{"id":16797,"date":"2019-09-23T21:54:34","date_gmt":"2019-09-23T19:54:34","guid":{"rendered":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=16797"},"modified":"2019-09-23T22:02:50","modified_gmt":"2019-09-23T20:02:50","slug":"faites-vos-jeux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=16797","title":{"rendered":"Faites vos jeux"},"content":{"rendered":"<div class=\"field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden\">\n<div class=\"field-items\">\n<div class=\"field-item even\">\n<p>note du laboratoire; De retour de\u00a0<a href=\"https:\/\/sansattendre.noblogs.org\/post\/2019\/09\/20\/marseille-france-foire-du-livre-anarchiste-21-et-22-septembre-2019\"> Marseille<\/a> plein de nouveaux livres pour la biblioth\u00e8que du laboratoire et un recueil de textes d\u00e9j\u00e0 paru\u00a0 dans avis de temp\u00eate. et m\u00eame &#8230;<\/p>\n<p>Faites vos jeux : 3, 5 ou 10 m\u00e8tres ? Et si vous \u00eates radicaux : 50, 100, 150 m\u00e8tres ? Le gouvernement fran\u00e7ais s\u2019appr\u00eate \u00e0 inscrire un de ces chiffres dans la loi. Ils indiquent la distance \u00e0 respecter entre les habitations et les champs lors de l\u2019\u00e9pandage et de la pulv\u00e9risation de pesticides. La pr\u00e9sidente du syndicat agricole FNSEA, Christiane Lambert, s\u2019est h\u00e2t\u00e9e d\u2019intervenir dans le \u00ab d\u00e9bat public \u00bb o\u00f9 quelques voix se sont \u00e9lev\u00e9es pour parier plut\u00f4t sur le plus gros chiffre de 150 m\u00e8tres. \u00ab <em>Que ces gens-l\u00e0 arr\u00eatent de d\u00e9lirer ! <\/em>\u00bb, s\u2019est-elle \u00e9poumon\u00e9e devant les journalistes, car cela reviendrait \u00e0 diminuer de 15 % la surface agricole fran\u00e7aise. Plut\u00f4t que de nous m\u00ealer \u00e0 ce d\u00e9bat absurde et franchement honteux, regardons d\u2019un peu plus pr\u00e8s ce que sont les pesticides et ce qu\u2019ils repr\u00e9sentent dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Un pesticide est une substance utilis\u00e9e pour lutter contre des organismes consid\u00e9r\u00e9s comme nuisibles, dirait l\u2019encyclop\u00e9die. Sauf que le langage peut vite nous jouer des tours. Car dans presque toutes les formes d\u2019agriculture, on doit prot\u00e9ger les plantes contre d\u2019autres organismes. Il existe d\u00e9j\u00e0 des plantes qui ont des propri\u00e9t\u00e9s de \u00ab pesticide \u00bb si l\u2019on veut, en prot\u00e9geant champs et cultures contre les ravages par des parasites, des insectes, des maladies. Pour rendre les choses plus claires : quand on parle de pesticides, on parle de substances, souvent produites synth\u00e9tiquement, qui contiennent des toxicit\u00e9s av\u00e9r\u00e9es. Ces toxicit\u00e9s vont alors agir contre les \u00ab nuisibles \u00bb. Jusqu\u2019ici, pourrait dire notre ing\u00e9nuit\u00e9, tout va bien. Mais les choses ne s\u2019arr\u00eatent pas l\u00e0. Les toxicit\u00e9s \u00ab r\u00e9siduelles \u00bb, difficilement ou tout simplement non-d\u00e9gradables, vont s\u2019amasser dans le sol, l\u2019eau, l\u2019air, les animaux, les corps humains, la nourriture\u2026 partout.<\/p>\n<p>Le traitement chimique des cultures de plantes existe depuis des mill\u00e9naires. En Gr\u00e8ce Antique, le soufre \u00e9tait utilis\u00e9 comme pesticide. Dans l\u2019Empire Romain, c\u2019est l\u2019usage de l\u2019arsenic qui se r\u00e9pand comme insecticide. Mais c\u2019est au 19\u00e8me si\u00e8cle que la chimie min\u00e9rale prend son envol. En Europe, on voit alors se massifier l\u2019usage de pesticides \u00e0 base de sels et de sulfate de cuivre, ce qui entra\u00eenera une premi\u00e8re pollution durable des sols (le cuivre ne se d\u00e9grade pas). Tout au long du 20\u00e8me si\u00e8cle, jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui dans nombre de pays qui ne l\u2019ont pas interdit, les semences sont trait\u00e9es avec des sels de mercure, un m\u00e9tal hautement toxique. Juste avant le d\u00e9clenchement de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, avec une population avoisinant les 2 milliards, le chimiste allemand Fritz Haber, employ\u00e9 chez <em>Bayer<\/em>, d\u00e9couvre une m\u00e9thode bon march\u00e9 pour produire de grandes quantit\u00e9s de fertilisants, en r\u00e9alisant la synth\u00e8se de l\u2019ammoniac \u00e0 partir de l\u2019azote atmosph\u00e9rique. Cela permettra l\u2019extension des champs agricoles et l\u2019augmentation de la production alimentaire \u00e0 un moment o\u00f9 nombre de scientifiques s\u2019alarmaient que le \u00ab plafond \u00bb de la population mondiale soutenable \u00e9tait atteint.<\/p>\n<p>Mais Fritz Haber et son \u00e9quipe ne s\u2019arr\u00eateront pas l\u00e0. La guerre allait r\u00e9orienter leurs recherches : il d\u00e9veloppera ainsi le terrible gaz moutarde employ\u00e9 sur un autre champ, celui de bataille dans les tranch\u00e9es europ\u00e9ennes. Leurs recherches permettront \u00e9galement le d\u00e9veloppement d\u2019un autre pesticide bien connu : le Zyklon B, utilis\u00e9 au cours des ann\u00e9es 1930 dans l\u2019agriculture c\u00e9r\u00e9ali\u00e8re puis dans les chambres \u00e0 gaz nazies. Les pesticides de synth\u00e8se ont pour origine la recherche militaire. Apr\u00e8s la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, les vastes complexes de chimie d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la production militaire risquaient de se trouver hors service&#8230; et c\u2019est comme cela qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 transform\u00e9s en usines pour produire en masse des pesticides de synth\u00e8se. Le plus connu est dans doute le DDT, d\u00e9couvert d\u00e8s 1874, mais dont les propri\u00e9t\u00e9s insecticides n\u2019ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies qu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930. Dans les ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s-guerre, le DDT produit par les m\u00eames usines chimiques auparavant d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la production de gaz toxiques et de produits chimiques \u00e0 usage militaire, deviendra rapidement le pesticide le plus utilis\u00e9 \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<p>Un autre pesticide issu de la production de gaz de combat, est le malathion, encore utilis\u00e9 aujourd\u2019hui. \u00a0A partir de 1945, la consommation mondiale de pesticides a doubl\u00e9 chaque d\u00e9cennie (c\u2019est-\u00e0-dire, une multiplication de 60 jusqu\u2019aujourd\u2019hui, arrivant \u00e0 un volume de 2,5 millions de tonnes r\u00e9pandues annuellement sur les champs agricoles). Le nombre de pesticides a ainsi explos\u00e9 : toujours plus d\u2019additifs y ont \u00e9t\u00e9 rajout\u00e9s pour augmenter tel ou tel effet, pour r\u00e9pondre \u00e0 de nouvelles r\u00e9sistances, pour parer \u00e0 la toxicit\u00e9 r\u00e9siduelle&#8230; Malgr\u00e9 ce que l\u2019on pourrait penser, plus de 75% des pesticides utilis\u00e9s mondialement sont r\u00e9pandus sur les terres arables des pays dits d\u00e9velopp\u00e9s&#8230; et la r\u00e9sistance de plantes et d\u2019insectes grandit presqu\u2019au m\u00eame rythme que le d\u00e9veloppement des pesticides.<\/p>\n<p>En 1997, 600 esp\u00e8ces d\u2019insectes sont devenues r\u00e9sistantes \u00e0 un ou plusieurs insecticides ; pour les herbes, on parle de 120 esp\u00e8ces et pour les champignons parasites le chiffre s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 115. Tout en continuant le d\u00e9veloppement et la production de pesticides, les entreprises agro-industrielles et chimiques ont alors pris le probl\u00e8me \u00e0 l\u2019envers, en investissant massivement dans le d\u00e9veloppement d\u2019organismes g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9s (OGM) qui puissent r\u00e9sister \u00e0 leurs pesticides toujours plus puissants suppos\u00e9s \u00e9radiquer tous les \u00ab nuisibles \u00bb. A noter qu\u2019aux EtatsUnis par exemple, 94 % des cultures de coton, 92 % de celles de ma\u00efs et 94 % de celles de soja sont transg\u00e9niques. En Afrique du Sud, les pourcentages pour les m\u00eames \u00ab plantes \u00bb s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 85, 95 et 100 %. Au Pakistan et en Inde, 97 % de tout le coton plant\u00e9 est transg\u00e9nique. Aux Philippines, 65% du ma\u00efs est transg\u00e9nique. En Argentine, la quasi-totalit\u00e9 des cultures de soja sont transg\u00e9niques.<\/p>\n<p>Pour la sant\u00e9 humaine, les pesticides (tout en consid\u00e9rant qu\u2019il y a des diff\u00e9rences de toxicit\u00e9 entre l\u2019un et l\u2019autre, et que certains sont retir\u00e9s du march\u00e9 quand la narration n\u2019est plus tenable, comme le fameux DDT, interdit depuis 1973, ou le produit made in France, l\u2019Atrazine, interdit \u00e0 l\u2019utilisation ici mais toujours l\u00e9gal&#8230; \u00e0 l\u2019exportation) augmentent les risques, sont \u00e0 l\u2019origine m\u00eame ou, combin\u00e9s avec d\u2019autres facteurs de pollution, provoquent : des cancers en tout genre (tumeurs c\u00e9r\u00e9brales, leuc\u00e9mies, tumeurs des reins, du prostate, des testicules, du syst\u00e8me lymphatique) ; infertilit\u00e9, mort f\u0153tale, pr\u00e9maturit\u00e9, hypotrophie, malformations cong\u00e9nitales, perturbations endocriniennes ; atteintes dermatologiques comme des rougeurs, des d\u00e9mangeaisons, des ulc\u00e9rations ; atteintes neurologiques comme une baisse de la sensibilit\u00e9 tactile, une fatigabilit\u00e9 musculaire, des c\u00e9phal\u00e9es, de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, de l\u2019irritabilit\u00e9, la d\u00e9pression, l\u2019insomnie, des paralysies ; des troubles du syst\u00e8me h\u00e9matopo\u00ef\u00e9tique avec une baisse des globules rouges et blancs et le risque de leuc\u00e9mie ; des atteintes du syst\u00e8me cardiovasculaire avec des perturbations du rythme cardiaque et l\u2019arr\u00eat cardiaque ; des atteintes du syst\u00e8me respiratoire comme des surinfections, des bronchites, des rhinites et des pharyngites ; des atteintes des fonctions sexuelles comme l\u2019infertilit\u00e9 masculine avec la d\u00e9l\u00e9tion croissante de la spermatogen\u00e8se et f\u00e9minine comme perturbateur endocrinien ; maladies n\u00e9urod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives comme Parkinson. \u00ab <em>Que ces gens-l\u00e0 arr\u00eatent donc de d\u00e9lirer !<\/em> \u00bb, comme on dit \u00e0 la FNSEA&#8230;<\/p>\n<p>Entre 1981 et 1982, l\u2019organophosphor\u00e9 N\u00e9macur 10 de la firme <em>Bayer<\/em>, utilis\u00e9 dans le traitement de tomates, provoque la mort de plus de mille personnes et la maladie ou l\u2019infirmit\u00e9 de dizaines de milliers d\u2019autres en Espagne. La firme, l\u2019\u00c9tat et les experts le camoufl\u00e8rent sous le nom d\u2019\u00abhuile toxique\u00bb.Dix ans plus tard, Jacques Philipponneau publiait<em> Relation de l\u2019empoisonnement perp\u00e9tr\u00e9 en Espagne et camoufl\u00e9 sous le nom de syndrome de l\u2019huile toxique<\/em> o\u00f9 l\u2019on pouvait par exemple lire ce qui suit : \u00ab <em>La maladie a longtemps \u00e9t\u00e9 une fatalit\u00e9 individuelle ou un malheur social dont le soulagement \u00e9ventuel relevait de la connaissance m\u00e9dicale et d\u2019une charit\u00e9 priv\u00e9e progressivement relay\u00e9e par la puissance publique. La sant\u00e9 publique est maintenant une affaire \u00e9conomique ; doublement d\u2019ailleurs. D\u2019une part parce que l\u2019\u00e9conomie marchande, par sa victoire sur d\u2019anciennes conditions naturelles partout disparues, produisant stricto sensu la vie et la mort de l\u2019homme moderne, se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre en quelque sorte un probl\u00e8me de sant\u00e9, et m\u00eame un probl\u00e8me pour la sant\u00e9. Nul n\u2019ignorant sous nos latitudes que ce qu\u2019il mange, boit, respire, bref les conditions g\u00e9n\u00e9rales de sa vie quotidienne sur lesquelles il ne peut habituellement rien, constitue une menace pour son capital-sant\u00e9, selon la po\u00e9tique expression du temps ; et \u00e0 chaque instant on nous recommande d\u2019en am\u00e9liorer la gestion en renon\u00e7ant \u00e0 telle ou telle habitude ancienne devenue n\u00e9faste et dont on peut chiffrer la nocivit\u00e9 dans les comptes g\u00e9n\u00e9raux de la nation<\/em>. \u00bb. Ces mots font venir \u00e0 l\u2019esprit les phrases parues dans la revue l\u2019Encyclop\u00e9die des Nuisances n\u00b05, en 1985 : \u00ab<em> L\u2019extr\u00eame d\u00e9gradation de la nourriture est une \u00e9vidence qui, \u00e0 l\u2019instar de quelques autres, est en g\u00e9n\u00e9ral support\u00e9e avec r\u00e9signation : comme une fatalit\u00e9, ran\u00e7on de ce progr\u00e8s que l\u2019on n\u2019arr\u00eate pas, ainsi que le savent ceux qu\u2019il \u00e9crase chaque jour. Tout le monde se tait l\u00e0-dessus. En haut parce que l\u2019on ne veut pas en parler, en bas parce que l\u2019on ne peut pas. Dans l\u2019immense majorit\u00e9 de la population, qui supporte cette d\u00e9gradation, m\u00eame si l\u2019on a de forts soup\u00e7ons, on ne peut voir en face une r\u00e9alit\u00e9 si d\u00e9plaisante<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, l\u2019ignorance ne peut plus \u00eatre invoqu\u00e9e. Le d\u00e9luge d\u2019\u00e9tudes et de livres d\u00e9non\u00e7ant les effets n\u00e9fastes pour la sant\u00e9 et l\u2019environnement des pesticides utilis\u00e9s si massivement dans l\u2019agro-industrie (qu\u2019il conviendrait d\u2019ailleurs d\u2019appeler toujours ainsi, car c\u2019est ce que l\u2019agriculture est devenue dans sa quasi-totalit\u00e9) a peut-\u00eatre g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une prise de conscience, des luttes et des oppositions parfois radicales comme lors de la r\u00e9sistance aux OGM en France, des exp\u00e9rimentations de \u00ab faire autrement\u00bb (aujourd\u2019hui r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 et ins\u00e9r\u00e9 dans le march\u00e9 comme n\u2019importe quelle autre marchandise, d\u00fbment \u00e9tiquet\u00e9e \u00ab bio \u00bb, \u00ab organique \u00bb, \u00ab 100% naturelle \u00bb, \u00ab issue de l\u2019agriculture durable \u00bb etc.), mais c\u2019est au final la r\u00e9signation qui l\u2019emporte. Elle se manifeste notamment sous forme d\u2019une d\u00e9n\u00e9gation totale, d\u2019un manque d\u2019int\u00e9r\u00eat, voire d\u2019une incapacit\u00e9 d\u2019appr\u00e9hension de l\u2019ampleur de la question, coupl\u00e9s \u00e0 une impuissance \u00e0 agir directement pour supprimer, disons, au moins la nuisance qui se trouve directement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de chez soi, dans le champ du voisin.<\/p>\n<p>Elle peut aussi prendre la forme de l\u2019int\u00e9gration au sein du grand \u00ab <em>greenwashing<\/em> \u00bb du capitalisme industriel \u00e0 coups de nouvelles technologies, de vastes mensonges et d\u2019\u00e9nergies renouvelables, ou encore l\u2019insertion, sous forme d\u2019\u00ab entreprises bio \u00bb, dans le march\u00e9 conventionnel. En m\u00eame temps, on voit aussi que \u00ab la minorit\u00e9 des minorit\u00e9s \u00bb tend \u00e0 aiguiser ses combats, se sachant d\u00e9sormais en fin de compte peu nombreuse dans la lutte contre le monstre qui repose essentiellement sur le consensus qu\u2019il r\u00e9ussit \u00e0 produire ou obtenir. Certains combats \u00ab locaux \u00bb engendrent parfois des attaques importantes contre ce qui saccage le monde et ses habitants, tout comme des poign\u00e9es s\u2019en prennent directement, ici et l\u00e0, aux laboratoires, aux fabricants d\u2019OGM ou aux administrateurs de la d\u00e9vastation de la plan\u00e8te. Avec l\u2019avanc\u00e9e toujours plus rapide de l\u2019artificialisation de l\u2019agriculture et la d\u00e9gradation ind\u00e9niable de l\u2019habitat, ces combats risquent fort de devenir toujours radicaux en termes de perspectives et de m\u00e9thodes, ce qui n\u2019est pas pour nous d\u00e9plaire.<\/p>\n<p>En France, l\u2019\u00c9tat entend imposer \u00e0 l\u2019agro-industrie une nette diminution de l\u2019usage de pesticides, selon ses plans <em>\u00c9cophyto<\/em> (un premier lanc\u00e9 en 2007 souhaitait r\u00e9duire de 50% l\u2019\u00e9pandage de pesticides vers 2018, suivi d\u2019un deuxi\u00e8me plan en 2015 qui a repouss\u00e9 ce d\u00e9lai \u00e0 2025). Si d\u2019un c\u00f4t\u00e9, il interdit certains pesticides (comme le fameux glyphosate, interdit \u00e0 la vente aux particuliers et \u00e0 usage dans les espaces publics comme des parcs depuis janvier 2019, ce qui n\u2019emp\u00eache pas qu\u2019un tiers des herbicides utilis\u00e9s en France restent bel et bien ce m\u00eame glyphosate), de l\u2019autre il octroie des permis \u00e0 de nouveaux poisons, comme l\u2019autorisation en 2019 de onze fongicides suppl\u00e9mentaires contenant des substances actives SDHI (\u00ab <em>Succinate DeHydrogenase Inhibitor<\/em> \u00bb). Des rapports d\u2019alerte avaient pourtant \u00e9t\u00e9 \u00e9mis en 2018 : \u00ab <em>Des anomalies de fonctionnement de la SDH peuvent entra\u00eener la mort des cellules en causant de graves enc\u00e9phalopathies, ou au contraire une prolif\u00e9ration incontr\u00f4l\u00e9e des cellules, et se trouver \u00e0 l\u2019origine de cancers. Des anomalies de la SDH sont aussi observ\u00e9es dans d\u2019autres maladies humaines.<\/em> \u00bb. Les fongicides SDHI sont d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e9pandus partout dans les campagnes fran\u00e7aises : sur pr\u00e8s de 80% des surfaces de bl\u00e9, presque autant d\u2019orge, sur les arbres fruitiers, les tomates, les pommes de terre. Et voil\u00e0 donc qu\u2019aujourd\u2019hui l\u2019\u00c9tat entend d\u00e9cider de ces 3, 5 ou 10 m\u00e8tres de distance des habitations \u00e0 respecter lors de l\u2019\u00e9pandage des pesticides !<\/p>\n<p>Ce qui compte, c\u2019est que tout puisse continuer comme avant. Que la production augmente, que les profits se r\u00e9alisent. D\u2019ailleurs, quitte \u00e0 ce que cette soci\u00e9t\u00e9 fasse naufrage, il n\u2019est tout simplement pas possible de se passer de pesticides pour maintenir l\u2019existant : l\u2019agriculture industrielle a d\u00e9j\u00e0 tellement transform\u00e9, pollu\u00e9 et appauvri les sols que rien n\u2019y pousse plus \u00e0 grande \u00e9chelle sans engrais synth\u00e9tiques et sans chimie pour prot\u00e9ger les plantes contre les mille maladies et parasites&#8230; qui sont eux-m\u00eames, en grande partie, cr\u00e9\u00e9s par la r\u00e9sistance que les organismes tendent naturellement \u00e0 d\u00e9velopper contre ce qui les tue. C\u2019est un cercle vicieux, mieux, c\u2019est le fameux train qui avance \u00e0 toute allure droit vers le gouffre. Discuter \u00e0 propos des 3, 5 ou 10 m\u00e8tres, est alors vraiment le d\u00e9tail hypocrite de la montagne de poisons industriels qu\u2019ils font couler dans nos veines et nos bronches.<\/p>\n<p>Les liens entre capitalisme, production industrielle et maladies se manifestent partout, et pas seulement dans l\u2019agriculture et la nourriture qu\u2019elle produit. Combien de mineurs, combien de m\u00e9tallurgistes, combien de travailleuses du textile, combien de peintres, combien de ma\u00e7ons, combien d\u2019ouvriers et ouvri\u00e8res sont morts de fa\u00e7on affreuse \u00e0 cause des toxicit\u00e9s auxquelles ils et elles ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 au boulot ? Combien d\u2019autres gens sont morts de fa\u00e7on atroce \u00e0 cause des produits qu\u2019ils et elles ont contribu\u00e9 \u00e0 r\u00e9pandre sur le monde ? Combien de cancers grandissent dans nos corps expos\u00e9s en permanence et en toute connaissance de cause aux rayonnements \u00e9lectromagn\u00e9tiques de l\u2019heureuse soci\u00e9t\u00e9 connect\u00e9e ? On se leurrerait si l\u2019on ne se fixait que sur les nuisances les plus \u00e9videntes comme le nucl\u00e9aire ou les \u00e9missions de CO2 : c\u2019est tout produit qui sort d\u2019une usine, toute marchandise qui est assembl\u00e9e, tout aliment qui est fabriqu\u00e9 dans ce monde qui contient, porte en soi ou provoque une dose de mort.<\/p>\n<p>C\u2019est tragique, mais l\u2019augmentation vertigineuse de cancers n\u2019est que le sommet de l\u2019iceberg empoisonn\u00e9 sur lequel nous survivons. Oui, il faut dire que nous ne faisons que survivre, d\u2019autant plus que notre \u00ab survie \u00bb semble toujours plus irr\u00e9elle et artificielle. Sans les doses ahurissantes de m\u00e9dicaments et de traitements (qui, soyons clairs, contiennent eux aussi leurs lots de toxines dont on ne conna\u00eet que mal les effets sur une longue dur\u00e9e ou qui g\u00e9n\u00e8rent \u00e0 leur tour de nouvelles maladies ou, dans le cas des antibiotiques, des bact\u00e9ries plus r\u00e9sistantes et nuisibles), combien d\u2019entre nous survivraient au-del\u00e0 de cinquante ans ?<\/p>\n<p>Pour en revenir aux pesticides, malgr\u00e9 le fait qu\u2019il semble d\u00e9sormais bien tard, mais qu\u2019aussi un certain d\u00e9sespoir peut armer nos mains et nos esprits, le minimum est bien de nommer quelques responsables. Ceux-l\u00e0 ne sont pas pris dans un \u00ab rapport \u00bb ou un \u00ab m\u00e9canisme \u00bb, selon les sempiternelles arguties balbuti\u00e9es pour excuser la servitude volontaire : ils font des choix en toute connaissance de cause et en tirent grand profit sur le dos de tous. Des milliers de documents et d\u2019\u00e9tudes \u00e0 disposition de tout un chacun t\u00e9moignent d\u00e9sormais du caract\u00e8re canc\u00e9rig\u00e8ne et toxique des pesticides dont d\u00e9pend la quasi-totalit\u00e9 de la production alimentaire, sans compter les milliers d\u2019autres documents gard\u00e9s \u00ab <em>for your eyes only<\/em> \u00bb dans les caves des laboratoires pharmaceutiques, les bureaux des agroindustriels, les tours de verre administratives. Nommons donc ces empoisonneurs de masse.<\/p>\n<p>Les plus grand producteurs qui s\u2019occupent de 75 pour cent de la production mondiale de pesticides, sont bien s\u00fbr des multinationales : <em>Bayer-Monsanto, Syngenta, BASF, Dow Chemical.<\/em> Au niveau fran\u00e7ais, il y a deux f\u00e9d\u00e9rations patronales qui sont sp\u00e9cialis\u00e9es en la mati\u00e8re : l\u2019<em>Union de l\u2019Industrie de la Protection des Plantes<\/em> (UIPP) et la <em>F\u00e9d\u00e9ration N\u00e9goce Agricole<\/em>. La plupart des producteurs de pesticides qui suivent en sont adh\u00e9rents : Action PIN, Adama, Ascenza (SAPEC Agro), Belchim Crop Protection, Certis, Corteva Agriscience, De Sangosse, FMC France, GOWAN France, Lifescientific, Nufarm, Philagro, Phytoeurop, SBM Company, SUMI Agro, UPL, STE XEDA, Anios, Phytorus, Groupe 5 S, Dipter, Sesol, Indal, Helarion Industries, Emdex, Al\u2019tech, Hygia, Cedre, Eurotonic.<\/p>\n<p>Viennent ensuite les instances \u00e9tatiques de planification, d\u2019\u00e9metteurs de normes et de recherche comme l\u2019<em>Institut National de la Recherche Agronomique<\/em> (INRA), dont des dizaines de structures de recherche, de production, d\u2019exp\u00e9rimentation, d\u2019\u00e9tude, de formation sont de la partie, ou encore le <em>Centre National de Recherche Scientifique <\/em>(CNRS), l\u2019<em>Institut National de la Sant\u00e9 et de la Recherche<\/em> (INSERM) et l\u2019<em>Agence Nationale de S\u00e9curit\u00e9 sanitaire de l\u2019alimentation, de l\u2019environnement et du travail <\/em>(ANSES).<\/p>\n<p>Reste enfin \u00e0 se poser une derni\u00e8re question, non plus celle des producteurs de pesticides, mais ceux qui s\u2019en servent pour faire pousser leurs cultures. Si tous les agriculteurs n\u2019utilisent pas de pesticides et beaucoup souhaiteraient s\u2019en passer, certains s\u2019obstinent \u00e0 empoisonner non seulement eux-m\u00eames, mais aussi ceux qui consommeront leurs produits ou qui vivent aux alentours,&#8230; Plut\u00f4t que d\u2019en dresser une liste, ce qui serait aussi absurde que de dresser une liste des travailleurs du nucl\u00e9aire, nous pensons que c\u2019est au sein de la conflictualit\u00e9 m\u00eame que les responsabilit\u00e9s des uns et des autres seront \u00e9tablies, que les possibilit\u00e9s de choix conscient peuvent s\u2019\u00e9largir&#8230; et que l\u2019historique \u00ab <em>je ne fais que mon boulot<\/em> \u00bb sera de moins en moins accept\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[<a href=\"https:\/\/avisdetempetes.noblogs.org\/files\/2019\/09\/Avisdetempetes21.pdf]\">https:\/\/avisdetempetes.noblogs.org\/files\/2019\/09\/Avisdetempetes21.pdf]<\/a><\/p>\n<p>repris se\u00a0 https:\/\/finimondo.org\/<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>note du laboratoire; De retour de\u00a0 Marseille plein de nouveaux livres pour la biblioth\u00e8que du laboratoire et un recueil de textes d\u00e9j\u00e0 paru\u00a0 dans avis de temp\u00eate. et m\u00eame &#8230; Faites vos jeux : 3, 5 ou 10 m\u00e8tres ? Et si vous \u00eates radicaux : 50, 100, 150 m\u00e8tres ? Le gouvernement fran\u00e7ais s\u2019appr\u00eate [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7964,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-16797","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16797","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7964"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=16797"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16797\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16800,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16797\/revisions\/16800"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=16797"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=16797"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=16797"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}