{"id":15929,"date":"2019-06-20T08:49:19","date_gmt":"2019-06-20T06:49:19","guid":{"rendered":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=15929"},"modified":"2019-06-20T08:49:46","modified_gmt":"2019-06-20T06:49:46","slug":"publication-ricardo-flors-magon-une-utopie-libertaire-dans-les-revolutions-du-mexique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=15929","title":{"rendered":"Publication: Ricardo Flors Magon, une utopie libertaire dans les r\u00e9volutions  du Mexique"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u25a0 Am\u00e9rico NUNES<\/strong><\/p>\n<p><strong><i>RICARDO FLORES MAG\u00d3N<br \/>\nUne utopie libertaire dans les R\u00e9volutions du Mexique<\/i><br \/>\nParis, Ab irato \u00c9ditions, 2019, 274 p., illustrations.<\/strong><\/p>\n<div class=\"\">\n<p>Ce livre, nous pr\u00e9vient d\u2019entr\u00e9e Am\u00e9rico Nunes, n\u2019est pas une \u00ab\u00a0biographie historique\u00a0\u00bb de Ricardo Flores Mag\u00f3n (1873-1922), mais un \u00ab\u00a0essai politique\u00a0\u00bb sur un acteur embl\u00e9matique d\u2019un moment inaugural \u00ab\u00a0proprement communiste\u00a0\u00bb qui, de 1900 \u00e0 1912 et traversant diverses phases, travailla, sur le front d\u2019un peuple du Mexique fait de divers peuples, \u00e0 r\u00e9aliser, dans l\u2019imaginaire et dans la pratique, la \u00ab\u00a0confluence entre r\u00e9volution paysanne et r\u00e9volution ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb. Et c\u2019est bien de cela dont il s\u2019agit\u00a0: une impressionnante plong\u00e9e historico-critique dans l\u2019imaginaire politique et sensible d\u2019un des personnages les plus profonds et les plus ignor\u00e9s d\u2019une \u00e9poque o\u00f9, en terre mexicaine, la guerre des pauvres accoucha de g\u00e9ants.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Une histoire faite de plusieurs histoires<\/h3>\n<p>Fin connaisseur de cette histoire du Mexique insurg\u00e9, l\u2019auteur avait, dans un <a class=\"spip_site\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article270\">pr\u00e9c\u00e9dent ouvrage<\/a><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Les R\u00e9volutions du Mexique, ouvrage originellement \u00e9dit\u00e9 en 1975, chez\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article724#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>, brillamment d\u00e9fendu la th\u00e8se que ladite r\u00e9volution mexicaine n\u2019\u00e9tait saisissable que dans sa multiplicit\u00e9, dans cette constellation d\u2019imbrications des origines qui, sur le temps long et dans un espace historique, g\u00e9ographique et sensible donn\u00e9, favorisa ou emp\u00eacha la convergence de pouss\u00e9es \u00e9mancipatrices, compl\u00e9mentaires ou contradictoires selon les cas. La grande originalit\u00e9 de son approche, notions-nous alors, pouvait se r\u00e9sumer \u00e0 deux points\u00a0: d\u2019une part, la perspective qu\u2019il adoptait, celle des <i>vaincus<\/i>, si ch\u00e8re \u00e0 Walter Benjamin\u00a0; d\u2019autre part, une lecture du temps et de l\u2019espace de ces \u00ab\u00a0r\u00e9volutions\u00a0\u00bb mexicaines d\u00e9sencombr\u00e9e de toute simplification abusive et postulant, plus largement, la pluralit\u00e9 et la complexit\u00e9 des ph\u00e9nom\u00e8nes r\u00e9volutionnaires. C\u2019est ainsi que l\u2019auteur affirmait, en marxien cons\u00e9quent, que ces ph\u00e9nom\u00e8nes avaient mis en branle des groupes sociaux tr\u00e8s diff\u00e9rents et porteurs d\u2019int\u00e9r\u00eats radicalement antagonistes. Au fil du temps, ces groupes conjugu\u00e8rent leurs efforts \u2013 contre Porfirio D\u00edaz (1830-1915), d\u2019abord, puis contre Victoriano Huerta (1850-1916) \u2013 avant de s\u2019affronter au tr\u00e8s contrast\u00e9 mouvement r\u00e9volutionnaire mexicain dans une guerre civile interne s\u2019achevant, le 1er mai 1917, par la victoire \u2013 provisoire \u2013 de Venustiano Carranza (1859-1920). Cette approche d\u2019Am\u00e9rico Nunes, qu\u2019il assumait au passage comme gramscienne, avait pour principal m\u00e9rite de d\u00e9passer les clivages interpr\u00e9tatifs traditionnels. Cette r\u00e9volution, nous disait-il, fut surtout paradoxale, tout \u00e0 la fois lib\u00e9rale et socialiste, populaire et petite-bourgeoise, agraire et urbaine, restauratrice et moderniste. Elle lib\u00e9ra des forces authentiquement r\u00e9volutionnaires \u2013 zapatistes, villistes, magonistes \u2013 qui, elles-m\u00eames, furent incapables de surmonter leurs propres diff\u00e9rences sociales entre paysans-prol\u00e9taires, ouvriers de m\u00e9tier et prol\u00e9taires industriels. Au terme d\u2019une lutte acharn\u00e9e, concluait Am\u00e9rico Nunes, anarchiste de c\u0153ur pour le coup, la r\u00e9volution, devenue \u00ab\u00a0une\u00a0\u00bb, se militarisa, s\u2019\u00e9tatisa, mettant un terme, de mani\u00e8re violente, au processus r\u00e9volutionnaire. En face rest\u00e8rent les <i>vaincus<\/i>, ceux qui avaient r\u00eav\u00e9 de terre et de libert\u00e9, avec Emiliano Zapata et Ricardo Flores Mag\u00f3n, ces vaincus dont l\u2019histoire, faite toujours de plusieurs histoires, est infiniment susceptible de \u00ab\u00a0venir trouer la trame lin\u00e9aire du Temps\u00a0\u00bb. Car, comme l\u2019\u00e9crivit Gustav Landauer, \u00ab\u00a0lorsqu\u2019une r\u00e9volution \u00e9clate \u00e0 nouveau, elle se souvient g\u00e9n\u00e9ralement de tous ses anc\u00eatres\u00a0\u00bb (<i>La R\u00e9volution<\/i>, 1907) qu\u2019elle convoque, sans m\u00eame le savoir le plus souvent, au nouveau banquet de l\u2019histoire.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Du lib\u00e9ralisme politique \u00e0 la r\u00e9volution comme totalit\u00e9<\/h3>\n<p>C\u2019est dans cette m\u00eame discontinuit\u00e9 historique du surgissement toujours possible que se situe, par sa continuit\u00e9 interpr\u00e9tative, ce nouvel <i>opus<\/i> d\u2019Am\u00e9rico Nunes, qui est en fait l\u2019\u0153uvre d\u2019une vie, enti\u00e8rement construit autour de la noble figure de Flores Mag\u00f3n. En pr\u00e9cisant que le prisme qu\u2019il adopte est vaste et que sa m\u00e9thode, encore et toujours dialectique, restitue, de d\u00e9tours en retours, toute l\u2019importance de l\u2019apport de Flores Mag\u00f3n, fils de la Sierra Mazateca (\u00c9tat d\u2019Oaxaca), \u00e0 la cause de l\u2019\u00e9mancipation politique, sociale et humaine.<\/p>\n<p>Il est vrai que, dans cette r\u00e9volution \u00e0 divers visages, celui de Flores Mag\u00f3n appara\u00eet souvent brouill\u00e9 ou r\u00e9duit \u00e0 l\u2019une de ses expressions, la premi\u00e8re surtout, que r\u00e9cup\u00e9ra la r\u00e9volution constitutionnaliste de 1917, celle du pr\u00e9curseur lib\u00e9ral-social des origines, fondateur en 1900 du Parti lib\u00e9ral mexicain (PLM) et de son organe <i>Regeneraci\u00f3n<\/i>, celle d\u2019avant son adh\u00e9sion, donc, pourtant assez rapide, \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la r\u00e9volution comme totalit\u00e9. L\u2019un des principaux m\u00e9rites de ce livre r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans l\u2019\u00e9valuation du parcours politique de Flores Mag\u00f3n \u2013 et plus largement du \u00ab\u00a0magonisme\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Pr\u00e9cisons que cette appellation, trop centr\u00e9e sur sa personne, ne convenait\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article724#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span> \u2013 saisi dans sa continuit\u00e9 m\u00e9thodiquement dissensuelle jusque dans son adossement tactique au PLM comme socle d\u2019un mouvement r\u00e9volutionnaire devant se constituer par en bas sur les bases d\u2019un anarchisme communiste de lutte de classe. Flores Mag\u00f3n fut, en fait, un anarchiste qui ne s\u2019interdit pas la politique, au sens de pens\u00e9e strat\u00e9gique. Et ce faisant, il ne choisit pas \u00ab\u00a0la plus mauvaise\u00a0\u00bb, comme le dira cruellement Victor Serge des anarchistes qui, par principe, la d\u00e9daignaient en la laissant aux autres. L\u2019Espagne de 1936, celui que contemplait Serge quand il l\u00e2cha cette saillie, demeure, sur ce plan, un bon exemple. Quand, en recul, les anarchistes accept\u00e8rent le jeu politique, ils ne firent pas leur politique, mais celle que l\u2019\u00c9tat r\u00e9publicain reconstruit attendait qu\u2019ils fissent. Flores Mag\u00f3n, lui, se situe dans une autre mani\u00e8re. S\u2019il faut masquer son appartenance \u00e0 l\u2019anarchie pour avoir quelque chance de l\u2019atteindre, il le fait. Non par opportunisme, mais par conviction anarchiste, par intelligence tactique du moment historique travers\u00e9.<\/p>\n<p>Le lib\u00e9ralisme politique auquel, un temps, il semble sinc\u00e8rement croire, s\u2019\u00e9rode, d\u00e8s 1904, lors de son exil aux \u00c9tats-Unis. Est-il d\u00e9j\u00e0 anarcho-communiste\u00a0? On ne sait, m\u00eame si Am\u00e9rico Nunes nous indique qu\u2019il a pr\u00e9cocement lu <i>La Conqu\u00eate du pain<\/i>, de Kropotkine, et que sa d\u00e9couverte, <i>in vivo<\/i>, du sort de la classe ouvri\u00e8re mexicaine immigr\u00e9e des <i>braceros<\/i> va substantiellement radicaliser sa conception de la r\u00e9volution. Changeant souvent de lieu de r\u00e9sidence pour \u00e9chapper aux pers\u00e9cutions polici\u00e8res, c\u2019est aux \u00c9tats-Unis que Ricardo Flores Mag\u00f3n et ses compagnons du premier cercle<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"Son fr\u00e8re Enrique, Juan et Manuel Sarabia, Librado Rivera, Antonio I.\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article724#nb3\" rel=\"appendix\">3<\/a>]<\/span> vont d\u00e9couvrir, enthousiastes, cette forme sp\u00e9cifique de syndicalisme r\u00e9volutionnaire offensif que pratiquent les Industrial Workers of the World (IWW), mais aussi fr\u00e9quenter, d\u00e9sireux d\u2019apprendre, des socialistes nord-am\u00e9ricains et des anarchistes espagnols de passage. Ce brassage a son importance dans l\u2019\u00e9largissement de l\u2019horizon magoniste qui passe, d\u00e8s l\u2019automne 1905, par d\u2019\u00e9vidents \u00ab\u00a0glissements programmatiques\u00a0\u00bb, puis par la cr\u00e9ation de la Junte pour l\u2019organisation du Parti lib\u00e9ral mexicain, d\u2019inspiration assez nettement bakouniniste et dont la vis\u00e9e, nous dit Am\u00e9rico Nunes, est de prendre \u00ab\u00a0d\u00e9finitivement le contr\u00f4le du mouvement lib\u00e9ral\u00a0\u00bb contre les lib\u00e9raux politiques que sont Camilo Arriaga et Francisco I. Madero. D\u00e8s lors, Flores Mag\u00f3n s\u2019engage, \u00e9tape apr\u00e8s \u00e9tape, sur la voie ouverte \u00e0 divers apports et influences d\u2019une r\u00e9volution sociale assum\u00e9e.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Cananea comme point d\u2019orgue<\/h3>\n<p>Ce tournant magoniste de 1905-1906, nous dit Am\u00e9rico Nunes, adopte deux voies simultan\u00e9es, mais non contradictoires\u00a0: celle du soutien actif \u00e0 \u00ab\u00a0la premi\u00e8re tentative de gu\u00e9rilla insurrectionnelle \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du Mexique\u00a0\u00bb, exp\u00e9rience dans laquelle les Indiens Yaquis jou\u00e8rent, dans l\u2019\u00c9tat de Sonora, un r\u00f4le d\u00e9terminant\u00a0; celle d\u2019une participation \u00ab\u00a0\u00e9clatante\u00a0\u00bb du PLM, dans le m\u00eame \u00c9tat de Sonora, \u00e0 la gr\u00e8ve des mineurs de Cananea de 1906, qui intervint comme point d\u2019orgue du travail \u00ab\u00a0de propagande (magoniste) adress\u00e9e aux \u201cclasses ouvri\u00e8res\u201d naissantes\u00a0\u00bb. Si Cananea fut l\u2019\u00e9tincelle qui mit le feu \u00e0 la plaine, c\u2019est que cette gr\u00e8ve ouvri\u00e8re \u00ab\u00a0spontan\u00e9e\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0totale\u00a0\u00bb pour les huit heures et un salaire minimal digne de ce nom entra en co\u00efncidence historique, en convergence temporelle objective pourrait-on dire, avec la \u00ab\u00a0guerre atroce\u00a0\u00bb que l\u2019arm\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale mexicaine menait alors contre la communaut\u00e9 Yaqui. Et que, de ce fait, elle r\u00e9v\u00e9lait combien les \u00ab\u00a0pauvres\u00a0\u00bb avaient de raisons profondes de se coaliser contre le Porfiriat<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"On d\u00e9signe sous ce terme la p\u00e9riode allant de l\u2019\u00e9lection de Porfirio Diaz \u00e0 la\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article724#nb4\" rel=\"appendix\">4<\/a>]<\/span> en s\u2019\u00e9mancipant de leurs propres diff\u00e9rences, infiniment ressass\u00e9es, pour faire \u00ab\u00a0\u00eatre-en-commun\u00a0\u00bb. C\u2019est ce moment, nous dit Am\u00e9rico Nunes, que choisit le PLM pour publier son nouveau programme social et politique, qu\u2019il adresse \u00ab\u00a0essentiellement \u00e0 la \u201cclasse la plus nombreuse\u201d \u2013 et la plus pauvre \u2013 du pays (prol\u00e9taires, ouvriers, paysans, <i>p\u00e9ones<\/i> et classe moyenne pauvre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>R\u00e9prim\u00e9e dans le sang, la gr\u00e8ve de Cananea marque \u00e9galement un point de rupture dans le processus de pacification sociale que le Porfiriat pr\u00e9tendait instaurer par la capitalisation de la soci\u00e9t\u00e9 mexicaine et l\u2019extension progressive du domaine du salariat. Elle r\u00e9v\u00e8le la vraie nature r\u00e9pressive d\u2019un syst\u00e8me proto-industriel en formation sous contr\u00f4le \u00e9tranger, principalement nord-am\u00e9ricain. L\u2019ann\u00e9e suivante \u2013 1907 \u2013 verra les ouvriers de R\u00edo Blanco entrer en action en bloquant les manufactures textiles locales, sous capitaux fran\u00e7ais, dans la zone comprise entre Puebla et Veracruz. Avec le m\u00eame r\u00e9sultat\u00a0: une lev\u00e9e en masse suivie d\u2019une r\u00e9pression provoquant la mort de centaines de gr\u00e9vistes. Du c\u00f4t\u00e9 du \u00ab\u00a0magonisme\u00a0\u00bb militant, l\u2019\u00e9volution s\u2019accentue \u00ab\u00a0vers un approfondissement des id\u00e9es anarchistes et communautaires sous l\u2019influence de Pierre Kropotkine, surtout par son id\u00e9e centrale d\u2019un anarcho-communisme centr\u00e9 sur les id\u00e9es essentielles d\u2019 \u201cappui mutuel\u201d, d\u2019insurrection et de commune libertaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">D\u00e9sir d\u2019utopie et dialectique du d\u00e9passement<\/h3>\n<p>Si le \u00ab\u00a0magonisme\u00a0\u00bb rel\u00e8ve d\u2019un anarchisme dynamique, h\u00e9t\u00e9rodoxe, libre de toute fixit\u00e9 id\u00e9ologique, c\u2019est que, de 1906 \u00e0 1911, le temps d\u2019\u00e9laboration de l\u2019id\u00e9e de r\u00e9volution comme totalit\u00e9, il s\u2019articule \u00e0 une dialectique du d\u00e9passement permanent, ouverte au vaste champ des possibles \u00e9mancipateurs, int\u00e9grant sans chercher le point de synth\u00e8se des traditions aussi anciennes au Mexique que celle du communalisme indien et aussi modernes que celle de l\u2019action directe ouvri\u00e8re, de forme syndicaliste ou pas. C\u2019est sans doute l\u00e0 ce qui fait la singularit\u00e9 du \u00ab\u00a0magonisme\u00a0\u00bb et, d\u2019une certaine mani\u00e8re, son actualit\u00e9 intempestive. Car il faut bien admettre que cette curiosit\u00e9 pratique qui le caract\u00e9risa et cette aptitude qui fut la sienne \u00e0 capter, dans le tr\u00e9fonds des consciences parcellaires et s\u00e9par\u00e9es, ce qui pouvait faire imaginaire commun d\u2019une utopie en construction n\u2019\u00e9taient pas, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire, les qualit\u00e9s les plus partag\u00e9es dans le vaste monde id\u00e9ologis\u00e9e du progressisme r\u00e9volutionnaire de son temps. La le\u00e7on vaut toujours pour aujourd\u2019hui, et peut-\u00eatre davantage m\u00eame que pour hier, en ces temps d\u2019effondrement. Comme vaut l\u2019approche de Flores Mag\u00f3n et de ses amis, qui ne pr\u00e9juge de rien mais d\u00e9c\u00e8le, dans le monde des exploit\u00e9s et des domin\u00e9s tel qu\u2019il va, les points de convergence n\u00e9cessaires pour le subvertir. L\u2019actualit\u00e9 de notre \u00e9poque est encore fertile en d\u00e9passements que la Th\u00e9orie ignore, mais que la <i>praxis<\/i> conjugue sans savoir le plus souvent qu\u2019elle renoue, ce faisant, avec un tr\u00e8s ancien projet d\u2019\u00e9mancipation.<\/p>\n<p>Cette tentative d\u2019articulation entre l\u2019 \u00ab\u00a0utopie communiste primitive\u00a0\u00bb directement li\u00e9e au mythe communautaire indien, \u00e0 son rapport \u00e0 la Terre M\u00e8re, et le socialisme libertaire des temps nouveaux s\u2019\u00e9laborant dans les pratiques d\u2019organisation et d\u2019action des \u00ab\u00a0classes ouvri\u00e8res\u00a0\u00bb naissantes, bien des progressistes de l\u2019\u00e9poque, anarchistes compris, la jug\u00e8rent \u00e0 tort contradictoire. \u00c0 tort parce qu\u2019elle contenait, dans sa m\u00e9thodologie m\u00eame, une promesse in\u00e9dite de conciliation entre l\u2019ancienne cosmogonie indienne et la nouvelle puissance d\u2019un prol\u00e9tariat en formation, et que, po\u00e9tis\u00e9e, cette convergence d\u2019imaginaires apparemment antith\u00e9tiques pouvait agir, r\u00e9volutionnairement et <i>de facto<\/i>, comme une \u00ab\u00a0r\u00e9serve utopique\u00a0\u00bb en devenir o\u00f9 s\u2019accorderaient, enfin, la nostalgie d\u2019un \u00e2ge d\u2019or et la dynamique d\u2019un temps historique \u00e0 venir, celui de \u00ab\u00a0l\u2019arr\u00eat messianique du pr\u00e9sent\u00a0\u00bb, pour reprendre la belle r\u00e9f\u00e9rence benjaminienne.<\/p>\n<p>Sur cette th\u00e9matique d\u2019exception, Am\u00e9rico Nunes apporte des lumi\u00e8res indispensables pour saisir en quoi le \u00ab\u00a0d\u00e9sir de r\u00e9volution\u00a0\u00bb si pleinement incarn\u00e9 par Flores Mag\u00f3n n\u2019est pas s\u00e9parable d\u2019une dialectique de r\u00e9\u00e9laboration, ouverte \u00e0 l\u2019ancien et au nouveau, du projet communiste libertaire d\u2019\u00e9mancipation d\u00e9fini comme \u00ab\u00a0retour \u00e0 la communaut\u00e9\u00a0\u00bb humaine et au \u00ab\u00a0travail social en commun\u00a0\u00bb. C\u2019est en ce sens, nous dit l\u2019auteur, \u00ab\u00a0que ce qui le taraudait, c\u2019\u00e9tait la possibilit\u00e9, ou non, d\u2019articuler une histoire sociale pass\u00e9e-pr\u00e9sente, o\u00f9 le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent s\u2019entrecroiseraient, afin de changer et transformer une r\u00e9alit\u00e9 insupportable pour les masses\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Entre \u00ab\u00a0pass\u00e9 pass\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0pass\u00e9 futur\u00a0\u00bb, la r\u00e9volution<\/h3>\n<p>Dans un article paru le 2 septembre 1911 dans <i>Regeneraci\u00f3n<\/i>, Ricardo Flores Mag\u00f3n affirmait que \u00ab\u00a0le peuple mexicain [\u00e9tait] apte pour le communisme\u00a0\u00bb. Il s\u2019agissait alors, pour lui, de laisser ouverte, d\u00e9sirable et possible la perspective d\u2019un d\u00e9passement n\u00e9cessaire de la r\u00e9volution politique qui avait provoqu\u00e9 la d\u00e9mission de Porfirio Diaz le 25 mai 1911 et allait permettre l\u2019\u00e9lection du lib\u00e9ral Francisco I. Madero le 15 octobre. Plus que de circonstance, ce texte, subtilement analys\u00e9 par Am\u00e9rico Nunes, fait surtout preuve de l\u2019intime conviction de Flores Mag\u00f3n que la r\u00e9volution sociale constitue la seule issue possible \u00e0 la r\u00e9volution politique, le seul chemin vers l\u2019\u00e9mancipation collective. Intimement, il sent que, dans son \u00eatre profond, dans son \u00e9tranget\u00e9, dans sa qu\u00eate d\u2019un sens commun \u00e0 son existence, la multitude des d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s et des humili\u00e9s doit d\u00e9sormais chercher dans le communisme \u2013 per\u00e7u comme abolition des anciennes formes de possession capitaliste de la terre \u2013 la forme r\u00e9elle de son \u00e9mancipation. Le \u00ab\u00a0pass\u00e9 futur\u00a0\u00bb est l\u00e0, pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0, dans cette r\u00e9appropriation imaginaire du \u00ab\u00a0pass\u00e9 pass\u00e9\u00a0\u00bb inabouti et dans son prolongement possible. La r\u00e9volution sociale, c\u2019est en somme ce temps o\u00f9 la radicalit\u00e9 se nourrit des mythes anciens et y puise l\u2019essentiel de sa force d\u2019impulsion.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Presque toujours, \u00e9crivit Octavio Paz, l\u2019utopie suppose l\u2019existence pr\u00e9alable, dans un pass\u00e9 lointain, d\u2019un \u00e2ge d\u2019or qui justifie et rend possible son action r\u00e9volutionnaire.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"Octavio Paz, Le Labyrinthe de la solitude, Fayard, \u00ab Horizon libre \u00bb, 1959,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article724#nb5\" rel=\"appendix\">5<\/a>]<\/span>\u00a0\u00bb Au long cours des \u00ab\u00a0r\u00e9volutions mexicaines\u00a0\u00bb, le zapatisme repr\u00e9senta sans doute, mieux que tout autre, la quintessence de cette aspiration du retour au \u00ab\u00a0pass\u00e9 pass\u00e9\u00a0\u00bb d\u2019un \u00e2ge d\u2019or qui, du reste, n\u2019exista jamais que comme id\u00e9e qu\u2019il n\u2019y avait de r\u00e9alit\u00e9 mexicaine possible que mythique. Le \u00ab\u00a0magonisme\u00a0\u00bb, lui, se situait dans un autre devenir, une perspective anarcho-communiste de rupture soucieuse d\u2019emprunter au pass\u00e9 du r\u00eave d\u2019\u00e9mancipation les raisons de construire un autre futur pour les pauvres, tous les pauvres \u2013 qu\u2019ils fussent paysans, prol\u00e9taires, sous-prol\u00e9taires ou un peu les trois \u00e0 la fois. C\u2019est en cela que la vision de Flores Mag\u00f3n rel\u00e8ve d\u2019une cosmogonie o\u00f9 tout fermente d\u2019une radicalit\u00e9 \u2013 pl\u00e9b\u00e9ienne plus que prol\u00e9tarienne \u2013, constamment soucieuse d\u2019imaginer, de susciter, de tisser des convergences d\u2019imaginaires social et combattant entre pauvres, ces pauvres qui sont pour lui, et \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, le sel de la terre. Cette aptitude \u00e0 chercher en permanence, en l\u2019inventant si n\u00e9cessaire \u2013 et au risque de se tromper parfois \u2013, cette voie non trac\u00e9e de l\u2019\u00e9mancipation des pauvres, c\u2019est ce qui fait sans doute du \u00ab\u00a0magonisme\u00a0\u00bb, hors cadre historique pr\u00e9cis et quelques que soient les id\u00e9es de l\u2019\u00e9poque, une mani\u00e8re toujours actuelle d\u2019imaginer la r\u00e9volution comme un devenir qui se nourrit d\u2019un pass\u00e9 \u00e0 rejouer infiniment.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Une vie comme \u0153uvre<\/h3>\n<p>On reprendra, pour finir, par le d\u00e9but, car toujours le d\u00e9but est \u00e0 reprendre. Si ce livre est bien un \u00ab\u00a0essai politique\u00a0\u00bb, puissant et de grande ampleur, il atteste aussi qu\u2019il faut voir la vie de Flores Mag\u00f3n comme \u0153uvre, \u0153uvre de vie pr\u00e9cis\u00e9ment o\u00f9 le pr\u00e9sent et l\u2019absolu de l\u2019id\u00e9e de r\u00e9volution emprunt\u00e8rent des chemins difficiles qui engag\u00e8rent l\u2019existence sensible, intime de ce r\u00eaveur \u00e9veill\u00e9 que fut ce fils de la Sierra Mazateca. C\u2019est m\u00eame en ce sens que cette existence fait histoire inspirante. Ici, il n\u2019est pas vain de rappeler que cet homme v\u00e9cut quarante-six ans, dont un tiers aux \u00c9tats-Unis, avec de fr\u00e9quentes p\u00e9riodes d\u2019incarc\u00e9ration, et mourut, le 21 novembre 1922, dans des conditions qui demeurent suspectes au p\u00e9nitencier de Leavenworth (Kansas) o\u00f9 il purgeait, depuis 1918, une peine de vingt ans de bagne pour \u00ab\u00a0d\u00e9faitisme\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0sabotage de l\u2019effort de guerre\u00a0\u00bb \u00e9tatsunien.<\/p>\n<p>Au vu de cette condition de d\u00e9plac\u00e9, recevable est l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un certain d\u00e9centrement magonien par rapport au r\u00e9el mexicain, d\u2019autant plus recevable, pourrions-nous dire, qu\u2019elle fait sienne deux donn\u00e9es ins\u00e9parables de la vie et de l\u2019\u0153uvre des r\u00e9volutionnaires de ces temps o\u00f9 l\u2019adh\u00e9sion au \u00ab\u00a0principe esp\u00e9rance\u00a0\u00bb se payait souvent au prix du <i>destierro<\/i>. On a beaucoup reproch\u00e9, en effet, \u00e0 Flores Mag\u00f3n d\u2019avoir vu le Mexique de loin et de l\u2019avoir pens\u00e9, \u00e0 partir de 1906, en exil\u00e9. On a beaucoup glos\u00e9, de m\u00eame, sur ses penchants internationalistes, sur son refus de rallier Madero au d\u00e9but du processus r\u00e9volutionnaire, sur ses contacts infructueux avec Villa, sur sa rencontre sans prolongements avec Zapata et surtout sur sa tentative \u00ab\u00a0flibusti\u00e8re\u00a0\u00bb, un peu aventureuse il est vrai, d\u2019instaurer, en janvier 1911, et pour cinq mois sur quelques kilom\u00e8tres carr\u00e9s, la Commune libre de Basse-Californie, avec le soutien actif d\u2019anarchistes de diverses nationalit\u00e9s et de militants des IWW. Si toute critique est recevable, il n\u2019en demeure pas moins que le projet de Flores Mag\u00f3n se d\u00e9centra \u00e9galement pour le meilleur, comme pressentiment, comme anticipation dialectique, comme possibilit\u00e9 effective d\u2019un ici et maintenant d\u2019une utopie libertaire refusant tout verrouillage conceptuel, d\u00e9gag\u00e9e de toute n\u00e9cessit\u00e9 objective et produite comme mouvement ascendant d\u2019un imaginaire d\u2019\u00e9mancipation.<\/p>\n<p>En cela, Flores Mag\u00f3n incarna plus que tout autre, et jusque dans ses limites, l\u2019esprit m\u00eame de l\u2019utopie active n\u00e9cessairement m\u00e9fiante envers tout pouvoir institu\u00e9 ou en voie d\u2019institution. Malgr\u00e9 les avanies, les d\u00e9ceptions, les doutes, ce r\u00e9volutionnaire d\u2019exception paya de sa vie ce que Ernst Bloch, que cite souvent et \u00e0 juste titre Am\u00e9rico Nunes, d\u00e9finissait comme \u00ab\u00a0l\u2019esp\u00e9rance scrutatrice\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0l\u2019attente active du r\u00eave \u00e9veill\u00e9\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0l\u2019espoir concret\u00a0\u00bb, du \u00ab\u00a0non-encore-conscient\u00a0\u00bb, du \u00ab\u00a0non-encore-advenu\u00a0\u00bb, du \u00ab\u00a0r\u00eave vers l\u2019avant\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh6\" class=\"spip_note\" title=\"Ernst Bloch, Le Principe Esp\u00e9rance, tome I, Paris, Gallimard, 1976, p.\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article724#nb6\" rel=\"appendix\">6<\/a>]<\/span>. Ce fut pr\u00e9cis\u00e9ment sa grandeur, et cela demeure sa force.<\/p>\n<p>Car rien ne doit se perdre de ce qui, dans le pass\u00e9 du d\u00e9sir-r\u00e9volution, a fait quintessence. Ce livre, qui fera date, nous le rappelle page apr\u00e8s page.<\/p>\n<p><strong>Freddy GOMEZ<\/strong><\/p>\n<dl class=\"spip_document_1541 spip_documents spip_documents_center\">\n<dt><a title=\"PDF - 636.4 ko\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/IMG\/pdf\/r._flores_magon_le_reveur_en_eveil_fg_.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/acontretemps.org\/local\/cache-vignettes\/L52xH52\/pdf-39070.png?1546870898\" alt=\"\" width=\"52\" height=\"52\" \/><\/a><\/dt>\n<dt class=\"spip_doc_titre\"><strong>Texte en PDF<\/strong><\/dt>\n<\/dl>\n<\/div>\n<div class=\"nettoyeur\"><\/div>\n<aside id=\"notes\"><strong>Notes : <\/strong><\/p>\n<div id=\"nb1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article724#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span><i>Les R\u00e9volutions du Mexique<\/i>, ouvrage originellement \u00e9dit\u00e9 en 1975, chez Flammarion, fut r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 2009, chez Ab irato, dans une version revue par l\u2019auteur et augment\u00e9e d\u2019une longue postface.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article724#nh2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span>Pr\u00e9cisons que cette appellation, trop centr\u00e9e sur sa personne, ne convenait pas \u00e0 l\u2019anarchiste Flores Mag\u00f3n. Nous l\u2019employons par commodit\u00e9, et entre guillemets.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article724#nh3\" rev=\"appendix\">3<\/a>]\u00a0<\/span>Son fr\u00e8re Enrique, Juan et Manuel Sarabia, Librado Rivera, Antonio I. Villareal et Rosalio Bustamante.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article724#nh4\" rev=\"appendix\">4<\/a>]\u00a0<\/span>On d\u00e9signe sous ce terme la p\u00e9riode allant de l\u2019\u00e9lection de Porfirio Diaz \u00e0 la pr\u00e9sidence du Mexique en 1876 jusqu\u2019\u00e0 sa d\u00e9mission forc\u00e9e en mai 1911.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article724#nh5\" rev=\"appendix\">5<\/a>]\u00a0<\/span>Octavio Paz, <i>Le Labyrinthe de la solitude<\/i>, Fayard, \u00ab\u00a0Horizon libre\u00a0\u00bb, 1959, p. 176.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb6\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 6\" href=\"http:\/\/acontretemps.org\/spip.php?article724#nh6\" rev=\"appendix\">6<\/a>]\u00a0<\/span>Ernst Bloch, <i>Le Principe Esp\u00e9rance<\/i>, tome I, Paris, Gallimard, 1976, p. 20.<\/p>\n<\/div>\n<\/aside>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u25a0 Am\u00e9rico NUNES RICARDO FLORES MAG\u00d3N Une utopie libertaire dans les R\u00e9volutions du Mexique Paris, Ab irato \u00c9ditions, 2019, 274 p., illustrations. Ce livre, nous pr\u00e9vient d\u2019entr\u00e9e Am\u00e9rico Nunes, n\u2019est pas une \u00ab\u00a0biographie historique\u00a0\u00bb de Ricardo Flores Mag\u00f3n (1873-1922), mais un \u00ab\u00a0essai politique\u00a0\u00bb sur un acteur embl\u00e9matique d\u2019un moment inaugural \u00ab\u00a0proprement communiste\u00a0\u00bb qui, de 1900 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7964,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-15929","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15929","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7964"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15929"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15929\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15930,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15929\/revisions\/15930"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15929"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15929"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15929"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}