{"id":16992,"date":"2019-10-11T08:20:33","date_gmt":"2019-10-11T06:20:33","guid":{"rendered":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=16992"},"modified":"2019-10-11T08:20:55","modified_gmt":"2019-10-11T06:20:55","slug":"recension-du-volume-3-des-chemins-du-communisme-libertaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=16992","title":{"rendered":"recension du volume 3 \u00ab\u00a0des chemins  du communisme libertaire\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<div><strong>glan\u00e9 sur le Web<\/strong><\/div>\n<div id=\"titre-article\" class=\"\">Recension du volume III des Chemins du communisme libertaire<\/div>\n<div id=\"soustitre-article\" class=\"\">par Fran\u00e7ois Roux<\/div>\n<div class=\"\">\n<p><span class=\"spip_document_1557 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/acontretemps.org\/local\/cache-vignettes\/L320xH423\/couv_vol_iii-2-221e5.jpg?1568711636\" alt=\"\" width=\"320\" height=\"423\" \/><\/span><\/p>\n<h3 class=\"spip\">I.\u2013 RECENSION<\/h3>\n<p><strong>L\u2019aboutissement d\u2019un long cheminement.<\/strong><\/p>\n<p>Myrtille consigne la m\u00e9moire de l\u2019anarchisme espagnol depuis deux d\u00e9cennies\u00a0: avec les \u00ab\u00a0Gim\u00e9nologues\u00a0\u00bb sur les traces de Bruno Salvadori, dit Antoine Gimenez, volontaire de la colonne Durruti, une qu\u00eate qui a donn\u00e9 le monumental <a class=\"spip_site\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article137\"><i>Les Fils de la Nuit<\/i><\/a><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Les Gim\u00e9nologues, Les Fils de la nuit, Libertalia, 2016, pr\u00e9face de Fran\u00e7ois\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span> \u2013 en passant par l\u2019\u00e9dition des souvenirs de Jordi Gonzalbo<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Gonzalbo, Jordi, Itin\u00e9raires Barcelone-Perpignan, Atelier de cr\u00e9ation\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span>, son p\u00e8re, militant de la F\u00e9d\u00e9ration ib\u00e9rique des jeunesses libertaires (FIJL) en exil de 1960 \u00e0 1975, pour finir (provisoirement\u00a0?) par une vaste r\u00e9trospective, <i>Les Chemins du communisme libertaire en Espagne, 1868 \u2013 1937<\/i>, une trilogie qu\u2019elle signe seule et dont je recense ici le troisi\u00e8me et dernier volume.<\/p>\n<p>Les tomes <a class=\"spip_site\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article646\">I<\/a> et <a class=\"spip_site\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article702\">II<\/a> des <i>Chemins<\/i> expliquaient pourquoi la sp\u00e9cificit\u00e9 socio-\u00e9conomico-culturelle de l\u2019Espagne avait fait du mouvement ouvrier de ce pays le seul \u00e0 continuer de suivre majoritairement dans les ann\u00e9es 1930 la voie de Bakounine plut\u00f4t que celle de Marx\u00a0: une petite oligarchie d\u2019aristocrates et de grands bourgeois capitalistes, une classe moyenne \u00e9tique, un prol\u00e9tariat urbain fra\u00eechement d\u00e9racin\u00e9, des masses paysannes (45% des actifs) vivant comme au Moyen \u00c2ge et un sous-prol\u00e9tariat indigent estim\u00e9 \u00e0 30% de la population\u00a0; une croissance d\u00e9mographique parmi les plus fortes d\u2019Europe et un niveau de vie parmi les plus bas\u00a0; une \u00e9conomie peu productive, essentiellement rurale \u00e0 l\u2019exception de quelques fili\u00e8res industrielles, surtout en Catalogne\u00a0; enfin une soci\u00e9t\u00e9 cadenass\u00e9e par un catholicisme de combat et encadr\u00e9e par un clerg\u00e9 omnipr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Les deux livres retra\u00e7aient les controverses qui oppos\u00e8rent au temps de la F\u00e9d\u00e9ration r\u00e9gionale espagnole (FRE) les anarcho-collectivistes aux anarcho-communistes, puis les syndicalistes \u00ab\u00a0industrialistes\u00a0\u00bb aux \u00ab\u00a0communalistes\u00a0\u00bb au sein de la Conf\u00e9d\u00e9ration nationale du travail (CNT), jusqu\u2019au Congr\u00e8s de Saragosse de mai 36 o\u00f9 fut adopt\u00e9e la motion sur \u00ab\u00a0la conception conf\u00e9d\u00e9rale du communisme libertaire\u00a0\u00bb qui semblait clore le d\u00e9bat en faveur des seconds. Apr\u00e8s en avoir relev\u00e9 les lacunes, Myrtille soulignait l\u2019hostilit\u00e9 que cette r\u00e9solution avait soulev\u00e9e parmi les dirigeants de la Conf\u00e9d\u00e9ration \u00e0 la veille d\u2019un affrontement pr\u00e9visible avec les fascistes.<\/p>\n<p>L\u2019objectif principal de ces volumes \u00e9tait d\u2019analyser les implications du communisme libertaire en tant qu\u2019alternative au capitalisme\u00a0: l\u2019application de l\u2019adage \u00ab\u00a0\u00e0 chacun selon ses besoins\u00a0\u00bb des communalistes (par opposition au \u00ab\u00a0\u00e0 chacun selon son travail\u00a0\u00bb des syndicalistes), la socialisation de tous les biens (tout est \u00e0 tous), la disparition de l\u2019argent, celle du travail en tant que valeur, l\u2019abolition de l\u2019\u00c9tat devenu inutile dans une soci\u00e9t\u00e9 auto-disciplin\u00e9e, le tout sans p\u00e9riode de transition, sous peine de laisser le capitalisme continuer de pervertir les rapports sociaux\u2026 Si ces fondements du communisme libertaire avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 formul\u00e9s de fa\u00e7on plus ou moins aboutie par Cabet, Fourier ou Marx, jamais ils n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 mis en pratique. Ce sont les prol\u00e9taires espagnols, pauvres et souvent analphab\u00e8tes (44% de la population en 1930), qui l\u2019ont fait, bri\u00e8vement, incompl\u00e8tement, mais dans un grand \u00e9lan enthousiaste, malgr\u00e9 la guerre civile et les coups bas venus du camp r\u00e9publicain. L\u2019hostilit\u00e9 des partis bourgeois et des staliniens \u00e0 une r\u00e9volution sociale libertaire \u00e9tait pr\u00e9visible mais pourquoi la CNT lui a-t-elle a tourn\u00e9 le dos, quand elle ne l\u2019a pas entrav\u00e9e\u00a0? C\u2019est la question \u00e0 laquelle tente de r\u00e9pondre ce troisi\u00e8me opus.<\/p>\n<p>Les premiers volumes racontaient une histoire assez peu connue, au contraire de celui-ci qui s\u2019attaque \u00e0 une courte p\u00e9riode (juillet 36 \u00e0 septembre 37) maintes fois comment\u00e9e, controvers\u00e9e, dont t\u00e9moins et historiens ont donn\u00e9 des versions et des interpr\u00e9tations discordantes. L\u2019auteur reprend d\u2019ailleurs le titre de l\u2019ouvrage de Vernon Richards, <i>Enseignements de la R\u00e9volution espagnole<\/i> paru en anglais en 1953<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"Ouvrage publi\u00e9 en fran\u00e7ais, chez Acratie, en 1997.\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb3\" rel=\"appendix\">3<\/a>]<\/span>, dont elle approfondit la th\u00e8se centrale \u2013 la trahison de la CNT et de ses dirigeants \u2013 qu\u2019elle compl\u00e8te par son apport personnel, une r\u00e9flexion autour du \u00ab\u00a0travail capitaliste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Le volume III des <i>Chemins<\/i><\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s un bref prologue pr\u00e9sentant l\u2019objectif de l\u2019ouvrage et sa conclusion, le premier chapitre raconte la scission qui s\u2019op\u00e9ra imm\u00e9diatement apr\u00e8s le 23 juillet 1936 au sein de la Conf\u00e9d\u00e9ration lorsque ses cadres et ses militants <i>destacados<\/i> (les plus en vue\/les leaders), renon\u00e7ant \u00e0 appeler \u00e0 la mise en route du communisme libertaire, opt\u00e8rent pour l\u2019alliance avec les autres forces antifascistes, tandis que la partie la plus radicale de sa base militante se lan\u00e7ait \u00e0 corps perdu dans le processus r\u00e9volutionnaire. Cons\u00e9quence de l\u2019alliance qu\u2019elle avait conclue, la CNT, apr\u00e8s avoir longtemps tergivers\u00e9, entra au gouvernement en croyant qu\u2019elle p\u00e8serait mieux sur son orientation politique<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"La CNT entre au gouvernement espagnol le 4 novembre 1936. Elle dispose de\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb4\" rel=\"appendix\">4<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me chapitre \u00e9tudie la prise du pouvoir par les ouvriers dans l\u2019industrie catalane, puis la reprise en main op\u00e9r\u00e9e par la CNT et l\u2019UGT, et leurs tentatives pour endiguer la chute de la productivit\u00e9 due au d\u00e9part de nombreux cadres et techniciens, \u00e0 la d\u00e9sorganisation des transports et des services publics, mais aussi au peu d\u2019ardeur au travail des ouvriers qui n\u2019\u00e9taient pas partis se battre. Loin de chercher \u00e0 la minorer, Myrtille identifie cette \u00ab\u00a0r\u00e9sistance au travail\u00a0\u00bb comme \u00e9tant une \u00ab\u00a0part intrins\u00e8que de la culture ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb, m\u00e9pris\u00e9e selon elle par \u00ab\u00a0la plupart des historiens et commentateurs\u00a0\u00bb puisque \u00ab\u00a0non explicite, non revendiqu\u00e9e et non chiffr\u00e9e\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u2019un des apports essentiels du livre. \u00ab\u00a0Puisque rien ne changeait fondamentalement dans leur rapport \u00e0 la production, poursuit-elle, les salari\u00e9s r\u00e9sist\u00e8rent opini\u00e2trement \u00e0 l\u2019emprise du temps et de l\u2019espace du travail sur leur existence ou sombr\u00e8rent dans la passivit\u00e9, comme avant le 19 juillet 1936.\u00a0\u00bb Elle d\u00e9taille ensuite les r\u00e9actions de la CNT appelant les ouvriers \u00e0 la responsabilit\u00e9, traitant les tire-au-flanc et les revendicateurs d\u2019\u00ab\u00a0inconscients\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0fascistes\u00a0\u00bb, exaltant \u00ab\u00a0la stricte discipline sur le lieu de travail\u00a0\u00bb, r\u00e9activant le travail \u00e0 la t\u00e2che et les primes pour les travailleurs productifs, r\u00e9tablissant l\u2019\u00e9chelle des salaires pour attirer des ing\u00e9nieurs et des techniciens capables de faire tourner les usines, traquant l\u2019absent\u00e9isme et finissant par instituer un \u00ab\u00a0livret syndical\u00a0\u00bb destin\u00e9 \u00e0 rep\u00e9rer et \u00e9carter les mauvais sujets. Pour expliquer le refus de nombreux ouvriers de contribuer par leur travail \u00e0 l\u2019effort de guerre contre les fascistes, Myrtille r\u00e9cuse les explications avanc\u00e9es jusqu\u2019ici par les \u00ab\u00a0historiens pro-anarchistes\u00a0\u00bb pour qui \u00ab\u00a0l\u2019accroissement du pouvoir \u00e9tatique \u00e9tait responsable de la d\u00e9motivation des ouvriers des collectivit\u00e9s barcelonaises\u00a0\u00bb. Elle estime \u2013 avec Michael Seidman \u2013 qu\u2019au contraire, \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat et la bureaucratie se sont renforc\u00e9s en r\u00e9ponse aux r\u00e9clamations ouvri\u00e8res et \u00e0 la r\u00e9sistance au travail\u00a0\u00bb, ajoutant que la \u00ab\u00a0pratique industrialiste et productiviste\u00a0\u00bb de la CNT l\u2019\u00e9loigna d\u2019une partie des ouvriers tout autant que son renoncement \u00e0 son programme r\u00e9volutionnaire. En d\u00e9finitive, l\u2019explication du divorce entre une partie des ouvriers et la Conf\u00e9d\u00e9ration tiendrait avant tout au r\u00e9flexe naturel des prol\u00e9taires de \u00ab\u00a0fuir le travail comme la peste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les collectivit\u00e9s agraires, dont traite le troisi\u00e8me chapitre, ne rencontraient pas le m\u00eame probl\u00e8me car, si on comprend bien Myrtille, le travail y prenait un sens. Il \u00e9tait d\u2019ailleurs obligatoire pour les hommes et les femmes non mari\u00e9es mais les collectivistes avaient pr\u00e9vu que, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019augmentation de la production r\u00e9sultant de la mise en commun des terres et des moyens, ils pourraient \u00ab\u00a0subvenir \u00e0 leurs besoins en travaillant seulement trois heures par jour\u00a0\u00bb. On aurait alors atteint l\u2019objectif ultime du communisme libertaire\u00a0: supprimer l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme tout en le lib\u00e9rant du travail superflu. Cependant, 20% des villageois \u00e9taient au front, une partie croissante de la production allait \u00e0 l\u2019arm\u00e9e et \u00ab\u00a0bient\u00f4t, les journ\u00e9es de travail redevinrent aussi longues qu\u2019avant, et m\u00eame parfois plus.\u00a0\u00bb Pourtant, et bien que les d\u00e9tracteurs des anarchistes aient souvent d\u00e9nonc\u00e9 l\u2019inefficacit\u00e9 des collectivit\u00e9s, Myrtille ne rel\u00e8ve pas dans ces derni\u00e8res de manifestations \u00ab\u00a0d\u2019anti-travail\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est dans les collectivit\u00e9s agraires que l\u2019exp\u00e9rience communiste libertaire fut pouss\u00e9e le plus loin, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019abolition de l\u2019argent et du salariat. L\u2019Aragon, \u00ab\u00a0seule r\u00e9gion sans \u00c9tat d\u2019Espagne\u00a0\u00bb, offrit \u00e0 un communisme libertaire \u00ab\u00a0tr\u00e8s proche de ses principes doctrinaux\u00a0\u00bb son plus vaste terrain d\u2019application (300 000 personnes) sur une p\u00e9riode d\u2019un an (ao\u00fbt 36 &#8211; ao\u00fbt 37), jusqu\u2019\u00e0 ce que les troupes communistes de Lister d\u00e9truisent les collectivit\u00e9s. Celles-ci n\u2019eurent pas le temps de r\u00e9soudre le principal probl\u00e8me qui se posait \u00e0 elles\u00a0: comment r\u00e9partir \u00e9quitablement les denr\u00e9es entre collectivit\u00e9s \u00ab\u00a0riches\u00a0\u00bb et collectivit\u00e9s pauvres une fois l\u2018argent aboli\u00a0? Sur ce sujet, Myrtille cite un texte paru dans la revue libertaire <i>Cultura y Acci\u00f3n<\/i> en 1937. Apr\u00e8s avoir fustig\u00e9 l\u2019\u00e9go\u00efsme des collectivit\u00e9s qui gardaient pour elles leurs b\u00e9n\u00e9fices et la cupidit\u00e9 de celles qui sp\u00e9culaient sur les denr\u00e9es rares, l\u2019article conclut\u00a0: \u00ab\u00a0En r\u00e9alit\u00e9 les collectivit\u00e9s n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 assez bien conduites, et dans la plupart des cas, les inconv\u00e9nients annulent les avantages. [\u2026] Entre la socialisation que nous pr\u00f4nions, nous anarcho-syndicalistes, et l\u2019\u00e9volution que prend le mouvement collectiviste, il n\u2019y a pas grand-chose de commun ni une grande affinit\u00e9.\u00a0\u00bb Le probl\u00e8me, c\u2019est que les collectivit\u00e9s formaient des \u00eelots \u00e9conomiques alors que la \u00ab\u00a0socialisation\u00a0\u00bb ne pouvait s\u2019appliquer qu\u2019\u00e0 une vaste \u00e9chelle, ce qui ne d\u00e9pendait pas des seuls anarchistes.<\/p>\n<p>Intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La \u201cbolchevisation\u201d de la CNT\u00a0\u00bb, le quatri\u00e8me chapitre poursuit le r\u00e9cit du conflit de plus en plus aigu entre la Conf\u00e9d\u00e9ration d\u00e9sormais arrim\u00e9e au gouvernement r\u00e9publicain \u2013 politique qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0collaborationniste\u00a0\u00bb \u2013 et la minorit\u00e9 activiste engag\u00e9e dans les organes de pouvoir r\u00e9volutionnaires, notamment les \u00ab\u00a0comit\u00e9s de d\u00e9fense\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s la militarisation des milices vint la dissolution des \u00ab\u00a0patrouilles de contr\u00f4le\u00a0\u00bb (3 avril 37) qui tenaient les rues de Barcelone. La tentative de les d\u00e9sarmer provoqua la fureur des groupes radicaux au point que la CNT \u00ab\u00a0revint sur l\u2019accord pass\u00e9 avec ses partenaires politiques, ce qui entra\u00eena une crise gouvernementale\u00a0\u00bb. Suivirent les combats de mai 37 \u00e0 Barcelone, la dissolution du Conseil d\u2019Aragon (11 ao\u00fbt) et la destruction des collectivit\u00e9s agraires\u2026 \u00c0 chaque crise les dirigeants c\u00e9n\u00e9tistes choisissaient de sacrifier la base de la Conf\u00e9d\u00e9ration rest\u00e9e r\u00e9volutionnaire, affirme Myrtille qui r\u00e9fute leur justification \u2013 \u00e9viter une guerre civile dans la guerre civile entre les libertaires et le reste du camp r\u00e9publicain. Apr\u00e8s mai 37 et jusqu\u2019\u00e0 la fin de la guerre, si la CNT avait perdu l\u2019essentiel de son poids politique, elle conserva n\u00e9anmoins, avec l\u2019UGT socialiste, le contr\u00f4le d\u2019importants secteurs d\u2019activit\u00e9 de Barcelone, dont l\u2019armement. Les deux syndicats appliquaient le principe selon lequel \u00ab\u00a0on paie davantage celui qui produit le plus\u00a0\u00bb, signe indubitable pour Myrtille de l\u2019abandon de la doctrine anarchiste.<\/p>\n<p>Quelques pages forment le cinqui\u00e8me chapitre intitul\u00e9 <i>(Nouveaux) Enseignements de la R\u00e9volution espagnole<\/i>. Il r\u00e9sume la th\u00e8se centrale des <i>Chemins<\/i> d\u2019apr\u00e8s laquelle la bascule de la Conf\u00e9d\u00e9ration et de ses militants <i>destacados<\/i> vers le \u00ab\u00a0r\u00e9alisme \u00e9conomique\u00a0\u00bb avant juillet 1936 expliquerait leur d\u00e9rive \u00ab\u00a0r\u00e9visionniste\u00a0\u00bb et s\u2019ach\u00e8ve ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui encore, une critique sociale qui s\u2019attaquera au productivisme en voulant r\u00e9habiliter le travail restera prisonni\u00e8re des cat\u00e9gories du capital.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les 50 pages d\u2019annexes qui suivent, approfondissent la question du travail et, plus sp\u00e9cifiquement, la critique de la \u00ab\u00a0vision capitaliste du travail\u00a0\u00bb, cl\u00e9 de vo\u00fbte de la r\u00e9flexion de Myrtille sur le communisme libertaire. Le lecteur devra rester concentr\u00e9 car, au fil de ces cinq annexes, le propos devient ardu et on se demande parfois ce que recouvre exactement pour l\u2019auteur le mot \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb, jusqu\u2019\u00e0 cette phrase de conclusion\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la capacit\u00e9 collective \u00e0 mettre fin au capitalisme qui permettra d\u2019en finir une bonne fois pour toutes avec le travail.<\/p>\n<p>Loin des reconstructions fantasm\u00e9es qui abondent dans la litt\u00e9rature anarchiste traitant de la r\u00e9volution espagnole, c\u2019est donc \u00e0 une r\u00e9flexion \u00e2pre et exigeante que nous sommes invit\u00e9s.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">II.\u2013 DISCUSSION<\/h3>\n<p>Admirateur du travail (!) de Myrtille et des Gim\u00e9nologues depuis la premi\u00e8re \u00e9dition des <i>Fils de la Nuit<\/i>, j\u2019ai revisit\u00e9 la r\u00e9volution espagnole et je me suis d\u00e9barrass\u00e9 de quelques-uns de ses mythes gr\u00e2ce \u00e0 leurs livres. De ce long compagnonnage, je garde n\u00e9anmoins sur plusieurs points une lecture diff\u00e9rente des \u00e9v\u00e8nements.<\/p>\n<p><strong>Prendre le pouvoir<\/strong><\/p>\n<p>Il est plus facile d\u2019expliquer quelles auraient \u00e9t\u00e9 les bonnes d\u00e9cisions lorsqu\u2019on conna\u00eet la fin de l\u2019histoire. Le 23 juillet 1936, quelle \u00e9tait la situation devant laquelle se trouvaient les dirigeants de la CNT-FAI et peut-on expliquer leur d\u00e9cision d\u2019ajourner la r\u00e9volution pour collaborer avec l\u2019\u00c9tat r\u00e9publicain autrement que par une \u00ab\u00a0option r\u00e9visionniste con\u00e7ue avant les \u201ccirconstances\u201d de la guerre par les militants <i>destacados<\/i> de la CNT [\u2026]<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"Myrtille, p. 13.\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb5\" rel=\"appendix\">5<\/a>]<\/span>\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p>Le 21 juillet, au lendemain de l\u2019\u00e9chec du putsch \u00e0 Barcelone, s\u2019\u00e9tait tenu un pl\u00e9num des syndicats locaux et cantonaux de la CNT. Les pr\u00e9sents, parmi lesquels les destacados Durruti, Garc\u00eda Oliver, Abad de Santill\u00e1n, Federica Montseny et Mariano V\u00e1zquez, avaient eu \u00e0 se prononcer sur l\u2019alternative suivante\u00a0: tenter de prendre le pouvoir seuls pour mettre en route le communisme libertaire ou bien s\u2019allier aux autres forces du camp r\u00e9publicain au sein du Comit\u00e9 central des milices antifascistes (CCMA) de Catalogne jusqu\u2019\u00e0 la victoire sur les fascistes. Tous, leaders et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s (sauf un) s\u2019\u00e9taient prononc\u00e9s contre l\u2019instauration d\u2019une \u00ab\u00a0dictature anarchiste\u00a0\u00bb et pour l\u2019entr\u00e9e au CCMA. Cette d\u00e9cision fut ent\u00e9rin\u00e9e le 23 juillet lors d\u2019une r\u00e9union pl\u00e9ni\u00e8re CNT-FAI-FIJL. Dans le m\u00eame temps, \u00ab\u00a0[\u2026] une minorit\u00e9 nombreuse, active, puissante, guid\u00e9e par un id\u00e9al\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh6\" class=\"spip_note\" title=\"Gaston Leval, cit\u00e9 par Myrtille, p. 12.\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb6\" rel=\"appendix\">6<\/a>]<\/span>, ignorant les consignes d\u2019en haut, s\u2019engageait r\u00e9solument dans la sortie du capitalisme et l\u2019organisation du communisme libertaire.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019instar de Myrtille, la plupart des historiens anarchistes pr\u00e9sentent comme une \u00e9vidence qu\u2019apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec du coup d\u2019\u00c9tat militaire la CNT-FAI \u00e9tait en mesure de prendre le pouvoir en Catalogne. Les dirigeants de la Conf\u00e9d\u00e9ration, fiers de la puissance de leur organisation, l\u2019ont affirm\u00e9 dans leurs m\u00e9moires et leurs accusateurs ont rench\u00e9ri car, si le syndicat rouge et noir avait \u00e9t\u00e9 en capacit\u00e9 de s\u2019emparer seul du pouvoir, alors il aurait pu organiser le communisme libertaire, et c\u2019est donc bien la \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb des militants <i>destacados<\/i> et des cadres de la CNT qui aurait emp\u00each\u00e9 la r\u00e9volution.<\/p>\n<p>S\u2019il est vrai que la CNT, par ailleurs h\u00e9t\u00e9roclite et profond\u00e9ment divis\u00e9e, se trouvait en position h\u00e9g\u00e9monique \u00e0 Barcelone au lendemain du putsch, c\u2019\u00e9tait loin d\u2019\u00eatre le cas dans l\u2019ensemble de la Catalogne (les effectifs impressionnants annonc\u00e9s dans les textes cultivant l\u2019hyperbole oublient de pr\u00e9ciser, comme le fait Myrtille, que la syndicalisation devint obligatoire d\u00e8s le 10 ao\u00fbt 36) et, pour imposer sa domination sans partage, elle aurait d\u00fb affronter de nombreux adversaires\u00a0: partis de gauche, UGT, catalanistes, forces arm\u00e9es rest\u00e9es fid\u00e8les au gouvernement \u2013 sans compter la cinqui\u00e8me colonne franquiste. D\u2019un point de vue sociologique elle dominait dans la classe ouvri\u00e8re mais pas dans la paysannerie \u2013 la Catalogne \u00e9tait une r\u00e9gion de petits propri\u00e9taires \u2013 ni dans la classe moyenne \u2013 commer\u00e7ants, artisans, fonctionnaires, techniciens\u2026 \u2013 qui lui \u00e9taient globalement hostiles.<\/p>\n<p>M\u00eame en imaginant que les anarchistes aient pris le dessus, que serait-il advenu \u00e0 court terme d\u2019une Catalogne libertaire prise en \u00e9tau entre les fascistes \u00e0 l\u2019Est et \u00e0 l\u2019Ouest, les r\u00e9publicains domin\u00e9s par les staliniens au Sud, la France qui lui aurait ferm\u00e9 ses fronti\u00e8res au Nord, tandis que le Royaume-Uni lui aurait inflig\u00e9 un blocus naval\u00a0? Jos\u00e9 Peirats \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Nous pensions que nous contaminerions le monde entier avec notre enthousiasme, que nous provoquerions une r\u00e9action internationale dans le monde ouvrier<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh7\" class=\"spip_note\" title=\"Cit\u00e9 par Myrtille, p. 11.\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb7\" rel=\"appendix\">7<\/a>]<\/span>.\u00a0\u00bb C\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 en effet la seule possibilit\u00e9 de r\u00e9ussite d\u2019une r\u00e9volution communiste libertaire mais, en 1936, cette possibilit\u00e9 \u00e9tait nulle.<\/p>\n<p>D\u2019autres consid\u00e9rations persuad\u00e8rent les dirigeants c\u00e9n\u00e9tistes de ne pas faire cavalier seul. Si les libertaires avaient impos\u00e9 leur dictature en Catalogne, les r\u00e9publicains leur auraient rendu la pareille dans les autres r\u00e9gions, o\u00f9 ils \u00e9taient les plus forts, au risque de provoquer un affrontement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 et la victoire de Franco. Autre raison\u00a0: l\u2019intervention de l\u2019Aviazione Legionaria italienne d\u00e8s le 30 juillet laissa pr\u00e9sager que la guerre civile se doublerait d\u2019une guerre internationale dans laquelle l\u2019armement fourni par l\u2019\u00e9tranger serait d\u00e9terminant. Or, si le gouvernement l\u00e9gal r\u00e9publicain pouvait esp\u00e9rer l\u2019aide de la France du Front populaire, cela n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le cas d\u2019une Catalogne anarchiste.<\/p>\n<p>Le 23 juillet 1936, en s\u2019alliant aux autres antifascistes, les dirigeants de la CNT-FAI pouvaient esp\u00e9rer vaincre les franquistes, condition <i>sine qua non<\/i> pour que vive la r\u00e9volution. Sinon, ils \u00e9taient certains de perdre la guerre et de porter devant l\u2019histoire la responsabilit\u00e9 d\u2019avoir divis\u00e9 et fait perdre le camp r\u00e9publicain. Comment leur reprocher leur choix\u00a0?<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, les anarchistes ont, <i>de facto<\/i>, exerc\u00e9 une quasi-dictature en Catalogne pendant deux mois, jusqu\u2019\u00e0 la fin septembre 1936. Le r\u00e9sultat fut d\u00e9sastreux. Les assassinats et les exactions qui leur furent attribu\u00e9s, puisqu\u2019ils tenaient le pouvoir, plus la tentative avort\u00e9e d\u2019imposer la collectivisation agraire par la force<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh8\" class=\"spip_note\" title=\"Bolloten, Burnett, La Guerre d\u2019Espagne, Agone, Marseille, 2014, pp.\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb8\" rel=\"appendix\">8<\/a>]<\/span>, pr\u00e9cipit\u00e8rent une partie de la population dans les bras du PSUC d\u00e8s que l\u2019emprise des libertaires se rel\u00e2cha. Au terme de ce \u00ab\u00a0bref \u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, la CNT, dominante en juillet, ne l\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 plus en octobre. \u00c0 la fin de l\u2019ann\u00e9e l\u2019UGT faisait jeu \u00e9gal avec elle et le parti stalinien, qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019un groupuscule six mois plus t\u00f4t, avait pris l\u2019ascendant sur le mouvement anarchiste.<\/p>\n<p>Il serait temps de renoncer aussi au fantasme de colonnes libertaires capables de descendre du front d\u2019Aragon en mai 37 pour \u00e9triller les staliniens. Mal arm\u00e9es, mal organis\u00e9es, ces colonnes devenues des \u00ab\u00a0divisions\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0brigades\u00a0\u00bb apr\u00e8s leur int\u00e9gration dans l\u2019arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re ne comptaient que quelques milliers d\u2019hommes\u00a0: au plus 6 000 pour la Colonne Durruti, 2 500 pour la Colonne de fer, 2 000 pour la Colonne Sur-Ebro, etc. Additionn\u00e9es \u00e0 un instant \u00ab\u00a0T\u00a0\u00bb elles totalisaient au plus 30 000 combattants sur les 480 000 de l\u2019arm\u00e9e r\u00e9publicaine \u2013 tous ces chiffres \u00e9tant sur\u00e9valu\u00e9s car les commandants d\u2019unit\u00e9 trichaient sur leurs effectifs pour obtenir plus de ravitaillement. Quoi qu\u2019il en soit, les unit\u00e9s rouge et noir repr\u00e9sentaient moins de 10% des effectifs r\u00e9publicains. Si elles avaient voulu se retourner contre leurs \u00ab\u00a0alli\u00e9s\u00a0\u00bb, elles auraient \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9es par Lister avant d\u2019avoir atteint Barcelone. En les adjurant de rester sur leurs positions, les dirigeants de la CNT voulaient \u00e9viter que soient d\u00e9truites dans l\u2019opprobre (car elles auraient \u00e9t\u00e9 coupables de trahison aux yeux du monde entier) les derni\u00e8res forces militaires libertaires.<\/p>\n<p><strong>Les circonstances de la guerre<\/strong><\/p>\n<p>Je suis toujours \u00e9tonn\u00e9 que les contempteurs de la CNT-FAI balayent d\u2019un revers de main les circonstances de la guerre comme si la guerre n\u2019avait \u00e9t\u00e9 qu\u2019une p\u00e9rip\u00e9tie accessoire. \u00c0 les entendre, elle n\u2019aurait pas d\u00fb peser sur la d\u00e9cision d\u2019ajourner ou non la r\u00e9volution. Les dirigeants c\u00e9n\u00e9tistes qui avaient soutenu que la guerre les obligeait \u00e0 diff\u00e9rer la r\u00e9volution sont qualifi\u00e9s de \u00ab\u00a0circonstancialistes\u00a0\u00bb, terme \u00e9quivalent \u00e0 \u00ab\u00a0capitulards\u00a0\u00bb sous la plume de Myrtille et dans la litt\u00e9rature libertaire.<\/p>\n<p>La guerre, <i>a fortiori<\/i> la guerre id\u00e9ologique, est une lutte \u00e0 mort qui exige une mobilisation totale, militaire et \u00e9conomique. Or l\u2019arm\u00e9e r\u00e9publicaine devait se battre contre une arm\u00e9e initialement plus forte<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh9\" class=\"spip_note\" title=\"Au d\u00e9but de la guerre, sur les 184 000 hommes des forces arm\u00e9es espagnoles,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb9\" rel=\"appendix\">9<\/a>]<\/span> et qui fut tr\u00e8s vite \u00e9quip\u00e9e d\u2019avions (\u00e0 partir du 29 juillet 36) puis de chars et d\u2019artillerie par ses alli\u00e9s fascistes<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh10\" class=\"spip_note\" title=\"Les premi\u00e8res livraisons d\u2019avions italiens et allemands datent du 29 juillet\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb10\" rel=\"appendix\">10<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>Parce qu\u2019ils avaient une vue d\u2019ensemble sur les \u00e9v\u00e9nements, la victoire militaire est apparue d\u00e8s les premiers jours aux dirigeants conf\u00e9d\u00e9raux comme l\u2019objectif dont d\u00e9pendait tous les autres. Le 20 juillet 36, avant m\u00eame que la CNT-FAI ait eu le temps de se poser la question de la prise de pouvoir, les nationalistes avaient d\u00e9j\u00e0 conquis les Bal\u00e9ares, tout le nord du pays \u00e0 l\u2019exception d\u2019une bande c\u00f4ti\u00e8re de San Sebasti\u00e1n \u00e0 la Galice et ils avan\u00e7aient en Andalousie. Six semaines plus tard, apr\u00e8s les br\u00e8ves campagnes d\u2019Estr\u00e9madure (5-14 ao\u00fbt) et du Tage (17 ao\u00fbt-3 septembre), les factieux du Nord et du Sud avaient fait leur jonction et la moiti\u00e9 de l\u2019Andalousie \u00e9tait entre leurs mains. La perte de Saragosse et de la partie occidentale de l\u2019Andalousie d\u00e8s le d\u00e9but de la guerre avait priv\u00e9 d\u2019embl\u00e9e la Conf\u00e9d\u00e9ration de deux de ses principaux bastions et, \u00e9crit Jos\u00e9 Peirats, \u00ab\u00a0de la moiti\u00e9 de ses effectifs\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh11\" class=\"spip_note\" title=\"Peirats, Jos\u00e9, Une R\u00e9volution pour horizon, \u00c9ditions CNT-RP et Libertalia,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb11\" rel=\"appendix\">11<\/a>]<\/span>. En septembre, quand fut d\u00e9cid\u00e9e la militarisation des milices, chaque colonne continuait d\u2019agir pour son propre compte, sans coordination avec les colonnes voisines, sans plan d\u2019ensemble, tandis que les franquistes soutenaient presque partout l\u2019offensive, que Madrid \u00e9tait menac\u00e9e et que les gouvernementaux ne cessaient de reculer.<\/p>\n<p>La progression des nationalistes fut ralentie pendant quelques mois apr\u00e8s leur \u00e9chec devant Madrid (novembre 36), mais l\u2019arm\u00e9e r\u00e9publicaine ne prit jamais le dessus. Pour un observateur averti la guerre \u00e9tait perdue d\u00e8s la fin de l\u2019ann\u00e9e 1936 si l\u2019aide apport\u00e9e \u00e0 Franco par l\u2019Italie et l\u2019Allemagne n\u2019\u00e9tait pas compens\u00e9e par celle des d\u00e9mocraties occidentales \u00e0 la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Cette guerre n\u00e9cessitait de savoir utiliser des armes lourdes et des mat\u00e9riels sophistiqu\u00e9s, de g\u00e9rer une logistique capable d\u2019approvisionner une ligne de front de 2 000 km en armements, munitions, \u00e9quipements, vivres, mat\u00e9riel m\u00e9dical, et de combiner l\u2019action de centaines de milliers d\u2019hommes. Par cons\u00e9quent elle exigeait organisation et discipline\u00a0; Durruti ne fut pas le dernier \u00e0 le dire<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh12\" class=\"spip_note\" title=\"Jos\u00e9 Peirats a \u00e9crit de Durruti : \u00ab Il \u00e9tait le premier anarchiste \u00e0 bien\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb12\" rel=\"appendix\">12<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>Dans une guerre de fronts o\u00f9 les mat\u00e9riels comptent plus que les hommes (en rase campagne, il suffit de deux mitrailleuses derri\u00e8re un parapet pour arr\u00eater un r\u00e9giment), la victoire va fatalement au camp le mieux arm\u00e9, qu\u2019il fabrique lui-m\u00eame ses armes et munitions ou qu\u2019elles lui soient fournies par l\u2019\u00e9tranger. Non seulement l\u2019arm\u00e9e franquiste \u00e9tait mieux \u00e9quip\u00e9e d\u00e8s le d\u00e9part mais l\u2019aide que lui prodiguaient les \u00c9tats fascistes \u00e9tait bien sup\u00e9rieure \u00e0 celle que recevaient les r\u00e9publicains. La seule fa\u00e7on d\u2019att\u00e9nuer ce handicap aurait \u00e9t\u00e9 de mobiliser tout le potentiel de l\u2019industrie catalane au service de l\u2019effort de guerre, et Myrtille nous montre combien on en \u00e9tait loin. Par rapport \u00e0 juin 36 la production de l\u2019industrie catalane avait chut\u00e9 de 35% en novembre 36 et de 45% en novembre 37, avant de s\u2019effondrer \u00e0 partir d\u2019avril 38. La mobilisation de la production agricole \u00e9tait elle-aussi indispensable car les r\u00e9publicains devaient ravitailler un demi-million de soldats et deux villes de plus d\u2019un million d\u2019habitants, Madrid et Barcelone, alors que 20% des hommes \u00e9taient au front et que la guerre avait d\u00e9sorganis\u00e9 les transports.<\/p>\n<p>\u00c9tait-il possible, dans ces \u00ab\u00a0circonstances\u00a0\u00bb, de mener parall\u00e8lement une r\u00e9volution communiste libertaire\u00a0?<\/p>\n<p><strong>L\u2019engrenage<\/strong><\/p>\n<p>La guerre pr\u00e9cipita la CNT dans un in\u00e9luctable engrenage. Une fois admis qu\u2019il n\u2019y aurait pas de r\u00e9volution si Franco gagnait la guerre, il fallait mobiliser toutes les forces militaires et productives pour la gagner. D\u2019o\u00f9 l\u2019alliance avec les autres antifascistes, puis la participation au gouvernement afin de pouvoir peser sur ses d\u00e9cisions\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] si la CNT n\u2019acc\u00e8de pas au pouvoir avec la repr\u00e9sentativit\u00e9 qui correspond \u00e0 sa force, nous serons gouvern\u00e9s par les autres, coalis\u00e9s contre nous\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh13\" class=\"spip_note\" title=\"Discours prononc\u00e9 le 6 janvier 1938. Myrtille, p. 120.\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb13\" rel=\"appendix\">13<\/a>]<\/span>, plaidait Horacio Prieto. Mais \u00e0 force de tergiversations, il \u00e9tait trop tard<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh14\" class=\"spip_note\" title=\"Tant qu\u2019\u00e0 faire, soutient C\u00e9sar M. Lorenzo, fils d\u2019Horacio Prieto, il e\u00fbt mieux\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb14\" rel=\"appendix\">14<\/a>]<\/span>\u00a0: en novembre 36 la CNT \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 affaiblie et elle n\u2019obtint aucun portefeuille majeur.<\/p>\n<p>La suite fut une longue descente aux enfers. Ce qui paraissait \u00e9vident aux dirigeants c\u00e9n\u00e9tistes dans la perspective de gagner la guerre (militariser les milices, accro\u00eetre la production industrielle et agricole, d\u00e9sarmer les groupes incontr\u00f4l\u00e9s\u2026) ne l\u2019\u00e9tait pas pour un milicien engag\u00e9 volontaire ou pour l\u2019habitant d\u2019une <i>barriada<\/i> de Barcelone\u00a0: ob\u00e9ir sans discuter, travailler plus sans contrepartie, remettre ses armes \u00e0 la police, autant d\u2019injonctions qui paraissaient incompr\u00e9hensibles aux militants anarchistes. Le m\u00eame sc\u00e9nario se r\u00e9p\u00e9tait\u00a0: les partenaires de la CNT la sommaient de mettre au pas ses insubordonn\u00e9s\u00a0: usines autog\u00e9r\u00e9es refusant d\u2019honorer leurs factures, collectivit\u00e9s ne livrant pas leur quote-part \u00e0 l\u2019arm\u00e9e ou refusant de payer l\u2019imp\u00f4t, milices n\u2019ob\u00e9issant pas au commandement g\u00e9n\u00e9ral, patrouilles et comit\u00e9s refusant de rendre leurs armes, etc. La CNT s\u2019ex\u00e9cutait, sa base radicale s\u2019insurgeait, elle tentait de calmer ses troupes ou revenait sur sa d\u00e9cision, quittait le gouvernement, y retournait, et ressortait de chaque \u00e9pisode un peu plus affaiblie.<\/p>\n<p>Qu\u2019une organisation anarchiste participe \u00e0 un gouvernement, \u00e0 une arm\u00e9e, tente de persuader les ouvriers de se plier aux imp\u00e9ratifs de la productivit\u00e9 industrielle, menace de sanctions les r\u00e9calcitrants, fasse du jour au lendemain l\u2019inverse de ce qu\u2019elle avait profess\u00e9 depuis un demi-si\u00e8cle, avait de quoi susciter l\u2019indignation et la r\u00e9sistance que d\u00e9crit Myrtille.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire qu\u2019un mouvement de masse libertaire se trouvait confront\u00e9 \u00e0 la double probl\u00e9matique du pouvoir et de la guerre. Manifestement, ni les th\u00e9ories anarchistes, ni les enseignements des exp\u00e9riences pass\u00e9es (la Commune de Paris, la Makhnovchtchina&#8230;), ni les d\u00e9bats internes \u00e0 la CNT depuis qu\u2019elle se pr\u00e9parait \u00e0 l\u2019affrontement, n\u2019avaient permis d\u2019\u00e9laborer une strat\u00e9gie conciliant les principes anarchistes et l\u2019efficacit\u00e9.<\/p>\n<p>Il n\u2019est d\u2019ailleurs pas dit que l\u2019option de la r\u00e9volution sans transition n\u2019aurait pas abouti, dans un r\u00e9flexe de survie, aux m\u00eames renoncements en se heurtant aux r\u00e9alit\u00e9s de la guerre.<\/p>\n<p><strong>Le proc\u00e8s des dirigeants de la CNT<\/strong><\/p>\n<p>Il est vite exp\u00e9di\u00e9. Leur strat\u00e9gie a \u00e9chou\u00e9 de bout en bout\u00a0: les d\u00e9mocraties capitalistes ne sont pas venues au secours de l\u2019Espagne r\u00e9publicaine, le parti stalinien a supplant\u00e9 le mouvement libertaire et la guerre a \u00e9t\u00e9 perdue. En entrant au gouvernement, les dirigeants conf\u00e9d\u00e9raux croyaient pouvoir peser sur les arbitrages militaires, \u00e9conomiques et sociaux. En r\u00e9alit\u00e9, une fois sur le terrain de l\u2019ennemi, celui de la politique institutionnelle qu\u2019ils ne ma\u00eetrisaient pas, ils se sont fait rouler dans la farine et le syndicat libertaire s\u2019est enlis\u00e9 dans la bureaucratie. Pis que tout\u00a0: apr\u00e8s avoir pass\u00e9 outre \u00e0 ses principes, la CNT a fini par les combattre.<\/p>\n<p>Myrtille souligne qu\u2019elle ne reprend pas \u00e0 son compte l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb personnelle des chefs de la CNT-FAI (quoiqu\u2019elle e\u00fbt pu se dispenser de certains qualificatifs peu am\u00e8nes\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019in\u00e9narrable Santill\u00e1n\u00a0\u00bb)\u2026 Mais qu\u2019il m\u2019est p\u00e9nible, lorsqu\u2019elle pr\u00e9sente ses ouvrages, d\u2019entendre son auditoire accueillir l\u2019expression \u00ab\u00a0anarchistes de gouvernement\u00a0\u00bb et les noms de Juan Garc\u00eda Oliver, Abad de Santill\u00e1n ou Juan Peir\u00f3 par des ricanements (\u00e0 quel titre\u00a0?).<\/p>\n<p>Les anarchistes disent ne pas aimer les chefs, mais l\u2019histoire du mouvement libertaire est riche de h\u00e9ros charismatiques (Mikha\u00efl Bakounine, Nestor Makhno, Louise Michel, Errico Malatesta, Emma Goldman\u2026) que leur vie aventureuse, leur rectitude morale, leur courage physique, ont rendu l\u00e9gendaires de leur vivant et qui se sont \u00ab\u00a0naturellement\u00a0\u00bb impos\u00e9s comme des leaders, voire des chefs de guerre, quand ils ont particip\u00e9 \u00e0 des soul\u00e8vements r\u00e9volutionnaires. L\u2019anarchisme espagnol, apr\u00e8s 30 ans de luttes implacables, abondait en personnalit\u00e9s prestigieuses\u00a0: les anciens du groupe Los Solidarios \u2013 Juan Garc\u00eda Oliver, Buenaventura Durruti, Francisco Ascaso, Ricardo Sanz \u2013, mais aussi Horacio Prieto, Abad de Santill\u00e1n, Juan Peir\u00f3, d\u2019autres encore\u2026 Tous avaient derri\u00e8re eux une vie de lutte, de p\u00e9rils, de prisons et d\u2019exil. Dans les moments o\u00f9 il fallut faire des choix cruciaux, ces anarchistes <i>destacados<\/i> d\u00e9cid\u00e8rent \u00ab\u00a0naturellement\u00a0\u00bb pour des centaines de milliers de militants qui les suivirent pour la plupart.<\/p>\n<p>Le 19 juillet 1936, contrairement \u00e0 la l\u00e9gende spontan\u00e9iste v\u00e9hicul\u00e9e par l\u2019imagerie libertaire, ce sont ces militants <i>destacados<\/i> qui donn\u00e8rent le signal de la r\u00e9volution en descendant de Pueblo Nuevo vers le centre-ville de Barcelone et les \u00ab\u00a0cadres de d\u00e9fense\u00a0\u00bb dont s\u2019\u00e9tait dot\u00e9e la CNT depuis 1934 qui firent le coup de feu contre les factieux. C\u2019est ensuite seulement que le peuple envahit les rues, banni\u00e8res au vent. \u00ab\u00a0Tout un peuple a boug\u00e9, raconte Abad de Santill\u00e1n, et il a boug\u00e9 parce que nous \u00e9tions l\u00e0, que le Durruti l\u00e9gendaire \u00e9tait l\u00e0, au premier rang.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh15\" class=\"spip_note\" title=\"Entretien de Abad de Santill\u00e1n avec Freddy Gomez, \u00c0 contretemps, n\u00b0 10,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb15\" rel=\"appendix\">15<\/a>]<\/span>\u00a0\u00bb Les jours suivants, lorsqu\u2019il fallut trancher entre prendre tout le pouvoir ou non, c\u2019est la d\u00e9cision de ces <i>destacados<\/i> qui s\u2019imposa. Et quoi qu\u2019ils aient dit plus tard de leurs doutes ou de leurs r\u00e9serves, tous soutinrent la participation au gouvernement et aucun ne se d\u00e9jugea, par conviction pour certains, pour ne pas briser l\u2019unit\u00e9 de la Conf\u00e9d\u00e9ration pour d\u2019autres. Durruti, le seul qui \u00e9chappe \u00e0 l\u2019opprobre des d\u00e9tracteurs de la CNT, n\u2019a pourtant jamais contest\u00e9 la strat\u00e9gie de la direction conf\u00e9d\u00e9rale et s\u2019est montr\u00e9 jusqu\u2019au bout un militant disciplin\u00e9.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t qu\u2019incriminer, comme Myrtille, \u00ab\u00a0le choix collaborationniste des dirigeants de la CNT\u00a0\u00bb, ne faut-il pas chercher ailleurs la cause de l\u2019\u00e9chec\u00a0? Alors qu\u2019ils s\u2019attendaient au coup d\u2019\u00c9tat militaire, qu\u2019ils s\u2019y \u00e9taient pr\u00e9par\u00e9s depuis au moins deux ans et qu\u2019ils se disaient s\u00fbrs de vaincre<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh16\" class=\"spip_note\" title=\"Entretien de Juan Garc\u00eda Oliver avec Freddy Gomez, \u00c0 contretemps, n\u00b0 17,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb16\" rel=\"appendix\">16<\/a>]<\/span>, comment se fait-il que les militants c\u00e9n\u00e9tistes n\u2019aient jamais d\u00e9cid\u00e9 de ce qu\u2019ils feraient concr\u00e8tement au lendemain de leur victoire\u00a0? Allaient-ils tenter de prendre seuls le pouvoir ou s\u2019allieraient-ils aux forces de gauche\u00a0? Comment affronteraient-ils l\u2019arm\u00e9e putschiste \u2013 sachant que jamais dans l\u2019histoire une gu\u00e9rilla n\u2019\u00e9tait venue seule \u00e0 bout d\u2019une arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re\u00a0? Avec quels armements\u00a0? Comment organiseraient-ils une \u00e9conomie de guerre\u00a0? Quelle serait leur attitude vis-\u00e0-vis des puissances \u00e9trang\u00e8res\u00a0? Alors que la CNT avait officiellement fait le choix du communisme libertaire comme mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9, comment s\u2019effectuerait sa \u00ab\u00a0mise en route\u00a0\u00bb dans un pays en guerre et une soci\u00e9t\u00e9 majoritairement hostile \u00e0 l\u2019abolition de la propri\u00e9t\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>La CNT-FAI semble avoir \u00e9t\u00e9 totalement prise de court au moment o\u00f9 il fallut r\u00e9pondre \u00e0 ces questions, dont celle, cruciale, de l\u2019organisation de la lutte arm\u00e9e. Ce n\u2019est pas faute d\u2019en avoir d\u00e9battu. Le groupe Nosostros (Garc\u00eda Oliver, Durruti, Ascaso, etc.) avait propos\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, et jusqu\u2019\u00e0 la veille du putsch, de s\u2019emparer du pouvoir et de cr\u00e9er une \u00ab\u00a0arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb. Comme je l\u2019ai dit plus haut cette strat\u00e9gie, dite \u00ab\u00a0anarcho-bolchevique\u00a0\u00bb, avait \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e par la quasi-totalit\u00e9 de la <i>militancia<\/i> qui s\u2019\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9e derri\u00e8re le dogme de la \u00ab\u00a0spontan\u00e9it\u00e9 cr\u00e9ative des travailleurs\u00a0\u00bb pour ne pas lui opposer d\u2019alternative et\u2026 ne rien d\u00e9cider<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh17\" class=\"spip_note\" title=\"Apr\u00e8s la mort de Franco (fin 1975), la CNT, aur\u00e9ol\u00e9e de son (lointain) pass\u00e9\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb17\" rel=\"appendix\">17<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>N\u2019y a-t-il pas l\u00e0 un vice de forme de l\u2019anarchisme, efficient pour critiquer le syst\u00e8me capitaliste, cr\u00e9atif pour imaginer une soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale, mais incapable d\u2019organiser le passage de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre\u00a0? Quant au \u00ab\u00a0leaderisme\u00a0\u00bb, n\u2019est-il pas le r\u00e9sultat d\u2019une impuissance \u00e0 s\u2019organiser collectivement, \u00e0 se fixer des objectifs, une strat\u00e9gie, et \u00e0 s\u2019y tenir\u00a0?<\/p>\n<p><strong>La terreur<\/strong><\/p>\n<p>Les staliniens et les r\u00e9actionnaires ont longtemps impos\u00e9 leurs versions respectives de la guerre d\u2019Espagne, versions dans lesquelles les crimes attribu\u00e9s aux anarchistes occupent une place de choix\u00a0: assassinats de religieux, ex\u00e9cutions sommaires de fascistes pr\u00e9sum\u00e9s, r\u00e8glements de comptes et exactions sanglantes sous couvert de \u00ab\u00a0justice r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, massacres dans les prisons, etc. Depuis les historiens libertaires ont objectiv\u00e9 les faits, ramen\u00e9 les chiffres \u00e0 leurs v\u00e9ritables proportions et sp\u00e9cifi\u00e9 ce qui pouvait \u00eatre imput\u00e9 aux anarchistes. En revanche, s\u2019ils consacrent de nombreuses pages \u00e0 relativiser la responsabilit\u00e9 des libertaires, ils n\u2019ont jamais voulu reconna\u00eetre les lourdes cons\u00e9quences de ces \u00ab\u00a0exc\u00e8s\u00a0\u00bb. Lorsqu\u2019une population est soumise \u00e0 l\u2019arbitraire de groupes arm\u00e9s aux motivations incertaines (bras arm\u00e9 du peuple r\u00e9volutionnaire pour les uns, les \u00ab\u00a0patrouilles de contr\u00f4le\u00a0\u00bb \u00e9taient d\u00e9nonc\u00e9es pour leur corruption par beaucoup d\u2019autres, y compris dans les rangs de la CNT-FAI), elle plonge dans la terreur. Le sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 pouss\u00e9 \u00e0 son paroxysme provoque la haine \u00e0 l\u2019encontre de ceux qui en sont tenus pour responsables et une aspiration irr\u00e9pressible \u00e0 l\u2019ordre. Les dirigeants anarchistes en \u00e9taient bien conscients qui fustigeaient les ex\u00e9cutions sommaires<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh18\" class=\"spip_note\" title=\"Bolet\u00edn de Informaci\u00f3n CNT-FAI du 25 juillet. Pour une synth\u00e8se \u00e9quilibr\u00e9e de\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb18\" rel=\"appendix\">18<\/a>]<\/span>, au point que la FAI annon\u00e7a en ao\u00fbt 36\u00a0: \u00ab\u00a0Nous d\u00e9clarons froidement, avec une terrible s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, et avec l\u2019inexorable intention de le faire, que si tous ces actes irresponsables qui s\u00e8ment la terreur \u00e0 Barcelone ne prennent pas fin, nous fusillerons tous les coupable.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh19\" class=\"spip_note\" title=\"Cit\u00e9 par L\u2019Adunata dei Refrattari (New York) du 29 ao\u00fbt 1936.\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb19\" rel=\"appendix\">19<\/a>]<\/span>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cet \u00e9t\u00e9 terroriste explique en grande partie l\u2019effondrement rapide de la CNT-FAI en Catalogne et, parall\u00e8lement, l\u2019ascension fulgurante du PSUC se revendiquant le parti de l\u2019ordre, de la s\u00e9curit\u00e9 et de la d\u00e9fense de la propri\u00e9t\u00e9. Myrtille, les Gim\u00e9nologues et les commentateurs \u00ab\u00a0radicaux\u00a0\u00bb semblent avoir d\u2019autant plus de mal \u00e0 l\u2019admettre que cette d\u00e9rive a \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9e par les \u00ab\u00a0collaborationnistes\u00a0\u00bb de la CNT-FAI (Joan Peir\u00f3, Federica Montseny, etc.) et qu\u2019elle met \u00e0 mal la doctrine spontan\u00e9iste.<\/p>\n<p>L\u2019argument des moyens qui conditionnent la fin revient souvent sous la plume de Myrtille pour condamner la strat\u00e9gie des \u00ab\u00a0collaborationnistes\u00a0\u00bb\u00a0: comment construire une soci\u00e9t\u00e9 sans \u00c9tat en commen\u00e7ant par maintenir l\u2019\u00c9tat, ou une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9barrass\u00e9e du productivisme en demandant aux prol\u00e9taires de travailler plus\u00a0? Ce type de raisonnement peut se retourner\u00a0: comment \u00e9difier une soci\u00e9t\u00e9 pacifique dans la violence<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh20\" class=\"spip_note\" title=\"Les anarchistes n\u2019ont jamais tranch\u00e9 entre violence et non-violence. Dans les\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb20\" rel=\"appendix\">20<\/a>]<\/span>, une soci\u00e9t\u00e9 juste en tol\u00e9rant l\u2019arbitraire, une soci\u00e9t\u00e9 libertaire avec des mesures autoritaires\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Le communisme libertaire en pratique<\/strong><\/p>\n<p>La collectivisation toucha quantit\u00e9 d\u2019activit\u00e9s en Catalogne \u2013 textile, transports, \u00e9lectricit\u00e9, gaz, traitement des eaux, automobile, m\u00e9canique, mines, cimenteries, papier, chimie, bois, agro-alimentaire, brasseries, p\u00eache, certains commerces\u2026 \u2013 mais c\u2019est seulement dans les petites communaut\u00e9s rurales qu\u2019elle r\u00e9alisa, parfois, des objectifs aussi ambitieux que la suppression de l\u2019argent et du salariat.<\/p>\n<p>M\u00eame un historien aussi hostile aux libertaires espagnols que Hugh Thomas reconna\u00eet l\u2019importance du mouvement des collectivit\u00e9s agraires<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh21\" class=\"spip_note\" title=\"Que seraient devenues les collectivit\u00e9s si la R\u00e9publique l\u2019avait emport\u00e9 ? Les\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb21\" rel=\"appendix\">21<\/a>]<\/span>, ses r\u00e9ussites \u00e9conomiques, la facult\u00e9 d\u2019adaptation et l\u2019inventivit\u00e9 dont firent preuve des paysans pour la plupart illettr\u00e9s, la multiplication des \u00e9coles et le formidable besoin d\u2019instruction qu\u2019il g\u00e9n\u00e9ra, ainsi qu\u2019 \u00ab\u00a0une solide joie de vivre qui compensait les carences dues \u00e0 la guerre\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh22\" class=\"spip_note\" title=\"Thomas, Hugh, op. cit., pp. 432-433.\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb22\" rel=\"appendix\">22<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>La collectivisation des terres s\u2019accomplit en zone r\u00e9publicaine de fa\u00e7on tr\u00e8s in\u00e9gale\u00a0: massive en Aragon oriental, importante dans la province de Badajoz, en Castille-La Manche, en Andalousie, plus dispers\u00e9e ailleurs, parfois pour quelques semaines, parfois pendant une ann\u00e9e pleine. Elle fut surtout le fait des ouvriers agricoles tandis que les petits propri\u00e9taires et les m\u00e9tayers y \u00e9taient en g\u00e9n\u00e9ral hostiles (les gros propri\u00e9taires avaient fui). Elle ne concerna que des ensembles limit\u00e9s, le plus souvent des villages de 1 000 \u00e0 2 000 habitants, rarement 4 000, \u00e9tant entendu que tous les villageois n\u2019y adh\u00e9raient pas. La plupart des collectivit\u00e9s se content\u00e8rent de mettre les terres en commun et continu\u00e8rent \u00e0 r\u00e9mun\u00e9rer les paysans en <i>pesetas<\/i> en fonction du travail fourni. Celles qui appliquaient le \u00ab\u00a0salaire familial\u00a0\u00bb (\u00e0 chacun selon ses besoins) et avaient supprim\u00e9 l\u2019argent, remplac\u00e9 par des \u00ab\u00a0bons d\u2019achat\u00a0\u00bb, \u00e9taient \u00e9parpill\u00e9es. Le syst\u00e8me des \u00ab\u00a0bons\u00a0\u00bb pouvait ais\u00e9ment fonctionner en interne, pour payer l\u2019alimentation, le coiffeur ou le cordonnier, mais les choses se compliquaient lorsqu\u2019une collectivit\u00e9 voulait commercer avec une ville, une entreprise industrielle ou un \u00e9tablissement de commerce, car ceux-ci ne les acceptaient pas. Pour cette raison, la suppression de l\u2019argent ne concerna jamais que les \u00e9changes du quotidien \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de modestes bourgades.<\/p>\n<p>En Catalogne les anarchistes \u00e9chou\u00e8rent \u00e0 imposer la collectivisation aux petits propri\u00e9taires. Myrtille soulignait dans son volume II que la CNT avait toujours d\u00e9laiss\u00e9 les campagnes. En effet, malgr\u00e9 les protestations de Joan Peir\u00f3<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh23\" class=\"spip_note\" title=\"Llibertat, 29 septembre 1936.\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb23\" rel=\"appendix\">23<\/a>]<\/span> et d\u2019autres, les militants ouvriers de Barcelone s\u2019ali\u00e9n\u00e8rent les petits paysans, passionn\u00e9ment attach\u00e9s \u00e0 leur terre, objet de leur labeur, de leur fiert\u00e9, sur laquelle ils se sentaient leur propre ma\u00eetre et qui voyaient la collectivisation comme une servitude.<\/p>\n<p>En Aragon oriental, la collectivisation fut \u00e0 la fois massive et, dit Myrtille, \u00ab\u00a0proche des principes du communisme libertaire\u00a0\u00bb. Appuy\u00e9s par les milices conf\u00e9d\u00e9rales, les anarchistes y avaient pris le pouvoir en juillet 36 avant d\u2019introniser le Conseil r\u00e9gional de d\u00e9fense d\u2019Aragon \u00ab\u00a0de fa\u00e7on pas tr\u00e8s d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, comme le reconnait Antonio Ortiz Ram\u00edrez lui-m\u00eame<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh24\" class=\"spip_note\" title=\"Ortiz, g\u00e9n\u00e9ral sans dieu ni ma\u00eetre, film d\u2019Ariel Camacho, Phil Casoar et\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb24\" rel=\"appendix\">24<\/a>]<\/span>. Compte tenu de l\u2019occupation de la r\u00e9gion par les colonnes libertaires et des violences commises dans leur sillage, il ne s\u2019agissait \u00e9videmment pas d\u2019une adh\u00e9sion enti\u00e8rement spontan\u00e9e. On ne peut, comme le fait Myrtille, se contenter de signaler par une note de bas de page que \u00ab\u00a0[\u2026] la pr\u00e9sence de ces hommes en armes dans les <i>pueblos<\/i> pouvait dans certains cas intimider les paysans et exercer une pression sur ceux qui n\u2019int\u00e9graient pas les collectivit\u00e9s\u00a0\u00bb. Les miliciens anarchistes repr\u00e9sentaient une menace pour les paysans qui n\u2019auraient pas voulu entrer dans la collectivit\u00e9 et on ne peut tenir compte d\u2019une adh\u00e9sion obtenue sous la menace.<\/p>\n<p>Myrtille cite plusieurs t\u00e9moignages soulignant l\u2019attachement de ces paysans pauvres \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 de leur terre et le fait que la plupart, y compris ceux qui \u00e9taient adh\u00e9rents \u00e0 la CNT, \u00e9taient oppos\u00e9s \u00e0 la collectivisation, au contraire des ouvriers agricoles. M\u00eame dans les villages o\u00f9 ils \u00e9taient en th\u00e9orie libres d\u2019entrer dans la collectivit\u00e9, une forte pression s\u2019exer\u00e7ait sur eux\u00a0: s\u2019ils restaient en dehors, ils n\u2019avaient plus acc\u00e8s aux moyens que la collectivit\u00e9 s\u2019\u00e9tait appropri\u00e9s (four communal, outillage, v\u00e9hicules\u2026), ni aux services collectivis\u00e9s (artisans, magasins, coiffeur\u2026) et ils ne pouvaient plus disposer librement de leur r\u00e9colte. En plus de ces difficult\u00e9s, les m\u00e9tayers qui voulaient rester ind\u00e9pendants continuaient \u00e0 payer un loyer pour leur terre, qu\u2019ils devaient verser \u00e0 la collectivit\u00e9<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh25\" class=\"spip_note\" title=\"Bolloten, Burnett, op. cit., pp. 124-126.\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb25\" rel=\"appendix\">25<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>En cherchant \u00e0 imposer la collectivisation, les anarchistes commettaient deux erreurs\u00a0: ils se mettaient \u00e0 dos une part importante de la population pauvre qui aurait d\u00fb leur \u00eatre favorable et ils violaient la libert\u00e9 individuelle \u2013 fondement de l\u2019anarchisme \u2013 de travailleurs qui n\u2019exploitaient personne.<\/p>\n<p>Les collectivit\u00e9s \u00e9taient d\u2019ailleurs \u00e0 bien des \u00e9gards plus communistes que libertaires, m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 \u00e9tait appliqu\u00e9 l\u2019adage \u00ab\u00a0\u00c0 chacun selon ses besoins\u00a0\u00bb. Ainsi les \u00ab\u00a0bons\u00a0\u00bb repr\u00e9sentaient une contre-valeur de l\u2019argent valable uniquement pour les biens de consommation courants disponibles dans la collectivit\u00e9. Donc, pour obtenir des <i>pesetas<\/i> afin d\u2019aller se distraire, se soigner, ou faire des achats en ville, un habitant devait s\u2019adresser au comit\u00e9 en pr\u00e9cisant le motif de son d\u00e9placement et de combien d\u2019argent il avait besoin. Beaucoup consid\u00e9raient que cette obligation humiliante conf\u00e9rait audit comit\u00e9 un pouvoir autocratique de contr\u00f4le sur la population, et cela d\u2019autant que le puritanisme anarchiste condamnait les caf\u00e9s, l\u2019alcool, le tabac et le sexe hors union (libre). Quant \u00e0 la moiti\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9, les femmes, qui n\u2019avaient toujours ni les m\u00eames droits ni les m\u00eames salaires que les hommes, le \u00ab\u00a0salaire familial\u00a0\u00bb aggravait leur d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis du \u00ab\u00a0chef de famille\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh26\" class=\"spip_note\" title=\"Il existe quantit\u00e9 de t\u00e9moignages sur les collectivit\u00e9s agraires (Leval,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb26\" rel=\"appendix\">26<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>La mise en \u0153uvre des principes du communisme libertaire n\u2019a concern\u00e9 que des villages au niveau de vie tr\u00e8s bas et l\u2019on comprend que leur application \u2013 par exemple l\u2019abolition de l\u2019argent \u2013 aurait engendr\u00e9 des probl\u00e8mes insolubles au niveau d\u2019une ville, plus encore d\u2019un pays, et g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une bureaucratie tentaculaire pour administrer \u00e9quitablement les \u00e9changes. \u00ab\u00a0C\u2019est pourquoi cette r\u00e9solution sur le communisme libertaire, \u00e9crit Jos\u00e9 Peirats, il faut la comprendre en rapport avec une organisation sociale comme celle de l\u2019Espagne, de type semi-f\u00e9odale ou sous-d\u00e9velopp\u00e9e, comme on dirait maintenant. Mais il y a aussi en elle une id\u00e9e de la perfection, une foi inchang\u00e9e dans les valeurs \u00e9ternelles de l\u2019humanit\u00e9, et c\u2019est ce que les critiques sarcastiques ne voient pas.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh27\" class=\"spip_note\" title=\"Tiempo de Historia, janvier 1980.\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb27\" rel=\"appendix\">27<\/a>]<\/span>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le communisme libertaire que d\u00e9crit Myrtille suppose une soci\u00e9t\u00e9 frugale, pr\u00e9capitaliste, pr\u00e9industrielle, ce qui explique qu\u2019il ait pu s\u2019\u00e9panouir dans les <i>pueblos<\/i> d\u2019Espagne o\u00f9 les paysans vivaient dans des conditions mat\u00e9rielles presque inchang\u00e9es depuis un demi-mill\u00e9naire. Peut-\u00eatre l\u2019humanit\u00e9 aurait-elle mieux fait de ne pas prendre le virage de l\u2019industrialisation, mais un retour en arri\u00e8re \u00e9tait-il possible\u00a0? Des hommes comme Abad de Santill\u00e1n ou Joan Peir\u00f3, et avec eux la majorit\u00e9 de la <i>militancia<\/i>, ont pens\u00e9 que non et que l\u2019on pouvait sortir du capitalisme tout en conservant ce que l\u2019industrialisation pouvait apporter de positif.<\/p>\n<p><strong>En guise de conclusion<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019atermoiements en voltes-faces, le mouvement anarchiste espagnol duquel avait surgi la r\u00e9volution la plus f\u00e9conde de l\u2019histoire, s\u2019ab\u00eema dans un naufrage id\u00e9ologique et militaire. Comment ne pas comprendre l\u2019amertume, la rage, des rescap\u00e9s de cette aventure unique qui rassembla, dans les milices conf\u00e9d\u00e9rales, les meilleurs militants de l\u2019internationale libertaire et, dans les collectivit\u00e9s, la fine fleur du prol\u00e9tariat d\u2019Espagne\u00a0? Ceux-l\u00e0, envers et contre tout, y compris contre la CNT, tent\u00e8rent \u00ab\u00a0[\u2026] de construire la soci\u00e9t\u00e9 nouvelle. Ils ne se sentaient pas li\u00e9s par les man\u0153uvres politiques et ils avaient raison, affirme Gaston Leval, car nous n\u2019en aurions pas moins perdu la guerre et la magnifique exp\u00e9rience de la r\u00e9volution espagnole n\u2019aurait pas eu lieu\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh28\" class=\"spip_note\" title=\"Cit\u00e9 par Myrtille, pp. 128-129.\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nb28\" rel=\"appendix\">28<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>Ils avaient cru toucher au but et cherch\u00e8rent longtemps l\u2019explication de leur d\u00e9faite dans la \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb, comme souvent les survivants des combats perdus. \u00c0 pr\u00e9sent que la g\u00e9n\u00e9ration des combattants de 1936 s\u2019est \u00e9teinte et que le temps de la m\u00e9moire laisse la place \u00e0 celui de l\u2019histoire, il devrait \u00eatre plus facile de porter sur la guerre d\u2019Espagne un regard distanci\u00e9 et de renoncer \u00e0 l\u2019immuable l\u00e9gende d\u2019une r\u00e9volution qui aurait pu, qui aurait d\u00fb, triompher.<\/p>\n<p>Pour conclure, il faut revenir \u00e0 l\u2019origine de cette r\u00e9volution, c\u2019est-\u00e0-dire au coup d\u2019\u00c9tat militaire. Contrairement aux r\u00e9volutions fran\u00e7aise ou russe, c\u2019est par l\u2019attaque de militaires \u00ab\u00a0factieux\u00a0\u00bb contre la R\u00e9publique et le soul\u00e8vement populaire pour la d\u00e9fendre que d\u00e9buta la r\u00e9volution espagnole. L\u2019affrontement prit aussit\u00f4t la forme d\u2019une guerre conventionnelle entre l\u2019arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re \u00ab\u00a0gouvernementale\u00a0\u00bb et celle des \u00ab\u00a0rebelles\u00a0\u00bb. Cette guerre, dont on dit qu\u2019elle fut la r\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale du second conflit mondial, les anarchistes ne l\u2019ont pas voulue, elle s\u2019est impos\u00e9e \u00e0 eux. Ils n\u2019en ont choisi ni les modalit\u00e9s ni le moment. Dans les conditions historiques de 1936, leur cause \u00e9tait perdue d\u2019avance.<\/p>\n<p><strong>Fran\u00e7ois ROUX<\/strong><\/p>\n<dl class=\"spip_document_1558 spip_documents spip_documents_center\">\n<dt><a title=\"PDF - 907.2 ko\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/IMG\/pdf\/chemins_3_f._roux_.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/acontretemps.org\/local\/cache-vignettes\/L52xH52\/pdf-39070.png?1568711366\" alt=\"\" width=\"52\" height=\"52\" \/><\/a><\/dt>\n<dt class=\"spip_doc_titre\"><strong>Texte en PDF<\/strong><\/dt>\n<\/dl>\n<\/div>\n<div class=\"nettoyeur\"><\/div>\n<aside id=\"notes\"><strong>Notes : <\/strong><\/p>\n<div id=\"nb1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Les Gim\u00e9nologues, <i>Les Fils de la nuit<\/i>, Libertalia, 2016, pr\u00e9face de Fran\u00e7ois Godicheau, deux volumes sous coffret, livres + CD-Rom], puis \u00e0 la recherche des rescap\u00e9s du front d\u2019Aragon et de leurs enfants \u2013 <i>\u00a1A Zaragoza o al charco\u00a0! Aragon 1936-1938<\/i>[[ Les Gim\u00e9nologues, <i>\u00a1A Zaragoza o al charco\u00a0! Aragon 1936-1938. R\u00e9cits de protagonistes libertaires<\/i>, L\u2019Insomniaque, 2016.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span>Gonzalbo, Jordi, <a class=\"spip_site\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article495\"><i>Itin\u00e9raires Barcelone-Perpignan<\/i><\/a>, Atelier de cr\u00e9ation libertaire, 2013.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh3\" rev=\"appendix\">3<\/a>]\u00a0<\/span>Ouvrage publi\u00e9 en fran\u00e7ais, chez Acratie, en 1997.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh4\" rev=\"appendix\">4<\/a>]\u00a0<\/span>La CNT entre au gouvernement espagnol le 4 novembre 1936. Elle dispose de trois repr\u00e9sentants au conseil de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 de Catalogne depuis le 27 septembre.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh5\" rev=\"appendix\">5<\/a>]\u00a0<\/span>Myrtille, p. 13.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb6\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 6\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh6\" rev=\"appendix\">6<\/a>]\u00a0<\/span>Gaston Leval, cit\u00e9 par Myrtille, p. 12.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb7\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 7\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh7\" rev=\"appendix\">7<\/a>]\u00a0<\/span>Cit\u00e9 par Myrtille, p. 11.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb8\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 8\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh8\" rev=\"appendix\">8<\/a>]\u00a0<\/span>Bolloten, Burnett, <i>La Guerre d\u2019Espagne<\/i>, Agone, Marseille, 2014, pp. 126-127.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb9\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 9\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh9\" rev=\"appendix\">9<\/a>]\u00a0<\/span>Au d\u00e9but de la guerre, sur les 184 000 hommes des forces arm\u00e9es espagnoles, 84 000 se trouvent du c\u00f4t\u00e9 de la R\u00e9publique et 100 000 du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0rebelles\u00a0\u00bb, dont 30 000 hommes d\u2019\u00e9lite de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Afrique. Les officiers ne sont qu\u2019environ un millier \u00e0 rallier la R\u00e9publique contre 7 000 qui rejoignent les nationalistes (Hugh Thomas, <i>La Guerre d\u2019Espagne<\/i>, Robert Laffont, 1985, p. 257). Le nombre d\u2019engag\u00e9s civils dans chaque camp (miliciens d\u2019un c\u00f4t\u00e9, phalangistes, \u00ab\u00a0requet\u00e9s\u00a0\u00bb carlistes, etc., de l\u2019autre) est \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9quivalent. En janvier 1937, les effectifs atteignent 560 000 du c\u00f4t\u00e9 nationaliste et 500 000 du c\u00f4t\u00e9 r\u00e9publicain.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb10\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 10\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh10\" rev=\"appendix\">10<\/a>]\u00a0<\/span>Les premi\u00e8res livraisons d\u2019avions italiens et allemands datent du 29 juillet 1936 et une premi\u00e8re unit\u00e9 de panzers allemands intervient dans les combats d\u00e8s octobre 1936. En 1937, 50 000 soldats italiens se battent du c\u00f4t\u00e9 nationaliste avec 170 chars et 700 avions de combat, ainsi que 6 000 allemands avec 800 avions et 120 chars.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb11\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 11\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh11\" rev=\"appendix\">11<\/a>]\u00a0<\/span>Peirats, Jos\u00e9, <i>Une R\u00e9volution pour horizon<\/i>, \u00c9ditions CNT-RP et Libertalia, 2013, p. 234.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb12\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 12\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh12\" rev=\"appendix\">12<\/a>]\u00a0<\/span>Jos\u00e9 Peirats a \u00e9crit de Durruti\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait le premier anarchiste \u00e0 bien comprendre que nous devions faire la guerre de la m\u00eame fa\u00e7on que les fascistes.\u00a0\u00bb Toujours d\u2019apr\u00e8s Jos\u00e9 Peirats, Durruti utilisait les m\u00e9thodes des officiers de la Grande Guerre pour d\u00e9pister les faux malades et les d\u00e9faitistes. David Wingeate Pike, \u00ab\u00a0Les Anarchistes et la guerre d\u2019Espagne\u00a0: apports nouveaux\u00a0\u00bb, <i>Guerres mondiales et conflits contemporains<\/i>, note 54 et 56, 2012\/3 (n\u00b0\u00a0247).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb13\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 13\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh13\" rev=\"appendix\">13<\/a>]\u00a0<\/span>Discours prononc\u00e9 le 6 janvier 1938. Myrtille, p. 120.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb14\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 14\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh14\" rev=\"appendix\">14<\/a>]\u00a0<\/span>Tant qu\u2019\u00e0 faire, soutient C\u00e9sar M.\u00a0Lorenzo, fils d\u2019Horacio Prieto, il e\u00fbt mieux valut entrer au gouvernement d\u00e8s juillet 36 (<a class=\"spip_site\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article481\"><i>Horacio Prieto, mon p\u00e8re<\/i><\/a>, \u00c9ditions libertaires, 2012).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb15\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 15\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh15\" rev=\"appendix\">15<\/a>]\u00a0<\/span><a class=\"spip_site\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article369\">Entretien de Abad de Santill\u00e1n avec Freddy Gomez<\/a>, <i>\u00c0 contretemps<\/i>, n\u00b0\u00a010, d\u00e9cembre 2002.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb16\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 16\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh16\" rev=\"appendix\">16<\/a>]\u00a0<\/span><a class=\"spip_site\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article40\">Entretien de Juan Garc\u00eda Oliver avec Freddy Gomez<\/a>, <i>\u00c0 contretemps<\/i>, n\u00b0\u00a017, juillet 2004<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb17\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 17\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh17\" rev=\"appendix\">17<\/a>]\u00a0<\/span>Apr\u00e8s la mort de Franco (fin 1975), la CNT, aur\u00e9ol\u00e9e de son (lointain) pass\u00e9 prestigieux, ressurgit en Espagne. Elle attira aussit\u00f4t les adh\u00e9rents par dizaines de milliers mais il apparut vite qu\u2019en 40 ans elle n\u2019avait r\u00e9gl\u00e9 aucun de ses conflits internes \u2013 entre \u00ab\u00a0puristes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0r\u00e9alistes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0syndicalistes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0conseillistes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0assembl\u00e9istes\u00a0\u00bb, partisans de la violence et de la non-violence \u2013 et elle retomba dans ses vieux d\u00e9mons, les querelles intestines et la division. En janvier 1978, des militants de la CNT manipul\u00e9s par un indicateur de police commirent un attentat qui tua quatre ouvriers (dont deux membres de la CNT). Cet acc\u00e8s de violence lui fut fatal. Le nombre d\u2019adh\u00e9rents fondit. Elle porta \u00e0 sa t\u00eate en avril 1978 Enric Marco, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la CNT catalane, un imposteur qui s\u2019\u00e9tait invent\u00e9 une biographie de r\u00e9sistant au franquisme, avant de l\u2019expulser en 1980. Aujourd\u2019hui, \u00e9puis\u00e9e par les scissions, marginalis\u00e9e, la CNT a perdu quasiment toute influence en Espagne.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb18\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 18\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh18\" rev=\"appendix\">18<\/a>]\u00a0<\/span><i>Bolet\u00edn de Informaci\u00f3n CNT-FAI<\/i> du 25 juillet. Pour une synth\u00e8se \u00e9quilibr\u00e9e de la terreur dans les premi\u00e8res semaines de la r\u00e9volution\u00a0: Bolloten, Burnett, <i>op. cit.<\/i>, p. 92-97.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb19\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 19\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh19\" rev=\"appendix\">19<\/a>]\u00a0<\/span>Cit\u00e9 par <i>L\u2019Adunata dei Refrattari<\/i> (New York) du 29 ao\u00fbt 1936.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb20\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 20\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh20\" rev=\"appendix\">20<\/a>]\u00a0<\/span>Les anarchistes n\u2019ont jamais tranch\u00e9 entre violence et non-violence. Dans les ann\u00e9es 1930, le mouvement libertaire international, profond\u00e9ment marqu\u00e9 par le souvenir de la \u00ab\u00a0Grande Guerre\u00a0\u00bb, \u00e9tait majoritairement non-violent.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb21\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 21\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh21\" rev=\"appendix\">21<\/a>]\u00a0<\/span>Que seraient devenues les collectivit\u00e9s si la R\u00e9publique l\u2019avait emport\u00e9\u00a0? Les mieux organis\u00e9es auraient sans doute perdur\u00e9 au sein de l\u2019\u00c9tat capitaliste tout en appliquant leurs principes \u00e9galitaires comme le font nombre de collectivit\u00e9s libertaires aujourd\u2019hui, un peu partout dans le monde.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb22\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 22\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh22\" rev=\"appendix\">22<\/a>]\u00a0<\/span>Thomas, Hugh, <i>op. cit.<\/i>, pp. 432-433.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb23\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 23\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh23\" rev=\"appendix\">23<\/a>]\u00a0<\/span><i>Llibertat<\/i>, 29 septembre 1936.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb24\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 24\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh24\" rev=\"appendix\">24<\/a>]\u00a0<\/span><i><a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/plusloin.org\/acontretemps\/n5\/folle_epope.pdf\" rel=\"external\">Ortiz, g\u00e9n\u00e9ral sans dieu ni ma\u00eetre<\/a><\/i>, film d\u2019Ariel Camacho, Phil Casoar et Laurent Guyot, 1996.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb25\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 25\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh25\" rev=\"appendix\">25<\/a>]\u00a0<\/span>Bolloten, Burnett, <i>op. cit.<\/i>, pp. 124-126.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb26\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 26\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh26\" rev=\"appendix\">26<\/a>]\u00a0<\/span>Il existe quantit\u00e9 de t\u00e9moignages sur les collectivit\u00e9s agraires (Leval, Borkenau, Souchy, Celma\u2026) et une synth\u00e8se dans Bolloten, Burnett, <i>op. cit.<\/i>, chap VI.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb27\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 27\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh27\" rev=\"appendix\">27<\/a>]\u00a0<\/span><i>Tiempo de Historia<\/i>, janvier 1980.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb28\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 28\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article733#nh28\" rev=\"appendix\">28<\/a>]\u00a0<\/span>Cit\u00e9 par Myrtille, pp. 128-129.<\/p>\n<\/div>\n<\/aside>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>glan\u00e9 sur le Web Recension du volume III des Chemins du communisme libertaire par Fran\u00e7ois Roux I.\u2013 RECENSION L\u2019aboutissement d\u2019un long cheminement. Myrtille consigne la m\u00e9moire de l\u2019anarchisme espagnol depuis deux d\u00e9cennies\u00a0: avec les \u00ab\u00a0Gim\u00e9nologues\u00a0\u00bb sur les traces de Bruno Salvadori, dit Antoine Gimenez, volontaire de la colonne Durruti, une qu\u00eate qui a donn\u00e9 le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7964,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-16992","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16992","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7964"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=16992"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16992\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16994,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16992\/revisions\/16994"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=16992"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=16992"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=16992"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}