouvoir atomis\u00e9 en multiples comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires, qui fut asphyxi\u00e9 par le Comit\u00e9 Central des Milices (CCMA), qui ne fut qu\u2019un organisme de collaboration de classes, et qui a vu le jour parce que la CNT a renonc\u00e9 \u00e0 prendre le pouvoir.<br \/>\nL\u2019id\u00e9ologie antifasciste et la participation de la CNT au pouvoir \u00e0 divers niveaux, responsabilit\u00e9s municipales, minist\u00e8res de la G\u00e9n\u00e9ralitat (gouvernement autonome de Catalogne) et m\u00eame minist\u00e8res du gouvernement central, ont cr\u00e9\u00e9 une bureaucratie de comit\u00e9s sup\u00e9rieurs, ayant des int\u00e9r\u00eats distincts et oppos\u00e9s \u00e0 ceux des comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires qui s\u2019\u00e9taient cr\u00e9\u00e9s dans les quartiers de Barcelone. Alors que pour les comit\u00e9s sup\u00e9rieurs tout d\u00e9pendait de la victoire militaire sur le fascisme, les comit\u00e9s de quartier continuaient \u00e0 faire ondoyer le drapeau du programme de la r\u00e9volution ouvri\u00e8re.<br \/>\nLe processus d\u2019institutionnalisation de ces comit\u00e9s sup\u00e9rieurs de la CNT-FAI en a fait des serviteurs de l\u2019\u00c9tat qui consid\u00e9raient les comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires de quartier comme leurs pires ennemis. La th\u00e8se na\u00efve et simpliste qui divise les leaders anarcho-syndicalistes en traitres et en h\u00e9ros, comme si la masse militante \u00e9tait amorphe et sans volont\u00e9, n\u2019explique rien. L\u2019affrontement entre les comit\u00e9s sup\u00e9rieurs et les comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires a \u00e9t\u00e9 un chapitre de plus de la lutte de classes, qui a \u00e9t\u00e9 sur le point de se terminer par une scission, que la r\u00e9pression s\u00e9lective stalinienne a finalement r\u00e9solue par l\u2019an\u00e9antissement des r\u00e9volutionnaires et l\u2019int\u00e9gration des comit\u00e9s sup\u00e9rieurs dans l\u2019appareil de l\u2019\u00c9tat.<br \/>\nDans le livre Les Comit\u00e9s de D\u00e9fense de la CNT (en espagnol \u00e0 Aldarull, 2011), j\u2019essaie d\u2019expliquer ce qu\u2019\u00e9taient ces comit\u00e9s de d\u00e9fense, comment ils ont vaincu l\u2019arm\u00e9e dans les rues de Barcelone les 19 et 20 juillet, comment ils se sont transform\u00e9s en comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires, comment ils se sont affront\u00e9s aux comit\u00e9s sup\u00e9rieurs libertaires, comment ils se sont affront\u00e9s au stalinisme en mai 1937. J\u2019essaie \u00e9galement d\u2019expliquer leur \u00e9volution post\u00e9rieure jusqu\u2019\u00e0 leur dissolution <strong>d\u00e9finitive.<\/strong><\/p>\n<p><strong>2. Qu\u2019\u00e9tait un Comit\u00e9 de d\u00e9fense (CD)<\/strong> ?<br \/>\nLes comit\u00e9s de d\u00e9fense \u00e9taient l\u2019organisation militaire clandestine de la CNT, financ\u00e9s par les syndicats de la CNT et leur action \u00e9tait assujettie \u00e0 ces derniers.<br \/>\nEn octobre 1934, le Comit\u00e9 National des Comit\u00e9s de D\u00e9fense a abandonn\u00e9 la vieille tactique des groupes d\u2019actions pour une pr\u00e9paration r\u00e9volutionnaire s\u00e9rieuse et m\u00e9thodique. Il a \u00e9labor\u00e9 un rapport o\u00f9 il affirmait :<br \/>\n\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas de r\u00e9volution sans pr\u00e9paration. Il faut en finir avec le pr\u00e9jug\u00e9 des improvisations. Cette erreur, qui est de croire en l\u2019instinct cr\u00e9ateur des masses, nous a co\u00fbt\u00e9 tr\u00e8s cher. On n\u2019obtient pas, comme par g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e, les moyens de guerre n\u00e9cessaires pour combattre un \u00c9tat qui a de l\u2019exp\u00e9rience, qui est fortement arm\u00e9 et qui a une plus grande capacit\u00e9 offensive et d\u00e9fensive\u201d.<br \/>\nLe groupe de d\u00e9fense de base devait \u00eatre constitu\u00e9 de peu de personnes, pour faciliter la clandestinit\u00e9. Il devait \u00eatre form\u00e9 de six militants ayant des fonctions sp\u00e9cifiques :<\/p>\n<p>. Un secr\u00e9taire, charg\u00e9 du contact avec d\u2019autres groupes de d\u00e9fense, de la cr\u00e9ation de nouveaux groupes et de l\u2019\u00e9laboration des rapports.<br \/>\n. Un deuxi\u00e8me militant charg\u00e9 d\u2019enqu\u00eater sur les personnes, d\u2019\u00e9valuer le danger des ennemis, tout particuli\u00e8rement des cur\u00e9s, des militaires et des pistoleros du patronat.<br \/>\n. Un troisi\u00e8me militant se chargeait de rep\u00e9rer les b\u00e2timents, de tracer des plans et d\u2019\u00e9laborer des statistiques.<br \/>\n. Un quatri\u00e8me militant \u00e9tudiait les points strat\u00e9giques et tactiques de la lutte dans les rues.<br \/>\n. Un cinqui\u00e8me se consacrait \u00e0 l\u2019\u00e9tude des services publics : \u00e9lectricit\u00e9, eau, gaz, \u00e9gouts.<br \/>\n. Et un sixi\u00e8me militant \u00e9tait charg\u00e9 de trouver des armes, de l\u2019argent et du ravitaillement.<\/p>\n<p>Six \u00e9tait un nombre id\u00e9al, mais certains membres pouvaient s\u2019y rajouter pour accomplir des t\u00e2ches \u201crelativement importantes\u201d. La clandestinit\u00e9 devait \u00eatre absolue. C\u2019\u00e9taient les noyaux de base d\u2019une arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire, capable de mobiliser des groupes secondaires plus nombreux, et ces derniers de mobiliser le peuple dans son ensemble.<br \/>\nLe cadre o\u00f9 chaque groupe de d\u00e9fense devait agir \u00e9tait bien d\u00e9limit\u00e9 dans chaque quartier et signal\u00e9e sur un plan de la ville. Le Comit\u00e9 de d\u00e9fense du quartier coordonnait tous ces cadres de d\u00e9fense et recevait un rapport mensuel de chaque secr\u00e9taire de groupe.<br \/>\nL\u2019organisation des comit\u00e9s de d\u00e9fense \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale et nationale comprenait entre autres les secteurs de travailleurs des chemins de fer, les conducteurs d\u2019autocar, les travailleurs de la compagnie t\u00e9l\u00e9phonique et du t\u00e9l\u00e9graphe, les facteurs et enfin, tous ceux qui, par les caract\u00e9ristiques de leur profession ou organisation, sont pr\u00e9sents au niveau national, en soulignant l\u2019importance des communications dans une insurrection r\u00e9volutionnaire. Une attention toute sp\u00e9ciale \u00e9tait donn\u00e9e au travail d\u2019infiltration et de propagande pour gagner des sympathisants dans les casernes.<br \/>\nLes comit\u00e9s de d\u00e9fense avaient deux fonctions essentielles : les armes et l\u2019intendance, dans le sens le plus large.<br \/>\nLes Comit\u00e9s de D\u00e9fense pouvaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme la continuit\u00e9, la r\u00e9organisation et l\u2019extension des groupes d\u2019action et d\u2019auto-d\u00e9fense arm\u00e9e des ann\u00e9es du pistol\u00e9risme (1917-1923).<\/p>\n<p><strong>3. Comment est-on pass\u00e9 des groupes d\u2019action aux comit\u00e9s de d\u00e9fense ?<\/strong><br \/>\nLes groupes anarchistes Indomables (indomptables), Nervio (Nerf), Nosotros (Nous), Tierra libre (Terre libre) et Germen (Germe), ont fond\u00e9 \u00e0 Barcelone le Comit\u00e9 Local de Pr\u00e9paration R\u00e9volutionnaire en janvier 1935 \u00e0 la r\u00e9union pl\u00e9ni\u00e8re de la F\u00e9d\u00e9ration des Groupes Anarchistes de Barcelone.<br \/>\nDans un contexte historique vraiment effrayant, la mont\u00e9e du fascisme en Italie, du nazisme en Allemagne, du stalinisme dans la soi-disant Union Sovi\u00e9tique, de la d\u00e9pression \u00e9conomique avec un ch\u00f4mage massif et permanent aux \u00c9tats-Unis et en Europe, le rapport \u00e9labor\u00e9 \u00e0 cette r\u00e9union pl\u00e9ni\u00e8re pr\u00e9sentait l\u2019espoir du prol\u00e9tariat r\u00e9volutionnaire.<br \/>\nCe rapport disait : \u00ab Face \u00e0 la faillite universelle des id\u00e9es, des partis, des syst\u00e8mes, il ne reste que le prol\u00e9tariat r\u00e9volutionnaire avec son programme de r\u00e9organisation des bases du travail, de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique et sociale et de la solidarit\u00e9 \u00bb.<br \/>\nCe rapport critiquait la vieille tactique de la gymnastique r\u00e9volutionnaire (LE FAIT DE S\u2019ENTRA\u00ceNER \u00c0 LA PRATIQUE INSURRECTIONNELLE) et les insurrections improvis\u00e9es de janvier et de d\u00e9cembre 1933 de cette fa\u00e7on:<br \/>\n\u00ab La r\u00e9volution sociale ne peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un coup audacieux, dans le style des coups d\u2019\u00c9tat du jacobinisme, elle sera la cons\u00e9quence et le r\u00e9sultat du d\u00e9nouement d\u2019une guerre civile in\u00e9vitable et dont on ne peut pr\u00e9voir la dur\u00e9e \u00bb.<br \/>\n18 mois avant le 19 juillet, la pr\u00e9paration r\u00e9volutionnaire en vue d\u2019une longue guerre civile devait faire face \u00e0 de nouveaux d\u00e9fis, impensables pour la vieille tactique des groupes de choc. Le rapport disait :<br \/>\n\u00ab Comme il est impossible de disposer \u00e0 l\u2019avance des stocks d\u2019armes n\u00e9cessaires \u00e0 une lutte soutenue, il faut que le Comit\u00e9 de Pr\u00e9paration \u00e9tudie la fa\u00e7on de transformer, dans certaines zones strat\u00e9giques, les industries [\u2026] en industries pouvant fournir du mat\u00e9riel de combat pour la r\u00e9volution\u00bb.<br \/>\nL\u00e0 est l\u2019origine de la Commission des industries de guerre, constitu\u00e9e le 7 ao\u00fbt 1936 et qui a constitu\u00e9, du n\u00e9ant le plus absolu, une puissante industrie de guerre gr\u00e2ce aux efforts des travailleurs coordonn\u00e9s par les militants de la CNT Eugenio Vallejo, travailleur de la m\u00e9tallurgie, Manuel Mart\u00ed, du syndicat du secteur chimique et Mariano Mart\u00edn, m\u00eame si plus tard ce sont des politiciens bourgeois comme Josep Tarradellas qui s\u2019en sont appropri\u00e9s le succ\u00e8s.<br \/>\nDes groupes d\u2019action et de choc d\u2019avant 1934, pratiquant la gymnastique r\u00e9volutionnaire, on \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 la formation de comit\u00e9s d\u2019information et de combat, consid\u00e9r\u00e9s comme les cellules de base d\u2019une arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire capable de vaincre l\u2019arm\u00e9e et de mener une guerre civile.<\/p>\n<p><strong>4. Les anarchistes pouvaient-ils prendre le pouvoir ?<\/strong><br \/>\nAu cours des six premiers mois de 1936, le groupe Nosotros s\u2019est affront\u00e9 aux autres groupes de la FAI en Catalogne dans des d\u00e9bats tr\u00e8s durs sur deux conceptions fondamentales, \u00e0 un moment o\u00f9 l\u2019on savait pertinemment que les militaires se pr\u00e9paraient \u00e0 un coup d\u2019\u00c9tat sanglant. Ces deux concepts \u00e9taient \u00ab la prise du pouvoir \u00bb et \u00ab l\u2019arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire \u00bb. Le pragmatisme du groupe Nosotros, plus pr\u00e9occup\u00e9 par les techniques insurrectionnelles que par les tabous, se heurtait de plein front aux pr\u00e9jug\u00e9s id\u00e9ologiques des autres groupes de la FAI, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il se heurtait au refus de ce que ces groupes qualifiaient de \u00ab dictature anarchiste \u00bb et il se heurtait \u00e0 leur profond antimilitarisme, eux qui subordonnaient tout \u00e0 la spontan\u00e9it\u00e9 cr\u00e9ative des travailleurs.<br \/>\nCe net rejet des \u00ab pratiques anarcho-bolcheviques \u00bb du groupe Nosotros s\u2019est largement refl\u00e9t\u00e9 dans la revue M\u00e1s Lejos (Plus Loin) qui publia les r\u00e9ponses \u00e0 une enqu\u00eate qu\u2019elle avait r\u00e9alis\u00e9e dans son premier num\u00e9ro, en avril 1936, et o\u00f9 les lecteurs devaient r\u00e9pondre \u00e0 deux questions sur l\u2019acceptation ou le refus de l\u2019abstentionnisme \u00e9lectoral et \u00e0 une troisi\u00e8me question sur la prise du pouvoir ainsi formul\u00e9e : \u00ab Les anarchistes peuvent-ils, suivant les circonstances, et en faisant fi du moindre scrupule, se disposer \u00e0 la prise du pouvoir, de n\u2019importe quelle fa\u00e7on, afin d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer le rythme de sa marche vers la r\u00e9alisation de l\u2019Anarchie ? \u00bb<br \/>\nPratiquement tout le monde a r\u00e9pondu n\u00e9gativement. Mais aucune r\u00e9ponse ne proposait d\u2019alternative pratique \u00e0 ce refus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la prise du pouvoir. Th\u00e9orie et pratique anarchistes semblaient en plein divorce, \u00e0 la veille du coup d\u2019\u00c9tat militaire.<br \/>\n\u00c0 la r\u00e9union pl\u00e9ni\u00e8re des Groupes Anarchistes de Barcelone de juin 1936, Garc\u00eda Oliver d\u00e9fendit que l\u2019organisation des groupes de d\u00e9fense, coordonn\u00e9s en comit\u00e9s de d\u00e9fense de quartier, \u00e0 Barcelone, \u00e9tait le mod\u00e8le \u00e0 suivre, en l\u2019\u00e9tendant \u00e0 l\u2019ensemble du territoire espagnol, et en coordonnant cette structure au niveau r\u00e9gional et national, pour constituer une arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire du prol\u00e9tariat. Cette arm\u00e9e devait \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e par la cr\u00e9ation d\u2019unit\u00e9s de gu\u00e9rillas de cent hommes. De nombreux militants se sont oppos\u00e9s aux conceptions de Garc\u00eda Oliver, bien plus enclins \u00e0 la spontan\u00e9it\u00e9 des travailleurs qu\u2019\u00e0 l\u2019organisation r\u00e9volutionnaire disciplin\u00e9e. Les convictions antimilitaristes de nombreux groupes d\u2019affinit\u00e9 entra\u00een\u00e8rent un refus quasi unanime des th\u00e8ses du groupe Nosotros, et particuli\u00e8rement de celles de Garc\u00eda Oliver.<\/p>\n<p><strong>5. Comment ces Comit\u00e9s de D\u00e9fense se sont-ils transform\u00e9s en Milices Populaires et en Comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires de quartier ?<\/strong><br \/>\nLe 19 juillet 1936, la garnison militaire de Barcelone comprenait environ six mille hommes, face aux presque deux mille de la Guardia de Asalto (Garde d\u2019assaut) et aux deux cents \u00ab mossos d\u2019escuadra \u00bb (police catalane). La Guardia Civil, dont personne ne savait avec certitude en faveur de qui elle se d\u00e9canterait, comptait sur environ trois mille hommes. La CNT-FAI \u00e9tait form\u00e9e d\u2019environ vingt mille militants, organis\u00e9s en comit\u00e9s de d\u00e9fense de quartier, pr\u00eats \u00e0 prendre les armes. Elle s\u2019engageait, devant la commission de liaison de la CNT avec la Generalitat et les militaires loyaux \u00e0 la R\u00e9publique, \u00e0 arr\u00eater les factieux avec seulement mille militants arm\u00e9s.<br \/>\nCes groupes de d\u00e9fense subirent une double transformation en donnant d\u2019une part les milices populaires qui ont constitu\u00e9 au cours des premi\u00e8res journ\u00e9es le front d\u2019Aragon qui instaura la collectivisation des terres dans les villages d\u2019Aragon lib\u00e9r\u00e9s ; et, d\u2019autre part, les comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires qui, dans chaque quartier de Barcelone, et dans chaque village de la Catalogne, ont impos\u00e9 un \u00ab nouvel ordre r\u00e9volutionnaire \u00bb. Comme les milices populaires et les comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires provenaient tous deux des groupes de d\u00e9fense, ils furent toujours tr\u00e8s unis et en interaction. Ces comit\u00e9s locaux, dans certains villages, \u00e9taient le fruit du rapport de forces existant dans chaque localit\u00e9, et parfois ils pouvaient \u00eatre purement front populiste, sans aucune aspiration r\u00e9volutionnaire.<br \/>\nLes comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires assumaient une importante t\u00e2che administrative, tr\u00e8s vari\u00e9e, de l\u2019\u00e9mission de bons, de tickets pour la nourriture, de sauf-conduits, de laissez-passer, l\u2019approvisionnement et l\u2019entretien des h\u00f4pitaux \u00e0 l\u2019expropriation de la nourriture, des meubles et des b\u00e2timents, le financement des \u00e9coles rationalistes et des ateneos (centres culturels) g\u00e9r\u00e9s par les Jeunesses Libertaires, la paie des miliciens ou de leur famille, etc.<\/p>\n<p><strong>6. Les Comit\u00e9s de D\u00e9fense se sont transform\u00e9s, \u00e0 Barcelone, en comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires de quartier<\/strong><br \/>\nLe vrai pouvoir ex\u00e9cutif \u00e9tait dans la rue, c\u2019\u00e9tait le pouvoir du prol\u00e9tariat en armes, exerc\u00e9 par les comit\u00e9s locaux, de d\u00e9fense et de contr\u00f4le ouvrier, qui expropriaient spontan\u00e9ment les usines, les ateliers, les immeubles et les propri\u00e9t\u00e9s ; qui organisaient, armaient et menaient au front les groupes de miliciens volontaires qu\u2019ils venaient de recruter ; qui br\u00fblaient les \u00e9glises ou les transformaient en \u00e9coles ou en magasins ; qui formaient des patrouilles pour \u00e9tendre la guerre sociale ; qui prot\u00e9geaient les barricades, v\u00e9ritables fronti\u00e8res de classe contr\u00f4lant les all\u00e9es et venues et repr\u00e9sentant le pouvoir des comit\u00e9s ; qui faisaient fonctionner les usines, sans ma\u00eetres ni dirigeants, ou qui les transformaient en usines de guerre ; qui r\u00e9quisitionnaient les voitures et les camions ou la nourriture pour les comit\u00e9s d\u2019approvisionnement ; qui \u00ab promenaient \u00bb (liquidaient) les bourgeois, les fascistes et les cur\u00e9s ; qui percevaient les imp\u00f4ts r\u00e9volutionnaires ou qui finan\u00e7aient des travaux publics pour r\u00e9duire le ch\u00f4mage ; qui substituaient les mairies r\u00e9publicaines totalement obsol\u00e8tes en imposant partout leur autorit\u00e9 absolue dans tous les domaines, en ignorant les ordres de la Generalitat et du Comit\u00e9 Central des Milices Antifascistes (CCMA). La situation r\u00e9volutionnaire se caract\u00e9risait par une atomisation du pouvoir.<br \/>\n\u00c0 Barcelone, les comit\u00e9s de d\u00e9fense, transform\u00e9s en comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires de quartier, n\u2019ont suivi les consignes d\u2019aucune organisation, quelle qu\u2019elle soit et ont pris les initiatives que chaque situation exigeait. Ils ont organis\u00e9 les h\u00f4pitaux, d\u00e9bord\u00e9s par l\u2019avalanche de bless\u00e9s, ils ont cr\u00e9\u00e9 des cantines populaires, ils ont r\u00e9quisitionn\u00e9 des voitures, des camions, des armes, ils ont expropri\u00e9 des usines, des immeubles, ils ont d\u00e9tenu des suspects et ont cr\u00e9\u00e9 un r\u00e9seau de Comit\u00e9s d\u2019approvisionnement dans chaque quartier, qui se sont coordonn\u00e9s en un Comit\u00e9 Central d\u2019Approvisionnement de la ville, au sein duquel le Syndicat de l\u2019Alimentation de la CNT a jou\u00e9 un grand r\u00f4le. La contagion r\u00e9volutionnaire touchait tous les secteurs sociaux et toutes les organisations, qui se d\u00e9cantaient sinc\u00e8rement en faveur de la nouvelle situation r\u00e9volutionnaire. Cela a \u00e9t\u00e9 la seule force r\u00e9elle du Comit\u00e9 Central des Milices, qui apparaissait aux yeux du prol\u00e9tariat arm\u00e9 comme l\u2019organisme antifasciste qui devait diriger la guerre et imposer le nouvel ordre r\u00e9volutionnaire.<br \/>\nLe 21 juillet, une s\u00e9ance pl\u00e9ni\u00e8re des syndicats locaux et r\u00e9gionaux avait renonc\u00e9 \u00e0 la prise du pouvoir, comprise comme une dictature des leaders anarchistes, et non point comme l\u2019imposition, la coordination et l\u2019extension du pouvoir que les comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires exer\u00e7aient d\u00e9j\u00e0 dans la rue. Fut d\u00e9cid\u00e9e la cr\u00e9ation d\u2019un Comit\u00e9 Central des Milices Antifascistes, ORGANISME DE COLLABORATION DE CLASSES, form\u00e9 par l\u2019ensemble des organisations antifascistes.<br \/>\nLe 24 juillet a lieu le d\u00e9part des deux premi\u00e8res colonnes anarchistes dirig\u00e9es l\u2019une par Durruti et l\u2019autre par Ortiz. Durruti pronon\u00e7a un discours \u00e0 la radio o\u00f9 il pr\u00e9venait qu\u2019il fallait \u00eatre vigilant face aux tentatives contre-r\u00e9volutionnaires. Il fallait contr\u00f4ler la situation r\u00e9volutionnaire \u00e0 Barcelone et aller \u00ab jusqu\u2019au bout \u00bb apr\u00e8s la prise de Saragosse.<br \/>\n\u00c0 la R\u00e9union pl\u00e9ni\u00e8re r\u00e9gionale du 26, il fut confirm\u00e9 \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 que la CNT maintiendrait la m\u00eame position que celle d\u00e9fendue le 21 juillet, celle de participer \u00e0 l\u2019organisme de collaboration de classes appel\u00e9 CCMA. Lors de cette r\u00e9union du 26 fut cr\u00e9\u00e9e une Commission d\u2019Approvisionnement, d\u00e9pendante du CCMA, \u00e0 laquelle devaient se soumettre les diff\u00e9rents comit\u00e9s d\u2019approvisionnement qui avaient surgi un peu partout, et en m\u00eame temps l\u2019arr\u00eat partiel de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale fut aussi exig\u00e9. Le r\u00e9sum\u00e9 des principaux accords qui se sont conclus \u00e0 cette r\u00e9union pl\u00e9ni\u00e8re fut publi\u00e9 sous forme d\u2019arr\u00eat\u00e9 pour qu\u2019il soit connu de tous et respect\u00e9.<br \/>\nLe Comit\u00e9 Central d\u2019Approvisionnement \u00e9tait une institution fondamentale qui jouait un r\u00f4le indispensable par rapport aux ouvriers volontaires qui quittaient leur poste de travail pour aller combattre le fascisme en Aragon : assurer en leur absence la nourriture de leurs familles qui ne percevraient plus le salaire hebdomadaire avec lequel elles vivaient.<br \/>\nAinsi, les comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires de quartier, \u00e0 Barcelone, \u00e9taient form\u00e9s de deux sections : la section de d\u00e9fense et la section d\u2019approvisionnement, qui r\u00e9pondaient aux deux besoins essentiels du moment : les armes et la nourriture.<\/p>\n<p><strong>7. Qu\u2019\u00e9taient les Patrouilles de Contr\u00f4le ?<\/strong><br \/>\nEntre le 21 juillet et la mi-ao\u00fbt 36, les patrouilles de contr\u00f4le se sont constitu\u00e9es comme police \u00ab r\u00e9volutionnaire \u00bb qui d\u00e9pendait du Comit\u00e9 Central des Milices Antifascistes (CCMA).<br \/>\nSeule la moiti\u00e9 environ de ceux qui faisaient partie des patrouilles de contr\u00f4le poss\u00e9dait la carte de la CNT ou faisait partie de la FAI ; l\u2019autre moiti\u00e9 \u00e9tait affili\u00e9e aux autres organisations formant le CCMA : fondamentalement le POUM, Esquerra Republicana de Catalu\u00f1a (ERC) et le PSUC. Sur les onze d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de section, il n\u2019y en avait que quatre de la CNT : ceux de Pueblo Nuevo, Sants, San Andr\u00e9s (Armon\u00eda) et Clot : quatre \u00e9taient de ERC, trois du PSUC et aucun du POUM.<br \/>\nLes patrouilles de Contr\u00f4le d\u00e9pendaient du Comit\u00e9 d\u2019Enqu\u00eate du CCMA, dirig\u00e9 par Aurelio Fern\u00e1ndez (FAI) et Salvador Gonz\u00e1lez (PSUC). Sa section centrale \u00e9tait dirig\u00e9e par deux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de Patrouilles, Jos\u00e9 Asens (FAI) et Tom\u00e1s F\u00e1brega (Acci\u00f3 Catalana). Le salaire des membres des patrouilles, de dix pesetas par jour, \u00e9tait pay\u00e9 par la Generalitat. [&#8230;].<\/p>\n<p><strong>8. Quel a \u00e9t\u00e9 le bilan du Comit\u00e9 Central des Milices Antifascistes ?<\/strong><br \/>\nLe 26 septembre fut form\u00e9 un gouvernement de la Generalitat auquel participaient des \u00ab consellers \u00bb -des ministres- anarchistes. Le 1er octobre, le CCMA fut dissous.<br \/>\nLes d\u00e9crets du 9 et 12 octobre d\u00e9clar\u00e8rent que tous les comit\u00e9s locaux qui avaient surgi le 19 juillet \u00e9taient dissous et qu\u2019ils devaient \u00eatre remplac\u00e9s par de nouvelles mairies. La r\u00e9sistance des militants de la CNT, qui ne faisaient aucun cas des consignes des comit\u00e9s sup\u00e9rieurs ou des ordres du gouvernement de la Generalitat, mena\u00e7a le pacte antifasciste. Les dirigeants anarchosyndicalistes subissaient la pression de leurs militants qui n\u2019avaient aucune envie de leur ob\u00e9ir et celle des forces antifascistes qui leur exigeaient de respecter et de faire respecter les d\u00e9crets du gouvernement et de faire entendre raison aux \u00ab incontr\u00f4l\u00e9s \u00bb.<br \/>\nVoil\u00e0 quel \u00e9tait le v\u00e9ritable bilan du CCMA apr\u00e8s neuf semaines d\u2019existence : la dissolution des comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires locaux qui exer\u00e7aient tout le pouvoir dans la rue et les usines en faveur du r\u00e9tablissement complet du pouvoir de la Generalitat. Il faut ajouter au bilan d\u00e9sastreux du CCMA les d\u00e9crets sign\u00e9s le 24 octobre sur la militarisation des Milices et le d\u00e9cret sur les Collectivisations, c\u2019est-\u00e0-dire la suppression des Milices ouvri\u00e8res form\u00e9es de volontaires r\u00e9volutionnaires et leur transformation en arm\u00e9e bourgeoise classique. Et d\u2019autre part, la transformation des expropriations et du contr\u00f4le des usines par le prol\u00e9tariat en une \u00e9conomie tendant \u00e0 \u00eatre enti\u00e8rement contr\u00f4l\u00e9e et dirig\u00e9e par la Generalitat.<\/p>\n<p><strong>9. L\u2019hibernation des comit\u00e9s de d\u00e9fense en d\u00e9cembre 1936 et leur r\u00e9organisation en mars 1937<\/strong><br \/>\nD\u00e9but d\u00e9cembre 1936, la F\u00e9d\u00e9ration Locale des Syndicats Uniques de la CNT de Barcelone a d\u00e9battu du r\u00f4le que devaient jouer les comit\u00e9s de d\u00e9fense \u00e0 Barcelone.<br \/>\nLa F\u00e9d\u00e9ration Locale imposa une vision strictement syndicale, qui ne voyait pas d\u2019un bon \u0153il l\u2019importance qu\u2019avaient acquise, dans les quartiers, les comit\u00e9s de d\u00e9fense et les comit\u00e9s d\u2019approvisionnement. Elle consid\u00e9rait que leurs fonctions, un fois conclue et l\u2019insurrection r\u00e9volutionnaire et l\u2019\u00e9tape imm\u00e9diatement post\u00e9rieure, \u00e9taient provisoires et qu\u2019elles devaient d\u00e9sormais \u00eatre assum\u00e9es par les syndicats.<br \/>\nEn d\u00e9cembre 1936, les comit\u00e9s de d\u00e9fense \u00e9taient une entrave pour la politique gouvernementaliste des comit\u00e9s sup\u00e9rieurs de la CNT ; ils devaient donc hiberner et se soumettre aux syndicats, comme simples appendices, quelque peu g\u00eanants et inutiles.<br \/>\nCe qui \u00e9tait en jeu, c\u2019\u00e9tait le degr\u00e9 d\u2019autonomie des comit\u00e9s de d\u00e9fense de quartiers par rapport aux syndicats. Il y avait ceux qui pensaient que les Comit\u00e9s Locaux de D\u00e9fense devaient avoir leur propre personnalit\u00e9 et \u00eatre totalement ind\u00e9pendants, en les consid\u00e9rant comme LA MILICE DE LA CNT, alors que d\u2019autres pensaient qu\u2019ils devaient enti\u00e8rement se soumettre aux d\u00e9cisions de la F\u00e9d\u00e9ration Locale des Syndicats qui non seulement devait discuter de la situation et d\u00e9cider de comment agir, mais devait en plus garder les armes, contr\u00f4ler les hommes et financer les Comit\u00e9s de D\u00e9fense.<br \/>\nLe probl\u00e8me fondamental, d\u2019apr\u00e8s le Comit\u00e9 R\u00e9gional de Catalogne, \u00e9tait le refus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la consigne de d\u00e9sarmement, de telle sorte qu\u2019il en est arriv\u00e9, selon ses propres mots, \u00e0 constater que \u00ab les quartiers sont nos pires ennemis \u00bb. Les comit\u00e9s de d\u00e9fense entr\u00e8rent alors dans une p\u00e9riode d\u2019hibernation.<br \/>\nL\u2019entr\u00e9e de la CNT dans le gouvernement de la Generalitat avait entra\u00een\u00e9, d\u00e9but octobre, la cr\u00e9ation d\u2019une Assembl\u00e9e de S\u00e9curit\u00e9 Int\u00e9rieure, qui se caract\u00e9risait par une dualit\u00e9 conflictuelle de pouvoir sur les forces de l\u2019ordre entre la CNT et le gouvernement de la Generatitat. Les Patrouilles de Contr\u00f4le perdirent leur autonomie et leur pouvoir de d\u00e9cision, alors que le Commissariat de l\u2019Ordre Public, contr\u00f4l\u00e9 par le PSUC et ERC, voyait son pouvoir de coercition augmenter, gr\u00e2ce au renforcement des corps des Gardes d\u2019Assaut et de la Garde Nationale R\u00e9publicaine (ancienne Garde Civile).<br \/>\n\u00c0 la fin du mois de janvier 1937, les miliciens du PSUC-UGT abandonn\u00e8rent les Patrouilles de Contr\u00f4le et furent substitu\u00e9s par des membres de la CNT, d\u2019ERC et du POUM. La perspective de la fin des Patrouilles de Contr\u00f4le, remplac\u00e9es par un nouveau Corps Unique de S\u00e9curit\u00e9, ce qui fut d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 le 4 mars 1937, entra\u00eenait la fin de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de la CNT sur les t\u00e2ches polici\u00e8res et r\u00e9pressives \u00e0 l\u2019arri\u00e8re.<br \/>\n.Les syndicats comprirent qu\u2019il fallait absolument r\u00e9organiser les comit\u00e9s de d\u00e9fense, dans les quartiers, pour organiser l\u2019affrontement qui semblait alors in\u00e9vitable.<\/p>\n<p><strong>10. Pourquoi le contr\u00f4le de l\u2019approvisionnement a-t-il \u00e9t\u00e9 perdu ? Que fut la \u00ab guerre du pain \u00bb ?<\/strong><br \/>\nLe 20 d\u00e9cembre 1936, le stalinien Comorera, Conseller (Ministre) de l\u2019Approvisionnement, pronon\u00e7a un discours important, en catalan, \u00e0 Barcelone.<br \/>\nComorera d\u00e9fendit le besoin d\u2019un gouvernement fort, ayant pleins pouvoirs, capable de faire appliquer les d\u00e9crets pour qu\u2019ils ne restent pas lettre morte, comme cela avait \u00e9t\u00e9 le cas avec le premier gouvernement Tarradellas, auquel avait particip\u00e9 Nin comme repr\u00e9sentant du POUM. Un gouvernement fort, capable de mener \u00e0 bien une politique militaire efficace, regroupant toutes les forces existantes sur le front.<br \/>\nComorera attribuait le manque de nourriture et l\u2019augmentation de son prix aux Comit\u00e9s de d\u00e9fense, et non au fait que les grossistes et les commer\u00e7ants s\u2019en accaparaient et sp\u00e9culaient. C\u2019\u00e9tait le discours qui justifiait et expliquait le mot d\u2019ordre sur les pancartes et les tracts des manifestations de femmes fin 36, d\u00e9but 37 : \u00ab plus de pain et moins de comit\u00e9s \u00bb, manifestations organis\u00e9es et manipul\u00e9es par le PSUC. C\u2019\u00e9tait l\u2019affrontement entre deux politiques d\u2019approvisionnement oppos\u00e9es, celle du PSUC et celle du Syndicat de l\u2019Alimentation de la CNT. Ce dernier, par le bais des treize magasins d\u2019approvisionnements des quartiers, gard\u00e9s par les comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires de quartier (ou plus exactement par leur section de d\u00e9fense) fournissait gratuitement de la nourriture aux cantines populaires o\u00f9 pouvaient se rendre les ch\u00f4meurs et les membres de leurs familles. Il s\u2019occupait \u00e9galement de centres d\u2019attention aux r\u00e9fugi\u00e9s dont le nombre tournait autour de 220 000 personnes en avril 1937 \u00e0 Barcelone. C\u2019\u00e9tait un r\u00e9seau d\u2019approvisionnement qui faisait concurrence aux d\u00e9taillants qui n\u2019ob\u00e9issaient qu\u2019\u00e0 la loi de l\u2019offre et de la demande afin d\u2019\u00e9viter surtout l\u2019augmentation du prix des produits qui auraient \u00e9t\u00e9 alors inaccessibles pour les travailleurs et, cela va de soi, pour les ch\u00f4meurs et les r\u00e9fugi\u00e9s. Le march\u00e9 noir \u00e9tait la grande affaire des d\u00e9taillants qui faisaient bombance gr\u00e2ce \u00e0 la faim de la majorit\u00e9 de la population. La guerre du pain de Comorera contre les comit\u00e9s d\u2019approvisionnement de quartiers ne visait qu\u2019\u00e0 enlever aux comit\u00e9s de d\u00e9fense toute parcelle de pouvoir, m\u00eame si cette guerre impliquait le d\u00e9sapprovisionnement de Barcelone et la p\u00e9nurie alimentaire.<br \/>\nComorera conclut son discourt par un appel \u00e0 la responsabilit\u00e9 de toutes les organisations afin d\u2019obtenir une forte unit\u00e9 antifasciste. Pour bien comprendre le discours de Comorera, il faut tenir compte de la strat\u00e9gie, d\u00e9fendue par Ger\u00f6 (LE D\u00c9L\u00c9GU\u00c9 DE MOSCOU DANS LE PSUC), de mener une politique S\u00c9LECTIVE par rapport au mouvement anarchiste, qui consistait \u00e0 int\u00e9grer les dirigeants anarchistes dans l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat, tout en r\u00e9primant de fa\u00e7on terrible les secteurs r\u00e9volutionnaires qualifi\u00e9s de fa\u00e7on infamante d\u2019incontr\u00f4l\u00e9s, de gangsters, d\u2019assassins, d\u2019agents provocateurs et d\u2019irresponsables ; secteurs que Comorera identifiait tr\u00e8s clairement aux comit\u00e9s de d\u00e9fense.<br \/>\nLes magasins d\u2019approvisionnement des comit\u00e9s de quartier contr\u00f4laient ce que les d\u00e9taillants allaient recevoir comme marchandises et leur prix de vente au public, apr\u00e8s que les besoins \u00ab r\u00e9volutionnaires \u00bb du quartier aient \u00e9t\u00e9 satisfaits, celui, donc, des malades, des enfants, des ch\u00f4meurs, des cantines populaires, etc.<br \/>\nComorera d\u00e9fendait le march\u00e9 libre et la disparition de ces comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires de quartier. Il savait de plus qu\u2019une chose allait de pair avec l\u2019autre et que sans supprimer les comit\u00e9s de d\u00e9fense, le march\u00e9 libre n\u2019\u00e9tait que chim\u00e8re.<br \/>\nUn approvisionnement rationnel, pr\u00e9voyant et suffisant de Barcelone et de la Catalogne aurait signifi\u00e9 l\u2019acceptation des pr\u00e9tentions du Conseller \u2013ministre- de l\u2019\u00e9conomie de la CNT, F\u00e1bregas, qui, entre le mois d\u2019octobre et de d\u00e9cembre a bataill\u00e9 inutilement, dans les r\u00e9unions minist\u00e9rielles de la Generalitat, pour obtenir le monopole du commerce ext\u00e9rieur, face \u00e0 l\u2019opposition des autres forces politiques. Pendant ce temps-l\u00e0, sur le march\u00e9 des c\u00e9r\u00e9ales de Paris, dix ou douze grossistes se faisaient concurrence et faisaient monter les prix. Mais ce monopole du commerce ext\u00e9rieur, qui n\u2019\u00e9tait m\u00eame pas une mesure de caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire, mais seulement une mesure adapt\u00e9e \u00e0 une situation urgente due \u00e0 la guerre, allait \u00e0 l\u2019encontre de la philosophie du march\u00e9 libre, d\u00e9fendue par Comorera.<br \/>\nIl y avait un lien entre les queues pour acheter du pain \u00e0 Barcelone et la concurrence irrationnelle des grossistes sur le march\u00e9 des c\u00e9r\u00e9ales \u00e0 Paris. Lien qui aurait \u00e9t\u00e9 bris\u00e9 avec le monopole du commerce ext\u00e9rieur. Avec la politique du march\u00e9 libre de Comorera, ce lien s\u2019est renforc\u00e9. Mais qui plus est, le PSUC a encourag\u00e9 la sp\u00e9culation des commer\u00e7ants, qui ont implant\u00e9 une v\u00e9ritable dictature sur le prix de tous les aliments, en s\u2019enrichissant sur le dos des travailleurs affam\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>11. Comment et pourquoi ces Comit\u00e9s de D\u00e9fense se sont-ils radicalis\u00e9s en avril 37 ?<\/strong><br \/>\nLe dimanche 11 avril, au meeting de l\u2019ar\u00e8ne de La Monumental de Barcelone, il y avait des pancartes qui exigeaient la libert\u00e9 des nombreux prisonniers antifascistes, la plupart de la CNT. Federica Montseny (dirigeante de la CNT) fut hu\u00e9e et siffl\u00e9e. Les cris favorables \u00e0 la libert\u00e9 des prisonniers redoubl\u00e8rent. Les comit\u00e9s sup\u00e9rieurs accus\u00e8rent de \u00ab sabotage \u00bb le Regroupement des Amis de Durruti. Federica, tr\u00e8s offens\u00e9e, mena\u00e7a de ne plus faire de meeting \u00e0 Barcelone.<br \/>\nLe lundi 12 avril 1937 eut lieu \u00e0 la Casa CNT-FAI une r\u00e9union pl\u00e9ni\u00e8re locale des Groupes Anarchistes de Barcelone, \u00e0 laquelle assist\u00e8rent les groupes de D\u00e9fense de la conf\u00e9d\u00e9ration et des Jeunesses Libertaires.<br \/>\nLe groupe 12, du quartier de Gracia, pr\u00e9senta une proposition par \u00e9crit qui disait :<br \/>\n\u00ab La r\u00e9union, qui a pris en compte, apr\u00e8s une large discussion, les r\u00e9sultats de neuf mois de politique minist\u00e9rielle, qui a constat\u00e9 l\u2019impossibilit\u00e9 de gagner la lutte arm\u00e9e sur les fronts contre le fascisme sans faire d\u00e9pendre tous les int\u00e9r\u00eats particuliers, \u00e9conomiques, politiques et sociaux, de l\u2019objectif supr\u00eame de la guerre, qui consid\u00e8re que seule la socialisation totale de l\u2019industrie, du commerce et de l\u2019agriculture permet d\u2019\u00e9craser le fascisme, qui consid\u00e8re que n\u2019importe quelle forme de gouvernement est par essence r\u00e9actionnaire, et donc oppos\u00e9e \u00e0 la r\u00e9volution sociale a d\u00e9cid\u00e9 de :<\/p>\n<p>1. Retirer tous les hommes qui occupent actuellement une place dans les instances antifascistes gouvernementales.<br \/>\n2. S\u2019engager \u00e0 constituer un comit\u00e9 r\u00e9volutionnaire antifasciste pour coordonner la lutte arm\u00e9e contre le fascisme.<br \/>\n3. Socialiser imm\u00e9diatement l\u2019industrie, le commerce et l\u2019agriculture.<br \/>\n4. Implanter une carte de producteur, (carte de rationnement pr\u00e9tendant favoriser les travailleurs au d\u00e9triment des rentiers et des bourgeois). Mettre en route la mobilisation g\u00e9n\u00e9rale de tous les hommes capables de manier une arme et les instruments de travail sur le front et \u00e0 l\u2019arri\u00e8re.<br \/>\n5. Et enfin, faire sentir \u00e0 tout le monde le poids inflexible de la discipline r\u00e9volutionnaire pour bien montrer que l\u2019on ne plaisante pas avec les int\u00e9r\u00eats de la r\u00e9volution sociale \u00bb.<br \/>\nLa bureaucratie s\u2019\u00e9tait vue d\u00e9bord\u00e9e par cette r\u00e9union. \u00c0 cette r\u00e9union pl\u00e9ni\u00e8re \u00e9taient intervenus les Comit\u00e9s de D\u00e9fense de Barcelone, ou ce qui revient au m\u00eame, la d\u00e9l\u00e9gation des comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires de quartier, ainsi que les Jeunesses Libertaires, qui radicalis\u00e8rent, sans aucun doute, les accords qui avaient \u00e9t\u00e9 pris.<br \/>\nEt cette FAI de Barcelone, avec les sections de d\u00e9fense des comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires de quartier et les Jeunesses Libertaires, malgr\u00e9 la scandaleuse et hyst\u00e9rique opposition de certains bureaucrates, avait d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en finir avec le collaborationnisme, de retirer les ministres anarchistes du gouvernement de la Generalitat et de constituer un Comit\u00e9 r\u00e9volutionnaire qui dirigerait la guerre contre le fascisme. C\u2019\u00e9tait un pas d\u00e9cisif vers l\u2019insurrection r\u00e9volutionnaire qui \u00e9clata le 3 mai 1937.<br \/>\nLa r\u00e9union pl\u00e9ni\u00e8re constatait, d\u2019autre part, qu\u2019il y avait un foss\u00e9 id\u00e9ologique, pas tant entre la CNT et la FAI, mais entre r\u00e9volutionnaires et collaborationnistes pouvant aboutir \u00e0 une scission organisationnelle au sein du mouvement libertaire et qui se manifestait par l\u2019opposition croissante entre les comit\u00e9s de quartier, certains groupes anarchistes et les Jeunesses Libertaires, d\u2019une part, et les comit\u00e9s sup\u00e9rieurs, dont les objectifs \u00e9taient totalement diff\u00e9rents, d\u2019autre part.<br \/>\nCette radicalisation \u00e9tait le fuit d\u2019une situation de plus en plus insoutenable dans la rue. Le 14 avril, une manifestation de femmes, qui cette fois n\u2019\u00e9tait pas manipul\u00e9e par le PSUC, partit de La Torrassa (un quartier d\u2019Hospitalet, banlieue de Barcelone de tradition anarchiste) pour parcourir les diff\u00e9rents march\u00e9s des quartiers barcelonais de Collblanc, Sants et Hostafrancs, pour protester contre le prix du pain et de la nourriture en g\u00e9n\u00e9ral. Cette manifestation s\u2019adressa au Comit\u00e9 R\u00e9volutionnaire de la Place Espa\u00f1a pour qu\u2019il intervienne dans l\u2019affaire. Les manifestations et les protestations s\u2019\u00e9tendirent \u00e0 presque tous les march\u00e9s de la ville. Plusieurs boutiques et plusieurs boulangeries furent pill\u00e9es. Les quartiers ouvriers de Barcelone, affam\u00e9s, \u00e9taient sortis dans la rue pour manifester leur indignation et pour exiger des solutions.<\/p>\n<p><strong>12. Quel r\u00f4le ont jou\u00e9 les Comit\u00e9s de D\u00e9fense en mai 1937.<\/strong><br \/>\nLe lundi 3 mai 1937, vers 14h45, trois camions de gardes d\u2019assauts, arm\u00e9s jusqu\u2019aux dents, s\u2019arr\u00eat\u00e8rent devant le si\u00e8ge de la centrale t\u00e9l\u00e9phonique, place Catalogne. Ils \u00e9taient dirig\u00e9s par Eusebio Rodr\u00edguez Salas, militant du syndicat UGT, stalinien convaincu, responsable officiel du commissariat de l\u2019ordre public. Le b\u00e2timent de la centrale t\u00e9l\u00e9phonique avait \u00e9t\u00e9 expropri\u00e9 par la CNT le 19 juillet 1936.<br \/>\nLe contr\u00f4le des appels t\u00e9l\u00e9phoniques, la surveillance des fronti\u00e8res et les patrouilles de contr\u00f4le \u00e9taient le cheval de bataille qui, depuis janvier, avait provoqu\u00e9 divers incidents entre le gouvernement r\u00e9publicain de la Generalitat et la CNT.<br \/>\nRodr\u00edguez Salas voulut prendre le b\u00e2timent de la centrale t\u00e9l\u00e9phonique. Les militants de la CNT des premiers \u00e9tages, pris par surprise, furent d\u00e9sarm\u00e9s ; mais les militants de la CNT des \u00e9tages sup\u00e9rieurs organis\u00e8rent leur r\u00e9sistance gr\u00e2ce \u00e0 une mitraillette plac\u00e9e \u00e0 un point strat\u00e9gique. La nouvelle se r\u00e9pandit tr\u00e8s rapidement. EN MOINS DE DEUX HEURES, des barricades furent dress\u00e9es dans toute la ville.<br \/>\nOn ne peut pas parler de r\u00e9action spontan\u00e9e de la classe ouvri\u00e8re de Barcelone, parce que la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, les affrontements arm\u00e9s avec les forces de police et les barricades furent le fruit de l\u2019initiative prise par les comit\u00e9s de d\u00e9fense, qui furent rapidement suivis vu le m\u00e9contentement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, les probl\u00e8mes financiers croissants de la population caus\u00e9s par la vie ch\u00e8re, les queues et le rationnement, et vu les tension chez les militants de base de la CNT entre les collaborationnistes et les r\u00e9volutionnaires. La lutte dans les rues fut impuls\u00e9e et men\u00e9e par les comit\u00e9s de d\u00e9fense des quartiers, sans aucune intervention des COMIT\u00c9S SUP\u00c9RIEURS.<br \/>\nLes comit\u00e9s de quartier d\u00e9cha\u00een\u00e8rent et dirig\u00e8rent l\u2019insurrection du 3 au 7 mai 1937 \u00e0 Barcelone. Et il ne faut pas confondre les comit\u00e9s de d\u00e9fense des quartiers avec une \u00ab spontan\u00e9it\u00e9 des masses \u00bb ambig\u00fce et impr\u00e9cise, dont parle l\u2019historiographie officiel.<br \/>\nAndr\u00e9s Nin, secr\u00e9taire politique du POUM, dans un article \u00e9crit le 19 mai 1937, en parle ainsi:\u00ab Les journ\u00e9es de mai \u00e0 Barcelone ont fait revivre certains organismes qui, au cours de ces derniers mois, avaient jou\u00e9 un certain r\u00f4le dans la capitale catalane et dans certaines villes importantes : les Comit\u00e9s de D\u00e9fense. Il s\u2019agit d\u2019organismes de type technico-militaire, form\u00e9s par les syndicats de la CNT. Ce sont eux, en r\u00e9alit\u00e9, qui ont dirig\u00e9 la lutte, et qui \u00e9taient, dans chaque quartier, le centre d\u2019attraction et d\u2019organisation des ouvriers r\u00e9volutionnaires \u00bb.<br \/>\nLes Amis de Durruti n\u2019ont pas initi\u00e9 l\u2019insurrection, mais ils furent les combattants les plus actifs sur les barricades, ils distribu\u00e8rent un tract qui exigeait la substitution du Gouvernement de la Generalitat par une Junte R\u00e9volutionnaire. Les travailleurs de la CNT, d\u00e9sorient\u00e9s par les ordres de \u00ab cessez-le-feu \u00bb de leurs dirigeants (les m\u00eames dirigeants que le 19 juillet ! ! !), abandonn\u00e8rent finalement la lutte bien qu\u2019au d\u00e9but ils n\u2019avaient fait aucun cas des appels \u00e0 l\u2019entente et \u00e0 l\u2019abandon de la lutte, sous pr\u00e9texte d\u2019unit\u00e9 antifasciste.<\/p>\n<p><strong>13. Comment furent dissous les Comit\u00e9s de D\u00e9fense ?<\/strong><br \/>\nLes comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires de quartier, \u00e0 Barcelone, sont apparus le 19-20 juillet et ont perdur\u00e9 au moins jusqu\u2019au 7 juin 1937, lorsque les forces de l\u2019ordre restaur\u00e9es de la Generalitat ont dissous et occup\u00e9 les divers centres des Patrouilles de Contr\u00f4le, et en passant, plusieurs si\u00e8ges des comit\u00e9s de d\u00e9fense, comme celui du quartier des Corts. Malgr\u00e9 le d\u00e9cret qui exigeait la disparition de tous les groupes arm\u00e9s, la plupart a r\u00e9sist\u00e9 jusqu\u2019en septembre 1937, lorsqu\u2019ils furent syst\u00e9matiquement dissous et que les b\u00e2timents qu\u2019ils occupaient furent pris d\u2019assaut, un par un. Le dernier si\u00e8ge, le plus important et le plus fort, fut le si\u00e8ge du comit\u00e9 de d\u00e9fense du Centre, aux Escolapios de San Antonio, qui fut pris d\u2019assaut le 20 septembre 1937 par les forces de l\u2019ordre public, avec tout un arsenal de mitrailleuses, de grenades, de tanks et de canons. Cependant, la r\u00e9sistance des Escolapios n\u2019a pas pris fin \u00e0 cause des coups de feu, mais parce que le Comit\u00e9 R\u00e9gional leur donna l\u2019ordre de d\u00e9loger le b\u00e2timent.<br \/>\nD\u00e8s lors, les Comit\u00e9s de D\u00e9fense, camoufl\u00e9s sous le nom de Sections de coordination et d\u2019information de la CNT, se consacr\u00e8rent exclusivement \u00e0 des t\u00e2ches clandestines d\u2019enqu\u00eates et d\u2019information, comme avant le 19 juillet, mais \u00e0 pr\u00e9sent, en 1938, dans une situation nettement contre-r\u00e9volutionnaire.<br \/>\nIls eurent \u00e9galement une publication clandestine, Alerta&#8230; ! Entre octobre et d\u00e9cembre 1937, 7 num\u00e9ros furent publi\u00e9s. Ce qui revenait dans cette publication, c\u2019\u00e9tait la solidarit\u00e9 avec les \u00ab prisonniers r\u00e9volutionnaires \u00bb en exigeant leur lib\u00e9ration ; l\u2019information sur les abus staliniens \u00e0 la Prison Modelo de Barcelone ; la critique du collaborationnisme et la politisation de la FAI ; la d\u00e9nonciation de la d\u00e9sastreuse politique de guerre du gouvernement Negrin-Prieto et de la pr\u00e9dominance stalinienne au sein de l\u2019arm\u00e9e et des appareils de l\u2019\u00c9tat. Dans cette publication, il y a eu des saluts fraternels envers les Jeunesses Libertaires et le regroupement Les Amis de Durruti. L\u2019une des caract\u00e9ristiques ind\u00e9l\u00e9biles de cette publication \u00e9tait les appels constants \u00e0 la R\u00e9volution et \u00e0 ce que les comit\u00e9s sup\u00e9rieurs abandonnent tous leurs postes parce que, disait-elle, :<br \/>\n\u00ab La r\u00e9volution ne peut se faire depuis l\u2019\u00c9tat, mais contre l\u2019\u00c9tat \u00bb. Le dernier num\u00e9ro, datant du 4 d\u00e9cembre, d\u00e9non\u00e7ait les Tchekas staliniennes et la pers\u00e9cution brutale des militants de la CNT en Cerdagne.<br \/>\n14. Conclusion<br \/>\nEn 1938, les r\u00e9volutionnaires \u00e9taient sous terre, en prison ou dans la clandestinit\u00e9 la plus absolue. Ce n\u2019est pas la dictature de Franco qui a mis un terme \u00e0 la r\u00e9volution, mais la R\u00e9publique de Negrin.<br \/>\nLes r\u00e9volutions sociales, les tentatives de r\u00e9organisation de la production et de la soci\u00e9t\u00e9 sur de nouvelles bases, sont extr\u00eamement rares dans l\u2019histoire. Au-del\u00e0 des circonstances dans lesquelles elles ont surgi, elles nous apportent toujours une exp\u00e9rience irrempla\u00e7able, tant par leur succ\u00e8s que par leur \u00e9chec. Le grand enseignement de la r\u00e9volution de 1936 a \u00e9t\u00e9 le besoin incontournable de d\u00e9truire l\u2019\u00c9tat et de r\u00e9primer la contre-r\u00e9volution. En reprenant la terminologie des Amis de Durruti : \u00ab les r\u00e9volutions sont totalitaires ou sont d\u00e9faites \u00bb.<br \/>\nAgust\u00edn Guillamon<br \/>\nTraduit en Fran\u00e7ais par Eulogio Fern\u00e1ndez<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"cboxPhoto\" src=\"http:\/\/acontretemps.org\/IMG\/jpg\/MASEREEL_der.jpg\" alt=\"\" width=\"414\" height=\"503\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0La r\u00e9volution ne vient pas remplir une n\u00e9cessit\u00e9 esth\u00e9tique, mais solutionner une s\u00e9rie de probl\u00e8mes d&rsquo;ordre social qui sont pos\u00e9s\u00a0\u00bb Juan Garcia Oliver, juin 1936 1. Introduction La th\u00e8se fondamentale du livre Barricades \u00e0 Barcelone (traduit en fran\u00e7ais \u00e0 Spartacus, 2009) affirme que l\u2019id\u00e9ologie d\u2019unit\u00e9 antifasciste a conduit la CNT \u00e0 accepter le programme politique [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7964,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-774","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/774","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7964"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=774"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/774\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":778,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/774\/revisions\/778"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=774"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=774"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=774"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}