{"id":4554,"date":"2016-03-31T06:08:40","date_gmt":"2016-03-31T04:08:40","guid":{"rendered":"http:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=4554"},"modified":"2016-03-31T06:09:51","modified_gmt":"2016-03-31T04:09:51","slug":"en-chemin-pourquoi-on-resterait-calmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=4554","title":{"rendered":"En chemin \/ Pourquoi on resterait calmes ?"},"content":{"rendered":"<div class=\"\">\n<p>Br\u00e8ves du d\u00e9sordre<\/p>\n<p><strong>En chemin\u2026<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<i> la r\u00e9volte ne parle pas du simple d\u00e9go\u00fbt , mais parle aussi de joie. La joie d\u2019affirmer que malgr\u00e9 tout, nous sommes vivantEs. Que malgr\u00e9 l\u2019ali\u00e9nation r\u00e9gnante, nos chemins de r\u00e9volte se croisent encore et que les possibilit\u00e9s de tisser des liens de complicit\u00e9 ne sont jamais enti\u00e8rement an\u00e9anties<\/i>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On nous demande r\u00e9guli\u00e8rement lors de diffusion du journal si nous faisons partie d\u2019une organisation (association, parti, conf\u00e9d\u00e9ration). Ce n\u2019est pas le cas. S\u2019organiser pour lutter, tenter de diffuser des id\u00e9es de diff\u00e9rentes mani\u00e8res ne signifie pas forc\u00e9ment constituer une organisation, ou \u00ab\u00a0faire de la politique\u00a0\u00bb (en tant qu\u2019activit\u00e9 s\u00e9par\u00e9e du reste de la vie). A quoi bon constituer une organisation si ce n\u2019est pour faire nombre, obtenir la reconnaissance de l\u2019\u00c9tat (adieu potentiel subversif), gratter des conditions de vie un peu moins merdiques, co-g\u00e9rer sa domination\u00a0? Contrairement aux \u00ab\u00a0r\u00e9alistes\u00a0\u00bb de tous poils, adeptes des fronts communs, je pense qu\u2019on ne vient pas \u00e0 bout de l\u2019autorit\u00e9 en reproduisant soi-m\u00eame (dans ses relations et fa\u00e7ons de s\u2019organiser) des rapports autoritaires, pas plus qu\u2019on ne vient \u00e0 bout de la politique sans abandonner les tactiques politiciennes.<\/p>\n<p>Mes d\u00e9sirs ne peuvent pas \u00eatre l\u00e9gitimes dans ce monde. Je veux la destruction de TOUT pouvoir, de TOUTE autorit\u00e9. Sans \u00e7a pas de libert\u00e9 possible.<\/p>\n<p>Il m\u2019a fallu longtemps pour d\u00e9masquer les (faux) complices qui auraient voulu me cantonner \u00e0 un r\u00f4le \u00ab\u00a0de fille\u00a0\u00bb (passive, \u00ab\u00a0copine de\u00a0\u00bb, faire valoir\u2026) et m\u2019 envisager comme individu non pas enti\u00e8rement autonome mais agissant et me positionnant en fonction de mon \u00e9thique, de mes d\u00e9sirs et de la col\u00e8re qui bout en moi. Je vois \u00e7a comme une recherche continue et exigeante\u00a0: la tension entre la t\u00eate et le ventre, entre les id\u00e9es et la pratique, entre soi et les autres. Je ne veux d\u2019aucun groupe ou collectif, d\u2019aucune entit\u00e9 (y compris \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb) qui serait sup\u00e9rieure aux individus qui la composent, pr\u00e9tendrait parler en leur nom, dicter leur agir ou f\u00e9d\u00e9rer \u00e0 partir d\u2019un discours homog\u00e8ne, aucune instance \u00e0 qui d\u00e9l\u00e9guer ma responsabilit\u00e9. Je ne serai ni soldate, ni bras arm\u00e9 d\u2019un quelconque mouvement. Je chie sur les chefs et autres sp\u00e9cialistes, strat\u00e8ges, les institutions, leurs codes, lois, morales\u2026 Chaque pas est le mien.<\/p>\n<p>Je ne suis pas la seule \u00e0 penser \u00e7a. De nombreux-se-s anarchistes opposent \u00e0 l\u2019organisation formelle, centralisatrice et hi\u00e9rarchis\u00e9e l\u2019organisation informelle entendue comme le foisonnement d\u2019individus s\u2019associant et se d\u00e9s-associant en fonction de leurs affinit\u00e9s, perspectives, projets\u2026 Il ne s\u2019agit plus alors d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 un quelconque programme, croyance ou id\u00e9ologie ni de recruter des \u00e9lecteurs, clones ou fid\u00e8les mais de rencontres uniques d\u2019individus, de compagnonNEs avec qui exp\u00e9rimenter des relations bas\u00e9es sur la connaissance mutuelle et la r\u00e9ciprocit\u00e9 (d\u2019envie, d\u2019attentions\u2026), afin de chercher comment (parmi d\u2019autres r\u00e9volt\u00e9Es, en annon\u00e7ant clairement nos id\u00e9es et en restant lucides sur les limites de ce qui peut \u00eatre partag\u00e9) contribuer \u00e0 l\u2019existence d\u2019un espace social o\u00f9 puissent se r\u00e9pondre, dialoguer des d\u00e9sirs et des gestes subversifs, afin de provoquer et d\u2019 approfondir des ruptures dans l\u2019ordre normal des choses, mettre du sable dans les rouages de la machine \u00e0 exploiter et \u00e0 soumettre, souffler sur les braises d\u2019une situation sociale jamais compl\u00e8tement \u00e9teinte(s).<\/p>\n<p>[<i><a class=\"spip_out\" href=\"https:\/\/dupainsurlaplanche.noblogs.org\/\" rel=\"external\">Du pain sur la planche<\/a><\/i>, feuille d\u2019agitation anarchiste (Marseille), n\u00b02, mars\/avril 2016, p.1]<\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<p><strong>Pourquoi on resterait calmes\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Les mauvais jours n\u2019en finissent pas. Loi apr\u00e8s loi, texte apr\u00e8s texte, r\u00e9forme apr\u00e8s r\u00e9forme, les rapports d\u2019exploitation et de domination boulotsont sans cesse durcis par les gouvernants, qui derri\u00e8re leurs fausses querelles, se refilent les dossiers et les bonnes id\u00e9es pour en mettre plein la gueule aux gal\u00e9rien-nes.<\/p>\n<p>De fait, les conditions de vies empirent pour un nombre croissant de personnes, salari\u00e9es comme travaillant au noir, touchant les allocs ou le ch\u00f4mage, avec ou sans-papiers, et c\u2019est la course pour la survie qui s\u2019intensifie, au sein de laquelle tout nous pousse \u00e0 \u00e9craser l\u2019autre, \u00e0 \u00eatre le champion des crevards pour pour s\u2019en sortir, gratter quelques miettes et \u00e9viter de toucher le fond de la mis\u00e8re, avec au dessus du cr\u00e2ne la menace perp\u00e9tuelle de la loi qui pr\u00e9tend sanctionner toute insoumission. Et des milliers de gens sont press\u00e9s \u00e0 accepter le premier taf qui vient quite \u00e0 rejoindre la cohorte des uniformes\u00a0: vigiles et matons, flics et gendarmes, ceux-l\u00e0 m\u00eames qui vont r\u00e9primer les actes de refus et de r\u00e9volte, et qui ont les mains plus libres encore depuis l\u2019instauration et la prolongation de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence. Plus la mis\u00e8re sociale prend de l\u2019ampleur, plus l\u2019ombre de la prison s\u2019\u00e9tend. Relier ces questions-l\u00e0 est un enjeu de taille, pas seulement dans les analyses, mais dans la lutte elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re mesure en date, dite \u00ab\u00a0Loi travail\u00a0\u00bb, port\u00e9e par la gauche au pouvoir, nous rappelle furieusement un \u00e9pisode pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0: le CPE et la loi \u00ab\u00a0pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances\u00a0\u00bb imagin\u00e9e par le gouvernement de droite en 2006. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, un mouvement de lutte prot\u00e9iforme s\u2019\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9 pendant plus de deux mois, allant crescendo et faisant monter une tension sociale revigorante. Utilisant les bonnes vieilles ficelles de la politique, De Villepin avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l\u00e2cher un peu de lest, abandonnant (provisoirement bien s\u00fbr) le contrat premi\u00e8re embauche pour faire passer le reste du texte. Et bien s\u00fbr, partis et syndicats de gauche s\u2019\u00e9taient empress\u00e9s de d\u00e9cr\u00e9ter la fin du mouvement et de crier \u00e0 la \u00ab\u00a0victoire\u00a0\u00bb, au moment m\u00eame o\u00f9 celui-ci commen\u00e7ait \u00e0 devenir le plus int\u00e9ressant, c\u2019est-\u00e0-dire incontr\u00f4lable. C\u2019est que bien souvent, la col\u00e8re qui pousse des milliers d\u2019individus \u00e0 descendre dans la rue va bien au del\u00e0 d\u2019une \u00e9ni\u00e8me r\u00e9fome, loi, am\u00e9nagement des vies moisies que les puissantEs fa\u00e7onnent pour nous<\/p>\n<p>Afin de ne pas revivre \u00e9ternellement les sc\u00e9narios de tant de mouvements pass\u00e9s, refusons d\u2019embl\u00e9e les m\u00e9canismes du jeu d\u00e9mocratique consistant \u00e0 faire croire qu\u2019il y ait quoi que soit \u00e0 n\u00e9gocier avec ceux (institutions, patrons, partis\u2026) qui font de la gestion de nos vies leur m\u00e9tier. Comme s\u2019il pouvait exister un dialogue quelconque entre exploit\u00e9-es et exploiteurs, entre dominants et domin\u00e9-es\u2026 Refusons au m\u00eame titre tous ceux qui se pr\u00e9sentent en m\u00e9diateurs de ce dialogue chim\u00e9rique, pr\u00e9tendant repr\u00e9senter les travailleurs et n\u00e9gocier pour eux la longueur des cha\u00eenes qui nous maintiennent dans l\u2019esclavage salarial. Refusons enfin de leur servir de masse de main-d\u2019\u0153uvre en suivant leur agenda politicien.<\/p>\n<p>La r\u00e9volte n\u2019est ni un spectacle, ni une com\u00e9die. Elle ne vise pas la d\u00e9monstration, la mise en sc\u00e8ne, elle est un affrontement r\u00e9el entre des visions et des int\u00e9r\u00eats irr\u00e9conciliables. Aussi, ce n\u2019est pas un d\u00e9compte du nombre de manifestant-es marchant comme on suit un cort\u00e8ge fun\u00e8bre qui fait trembler le pouvoir, pas plus qu\u2019un discours simpliste, \u00ab\u00a0responsable\u00a0\u00bb et r\u00e9ducteur servi \u00e0 l\u2019opinion publique pour obtenir son adh\u00e9sion \u00e0 travers les m\u00e9dias. La lutte introduit une rupture dans la normalit\u00e9\u00a0: rupture avec les fonctions que nous assigne cette soci\u00e9t\u00e9, fonctions qui ne servent qu\u2019\u00e0 la (re)production quotidienne de notre condition faite de hi\u00e9rarchies et d\u2019autorit\u00e9s, d\u2019ordres et de soumission, du foyer familial \u00e0 l\u2019usine, des bureaux aux prisons, des quartiers aux h\u00f4pitaux psychiatriques, des centres commerciaux aux \u00e9coles. Le plus violent de tout n\u2019est-il pas justement cette normalit\u00e9-l\u00e0\u00a0? Si la r\u00e9volte contre cet existant est en soi une chose violente, il n\u2019y a aucune raison de s\u2019en justifier, de s\u2019en excuser et encore moins de s\u2019en d\u00e9marquer. Cette rupture est le premier pas \u00e0 faire pour que s\u2019ouvre la possibilit\u00e9 d\u2019autres rapports, bas\u00e9s sur la r\u00e9ciprocit\u00e9, les accords et associations libres entre individus, la solidarit\u00e9 et l\u2019entraide.<\/p>\n<p>Pour cela, nous reconnaissons comme nuisibles les (auto-proclam\u00e9s) leaders et autres sp\u00e9cialistes en \u00ab\u00a0mobilisation\u00a0\u00bb. De nombreux outils existent pour toutes les personnes d\u00e9sirant en d\u00e9coudre dans cette guerre sociale\u00a0: l\u2019autonomie et l\u2019auto-organisation, la solidarit\u00e9 entre r\u00e9volt\u00e9-es, l\u2019action directe offensive. Et ce ne sont pas les cibles qui manquent\u00a0: agences d\u2019int\u00e9rim et P\u00f4les Emploi, banques, locaux de partis et autres crapules capitalistes, m\u00e9dias pr\u00f4nant la soumission au pouvoir, axes de transports et bien d\u2019autres structures encore\u2026<\/p>\n<p>Nous n\u2019avons que ces comptes-l\u00e0 \u00e0 r\u00e9gler\u00a0: contre l\u2019Etat, le capital et tout ce qui nous emp\u00eache d\u2019\u00eatre libres.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9truisons l\u2019\u00e9conomie, d\u00e9truisons tout ce qui nous d\u00e9truit. <\/strong><\/p>\n<p>[<i><a class=\"spip_out\" href=\"https:\/\/dupainsurlaplanche.noblogs.org\/\" rel=\"external\">Du pain sur la planche<\/a><\/i>, feuille d\u2019agitation anarchiste (Marseille), n\u00b02, mars\/avril 2016, p.1]<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Br\u00e8ves du d\u00e9sordre En chemin\u2026 \u00ab\u00a0 la r\u00e9volte ne parle pas du simple d\u00e9go\u00fbt , mais parle aussi de joie. 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