{"id":604,"date":"2014-11-02T18:25:50","date_gmt":"2014-11-02T17:25:50","guid":{"rendered":"http:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=604"},"modified":"2014-11-02T18:26:20","modified_gmt":"2014-11-02T17:26:20","slug":"de1977-a-2014-la-violence-detat-a-encore-tue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=604","title":{"rendered":"De1977 \u00e0 2014 la violence d&rsquo;\u00e9tat a encore tu\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>nous reproduisons un texte d\u00e8j\u00e0 publi\u00e9 dans un livre \u00e9dit\u00e9\u00a0 en 2007 :\u00a0\u00bb<strong>Histoire lacunaire de l&rsquo;opposition \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire en france<\/strong>\u00a0\u00bb\u00a0 avec plusieurs textes logoff occup\u00e9, un r\u00e9cit de la lutte contre la centrale de choooz plateforme du comit\u00e9\u00a0\u00bb irradi\u00e9 de tous les pays , unissons- nous\u00a0\u00bb. Chronique de la r\u00e9sistance des populations oppos\u00e9s au projet de cimeti\u00e8re nucl\u00e9aire souterrain en France, du mensonge radio actif Celui-ci \u00e0 disposition dans la biblioth\u00e9que du Laboratoire anarchiste. nous pr\u00e9f\u00e9rons de\u00a0 laissser la parole aux textes qui analyse\u00a0 cette maifestation contrairement \u00e0 ceux qui ont jamais compris depuis juillet\u00a0 1977 Que la presse et les radio d&rsquo;\u00e9tat osent utiliser les m\u00eames ressorts avec l&rsquo;utilisation des victimes de la violence d&rsquo;\u00e9tat( dans ce cas c&rsquo;est au tour de la famille de vital Michalon)\u00a0\u00a0 ne nous\u00a0 \u00e9tonne pas, peut \u00eatre pr\u00e9pare t&rsquo;il le terrain pour annoncer le projet Astrid un surg\u00e9n\u00e9rateur \u00e0 Marcoule (gard)<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/i1.wp.com\/www.ouest-france.fr\/sites\/default\/files\/styles\/image-640x360\/public\/2014\/07\/09\/bouygues-devant-la-justice-pour-travail-dissimule.jpg?resize=640%2C360\" alt=\"Les soci\u00e9t\u00e9s Bouygues TP, Atlanco, Elco et Welbond compara\u00eetront en correctionnelle pour avoir dissimul\u00e9 460 travailleurs sur le chantier de l'EPR \u00e0 Flamanville (Manche).\" width=\"640\" height=\"360\" \/><\/p>\n<p>Avertissement :ce texte anonyme a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9 \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1977, sous forme de brochure. Il reste marqu\u00e9 par Mai-68, avec le vieux projet d\u2019une insurrection g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e qui semblait pouvoir \u00eatre men\u00e9 \u00e0 bien par un prol\u00e9tariat destin\u00e9 \u00e0 h\u00e9riter de l\u2019appareil de production. Quoique critique vis-\u00e0-vis du f\u00e9tichisme marchand et de l\u2019illusion progressiste dominante, ce texte n\u2019\u00e9chappe pas au radicalisme abstrait en vogue ces ann\u00e9es-l\u00e0. Cette vision, propre \u00e0 un milieu, a permis de s\u2019\u00e9pargner le moment, partiel par d\u00e9finition, de la lutte effective, de fait abandonn\u00e9e aux \u00e9tatistes au nom de l\u2019affirmation fi\u00e8re d\u2019une critique de la totalit\u00e9, s\u00e9duisante mais impuissante. Toutefois, cette brochure est, \u00e0 notre connaissance, la seule qui ait su prendre, en son temps, la mesure du renversement de la contestation \u00e9cologique en \u00e9cologisme d\u2019\u00c9tat. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, elle montre l\u2019incapacit\u00e9 pour la contestation de s\u2019organiser en dehors de l\u2019\u00c9tat.<br \/>\nACNM<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Les mythes d\u00e9cisifs<\/strong><br \/>\n<strong>Aux \u00e9c\u0153ur\u00e9s de Malville<\/strong><\/p>\n<p>Malville marque l\u2019effondrement visible du mouvement \u00e9cologique (il n\u2019est ici fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 aucun sous-groupe particulier, mais bien \u00e0 l\u2019ensemble du mouvement qui va des cur\u00e9s \u00e0 la Lanza del Vasto aux Che Guevara de bocage), ou plut\u00f4t son effondrement qui est devenu visible. Ceci est d\u2019autant plus significatif que cette manifestation voulait trancher d\u2019avec la grisaille et l\u2019insignifiance des rassemblements ant\u00e9rieurs, o\u00f9 les m\u00eames gens se retrouvaient annuellement pour \u00e2nonner les m\u00eames choses; au nom de l\u2019antinucl\u00e9aire, le pr\u00eache le plus solennel en faveur du respect de l\u2019ordre. Passion sans v\u00e9rit\u00e9, v\u00e9rit\u00e9 sans passion; h\u00e9ros sans h\u00e9ro\u00efsme, histoire sans \u00e9v\u00e9nement; d\u00e9veloppement dont la seule force motrice semble \u00eatre le calendrier, fatigant par la r\u00e9p\u00e9tition constante des m\u00eames tensions et des m\u00eames d\u00e9tentes; antagonismes qui ne semblent s\u2019aiguiser p\u00e9riodiquement d\u2019eux-m\u00eames que pour pouvoir s\u2019\u00e9mousser et s\u2019\u00e9crouler sans se r\u00e9soudre. Efforts pr\u00e9tentieusement \u00e9tal\u00e9s et craintes bourgeoises devant la fin du monde.<br \/>\nL\u2019int\u00e9r\u00eat de Malville r\u00e9sidait en ceci qu\u2019un mouvement avait \u00e9t\u00e9 cristallis\u00e9, qui allait au-del\u00e0 de ses objectifs proclam\u00e9s, au point que les sous-leaders \u00e9cologistes se virent dans l\u2019obligation de se d\u00e9marquer, c\u2019est-\u00e0-dire de se d\u00e9masquer. Mais l\u2019\u00e9cologie ne devient efficace qu\u2019en mettant en branle un mouvement dont elle ne peut ensuite ni pr\u00e9voir ni contr\u00f4ler tous les effets, alors m\u00eame qu\u2019elle n\u2019est justement cr\u00e9dible que par l\u2019effet. Et voil\u00e0 bien le destin et le malheur de ceux qui s\u2019appuient sur les peuples pour montrer leur pouvoir \u00e0 l\u2019\u00c9tat. Un tel pouvoir ne se fait croire que quand il se fait sentir, mais il est tr\u00e8s souvent de l\u2019int\u00e9r\u00eat de ceux entre les mains de qui il est, de le faire moins sentir que croire. Imprudence des \u00e9cologistes dans ce cas; car il n\u2019y a rien de plus malhabile que de se faire croire capable de choses dont les exemples sont \u00e0 craindre.<\/p>\n<p>Nacht und Brouillard<br \/>\nAchtung Brouillard<br \/>\nAchtung Nebel<br \/>\nNebel und Brouillard<br \/>\nBrouillard und Brouillard<br \/>\nNacht or Nebel<br \/>\nThat is the question<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">\u00abMais \u00e0 quoi travaillez-vous?<br \/>\ndemanda-t-on \u00e0 Herr Keuner.<br \/>\nJ\u2019ai \u00e9norm\u00e9ment de soucis,<br \/>\nje pr\u00e9pare ma prochaine erreur.\u00bb<br \/>\nBertolt Brecht,<br \/>\nAnecdotes sur Herr Keuner<br \/>\n<strong>O\u00f9 l\u2019on voit que la pr\u00e9paration de la manifestation pr\u00e9parait son \u00e9chec<\/strong><br \/>\nApr\u00e8s les assises de Morestel relatives \u00e0 Super Ph\u00e9nix, et apr\u00e8s la coordination de Gen\u00e8ve, l\u2019opinion dominante qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9gag\u00e9e \u00e9tait la suivante: \u00abP\u00e9n\u00e9trer sur le site, casser le plus de mat\u00e9riel possible, et ceci sans toucher \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique des personnes.\u00bb Ainsi, lors d\u2019une r\u00e9union \u00e0 Dijon, Brice Lalonde lui-m\u00eame invitait les \u00e9cologistes \u00e0 \u00abvenir \u00e0 Creys-Malville avec des pinces coupantes\u00bb (Le Matin, 21juillet 1977). Cependant, d\u00e8s cette premi\u00e8re r\u00e9solution, apparaissait la contradiction suivante: comment casser du mat\u00e9riel sans toucher \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique de ses d\u00e9fenseurs? Autant convier les gens \u00e0 allumer des incendies avec des seaux d\u2019eau!<br \/>\nAssur\u00e9ment, tout le monde ne pensait pas ainsi, mais ceux qui pensaient autrement n\u2019avaient que des arri\u00e8re-pens\u00e9es.<br \/>\nCependant, cette \u00abr\u00e9solution\u00bb ne tarda pas \u00e0 \u00eatre remise en cause par La Gueule ouverte, crachotage \u00e9cologiste hebdomadaire, pas m\u00eame fort en gueule. Pour ce torchon, ce peu \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trop, ce qui ne surprend pas venant de la part d\u2019illumin\u00e9s qui croient au miracle de la non-violence. Et comme les non-violents sont justement m\u00e9diocres en tout, sauf dans la manipulation, ils se mirent au travail. La r\u00e9union de Courtenay, autant que celles qui suivirent, ressemblait bien plus \u00e0 une auberge espagnole qu\u2019\u00e0 une assembl\u00e9e. On y tol\u00e9ra tout parce que l\u2019on n\u2019y voulait d\u00e9j\u00e0 plus rien: on y parla p\u00eale-m\u00eale de marche pacifique, de contre-violence, on y con\u00e7ut m\u00eame un accouplement monstrueux d\u2019id\u00e9es telles que la \u00abnon-violence offensive\u00bb. Bref, on nageait, et toutes les r\u00e9solutions ne faisaient qu\u2019accro\u00eetre la confusion. Certains, ayant un peu vite pris la chaleur de cette confusion pour de la chaleur humaine, croyaient sinc\u00e8rement avoir \u00e9tabli la \u00abCommunication\u00bb.<br \/>\nCes r\u00e9unions s\u00e9virent jusqu\u2019au d\u00e9but juillet, et le grand rendez-vous fut donn\u00e9 pour le 20 du m\u00eame mois, date \u00e0 laquelle devaient se r\u00e9unir les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des diff\u00e9rents jume- lages constitu\u00e9s d\u00e8s le mois de mai. Form\u00e9e de la sorte, la coordination se consuma en discussions interminables. Et plus l\u2019on s\u2019approchait de la date fatale de la manifestation, plus s\u2019accentuait l\u2019incertitude, car plus forte devenait la certitude que viendraient des gens n\u2019appartenant pas aux rangs traditionnels des \u00e9cologistes patent\u00e9s.<br \/>\nAussi, les souteneurs traditionnels de ce genre de manifestation commen\u00e7aient \u00e0 ren\u00e2cler, voyant que pour cette occasion la perte n\u2019allait pas \u00eatre compens\u00e9e par le gain. La CFDT \u2013 sauf deux sections locales \u2013 prenait ses distances en appelant \u00e0 une manifestation loin des endroits de rassemblement pr\u00e9vus par les \u00e9cologistes. Ceux-ci, qui trouvaient, sans m\u00eame s\u2019efforcer, quelque int\u00e9r\u00eat dans cette boutique, furent fort d\u00e9\u00e7us, d\u2019autant qu\u2019ils comptaient bien sur elle pour lui amener du monde; car si nos \u00e9cologistes ne croyaient pas \u00e0 la force, il leur restait la magie du nombre. Seconde d\u00e9fection, le Parti socialiste, qui, par la bouche d\u2019une de ses \u00e9paves nationales, d\u00e9put\u00e9 de surcro\u00eet, d\u00e9clarait le 7 juillet: \u00abLe PS est contre toute action de destruction d\u2019o\u00f9 quelle vienne\u2026 Le gouvernement souhaite un petit Mai-68. Je crains le d\u00e9bordement de hauts fonctionnaires\u00bb (Le Nouvel Observateur, 18 juillet 1977). Il est vrai qu\u2019en Mai-68, les reliquats socialistes craignaient plus les d\u00e9bordements que les hauts fonctionnaires. En \u00e9cho \u00e0 cette sottise, et ne voulant pas \u00eatre en reste, les Amis de la Terre de Paris d\u00e9claraient: \u00abNous refusons d\u2019appeler aux manifestations si l\u2019engagement n\u2019est pas pris d\u2019interdire toutes les provocations et les actes de violence concert\u00e9s\u00bb (Nouvel Observateur,18 juillet 1977). Peut-\u00eatre pensaient-ils avec nostalgie au service d\u2019ordre de la CGT! Ils montraient en tout cas qu\u2019ils ne peuvent \u00eatre l\u00e0, que l\u00e0 o\u00f9 il ne se passe rien. Toutes ces d\u00e9fections \u00e9taient autant de d\u00e9sertions, et ne manquait plus que celle-l\u00e0 m\u00eame des organisateurs du rassemblement, qui avaient perdu leurs derni\u00e8res griffes avec le temps, et par la seule force du calendrier: \u00abApr\u00e8s de longues discussions, tous les comit\u00e9s ont adopt\u00e9 les principes de la non-violence. Il ne sera donc port\u00e9 atteinte ni aux personnes ni aux installations.La manifestation devra \u00eatre une occasion de r\u00e9fl\u00e9chir, mais aussi de faire la f\u00eate\u00bb (Le Monde,29 juillet 1977). R\u00e9fl\u00e9chir avec les plus d\u00e9munis intellectuellement, et faire la f\u00eate avec les plus f\u00e9rocement tristes, admirez, je vous prie, la perspective!<br \/>\nChaque fois que se trouvent rassembl\u00e9s les gens, et ceci pour ne rien faire ensemble, une f\u00eate est organis\u00e9e pour \u00e9viter la conscience du vide qui ne manque pas de s\u2019accro\u00eetre avec le nombre. Cet ersatz se r\u00e9v\u00e9la ici sans usage. \u00c0 sa place, on pouvait voir \u00e0 Courtenay le clown Mermaz pol\u00e9miquer respectueusement avec de respectueux \u00e9cologistes. Ailleurs, on discutait \u00e0 n\u2019en plus finir, dans des forums, sur l\u2019attitude \u00e0 tenir pour le lendemain matin. Discussion sans moyen ni raison sur la violence ou la non-violence; d\u00e9bat aussi faux que tout ce qui se disait et qui se faisait jusqu\u2019\u00e0 ce jour-l\u00e0. \u00c0 d\u00e9faut de pain et de jeux, l\u2019on eut des mots. Se voyant compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9s, les \u00e9cologistes organis\u00e8rent la confusion, le plus s\u00fbr moyen de ne rien faire.<br \/>\nSous pr\u00e9texte de d\u00e9mocratie, ils se voyaient contraints de tol\u00e9rer, plus que d\u2019accepter, des gens qu\u2019ils n\u2019avaient pas les moyens de tenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart. On trouvait, parmi eux, ceux que l\u2019angoisse de la classe dominante nomme \u00absauvages\u00bb, ceux-l\u00e0 m\u00eames que la bureaucratie stalinienne, dans son langage de bois, nomme provocateurs. Leur pr\u00e9sence \u00e9tait en effet explicable: ce qui faisait la popularit\u00e9 de l\u2019\u00e9cologie, ce n\u2019\u00e9tait pas la forme de son opposition, c\u2019\u00e9tait cette opposition m\u00eame. Elle critiquait les abus de pouvoir, lui demandait des comptes sur sa politique \u00e9nerg\u00e9tique, elle parlait des droits fondamentaux des citoyens qui limitaient le pouvoir illimit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et, sans aucunement appeler le peuple \u00e0 la formation d\u2019assembl\u00e9es autonomes et r\u00e9volutionnaires, ils en r\u00e9veillaient \u00e0 tout moment l\u2019id\u00e9e. C\u2019\u00e9tait assez.<br \/>\nDepuis longtemps d\u00e9j\u00e0, l\u2019\u00c9tat en place souffrait d\u2019un mal qui est comme la maladie ordinaire et incurable des pouvoirs qui ont entrepris de tout commander, de tout pr\u00e9voir et de tout faire. Quelque divis\u00e9s que l\u2019on f\u00fbt sur le sujet des plaintes, on se r\u00e9unissait donc volontiers pour le bl\u00e2mer ; mais ce qui n\u2019\u00e9tait jusque-l\u00e0 qu\u2019une inclinaison g\u00e9n\u00e9rale des esprits, devenait depuis Mai-68 de plus en plus pratique. Toutes les douleurs secr\u00e8tes que faisaient na\u00eetre la domination prolong\u00e9e de l\u2019\u00e9conomie sur la soci\u00e9t\u00e9 et le contact incessant avec des institutions d\u00e9su\u00e8tes dont les d\u00e9bris blessaient en mille endroits les id\u00e9es et les m\u0153urs, toutes ces col\u00e8res contenues qui se nourrissaient de cette situation se tourn\u00e8rent en cette occasion contre le pouvoir. Depuis longtemps elles cherchaient un chemin pour se faire jour. Celui-ci vint \u00e0 s\u2019offrir, elles s\u2019y pr\u00e9cipit\u00e8rent sans discernement. Ce n\u2019\u00e9tait pas leur voie naturelle, mais c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re qui s\u2019offrait. Malheureusement, ce qui la veille de la manifestation pouvait appara\u00eetre comme une perspective possible, se r\u00e9v\u00e9la \u00eatre, d\u00e8s le lendemain, un cul-de-sac.<br \/>\nDans l\u2019attente du lendemain, on \u00e9chafaudait les hypoth\u00e8ses les plus d\u00e9lirantes, car il est commun que la cr\u00e9dulit\u00e9 augmente la croyance aux miracles. On \u00e9voquait, avec crainte ou avec envie, la puissance et l\u2019organisation des Allemands, dont on pouvait tout attendre. \u00c0 ce point de l\u2019illusion, on n\u2019\u00e9tait plus tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 des propos du pr\u00e9fet Janin. La r\u00e9union des \u00abt\u00eates de marche\u00bb du samedi soir se figurait \u00eatre un \u00e9tat-major, mais ils parlaient comme des gens qui voulaient la guerre, et agissaient en fait comme des gens qui pr\u00e9paraient la paix. Sous pr\u00e9texte de secret de guerre, les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de la coordination, au lieu de rendre publiques les informations n\u00e9cessaires dans un tel moment d\u00e9terminant, jug\u00e8rent pr\u00e9f\u00e9rable de ne rien dire. Il en r\u00e9sulta ce qui arrive toujours \u00e0 ceux \u00e0 qui manquent certains \u00e9l\u00e9ments dans les moments qui sont capitaux et d\u00e9cisifs dans les grandes affaires. Comme personne ne voyait plus de bon parti \u00e0 prendre, tout le monde prit selon son go\u00fbt celui qui lui parut le moins mauvais: ce qui produit toujours deux mauvais effets dont l\u2019un est que le choix est confus et embrouill\u00e9, et l\u2019autre qu\u2019il n\u2019y a jamais que la pure fortune qui le d\u00e9m\u00eale.<br \/>\nComment les trompettes de J\u00e9richo se sont transform\u00e9es en trompettes de la mort<br \/>\nL\u2019entr\u00e9e dans le p\u00e9rim\u00e8tre interdit autour de la centrale a certainement \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme une victoire par les non-violents. Pour eux, la non-violence devait r\u00e9aliser ce miracle: permettre aux manifestants de vivre l\u2019illusion d\u2019avoir fait quelque chose sans avoir eu \u00e0 bouger le petit doigt. La police, bonne garce, qui en savait sur l\u2019ind\u00e9cision des \u00e9cologistes bien autant que ces derniers sur eux-m\u00eames, s\u2019\u00e9tait retir\u00e9e assez loin \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du p\u00e9rim\u00e8tre interdit, donnant l\u2019impression aux manifestants de fouler la terre sacr\u00e9e. Le contact avec la police se fit dans les conditions les plus mauvaises, et l\u2019on eut voulu plus mal faire que l\u2019on n\u2019y serait point parvenu. Imaginez 50000 personnes en rang par cinq sur une route de trois m\u00e8tres de large!<br \/>\nIl y eut assur\u00e9ment des \u00e9cologistes plus m\u00e9chants que ceux de Malville, mais je ne pense pas qu\u2019il en f\u00fbt jamais de plus sots. Ils faisaient peur et avaient peur, deux contraires qui se rencontrent souvent, mais qui sont tr\u00e8s f\u00e2cheux en face de la police. Ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019\u00e0 sa vue qu\u2019eut lieu le d\u00e9ploiement limit\u00e9 qu\u2019on avait pr\u00e9vu auparavant de faire sur une plus grande \u00e9chelle, pareil \u00e0 une rivi\u00e8re qui s\u2019\u00e9tale devant un barrage qu\u2019elle ne franchit pas. De l\u00e0 viennent une s\u00e9rie d\u2019escarmouches d\u00e9cousues dont la violence fut largement att\u00e9nu\u00e9e par l\u2019\u00e9paisseur des gaz lacrymog\u00e8nes. Ce m\u00e9lange d\u2019accord\u00e9ons, de fl\u00fbtes, de casques et de matraques, d\u2019\u00e9clatement de grenades, donnait un spectacle qui se voit plus souvent dans un roman qu\u2019ailleurs. C\u2019\u00e9tait un galimatias d\u2019actions les plus d\u00e9sordonn\u00e9es et les plus contraires. Dans le m\u00eame temps o\u00f9 certains s\u2019affrontaient avec la police, d\u2019autres, les non-violents, vomissaient leurs vocif\u00e9rations: \u00abRepliez-vous! On n\u2019a rien \u00e0 voir avec les provocateurs qui se battent devant.\u00bb<br \/>\nLorsque le spectre de la violence anarchiste continuellement \u00e9voqu\u00e9 et conjur\u00e9 par les \u00e9cologistes appara\u00eet enfin, il n\u2019appara\u00eet pas tant sur l\u2019\u00e9tendard de ces r\u00e9volutionnaires que sur la bande noire du pantalon des gardes mobiles. Les gauchistes, essentiellement visibles sous le masque folklorique du mao\u00efsme de toute \u00e9tag\u00e8re, n\u2019\u00e9taient pas en reste de crapulerie. La veille, certains d\u2019entre eux, au milieu des discussions, rassuraient quelques auditeurs inquiets du manque de pr\u00e9paration en affirmant \u00abqu\u2019ils seraient l\u00e0\u00bb. Et le lendemain, on les vit bien. Ces fruits secs, rang\u00e9s \u00e0 mi-pente, casqu\u00e9s et arm\u00e9s comme des gueux, s\u2019\u00e9taient regroup\u00e9s sagement sur la route \u00e0 une centaine de m\u00e8tres de la police, faisant de leur mieux pour bloquer la majeure partie des manifestants. Si bien que certains descendaient, d\u00e9\u00e7us de ne rien voir, de ne rien savoir, et de ne rien pouvoir faire, g\u00eanant ceux qui montaient dans l\u2019espoir de voir, de savoir ou de faire quelque chose. De leur c\u00f4t\u00e9, les membres de la coordination distillaient la pagaille, m\u00e2chonnant \u00e0 la sono qu\u2019il fallait faire demi-tour. En fin d\u2019apr\u00e8s-midi, lorsque tout le monde refluait, les m\u00eames cons appelaient \u00e0 se rassembler \u00e0 Poleyrieu, dans l\u2019espoir de transformer ce revers en m\u00e9daille. Mais la plupart, assez \u00e9c\u0153ur\u00e9s, estimaient superflu de tomber dans ce panneau suppl\u00e9mentaire.<br \/>\nPour les organisateurs de la manifestation, le r\u00e9sultat \u00e9tait donc maigre, en dehors d\u2019un mort, de pas mal de bless\u00e9s et de quelques grimaces amicales de la bourgeoisie compatissante pour ces jeunes apprentis sorciers. Aussi se r\u00e9pandaient-ils en confessions, plus qu\u2019en d\u00e9clarations, aux micros des postes p\u00e9riph\u00e9riques et dans les journaux.<br \/>\nAvaient-ils pr\u00e9vu l\u2019affrontement avec la police? Ils n\u2019y pensaient pas, ou plut\u00f4t, ils avaient jug\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rable, apr\u00e8s r\u00e9flexion, de n\u2019y point penser. Ils disaient, et certains m\u00eame y croyaient, r\u00e9soudre ce probl\u00e8me par mille petites ruses d\u2019une sotte na\u00efvet\u00e9 auxquelles un gamin de six ans n\u2019aurait pas m\u00eame cru. Il faut reconna\u00eetre qu\u2019aucun mouvement ne s\u2019exag\u00e8re d\u2019avantage les moyens dont il dispose que celui des \u00e9cologistes. Aucun ne s\u2019illusionne plus l\u00e9g\u00e8rement sur sa situation. Rarement action fut annonc\u00e9e avec plus de fracas que leur \u00e9minente entr\u00e9e en campagne, rarement \u00e9v\u00e9nement fut annonc\u00e9 avec plus d\u2019assurance dans le mensonge. \u00abL\u2019\u00e9t\u00e9 des libert\u00e9s passe par Malville\u00bb, certifiait une affiche populiste coll\u00e9e un peu partout. Assur\u00e9ment les \u00e9cologistes croyaient aux trompettes dont les sonorit\u00e9s renvers\u00e8rent les murs de J\u00e9richo. Chaque fois qu\u2019ils rencontrent devant eux les remparts de l\u2019\u00c9tat, ils s\u2019efforcent de renouveler le miracle.<br \/>\nSi l\u2019on se proposait s\u00e9rieusement une manifestation pacifique, il \u00e9tait stupide de ne pas pr\u00e9voir qu\u2019elle serait accueillie belliqueusement. S\u2019il fallait s\u2019attendre \u00e0 une lutte v\u00e9ritable, il \u00e9tait v\u00e9ritablement original de d\u00e9sarmer les gens du d\u00e9sir de s\u2019armer. Mais les menaces des classes moyennes ne sont que de simples tentatives d\u2019intimidation de l\u2019adversaire. Et quand ils sont accul\u00e9s, quand ils se sont suffisamment compromis pour se voir contraints de mettre leurs menaces \u00e0 ex\u00e9cution, ils le font d\u2019une mani\u00e8re \u00e9quivoque qui n\u2019\u00e9vite rien tant que les moyens propres aux buts, et cherchent avec avidit\u00e9 des pr\u00e9textes de d\u00e9faite. L\u2019ouverture \u00e9clatante annon\u00e7ant le combat se perd en un faible murmure d\u00e8s que le combat doit commencer. Les acteurs cessent de se prendre au s\u00e9rieux et l\u2019action s\u2019\u00e9croule lamentablement comme une baudruche que l\u2019on perce avec une aiguille.<br \/>\nIl faut dire que rarement on sous-estima \u00e0 ce point l\u2019\u00c9tat de l\u2019actuelle soci\u00e9t\u00e9 de classes. Mais les \u00e9cologistes, parce qu\u2019ils se recrutent dans la petite bourgeoisie moderne \u2013 celle qui est devenue salari\u00e9e, de l\u2019infirmier \u00e0 la cadre sup\u00e9rieure \u2013 repr\u00e9sentent la classe interm\u00e9diaire au sein de laquelle s\u2019\u00e9moussent les int\u00e9r\u00eats de classe oppos\u00e9s. Celle-ci s\u2019imagine, pour cette raison, \u00eatre au-dessus des antagonismes de classe et, pour cette m\u00eame raison, les regroupements \u00e9cologistes s\u2019adressent indistinctement \u00e0 tout le monde. Certes, les \u00e9cologistes reconnaissent qu\u2019ils ont devant eux une classe privil\u00e9gi\u00e9e, mais eux, avec tout le reste de la nation, ils constituent la population. Ce qu\u2019ils veulent repr\u00e9senter, c\u2019est le droit de la population. Ils n\u2019ont donc pas besoin, avant d\u2019engager une lutte, d\u2019examiner les int\u00e9r\u00eats et les positions des diff\u00e9rentes classes. Ils n\u2019ont pas non plus besoin de peser trop minutieusement leurs propres moyens. Ils n\u2019ont qu\u2019\u00e0 donner le signal pour que la population fonce avec toutes ses ressources in\u00e9puisables sur ses oppresseurs, qui prennent ici l\u2019aspect des pollueurs.<br \/>\nMais si, dans la pratique, leurs int\u00e9r\u00eats apparaissent sans int\u00e9r\u00eat, et si leur puissance se r\u00e9v\u00e8le comme une impuissance, la faute en est selon eux aux \u00abprovocateurs\u00bb, qui font peur \u00e0 la population, ou \u00e0 l\u2019arm\u00e9e et \u00e0 la police qui sont trop abruties et trop aveugl\u00e9es pour consid\u00e9rer les buts de l\u2019\u00e9cologie comme leur propre bien, ou encore, c\u2019est qu\u2019un d\u00e9tail d\u2019ex\u00e9cution a tout fait \u00e9chouer, ou enfin c\u2019est qu\u2019un \u00abhasard impr\u00e9vu\u00bb a fait perdre cette fois la partie. En tout cas, les \u00e9cologistes sortent de la d\u00e9faite la plus honteuse tout aussi purs qu\u2019ils \u00e9taient innocents. Lorsqu\u2019ils entrent dans la lutte avec la conviction nouvelle qu\u2019ils doivent vaincre, ce n\u2019est pas parce qu\u2019ils ont abandonn\u00e9 leurs anciens points de vue, mais parce que selon eux, au contraire, la conscience de ces probl\u00e8mes a m\u00fbri dans la conscience de la population. Ainsi, pour eux, l\u2019\u00e9cologie n\u2019est ni d\u00e9cim\u00e9e, ni abattue, ni humili\u00e9e par ses \u00e9checs. Cependant, comme leur impuissance sur le terrain ne pouvait plus \u00eatre mise en doute, ils \u00e9taient d\u00e8s lors en droit de limiter leurs activit\u00e9s \u00e0 des acc\u00e8s d\u2019indignation morale \u00e0 propos de la brutalit\u00e9 de la police et \u00e0 des d\u00e9clamations ronflantes. Si une partie de la classe dominante feignait de voir en eux les h\u00e9ritiers et les continuateurs de Mai-68, ils pouvaient en r\u00e9alit\u00e9 en profiter pour \u00eatre d\u2019autant plus plats et plus modestes.<br \/>\nEnfin, ils se consol\u00e8rent de Malville par ce profond d\u00e9tour : \u00abQue la police ose seulement utiliser \u00e0 nouveau des grenades offensives ! Nous montrerons alors ce que nous sommes.\u00bb Nous verrons\u2026 En attendant, si Malville montrait que les \u00e9cologistes \u00e9taient ridicules dans l\u2019attaque, leur attitude \u00e0 Bourgoin, lors du proc\u00e8s des douze \u00e9cologistes, indiquait qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas moins m\u00e9diocres dans la d\u00e9fense. Comme la crainte des provocateurs n\u2019avait pas disparu, les \u00e9cologistes mirent sur pied un service d\u2019ordre de bric et de broc, pensant que dans cette circonstance l\u2019ordre leur serait de quelque service: il ne fallait pas importuner les grosses l\u00e9gumes du tribunal. Pour ce faire, ils avaient contract\u00e9 une petite alliance: \u00abLa mise en place du dispositif avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e en accord avec les services de police et le parquet, le maire de Bourgoin-Jallieu, [\u2026] et les repr\u00e9sentants des comit\u00e9s Malville\u00bb (LeMonde,7-8 ao\u00fbt 1977).<br \/>\nAinsi, les \u00e9cologistes qui avaient cent fois montr\u00e9 jusqu\u2019ici qu\u2019ils ne savaient pas penser, qu\u2019ils ne pouvaient pas combattre, pour cette fois firent la preuve qu\u2019ils ne voulaient pas m\u00eame crier.<br \/>\n<strong>L\u2019\u00c9cologie et son \u00c9poque<\/strong><br \/>\n\u00ab<em>Parti de rien, j\u2019ai atteint la mis\u00e8re<\/em>.\u00bb<br \/>\nGroucho Marx<\/p>\n<p>1.<br \/>\nL\u2019\u00e9cologie doit son audience plus \u00e0 l\u2019utilisation qu\u2019en fait le pouvoir qu\u2019\u00e0 l\u2019action des \u00e9cologistes eux-m\u00eames.<br \/>\n2.<br \/>\nLe mouvement de subversion de Mai-68, pour ne parler que de la France, a remis en cause le travail, c\u2019est-\u00e0-dire le fondement m\u00eame de l\u2019\u00e9conomie politique.En r\u00e9introduisant au c\u0153ur de notre temps la question sociale, il renouait avec les mouvements r\u00e9volutionnaires des p\u00e9riodes ant\u00e9rieures (1848-1871). Simultan\u00e9ment, ce mouvement d\u00e9truisait les illusions de ce monde sur lui-m\u00eame, l\u2019assurance na\u00efve de contradictions d\u00e9pass\u00e9es dans le paradis de l\u2019abondance marchande. \u00c0 cette \u00e9poque, les id\u00e9ologues mettaient un point d\u2019honneur \u00e0 expliquer gravement que la lutte des classes \u00e9tait compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9e, qu\u2019elle n\u2019existait plus, \u00e9tant tout simplement dissoute dans l\u2019\u00e9ther de la consommation de masse (\u00e0 l\u2019exception des staliniens qui causaient bien de lutte des classes, mais ne la voyaient que sous l\u2019aspect de l\u2019antique lutte des riches contre les pauvres). Mais ces endormeurs s\u2019\u00e9taient en fait pr\u00e9matur\u00e9ment endormis, car cette \u00e9poque ne marquait pas tant la disparition du prol\u00e9tariat que la prol\u00e9tarisation de l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nLes \u00abann\u00e9es 1960\u00bb, nouvelle version d\u2019une \u00e9ph\u00e9m\u00e8re \u00abBelle \u00c9poque\u00bb marquaient dans le monde l\u2019apog\u00e9e de la domination de l\u2019\u00e9conomie sur la soci\u00e9t\u00e9, o\u00f9 chacun n\u2019acc\u00e9dait \u00e0 la \u00abconscience de lui-m\u00eame\u00bbqu\u2019en consommant les repr\u00e9sentations li\u00e9es aux marchandises. Mais cet apog\u00e9e marque en m\u00eame temps le d\u00e9but d\u2019un d\u00e9clin, et suivant un processus dialectique, l\u2019\u00e9conomie se renfor\u00e7ait en s\u2019affaiblissant : \u00abLes forces qu\u2019elle a d\u00e9cha\u00een\u00e9es suppriment la n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9conomique qui a \u00e9t\u00e9 la base immuable des soci\u00e9t\u00e9s anciennes. Quand elles les remplacent par la n\u00e9cessit\u00e9 du d\u00e9veloppement \u00e9conomique infini, elles ne peuvent que remplacer la satisfaction des premiers besoins humains sommairement reconnus, par une fabrication ininterrompue de pseudo besoins qui se ram\u00e8nent au seul pseudo besoin du maintien de son r\u00e8gne\u00bb(Guy Debord, La Soci\u00e9t\u00e9 du spectacle,1967).<br \/>\nDepuis Mai-68, la classe dominante r\u00e9veill\u00e9e en sursaut s\u2019efforce de prolonger son futur sans avenir. Il ne se passe plus un jour sans que ses repr\u00e9sentants ne parlent des probl\u00e8mes de ce monde o\u00f9 tout d\u00e9sormais est \u00e0 changer, du travail \u00e0 l\u2019urbanisme en passant par ses \u00e9coles et ses prisons. Ces technocrates et d\u2019autres se sont donc mis consciencieusement et sans vergogne \u00e0 piller la th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire non seulement pour donner \u00e0 croire qu\u2019ils ont quelques id\u00e9es, mais \u00e9galement pour eux-m\u00eames, car tous ces roquets aux dents longues ne manquent pas de se croire originaux. Prenez par exemple cet Attali, conseiller de Mitterrand, avec sa sottise dipl\u00f4m\u00e9e des grandes \u00e9coles, ami de Stol\u00e9ru, actuel conseiller \u00e0 la pr\u00e9sidence, et qui, dans un article du Monde, parlait calmement de politique du spectacle. On pourrait y ajouter un Delors, ancien conseiller de Chaban-Delmas devenu depuis conseiller du m\u00eame Mitterrand, critiquant \u00able r\u00e8gne de la marchandise\u00bb dans la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nCes r\u00e9cup\u00e9rateurs \u2013 pour n\u2019en citer que quelques-uns \u2013 ont d\u00e9couvert apr\u00e8s tout le monde que la v\u00e9ritable richesse ne peut r\u00e9sulter que de la richesse des situations cr\u00e9\u00e9es par les hommes. Aussi, se proposent-ils tous, ne riez pas, de rendre l\u2019individu ma\u00eetre de son destin et la plupart parlent donc d\u2019\u00abautogestion\u00bb, laquelle serait bien s\u00fbr garantie par leur comp\u00e9tence. La piquette th\u00e9orique de tous ces bouilleurs de cru vise \u00e0 changer tous les d\u00e9tails de ce monde, non pour en changer la base, mais au contraire pour la pr\u00e9server. Finalement, ces d\u00e9chets se recyclent et recyclent autour d\u2019eux les dirigeants pr\u00e9sents ou futurs de cette soci\u00e9t\u00e9 afin de diff\u00e9rer le moment qui leur assignera \u00e0 tous la place qui est la leur, c\u2019est-\u00e0-dire les poubelles de l\u2019histoire.<br \/>\n3.<br \/>\nTous les vagissements de ces t\u00eates molles, plus ou moins dipl\u00f4m\u00e9s dans l\u2019imb\u00e9cillit\u00e9, ne constituent en fait que l\u2019id\u00e9ologie de l\u2019\u00e9poque actuelle \u2013 les id\u00e9es de la classe dominante sur cette \u00e9poque \u2013, qui peut se r\u00e9sumer comme suit: moins de marchandise et plus de \u00abservices\u00bb, moins de quantitatif et plus de \u00abqualitatif\u00bb. Ce \u00abred\u00e9ploiement du syst\u00e8me\u00bb, pour user du langage dominant, vise \u00e0 pr\u00e9server la domination de l\u2019\u00e9conomie sur la soci\u00e9t\u00e9 au moment o\u00f9 la \u00abcrise de l\u2019\u00e9nergie\u00bb rend in\u00e9vitable l\u2019att\u00e9nuation de la consommation effr\u00e9n\u00e9e comme nec plus ultra.<br \/>\nIl va de soi que la pr\u00e9tendue \u00abcrise de l\u2019\u00e9nergie\u00bb n\u2019est qu\u2019un aspect du maintien de plus en plus probl\u00e9matique de l\u2019existence autonome de l\u2019\u00e9conomie. De l\u00e0 vient que tous ces ind\u00e9crottables penseurs, rapi\u00e9c\u00e9s avec des morceaux de critique r\u00e9volutionnaire, parlent de soci\u00e9t\u00e9 \u00abpost-industrielle\u00bb, de \u00abprojet relationnel\u00bb,etc. Quoi qu\u2019il en soit, tous ces gens peuvent bien changer de jeux, ils ne changeront pas de sort. Il est m\u00eame vraisemblable que cet extr\u00e9misme du d\u00e9tail se retournera contre son intention, qui \u00e9tait d\u2019am\u00e9nager l\u2019insupportable pour le faire durer. Tout ce que l\u2019on r\u00e9forme alors des abus semble mieux d\u00e9couvrir ce qu\u2019il en reste et en rend la conscience plus aigu\u00eb: le mal semble moindre, mais l\u2019intelligence des exploit\u00e9s sera devenue plus vive, lorsqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9vidence, il appara\u00eetra que ce monde n\u2019est pas invivable pour une foule de d\u00e9tails particuliers. Le salariat se d\u00e9voilera comme cette mis\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale qui contient toutes les mis\u00e8res particuli\u00e8res. Et ce monde n\u2019ayant cess\u00e9 de prononcer contre lui-m\u00eame son propre verdict, il ne restera plus ensuite au prol\u00e9tariat qu\u2019\u00e0 ex\u00e9cuter la sentence.<br \/>\n4.<br \/>\nN\u00e9e aux USA dans la retomb\u00e9e du mouvement hippie, qui a constitu\u00e9 son premier auditoire de choix, l\u2019\u00e9cologie s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e comme une th\u00e9orie \u00abcontestataire\u00bb. Des USA, cette th\u00e9orie a gagn\u00e9 l\u2019Europe \u00e0 mesure que les classes dominantes du continent prenaient conscience que l\u2019\u00e9conomie de plus en plus branlante, sur laquelle elle s\u2019appuie, avait besoin de b\u00e9quilles et de m\u00e9decins de tout acabit pour l\u2019\u00e9pauler et la soigner.<br \/>\nL\u2019\u00e9cologie s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e rapidement sur le terreau du gauchisme d\u00e9compos\u00e9 en tant qu\u2019illusion r\u00e9volutionnaire. Il s\u2019appuyait sur les nouvelles classes moyennes qui \u00e9taient, avant Mai-68, le support principal de la consommation marchande et des illusions qui y \u00e9taient li\u00e9es.<br \/>\nApr\u00e8s 1968, s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e dans ce milieu une mauvaise conscience, produit d\u2019une jouissance anxieuse envers leurs d\u00e9risoires privil\u00e8ges, pay\u00e9s au prix de leur servilit\u00e9.<br \/>\nPsychiatres, psychologues, sociologues, professeurs, m\u00e9decins, urbanistes, ing\u00e9nieurs, tous mettent en cause leur r\u00f4le, ergotent sans fin sur le pouvoir patent de leur sp\u00e9cialit\u00e9, pour dissimuler qu\u2019ils n\u2019agissent pas autrement qu\u2019en sp\u00e9cialistes patent\u00e9s du pouvoir.<br \/>\nParmi les aspects de cette mauvaise conscience, l\u2019\u00e9cologie tient une place de choix. Elle est \u00e9galement apparue \u00e0 d\u2019autres comme un substitut \u00e0 la critique r\u00e9volutionnaire qu\u2019ils avaient, par commodit\u00e9, identifi\u00e9e avec cette parodie d\u00e9risoire et ridicule qu\u2019est le gauchisme.<br \/>\n5.<br \/>\nL\u2019\u00e9cologie critique ce monde avec la pens\u00e9e chosiste de ce monde: la science. Ainsi, m\u00eame si elle s\u2019acharne \u00e0 trouver des solutions originales aux probl\u00e8mes du monde existant, elle pose ces probl\u00e8mes de la m\u00eame fa\u00e7on que lui, elle lui apporte donc des solutions auxquelles il n\u2019a eu que le tort de ne pas penser assez t\u00f4t.<br \/>\n6.<br \/>\nAinsi, lorsque la classe dominante pense la crise de l\u2019\u00e9conomie en termes de p\u00e9nurie d\u2019\u00e9nergie, de leur c\u00f4t\u00e9, les \u00e9cologistes voient cette m\u00eame crise dans les m\u00eames termes. Aux solutions du gouvernement, ils opposent leurs solutions, tout en se situant sur le m\u00eame terrain que lui: la \u00abrelance de l\u2019\u00e9conomie\u00bb. Il faut dire que les principaux \u00abpenseurs\u00bb du mouvement \u00e9cologiste sont justement des scientifiques qui trouvent l\u00e0 l\u2019exutoire de leur mauvaise conscience, et en m\u00eame temps un sursis de consid\u00e9ration. Et il faut reconna\u00eetre qu\u2019ils en ont bien besoin ! Leur critique de l\u2019absurdit\u00e9 du syst\u00e8me, qu\u2019ils se plaisent \u00e0 d\u00e9montrer par a +b, a elle-m\u00eame quelque chose d\u2019absurde.<br \/>\nIls sont la caricature produite en grande s\u00e9rie de cet Einstein qui travaillait sur les \u00e9quations atomiques tout en se levant contre l\u2019utilisation qui \u00e9tait faite de ses d\u00e9couvertes. De leur c\u00f4t\u00e9, nos scientifiques-\u00e9cologistes p\u00e9titionnent \u00e0 tout va le dimanche contre ce qu\u2019ils font les autres jours de la semaine. Et sur cette question de l\u2019\u00e9nergie, les \u00e9cologistes se sont fait les promoteurs des \u00e9nergies nouvelles, en particulier de l\u2019\u00e9nergie solaire. De l\u00e0, ils s\u2019\u00e9puisent en projets de soci\u00e9t\u00e9 que certains tentent m\u00eame de r\u00e9aliser, escomptant bien convertir tout le monde par la seule force de l\u2019exemple. Si, avec L\u00e9nine, le socialisme c\u2019est les soviets plus l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, pour les \u00e9cologistes, l\u2019\u00e9nergie solaire plus l\u2019autogestion ce n\u2019est pas le communisme, mais c\u2019est \u00abvraiment le pied\u00bb.<br \/>\n7.<br \/>\nLes \u00e9cologistes sont \u00e9galement incapables de r\u00e9soudre cette question de l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire, car ils se cantonnent dans le d\u00e9tail. Leurs g\u00e9missements impuissants ne d\u00e9passent que tr\u00e8s rarement le stade de l\u2019opposition moralisante, ou mi-religieuse, mi-mystique du respect de la vie et de la nature, de l\u2019humanit\u00e9, etc.<br \/>\nL\u2019importance de cette question s\u2019est naturellement accrue apr\u00e8s la guerre du Kippour en 1973 et l\u2019augmentation subs\u00e9quente du prix du p\u00e9trole. Les \u00e9cologistes, jouant aux plus finauds, expliquent gravement qu\u2019il \u00e9tait stupide de tout fonder sur le p\u00e9trole, laissant entendre que s\u2019ils avaient eu le pouvoir ou avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9cout\u00e9s par lui, les choses n\u2019en seraient pas l\u00e0. Mais c\u2019est oublier qu\u2019un tel choix \u00e9tait la logique du point de vue \u00e9conomique \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on pillait plus que l\u2019on achetait le p\u00e9trole aux pays fournisseurs.<br \/>\nLe d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire, et l\u2019importance qu\u2019y attache l\u2019\u00c9tat, s\u2019explique en raison du r\u00f4le central de l\u2019approvisionnement en \u00e9nergie dans la soci\u00e9t\u00e9 marchande. Cette soci\u00e9t\u00e9, fond\u00e9e sur la production marchande, ne peut se maintenir que par elle, et l\u2019ampleur de son besoin en approvisionnement d\u00e9montre sa vuln\u00e9rabilit\u00e9. Ceci m\u00e8ne l\u2019\u00c9tat, qui a la charge de sa protection, \u00e0 user, si besoin est, de la force pour la d\u00e9fendre. Ainsi, parvenue \u00e0 ce point de d\u00e9veloppement, \u00abau moment o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9couvre qu\u2019elle d\u00e9pend de l\u2019\u00e9conomie, l\u2019\u00e9conomie en fait, d\u00e9pend d\u2019elle\u00bb (Guy Debord, La Soci\u00e9t\u00e9 du spectacle,1967). Et le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat, dans cette situation consiste \u00e0 maintenir la domination de l\u2019\u00e9conomie sur la soci\u00e9t\u00e9, comme le montre une initiative du gouvernement en 1973-74, qui avait lanc\u00e9 un \u00abplan de soutien \u00e0 l\u2019\u00e9conomie\u00bb.<br \/>\nCet accroissement n\u00e9cessaire du r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat arrache aux \u00e9cologistes des protestations v\u00e9h\u00e9mentes autant qu\u2019indign\u00e9es; apr\u00e8s avoir emprunt\u00e9 aux gauchistes leur lancinante rengaine sur l\u2019\u00c9tat policier (quel \u00c9tat ne repose pas sur une police?), les \u00e9cologistes parlent aujourd\u2019hui d\u2019\u00e9lectro-fascisme. Cet inepte concept qui dissimule la sp\u00e9cificit\u00e9 de notre \u00e9poque, pr\u00e9sente cependant pour eux cet avantage de leur cacher \u00e0 eux-m\u00eames combien ils sont d\u00e9risoires et mis\u00e9rables par rapport aux exigences de ce temps. De fait, ils ne ratent aucune occasion d\u2019\u00e9taler leur d\u00e9confiture scientifique dans des d\u00e9bats \u00e0 la radio ou \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, o\u00f9 ils bredouillent avec d\u2019aussi mis\u00e9rables sp\u00e9cialistes qu\u2019eux sur les aspects techniques des centrales nucl\u00e9aires. Et que j\u2019te cause des circuits int\u00e9rieurs et ext\u00e9rieurs de refroidissement dans les m\u00e9andres desquels ils barbotent et dont ils ne sortent que pour \u00e9ternuer des balourdises sur la soci\u00e9t\u00e9 polici\u00e8re.<br \/>\n8.<br \/>\nPour les \u00e9cologistes, la question de la survie de l\u2019humanit\u00e9 est un grave sujet de pr\u00e9occupation et d\u2019inqui\u00e9tude.<br \/>\nLe zombie Ren\u00e9 Dumond distille son angoisse \u00e0 longueur de page dans L\u2019Utopie ou la Mort.<br \/>\nComme tout scientifique qui se respecte, il compte sur les dirigeants de ce monde pour changer l\u2019\u00e9tat des choses cr\u00e9\u00e9 par eux: \u00abLa prise de conscience accrue qui r\u00e9sulterait [d\u2019une propagande \u00e9cologiste] permettrait de faire un si\u00e8ge plus efficace des pouvoirs existants, de les rendre plus avertis de leurs responsabilit\u00e9s, de leur myopie.\u00bb Ce r\u00e9formisme en culotte verte se d\u00e9voile na\u00efvement dans sa v\u00e9rit\u00e9 contre-r\u00e9volutionnaire lorsque ce m\u00eame valet de plume ajoute: \u00abSi [les dirigeants] n\u2019acceptent point les n\u00e9cessaires transformations de structures, s\u2019ils n\u2019\u00e9coutent pas les arguments des r\u00e9formistes les plus hardis, ils seront attaqu\u00e9s par les r\u00e9volutions\u00bb(p.177).<br \/>\nDe m\u00eame que les cur\u00e9s de l\u2019Ancien R\u00e9gime pr\u00e9disaient la fin du monde aux r\u00e9volutionnaires qui voulaient en changer la base, sous pr\u00e9texte que bouleverser un monde fond\u00e9 sur la volont\u00e9 divine le m\u00e8nerait au chaos, de m\u00eame les nouveaux pr\u00eatres de la nouvelle religion qu\u2019est la science, pr\u00e9disent que transformer le monde le conduirait au chaos, \u00e0 cause des grandes lois scientifiques qui le m\u00e8nent. Mais c\u2019est la fin du monde de leurs illusions qui provoque chez eux cette illusion de la fin du monde. Les peurs dominantes ne sont que les peurs de la classe dominante, qui sent son pouvoir chanceler. \u00abIl vaudrait mieux \u00eatre en mesure d\u2019\u00e9viter qu\u2019elles [les hypoth\u00e8ses r\u00e9volutionnaires] n\u2019entra\u00eenent une pollution insoutenable, des cataclysmes nucl\u00e9aires, des bouleversements climatiques devenus incontr\u00f4lables\u00bb (p. 175).<br \/>\nSes conseils aux t\u00eates molles qui nous dirigent font suite \u00e0 ses avis prodigu\u00e9s en tant que conseiller aux bureaucraties surd\u00e9velopp\u00e9es des pays soi-disant socialistes sous-d\u00e9velopp\u00e9s : Cuba, Chine populaire, etc. Pour Dumond, il s\u2019agit chez les uns de sauvegarder le capitalisme moderne sous pr\u00e9texte d\u2019\u00e9cologie, chez les autres de renforcer le capitalisme d\u2019\u00c9tat sous pr\u00e9texte de communisme.<br \/>\nSa solution ? De meilleures compensations \u00e0 un monde identique dans ses fondements: \u00abCes cadres seront-ils capables de susciter dans les masses l\u2019acceptation des n\u00e9cessaires disciplines ? Celles-ci pourront du reste \u00eatre largement compens\u00e9es par un genre de vie, un style de vie, un cadre de vie, une qualit\u00e9 de vie tellement sup\u00e9rieurs \u00e0 nos stupides \u00e9go\u00efsmes. Une soci\u00e9t\u00e9 plaisante, d\u00e9tendue, sereine, en harmonie avec la nature.\u00bb<br \/>\nAjoutez un zeste autogestionnaire, et vous obtiendrez le galimatias de ses opinions r\u00e9cup\u00e9ratrices, parties int\u00e9grantes du processus de r\u00e9cup\u00e9ration des th\u00e9ories r\u00e9volutionnaires: de la \u00absoci\u00e9t\u00e9 sereine\u00bb de Ren\u00e9 Dumond \u00e0 la \u00absoci\u00e9t\u00e9 relationnelle \u00bb d\u2019Attali, en passant par \u00able Bonheur en plus\u00bb de Fran\u00e7ois de Closet, c\u2019est la reproduction \u00e0 l\u2019identique d\u2019un m\u00eame projet, qui obtient seulement ainsi une fallacieuse apparence de diversit\u00e9. Les ramasse-miettes en tout genre s\u2019acharnent \u00e0 ajourner l\u2019in\u00e9vitable.<br \/>\nNe cherchez pas, ils sont tous aussi Dumond les uns que les autres.<br \/>\n9.<br \/>\nC\u2019est naturellement dans les nouvelles classes moyennes que se recrute le public favorable \u00e0 ces penseurs dipl\u00f4m\u00e9s par l\u2019\u00c9tat. \u00abCes classes moyennes dites nouvelles (intellectuels, fonctionnaires, employ\u00e9s), forment une cat\u00e9gorie de transition entre le prol\u00e9tariat et la bourgeoisie. Elles se distinguent des anciennes classes par cette caract\u00e9ristique essentielle : nullement propri\u00e9taires des moyens de production, et vivant de la vente de leur force de travail,elles n\u2019ont donc aucun int\u00e9r\u00eat au maintien de la production priv\u00e9e, ni de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production.\u00bb (Anton Pannekoek). Il s\u2019agit d\u2019une classe moderne issue du secteur tertiaire qui s\u2019est largement d\u00e9velopp\u00e9e avec la soci\u00e9t\u00e9 de consommation. De par sa situation sociale, elle peut se proclamer sans crainte pour le socialisme, l\u2019\u00e9cologie ou l\u2019autogestion, ou les deux ensemble. Si bien que, \u00e0 la diff\u00e9rence des anciennes classes moyennes \u2013 \u00e9piciers ou paysans \u2013, il r\u00e8gne au sein d\u2019une pareille classe un mouvement \u00e9ternel caract\u00e9ris\u00e9 par ses modes intellectuelles o\u00f9 personne ne conna\u00eet de repos.<br \/>\nMais tous ces gens s\u2019y agitent entre certaines limites qu\u2019ils ne d\u00e9passent gu\u00e8re. Ils varient, alternent ou renouvellent chaque jour les choses secondaires; ils ont grand soin de ne pas toucher aux principales. Ils aiment le changement, mais ils redoutent les r\u00e9volutions. Sur ces classes, s\u2019est appuy\u00e9 le \u00abrajeunissement\u00bb du PS et de Mitterrand (cette curiosit\u00e9 mus\u00e9ographique et litt\u00e9raire), regonfl\u00e9s, recycl\u00e9s, et provisoirement remis en piste sur les tr\u00e9teaux du th\u00e9\u00e2tre politique.<br \/>\nSi les cadres, dans leurs d\u00e9contractions crisp\u00e9es, sont les plus convoit\u00e9s par les rackets politiques de tout calibre, c\u2019est justement parce qu\u2019ils sont les plus d\u00e9biles, les plus d\u00e9munis, et que \u00abpauvres en jouissances, ils veulent \u00eatre riches d\u2019illusions\u00bb (Fourier). De par leur situation sociale, les cadres sont incapables de comprendre leur ali\u00e9nation, et ils s\u2019imaginent bien na\u00efvement l\u2019avoir \u00e0 cause de cela d\u00e9pass\u00e9e. En effet, cette ali\u00e9nation ne se fait clairement jour, et n\u2019est capable d\u2019\u00eatre rendue clairement consciente que dans le rapport du prol\u00e9taire au travail. Pour lui, son travail poss\u00e8de, d\u00e9j\u00e0 dans la r\u00e9alit\u00e9 la plus imm\u00e9diate, la forme nue et abstraite de la marchandise, tandis que pour les classes moyennes, cette ali\u00e9nation est cach\u00e9e derri\u00e8re la fa\u00e7ade d\u2019un \u00abtravail intellectuel\u00bb, d\u2019une \u00abresponsabilit\u00e9\u00bb. Et plus l\u2019ali\u00e9nation p\u00e9n\u00e8tre profond\u00e9ment dans \u00abl\u2019\u00e2me\u00bb de celui qui vend son travail comme une marchandise, plus cette illusion devient trompeuse. \u00c0 cette dissimulation objective de la forme marchande, correspond subjectivement le fait que l\u2019ali\u00e9nation \u2013 la transformation de l\u2019ouvrier en marchandise \u2013 l\u2019annihile certes, atrophie et d\u00e9forme son \u00e2me, mais ne transforme pas en marchandise son essence psychique et humaine. Il peut donc int\u00e9rieurement s\u2019objectiver compl\u00e8tement face \u00e0 cette inexistence qui est la sienne, tandis que l\u2019homme r\u00e9ifi\u00e9 des classes moyennes se chosifie, se m\u00e9canise et devient marchandise jusque dans les organes qui pourraient \u00eatre les porteurs de sa r\u00e9volte contre cette ali\u00e9nation. M\u00eame ses pens\u00e9es, ses sentiments, etc., se chosifient.<br \/>\nFinalement cette corruption rev\u00eat aussi des formes objectives. Pour l\u2019ouvrier, sa position dans le processus de pro duction est, d\u2019une part, quelque chose de d\u00e9finitif, et, d\u2019autre part, elle porte en elle-m\u00eame la forme imm\u00e9diate du caract\u00e8re marchand (inint\u00e9r\u00eat total du travail), tandis que pour les cadres, il y a l\u2019apparence d\u2019un int\u00e9r\u00eat, et la marge int\u00e9rieure d\u2019une activit\u00e9 illusoire, ainsi que pour sa couche sup\u00e9rieure, la possibilit\u00e9 abstraite d\u2019une ascension individuelle vers la classe dominante.<br \/>\n10.<br \/>\nL\u2019\u00e9cologie n\u2019est pas seulement un des aspects de la fausse conscience des classes moyennes, elle trouve \u00e9galement son soutien dans les \u00abmilieux marginaux\u00bb, ceux-ci \u00e9tant pour la plupart les enfants de ceux-l\u00e0. On peut reconna\u00eetre chez eux, d\u2019une part ceux qui se retirent d\u2019une \u00abvie\u00bb insupportable, et de l\u2019autre les id\u00e9ologues, ceux qui \u00e9rigent ce palliatif en nouveau style de vie. Ils pr\u00e9sentent ainsi comme une solution ce qui traduit bien plut\u00f4t l\u2019absence r\u00e9elle de solution. C\u2019est le mensonge coutumier de toute id\u00e9ologie qui inverse le r\u00e9el.<br \/>\nCependant, \u00abcette marginalit\u00e9 n\u2019a \u00e9videmment rien \u00e0 voir avec le refus r\u00e9el du mode d\u2019existence dominant. Elle montre simplement que, dans une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019histoire que l\u2019on fait revient comme chez elle, toute une frange des jeunes g\u00e9n\u00e9rations, principalement issue des classes moyennes modernes, en est r\u00e9duite \u00e0 attendre, en se cr\u00e9ant des solutions illusoires, et qui ne peuvent \u00eatre reconnues qu\u2019illusoirement. Elle ne repr\u00e9sente pas la r\u00e9volte des jeunes, comme voudraient le faire croire les sp\u00e9cialistes de l\u2019observation sociale. Elle est en fait un moyen qui a permis ces derni\u00e8res ann\u00e9es d\u2019endiguer cette r\u00e9volte.\u00bb (Andr\u00e9 Migeot, Manuel relatif aux conditions et aux possibilit\u00e9s actuelles du jeu de l\u2019histoire, \u00c9d. Champ Libre, 1976.)<br \/>\nL\u2019\u00e9cologie constitue pour eux l\u2019infrastructure id\u00e9ale \u00e0 leur \u00abr\u00e9formisme de la vie quotidienne\u00bbqui s\u2019imagine, par mille petits changements quotidiens, pouvoir acc\u00e9der \u00e0 une existence radicalement autre. Sous pr\u00e9texte d\u2019autonomie, ces gens sont fervents partisans de l\u2019\u00e9nergie solaire et ont \u00e0 son \u00e9gard le m\u00eame comportement f\u00e9tichiste que les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes par rapport au progr\u00e8s. Mais de m\u00eame que ceux-ci ne furent pas plus heureux avec un frigidaire, ceux-l\u00e0 ne seront pas plus heureux avec un frigidaire solaire.<br \/>\nL\u2019artisanat, consid\u00e9r\u00e9 comme le nec plus ultra, d\u00e9voile combien ils sont \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la contestation actuelle des prol\u00e9taires qui s\u2019attaquent de plus en plus au travail (Portugal, Italie, pays de l\u2019Est). Ces marginaux qui red\u00e9couvrent l\u2019artisanat red\u00e9couvrent en m\u00eame temps les illusions li\u00e9es au travail: \u00abOn trouve chez l\u2019artisan un int\u00e9r\u00eat pour son travail particulier, qui peut s\u2019\u00e9lever jusqu\u2019\u00e0 un sens artistique \u00e9troit (la sagesse de l\u2019artisan peut s\u2019\u00e9noncer ainsi: savetier toute ta vie \u00e0 ta savate). Et c\u2019est aussi pourquoi chaque artisan du Moyen \u00c2ge se donnait tout entier \u00e0 son travail; il \u00e9tait \u00e0 son \u00e9gard dans un rapport d\u2019asservissement sentimental, et lui \u00e9tait beaucoup plus subordonn\u00e9 que le travailleur moderne \u00e0 qui son travail est indiff\u00e9rent.\u00bb (K. Marx, L\u2019Id\u00e9ologie allemande,1844.) Ce d\u00e9veloppement de l\u2019artisanat a surtout contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019apparition d\u2019un nouveau march\u00e9 pr\u00e9tendument r\u00e9gi par la \u00abqualit\u00e9\u00bb \u00e0 l\u2019usage des privil\u00e9gi\u00e9s au compte en banque assez bien garni.<br \/>\n11.<br \/>\nEn se mettant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9, ils croient de facto \u00e0ce que la classe dominante veut leur faire croire: que la r\u00e9alit\u00e9 engendr\u00e9e par le capitalisme moderne est intangible dans ses fondements. Le monde ali\u00e9n\u00e9 appara\u00eet ainsi comme le seul possible; cela suscite la transfiguration, la r\u00e9signation, et la recherche d\u2019un chemin menant \u00e0 la \u00abvie\u00bb par l\u2019exp\u00e9rience mystique irrationnelle, laquelle ne peut \u00e9videmment rien changer \u00e0 l\u2019essence de cette situation de fait. Ces attitudes qui expriment plus l\u2019\u00e9crasement de l\u2019individu face au monde sont in\u00e9vitables \u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on renonce \u00e0 toute praxis possible, et d\u00e8s lors, l\u2019essence de la soci\u00e9t\u00e9 doit \u00eatre per\u00e7ue de fa\u00e7on ali\u00e9n\u00e9e comme un syst\u00e8me de lois propres, rigoureux, enti\u00e8rement clos et rationnel en apparence, dissimulant toute trace de son essence fondamentale: la relation entre hommes. Ainsi, le mouvement de la soci\u00e9t\u00e9 poss\u00e8de pour eux la forme d\u2019un mouvement des choses. Ils ont vis-\u00e0-vis de l\u2019ali\u00e9nation sociale, la m\u00eame attitude que le primitif face \u00e0 la nature qu\u2019il ne ma\u00eetrisait pas. \u00abC\u2019\u00e9tait autrefois, la puissance aveugle d\u2019un destin irrationnel en son fondement, le point o\u00f9 cesse toute possibilit\u00e9 d\u2019une facult\u00e9 humaine de conna\u00eetre, o\u00f9 commence la transcendance absolue, le r\u00e8gne de la foi\u2026 Maintenant, par contre, cette inexorabilit\u00e9 appara\u00eet comme la cons\u00e9quence n\u00e9cessaire de syst\u00e8mes de lois connus, connaissables, rationnels\u2026\u00bb (Gy\u00f6rgy Luk\u00e0cs, Histoire et Conscience de classe, 1923.)<br \/>\n12.<br \/>\nL\u2019\u00e9cologie ne peut qu\u2019osciller sans cesse entre le retour sous-utopique \u00e0 une vie archa\u00efque et le r\u00e9formisme, face aux aspects visiblement les plus d\u00e9vastateurs du capitalisme contemporain.<\/p>\n<p><strong>Le Monde COMME REFLET(suite\u2026) <\/strong><br \/>\n<strong>LeMondedu27-28 novembre 1977 <\/strong><br \/>\n<strong>Au fil de la semaine\u2026<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est une grande banalit\u00e9 de dire que la France se trouve \u00e0 un tournant, qu\u2019elle est<br \/>\nen pleine mutation, en pleine transition. Le cours de l\u2019histoire n\u2019est pas rectiligne mais<br \/>\nsinueux, un pays, un peuple, un homme changent chaque jour, et nous sommes pris<br \/>\nen permanence entre un pass\u00e9 qui est d\u00e9j\u00e0 mort et un avenir qui n\u2019est pas encore n\u00e9. Et<br \/>\npourtant, plus que jamais peut-\u00eatre depuis les deux ou trois ann\u00e9es de l\u2019imm\u00e9diate<br \/>\napr\u00e8s-guerre, on a eu \u00e0 ce point le sentiment que le rideau ach\u00e8ve de tomber sur une<br \/>\n\u00e9poque, sur une \u00e9tape de la vie nationale, et qu\u2019il va, en se relevant, d\u00e9voiler un paysage<br \/>\ninconnu, bien difficile \u00e0 imaginer, une sc\u00e8ne nouvelle dont nous serons \u00e0 la fois les<br \/>\nspectateurs, les acteurs et l\u2019enjeu. Simple ride \u00e0 la surface de l\u2019eau, ce n\u2019est<br \/>\n\u00e9videment pas la vague \u00e9lectorale de mars prochain qui peut, quoiqu\u2019il advienne,<br \/>\nporter en elle-m\u00eame cette temp\u00eate de changement. Le scrutin ne fera qu\u2019en-<br \/>\nregistrer l\u2019\u00e9cho plus ou moins d\u00e9form\u00e9 et affaibli des grandes transformations d\u00e9j\u00e0<br \/>\nammorc\u00e9es et qui iront, par del\u00e0 cette p\u00e9rip\u00e9tie, en s\u2019amplifiant de toute fa\u00e7on et<br \/>\nsans doute rapidement. Ce n\u2019est pas d\u2019avantage, ce n\u2019est plus, sauf cataclysme<br \/>\nuniversel, que nous serions d\u2019ailleurs bien incapables d\u2019emp\u00eacher et o\u00f9 nous ne<br \/>\np\u00e8serions gu\u00e8re, de notre position et de notre r\u00f4le dans le monde que risquent de<br \/>\nvenir les bouleversement attendus : nous ne sommes en guerre contre personne et nous<br \/>\nn\u2019avons plus de colonies. Certes, la marge est d\u00e9sormais bien \u00e9troite o\u00f9 nous pouvons<br \/>\ntenter d\u2019inscrire une politique nationale, et nos vell\u00e9it\u00e9s d\u2019ind\u00e9pendance, que ce soit<br \/>\ndans les domaines strat\u00e9giques et \u00e9nerg\u00e9tiques, en mati\u00e8re \u00e9conomique ou<br \/>\nmon\u00e9taire et m\u00eame \u2013 on vient de le voir dans l\u2019affaire Croissant \u2013 politique, ne<br \/>\nservent qu\u2019\u00e0 entretenir nos illusions et \u00e0 masquer notre d\u00e9pendance.<br \/>\nMais ce n\u2019est pas cela qui est en cause, car c\u2019est chez nous, en nous-m\u00eames, que se<br \/>\ntrouvent les germes, les ferments du changement. En vingt ans, c\u2019est-\u00e0-dire tr\u00e8s vite, nous<br \/>\nsommes devenu une nation de salari\u00e9s :<\/p>\n<p>C\u2019est le cas aujourd\u2019hui de 83 \u00e0 84% des Fran\u00e7ais (contre 63,7% en 1955), demain<br \/>\nde 85% et davantage, jusqu\u2019\u00e0 90% disent les experts. La France rurale et artisanale<br \/>\nappartient au pass\u00e9. Elle n\u2019avait d\u2019ailleurs pas, il faut le dire bien haut, que des vertus :<br \/>\nnous sommes les petits enfants, voire les enfants, d\u2019hommes et de femmes qui, dans<br \/>\nleur \u00e9crasante majorit\u00e9, connaissaient la faim, le froid, l\u2019usure pr\u00e9matur\u00e9e, la<br \/>\nsouffrance et l\u2019ignorance. La nouvelle France veut la s\u00e9curit\u00e9,<br \/>\nl\u2019ordre et elle croit au progr\u00e8s ind\u00e9finit. Elle r\u00e9pudie le risque qui s\u2019attache \u00e0 l\u2019esprit<br \/>\nd\u2019entreprise, elle craint le mouvement qui d\u00e9range et trouble, elle n\u2019admet pas la crise<br \/>\nqui ralentit sa marche vers ce qu\u2019elle juge \u00eatre le bonheur. Or cette crise, m\u00eame si<br \/>\nnous ne voulons pas l\u2019entendre est structurelle et non conjoncturelle, c\u2019est-\u00e0-<br \/>\ndire qu\u2019elle modifie de fond en comble et pour longtemps le paysage \u00e9conomique et<br \/>\nsocial. Encore ses effets les plus graves sont- ils dissimul\u00e9s de fa\u00e7on plus ou moins<br \/>\nartificielle, pour quelques mois, un ou deux ans tout au plus. Quant au go\u00fbt de l\u2019ordre,<br \/>\nil d\u00e9bouche facilement en France, on ne le sait que trop sur l\u2019autoritarisme de quelque<br \/>\nhomme providentiel. Et le besoin de s\u00e9curit\u00e9, de stabilit\u00e9, s\u2019exprime par<br \/>\nl\u2019immobilisme du politique, et socialement par une fr\u00e9n\u00e9sie de garantisme et de<br \/>\njuridisme dans ce pays latin, donc de client\u00e8le. Ce sont l\u00e0 les cons\u00e9quences les<br \/>\nmoins plaisantes et les plus n\u00e9gatives de notre marche vers le salariat g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9.<br \/>\nMais l\u2019effondrement des modes de vie, des valeurs et des institutions h\u00e9rit\u00e9es du<br \/>\npass\u00e9 comporte aussi un certain nombre de donn\u00e9es nouvelles, souvent encourageantes,<br \/>\ndont la convergence peut conduire \u00e0 une meilleure forme de soci\u00e9t\u00e9. L\u2019exigence d\u2019une<br \/>\nplus grande qualit\u00e9 de la vie quotidienne, qui s\u2019affirme d\u2019une fa\u00e7on croissante, rev\u00eat<br \/>\ndes aspects qui peuvent, \u00e0 terme, se r\u00e9v\u00e9ler tr\u00e8s positifs.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Vers une autre soci\u00e9t\u00e9 Cette exigence porte aussi bien sur le<br \/>\nmilieu et les conditions dans le travail que, dans la communaut\u00e9 d\u2019appartenance, sur le<br \/>\nmilieu naturel et les conditions de vie. Elle exprime de fa\u00e7on confuse, malais\u00e9e,<br \/>\nmaladroite parfois, la discordance entre les rythmes du travail et les rythmes naturels, le<br \/>\nbesoin de racines de l\u2019homme de plus en plus coup\u00e9 de l\u2019empoignade f\u00e9conde avec les<br \/>\nmat\u00e9riaux, la soif d\u2019insertion dans une culture concr\u00e8te, r\u00e9gionale ou sp\u00e9cifique,<br \/>\ncontrecarr\u00e9e par les tendances au nivellement et \u00e0 l\u2019uniformit\u00e9. Elle traduit<br \/>\naussi l\u2019app\u00e9tit de relations humaines autres qu\u2019utilitaires ou de comp\u00e9tition pour briser<br \/>\nl\u2019anonymat et rompre la solitude, le rejet des contraintes physiques et physiologiques qui<br \/>\naffectent la vie dans le travail et hors du travail telles que les cadences, les longs<br \/>\nd\u00e9placements, les embouteillages, le bruit, la pollution, etc. En m\u00eame temps, le d\u00e9sir se<br \/>\nd\u00e9place de la quantit\u00e9 vers la qualit\u00e9, les notions de sant\u00e9 et de bien-\u00eatre s\u2019\u00e9largissent,<br \/>\nl\u2019id\u00e9e d\u2019environnement ne recouvre plus seulement la lutte contre les nuisances, mais<br \/>\nl\u2019enrichissement du milieu o\u00f9 l\u2019on vit. Ainsi de nouvelles demandes apparaissent pour<br \/>\nam\u00e9liorer qualitativement le cadre de vie par exemple \u00e9tendre les espaces vert ,<br \/>\nadapter la r\u00e9partition du entre le travail et le loisir\u00a0 dans la journ\u00e9e, la semaine, l\u2019ann\u00e9e,<br \/>\nla vie \u2013 et d\u00e9velopper surtout toutes les formes de culture. Bref, l\u2019\u00e9panouissement personnel n\u2019est<br \/>\nplus une sp\u00e9culation philosophique pour favoris\u00e9s de la fortune ou de la<br \/>\nconnaissance. Il tend \u00e0 devenir une aspiration ressentie et v\u00e9cue par un nombre<br \/>\ncroissant de fran\u00e7ais. Id\u00e9alement, cette prise de conscience, la<br \/>\nfantastique pouss\u00e9e qu\u2019elle va provoquer et dont nous n\u2019entendons encore que les<br \/>\npremiers balbutiements, devraient aboutir \u00e0 un nouvel ordre social et \u00e0 un nouveau<br \/>\nmod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9. La vie associative et participative, ce qu\u2019\u00c9change et projets<br \/>\naappel\u00e9 \u00abl\u2019autogestion de la vie quotidienne\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire une soci\u00e9t\u00e9 plus<br \/>\nconviviale, \u00e0 la fois mieux organis\u00e9e et plus libre et plus juste, une vraie r\u00e9forme de<br \/>\nl\u2019entreprise, lieu privil\u00e9gi\u00e9 du changement social, une r\u00e9vision des crit\u00e8res du<br \/>\nd\u00e9veloppement et du progr\u00e8s, est-ce l\u2019utopie?<br \/>\nNous n\u2019avons, au fond, pas le choix. Il serait vain, bien s\u00fbr, d\u2019esp\u00e9rer qu\u2019une telle<br \/>\ntransformation de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise puisse s\u2019effectuer sans rencontrer de puissantes<br \/>\noppositions, sans que l\u2019on enregistre des reculs apr\u00e8s chaque phase de progr\u00e8s, sans<br \/>\nal\u00e9as et sans \u00e0-coups et peut-\u00eatre sans drames. La r\u00e9sistance au changement sera<br \/>\nd\u2019autant plus forte que ces changements-l\u00e0 sont plus profonds et relativement rapides.<br \/>\nOn peut m\u00eame craindre que, faute de trouver leur expression par les voies<br \/>\nnormales du suffrage et de la politique ou de la participation institutionnelles, des<br \/>\nminorit\u00e9s soit organis\u00e9es soit spontan\u00e9ment rassembl\u00e9es, ne voient d\u2019autre issue pour<br \/>\nfaire entendre leur protestation et leur d\u00e9sir de r\u00e9volution qu\u2019une violence aveugle, \u00e0 la<br \/>\nfronti\u00e8re du banditisme et de la criminalit\u00e9, voire au-del\u00e0. Impossible aussi d\u2019esp\u00e9rer<br \/>\nqu\u2019un mod\u00e8le parfait de soci\u00e9t\u00e9, un nouvel \u00e9quilibre entre l\u2019homme et la nature, entre<br \/>\nl\u2019homme et l\u2019homme, et donc un homme nouveau, surgiront comme par enchantement des d\u00e9combres L\u2019imagination cr\u00e9atrice, la mesure et le sang-froid trouvent, h\u00e9las!, bien vite leurs<br \/>\nlimites, et nous manquons cruellement de ceux que Jacques Delors appelait<br \/>\nr\u00e9cemment dans ce journal des \u00abing\u00e9nieurs en changement social\u00bb.<br \/>\nCependant, tout donne \u00e0 penser que nous n\u2019allons pas vers la soci\u00e9t\u00e9 hyper-<br \/>\nindustrielle annonc\u00e9e par Hermann Kahn, Daniel Bell et certains futurologues, mais<br \/>\nplut\u00f4t vers ce qu\u2019un savant am\u00e9ricain de l\u2019Institut de recherches de Stanford, Willis<br \/>\nHarman, a nomm\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 trans- industrielle. Et politiquement, sans doute, \u00e0 travers des vicissitudes dont la gravit\u00e9 et la dur\u00e9e sont impossibles \u00e0 pr\u00e9voir, vers un<br \/>\nsocialisme d\u2019un type in\u00e9dit qui osera ou n\u2019osera pas dire son nom.<br \/>\nUne fois encore, nous n\u2019avons pas le choix: c\u2019est cela ou ce que Merleau-Ponty<br \/>\nappelait \u00able pourrissement de l\u2019histoire\u00bb.<br \/>\nPierre Viansson-Pont\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Annexe<\/strong><br \/>\nNous reproduisons ce tract distribu\u00e9 \u00e0 Malville parce qu\u2019il tranche sur toutes les imb\u00e9cillit\u00e9s que l\u2019on a pu lire alors. Nous partageons l\u2019essentiel de sa critique, cependant qu\u2019il nous semble avoir surestim\u00e9 les possibilit\u00e9s de Malville, comme l\u2019indiquaient du reste explicitement ses auteurs.<br \/>\nTout en reconnaissant son aspect positif et n\u00e9cessaire, l\u2019insurrection g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e ne sera que le moyen de notre but: l\u2019instauration d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 sans classe! Finalement, \u00abcette violence n\u2019est rien d\u2019autre que la volont\u00e9 devenue consciente, chez le prol\u00e9tariat, de se supprimer lui-m\u00eame \u2013 et de supprimer en m\u00eame temps la domination des relations r\u00e9ifi\u00e9es sur les hommes, la domination de l\u2019\u00e9conomie sur la soci\u00e9t\u00e9.\u00bb (Gy\u00f6rgy Luk\u00e0cs, Histoire et<br \/>\nConscience de classe,1923.)<br \/>\n<strong>La fin d\u2019une \u00e9poque<\/strong><br \/>\n\u00c0 ses d\u00e9buts, la d\u00e9marche \u00e9cologiste a pu caract\u00e9riser, du moins pour qui sait lire dans l\u2019agencement social, un refus g\u00e9n\u00e9ral des conditions d\u2019existence qui nous sont faites en milieu colonis\u00e9 par la marchandise urbaine et industrielle.<br \/>\nToutefois, ce refus s\u2019est vu rapidement abaiss\u00e9 au rang d\u2019une contestation sectorielle par les id\u00e9ologues tous azimuts. Loin de donner lieu \u00e0 la critique radicale de la soci\u00e9t\u00e9 moderne, comme de son usage irrationnel et d\u00e9lirant des techniques et des ressources, que l\u2019on \u00e9tait en droit d\u2019attendre, elle sombra sous les coups r\u00e9p\u00e9t\u00e9s des n\u00e9oscientistes \u2013 v\u00e9g\u00e9taristes dans le cr\u00e9tinisme \u00e0 variantes multiples des aberrations mystiques. Des sectes religieuses aux communaut\u00e9s rurales dites \u00abautonomes\u00bb, en passant par la non-violence et l\u2019antimilitarisme chr\u00e9tien, nous ne trouvons qu\u2019un mouvement de d\u00e9gradation pourrissant l\u2019intention r\u00e9volutionnaire qui animait initialement cette d\u00e9marche.<br \/>\nLe refus g\u00e9n\u00e9ral s\u2019est perdu dans les mat\u00e9rialisations primaires aux allures marginales, nouveaux ghettos id\u00e9ologiques o\u00f9 la mis\u00e8re est am\u00e9nag\u00e9e sur le mode de l\u2019asc\u00e9tisme verdoyant et de la naturalit\u00e9 retrouv\u00e9e. Ils sont au prol\u00e9tariat ce que l\u2019aristocratie \u00e9tait \u00e0 la bourgeoisie en 1789, une minorit\u00e9 de d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s craignant de perdre leur raison d\u2019\u00eatre: l\u2019ordre existant.<br \/>\nMalgr\u00e9 ces tares irr\u00e9ductibles, et parce que le probl\u00e8me d\u2019un changement total se pose avec une acuit\u00e9 et une urgence croissantes devant les menaces qui p\u00e8sent sur les conditions n\u00e9cessaires d\u2019un \u00abminimum de survie\u00bb, l\u2019\u00e9cologie continue (ra) d\u2019\u00eatre un p\u00f4le subversif de premi\u00e8re importance comme instrument de mobilisation et donc de rassemblement des individus prol\u00e9taris\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Ce rassemblement, nous nous proposons d\u2019en faire une preuve<\/strong><\/p>\n<p>Car ce n\u2019est pas tant de la pr\u00e9servation de l\u2019\u00e9quilibre biologique dont nous devons nous occuper (laissons cette t\u00e2che aux champions de la pollution qui sont d\u00e9j\u00e0 les champions de la lutte contre elle) que de notre vie, en tant qu\u2019il s\u2019agit de mettre un terme \u00e0 toute forme d\u2019ali\u00e9nation au r\u00e9gime du capital et de l\u2019\u00e9conomie marchande, dont la pollution est l\u2019in\u00e9vitable sous-produit. Et si l\u2019atome repr\u00e9sente un danger, non seulement \u00e9cologique mais surtout institutionnel, c\u2019est aux int\u00e9r\u00eats marchands qu\u2019il en incombe, l\u2019imp\u00e9rialisme atomique r\u00e9gnant sur chacun n\u2019\u00e9tant qu\u2019un aspect particulier de l\u2019extension du processus capitaliste sur le monde.<br \/>\nMalville ne sera donc pas pour nous l\u2019occasion et le lieu de revendiquer pour une mis\u00e8re sans radiations, mais le pr\u00e9texte pour concentrer des forces de subversion internationale sur un m\u00eame terrain (d\u2019ailleurs sans grands succ\u00e8s possibles) en vue de notre objectif permanent: l\u2019insurrection g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<br \/>\nEn aucun cas nous ne saurions \u00eatre pris pour des \u00e9cologistes, malgr\u00e9 tous leurs efforts pour se faire passer pour subversifs.<br \/>\nEn outre, en aucun cas nous ne saurions \u00eatre pris pour des anti-\u00e9cologie, malgr\u00e9 tous les efforts pour montrer le contraire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>nous reproduisons un texte d\u00e8j\u00e0 publi\u00e9 dans un livre \u00e9dit\u00e9\u00a0 en 2007 :\u00a0\u00bbHistoire lacunaire de l&rsquo;opposition \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire en france\u00a0\u00bb\u00a0 avec plusieurs textes logoff occup\u00e9, un r\u00e9cit de la lutte contre la centrale de choooz plateforme du comit\u00e9\u00a0\u00bb irradi\u00e9 de tous les pays , unissons- nous\u00a0\u00bb. Chronique de la r\u00e9sistance des populations oppos\u00e9s au [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7964,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-604","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/604","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7964"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=604"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/604\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":606,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/604\/revisions\/606"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=604"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=604"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=604"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}