{"id":6630,"date":"2016-10-18T00:05:51","date_gmt":"2016-10-17T22:05:51","guid":{"rendered":"http:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=6630"},"modified":"2016-10-18T00:13:32","modified_gmt":"2016-10-17T22:13:32","slug":"parution-tarantela-de-alessi-dellumbria","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=6630","title":{"rendered":"Parution: Tarantela de AL\u00c8SSI DELL&rsquo;UMBRIA"},"content":{"rendered":"<header id=\"masthead\" class=\"clearfix\">\n<div class=\"wrapper\"><\/div>\n<\/header>\n<section id=\"content\" class=\"clearfix animated\">\n<article id=\"post-3152\" class=\"post-3152 post type-post status-publish format-standard has-post-thumbnail hentry category-textes tag-entretien tag-marabout\">\n<header class=\"entry-header wrapper\">\n<h1 class=\"entry-title single-title\">\u00ab\u2009La <em>tarantolata<\/em> ne danse pas seule\u2009\u00bb<\/h1>\n<\/header>\n<div class=\"entry-media\"><\/div>\n<div class=\"wrapper\">\n<div class=\"grids\">\n<div class=\"grid-8\">\n<div class=\"single-box entry-media\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"attachment-big-size size-big-size wp-post-image\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/VignetteTaranta-1002x700.jpg\" alt=\"vignettetaranta\" width=\"1002\" height=\"700\" \/><\/div>\n<div class=\"single-box clearfix entry-content\">\n<h2>Possession et d\u00e9possession dans l\u2019ex-royaume de Naples<\/h2>\n<p class=\"auteurs\">Entretien avec Al\u00e8ssi Dell\u2019Umbria<br \/>\nPropos recueillis par Damien Almar et Ferdinand Cazalis<\/p>\n<div class=\"intro\">\n<p>(Entretien publi\u00e9 dans le num\u00e9ro 1 de la revue <em>Jef Klak<\/em>, \u00ab\u00a0Marabout\u00a0\u00bb, 2014.)<\/p>\n<p>Chaque \u00e9t\u00e9 pendant des si\u00e8cles dans le sud de l\u2019Italie, le rituel de la <em>taranta <\/em>faisait danser des communaut\u00e9s enti\u00e8res. Cin\u00e9aste, musicien, auteur d\u2019une monumentale histoire de Marseille et d\u2019un essai d\u00e9tonant sur les r\u00e9voltes de banlieue<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-1\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-1\">1<\/a><\/sup>, Al\u00e8ssi Dell\u2019Umbria a v\u00e9cu en Italie, o\u00f9 il a beaucoup appris sur l\u2019histoire de ce syst\u00e8me magico-rituel.<\/p>\n<p>En ce mois d\u2019octobre 2016, il vient de publier <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.loeildorenligne.com\/fr\/collection-anthropologie-et-bizarreries\/103-tarantella-possession-et-depossession-dans-l-ex-royaume-de-naples-9782913661707.html#\"><em>Tarantella\u00a0!<\/em><\/a> aux \u00e9ditions de L\u2019\u0152il d\u2019or, une somme qui retrace l\u2019histoire d\u2019une danse et d\u2019une transe, prises entre la d\u00e9possession qu\u2019ont subie les paysans avec l\u2019arriv\u00e9e du progr\u00e8s technologique et les tentatives de r\u00e9cup\u00e9ration marchande venues des nouvelles politiques culturelles\u2026 Le r\u00e9cit d\u2019un voyage o\u00f9 les paysages \u00e9voqu\u00e9s sont avant tout sonores. L\u2019auteur s\u2019efforce d\u2019y restituer l\u2019intensit\u00e9 d\u2019un langage dramatique, celui que les indig\u00e8nes du Sud de l\u2019Italie se sont cr\u00e9\u00e9s depuis les temps antiques jusqu\u2019\u00e0 nos jours. De la danse des <em>tarantate<\/em> \u00e0 la danse des couteaux, des chants de travail aux chants de prison, ces sons et ces gestes dessinaient le contour d\u2019un monde qui continue de nous hanter, entre marginalit\u00e9 sociale et r\u00e9cup\u00e9ration spectaculaire. Travaillant tant sur la puissance des cultures subalternes, que sur une critique de la civilisation occidentale, s\u2019interrogeant sur l\u2019articulation de la politique et du langage, le livre \u00e9chappe au final \u00e0 toute discipline\u00a0: il invoque tour \u00e0 tour l\u2019ethnomusicologie, la philosophie, l\u2019histoire sociale et politique ou encore l\u2019anthropologie\u2026<\/p>\n<p>Pour prolonger la lecture du livre, vous trouverez une vaste s\u00e9lection de musiques traditionnelles s\u00e9lectionn\u00e9es par Al\u00e8ssi Dell\u2019Umbria, et class\u00e9es par r\u00e9gions\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Puglia ;<\/li>\n<li>Calabria ;<\/li>\n<li>Campania ;<\/li>\n<li>Lazio, Abruzzo, Molise, Basilicata ;<\/li>\n<li>Sicilia.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<p class=\"pdf-link\">T\u00e9l\u00e9chargez l\u2019article en <a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Tarentelle_site.pdf\">PDF<\/a><\/p>\n<h4 class=\"question\">Dans ton manuscrit, tout semble tourner autour d\u2019un rituel de possession et de transe \u2013 la<em> taranta<\/em> \u2013 qui s\u2019est perp\u00e9tu\u00e9 au moins jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1960 dans le Salento<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-2\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-2\">2<\/a><\/sup>. De quoi s\u2019agit-il et d\u2019o\u00f9 vient-il\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Le rituel de la <em>taranta<\/em> me sert de fil conducteur pour reconstituer divers moments d\u2019une cosmogonie \u00e9clat\u00e9e, laquelle plonge ses lointaines racines avant l\u2019imp\u00e9rialisme romain\u00a0: dans la Grande Gr\u00e8ce et les peuples italiotes. Les premi\u00e8res mentions du rituel en question, \u00e9voquant une musique et une danse th\u00e9rapeutiques, datent du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, mais les XVII<sup>e<\/sup> et XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles sont les plus riches en observations et analyses sur le ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En g\u00e9n\u00e9ral, voici ce qui se passe\u00a0: au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9, une personne se trouve prise de douleurs musculaires violentes, mal au ventre, naus\u00e9e, vomissements et migraine. L\u2019entourage consid\u00e8re alors qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 mordue par la <em>taranta<\/em>, une araign\u00e9e venimeuse r\u00e9pandue dans la r\u00e9gion, et appelle donc des musiciens pour soigner la <em>tarantolata<\/em> \u2013 celle qui a \u00e9t\u00e9 piqu\u00e9e. La cure consiste en une danse, cens\u00e9e expulser le venin \u00e0 travers la sueur, et dont les s\u00e9quences se succ\u00e8dent trois jours durant, mais cela pouvait parfois s\u2019\u00e9tirer pendant trois semaines. J\u2019ai entendu parler pour la premi\u00e8re fois de ce rituel par la m\u00e8re d\u2019une amie. Celle-ci avait eu une voisine <em>tarantolata<\/em>, et avait l\u2019air encore sous le choc en en parlant quarante ans plus tard.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Les morsures de la <em>taranta<\/em> sont li\u00e9es aux travaux agricoles\u00a0: vendanges, moissons, etc. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les paysans sud-italiens ont attribu\u00e9 la piq\u00fbre \u00e0 la tarentule (<em>lycosa tarantula<\/em>), bien visible par sa taille, mais paradoxalement peu venimeuse, alors qu\u2019il existe un autre arachnide qui s\u00e9vit dans la r\u00e9gion\u00a0: le <em>latrodectus tredecimguttatus<\/em>, plus petit, dont la morsure provoque une violente intoxication et peut, dans de rares cas, s\u2019av\u00e9rer mortelle. On a fait endosser \u00e0 ces araign\u00e9es, voire au scorpion, la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat pathologique pr\u00e9c\u00e9dant la transe. Transe qui, elle, se d\u00e9ploie comme un cycle dramatique au cours de la danse.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Au fond, ce qui ne fait aucun doute, c\u2019est que la morsure est avant tout symbolique. Les sympt\u00f4mes attribu\u00e9s \u00e0 cette morsure amorcent un parcours magico-rituel. D\u00e8s que r\u00e9sonnent les sons, la <em>tarantolata <\/em>effectue une sorte de <em>mimesis<\/em><em><sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-3\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-3\">3<\/a><\/sup><\/em> de l\u2019araign\u00e9e, puis soudain se remet sur pied et entame alors la phase de lib\u00e9ration, sur des pas de <em>pizzica<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-4\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-4\">4<\/a><\/sup><\/em> ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 un rythme \u00e9poustouflant. Au fil des \u00e9poques, le ph\u00e9nom\u00e8ne est rest\u00e9 incompr\u00e9hensible pour le clerg\u00e9, les \u00e9lites intellectuelles et les autorit\u00e9s s\u00e9culi\u00e8res, puis pour la m\u00e9decine et la psychiatrie \u00e9mergentes au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Mais alors, qu\u2019est-ce qui \u00e9tait en jeu dans ce rituel\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">La m\u00e9decine s\u2019est cass\u00e9 les dents l\u00e0-dessus, en cherchant \u00e0 faire rentrer les sympt\u00f4mes dans une grille de lecture clinique. Une cause, un effet\u00a0: le venin, l\u2019\u00e9tat de prostration, puis enfin la danse qui soulage. On a cherch\u00e9 des explications par d\u00e9faut\u00a0: la frustration sexuelle, la mis\u00e8re sociale, etc. Mais pourquoi vouloir expliquer ce qui a un tel caract\u00e8re d\u2019\u00e9vidence pour les int\u00e9ress\u00e9s \u2013 si ce n\u2019est pour le rendre lisible dans une autre vision du monde, celle des \u00e9rudits et des universitaires\u00a0? \u00c0 mon sens, ce qui importe, c\u2019est plut\u00f4t de prendre au s\u00e9rieux ce caract\u00e8re d\u2019\u00e9vidence\u00a0: le rituel met en jeu des \u00e9nergies, et il me tient \u00e0 c\u0153ur de prendre au mot cette expression de \u00ab\u00a0mise en jeu\u00a0\u00bb, car elle permet une meilleure compr\u00e9hension du rituel que la cat\u00e9gorie m\u00e9dico-ethnologique de \u00ab\u00a0tarentisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00ab\u00a0<em>Elle pique les hommes sur les couilles, elle pique les femmes entre les jambes<\/em>\u00a0\u00bb, entend-on dans les chants. On ne saurait \u00eatre plus clair pour attester de la charge sexuelle contenue dans les danses et les musiques de <em>pizzica<\/em>, comme c\u2019est d\u2019ailleurs le cas dans beaucoup d\u2019autres danses. On associe aussi souvent \u00e0 la <em>taranta<\/em> le scorpion, animal li\u00e9 \u00e0 la d\u00e9floration dans la cosmogonie paysanne. La majorit\u00e9 des poss\u00e9d\u00e9es \u00e9taient des femmes\u00a0: environ deux tiers, selon les cas recens\u00e9s, c\u2019est pourquoi on en parle souvent au f\u00e9minin\u00a0; ceci dit, pour les cas observ\u00e9s dans le Cilento (au sud de Salerne) des ann\u00e9es 1960, les hommes semblent majoritaires, ce n\u2019est donc pas une r\u00e8gle valable partout. Dramatisation du d\u00e9sir sexuel et de sa frustration, donc, mais aussi du monde des morts. Celui-ci a une grande importance onirique dans le sud de l\u2019Italie, aujourd\u2019hui encore\u2026<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 un moment donn\u00e9, une somme d\u2019\u00e9nergies positives et n\u00e9gatives se concentre dans la figure de la <em>taranta<\/em>, et le venin, le <em>pharmakon<\/em><sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-5\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-5\">5<\/a><\/sup> qui provoque l\u2019an\u00e9antissement initial de la <em>tarantolata<\/em> sert de <em>medium<\/em> \u00e0 ces \u00e9nergies\u00a0: <em>medium<\/em> symbolique, peut-\u00eatre, mais cela ne signifie pas qu\u2019il a moins d\u2019effectivit\u00e9. La prise de possession et l\u2019intoxication \u00e9taient violentes\u00a0: les gens en souffraient physiquement, m\u00eame s\u2019ils ne risquaient pas de mourir \u2013 l\u00e0-dessus, les t\u00e9moignages du XIV<sup>e<\/sup> au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles sont unanimes.<\/p>\n<h4 class=\"question\">C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9pandu \u00e0 cette \u00e9poque\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">G\u00e9ographiquement, il est attest\u00e9 dans toutes les provinces de l\u2019ancien royaume de Naples. En Campanie, dans le Molise, en Apulie, en Basilicate, en Calabre et jusqu\u2019en Sicile. Le Salento et le Cilento ont \u00e9t\u00e9 les deux ultimes bastions du rituel au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Vers les ann\u00e9es 1950, le rituel a d\u00e9j\u00e0 op\u00e9r\u00e9 un repli domestique et renonc\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Avant, \u00e7a se passait souvent dehors, en plein air, \u00e7a d\u00e9bordait dans les champs, \u00e0 la campagne ou au bord de mer dans des endroits comme Taranto. La plupart des descriptions font \u00e9tat de r\u00e9gions enti\u00e8res travers\u00e9es par cette danse rituelle au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9. Les t\u00e9moignages insistent beaucoup sur l\u2019aspect collectif\u00a0: soit des cas de possession contagieuse, collective, soit des cas individuels \u2013 et m\u00eame l\u00e0, la <em>tarantolata<\/em> ne danse pas seule, d\u2019autres personnes non poss\u00e9d\u00e9es l\u2019accompagnent.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Certains \u00e9crits relatent des sc\u00e8nes incroyables, par exemple celui d\u2019un pr\u00eatre, envoy\u00e9 dans un petit village de Calabre au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, qui d\u00e9peint un tableau brueg\u00e9lien. Le village tout entier part en transe pendant plusieurs semaines et les villageois sont oblig\u00e9s de faire venir des vivres des villages voisins parce qu\u2019ils d\u00e9pensent beaucoup d\u2019\u00e9nergie. Ils ont besoin de se ressourcer, mais ne travaillent plus les champs, tout occup\u00e9s qu\u2019ils sont \u00e0 danser au son de la <em>zampogna<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-6\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-6\">6<\/a><\/sup><\/em> et du <em>tamburello<\/em>\u2026<\/p>\n<p class=\"textbody\">Aux XVIIe et XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, parmi les innombrables descriptions et les d\u00e9bats sans fin sur cette question troublante, on trouve aussi des auteurs \u00e0 l\u2019esprit chagrin, avec l\u2019accent de m\u00e9pris des gens instruits et de l\u2019\u00e9lite, qui laissent entendre que derri\u00e8re tout \u00e7a, il n\u2019y a rien d\u2019autre que la volont\u00e9 de danser, de se laisser aller. Mais il faut avant tout y voir un syst\u00e8me magico-rituel qui fait partie des moments incontournables de la vie sociale, au m\u00eame titre que le carnaval. Les soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 ces danses sont attest\u00e9es les acceptaient tr\u00e8s bien.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Cette p\u00e9riode de l\u2019histoire n\u2019a pas grand-chose \u00e0 voir avec les pratiques r\u00e9cr\u00e9atives de la <em>neo-pizzica<\/em> apparue \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990. Que s\u2019est-il pass\u00e9 entre-temps\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Pour qu\u2019une ou plusieurs personnes entrent dans une transe de possession, il faut qu\u2019il existe un cadre rituel, et il faut que la puissance qui poss\u00e8de soit pens\u00e9e. L\u2019esprit, commun \u00e0 tous, mais qui \u00e9chappe \u00e0 l\u2019individu singulier, doit \u00eatre reconnu et nomm\u00e9. Dans certaines rondes de <em>pizzica<\/em> des ann\u00e9es 1990, on pouvait sentir une tension vers cela, comme en germe. Mais des op\u00e9rations commerciales comme la Notte della Taranta y ont coup\u00e9 court.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Tu \u00e9voques ici le coup de gr\u00e2ce, mais l\u2019agonie a commenc\u00e9 bien avant\u2026<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Apr\u00e8s le <em>Risorgimento<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-7\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-7\">7<\/a><\/sup><\/em>, tant le clerg\u00e9 que l\u2019intelligentsia <em>post-illuminista<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-8\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-8\">8<\/a><\/sup><\/em> commencent \u00e0 combattre le rituel. La connotation sexuelle choque et, par ailleurs, les progr\u00e8s de la science et de la m\u00e9decine s\u2019accompagnent d\u2019une hostilit\u00e9 envers ce qui les d\u00e9borde, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui semble irrationnel, contraire \u00e0 l\u2019esprit des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Jusqu\u2019au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le d\u00e9bat intellectuel sur le rituel de la <em>taranta<\/em> se faisait plut\u00f4t en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une th\u00e9matique h\u00e9rit\u00e9e de la philosophie grecque \u00e0 propos du pouvoir et de la magie des sons. \u00c0 partir du XIX<sup>e<\/sup>, on n\u2019est plus \u00e9merveill\u00e9 par cette musique qui gu\u00e9rit les gens du venin, et on entre dans le registre de la pathologie. M\u00e9decine et psychiatrie imposent leur h\u00e9g\u00e9monie, elles \u00e9tablissent des diagnostics\u00a0: bien souvent une \u00ab\u00a0hyst\u00e9rie\u00a0\u00bb, \u00e0 traiter par les moyens ad\u00e9quats. Il arrive que des <em>tarantolate<\/em> soient pass\u00e9es aux \u00e9lectrochocs. Les observateurs deviennent \u00e9pouvant\u00e9s par l\u2019apparent d\u00e9cha\u00eenement obsc\u00e8ne et furieux des danses. Le regard change. Il aboutit \u00e0 des condamnations pures et simples de la part de beaucoup de m\u00e9decins.<\/p>\n<p class=\"textbody\">N\u00e9anmoins, la r\u00e9pression directe demeure marginale\u00a0: un carabinier peut user et abuser de son pouvoir pour interdire les danses, mais c\u2019est davantage une pression sociale et culturelle latente qui s\u2019exerce. Au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le m\u00e9decin ou le ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole sont des gens qui incarnent le savoir et qui acqui\u00e8rent un prestige qu\u2019ils n\u2019avaient pas auparavant aupr\u00e8s des classes paysannes illettr\u00e9es. Pour ces gens-l\u00e0, il est temps d\u2019arr\u00eater de d\u00e9penser de l\u2019argent, du temps et de l\u2019\u00e9nergie dans ces danses sans but ni fin, au d\u00e9triment du travail et de la productivit\u00e9. Les mutations culturelles se produisent par capillarit\u00e9, de fa\u00e7on tr\u00e8s lente et insidieuse, mais le fait est que la pratique du rituel r\u00e9gresse petit \u00e0 petit.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Jusqu\u2019\u00e0 la Seconde Guerre mondiale, le rituel persiste. Il est encore attest\u00e9 apr\u00e8s-guerre en Apulie, dans la province de Lecce, \u00e0 Taranto, \u00e0 Brindisi, dans la province de Foggia, au nord, dans le Molise, en Calabre, il est m\u00eame pratiqu\u00e9 dans le sud de la Campanie, \u00e0 Salerno. Le miracle \u00e9conomique italien<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-9\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-9\">9<\/a><\/sup> porte un coup fatal \u00e0 ces pratiques d\u2019un autre \u00e2ge. Dans les ann\u00e9es 1970, il reste encore quelques dizaines de <em>tarantolate <\/em>dans le Salento, mais c\u2019est devenu quelque chose de honteux, dissimul\u00e9 au sein du foyer, bien loin du rituel des si\u00e8cles pass\u00e9s partag\u00e9 par toute une communaut\u00e9. Les gens en sont venus \u00e0 avoir peur des <em>tarantolate<\/em>, ils ont int\u00e9gr\u00e9 les crit\u00e8res de la m\u00e9decine\u2026 Le rituel s\u2019\u00e9teint, parce qu\u2019elles ne sont plus reconnues socialement. \u00c0 la limite, seuls les proches, les parents et les voisins les assistent, avec commis\u00e9ration, accompagnant quelqu\u2019un de malade\u2026 Un complexe magico-rituel qui a travers\u00e9 cinq si\u00e8cles, avec la tension d\u2019une joie collective, a ainsi p\u00e9riclit\u00e9 en maladie mentale.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Dans cette chronique d\u2019une mort annonc\u00e9e, quel a \u00e9t\u00e9 plus pr\u00e9cis\u00e9ment le r\u00f4le jou\u00e9 par l\u2019\u00c9glise catholique\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Le christianisme m\u00e9ridional se caract\u00e9rise par un go\u00fbt prononc\u00e9 pour la d\u00e9votion ext\u00e9rieure, qui s\u2019exprime dans des rituels collectifs, bien plus que par une religiosit\u00e9 int\u00e9rieure. Bakounine a tr\u00e8s bien compris \u00e7a chez les paysans du sud de l\u2019Italie quand il parle de leur approche th\u00e9\u00e2trale de la religion. C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que l\u2019\u00c9glise a r\u00e9ussi \u00e0 superposer la d\u00e9votion aux saints au rituel, probablement au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Apr\u00e8s la danse rituelle, il fallait d\u00e9sormais aller \u00e0 l\u2019\u00e9glise d\u00e9di\u00e9e au saint protecteur, qui pouvait \u00eatre San Vito, San Paolo, ou encore les <em>santi medici<\/em> Cosmo et Damiano<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-10\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-10\">10<\/a><\/sup>, et leur faire une offrande. En donnant au saint concern\u00e9 la capacit\u00e9 thaumaturgique en jeu dans la danse de la <em>taranta<\/em>, l\u2019\u00c9glise canalise la croyance qui lui \u00e9chappe et augmente son emprise, certes, mais cela n\u2019emp\u00eache pas le rituel de continuer \u00e0 \u00eatre pratiqu\u00e9 plus ou moins comme avant\u2026<\/p>\n<p class=\"textbody\">Ce qui est plus \u00e9tonnant, c\u2019est que les gens op\u00e8rent progressivement une fusion entre la <em>taranta<\/em> et le saint. Examinons attentivement l\u2019un des couplets les plus connus, apparu \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0 et que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Santu Paulu meu de le tarante ca pizzichi le caruse a \u2019mmenzu ll\u2019anche Santu Paulu meu de li scurzuni ca pizzichi li carusi alli cuiuni<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>Mon saint Paul des tarantules \/ Tu piques les filles entre les cuisses \/ Mon saint Paul des serpents \/ tu piques les gar\u00e7ons sur les couilles<\/em>.\u00a0\u00bb Tout \u00e7a n\u2019est pas tr\u00e8s catholique, mais qu\u2019est-ce que \u00e7a signifie\u00a0? Saint Paul sauve-t-il\u00a0? Ou bien est-ce lui qui pique\u00a0? Il sauve, mais c\u2019est aussi lui qui pique\u2026 Il y a une confusion des r\u00f4les, typique du monde paysan, et cette ambigu\u00eft\u00e9 est r\u00e9v\u00e9latrice de la position de l\u2019\u00c9glise, qui veut s\u2019approprier le rituel sans y parvenir totalement. Elle impose les saints, mais elle n\u2019est pas satisfaite quand, dans l\u2019\u00e9glise de Galatina par exemple, consacr\u00e9e \u00e0 San Paolo, les <em>tarantolate<\/em> d\u00e9barquent \u00e0 l\u2019office en se roulant par terre. L\u00e0, une petite chapelle, d\u00e9di\u00e9e au saint, leur est conc\u00e9d\u00e9e au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, avec son puits \u00e0 l\u2019eau miraculeuse\u00a0: et l\u00e0-dedans d\u00e8s le d\u00e9part, <em>che casino<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-11\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-11\">11<\/a><\/sup><\/em>\u00a0! On a l\u2019impression d\u2019\u00eatre dans un <em>manicomio<\/em> \u2013 un asile\u00a0: c\u2019est l\u2019incoh\u00e9rence totale, avec des hurlements, des gens qui se roulent par terre l\u2019\u00e9cume aux l\u00e8vres. Une telle pagaille n\u2019a rien de surprenant quand on sait que la musique est prohib\u00e9e dans la chapelle, alors qu\u2019elle est essentielle pour donner une forme coh\u00e9rente \u00e0 la possession\u00a0!<\/p>\n<h4 class=\"question\">Dans les ann\u00e9es 1950, l\u2019historien des religions et philosophe Ernesto De Martino a \u00e9tudi\u00e9 le rituel de la <em>taranta<\/em>. En quoi ton approche diverge-t-elle de la sienne\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">De Martino croyait fermement au progr\u00e8s, \u00e0 la perspective de partager les lumi\u00e8res du monde occidental avec les masses illettr\u00e9es du Sud. C\u2019\u00e9tait un intellectuel de Naples, un moment affili\u00e9 au Parti communiste italien (PCI), qui avait men\u00e9 des enqu\u00eates en Basilicate \u00e0 partir des pistes ouvertes par la publication du <em>Christ s\u2019est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Eboli <\/em>de Carlo Levi en 1947<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-12\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-12\">12<\/a><\/sup>. Il s\u2019est ensuite rendu en 1959 dans le Salento avec une petite \u00e9quipe pour une tr\u00e8s br\u00e8ve enqu\u00eate\u00a0: trois semaines durant lesquelles ils ont observ\u00e9, dans le bourg de Nard\u00f3, le rituel men\u00e9 par le groupe du barbier violoniste, Luigi Stifani. Ils ont rencontr\u00e9 un certain nombre de m\u00e9decins, certaines personnes <em>tarantolate<\/em>, et les ont questionn\u00e9es. De Martino a rendu les r\u00e9sultats de cette enqu\u00eate dans le fameux livre, <em>La terre du remords<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-13\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-13\">13<\/a><\/sup><\/em>, o\u00f9 il conclut au caract\u00e8re symbolique de la <em>taranta<\/em>\u2026<\/p>\n<p class=\"textbody\">J\u2019ai lu cet ouvrage au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, et il m\u2019a laiss\u00e9 sur ma faim. En relisant ensuite les \u00e9crits de Nietzsche sur la naissance de la trag\u00e9die et ceux d\u2019Artaud sur le th\u00e9\u00e2tre, alors que par ailleurs je m\u2019\u00e9tais int\u00e9ress\u00e9 aux rituels de possession qui existent toujours en Afrique du Nord et en Afrique noire de l\u2019Ouest, j\u2019ai compris ce qui ne me convenait pas dans l\u2019approche demartinienne. R\u00e9trospectivement, on peut critiquer chez cet ethnologue le fait que sa rencontre avec le monde paysan ne lui sert pas \u00e0 questionner son propre monde. Il analyse la<em> taranta<\/em> comme le reliquat d\u2019un monde archa\u00efque appel\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre. Il y voit le symbole du sous-d\u00e9veloppement m\u00e9ridional, une manifestation de souffrance de la part de gens minoris\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9 italienne. Or ses analyses sont depuis devenues une vulgate, que j\u2019ai pu entendre dans la bouche de beaucoup de gens dans le Salento.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le probl\u00e8me avec De Martino, c\u2019est qu\u2019il voit les paysans essentiellement comme victimes. Pour lui, le sous-d\u00e9veloppement du Sud r\u00e9duit ces gens sans avenir \u00e0 chercher le salut dans des pratiques archa\u00efques. Pour ma part, j\u2019ai voulu proposer une tout autre lecture. Tout rituel de possession proc\u00e8de par analogie avec le cycle maladie-gu\u00e9rison\u00a0: il est th\u00e9\u00e2tralit\u00e9, dans une mise en jeu de puissances invisibles, innommables \u2013 en premier lieu celle du d\u00e9sir sexuel. C\u2019est pour cela que la <em>tarantolata<\/em> ne danse pas seule\u00a0: sa danse est directement communication.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La conception \u00e9volutionniste de l\u2019histoire \u00e0 laquelle De Martino ob\u00e9it l\u2019emp\u00eache de voir ce qu\u2019il y a d\u2019universel dans ces formes d\u2019expression\u00a0: la magie, le <em>lamento<\/em> fun\u00e8bre<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-14\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-14\">14<\/a><\/sup>, le rituel de la <em>taranta<\/em>, etc. Il cherche une explication rationnelle \u00e0 ce qu\u2019il ne peut s\u2019emp\u00eacher de consid\u00e9rer comme une anomalie\u2026 Je renverse son raisonnement\u00a0: la cause, c\u2019est la transe\u00a0; l\u2019effet, c\u2019est la souffrance initiale. Pour autant que l\u2019on doive penser en termes de cause et d\u2019effet\u2026 Ce n\u2019est pas parce que la <em>tarantolata<\/em> souffre qu\u2019il faut faire intervenir les musiciens et la faire danser afin d\u2019y rem\u00e9dier, c\u2019est parce qu\u2019elle doit imp\u00e9rativement danser qu\u2019elle appelle les sons par ces sympt\u00f4mes analogues \u00e0 ceux d\u2019une morsure d\u2019araign\u00e9e. Il y a l\u00e0 tout un jeu th\u00e9\u00e2tral dont les codes sont scrupuleusement observ\u00e9s, et comme je l\u2019ai dit, dans les si\u00e8cles ant\u00e9rieurs ce jeu \u00e9tait beaucoup plus complexe.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Les travaux de De Martino ont pourtant fait \u00e9cole, et il y a m\u00eame eu apr\u00e8s lui un \u00ab\u00a0Institut De Martino\u00a0\u00bb. Ses successeurs ont-ils continu\u00e9 sur la m\u00eame lanc\u00e9e\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Son int\u00e9r\u00eat m\u00e9thodique pour plusieurs aspects du monde paysan m\u00e9ridional en a fait une r\u00e9f\u00e9rence importante pour divers intellectuels et militants qui voulaient agir dans l\u2019optique gramscienne\u00a0: Antonio Gramsci<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-15\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-15\">15<\/a><\/sup> avait pr\u00f4n\u00e9 la construction d\u2019une h\u00e9g\u00e9monie culturelle des classes subalternes, qui int\u00e9grerait des \u00e9l\u00e9ments des cultures populaires de tradition orale. \u00c9tonnamment, c\u2019est surtout dans le nord de l\u2019Italie que \u00e7a s\u2019est produit. L\u2019Institut Ernesto De Martino \u00ab\u00a0pour la connaissance et la pr\u00e9sence alternative du monde populaire et prol\u00e9taire\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Milan en 1966, un an apr\u00e8s la mort de De Martino.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Son principal fondateur, Gianni Bosio, \u00e9tait une sorte de marxiste libertaire, et son point de vue sur la question n\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 plus tout \u00e0 fait celui de De Martino. Ce dernier raisonnait en observateur, l\u00e0 o\u00f9 Bosio raisonnait en agitateur. Son id\u00e9e \u00e9tait de multiplier dans tout le pays des ligues culturelles, sur le mod\u00e8le des ligues paysannes qui avaient men\u00e9 les luttes de la fin du XIX<sup>e<\/sup> jusqu\u2019\u00e0 l\u2019av\u00e8nement du fascisme. Elles devaient porter un projet d\u2019\u00e9mancipation politique \u00e0 partir des formes d\u2019expression culturelles propres \u00e0 chaque territoire, des formes issues du monde subalterne qu\u2019il appartenait \u00e0 des \u00ab\u00a0intellectuels renvers\u00e9s\u00a0\u00bb de documenter\u00a0: ces militants culturels d\u00e9passeraient la scission entre culture \u00e9crite et culture orale, culture savante et culture traditionnelle, engendrant ainsi une nouvelle culture antagoniste.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Si ce projet n\u2019a pas vraiment abouti, il a n\u00e9anmoins inspir\u00e9 dans les ann\u00e9es 1970 une vague de jeunes musiciens qui se sont lanc\u00e9s dans la valorisation culturelle et politique des classes subalternes. En v\u00e9rit\u00e9, le r\u00e9pertoire traditionnel a inspir\u00e9 toutes sortes de r\u00e9interpr\u00e9tations, pour le meilleur comme pour le pire, certains se contentant de l\u2019adapter \u00e0 leur propre formation h\u00e9rit\u00e9e de l\u2019harmonie tonale. Il y a eu une simplification et un appauvrissement des techniques de chant dans beaucoup de groupes de <em>riproposta<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-16\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-16\">16<\/a><\/sup><\/em>. Depuis deux d\u00e9cennies, une seconde vague de <em>riproposta<\/em>, moins militante et plus port\u00e9e vers une ample diffusion, s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e, plus professionnelle. Actuellement, je connais quand m\u00eame pas mal de musiciens, en Calabre, en Campanie, et m\u00eame dans le Salento, qui font de tr\u00e8s belles choses \u00e0 partir de ce r\u00e9pertoire pour avoir su en assimiler les modalit\u00e9s. J\u2019en connais aussi pas mal qui font de la merde, et qui r\u00e9ussissent \u00e0 la vendre au prix de l\u2019or\u2026 Le probl\u00e8me, comme souvent, r\u00e9side dans la professionnalisation des musiciens, qui finissent par jouer davantage pour le public des festivals que pour leur communaut\u00e9.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Tu veux dire que les marxistes, avec l\u2019intention de sauver cette musique paysanne, n\u2019ont fait que mieux la d\u00e9truire\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">C\u2019est plus complexe que \u00e7a. La massification culturelle op\u00e9r\u00e9e par la radio et la t\u00e9l\u00e9 avaient d\u00e9j\u00e0 fait pas mal de d\u00e9g\u00e2ts, Pasolini a dit des choses fortes l\u00e0-dessus lors de son s\u00e9jour \u00e0 Lecce peu avant sa mort<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-17\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-17\">17<\/a><\/sup>\u2026 Les musiciens qui s\u2019int\u00e9ressaient \u00e0 la tradition paysanne \u2013 celle de leurs parents, bien souvent \u2013 voulaient lui donner ses lettres de noblesse et pensaient, tr\u00e8s justement, qu\u2019elle pouvait fonctionner comme un contre-mod\u00e8le \u00e0 la musique de distraction produite et diffus\u00e9e industriellement. Rappelons que ces ann\u00e9es 1970 furent terribles\u00a0: beaucoup de gens abandonnaient leur propre culture, les instruments traditionnels \u00e9taient m\u00e9pris\u00e9s et, pendant ce temps, les m\u00e9dias r\u00e9ussissaient \u00e0 imposer partout la m\u00e9diocrit\u00e9 comme norme culturelle. Ainsi, les jeunes musiciens qui reprenaient le r\u00e9pertoire paysan traditionnel participaient de la subversion plus g\u00e9n\u00e9rale en Italie.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Il y a eu au moins un cas o\u00f9 la greffe du traditionnel et du militant a pris, c\u2019est celui du Gruppo Operaio \u2018E Zezi, qui s\u2019est form\u00e9 au milieu des ann\u00e9es 1970 avec des \u00e9tudiants, des ch\u00f4meurs en lutte et des ouvriers de l\u2019usine Alfasud de Pomigliano d\u2019Arco. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le groupe a connu des vicissitudes diverses, des scissions, ils ne sont plus tout jeunes \u00e0 pr\u00e9sent, mais enfin, \u2018E Zezi reste une r\u00e9f\u00e9rence tr\u00e8s forte pour beaucoup de gens dans le Sud. Leur \u00ab\u00a0Tammurriata de l\u2019Alfasud\u00a0\u00bb est immortelle\u00a0! Mieux, certains de leurs chants originaux sont entr\u00e9s dans la tradition orale\u00a0: j\u2019ai entendu plusieurs fois des jeunes chanter \u00ab\u00a0Vesuvio\u00a0\u00bb dans des rondes, lors de f\u00eates populaires.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le monde occidental, qu\u2019il parle par la bouche des religieux, des savants, des m\u00e9decins, de la technique, des marxistes gramsciens, le fait \u00e0 partir de cat\u00e9gories et de concepts ext\u00e9rieurs au monde paysan. Quelqu\u2019un comme Roberto De Simone<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-18\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-18\">18<\/a><\/sup> a d\u00e9j\u00e0 mieux compris ce monde\u00a0: ses campagnes de collectage men\u00e9es en Campanie dans les ann\u00e9es 1970, et les commentaires qu\u2019il en donne sont d\u2019une grande pertinence.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Mais l\u00e0, on ne parle plus forc\u00e9ment du rituel\u00a0: il s\u2019agit d\u2019enregistrements et de gens qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la musique en tant que telle\u2026 Il y aurait donc une histoire propre de la <em>taranta<\/em> comme musique, d\u00e9tach\u00e9e de l\u2019histoire paysanne\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">La tarentelle et la <em>pizzica<\/em> se dansaient d\u00e9j\u00e0 comme danses profanes il y a deux si\u00e8cles, et la premi\u00e8re occurrence du mot \u00ab\u00a0tarentelle\u00a0\u00bb se trouve dans un recueil de chants et de musiques publi\u00e9 par des religieux \u00e0 Naples en 1602. J\u2019ai \u00e9cout\u00e9 une interpr\u00e9tation de cette \u00ab\u00a0Tarentelle\u00a0\u00bb par l\u2019Atrium musicae de Madrid\u00a0: on retrouve vaguement un certain air, mais on est loin de ce que j\u2019ai pu entendre dans le sud de l\u2019Italie. On voit bien que tout \u00e7a est pass\u00e9 par le registre de la musique savante et qu\u2019on a perdu l\u2019essentiel en chemin. C\u2019est ce qui s\u2019est produit \u00e0 la fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle quand la tarentelle a commenc\u00e9 \u00e0 inspirer divers compositeurs, et que, adapt\u00e9e \u00e0 l\u2019harmonie tonale, elle est entr\u00e9e dans les salons de l\u2019aristocratie bourbonienne de Naples \u2013 tandis que l\u2019originale poursuivait son existence parall\u00e8le dans les f\u00eates populaires.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La tarentelle et la <em>pizzica<\/em> sont des musiques modales\u00a0: les interpr\u00e8tes jouent chaque note en relation \u00e0 une note fondamentale fixe, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e ou maintenue en boucle. La modalit\u00e9 privil\u00e9gie l\u2019aspect horizontal, la m\u00e9lodie, et ignore l\u2019aspect vertical, \u00e0 savoir la construction de l\u2019harmonie. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance donn\u00e9e aux notes jou\u00e9es et aux tensions cr\u00e9\u00e9es, au d\u00e9triment des successions harmoniques. La m\u00e9lodie se d\u00e9roule en multipliant les micro-variations, comme dans les musiques grecques, turques ou arabes. C\u2019est flagrant quand on \u00e9coute les joueurs de <em>zampogna<\/em>, de guitare <em>battente<\/em> ou les violons de la <em>pizzica<\/em>. Une telle r\u00e9p\u00e9tition cr\u00e9e un effet hypnotique, n\u00e9cessaire \u00e0 la transe. Le temps de la musique modale est cyclique \u2013 \u00e0 l\u2019image du monde paysan \u2013, alors que le temps de la musique harmonique-tonale est un devenir \u2013 \u00e0 l\u2019image de la vie dans les m\u00e9tropoles industrielles.<\/p>\n<p class=\"textbody\">D\u00e8s qu\u2019on d\u00e9place l\u2019ex\u00e9cution de cette musique (dans un salon de musique au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ou sur une sc\u00e8ne au XX<sup>e<\/sup>), les gens attendent des objets esth\u00e9tiques finis et d\u00e9finis, avec un d\u00e9but et une fin. Si le groupe jouait le m\u00eame morceau pendant une demi-heure, le public se lasserait \u2013 le public europ\u00e9en, en tout cas. Alors que cela fonctionne tr\u00e8s bien dans une ronde, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de laquelle se succ\u00e8dent les danseurs. Quelqu\u2019un qui se trouve au bord d\u2019une ronde o\u00f9 la musique se d\u00e9roule ainsi peut \u00e9prouver une sorte de transe de basse intensit\u00e9. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que se situe le point d\u2019incompatibilit\u00e9. L\u2019auditeur d\u2019un salon de musique bourbonien ou le spectateur d\u2019un festival de \u00ab\u00a0musique trad\u2019\u00a0\u00bb ont en commun ce d\u00e9tachement esth\u00e9tique, qui fait qu\u2019ils ont besoin de vari\u00e9t\u00e9 dans les pi\u00e8ces jou\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Alors que je jouais \u00e0 la f\u00eate de la San Rocco \u00e0 Torrepaduli, je me souviens d\u2019un groupe de gens manifestement venus en touristes, qui, pendant que je faisais une pause, sont venus me demander\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Mais, \u00e7a va \u00eatre le m\u00eame morceau toute la nuit\u00a0?\u2009<\/em>\u00a0\u00bb Eh oui\u00a0! Un seul et unique morceau toute la nuit\u2026 Dans une ronde de <em>tarantella<\/em>, les gens adh\u00e8rent compl\u00e8tement aux sons, ils sont comme envo\u00fbt\u00e9s \u2013 m\u00eame s\u2019ils ne font rien d\u2019autre qu\u2019assister \u00e0 la danse, au bord de la ronde. Je le sais parce que \u00e7a m\u2019est arriv\u00e9 certaines fois \u00e0 la San Rocco de me sentir d\u00e9coller, litt\u00e9ralement, alors que je jouais du <em>tamburello<\/em> depuis une heure ou deux dans une m\u00eame ronde o\u00f9 vingt \u00e0 trente <em>tamburelli<\/em> frappaient le rythme. L\u00e0, je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 jouer dans un \u00e9tat second, comme si j\u2019avais fum\u00e9 un haschich bien puissant. D\u2019autres musiciens traditionnels \u00e0 qui j\u2019en ai parl\u00e9 m\u2019ont dit avoir aussi \u00e9prouv\u00e9, en certaines occasions, la m\u00eame sensation. \u00c7a passe dans le corps, qui vibre tout entier, qui n\u2019est pas immobile comme celui d\u2019un spectateur.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Tu disais que plusieurs facteurs ont concouru \u00e0 la d\u00e9gradation du rituel. En quoi l\u2019industrialisation de l\u2019Italie, dans les ann\u00e9es 1970, avec ce qu\u2019on a appel\u00e9 le miracle \u00e9conomique a-t-il jou\u00e9 un r\u00f4le\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec des mouvements paysans d\u2019apr\u00e8s-guerre<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-19\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-19\">19<\/a><\/sup>, les gens du Sud ont massivement \u00e9migr\u00e9. Pour eux, le miracle \u00e9conomique a \u00e9t\u00e9 synonyme d\u2019exil, en montant travailler \u00e0 Turin, en Allemagne, ou en partant aux \u00c9tats-Unis. Cela a d\u00e9velopp\u00e9 un regard tr\u00e8s critique de l\u2019industrialisation. On le voit dans la participation des M\u00e9ridionaux dans les luttes ouvri\u00e8res des ann\u00e9es 1970, qui sont des luttes contre le travail, comme \u00e7a a \u00e9t\u00e9 th\u00e9oris\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque autour de l\u2019usine Fiat Mirafiori. Cette dimension appara\u00eet clairement dans <em>Nous voulons tout\u00a0!<\/em> de Nanni Balestrini, l\u2019histoire d\u2019un jeune, immigr\u00e9 de la province de Salerne, qui refuse cat\u00e9goriquement de se r\u00e9signer au travail \u00e0 l\u2019usine.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Ces luttes d\u00e9passaient le cadre syndical habituel en s\u2019attaquant directement aux nouvelles formes d\u2019organisation du travail. Les ouvriers refusaient de se laisser broyer par la logique du travail \u00e0 la cha\u00eene et d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 la discipline de caserne\u00a0: c\u2019\u00e9tait une lutte contre la perte de l\u2019individualit\u00e9. Les ouvriers de Mirafiori les plus extr\u00e9mistes venaient pour l\u2019essentiel du sud de l\u2019Italie. Encore aujourd\u2019hui, j\u2019entends dire par des gens qui s\u2019en scandalisent, qu\u2019\u00e0 l\u2019Alfasud de Pomigliano d\u2019Arco, en banlieue de Naples, il y a de l\u2019absent\u00e9isme, que les gens ne veulent pas travailler, font du sabotage, etc. C\u2019est tout \u00e0 la fois l\u2019\u00e2me et le corps qui se r\u00e9voltent. La perte de la civilit\u00e9 paysanne se joue aussi l\u00e0\u00a0: le monde paysan avec ses usages, son autosuffisance alimentaire, ses entraides, ses fortes solidarit\u00e9s, ses expressions, et ses jours de f\u00eate.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Pour parler de cette perte de la civilit\u00e9 paysanne, tu fais le lien entre possession et d\u00e9possession dans l\u2019ex-royaume de Naples \u00e0 partir du rituel de la <em>taranta<\/em>\u2026<\/h4>\n<p class=\"textbody\">L\u2019ali\u00e9nation \u2013 <em>Entfremdung<\/em> \u2013 commence comme d\u00e9possession, et la notion d\u2019ali\u00e9nation mentale, quant \u00e0 elle, est souvent utilis\u00e9e pour d\u00e9crire la possession d\u2019un individu par des esprits. De Martino \u00e9tablit une relation causale de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, dont j\u2019ai dit plus haut qu\u2019il fallait en inverser les termes. Ce que je vois, c\u2019est que la marginalisation du sud de l\u2019Italie par rapport \u00e0 l\u2019Europe a permis \u00e0 des pratiques culturelles et sociales qualifi\u00e9es d\u2019archa\u00efques de subsister jusqu\u2019\u00e0 une date r\u00e9cente. Certaines existent toujours, comme les rituels de l\u2019arbre par exemple<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-20\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-20\">20<\/a><\/sup>. Or l\u2019\u00e9puisement de la modernit\u00e9 nous permet d\u2019interroger enfin ces pratiques.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La d\u00e9possession, c\u2019est l\u2019histoire propre \u00e0 cette r\u00e9gion du monde, du fait de la conqu\u00eate et de l\u2019oppression coloniale qu\u2019elle a subies de tout temps et qui l\u2019a marginalis\u00e9e par rapport au monde occidental. Pour rester sur le dernier mill\u00e9naire, le sud de l\u2019Italie a \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9 par les Normands, les Angevins, les Espagnols, les Fran\u00e7ais puis les Pi\u00e9montais. Aujourd\u2019hui, le Sud est la mauvaise conscience de l\u2019\u00c9tat-nation italien. La conqu\u00eate du royaume de Naples a \u00e9t\u00e9 quelque chose de scandaleux. La maison de Savoie y cherchait des ressources fiscales suppl\u00e9mentaires et des conscrits, les bourgeois de Turin voulaient se d\u00e9barrasser du concurrent \u00e9conomique que repr\u00e9sentait Naples\u2026 Une fois cela r\u00e9gl\u00e9, le pacte entre la bourgeoisie du Nord, les grands propri\u00e9taires fonciers du Sud et la petite bourgeoisie se fit sur le dos des paysans, frustr\u00e9s dans leurs espoirs de r\u00e9cup\u00e9rer les terres dont ils avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s. La premi\u00e8re r\u00e9action fut le brigandage, la seconde l\u2019\u00e9migration \u2013 qui fut une v\u00e9ritable plaie, parce que, bien souvent, les gens qui \u00e9migraient \u00e9taient les plus entreprenants, ceux qui auraient eu le plus de capacit\u00e9 de faire bouger les choses sur place.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Aujourd\u2019hui que le rituel et la composante paysanne<br \/>\nont disparu, que reste-t-il de la musique et des danses qui en sont issues\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Dans les mondes paysans, les fronti\u00e8res du sacr\u00e9 et du profane sont toujours \u00e9lastiques. Ce qui a disparu aujourd\u2019hui, c\u2019est le cadre rituel et la transe de possession par la <em>taranta<\/em>, mais les codes chor\u00e9graphiques sont toujours l\u00e0, ils se sont transmis, ils ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s et cultiv\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 l\u2019\u00e9poque de Gianni Bosio, il fallait se battre contre le m\u00e9pris social et culturel qui plombait le monde paysan. \u00c0 pr\u00e9sent, il faut se battre contre la r\u00e9cup\u00e9ration culturelle. Je dirais que l\u2019erreur de d\u00e9part \u2013 sans doute in\u00e9vitable chez des intellectuels et des militants \u2013 a \u00e9t\u00e9 de ne retenir que la lettre\u00a0: les paroles des chants collect\u00e9s, parfois les modalit\u00e9s musicales, <em>stricto sensu<\/em>. Ce qu\u2019on a sauv\u00e9, ce sont des \u00e9l\u00e9ments isolables sur un plan culturel\u00a0: recyclables par la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle, l\u2019exemple calamiteux de la Notte della Taranta l\u2019atteste. Le d\u00e9bat sur la tradition et\/ou l\u2019innovation qui se poursuit de fa\u00e7on confuse dans le Sud reste marqu\u00e9 par cette erreur de d\u00e9part \u2013 privil\u00e9gier ce qui est litt\u00e9ral \u2013, alors que pr\u00e9cis\u00e9ment tout le langage dramatique du monde paysan se joue de la lettre. Il s\u2019est trouv\u00e9 en quelque sorte r\u00e9ifi\u00e9 en patrimoine \u00e0 r\u00e9interpr\u00e9ter.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans les ann\u00e9es 1990, une seconde vague est arriv\u00e9e, qui a engendr\u00e9 en Apulie, en Calabre, en Campanie, des groupes plus attentifs aux modalit\u00e9s musicales, qui avaient \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole des anciens. \u00c0 ce moment-l\u00e0, il \u00e9tait encore possible de faire les comptes avec les exp\u00e9riences des ann\u00e9es 1970 et renouer avec les modalit\u00e9s de la tradition, mais c\u2019est alors que sont arriv\u00e9s les arrivistes, ceux de la Notte della Taranta, ceux de Taranta Power<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-21\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-21\">21<\/a><\/sup>, dont la logique est de produire un divertissement de masse. Bien \u00e9videmment, la musique s\u2019en est ressentie, ainsi que la fa\u00e7on d\u2019occuper l\u2019espace, la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 des danses au centre de la ronde, le d\u00e9fi ouvert entre chanteurs et entre musiciens \u2013 tout cela fut oubli\u00e9 au profit d\u2019une organisation verticale. D\u00e8s lors, il fallait se battre contre un m\u00e9pris beaucoup plus insidieux que le m\u00e9pris de classe de jadis. Ces organisateurs d\u00e9barquent avec la toute-puissance de l\u2019argent public, de l\u2019\u00e9quipement technique et du marketing publicitaire\u2026 et la bonne conscience d\u2019offrir une sc\u00e8ne \u00e0 la musique populaire traditionnelle \u2013 qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 une musique de sc\u00e8ne.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Cependant, les f\u00eates populaires, qui s\u2019organisent sur un plan horizontal, ne sont pas hors d\u2019atteinte. Un exemple que je connais bien est celui de la San Rocco, dans le Salento, o\u00f9 traditionnellement, les gens se retrouvaient pour se d\u00e9fier \u00e0 la <em>danza-scherma<\/em>, une danse des couteaux, sur rythme de <em>pizzica<\/em>. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, des intellectuels organiques<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-22\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-22\">22<\/a><\/sup> comme Luigi Chiriatti ou Giovanni Pellegrino sont all\u00e9s relancer les d\u00e9positaires de cette tradition. Ils les ont convaincus de revenir (une ann\u00e9e, il y a m\u00eame eu une affiche \u00ab\u00a0Ritorno a San Rocco\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0a Santu Roccu\u00a0\u00bb en dialecte), et ces gens sont revenus, ont recommenc\u00e9 \u00e0 danser en rondes.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c7a n\u2019avait cess\u00e9 que tr\u00e8s peu de temps, et \u00e7a a repris avec une vision politique, au sens o\u00f9 les gens qui dansent la <em>scherma<\/em> appartiennent aux cat\u00e9gories les plus marginalis\u00e9es de la population, paysans pauvres, petits d\u00e9linquants, gitans, etc. Cette appartenance, loin d\u2019\u00eatre v\u00e9cue comme honteuse \u00e9tait pour une fois revendiqu\u00e9e. Ainsi rel\u00e9gitim\u00e9es, ces pratiques rituelles ont attir\u00e9 des centaines, des milliers de gens \u00e0 la San Rocco avec leurs<em> tamburelli<\/em>. J\u2019y suis all\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1993. Vers la fin des ann\u00e9es 1990, \u00e7a a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9raper de nouveau\u00a0: la f\u00eate \u00e9tait victime de son succ\u00e8s. Des instruments qui n\u2019avaient rien \u00e0 voir s\u2019invitaient qui assourdissaient tout le monde, certains achetaient le <em>tamburello<\/em> l\u00e0, sur la <em>bancarella<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-23\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-23\">23<\/a><\/sup><\/em>, et commen\u00e7aient \u00e0 jouer sans savoir, en d\u00e9sorganisant le rythme. Dans beaucoup de rondes, ils ne respectaient plus le principe d\u2019un couple (mixte ou non) de danseurs \u00e0 la fois\u00a0: certains se croyaient sur le <em>dancefloor<\/em> d\u2019une discoth\u00e8que.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Au milieu des ann\u00e9es 2000, quand m\u00eame, les danseurs de <em>scherma<\/em> ont repris les choses en main. Pour eux, cette nuit-l\u00e0 constitue un rendez-vous rituel important, un v\u00e9ritable <em>ag\u00f4n<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-24\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-24\">24<\/a><\/sup><\/em>. Avoir surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019invasion des <em>frikettoni<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-25\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-25\">25<\/a><\/sup><\/em> et des voyeurs, voil\u00e0 qui t\u00e9moigne de la vitalit\u00e9 de cette tradition. Bien s\u00fbr, ces derniers n\u2019ont pas disparu, mais enfin, les rondes au centre de la f\u00eate leur ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9es.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Au final, on peut donc avoir l\u2019espoir d\u2019une sorte de r\u00e9appropriation culturelle\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Aujourd\u2019hui, un m\u00e9lange int\u00e9ressant s\u2019op\u00e8re dans ces f\u00eates. Des gens qui appartiennent encore \u00e0 ce monde paysan, dont certains lambeaux ont subsist\u00e9 \u00e7\u00e0 et l\u00e0, s\u2019y retrouvent aux c\u00f4t\u00e9s de jeunes urbains (parfois les enfants de paysans \u00e9migr\u00e9s dans les m\u00e9tropoles). Beaucoup de ces gens qui jouent ou dansent dans les rondes vont aussi dans des manifs, comme ces \u00e9quipes de <em>tammurriata <\/em>de Giugliano qu\u2019on peut entendre dans les cort\u00e8ges de protestation de la <em>Terra dei Fuochi<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-26\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-26\">26<\/a><\/sup><\/em>. Toute une jeunesse, qui ne se retrouve pas dans ce monde moderne ou postmoderne, converge vers ces sons et ces danses d\u2019un monde non seulement marginalis\u00e9, mais pr\u00e9tendument condamn\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre. D\u2019o\u00f9 ce mouvement de r\u00e9appropriation du langage, qui implique des sons, des chants, des danses et surtout un certain rapport au temps et \u00e0 l\u2019espace. Les op\u00e9rations de neutralisation, visant \u00e0 r\u00e9duire le langage \u00e0 quelque chose de consommable, ne peuvent contr\u00f4ler tous les possibles. Il n\u2019\u00e9tait pas confortable d\u2019habiter ce monde (que De Martino avait observ\u00e9 et que Vittorio De Seta<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-27\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-27\">27<\/a><\/sup> avait film\u00e9 avec l\u2019intuition de sa disparition imminente), et les chants et les sons des paysans en t\u00e9moignaient de fa\u00e7on \u00e9loquente. Mais \u00e0 pr\u00e9sent que tout cela est d\u00e9truit, les descendants de ces paysans, qu\u2019ils vivent dans des m\u00e9tropoles ou des villages, \u00e9prouvent en contrecoup une douloureuse absence au monde.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Mon livre commence par une \u00e9vocation de la ville de Taranto \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la Gr\u00e8ce ancienne, par o\u00f9 les rituels dionysiaques firent leur entr\u00e9e dans l\u2019Italie du Sud, et il finit par une \u00e9vocation de Taranto d\u2019aujourd\u2019hui, avec ses r\u00e9sidents intoxiqu\u00e9s par des poisons qui n\u2019ont rien de symbolique et dont on ne gu\u00e9rit pas. Ce lieu ravag\u00e9, pur produit de la modernit\u00e9 dans tout ce qu\u2019elle a de pathog\u00e8ne, est <em>stricto sensu<\/em> inhabitable. Il y a dans cette ville et dans toute la province un engouement populaire pour la <em>pizzica<\/em>, peu m\u00e9diatis\u00e9 parce que, \u00e9videmment, la r\u00e9gion tarantine n\u2019est pas une destination touristique comme le Salento avec ses plages et ses \u00e9glises baroques. Comme si les gens cherchaient, dans la danse, \u00e0 expurger non tant le venin bien r\u00e9el d\u00e9vers\u00e9 par l\u2019industrie sid\u00e9rurgique et p\u00e9trochimique que ses effets destructeurs antisociaux. Et les m\u00eames qui vont danser la <em>pizzica <\/em>sur les places vont manifester contre l\u2019Ilva<sup class=\"footnote\"><a id=\"fnref-3152-28\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fn-3152-28\">28<\/a><\/sup> et son inf\u00e2me patron Emilio Riva\u2026 Se reconstruire un langage commun, c\u2019est la condition premi\u00e8re pour sortir de l\u2019absence.<\/p>\n<hr \/>\n<p>Pour prolonger la lecture du livre, vous trouverez une vaste s\u00e9lection de musiques traditionnelles s\u00e9lectionn\u00e9es par Al\u00e8ssi Dell\u2019Umbria, et class\u00e9es par r\u00e9gions\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/SelectionMusiqueItalienne\/Puglia.zip\"> Puglia<\/a> ;<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/SelectionMusiqueItalienne\/Calabria.zip\">Calabria<\/a> ;<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/SelectionMusiqueItalienne\/Campania.zip\">Campania<\/a> ;<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/SelectionMusiqueItalienne\/LazioAbruzzoMoliseBasilicata.zip\"> Lazio, Abruzzo, Molise, Basilicata<\/a> ;<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/SelectionMusiqueItalienne\/Sicilia.zip\"> Sicilia<\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n<div id=\"footnotes-3152\" class=\"footnotes\">\n<div class=\"footnotedivider\"><\/div>\n<ol>\n<li id=\"fn-3152-1\"><em>Histoire universelle de Marseille. De l\u2019an mil \u00e0 l\u2019an deux mille, 2006<\/em>, \u00e9d. Agone, et <em>C\u2019est de la racaille\u00a0? Eh bien, j\u2019en suis\u00a0! \u00c0 propos de la r\u00e9volte de l\u2019automne 2005<\/em>, \u00e9d. de l\u2019\u00c9chapp\u00e9e, 2006, r\u00e9ed. Agone sous le titre <em>La rage et la r\u00e9volte<\/em>, 2010. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-1\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-2\">Le Salento correspond aux provinces de Lecce, Brindisi et une partie de la province de Taranto, soit le talon de la botte italienne. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-2\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-3\">Imitation. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-3\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-4\">Nom de la danse accompagnant le rituel, de l\u2019italien <em>pizzicare<\/em>, \u00ab\u00a0piquer\u00a0\u00bb. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-4\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-5\">Mot grec signifiant \u00e0 la fois poison et rem\u00e8de. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-5\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-6\">Instrument italien de la famille des cornemuses. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-6\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-7\">Processus d\u2019unification de l\u2019Italie s\u2019\u00e9talant de 1848 \u00e0 1870. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-7\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-8\">De la philosophie des Lumi\u00e8res. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-8\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-9\">Industrialisation \u00e0 marche forc\u00e9e de l\u2019Italie d\u2019apr\u00e8s-guerre, entra\u00eenant un fort exode rural ainsi que des migrations du Sud vers le Nord et vers d\u2019autres pays. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-9\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-10\">San Vito est r\u00e9put\u00e9 gu\u00e9rir les morsures de b\u00eates sauvages, San Paolo est immune aux morsures, et les <em>santi medici<\/em> sont des saints curateurs. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-10\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-11\">\u00ab\u00a0Quel bordel\u00a0!\u00a0\u00bb <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-11\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-12\">Le livre est inspir\u00e9 par la complainte traditionnelle des paysans de Lucanie, actuelle Basilicate\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Nous ne sommes pas chr\u00e9tiens. Le Christ s\u2019est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Eboli.<\/em>\u00a0\u00bb Carlo Levi, m\u00e9decin turinois exil\u00e9 par les fascistes dans les ann\u00e9es 1930, y raconte le quotidien des paysans de la r\u00e9gion touch\u00e9s par la malaria et la mis\u00e8re. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-12\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-13\">Publi\u00e9 en 1961 en Italie. En fran\u00e7ais aux \u00e9ditions des Emp\u00eacheurs de penser en rond, 1999. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-13\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-14\">Chant \u00e0 caract\u00e8re plaintif interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un d\u00e9c\u00e8s. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-14\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-15\">Philosophe et homme politique (1891-1937), co-fondateur du Parti communiste italien. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-15\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-16\">Mot-\u00e0-mot\u00a0: \u00ab\u00a0Reproposition\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit d\u2019un courant musical de groupes r\u00e9interpr\u00e9tant des musiques et chants populaires traditionnels du sud de l\u2019Italie. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-16\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-17\"><em>La langue vulgaire<\/em>, Pier Paolo Pasolini, \u00e9d. La Lenteur, 2013. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-17\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-18\">R\u00e9alisateur, dramaturge, compositeur et (ethno)musicologue napolitain. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-18\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-19\">\u00c0 partir de 1944, les paysans multipli\u00e8rent les occupations de terre, en Sicile, en Calabre, en Apulie, en Basilicate. Ces actions, qui dur\u00e8rent jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, furent syst\u00e9matiquement r\u00e9prim\u00e9es, les morts se comptant par dizaines. Une r\u00e9forme agraire se chargea de d\u00e9samorcer ces mouvements, sans pour autant r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019exigence de r\u00e9cup\u00e9ration des terres communales jadis privatis\u00e9es. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-19\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-20\">Le rituel de l\u2019arbre, qui existe principalement en Basilicate, mais aussi en Calabre, se d\u00e9roule au printemps. Les habitants d\u2019un village vont chercher un arbre de grande taille dans la montagne, qu\u2019ils abattent puis ram\u00e8nent au son de la <em>tarantella<\/em> sur la place du village, soit au moyen d\u2019attelages de b\u0153ufs soit \u00e0 force humaine. L\u2019arbre est ensuite \u00e9rig\u00e9 sur la place, les jeunes s\u2019effor\u00e7ant de l\u2019escalader pour r\u00e9cup\u00e9rer divers animaux ou victuailles attach\u00e9s au sommet. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-20\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-21\">Structure cr\u00e9\u00e9e par le chanteur Eugenio Bennato en 1998 afin de promouvoir la <em>tarantella<\/em> via les activit\u00e9s musicales, le th\u00e9\u00e2tre et le cin\u00e9ma. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-21\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-22\">Pour Gramsci, le projet r\u00e9volutionnaire a besoin d\u2019encourager le d\u00e9veloppement d\u2019intellectuels provenant de la classe ouvri\u00e8re, ce qu\u2019il a appel\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019intellectuel organique\u00a0\u00bb. \u00c0 ce sujet, voir <em>Carnets de prison<\/em>. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-22\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-23\">Le stand. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-23\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-24\">Moment de joute, de combat. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-24\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-25\">Terme issu de l\u2019anglais \u00ab\u00a0<em>freaks<\/em>\u00a0\u00bb d\u00e9signant p\u00e9jorativement les jeunes adultes noy\u00e9s dans la contre-culture. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-25\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-26\">La<em> Terra dei Fuochi<\/em> d\u00e9signe la r\u00e9gion au nord de Naples et au sud de Caserta, terre agricole fertile \u00e0 pr\u00e9sent ravag\u00e9e par les d\u00e9chets toxiques enterr\u00e9s clandestinement par les clans mafieux de la Camorra, sous-traitante des industries chimiques du Nord\u2026 <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-26\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-27\">R\u00e9alisateur italien du mouvement n\u00e9or\u00e9aliste n\u00e9 au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-27\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<li id=\"fn-3152-28\">Soci\u00e9t\u00e9 sid\u00e9rurgique sp\u00e9cialis\u00e9e dans la production et la transformation de l\u2019acier. <span class=\"footnotereverse\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3152#fnref-3152-28\">\u21a9<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/article>\n<\/section>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u2009La tarantolata ne danse pas seule\u2009\u00bb Possession et d\u00e9possession dans l\u2019ex-royaume de Naples Entretien avec Al\u00e8ssi Dell\u2019Umbria Propos recueillis par Damien Almar et Ferdinand Cazalis (Entretien publi\u00e9 dans le num\u00e9ro 1 de la revue Jef Klak, \u00ab\u00a0Marabout\u00a0\u00bb, 2014.) Chaque \u00e9t\u00e9 pendant des si\u00e8cles dans le sud de l\u2019Italie, le rituel de la taranta faisait danser [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7964,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6630","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6630","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7964"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6630"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6630\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6633,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6630\/revisions\/6633"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6630"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6630"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6630"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}