{"id":7305,"date":"2016-12-19T05:03:35","date_gmt":"2016-12-19T04:03:35","guid":{"rendered":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=7305"},"modified":"2016-12-19T05:04:14","modified_gmt":"2016-12-19T04:04:14","slug":"tunisie-jemna-ou-la-resistance-dune-communaute-depossedee-de-ses-terres-agricoles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=7305","title":{"rendered":"Tunisie : Jemna, ou la r\u00e9sistance d\u2019une communaut\u00e9 d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e de ses terres agricoles"},"content":{"rendered":"<div class=\"printfriendly\">\u00a0re\u00e7u par mail<\/div>\n<div class=\"printfriendly\"><\/div>\n<div class=\"printfriendly\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.autogestion.asso.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/jemna.jpg\" alt=\"http:\/\/www.autogestion.asso.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/jemna.jpg\" \/><\/div>\n<div class=\"printfriendly\"><\/div>\n<p><strong>P\u00e9riodiquement, certain-e-s annoncent avec aplomb qu\u2019en Tunisie, le \u00ab\u00a0printemps\u00a0\u00bb de 2011 est d\u00e9finitivement clos. L\u2019exp\u00e9rience des travailleurs agricoles de Jemna ici comment\u00e9e par Habib Ayeb et relat\u00e9e dans un <a href=\"http:\/\/nawaat.org\/portail\/2016\/10\/13\/reportage-a-jemna-la-fete-loin-de-lhysterie-politique\/\">reportage<\/a> de Nawaat d\u00e9montre, \u00e0 elle seule, qu\u2019il n\u2019en est rien. Leur combat est en effet celui pour la dignit\u00e9 et la justice sociale qui, au m\u00eame titre que la libert\u00e9, faisait partie du slogan central de la r\u00e9volution inachev\u00e9e de 2011. Ce sont les m\u00eames objectif que poursuivent les dizaines de milliers de salari\u00e9s ayant particip\u00e9 aux vagues de gr\u00e8ves de 2015, ou encore les jeunes ch\u00f4meurs bloquant p\u00e9riodiquement la production de phosphate dans le bassin minier de Gafsa ou plus r\u00e9cemment l\u2019exploitation du gaz dans l\u2019\u00eele de Kerkennah.<\/strong><\/p>\n<p><span id=\"more-6428\"><\/span><strong>Ce qui est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant dans le cas de Jemna est qu\u2019y perdure, depuis 2011 :<\/strong><br \/>\n<strong>\u2013 occupation des terres dont leurs anc\u00eatres avaient \u00e9t\u00e9 spoli\u00e9s, <\/strong><br \/>\n<strong>\u2013 auto-organisation des travailleurs agricoles,<\/strong><br \/>\n<strong>\u2013 gestion collective de la production sous contr\u00f4le populaire. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Dans le reste du pays, un d\u00e9but de processus comparable s\u2019\u00e9tait amorc\u00e9 d\u00e9but 2011<\/strong> <a id=\"return-note-6428-1\" class=\"simple-footnote\" title=\"Au retour d\u2019une d\u00e9l\u00e9gation qui s\u2019\u00e9tait rendue sur place du 27 mars au 2 avril\u00a0 l\u2019Union syndicale Solidaires \u00e9crivait par exemple\u00a0 (Revue internationale de Solidaires n\u00b08 \u2013 p 98 (2012)\u00a0https:\/\/solidaires.org\/Solidaires-international-revue-no8-automne-2012 ) : \u00ab Dans toute la Tunisie les institutions locales ont e\u0301te\u0301 balaye\u0301es, ce qui a ensuite pose\u0301 d\u2019importants proble\u0300mes aux habitants dans la vie de tous les jours. Dans les villes de province que nous avons visite\u0301es, des institutions locales provisoires ont alors e\u0301te\u0301 mises en place avec une tre\u0300s forte implication de la population. Les structures locales de l\u2019UGTT ont le plus souvent joue\u0301 un ro\u0302le de\u0301terminant dans ce processus. La forme et la composition de ces institutions locales provisoires ont e\u0301te\u0301, en ge\u0301ne\u0301ral, base\u0301es sur les rapports de forces entre militant-e-s politiques et syndicaux, dont certains n\u2019e\u0301taient pas toujours tre\u0300s autonomes du pouvoir ancien. \u2013 A\u0300 Redeyef, ville du bassin minier insurge\u0301e et re\u0301prime\u0301e en 2008, la municipalite\u0301 a e\u0301te\u0301 renverse\u0301e par la population en janvier. Plusieurs assemble\u0301es rassemblant des centaines d\u2019habitant-e-s ont eu lieu et ont de\u0301signe\u0301 au consensus un conseil provisoire de 9 personnes a\u0300 partir d\u2019une liste initiale de 20 noms, e\u0301tablie par l\u2019Union locale UGTT. Des commissions ont e\u0301te\u0301 mises en place pour ge\u0301rer les affaires courantes. \u2013 A\u0300 Thala, il n\u2019y a plus de conseil municipal. Un Conseil de sauvegarde de la re\u0301volution a e\u0301te\u0301 mis en place. La jeunesse continue a\u0300 avoir son mot a\u0300 dire : ce sont les jeunes insurge\u0301-e-s, ayant mis le feu au commissariat, qui maintiennent l\u2019ordre dans la ville ! \u2013 Le Comite\u0301 de Bizerte, contrairement a\u0300 beaucoup d\u2019autres, fonctionne sous forme d\u2019Assemble\u0301es Ge\u0301ne\u0301rales re\u0301unissant 500 a\u0300 1 000 participant-e-s. Il se situe dans une logique a\u0300 la fois de contre-pouvoir, et d\u2019auto-organisation de la socie\u0301te\u0301 a\u0300 construire. A\u0300 Bizerte, c\u2019est l\u2019AG qui a de\u0301cide\u0301 des 25 noms composant l\u2019institution locale provisoire \u00bb. En ce qui la concerne, la militante f\u00e9ministe Ahlem Belhadj expliquait \u00e0 l\u2019\u00e9poque : \u00ab Dans les entreprises appartenant aux familles lie\u0301es a\u0300 Ben Ali, les ouvriers se sont retrouve\u0301s sans direction \u2013 qui s\u2019est enfuie \u2013 et ont pris en main la gestion de ces entreprises. Il y a aussi eu pas mal de fermes agricoles qui ont e\u0301te\u0301 reprises par des ouvriers, qui ont chasse\u0301 ceux a\u0300 qui l\u2019E\u0301tat de Ben Ali avait donne\u0301 ces proprie\u0301te\u0301s e\u0301tatiques. Cela concerne 80 grandes fermes. A\u0300 titre d\u2019exemple, dans une de ces fermes il y a environ 500 personnes, si l\u2019on compte les salarie\u0301s et les membres de leurs familles. La\u0300, il y a une forme de gestion collective de la ferme. Dans des structures de l\u2019enseignement aussi, dans de nombreux endroits, il y a eu l\u2019e\u0301lection des personnes qui les dirigent \u2013 alors qu\u2019avant elles e\u0301taient nomme\u0301es d\u2019en haut. Dans le transport public, il y a eu une grande gre\u0300ve pour changer le PDG qui e\u0301tait un RCD \u00bb.\" href=\"http:\/\/www.autogestion.asso.fr\/?p=6428#note-6428-1\"><sup>1<\/sup><\/a><strong>, mais\u00a0 il s\u2019\u00e9tait rapidement enray\u00e9. En ce qui les concerne, les travailleurs agricoles de Jemna ont maintenu et approfondi ce cap depuis pr\u00e8s de six ans.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Face \u00e0 la crise \u00e9conomique, financi\u00e8re, politique et sociale consid\u00e9rable que traverse la Tunisie, leur lutte esquisse en effet en filigrane ce qui pourrait \u00eatre une alternative \u00e0 la politique n\u00e9o-lib\u00e9rale men\u00e9e par les gouvernements qui se sont succ\u00e9d\u00e9s depuis 2011.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les travailleurs agricoles de Jemna d\u00e9montrent qu\u2019en prenant leurs propres affaires en mains, ils sont parvenus non seulement \u00e0 sortir en partie de la mis\u00e8re, mais \u00e9galement \u00e0 financer un certain nombre de services publics locaux dont la population est cruellement priv\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Il n\u2019est pas \u00e9tonnant dans ces conditions que leur action d\u00e9clenche une campagne haineuse des poss\u00e9dants et corrompus hant\u00e9s par le spectre que la terre appartienne \u00e0 ceux qui la travaille. <\/strong><strong>Du c\u00f4t\u00e9 du pouvoir n\u00e9o-lib\u00e9ral, l\u2019opposition est frontale face \u00e0 une exp\u00e9rience dont il craint une propagation dans l\u2019ensemble du pays.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Alain Baron, Union syndicale Solidaires<\/strong><\/p>\n<p>==========<\/p>\n<p><strong>La loi peut-elle supplanter la l\u00e9gitimit\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p>Depuis quelques semaines les tunisiens dirigent leurs regards vers une petite oasis appel\u00e9e Jemna situ\u00e9e dans le d\u00e9sert tunisien, quelque part entre les oasis de Kebili, au nord, et celles de Douz, au sud <a id=\"return-note-6428-2\" class=\"simple-footnote\" title=\"Pour mieux localiser Jemna suivez le lien : https:\/\/www.google.com\/maps\/@33.6061738,9.0143555,2514m\/data=!3m1!1e3\" href=\"http:\/\/www.autogestion.asso.fr\/?p=6428#note-6428-2\"><sup>2<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>\u2013 Certains, notamment du c\u00f4t\u00e9 du gouvernement, d\u2019une partie de la \u00ab classe \u00bb politique et des m\u00e9dias dominants, y voient un exemple type du manquement flagrant \u00e0 la loi et une atteinte impardonnable \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 et \u00e0 l\u2019haybat (prestige) de l\u2019\u00c9tat. Pour eux, ce qui se passe \u00e0 Jemna rel\u00e8ve d\u2019une forme de banditisme organis\u00e9 qu\u2019il faut condamner et sanctionner.<br \/>\n\u2013 D\u2019autres, notamment les habitants de l\u2019oasis, y voient une occupation l\u00e9gitime de terres qui leur reviennent de droit.<br \/>\n\u2013 D\u2019autres encore, y voient l\u2019occasion inesp\u00e9r\u00e9e de s\u2019opposer aux pouvoirs actuels et d\u2019organiser des mobilisations politiques avec des objectifs et des visions diverses et parfois m\u00eame contradictoires.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9passer, un tant soit peu, les pol\u00e9miques et les discours qui font surface depuis ces derni\u00e8res semaines, il importe de revisiter, m\u00eame bri\u00e8vement, l\u2019histoire de cette petite oasis qui est en train de devenir un point de cristallisations politiques qui d\u00e9passe, \u00e0 bien des \u00e9gards, la nature du probl\u00e8me et la situation r\u00e9elle sur le terrain.<\/p>\n<p><strong>Jemna, un probl\u00e8me \u00ab colonial \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Jemna, est \u00ab n\u00e9e \u00bb, au d\u00e9but du xxe si\u00e8cle, \u00e0 peine quelques ann\u00e9es apr\u00e8s le d\u00e9but de la colonisation fran\u00e7aise qui a \u00e9t\u00e9, d\u2019abord, une colonisation fonci\u00e8re <a id=\"return-note-6428-3\" class=\"simple-footnote\" title=\"D\u00e8s 1886, l\u2019occupant a impos\u00e9 le cadastre qui visait \u00e0 individualiser les terres agricoles afin d\u2019en faciliter l\u2019acc\u00e8s aux colons fortement encourag\u00e9s \u00e0 s\u2019installer dans la nouvelle colonie, tout en facilitant la d\u00e9possession des populations locales de leurs terres, dont une tr\u00e8s large partie \u00e9tait dans l\u2019indivision, avec diverses statuts \u00ab communautaires \u00bb.\" href=\"http:\/\/www.autogestion.asso.fr\/?p=6428#note-6428-3\"><sup>3<\/sup><\/a>. Alors que la grande partie des colons avaient fait le choix de s\u2019installer dans le nord et le nord-ouest, d\u2019autres ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 aller vers le sud, probablement pour le soleil, mais plus s\u00fbrement pour se sp\u00e9cialiser dans la production de dattes dont l\u2019exportation vers la France \u00e9tait forc\u00e9ment plus facile puisqu\u2019elle ne subissait pas la concurrence de productions \u00ab locales \u00bb (en France m\u00e9tropolitaine). L\u2019originalit\u00e9 du produit \u00e9tait de toute \u00e9vidence un \u00e9l\u00e9ment central dans le choix de ces derniers.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que Maus de Rolley, s\u2019est install\u00e9 \u00e0 Jemna et a cr\u00e9e, en 1937, la nouvelle palmeraie, une \u00ab extension \u00bb \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019oasis ancienne. Aujourd\u2019hui la palmeraie couvre environ 306 hectares dont 185 plant\u00e9s en palmiers dattiers avec presque 10 000 pieds <a id=\"return-note-6428-4\" class=\"simple-footnote\" title=\"On y trouve entre autres un ch\u00e2teau (borj) de deux \u00e9tages entourant un patio central, construit par la famille du colon, qui t\u00e9moigne d\u2019un niveau de vie plus que confortable et vraisemblablement d\u2019une production cons\u00e9quente. Ind\u00e9pendantes du ch\u00e2teau on trouve d\u2019autres b\u00e2tisses, aujourd\u2019hui occup\u00e9es par l\u2019association qui g\u00e8re l\u2019oasis, qui h\u00e9bergeaient vraisemblablement les bureaux et les ateliers de l\u2019exploitation. Dans l\u2019un de ces anciens ateliers, on peut voir des machines qui pourraient avoir servi \u00e0 la distillation des dattes pour la production d\u2019alcool, probablement l\u2019\u00e9quivalent de la Bokha actuelle (le nom commercial) qui fait environ 45 degr\u00e9s.\" href=\"http:\/\/www.autogestion.asso.fr\/?p=6428#note-6428-4\"><sup>4<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Bien que je n\u2019aie pas pu le v\u00e9rifier dans des documents d\u2019archives, il est clair que les populations locales, qui d\u00e9tenaient les terres concern\u00e9es en propri\u00e9t\u00e9 collective et indivisible, n\u2019ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019aucune sorte de compensation. Une pure et simple d\u00e9possession qui est rest\u00e9e inscrite dans la m\u00e9moire collective locale pendant plusieurs d\u00e9cennies, avant de r\u00e9appara\u00eetre avec force \u00e0 quelques reprises pendant la p\u00e9riode post-coloniale et particuli\u00e8rement \u00e0 partir de 2011 et la chute du r\u00e9gime de Ben Ali. J\u2019y reviendrai.<\/p>\n<p>Au moment de l\u2019ind\u00e9pendance, les nouvelles autorit\u00e9s du pays avaient le projet de continuer la \u00ab modernisation \u00bb technique du secteur agricole en adoptant pleinement le mod\u00e8le colonial, bas\u00e9 sur la grande propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, la m\u00e9canisation, l\u2019usage intensif des intrants chimiques (engrais, insecticides, pesticides, semences et plants s\u00e9lectionn\u00e9s\u2026), la concentration de la terre agricole, l\u2019\u00e9largissement de l\u2019irrigation et l\u2019intensification des cultures. Ce choix a \u00e9t\u00e9 r\u00e9sum\u00e9 par les membres influents de l\u2019\u00e9lite politique de l\u2019\u00e9poque, avec \u00e0 leur t\u00eate Habib Bourguiba qui d\u00e9clarait, lors d\u2019un discours public tenu dans l\u2019oasis de Tozeur en 1964, que \u00ab \u2026 Pour tirer de la terre ce qu\u2019elle peut donner, il est n\u00e9cessaire de mettre \u00e0 profit les techniques modernes [\u2026] l\u2019exemple des anciens colons fran\u00e7ais est l\u00e0 pour nous \u00e9difier \u00bb. A elle seule, cette d\u00e9claration, qui \u00e9rige l\u2019agriculture coloniale comme \u00ab le mod\u00e8le \u00e0 suivre \u00bb, r\u00e9v\u00e8le la vision \u00ab moderniste \u00bb du nouveau pr\u00e9sident et de ses amis de l\u2019\u00e9poque, dont un certain Beji Kaid Sebsi qui occupe depuis presque deux ans le palais de Carthage.<\/p>\n<p>Ainsi, pendant 7 d\u00e9cennies, le pouvoir n\u2019a eu de cesse d\u2019orienter le secteur agricole vers la modernisation technique dans une d\u00e9marche politique qui rompt avec les structures sociales locales, le droit traditionnel, les savoir-faire locaux et les formes vari\u00e9es d\u2019appropriations collectives, consid\u00e9r\u00e9s comme archa\u00efques et surtout comme contraintes et freins au d\u00e9veloppement \u00e9conomique du pays. Des ruptures qui expliquent en tr\u00e8s grande partie les conflits actuels autour du foncier qui se multiplient un peu partout dans le pays et pas uniquement \u00e0 Jemna.<\/p>\n<p>En 1964, quand le pouvoir se r\u00e9sout, enfin, \u00e0 nationaliser les terres, dites coloniales, il d\u00e9cide de les regrouper en propri\u00e9t\u00e9 exclusive de l\u2019\u00c9tat, ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui les \u00ab terres domaniales <a id=\"return-note-6428-5\" class=\"simple-footnote\" title=\"Les terres domaniales regroupent, en plus des anciennes propri\u00e9t\u00e9s coloniales, les terres habouss et \u00e0 statuts \u00e9quivalents\u2026 Pendant les ann\u00e9es 60, les terres domaniales comptaient plus de 700 000 hectares.\" href=\"http:\/\/www.autogestion.asso.fr\/?p=6428#note-6428-5\"><sup>5<\/sup><\/a> \u00bb ou, encore les terres \u00ab socialistes \u00bb (aradhi ichtirakyya ), au lieu de les \u00ab rendre \u00bb aux h\u00e9ritiers des anciens propri\u00e9taires ou de les redistribuer au b\u00e9n\u00e9fice des petits paysans et des paysans sans terres. Ce choix fut renforc\u00e9 par la politique des \u00ab coop\u00e9ratives \u00bb qui visait \u00e0 regrouper les terres agricoles sous des structures copi\u00e9es sur le mod\u00e8le des kolkhozes sovi\u00e9tiques et \u00e0 supprimer les propri\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es \u00e0 commencer par les petites exploitations paysannes et les terres collectives, dites tribales.<\/p>\n<p>Au lendemain des ann\u00e9es 60, le pays s\u2019engage dans une politique de lib\u00e9ralisation de l\u2019agriculture qui ira en s\u2019acc\u00e9l\u00e9rant jusqu\u2019\u00e0 nos jours \u00e0 la faveur d\u2019un plan d\u2019ajustement structurel agricole (PASA) impos\u00e9 en 1986 par la Banque mondiale et le FMI, au lendemain des \u00e9meutes du pain de 1984. Pendant cette longue p\u00e9riode l\u2019agriculture tunisienne s\u2019inscrit pleinement dans un mod\u00e8le intensif, productiviste et principalement orient\u00e9 vers l\u2019export en application \u00ab aveugle \u00bb de la th\u00e9orie des \u00ab avantages comparatifs <a id=\"return-note-6428-7\" class=\"simple-footnote\" title=\"Th\u00e9orie invent\u00e9e par David Ricardo en \u00ab r\u00e9ponse \u00bb \u00e0 la th\u00e9orie des \u00ab avantages absolus \u00bb propos\u00e9e plus t\u00f4t par Adam Smith.\" href=\"http:\/\/www.autogestion.asso.fr\/?p=6428#note-6428-7\"><sup>7<\/sup><\/a> \u00bb. Le choix de d\u00e9velopper la production des dattes et d\u2019\u00e9tendre les surfaces des palmeraies entre parfaitement dans ce cadre, le sud tunisien b\u00e9n\u00e9ficiant de conditions climatiques favorables \u00e0 la monoculture <a id=\"return-note-6428-8\" class=\"simple-footnote\" title=\"Si la biodiversit\u00e9 naturelle et agricole des oasis traditionnelles sont d\u2019une tr\u00e8s grande richesse, gr\u00e2ce \u00e0 leurs trois \u00e9tages de cultures, les extensions oasiennes sont plut\u00f4t pauvres puisque limit\u00e9es quasi-exclusivement aux palmiers dattiers, domin\u00e9es par la vari\u00e9t\u00e9 \u00ab digulet nour \u00bb. C\u2019est notamment la diff\u00e9rence entre l\u2019oasis traditionnelle de Jemna et les extensions qui l\u2019entourent.\" href=\"http:\/\/www.autogestion.asso.fr\/?p=6428#note-6428-8\"><sup>8<\/sup><\/a> du palmier dattier.<br \/>\nParall\u00e8lement, une partie des terres domaniales fut attribu\u00e9e, en propri\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es ou en locations de longues dur\u00e9es, \u00e0 des investisseurs priv\u00e9es, g\u00e9n\u00e9ralement issus des cercles du pouvoir et proches au parti unique <a id=\"return-note-6428-9\" class=\"simple-footnote\" title=\"Le PSD (Parti Socialiste Destourien) du temps de Bourguiba avait \u00e9t\u00e9 rebaptis\u00e9 le RCD (Rassemblement Constitutionnel D\u00e9mocratique) par Ben Ali, apr\u00e8s son coup d\u2019Etat du 7 novembre 1987.\" href=\"http:\/\/www.autogestion.asso.fr\/?p=6428#note-6428-9\"><sup>9<\/sup><\/a>. C\u2019est ainsi qu\u2019entre 1974 et 2002, la palmeraie \u00e9tait g\u00e9r\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 STIL (Soci\u00e9t\u00e9 Tunisienne des Industries Laiti\u00e8res), qui a fait faillite en 2002, avant de passer sous le contr\u00f4le de deux proches de Ben Ali, un entrepreneur de travaux publics et un haut cadre du minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur, avec un nouveau contrat de location.<\/p>\n<p>Pendant toutes ces ann\u00e9es, les habitants de Jemna ont essay\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9rer la palmeraie en s\u2019adressant aux diff\u00e9rents responsables politiques en charge du dossier et notamment des terres domaniales. De nombreuses correspondances ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es, mais en vain. La position officielle du pouvoir ne change pas : les terres appartiennent \u00e0 l\u2019\u00c9tat et il n\u2019y a donc rien \u00e0 n\u00e9gocier.<\/p>\n<p>Article original : <a href=\"https:\/\/habibayeb.wordpress.com\/2016\/10\/03\/jemna-ou-la-resistance-dune-communaute-depossedee-de-ses-terres-agricoles\/\">https:\/\/habibayeb.wordpress.com\/2016\/10\/03\/jemna-ou-la-resistance-dune-communaute-depossedee-de-ses-terres-agricoles\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0re\u00e7u par mail P\u00e9riodiquement, certain-e-s annoncent avec aplomb qu\u2019en Tunisie, le \u00ab\u00a0printemps\u00a0\u00bb de 2011 est d\u00e9finitivement clos. L\u2019exp\u00e9rience des travailleurs agricoles de Jemna ici comment\u00e9e par Habib Ayeb et relat\u00e9e dans un reportage de Nawaat d\u00e9montre, \u00e0 elle seule, qu\u2019il n\u2019en est rien. 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