{"id":428,"date":"2014-09-11T21:47:00","date_gmt":"2014-09-11T19:47:00","guid":{"rendered":"http:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=428"},"modified":"2014-09-11T21:47:00","modified_gmt":"2014-09-11T19:47:00","slug":"oui-le-reichstag-brule-lacte-individuel-de-marinus-van-der-lubbe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=428","title":{"rendered":"Oui, le Reichstag brule ! l\u2019acte individuel de Marinus Van der Lubbe.  ."},"content":{"rendered":"<div class=\"cartouche\">\n<h1 class=\"titre\">Le jeu du petit Van der Lubbe<\/h1>\n<p class=\"soustitre\">Par Andr\u00e9 Prudhommeaux (1934)<\/p>\n<p><a title=\"&quot;ouile reichtag br\u00fble! acte individuel de marinus vander lub article extrait de la revue subversion n\u00b03 de d\u00e9cembre 2013\" href=\"http:\/\/cras31.info\/IMG\/pdf\/marinus_van_der_lubbe_1909_-_1934_.pdf\">tu peux lire un\u00a0 texte sur ce site<\/a> extrait de la revue subversion n\u00b03<\/p>\n<p><small> <\/small><\/div>\n<div class=\"chapo\">\n<p>Les \u00e9critures qu\u2019on va lire sont d\u2019un jeune ouvrier \u00e0 qui la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste ne donnait plus ni travail, ni pain. Rompu aux plus durs travaux, endurci \u00e0 supporter le froid, la faim, l\u2019isolement et la fatigue\u00a0; la s\u00e9curit\u00e9 ne lui \u00e9tait rien \u2013 l\u2019ind\u00e9pendance, tout.<br class=\"autobr\" \/> Ma\u00eetre de ses muscles et de ses nerfs autant qu\u2019on peut l\u2019\u00eatre, plus sobre que le meilleur des mendiants, il se sentait en paix avec la nature, en fraternit\u00e9 de plain-pied avec les enfants, les humbles et les laborieux, et en communaut\u00e9 d\u2019esprit et de chair avec la r\u00e9volution mondiale.<\/p>\n<\/div>\n<p><small>\u00a0<\/small><\/p>\n<div class=\"texte\">\n<p>Il se mit \u00e0 voyager, comme le font tant de jeunes ch\u00f4meurs et ouvriers allemands avides d\u2019espace et de mouvement. La libert\u00e9 reconquise par l\u2019incertitude m\u00eame de la vie, telle est la noble discipline qui maintient tant de jeunes \u00ab\u00a0wanderer\u00a0\u00bb en \u00e9tat de propret\u00e9 physique et morale, t\u00eate nue, col ouvert, ceinture aux reins, sac au dos, b\u00e2ton au poing sur les grandes routes, en marge d\u2019un monde qui n\u2019est plus que pourriture. Le jeune sans-patrie dont nous parlons \u00e9tait hollandais. Il ne parlait que p\u00e9niblement l\u2019allemand, la seule autre langue qu\u2019il conn\u00fbt. Pourtant, le voil\u00e0 en marche, et l\u2019Europe est \u00e0 peine assez grande pour lui. Son app\u00e9tit de vivre se mesure \u00e0 son app\u00e9tit de distance. Tant\u00f4t s\u2019accrochant \u00e0 des camions de passage, tant\u00f4t arpentant les chemins, il fait des \u00e9tapes journali\u00e8res de cinquante kilom\u00e8tres. N\u2019ayant pas un sou vaillant, il s\u2019adresse \u00e0 la plus vieille loi, \u00e0 la seule v\u00e9n\u00e9rable, celle de l\u2019hospitalit\u00e9, celle de la fraternit\u00e9 humaine. Au paysan, \u00e0 l\u2019artisan, \u00e0 l\u2019ouvrier de rencontre, il offre ses bras, son amiti\u00e9, le regard limpide de ses yeux clairs, l\u2019air des grands chemins, la r\u00e9sonance de l\u2019aventure. Fr\u00e8re, me voil\u00e0\u00a0! C\u2019est la libert\u00e9 qui passe. Et le vieil instinct communiste se r\u00e9veille dans le c\u0153ur du s\u00e9dentaire\u00a0; il offre une part de son pain, une place dans sa grange, parfois m\u00eame sa table et les draps frais d\u2019un bon lit. Le cordonnier r\u00e9pare les bottes du voyageur en \u00e9change d\u2019une poign\u00e9e de main, le chauffeur l\u2019invite \u00e0 prendre place \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s dans la chaude haleine du moteur de son camion, et se consid\u00e8re encore comme l\u2019oblig\u00e9, car ce qu\u2019apporte l\u2019h\u00f4te d\u2019une heure est sans prix.<\/p>\n<p>\u2026 Rh\u00e9nanie, Bavi\u00e8re, Tyrol, Autriche, Serbie\u2026 les drapeaux changent, les poteaux fronti\u00e8res sont laiss\u00e9s \u00e0 leur faction stupide, les langages deviennent de plus en plus inintelligibles. Mais le fait humain a-t-il besoin du mensonge des mots\u00a0? Il y a beaucoup \u00e0 apprendre \u00e0 l\u2019\u00e9cole du silence. Sur son carnet, le vagabond observe curieusement les diff\u00e9rences de m\u0153urs, de technique, de mentalit\u00e9, qui se r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 lui d\u2019\u00e9tape en \u00e9tape. Plus tard, au cours de nombreux voyages (dont il ne reste d\u2019autres traces que de rares cartes postales), il visitera la Hongrie, la Tch\u00e9coslovaquie, la Pologne, et atteindra les limites de la Russie. Partout, il vivra sans argent, sans nul appui des organisations ouvri\u00e8res, endurant, sans m\u00eame y faire attention, les privations, les fatigues, les intemp\u00e9ries les plus cruelles, se d\u00e9lectant du moindre repas offert de bon c\u0153ur, s\u2019entretenant par gestes avec de pauvres gens comme lui, dont il conquiert d\u2019embl\u00e9e la sympathie, par une sorte de franchise et de confiance enfantine dans la bont\u00e9 humaine. Dans son carnet, sans cesse, le sans-patrie s\u2019oublie lui-m\u00eame et ses mis\u00e8res, pour parler avec reconnaissance de l\u2019accueil re\u00e7u, des \u00eatres rencontr\u00e9s.<\/p>\n<p>Ami de tout le monde\u00a0? En quelque sorte, oui. Mais ennemi farouche, prisonnier en r\u00e9volte, adversaire irr\u00e9conciliable vis-\u00e0-vis du monde bourgeois. Ce vieux monde inhumain qu\u2019il tente de fuir comme un cauchemar, doublant les \u00e9tapes, marchant avec obstination vers une terre libre jamais d\u00e9couverte, il le retrouve partout, toujours le m\u00eame, avec l\u2019oppression de la femme et de l\u2019enfant par la famille, et celle de la famille par l\u2019\u00c9tat, par la dictature \u00e9conomique, politique et technique du capital. Partout, toujours, le travail de for\u00e7at, de l\u2019usine et des champs, la mis\u00e8re, le ch\u00f4mage, les casernes, les prisons. Industriels, princes, s\u00e9nats, tout cela doit p\u00e9rir. \u00c7a nous est d\u00fb. La conqu\u00eate du nouveau monde, c\u2019est la reconqu\u00eate de l\u2019homme par lui-m\u00eame, la prise de conscience, la lutte directe pour l\u2019\u00e9mancipation du travail.<\/p>\n<p>Agitateur r\u00e9volutionnaire\u00a0? Peut-\u00eatre. En tout cas, un agitateur peu ordinaire, auquel les mots sont presque inutiles, agissant par l\u2019exemple et l\u2019influence tacite de sa propre personnalit\u00e9 plus que par tout autre moyen. Tout, dans la personne du vagabond, parle de r\u00e9volte, de libert\u00e9 et de r\u00e9volution prochaine. Mais lui-m\u00eame est avare de tout appel \u00e0 l\u2019action des autres. Contrairement aux politiciens de Parti, il ne conjugue pas l\u2019action, le sacrifice et le combat r\u00e9volutionnaire \u00e0 la deuxi\u00e8me personne de l\u2019imp\u00e9ratif, mais \u00e0 la premi\u00e8re personne de l\u2019indicatif pluriel.<\/p>\n<p>Cette habitude de ne jamais pr\u00e9coniser une action dont il ne soit pr\u00eat \u00e0 subir toutes les cons\u00e9quences et \u00e0 partager tous les risques, le premier \u00e0 l\u2019attaque et le dernier dans la retraite, est chez Van der Lubbe, une vieille habitude. Avant de quitter la Hollande, il y militait dans les rangs des jeunesses communistes\u00a0; et son intr\u00e9pidit\u00e9 dans les rencontres avec la police lui avait valu une \u00e9trange renomm\u00e9e, fruit d\u2019innombrables passages \u00e0 tabac. \u00c0 Leyde, aujourd\u2019hui encore, les gamins des rues se livrent \u00e0 un jeu barbare\u00a0: tous \u00e0 la fois se jettent sur le plus fort d\u2019entre eux, et le rouent de coups jusqu\u2019\u00e0 extinction. Ce jeu s\u2019appelle\u00a0: le jeu du petit Van der Lubbe.<\/p>\n<p>Comprenez-vous maintenant pourquoi \u00ab\u00a0Van der Lubbe le provocateur\u00a0\u00bb est honni chaque jour par la presse bourgeoise et pseudo-r\u00e9volutionnaire de tous les pays\u00a0? Eux aussi jouent, \u00e0 leur fa\u00e7on, le jeu du petit Lubbe. L\u2019ind\u00e9pendance, le m\u00e9pris des pr\u00e9jug\u00e9s, le sentiment de la responsabilit\u00e9 personnelle sont des motifs plus que suffisants \u00e0 la haine du troupeau humain.<\/p>\n<p>Ils sont autant de motifs \u00e0 l\u2019amiti\u00e9 et au respect des individus conscients d\u2019eux-m\u00eames, et c\u2019est pourquoi nous publions ici, comme contribution \u00e0 sa m\u00e9moire, le carnet de route de Marinus Van der Lubbe.<\/p>\n<p><i> <strong><a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/www.non-fides.fr\/spip.php?auteur514\" rel=\"external\">Andr\u00e9 Prudhommeaux<\/a>.<\/strong> <\/i><br class=\"autobr\" \/> Avant propos \u00e0 <i>Marinus Van der Lubbe, Le Carnet de route d\u2019un sans-patrie<\/i>, brochure \u00e9dit\u00e9e par le Comit\u00e9 international Van der Lubbe (France), 1934, 16 p.<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le jeu du petit Van der Lubbe Par Andr\u00e9 Prudhommeaux (1934) tu peux lire un\u00a0 texte sur ce site extrait de la revue subversion n\u00b03 Les \u00e9critures qu\u2019on va lire sont d\u2019un jeune ouvrier \u00e0 qui la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste ne donnait plus ni travail, ni pain. 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