{"id":3850,"date":"2016-01-22T04:00:34","date_gmt":"2016-01-22T03:00:34","guid":{"rendered":"http:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=3850"},"modified":"2016-01-22T04:00:58","modified_gmt":"2016-01-22T03:00:58","slug":"argent-sexe-et-pouvoir-a-propos-dune-fausse-biographie-de-guy-debord","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=3850","title":{"rendered":"ARGENT, SEXE ET POUVOIR : A PROPOS D\u2019UNE FAUSSE BIOGRAPHIE DE GUY DEBORD"},"content":{"rendered":"<p>    15 janv. 2016 Par lechatetlasouris Blog : Le blog de lechatetlasouris <\/p>\n<p><strong>Il faut d\u00e9truire tout vrai opposant dont il est n\u00e9cessaire de salir la m\u00e9moire et pr\u00e9venir toute \u00e9ventuelle \u00e9mulation. Il faut pousser tous les Walter Benjamin au suicide. \u00ab\u00a0Debord Le Naufrageur\u00a0\u00bb de Jean-Marie Apostolid\u00e8s r\u00e9pond \u00e0 cela. L\u2019auteur, anim\u00e9 par ce que Spinoza appelait \u00ables passions tristes\u00bb, est en accord avec les temps n\u00e9ocons : c\u2019est pour eux que ce livre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit, pas pour durer.<\/strong>    <\/p>\n<p>Notre \u00e9poque est la premi\u00e8re dans l\u2019histoire universelle qui pr\u00e9tend avoir seulement les ennemis qu\u2019elle se fabrique elle-m\u00eame, \u00e0 sa mesure et pour son usage spectaculaire. Ce nouveau si\u00e8cle, en projetant dans ces simulacres d\u2019ennemis toutes ses propres infamies et cruaut\u00e9s particuli\u00e8res, il fait semblant de s\u2019y opposer r\u00e9solument : il feint m\u00eame de les combattre avec les armes, aussi longtemps qu\u2019il lui est n\u00e9cessaire pour en convaincre les \u00e9lecteurs, pour enfin faire triompher ses \u00ab bonnes \u00bb qualit\u00e9s sur ces \u00ab ennemis \u00bb, aussi m\u00e9chants que faux, au visage de Ben Laden ou de l\u2019Etat Islamique.<\/p>\n<p>Pour n\u2019avoir \u00e0 combattre que les ennemis artificiels qu\u2019il met en sc\u00e8ne, notre monde doit s\u2019appliquer aussi \u00e0 faire dispara\u00eetre et \u00e0 d\u00e9truire \u00e0 jamais jusqu\u2019\u00e0 la m\u00e9moire de ses vrais et anciens ennemis d\u00e9clar\u00e9s, afin d\u2019\u00e9viter au nouveau si\u00e8cle tout risque de contage non d\u00e9sir\u00e9. L&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;urgence permanent oblige : cet \u00e9tat d\u2019urgence, d\u00e9clar\u00e9 contre la soci\u00e9t\u00e9, a la pr\u00e9tention de l\u2019\u00eatre contre ce nouvel ennemi obscur et ind\u00e9termin\u00e9 que le spectacle s\u2019est lui-m\u00eame fa\u00e7onn\u00e9, le terrorisme artificiel. Il a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 et mis en sc\u00e8ne pour nous convaincre que les Etats  combattent le \u00ab mal \u00bb pour notre \u00ab bien \u00bb, et pour nous persuader que celui qui combat le \u00ab mal \u00bb absolu est donc d\u00e9j\u00e0 le \u00ab bien \u00bb absolu. Le Minist\u00e8re de la V\u00e9rit\u00e9 surveille au jour le jour la \u00ab correction de l\u2019histoire \u00bb, qu\u2019il s\u2019agisse de celle du Bataclan ou d\u2019autres, mises \u00e0 jour chaque semaine avec plus de d\u00e9tails, sans se soucier d\u2019\u00e9ventuelles contradictions, car au lendemain on corrigera \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>Pour en finir avec tout r\u00e9sidu d\u2019opposition r\u00e9elle, il faut donc \u00e0 la domination pr\u00e9sente donner des exemples, br\u00fbler des sorci\u00e8res, ex\u00e9cuter, m\u00eame en effigie, tout ennemi diff\u00e9rent de celui officiel, qu\u2019on d\u00e9signe au jour le jour. Il faut non seulement d\u00e9truire tout vrai opposant, mais m\u00eame tous ceux qu\u2019avaient pu exister auparavant, dont il est n\u00e9cessaire effacer, d\u00e9molir ou salir la m\u00e9moire et le mod\u00e8le. Il faut d\u00e9sesp\u00e9rer et abattre toute aspiration \u00e0 la r\u00e9volte et au changement chez les jeunes g\u00e9n\u00e9rations, \u00e9touffer les pr\u00e9c\u00e9dents et le souvenir m\u00eame. Il faut pr\u00e9venir toute \u00e9ventuelle \u00e9mulation. Il faut pousser tous les Walter Benjamin au suicide. Dresser des listes de proscription. Les vraies r\u00e9voltes, ainsi que les vrais r\u00e9volt\u00e9s, doivent \u00eatre an\u00e9antis \u00e0 jamais, \u00e9limin\u00e9s, censur\u00e9s, calomni\u00e9s, mis au pilori, face \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rative de mettre en sc\u00e8ne seulement les faux ennemis f\u00e9tiche qu\u2019on a bien voulu fabriquer.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 cette n\u00e9cessit\u00e9 incontournable et urgente que r\u00e9pond pr\u00e9cis\u00e9ment le dernier travail de Jean-Marie Apostolid\u00e8s, lequel vient de para\u00eetre chez Flammarion : un volume de plus que 500 pages, plus 90 de notes, presqu &lsquo;un Kilo , 28 \u20ac, au titre Debord Le Naufrageur, dans une collection qui s\u2019auto d\u00e9finit Grandes Biographies.<\/p>\n<p>Il convient de dire tout de suite que ce livre, en plus d\u2019\u00eatre d\u2019un ennui mortel, n\u2019est pas une biographie, comme je vais le montrer, et que je ne lui ai accord\u00e9 que trois heures de lecture \u2013 car on conviendra qu\u2019il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de boire 500 litres de vin pour d\u00e9cider s\u2019il est bon ou mauvais, ou pour \u00e9tablir qu\u2019il ne s\u2019agit m\u00eame pas de vin, comme c\u2019est le cas.<\/p>\n<p>La t\u00e2che que l\u2019auteur nous d\u00e9clare rondement s\u2019\u00eatre donn\u00e9e, est celle de \u00ab Mettre au jour une image diff\u00e9rente, \u2018n\u00e9gative\u2019, de Debord \u00bb, pour apr\u00e8s nous assurer orgueilleusement que ce \u00ab n\u2019est pas une entreprise qui va de soi \u00bb[1].<\/p>\n<p>Qu\u2019elle \u00ab aille de soi \u00bb ou non, j\u2019affirme que jamais n\u2019a exist\u00e9 de vraie biographie qui se soit donn\u00e9e pour t\u00e2che et pour but de mettre au jour une image \u00ab n\u00e9gative \u00bb, ou \u00ab positive \u00bb, de la vie de la personne dont il s\u2019agit, celle ci \u00e9tant la t\u00e2che de la propagande. Le n\u00e9gatif chez cet auteur n\u2019a aucune noble connotation dialectique : pour lui n\u00e9gatif signifie vulgairement : infamant, moralement d\u00e9shonorant. Aussi banal que cela. Voil\u00e0 tout.<\/p>\n<p>Une biographie est un travail d\u2019archiviste, de philologue, d\u2019\u00e9rudit et d\u2019historien, et elle n\u2019est jamais un travail de supporter, qu\u2019il soit favorable ou hostile. Ce n\u2019est pas un match de football. Encore moins un travail de psychanalyste, toujours arbitraire. Depuis la Renaissance on avait \u00e9tabli les termes \u00e0 l\u2019aide desquels on pr\u00e9sente l\u2019histoire d\u2019un homme : qu\u2019a-t-il dit ? Qu\u2019a-t-il fait ?[2]<\/p>\n<p>Le prince des biographes modernes, Roberto Ridolfi, qui nous a laiss\u00e9 des chef d\u2019\u0153uvre d\u00e9finitifs sur la vie de Machiavel, Guicciardini et Savonarola, avait m\u00eame \u00e9tabli que certainement \u00ab l\u2019amour et les affinit\u00e9s aident \u00e0 entendre\u2026 S\u2019il devait \u00eatre promulgu\u00e9e (esp\u00e9rons que non) une constitution de la r\u00e9publique litt\u00e9raire, elle devrait faire une obligation aux biographes de faire le portrait seulement d\u2019hommes qui leur sont en partie similaires et cong\u00e9n\u00e8res : on \u00e9viterait ainsi une quantit\u00e9 de livres mous, m\u00e9diocres et faux \u00bb.[3] <\/p>\n<p>Or, avec l\u2019ouvrage d\u2019Apostolid\u00e8s, nous nous trouvons face au paradigme m\u00eame d\u2019un mauvais travail, \u00ab mou, m\u00e9diocre et faux \u00bb, et je pr\u00e9cise : mauvais dans l\u2019intention, mauvais dans la m\u00e9thode et donc tr\u00e8s mauvais dans le r\u00e9sultat.<\/p>\n<p>Dans l\u2019intention il est mauvais, car ce n\u2019est point une biographie de Debord, mais bien un morceau prolixe de journalisme d\u2019investigation contre Debord, o\u00f9 ne sont rapport\u00e9s que des \u00ab t\u00e9moignages \u00bb \u00e0 charge, o\u00f9 on ne dit rien de son \u0153uvre, de son art et de son temps, de son cin\u00e9ma, de son courage, \u00e0 son \u00e9poque presque solitaire. Donc ce livre n\u2019a aucune valeur pour les historiens, il n\u2019est surtout pas un document. Et l\u2019usage des documents fait par son auteur est parfaitement malhonn\u00eate, car il ne choisit que ce qui pourrait \u00eatre \u00e0 charge. Ici le vrai devient imm\u00e9diatement un moment du faux, comme pour prouver une fois encore ce que Debord a dit \u00e0 ceux qui savaient l\u2019entendre. Sans parler de la l\u00e2chet\u00e9 de s\u2019essayer si maladroitement \u00e0 assassiner un homme d\u00e9j\u00e0 mort. Les cadavres attirent, on le sait, les vautours. Et ce livre pue donc la mort. L\u2019auteur est anim\u00e9 par ce que Spinoza appelait \u00ab les passions tristes \u00bb, et en ceci il est parfaitement en accord avec les temps n\u00e9ocons qui courent, lesquels d\u2019ailleurs semblent lui convenir parfaitement : c\u2019est en fait pour eux que ce livre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit, pas pour durer. Il sera vite oubli\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la m\u00e9thode le travail est tr\u00e8s mauvais, car il juge d\u2019une p\u00e9riode pass\u00e9e avec les yeux et les \u00ab valeurs \u00bb d\u2019aujourd\u2019hui. Alors que le premier devoir d\u2019un biographe est celui de se caler compl\u00e8tement dans le contexte historique, et de saisir les ressorts, les dynamiques et les probl\u00e9matiques conflictuelles qui ont pouss\u00e9 les protagonistes \u00e0 l\u2019action : par exemple je n\u2019ai rien trouv\u00e9 qui d\u00e9montre la vaillance et la bravoure des situationnistes en g\u00e9n\u00e9ral, et de Debord en particulier, qui ont \u00e9t\u00e9 seuls, en leur temps, \u00e0 combattre le spectacle dominant des mensonges oppos\u00e9s de gauche et de droite, de la \u00ab libert\u00e9 \u00bb occidentale en m\u00eame temps que celui de \u00ab l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u00bb orientale, alors qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque tous les Apostolid\u00e8s allaient \u00e0 tour de r\u00f4le faire leur r\u00e9v\u00e9rence au pape, \u00e0 L\u00e9nine, \u00e0 Trotsky, \u00e0 Mao ou Castro.<\/p>\n<p>Le travail d\u2019archives ici est parfaitement abusif et tendancieux, celui philologique rel\u00e8ve plut\u00f4t d\u2019une enqu\u00eate polici\u00e8re, l\u2019\u00e9rudition est partisane et courte, l\u2019historiographie et l\u2019honn\u00eatet\u00e9 sont absentes.<\/p>\n<p>Je n\u2019aurais voulu parler ici que de l\u2019\u0153uvre, et pas de son auteur : mais il m\u2019est impossible, car c\u2019est son \u0153uvre qui ne nous parle que de lui, de l\u2019esprit, de l\u2019intention et du but avec lesquels il a fait son travail, pendant dix ans, apr\u00e8s quarante ans de lectures, nous assure-t-il.<\/p>\n<p>Dans le r\u00e9sultat ce livre est donc tr\u00e8s mauvais, car le personnage qui s\u2019en d\u00e9gage ne ressemble en rien \u00e0 Debord, qu\u2019on peut bien dire que j\u2019ai bien connu. Cette pr\u00e9tendue biographie nous \u00e9claire en fait bien plus sur les obsessions, les petitesses et les bassesses de son auteur lui-m\u00eame que sur celles qu\u2019il pr\u00e9tend d\u00e9couvrir chez Debord . Au del\u00e0 il ne voit ni cherche rien, et en de\u00e7\u00e0 on ne voit que sa lamentable malveillance, son ressentiment et son animosit\u00e9 bavarde. Laquelle lit mal, \u00e0 travers les lunettes id\u00e9ologiques, d\u00e9form\u00e9es et acritiques, de notre temps ignorant, les vicissitudes, le sens, les enjeux et les valeurs de l\u2019\u00e9poque en question, valeurs que d\u2019autre part nous refusions. C\u2019est bien anti historique que de juger \u00e0 la lumi\u00e8re sinistre du \u00ab politically correct \u00bb ou de la \u00ab gender theory \u00bb le si\u00e8cle  pr\u00e9c\u00e9dent, ou la position radicalement conflictuelle qui nous animait. Si Apostolid\u00e8s lisait la riche correspondance de  Machiavel, o\u00f9 il est lourdement question de femmes et de p\u00e9d\u00e9rastes, de p\u00e9dophiles et de prostitu\u00e9es, etc., de la vie telle quelle en fait, il serait bien scandalis\u00e9, et il \u00e9crirait un gros tome pour nous avertir que Machiavel n\u2019\u00e9tait pas \u00ab un grand homme \u00bb. On le laisse volontiers \u00e0 ses opinions adipeuses et poisseuses, mais elles ne nous instruisent que sur lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Il faut donner \u00e0 C\u00e9sar ce qui est \u00e0 C\u00e9sar, et \u00e0 Brutus ce qui est \u00e0 Brutus : il faut reconna\u00eetre que sans la th\u00e9orie du spectacle \u00e9labor\u00e9e par Debord ce monde resterait parfaitement incompr\u00e9hensible et incertain, comme ceux qui le dominent  voudraient qu\u2019il soit, et comme il le reste effectivement pour Apostolid\u00e8s. Mais non pour ceux qui y portent des responsabilit\u00e9s lourdes militaires ou \u00e9conomiques. Si un chef d\u2019Etat Major ne comprend pas vite qui se cache derri\u00e8re l\u2019Etat Islamique, cela a des cons\u00e9quences plus lourdes que si c\u2019est un professeur d\u2019Universit\u00e9 \u00e0 se tromper. Et pour le comprendre il est utile, voire essentiel, de conna\u00eetre la th\u00e9orie du spectacle. Apr\u00e8s cinquante ans, la th\u00e9orie du spectacle reste la Pierre de Rosette indispensable \u00e0 d\u00e9coder les hi\u00e9roglyphes du monde actuel. Mais cela d\u00e9passe les int\u00e9r\u00eats du professeur.<\/p>\n<p>La Soci\u00e9t\u00e9 du Spectacle est l\u2019un des trois livres du XX\u00e8me si\u00e8cle, avec 1984 de George Orwell et Brave New World d\u2019Aldous Huxley, qui reste essentiel \u00e0 la compr\u00e9hension du XXI\u00e8me.<\/p>\n<p>A propos de choses qui int\u00e9ressent le professeur, par contre, il y a dans ce livre des falsifications factuelles qui sautent aux yeux : par exemple c\u2019est tout \u00e0 fait faux que Debord ait jamais viol\u00e9 sa s\u0153ur : ils s\u2019aimaient et basta, voil\u00e0 le crime ! Et alors ? La poussi\u00e8re et les toiles d\u2019araign\u00e9e qui enveloppent la t\u00eate et l\u2019\u00e2me obs\u00e9d\u00e9e de l\u2019auteur, l\u2019emprisonnent dans un moralisme hypocrite et dans une malhonn\u00eatet\u00e9 politiquement correcte qui s\u2019\u00e9parpillent tout au long du livre. Je ne compte pas, car je ne les ai pas toutes rep\u00e9r\u00e9es, mais j\u2019en ai assez vues, toutes les falsifications, erreurs factuelles, d\u2019herm\u00e9neutique, et m\u00eame de dates, ni le grand arbitraire interpr\u00e9tatif, impr\u00e9gn\u00e9 de la sauce psychanalytique dans laquelle l\u2019auteur mouille son discours ennuyeux, r\u00e9p\u00e9titif, fautif, assaisonn\u00e9 du d\u00e9odorant pseudo neutre de recherche universitaire.<\/p>\n<p>Cette soi-disant biographie nous renseigne en fait principalement sur ce que le mythographe conteur trouve notable en Debord, et justement il ne nous parle que des v\u00e9tilles utiles \u00e0 d\u00e9montrer sa th\u00e8se pr\u00e9con\u00e7ue. Toute la pens\u00e9e, l\u2019\u0153uvre et l\u2019action de Debord, et des groupes qu\u2019il a anim\u00e9, aussi bien que le contexte historique g\u00e9n\u00e9ral dans lequel et contre lequel on agissait, tout cela dispara\u00eet compl\u00e8tement. Il ignore jusqu\u2019au Scandale de Strasbourg et son influence cruciale dans le d\u00e9clenchement de Mai \u201968. La lutte, et ses enjeux, son s\u00e9rieux, sont absents de ce livre. L\u2019auteur ignore aussi parfaitement le rayonnement et les suites des th\u00e9ories et pratiques situationnistes : la premi\u00e8re \u0153uvre de street art et de gu\u00e9rilla art fut notre installation de la statue de Charles Fourier, Place Clichy, en 1969 ; il ignore les cr\u00e9ations de situations magnifiquement r\u00e9ussies des Yesmen ; le groupes russes de Voina et des Pussy Riot, qui faisaient r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Debord et aux situationnistes, le groupe tch\u00e8que de Stohoven, Banksy, la Kommunikation guerilla, les Hacktivistes et mille autres variations, que je ne cite pas ici, de la mise en pratique de cet h\u00e9ritage. Sans compter le rayonnement dans certaines formes de d\u00e9tournement et de luttes de classes et de sabotage pratiqu\u00e9es dans les usines, en Italie et ailleurs. Voil\u00e0 en quoi l\u2019I.S. fut une avant-garde. Tout cela, pour le professeur, n\u2019existe pas : o\u00f9 est-elle son \u00e9rudition ?<\/p>\n<p>Enfin, d\u2019apr\u00e8s l\u2019auteur, tout ce qu&rsquo;a fait Debord c\u2019est parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas eu de pr\u00e9sence virile, \u00e0 cause de la perte du p\u00e8re, auquel se confronter : ce qui l&rsquo;a emp\u00each\u00e9, d\u2019apr\u00e8s lui, de devenir un homme. Il est toujours rest\u00e9 immature, il n\u2019est jamais sorti de l\u2019enfance. Voil\u00e0 tout, et voil\u00e0 la th\u00e8se centrale du livre. A ce compte l\u00e0 Debord se trouve orphelin en bonne compagnie, entre autres avec Nietzsche, Platon, Aristote, Schopenhauer, Rimbaud, Baudelaire, Dosto\u00efevski, Swift et moi m\u00eame, si parva licet componere magnis : Leopardi en rajoutait encore, observant que \u00ab lorsque, parcourant les vies des hommes illustres, on s\u2019arr\u00eate \u00e0 ceux qui ne doivent ce titre qu\u2019\u00e0 leurs actes et non \u00e0 leurs \u00e9crits, il est bien difficile de trouver un personnage dot\u00e9 d\u2019une vraie grandeur qui n\u2019ait \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 dans son enfance de la pr\u00e9sence du p\u00e8re \u00bb[4].<\/p>\n<p>A maintes reprises Hegel s\u2019est moqu\u00e9 royalement de ce qu\u2019il appelle \u00ab la mesquinerie psychologique \u00bb ou \u00ab le p\u00e9dantisme psychologique, cette soi-disant consid\u00e9ration psychologique qui sait expliquer toutes les actions \u00bb : \u00ab la vue psychologique de l\u2019histoire, qui s\u2019entend \u00e0 diminuer et \u00e0 d\u00e9grader la grandeur des actes des individus\u2026 Elle m\u00e9conna\u00eet l\u2019aspect substantiel des individus. C\u2019est le point de vue des valets de chambre psychologiques, pour qui il n\u2019y a pas de h\u00e9ros, non parce que ceux-ci ne soient pas des h\u00e9ros, mais parce que ceux-l\u00e0 ne sont que des valets de chambre \u00bb. Et encore : \u00abQuel instituteur d\u2019\u00e9cole n\u2019a pas d\u00e9montr\u00e9, \u00e0 propos d\u2019Alexandre le Grand et de Jules C\u00e9sar, qu\u2019ils agirent pouss\u00e9es par les passions, et que \u00e0 cause de cela ils furent des hommes immoraux ? D\u2019o\u00f9 il s\u2019ensuit que lui, l\u2019instituteur d\u2019\u00e9cole, est un homme meilleur que ceux-l\u00e0\u2026 Les personnages historiques servis dans l\u2019historiographie par des tels valets de chambres psychologiques, en sortent mal : ils en sont nivel\u00e9s, et pos\u00e9s sur le m\u00eame plan de moralit\u00e9 ; voire quelques degr\u00e9s plus bas que ces subtils connaisseurs d\u2019hommes. \u00bb  \u00ab Cette conscience jugeante est donc \u00e0 son tour basse\u2026 En outre, elle est hypocrisie\u2026  \u00bb[5].<\/p>\n<p>Il est ici \u00e0 noter que le m\u00eame auteur s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 produit en un livre \u00e9logieux, quoique fautif, au titre Les Tombeaux de Guy Debord, d\u00e8s 1999.<\/p>\n<p>Le parcours oblig\u00e9 de ces petits esprits, invariablement intellectuels, est toujours le m\u00eame &#8211; il est pour ainsi dire \u00e9crit dans leur DNA, et il est facile \u00e0 percer \u00e0 jour. Il fonctionne ainsi : 1) ils commencent par la c\u00e9l\u00e9bration et l\u2019adulation \u00e9hont\u00e9e ; 2) ils se fabriquent un roi mythologique ; 3) ils essayent de se placer dans sa cour ou \u00e0 sa suite ; 4) \u00e0 la fin, lorsque le risque diminue, ils veulent tuer leur roi, mettent en fonction leur guillotine et ils commettent le r\u00e9gicide, pour effacer leurs bassesses et leur ignominie de courtisans ou de parasites. Avec Debord ce fut de m\u00eame. Il est significatif aujourd\u2019hui le silence des apologistes d\u2019hier : o\u00f9 se sont-ils cach\u00e9s ? \u00c7a leur a suffi d\u2019un Apostolid\u00e8s pour la leur boucler et les faire fondre comme neige au soleil ? Voici, finalement, un avantage qui nous vient de ce livre. Mieux vaut leur disparition silencieuse que leur bruit pr\u00e9c\u00e9dent. Il est vrai que le vent a chang\u00e9 : le temps de la Terreur a commenc\u00e9. Et celui de la l\u00e2chet\u00e9, pour eux, ne finira jamais.<\/p>\n<p>Ainsi qu\u2019on l\u2019a d\u00e9j\u00e0 not\u00e9, dans le livre dont il s\u2019agit sont parfaitement absentes les grandes aventures, les passions et les amiti\u00e9s fortes, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 virile, les pers\u00e9cutions, le m\u00e9pris des risques, l\u2019art, le jeu, la po\u00e9sie, les al\u00e9as courus, le courage, l\u2019invention, la cr\u00e9ation, le divertissement et la fantaisie. Bref, tout ce qui manque au professeur dans sa vie, manque aussi dans son livre, comme il est normal. Voil\u00e0 une preuve de plus que cet ouvrage est une projection, un portrait de l\u2019auteur, de ses probl\u00e8mes avec les femmes, l\u2019argent et le pouvoir, de ses multiples humiliations et rancunes, de son petit d\u00e9sir de revanche, et il n\u2019est donc en rien le portrait de Debord. Cet auteur se scandalise en notant que G\u00e9rard Lebovici et moi m\u00eame, outre bien s\u00fbr Mich\u00e8le Bernstein, ayons soutenu financi\u00e8rement Debord : d\u2019apr\u00e8s lui  Debord nous aurait arnaqu\u00e9s. Sa petitesse l\u2019emp\u00eache de concevoir des raisons plus hautes : \u00e0 ce compte l\u00e0 il pourrait accuser tous les grands artistes d\u2019avoir escroqu\u00e9 tous leurs m\u00e9c\u00e8nes. Il ne consid\u00e8re pas que ces grands ont donn\u00e9 \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 infiniment plus qu\u2019ils n\u2019ont pris, et que c\u2019est l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re \u00e0 \u00eatre en dette avec eux.  La seule vraie escroquerie concr\u00e8te que je vois ici c\u2019est bien ce livre d\u2019Apostolid\u00e8s.<\/p>\n<p>Puisque l\u2019auteur nous fait la gr\u00e2ce de ne jamais nous cacher, en aucune page de son livre, son intention de d\u00e9nigrer \u2013 seul moment dans lequel je reconnais qu\u2019il est rigoureux et sinc\u00e8re \u2013, il r\u00e9duit tout ce qu\u2019il touche \u00e0 la vulgarit\u00e9, et cela encore nous en dit long sur lui-m\u00eame : n\u2019importe o\u00f9 que l\u2019on regarde dans cet ouvrage, on ne voit que des choses profond\u00e9ment sordides, mesquines, obsc\u00e8nes. Henry Miller avait perc\u00e9 \u00e0 jour ce type d\u2019esprit : \u00ab l\u2019obsc\u00e9nit\u00e9 n\u2019existe que dans l\u2019esprit qui la d\u00e9teste et la rejette sur les autres \u00bb[6].<\/p>\n<p>Il n\u2019y a donc pour l\u2019auteur que des questions d\u2019argent, de sexe et de pouvoir  les trois grandes questions qui l\u2019obs\u00e8dent, ainsi qu\u2019elles obs\u00e8dent nos contemporains parce qu\u2019ils en sont priv\u00e9s.<\/p>\n<p>A notre \u00e9poque ces choses existaient, bien s\u00fbr, mais elles n\u2019\u00e9taient pas s\u00e9par\u00e9es de la vie, comme actuellement. On les vivait directement. Et Debord disait qu\u2019on ne peut admettre d\u2019autre probl\u00e8me d\u2019argent en dehors de son \u00e9ventuel manque. Il y avait solidarit\u00e9 et on se secourait : autre chose inconcevable pour ce professeur. Lequel est si obs\u00e9d\u00e9 qu\u2019il nous consid\u00e8re comme des violeurs de filles, puisque, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019on \u00e9tait les monstres qu\u2019il peint, quelle autre mani\u00e8re aurions nous eu pour en s\u00e9duire tant ? Bizarre qu\u2019aucune ne s\u2019en soit plainte : ont-elles toutes attendu patiemment que le professeur justicier leur rende justice ?<\/p>\n<p>Ce professeur, s\u2019il devait parler de l\u2019Odyss\u00e9e, n\u2019y verrait que des poux sur la t\u00eate d\u2019Ulysse : car il ne voit pas les choses de dimension sup\u00e9rieure \u00e0 la sienne, et il r\u00e9duit tout \u00e0 sa mesure. Je crois qu\u2019un tel professeur, s\u2019il pouvait, il voudrait \u00e0 lui seul ruiner la r\u00e9putation de Stanford : il d\u00e9montre en fait ici tout son cynisme destructeur de tout ce qu\u2019il avait autrefois respect\u00e9 : il semble afflig\u00e9 par un complexe de Thersite. En nous rappelant toujours l\u00e0 o\u00f9 il enseigne \u2013 comme si cela \u00e9tait une autorisation et un laissez-passer pour tous ses abus \u2013 il ne se fait pas de scrupules \u00e0 tra\u00eener dans son cupio dissolvi aussi l\u2019Universit\u00e9 qui lui donne \u00e0 manger. Son cynisme ne s\u2019embarrasse pas non plus de tromper son public et ses \u00e9tudiants : si c\u2019\u00e9tait en son pouvoir il aurait voulu tromper toute la post\u00e9rit\u00e9, de laquelle il s\u2019attend aveugl\u00e9ment la gloire, sinon pour le reste, au moins pour ce livre. Voil\u00e0 un vrai naufrageur.<\/p>\n<p>Comme s\u2019il \u00e9crivait sur Wikip\u00e9dia, le professeur rajoute, avec p\u00e9dantisme et de fa\u00e7on pointilleuse, des notes avec les r\u00e9f\u00e9rences, pour donner un semblant de s\u00e9rieux \u00e0 son portrait arbitraire et \u00e0 ses vomissements acides. Mais ses notes ne lui servent qu\u2019\u00e0 d\u00e9montrer fallacieusement ses hypoth\u00e8ses abusives, et tout le reste lui \u00e9chappe. Avec des r\u00e9f\u00e9rences soigneusement choisies, on le sait, on peut d\u00e9montrer tout et le contraire de tout, et rendre le faux vraisemblable. Il semblerait que le but de l\u2019auteur soit le renversement de l\u2019ancienne r\u00e8gle : \u00ab Omnes homines honorare \u00bb. Il para\u00eet comme pouss\u00e9 par une force irr\u00e9sistible \u00e0 d\u00e9shonorer tous ceux, et ce, dont il parle \u00e0 b\u00e2tons rompus, pour les salir de sa langue infecte. Croit-il de s\u2019\u00e9lever en essayant d\u2019abaisser les autres ? L\u00e0 aussi, il \u00e9choue, parce que la fable qu\u2019il nous raconte ne nous parle que de lui et de son malheur.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit en fait d\u2019un livre proprement pornographique, d\u2019une pornographie pas ch\u00e8re, digne d\u2019une revue \u00e0 sensations, mais d\u2019une pornographie qui n\u2019aurait pas de place dans ma collection d\u2019art \u00e9rotique, qui pourtant contient aussi pas mal de pi\u00e8ces de tr\u00e8s belle pornographie. C\u2019est un livre fabriqu\u00e9 dans l\u2019esprit morbide d\u2019une page de Facebook : voil\u00e0 sa \u00ab modernit\u00e9 \u00bb. Avec son \u0153il de valet, il regarde \u00e0 travers le trou de la serrure de la maison des ma\u00eetres.  Mes archives de Yale deviennent, pour ce nouveau Erostrate, rien de plus que l\u2019un des trous de la serrure \u00e0 travers lequel regarder, avec un \u0153il de policier, car il n\u2019y voit que ce qu\u2019il y cherche, tout le reste lui \u00e9chappe, et ce qu\u2019il cherche n\u2019a rien \u00e0 voir avec la libert\u00e9, la critique, la lutte, ni la po\u00e9sie, ni rien d\u2019autre que sa petite furie infamante.<\/p>\n<p>J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 eu occasion de citer ce m\u00eame Apostolid\u00e8s, dans une lettre \u00e0 Mustapha Khayati du 10 d\u00e9cembre 2012, depuis publi\u00e9e sur internet par d\u2019autres. Voici :<\/p>\n<p>\u00ab \u2026Parmi ces apologistes [de Debord] on trouve de vraies perles, par exemple dans un certain Apostolid\u00e8s, lequel, dans la furie de me faire dispara\u00eetre, touche des sommets philologiques jamais atteints m\u00eame par le KGB : pour achever la<\/p>\n<p>\u00ab d\u00e9monstration \u00bb que Censor n&rsquo;est pas Sanguinetti, mais bien Debord, apr\u00e8s avoir \u00e9tabli que la version fran\u00e7aise est plus \u00ab \u00e9l\u00e9gante \u00bb que l&rsquo;italienne (!?), il nous enl\u00e8ve tout doute avec la savante le\u00e7on suivante : \u00ab On remarquera les affinit\u00e9s entre les deux noms, Censor et Debord : ils poss\u00e8dent chacun deux syllabes, des voyelles identiques et un m\u00eame nombre de lettres \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo; \u00ab affinit\u00e9 \u00bb pour laquelle j&rsquo;avais choisi le pseudonyme de Censor est par contre celle avec Bancor, la devise supranationale invent\u00e9e par Keynes, mais aussi nom de plume du gouverneur de la Banque d&rsquo;Italie \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, Guido Carli. On est bien loin de la furieuse finesse d\u00e9monstrative d&rsquo;un Apostolid\u00e8s, orphelin malheureux du pape Pie XII, de Mao et de L\u00e9nine qui ne d\u00e9montre que sa recherche spasmodique d&rsquo;un culte spectaculaire de la personnalit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Et j\u2019ajoutais :<\/p>\n<p>\u00ab Cette premi\u00e8re vague d&rsquo; \u00ab historiens \u00bb improvis\u00e9s s&rsquo;est all\u00e8grement br\u00fbl\u00e9e et sacrifi\u00e9e sur l\u2019autel de la louange courtisane, laquelle \u2013 ainsi que Guy se plaisait \u00e0 rappeler, citant Swift \u2013 est la fille du pouvoir en place. S&rsquo;il avait eu vent de ces tombeaux, je crois qu&rsquo;il aurait plut\u00f4t conclu, avec Schopenhauer : \u2018Que d&rsquo;ici peu les vers rongent mon corps, c&rsquo;est une pens\u00e9e que je peux tol\u00e9rer, mais que les professeurs le fassent avec ma philosophie, cela me fait horreur\u2019\u00bb.<\/p>\n<p>Ces gens-l\u00e0 ont beau enseigner dans une Universit\u00e9 renomm\u00e9e, ils sont incapables de concevoir une vraie, rigoureuse et s\u00e9rieuse analyse historico-critique : pour eux il n\u2019y a que la louange courtisane ou le l\u00e2che outrage. Ce professeur restera en tout cas un exemple lumineux de tout ce qu\u2019un chercheur honn\u00eate et rigoureux devrait \u00e9viter, exemple concret s\u2019il en fut, \u00e0 indiquer \u00e0 tout \u00e9tudiant, de la r\u00e9union malheureuse de ces deux malhonn\u00eatet\u00e9s s\u2019\u00e9talant ici sans honte, dans une pi\u00e8ce de chronique polici\u00e8re, qui voudrait se d\u00e9guiser en \u0153uvre d\u2019histoire. On peut se demander aussi ce qu\u2019est devenue, avec des tels professeurs, l\u2019Universit\u00e9 aujourd\u2019hui ? Une sale affaire comme tant d\u2019autres, pour obliger les \u00e9tudiants \u00e0 s\u2019endetter et les rendre esclaves et soumis d\u00e8s le commencement de leur vie adulte. Ou, aux Etats Unis, \u00e0 s\u2019engager dans l\u2019arm\u00e9e pour pouvoir payer leurs \u00e9tudes.<\/p>\n<p>Ce livre est un travail qui manque irr\u00e9m\u00e9diablement de conviction et de force, donc d\u2019\u00e9nergie et de fra\u00eecheur. Il ressemble plut\u00f4t \u00e0 un travail salari\u00e9, sur commission, un essai rat\u00e9 de mettre Guy Debord et tout un mouvement au pilori, chose bien diff\u00e9rente d\u2019une loyale, l\u00e9gitime et honn\u00eate critique. Cela me rassure en tout cas, car il signifie que les situationnistes, malgr\u00e9 tous leurs d\u00e9fauts, continuent \u00e0 \u00eatre un exemple d\u2019insoumission et un cauchemar qui trouble encore le sommeil d\u2019une \u00e9poque bien successive \u00e0 la leur, qui ne supporte plus d\u2019avoir d\u2019autres ennemis que ceux qu\u2019elle se fabrique.<\/p>\n<p>Ce qui est regrettable, car j\u2019aime la loi du contrapasso de Dante, c\u2019est que ce professeur est trop insignifiant pour que la post\u00e9rit\u00e9 s\u2019occupe de lui, mais si jamais il trouvait un biographe, je lui souhaiterai qu\u2019il soit tout simplement honn\u00eate, pour nous raconter toute la m\u00e9diocrit\u00e9 et le d\u00e9risoire de son sujet d\u2019\u00e9tude. Mais qui s\u2019int\u00e9resserait \u00e0 une telle biographie ? Comme dit Virgile \u00e0 Dante (Enfer, III, 47-51), \u00e0 propos des Esprits mous et l\u00e2ches,<\/p>\n<p>\u00ab &#8230; leur vie aveugle est si basse<\/p>\n<p>que tout autre sort leur fait envie.<\/p>\n<p>Le monde ne laisse pas de renomm\u00e9e pour eux,<\/p>\n<p>mis\u00e9ricorde et justice les m\u00e9prisent :<\/p>\n<p>ne parlons pas d\u2019eux, mais regarde et passe. [7]\u00bb<\/p>\n<p>Par un soucis d\u2019\u00e9quit\u00e9, je reconnais enfin, tout de m\u00eame, avoir appr\u00e9ci\u00e9 dans ce livre une petite note o\u00f9 l\u2019auteur regrette que je lui aie refus\u00e9 la permission de publier mes photos, ce qui est vrai, et je m\u2019en r\u00e9jouis, car j\u2019aurais honte d\u2019\u00eatre remerci\u00e9 par un tel homme dans une telle \u0153uvre.<\/p>\n<p>J\u2019y vois par contre des remerciements compl\u00e8tement abusifs et perfides adress\u00e9s par l\u2019auteur \u00e0 quelques amis \u00e0 moi qui n\u2019ont en rien cautionn\u00e9, ni aid\u00e9, l\u2019auteur de cet ouvrage, et n\u2019en sont en rien responsables. Cela d\u00e9montre encore une fois la d\u00e9sinvolture de l\u2019auteur \u00e0 tromper sans scrupules son public par tous les moyens.<\/p>\n<p>Il y a quarante ans pr\u00e9cis, Debord m\u2019avait indiqu\u00e9 avec amusement ce passage des M\u00e9moires d\u2019Outre-Tombe, lequel reste tr\u00e8s actuel : \u00ab Il y a des temps dans lesquels il faut d\u00e9penser le m\u00e9pris avec \u00e9conomie, \u00e0 cause du grand nombre de n\u00e9cessiteux. \u00bb<\/p>\n<p>Cela en guise de justification de ma parcimonie ici.<\/p>\n<p>Prague, le 31 D\u00e9cembre 2015<\/p>\n<p>Gianfranco Sanguinetti<\/p>\n<p>[1]http:\/\/next.liberation.fr\/livres\/2015\/12\/23\/guy-debord-n-a-pas-ete-capable-d-appliquer-dans-sa-vie-les-principes-qu-il-revendiquait-en-theorie_1422482<\/p>\n<p>[2] Cf. Francesco Guicciardini, Benedetto Varchi, Giorgio Vasari, Ludovico Ariosto et cent autres.<\/p>\n<p>[3] Roberto Ridolfi, Vita di Francesco Guicciardini, Belardetti, Rome 1960.<\/p>\n<p>[4] Giacomo Leopardi, Pens\u00e9es, II, Allia, Paris, 1992.<\/p>\n<p>[5] G.W.F. Hegel, Philosophie du Droit, \u00a7 124 ; Ph\u00e9nomenologie de l\u2019Esprit, II, C, 2, c, III, p.195 trad. Jean Hyppolite ; La Raison dans l\u2019Histoire, trad. par K. Papaioannou, chap. II, p. 127 ; Lezioni sulla Filosofia della Storia, I, II, 2, d, pp. 94-95. La Nuova Italia, Firenze, 1972.<\/p>\n<p>[6] Henry Miller,  Obscenity and the Law of Reflection, 1945. <\/p>\n<p>[7] Traduction de Jacqueline Risset.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>15 janv. 2016 Par lechatetlasouris Blog : Le blog de lechatetlasouris Il faut d\u00e9truire tout vrai opposant dont il est n\u00e9cessaire de salir la m\u00e9moire et pr\u00e9venir toute \u00e9ventuelle \u00e9mulation. Il faut pousser tous les Walter Benjamin au suicide. \u00ab\u00a0Debord Le Naufrageur\u00a0\u00bb de Jean-Marie Apostolid\u00e8s r\u00e9pond \u00e0 cela. 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