{"id":1538,"date":"2015-02-18T23:16:53","date_gmt":"2015-02-18T22:16:53","guid":{"rendered":"http:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=1538"},"modified":"2015-02-19T09:22:14","modified_gmt":"2015-02-19T08:22:14","slug":"copel-tunnels-et-autres-apports-de-groupes-autonomes-espagne-annees-70-et-80","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=1538","title":{"rendered":"COPEL, tunnels et autres apports de Groupes Autonomes (Espagne, ann\u00e9es 70 et 80)"},"content":{"rendered":"<div class=\"wrapper hfeed\">\n<div id=\"content\" class=\"content hentry\">\n<div class=\"texte surlignable\">\n<p>un des<a title=\"Spagna - Danneggiati 113 bancomat in solidariet\u00e0 con i prigionieri in sciopero della fame\" href=\"http:\/\/http:\/\/www.informa-azione.info\/spagna_danneggiati_113_bancomat_in_solidariet%C3%A0_con_i_prigionieri_in_sciopero_della_fame\">\u00a0<\/a><a title=\"Spagna - Danneggiati 113 bancomat in solidariet\u00e0 con i prigionieri in sciopero della fame\" href=\"http:\/\/www.informa-azione.info\/spagna_danneggiati_113_bancomat_in_solidariet%C3%A0_con_i_prigionieri_in_sciopero_della_fame\">prisonniers<\/a> en lutte dans les prisons d&rsquo;espagne a v\u00e9cu les <a title=\"COPEL, tunnels et autres apports de Groupes Autonomes (Espagne, ann\u00e9es 70 et 80)\" href=\"http:\/\/www.lacavale.be\/spip.php?article85\">COPEL<\/a>.: (<a title=\"C.O.P.E.L., tunnels et autres apports des groupes autonomes Exp\u00e9riences de luttes dans les ann\u00e9es 70 et 80 \u00e0 Valence, Espagne\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/spip.php?article492\">coordination autonome des prisonniers en lutte) .<\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" id=\"il_fi\" src=\"http:\/\/artsfreedom.org\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/turkey-prison-ban-on-books-250x130.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"130\" \/><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0La taule \u00e9tait juste sur l\u2019all\u00e9e Petxina, dans le vieil \u00e9difice qu\u2019on aper\u00e7oit\u00a0: La prison Modelo \u00e0 Barcelone, ok\u00a0? Il y avait aussi des \u00e9meutes, les gens qui s\u2019y int\u00e9ressaient et l\u2019entendaient accourraient imm\u00e9diatement. La tactique la plus utilis\u00e9e \u00e9tait de grimper sur les toits pour y d\u00e9ployer une banderole, et foutre le feu \u00e0 la taule, ce qui \u00e9tait joli \u00e0 voir. \u00c7a pour ceux de l\u2019int\u00e9rieur. Dans les rues autour de la prison, il y avait de temps en temps des affrontements avec les flics qui \u00e0 l\u2019\u00e9poque chargeaient directement. On \u00e9levait des barricades, par exemple de pneus enflamm\u00e9s. Bon, voil\u00e0 en quelque sorte l\u2019\u00e9bauche des \u00e9v\u00e9nements dont on est suppos\u00e9 causer. \u00c0 partir de l\u00e0, il vaut mieux que vous posiez des questions.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Voici une transcription d\u2019une discussion qui a lieu il y a quelques ann\u00e9es. Elle revient sur les activit\u00e9s de groupes autonomes en Espagne qui se battaient notamment contre la prison, aussi bien \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Le texte vient de resortir, accompagn\u00e9 d\u2019un autre texte plus g\u00e9n\u00e9rale sur ces ann\u00e9es-l\u00e0, sous forme de brochure chez Tumult Editions (<a class=\"spip_url spip_out auto\" href=\"https:\/\/tumult.noblogs.org\" rel=\"nofollow external\">http:\/\/tumult.noblogs.org<\/a>).<\/p>\n<p><strong>COPEL, tunnels et autres apports de Groupes Autonomes<\/strong><\/p>\n<p><i>R\u00e9cup\u00e9rer l\u2019histoire, notre histoire et sortir de l\u2019oubli la part qui servira \u00e0 notre lutte quotidienne. La partie qui a \u00e9t\u00e9 soigneusement tue et punie. Se souvenir, non pour comm\u00e9morer le bon vieux temps mais pour attaquer efficacement notre ennemi, mieux le conna\u00eetre, le d\u00e9masquer lors des conflits.<\/i><\/p>\n<p>Pour l\u2019int\u00e9r\u00eat et la m\u00e9connaissance qu\u2019il y a entre nous de ces luttes contemporaines, nous avons retranscrit une discussion men\u00e9e par des copains durant l\u2019hiver 2003 dans un local anarchiste aujourd\u2019hui expuls\u00e9. Nous nous sommes permis quelques adaptations pour le rendre lisible sans en changer le contenu.<\/p>\n<p>\u00c0 tous ceux et celles qui quelque part, \u00e0 un moment donn\u00e9, ont tout donn\u00e9 pour la libert\u00e9\u2026<\/p>\n<p><i>Que \u00e7a ne soit pas en vain.<\/i><\/p>\n<p>Quelques dingues incontrol\u00e9-e-s<\/p>\n<p>Valence, printemps 2004<\/p>\n<p>A. Bon, il me semble, corrigez-moi si je me trompe, que la raison de cette r\u00e9union, \u00e0 part la paella, le plaisir d\u2019\u00eatre ensemble et tout \u00e7a, c\u2019est cet esp\u00e8ce d\u2019int\u00e9r\u00eat n\u00e9gatif par rapport \u00e0 la taule, n\u2019est ce pas\u00a0? \u00ab\u00a0Les prisonniers dans la rue\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Destruction des prisons\u00a0\u00bb, etc.\u2026En th\u00e9orie, en plus de faire quelque chose ensemble, m\u00eame peu, on peut aussi r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la question. Aujourd\u2019hui, ce ne sera pas une causerie, mais un rappel, comme illustration, en principe, d\u2019histoires v\u00e9cues il y a un bail, dans les ann\u00e9es 70 et 80\u2026 Des histoires d\u2019ici, de Valence, de gens qui luttaient contre les taules avec les moyens dont ils disposaient. Un copain qui a particip\u00e9 \u00e0 beaucoup de choses durant ces ann\u00e9es est venu, il n\u2019aime pas beaucoup parler en public, je raconterai donc en quoi consistaient ces histoires. Apr\u00e8s, si vous voulez, vous pouvez lui poser des questions. En partie, j\u2019ai aussi v\u00e9cu ces histoires.<\/p>\n<p>Ces histoires\u2026 concr\u00e8tement dans les ann\u00e9es 70, il y avait une lutte, en partie dans la rue et en partie des partis politiques, pour l\u2019amnistie, l\u2019amnistie politique. Ce que recherchaient les bureaucraties politiques et syndicales, c\u2019\u00e9tait leur part du g\u00e2teau d\u00e9mocratique. Ils se contentaient d\u2019une amnistie politique qui sauverait les apparences d\u00e9mocratiques de l\u2019\u00e9poque\u00a0: pour les d\u00e9lits d\u2019opinion, politiques\u2026 Les libert\u00e9s qui sous Franco constituaient un d\u00e9lit ont donc cess\u00e9 de l\u2019\u00eatre et les gens prisonniers pour ces m\u00eames d\u00e9lits n\u2019avaient plus qu\u2019\u00e0 \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s. Il y avait beaucoup de monde surtout en prison, et dans les quartiers leurs amis et leurs relations, \u00e0 qui \u00e7a semblait bien peu. Ils pensaient qu\u2019en plus de l\u2019amnistie politique, il devait y avoir une gr\u00e2ce g\u00e9n\u00e9rale pour ceux qu\u2019on appelait les prisonniers \u00ab\u00a0sociaux\u00a0\u00bb, vu que s\u2019ils s\u2019\u00e9taient retrouv\u00e9s au trou dans une situation socio-politique qui suppos\u00e9ment \u00e9tait en train de changer radicalement et de s\u2019am\u00e9liorer, il fallait \u00e9galement leur donner une chance. Concr\u00e8tement, ce type d\u2019actions\u2026 Lors des manifs et des mobilisations, pour l\u2019amnistie, nous \u00e9tions nombreux \u00e0 r\u00e9clamer une amnistie g\u00e9n\u00e9rale. Quand les gens criaient \u00ab\u00a0les prisonniers \u00e0 la rue\u00a0\u00bb, nous autres on y rajoutait les droit-commun, on faisait des pancartes et ainsi de suite. Dans les quartiers, \u00e0 Valence, \u00e0 Madrid, \u00e0 Barcelone et ailleurs, il y avait des clubs de jeunes (bon, vous pourrez lui demander plus tard ce dont il s\u2019agissait). Dans ces lieux et d\u2019autres, il y avait les comit\u00e9s de soutien \u00e0 la COPEL qui se consacraient \u00e0 la solidarit\u00e9, par la propagande ou par d\u2019autres moyens dont nous reparlerons, avec le mouvement des prisonniers, concr\u00e8tement avec la COPEL. Et puis, il y avait d\u2019autres groupes de gens qui ne faisaient pas forc\u00e9ment partie de ces comit\u00e9s ou qui ne s\u2019identifiaient pas exclusivement \u00e0 la COPEL, car ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un aspect de la situation, et ils faisaient d\u2019autres choses. Par exemple, ils jetaient des cocktails Molotov sur des banques quand il se passait des choses dans les prisons. Ici \u00e0 Valence, comme dans d\u2019autres villes, diff\u00e9rents groupes de quartier se coordonnaient et au jour et \u00e0 l\u2019heure convenus ils br\u00fblaient simultan\u00e9ment 10 ou 12 banques. Ces actions se firent pour diverses raisons, entre autre en solidarit\u00e9 avec les luttes des taulards. Les banques n\u2019avaient pas de vitres blind\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque, on jetait les cocks directement sur les vitres et tout cramait, c\u2019\u00e9tait un r\u00e9gal (hi, hi, hi). On peut causer de ces actions parce qu\u2019il y a maintenant prescription. Elles eurent lieu pendant un p\u00e9riode appel\u00e9e la \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb, une p\u00e9riode d\u2019affrontement direct avec l\u2019\u00c9tat et de d\u00e9sob\u00e9issance, qui a dur\u00e9 un ou deux ans dans son climax, sa partie la plus importante. Quand ce mouvement s\u2019est termin\u00e9, si on peut appeler \u00e7a un mouvement, ce fut la d\u00e9faite suivie de ses cons\u00e9quences. Alors, les gens qui avaient particip\u00e9 \u00e0 tout \u00e7a se sont fait emprisonner, quelques uns de ceux qui y avaient particip\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur des prisons ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s. Ceux qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s sont non seulement rest\u00e9s enferm\u00e9s mais ont d\u00fb subir la r\u00e9pression pour leurs actes dans les quartiers d\u2019isolement de premier degr\u00e9 (aujourd\u2019hui appel\u00e9s FIES1). Le FIES n\u2019est pas une invention r\u00e9cente mais il a toujours exist\u00e9, c\u2019est la prison dans la prison. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019article 10 du r\u00e8glement de l\u2019Administration P\u00e9nitentiaire, qui est encore en vigueur \u00e0 l\u2019heure actuelle, fut cr\u00e9\u00e9 pour l\u00e9galiser ce qui avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait contre le mouvement des prisonniers contre les prisons. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019avant m\u00eame que soit promulgu\u00e9e cette loi, quasiment tous ceux qui avaient particip\u00e9 aux mutineries, aux \u00e9vasions et aux luttes de l\u2019\u00e9poque avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 l\u2019isolement. Les prisons de haute s\u00e9curit\u00e9 n\u2019existaient pas, c\u2019\u00e9taient des vieilles taules de premier degr\u00e9, bien diff\u00e9rentes de celles d\u2019aujourd\u2019hui, mais qui avaient des d\u00e9partements d\u2019isolement dans lesquels on trouvait des r\u00e9serves permanentes de flics anti-\u00e9meute charg\u00e9s de recevoir les prisonniers ayant lev\u00e9 la t\u00eate dans tout le pays et qui venaient recevoir au minimum un tabassage quotidien pour leur apprendre. \u00c7a, \u00e7a se passait d\u00e9j\u00e0 en 1978 et 1979. Beaucoup d\u2019individus qui s\u2019\u00e9taient battus dans la rue, en somme beaucoup de ceux qui avaient soutenu la lutte des prisonniers, se retrouvaient eux-m\u00eames prisonniers, peu sont rest\u00e9s \u00e0 l\u2019air libre. Ici \u00e0 Valence, comme dans le reste du pays, ces gens se r\u00e9unissaient pour\u2026 ils n\u2019avaient pas le choix vu que beaucoup de leurs camarades \u00e9taient emprisonn\u00e9s, alors ils continu\u00e8rent \u00e0 lutter contre les prisons, et ils tent\u00e8rent de les tirer de l\u00e0. Et pas que leurs copains d\u2019ailleurs, car la lutte avait commenc\u00e9 contre les prisons en g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019\u00e9tait une de ses caract\u00e9ristiques importantes, et ils n\u2019ont pas entrepris d\u2019actions visant seulement \u00e0 faire sortir les potes, mais \u00e0 favoriser toutes les \u00e9vasions. Qu\u2019ont-ils fait\u00a0? Par exemple, ils contribuaient au percement de tunnels, \u00e0 des tentatives d\u2019\u00e9vasions men\u00e9es de l\u2019int\u00e9rieur vers l\u2019ext\u00e9rieur. Ils fournissaient les outils et organisaient l\u2019infrastructure pour ces cavales si elles se produisaient, ce qui n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 le cas. Lorsque tout cela est devenu plus dur \u00e0 cause de l\u2019\u00e9volution de la situation p\u00e9nitentiaire (ce qui n\u2019a pas tra\u00een\u00e9), ils se sont mis \u00e0 creuser des tunnels du dehors au dedans. Imaginez, ici \u00e0 Valence, un grand groupe de personnes dispers\u00e9es dans toute la ville\u00a0; qui se connaissent bien, comme c\u2019est peut-\u00eatre le cas ici-m\u00eame, qui \u00e0 un moment donn\u00e9 se mettent \u00e0 faire un tunnel tous ensemble pour sortir les gens de la taule. Eh bien, c\u2019est arriv\u00e9, ce fut tent\u00e9 mais \u00e7a a foir\u00e9. \u00c0 Valence, de par les caract\u00e9ristiques de cette histoire \u00e0 laquelle allait participer beaucoup de monde, c\u2019\u00e9tait un truc tr\u00e8s ouvert. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 par de nombreuses personnes d\u2019ailleurs, mais c\u2019est une critique qui a \u00e9t\u00e9 aussi une justification de leur passivit\u00e9 car il n\u2019y avait pas moyen de le faire autrement. \u00c7a a foir\u00e9 parce que la police l\u2019a su avant qu\u2019on atteigne la prison. C\u2019\u00e9tait une course de vitesse, essayer d\u2019arriver avant d\u2019\u00eatre d\u00e9couvert et si on \u00e9tait d\u00e9couvert, ben on avait au moins essay\u00e9. Ici, \u00e0 Valence, \u00e7a a \u00e9chou\u00e9. Les m\u00eames personnes ont aussi tent\u00e9 le coup \u00e0 G\u00e9rone o\u00f9 des copains s\u2019\u00e9taient retrouv\u00e9s au trou, pr\u00e9cis\u00e9ment pour avoir mont\u00e9 des braquages pour financer des projets de lib\u00e9ration de compagnons prisonniers. Ils \u00e9taient tomb\u00e9s \u00e0 G\u00e9rone. Donc, ces personnes se sont gliss\u00e9es en tenue de plong\u00e9e dans les \u00e9gouts pour creuser mais les copains ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s. Du coup, ils ont remis \u00e7a \u00e0 Barcelone. L\u00e0-bas, ils ont lou\u00e9 un rez-de-chauss\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la prison Modelo et ils se sont remis \u00e0 creuser. Comme ils ne pouvaient pas faire autrement, il a fallu stocker la terre dans l\u2019appartement. Il y en avait tant que les murs ont quasiment explos\u00e9. Et alors le voisin d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 s\u2019est demand\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Mais enfin, qu\u2019est-ce qui se passe ici\u00a0?\u00a0\u00bb et il a appel\u00e9 la police. Et bon, ils avaient eu le temps de d\u00e9guerpir, mais la police a affirm\u00e9 que comme il y avait des r\u00e9sidences militaires proches, c\u2019\u00e9tait ETA qui faisait un tunnel pour y placer une bombe, ce qui a \u00e9t\u00e9 repris par la presse.<\/p>\n<p>Bon, un autre aspect des choses de l\u2019\u00e9poque\u00a0; c\u2019\u00e9tait les gens qui avaient r\u00e9ussi l\u2019\u00e9vasion ou qui s\u2019\u00e9taient enfuis de l\u2019arm\u00e9e ou encore qui \u00e9taient en cavale pour X raisons. Il fallait leur trouver des planques ou les aider \u00e0 sortir du pays. \u00c0 l\u2019\u00e9poque c\u2019\u00e9tait plus simple de falsifier des papiers\u00a0; et de leur en fournir\u2026<\/p>\n<p>B. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, les taules \u00e9taient plus pr\u00e8s des villes.<\/p>\n<p>A. La taule \u00e9tait juste sur l\u2019all\u00e9e Petxina, dans le vieil \u00e9difice qu\u2019on aper\u00e7oit\u00a0: \u00ab\u00a0La prison Modelo\u00a0\u00bb, ok\u00a0? Il y avait aussi des \u00e9meutes, les gens qui s\u2019y int\u00e9ressaient et l\u2019entendaient accourraient imm\u00e9diatement. La tactique la plus utilis\u00e9e \u00e9tait de grimper sur les toits pour y d\u00e9ployer une banderole, et foutre le feu \u00e0 la taule, ce qui \u00e9tait joli \u00e0 voir. \u00c7a pour ceux de l\u2019int\u00e9rieur. Dans les rues autour de la prison, il y avait de temps en temps des affrontements avec les flics qui \u00e0 l\u2019\u00e9poque chargeaient directement. On \u00e9levait des barricades, par exemple de pneus enflamm\u00e9s. Bon, voil\u00e0 en quelque sorte l\u2019\u00e9bauche des \u00e9v\u00e9nements dont on est suppos\u00e9 causer. \u00c0 partir de l\u00e0, il vaut mieux que vous posiez des questions.<\/p>\n<p>G. La COPEL dont tu as parl\u00e9, en quoi \u00e7a consistait\u00a0?<\/p>\n<p>E. La COPEL na\u00eet \u00e0 partir des premi\u00e8res remises de peine accord\u00e9es par Franco, aux prisonniers politiques\u00a0; il y en a eu aussi pour les droit-commun mais tr\u00e8s petites. Alors, au fur et \u00e0 mesure des gr\u00e2ces qui oublient les droit-commun, ceux-ci commencent \u00e0 se coordonner, surtout \u00e0 Carabanchel et na\u00eet la Coordination des Prisonniers En Lutte, la COPEL. D\u2019apr\u00e8s ce que je sais, car je n\u2019\u00e9tais pas en taule \u00e0 l\u2019\u00e9poque, \u00e7a d\u00e9bute \u00e0 Madrid et petit \u00e0 petit, avec les transferts subis en repr\u00e9sailles aux \u00e9v\u00e9nements de Carabanchel, les gens se dispersent dans toutes les taules d\u2019Espagne et des embryons se cr\u00e9ent partout. C\u2019\u00e9tait le temps des mutineries qui revendiquaient l\u2019amnistie pour tous, parce qu\u2019on ne la donnait qu\u2019aux politiques \u2013 et en effet tous les prisonniers politiques sont sortis. Ils commenc\u00e8rent \u00e0 se mutiner et \u00e0 cr\u00e9er l\u2019organisation. Il y avait certes une organisation mais en m\u00eame temps, tous les prisonniers qui voulaient lutter ou se battre \u00e9taient des prisonniers en lutte. Je veux dire par l\u00e0 que quand il y avait une mutinerie et que les gens montaient sur les toits, ils \u00e9taient tous de la COPEL \u00e0 partir de cet instant, bien qu\u2019\u00e0 Valence, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, il n\u2019y avait que deux ou trois personnes de la COPEL (A. conna\u00eet mieux les d\u00e9tails) mais lorsqu\u2019on montait sur le toit, ceux qui l\u2019occupaient revendiquaient pour l\u2019ensemble des prisonniers.<\/p>\n<p>A. Une parenth\u00e8se\u00a0: la COPEL n\u2019\u00e9tait pas une organisation proprement dite. Elle surgit \u00e0 Madrid et c\u2019\u00e9tait une des mani\u00e8res de se faire entendre, une liste de revendications\u2026 Les gens s\u2019y identifiaient et des groupes se revendiquaient COPEL. Mais par exemple, ici \u00e0 Valence, dans les ann\u00e9es o\u00f9 j\u2019y \u00e9tais\u2026 \u00e0 l\u2019\u00e9poque qui suivit \u00ab\u00a0Dueso\u00a0\u00bb, quand la COPEL avait \u00e9mis un communiqu\u00e9 largement diffus\u00e9 disant qu\u2019il fallait faire confiance au directeur de l\u2019Administration P\u00e9nitentiaire d\u2019alors. Alors nous n\u2019\u00e9tions plus dans la mouvance COPEL car ils avaient opt\u00e9 pour une tactique que nous jugions r\u00e9formiste. Nous avons donc foutu le feu \u00e0 la taule et on emmerde la COPEL\u00a0! Ce que je veux dire c\u2019est que la COPEL n\u2019\u00e9tait pas le mouvement des prisonniers, c\u2019\u00e9tait un de ses aspects particuliers, significatif, qui a eu de l\u2019influence tant positive que n\u00e9gative. C\u2019\u00e9tait bien une minorit\u00e9 de petits malins, de dirigeants, qui n\u00e9gociaient, qui se nommaient repr\u00e9sentants sans autre mandats que leur bon vouloir, sans passer par aucune assembl\u00e9e. Ils ont eu un r\u00f4le pour le moins ambivalent, au d\u00e9but tr\u00e8s positif, de d\u00e9tonateurs vers une lutte g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, puis n\u00e9gatif, de syndicalistes, c\u2019est-\u00e0-dire de d\u00e9mobilisateurs.<\/p>\n<p>G. Si je comprends bien, la COPEL c\u2019\u00e9tait surtout des droit-commun\u00a0?<\/p>\n<p>A. Absolument.<\/p>\n<p>G. Et puis, il y avait les politiques\u00a0?<\/p>\n<p>E. Non, \u00e0 ce moment, il n\u2019y en avait pratiquement pas.<\/p>\n<p>G. Ils avaient \u00e9t\u00e9 amnisti\u00e9s\u2026<\/p>\n<p>E. Exactement, Ils avaient tous \u00e9t\u00e9 amnisti\u00e9s, les seuls politiques \u00e9taient ceux qui \u00e9taient entr\u00e9s apr\u00e8s l\u2019amnistie, des prisonniers d\u2019ETA et du GRAPO2, qui fit son apparition \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Tous ceux qu\u2019il y avait avant, ceux d\u2019ETA, du GRAPO, du FRAP3, les anarchistes, tous avaient \u00e9t\u00e9 amnisti\u00e9s.<\/p>\n<p>G. Y avait-il une nette diff\u00e9rence entre politiques et droit-commun\u00a0?<\/p>\n<p>E. Oui, en effet. Quand je suis tomb\u00e9 ils faisaient encore la diff\u00e9rence. Concr\u00e8tement, \u00e0 Carabanchel, il y avait des droit-commun d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et des politiques de l\u2019autre. \u00c0 mon arriv\u00e9e, j\u2019\u00e9tais toujours plac\u00e9 dans une coursive de droit-commun, on me demandait si j\u2019\u00e9tais un prisonnier politique ou un prisonnier social et moi je r\u00e9pondais que j\u2019\u00e9tais un prisonnier normal\u00a0; je ne me suis jamais d\u00e9fini comme un prisonnier politique. Toutefois jusqu\u2019en 1984\/1985, ils \u00e9taient diff\u00e9renci\u00e9s dans les taules, surtout l\u00e0 o\u00f9 il y avait beaucoup de politiques. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9 longtemps \u00e0 Valence et j\u2019\u00e9tais pratiquement seul, au mieux on \u00e9tait trois ou quatre, l\u00e0 il n\u2019y avait pas de distinctions, on \u00e9tait tous des prisonniers un point c\u2019est tout. \u00c0 Barcelone ou \u00e0 Madrid, \u00e0 Carabanchel, il y avait une diff\u00e9rence entre les droit-commun et les politiques, surtout avec l\u2019ETA, le GRAPO, la CNT\u2026<\/p>\n<p>A. Ce n\u2019est pas que les prisonniers politiques aient eu un statut sp\u00e9cial, explicite, reconnu mais ils \u00e9taient nombreux. Ils se serraient les coudes en prison comme \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et luttaient pour \u00eatre reconnus en tant que prisonniers politiques. Il y avait bien des pr\u00e9sum\u00e9s politiques qui ne jouaient pas \u00e0 \u00e7a, nous ne jouions pas ce jeu, nous ne faisions pas de distinctions, nous nous opposions aux autres et nous critiquions le fait qu\u2019ils se revendiquent politiques. Nous ne les suivions jamais dans leurs histoires et c\u2019est justement pour \u00e7a qu\u2019on s\u2019affrontait.<\/p>\n<p>E. Non, mais le fait est que les prisonniers politiques \u00e0 Carabanchel, lors de mon passage (au d\u00e9but des ann\u00e9es 80), avaient des privil\u00e8ges. Ils les avaient conquis, c\u2019est entendu, mais ils \u00e9taient privil\u00e9gi\u00e9s.<\/p>\n<p>A. Car ils avaient le pouvoir de se retrouver, par exemple 150, comme les Milis, ou 80 ou 60 comme les Polimilis4 ou les GRAPO et d\u2019agir \u00e0 l\u2019unisson en ayant derri\u00e8re eux toute une organisation \u00ab\u00a0terroriste\u00a0\u00bb qui pouvait menacer les gardes ou des choses du genre. De plus, ils d\u00e9fendaient leurs privil\u00e8ges et leurs int\u00e9r\u00eats face aux autres prisonniers. \u00c7a cr\u00e9ait donc une situation de toutes pi\u00e8ces. Bien s\u00fbr, il y a toujours eu discr\u00e8tement une politique sp\u00e9ciale pour les prisonniers politiques. Aujourd\u2019hui, il y a les FIES pour les prisonniers accus\u00e9s de terrorisme, c\u2019est-\u00e0-dire un statut sp\u00e9cial pour les politiques. \u00c0 l\u2019\u00e9poque ce n\u2019\u00e9tait pas explicite mais \u00e7a existait en pratique. Bon, de nos jours, c\u2019est comparable, les FIES ne sont qu\u2019une circulaire qui, en pratique, est devenue loi.<\/p>\n<p>E. Tu n\u2019as pas fait le rapprochement entre les FIES et Herrera. Je les comparerais\u00a0; ce qu\u2019\u00e9tait Herrera \u00e0 l\u2019\u00e9poque, ce serait les FIES d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>A. Les FIES de l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9taient Oca\u00f1a, el Puerto, Burgos et Huesca, les quartiers d\u2019isolement soumis \u00e0 un r\u00e9gime sp\u00e9cial o\u00f9 on envoyait les gens souffrir\u2002\u00a0; o\u00f9 il y avait des compagnies d\u2019anti\u00e9meutes en permanence. Tu arrivais et \u00e0 peine descendu du fourgon, o\u00f9 on t\u2019avait tra\u00een\u00e9 sans crier gare, dans un bloc, tu devais traverser une haie d\u2019anti\u00e9meutes et de matons qui te trimballaient dans tout le centre de d\u00e9tention \u00e0 coup de matraques. Normalement, il y avait un couloir comme \u00e7a, puis un autre, etc. On te tra\u00eenait d\u2019abord dans un coin, on te d\u00e9shabillait, on te giflait, on te faisait faire des pompes, tout \u00e7a \u00e0 coup de matraques, pas vrai\u00a0? Apr\u00e8s on te conduisait \u00e0 ta cellule situ\u00e9e \u00e0 l\u2019autre bout du b\u00e2timent, de la m\u00eame mani\u00e8re. Ainsi, tu apprenais le fonctionnement. Le tabassage quotidien n\u2019\u00e9tait jamais oubli\u00e9 dans les pires moments. C\u2019\u00e9tait ce qui se passait dans les quartiers d\u2019isolement. Herrera, c\u2019\u00e9tait comme qui dirait une exp\u00e9rience pilote qui commen\u00e7ait ainsi et qui finissait par faire passer les gens par ce qui, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire, aurait \u00e9t\u00e9 les degr\u00e9s de traitement. C\u2019est de l\u00e0 que sont parties les bases de la r\u00e9forme p\u00e9nitentiaire. Tu d\u00e9boulais en premier degr\u00e9, tu recevais plein de coups tous les jours et s\u2019ils venaient \u00e0 bout de toi (car les gens p\u00e9taient les plombs, l\u00e0, on le sait par des copains qui y ont \u00e9t\u00e9), tu passais \u00e0 la deuxi\u00e8me phase, \u00e0 la troisi\u00e8me, \u00e0 la quatri\u00e8me, et tu finissais en deuxi\u00e8me degr\u00e9. Y compris, tu pouvais sortir en r\u00e9gime ouvert mais je suppose que normalement on t\u2019avait bris\u00e9 quelque chose \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>G. En parlant d\u2019Herrera, tu te r\u00e9f\u00e8res \u00e0 la taule\u00a0?<\/p>\n<p>A. Oui, \u00e0 celle d\u2019Herrera de la Mancha.<\/p>\n<p>G. C\u2019\u00e9tait un r\u00e9gime sp\u00e9cial\u00a0?<\/p>\n<p>E. \u00c0 Herrera, on mettait les indomptables des taules, c\u2019est-\u00e0-dire, les chahuteurs, et puis surtout les bagarreurs et ceux qui avaient particip\u00e9 aux mutineries.<\/p>\n<p>A. Les indomptables des taules allaient \u00e0 Oca\u00f1a, au Puerto ou \u00e0 Burgos, les fous \u00e0 Huesca, avant l\u2019ouverture d\u2019Herrera. Lorsque Garc\u00eda Vald\u00e9s a ouvert Herrera, en 1979, ils ont continu\u00e9 \u00e0 remplir ces taules. Seuls quelques cas sp\u00e9ciaux allaient \u00e0 Herrera. Toujours pour diviser. Quand il y avait des \u00e9meutes, sur dix prisonniers, un allait \u00e0 Oca\u00f1a, un \u00e0 Burgos, un au Puerto, et de ceux-l\u00e0 un sur dix allait \u00e0 Herrera. Par exemple, ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins de la mort d\u2019Agustin Rueda, \u00ab\u00a0le Rat\u00a0\u00bb et ces gens l\u00e0 qui, \u00e0 chaque fois qu\u2019ils \u00e9taient transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 Herrera, \u00e9taient tortur\u00e9s et oblig\u00e9s de revenir sur leurs d\u00e9clarations. De retour \u00e0 Carabanchel, ils portaient plainte et d\u00e9non\u00e7aient leurs tortures devant le juge, et \u00ab\u00a0\u2002je maintiens ma d\u00e9claration initiale\u2002\u00a0\u00bb, alors on les re-transf\u00e9rait \u00e0 Herrera et on s\u2019occupait \u00e0 nouveau d\u2019eux et ainsi de suite. C\u2019\u00e9tait une prison pilote o\u00f9 ils envoyaient des gens tri\u00e9s sur le volet qu\u2019ils voulaient briser compl\u00e8tement avec un nouveau syst\u00e8me. Oca\u00f1a, el Puerto\u2026 c\u2019\u00e9tait \u00e0 l\u2019ancienne, tandis qu\u2019Herrera, c\u2019\u00e9tait le paradigme de la r\u00e9forme, concentrant tous les traitements de la nouvelle loi p\u00e9nitentiaire dans l\u2019espace et dans le temps. Bon, c\u2019est pas vraiment le th\u00e8me de la discussion d\u2019aujourd\u2019hui, mais on pourrait en reparler une autre fois\u2026<\/p>\n<p>G. Ce qu\u2019on aurait voulu savoir, c\u2019est comment vous faisiez pour faire parvenir ce que vous faisiez dehors \u00e0 ceux qui \u00e9taient dedans, comment s\u2019organisait la communication.<\/p>\n<p>E. Ici nous n\u2019\u00e9tions pas nombreux. Nous \u00e9tions des gens autonomes, ind\u00e9pendants, nous ne militions pas dans un parti communiste ni m\u00eame \u00e0 la CNT. On se connaissait du quartier, notre quartier c\u2019\u00e9tait Orriols, on \u00e9tait un groupe de potes. \u00c0 part ce groupe d\u2019amis qui se connaissant du centre de jeunes, on fr\u00e9quentait d\u2019autres centres plus ou moins proches de nous, ici, \u00e0 Benicalap, Benimaclet, Quart ou Mislata. Au niveau personnel, on pouvait se retrouver \u00e0 20 ou 30, sensibilis\u00e9s et participants au soutien \u00e0 la lutte des prisonniers. On organisait des festivals, de la propagande, on mettait une pancarte sur la Vierge l\u00e0-bas, on faisait des d\u00e9bats, des colloques et en m\u00eame temps des activit\u00e9s plus combatives comme l\u2019a racont\u00e9 A., des jets de cocktails Molotov, un engin explosif aux tribunaux\u2026 On soutenait au niveau du fric, de la propagande et des avocats. On avait une amie avocate qui \u00e9tait tr\u00e8s impliqu\u00e9e et puis quelques autres. Par la suite, on a commenc\u00e9 \u00e0 se radicaliser un peu, surtout \u00e0 partir du moment o\u00f9 des copains avec qui on faisait des choses sont tomb\u00e9s, pour\u2026 bon, avec des armes et tout \u00e7a. Et bien, fallait les sortir de l\u00e0. C\u2019est alors qu\u2019on a commenc\u00e9 \u00e0 voir certaines choses. Le probl\u00e8me c\u2019est qu\u2019on manquait d\u2019exp\u00e9rience, on n\u2019avait que de la bonne volont\u00e9. On a commenc\u00e9 \u00e0 faire des choses, je vous les raconterai plus tard.<\/p>\n<p>A. Les contacts avec ceux qui luttaient de l\u2019int\u00e9rieur et les infos sur ce qui se passait l\u00e0-bas, au d\u00e9but \u00e7a passait par des avocats, c\u2019est-\u00e0-dire, par cette femme assise l\u00e0, si silencieuse, ce qu\u2019il y a c\u2019est qu\u2019elle ne veut pas parler.<\/p>\n<p>E. Par exemple, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ils ont fait un tunnel pour se barrer. Pour creuser, il leur fallait des outils et \u00e0 cette \u00e9poque, on pouvait faire passer des trucs par les avocats. On leur a pass\u00e9 des pics et m\u00eame un talkie-walkie pour \u00eatre en liaison. Nous on \u00e9tait dehors, en contact avec eux pour qu\u2019au moment de la sortie on leur file un coup de main. Tout \u00e9tait tr\u00e8s informel, des histoires de connaissances et d\u2019affinit\u00e9s, il n\u2019y avait aucune organisation ou quoi que ce soit qui y ressemblait.<\/p>\n<p>G. Bien s\u00fbr, tout par les avocats\u2026 Les familles aussi, non\u00a0?<\/p>\n<p>A. \u00c0 Barona, il y avait ce club, le 14\/17\u2026 au d\u00e9but, c\u2019\u00e9tait juste un club paroissial, un truc du temps de Franco. Dans tous les villages et les quartiers il y avait des clubs qu\u2019on appelait les \u00ab\u00a0clubs-t\u00e9l\u00e9s\u00a0\u00bb. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, personne n\u2019avait la t\u00e9l\u00e9vision et ils l\u2019ont mise dans des locaux appartenant \u00e0 l\u2019\u00c9glise, \u00e7a attirait la jeunesse, pour leur bourrer le cr\u00e2ne ou quelque chose comme \u00e7a. Mais, avec le temps, ils ont perdu compl\u00e8tement le contr\u00f4le. Au d\u00e9but les chr\u00e9tiens de base se r\u00e9unissaient l\u00e0, ceux de l\u2019HOAC, de la JOC (des organisations ouvri\u00e8res catholiques plus ou moins combatives), etc. parce que c\u2019\u00e9tait dans des quartiers prolos, et puis aussi l\u2019extr\u00eame gauche, les trotskistes, les maos, la LCR, le FRAP, AC, etc. Dans beaucoup de ces clubs ce sont d\u2019abord les cur\u00e9s puis les bureaucrates qui ont perdu le contr\u00f4le et en fin de compte, il n\u2019y restait que ceux qui les faisaient fonctionner, qui formaient une sorte d\u2019assembl\u00e9e. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 il fallait maintenir le local et tout \u00e7a, et de l\u2019autre on s\u2019impliquait dans les luttes du quartier. Dans les quartiers il y avait beaucoup de gens qui \u00e9taient des d\u00e9linquants, qui volaient, par exemple, qui entraient et sortaient de taule\u2002\u00a0; par leur interm\u00e9diaire, on avait pas mal de contacts. Il y avait pas mal d\u2019\u00e9vad\u00e9s et l\u00e0-bas on leur donnait un coup de main. Puis, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 aller nous-m\u00eames en taule. On avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dans les groupes de soutien \u00e0 la COPEL, etc. et on connaissait des gens l\u00e0-bas qui \u00e9taient cens\u00e9s \u00eatre de la COPEL. En fait, tout \u00e7a \u00e9tait tr\u00e8s relatif, ce n\u2019\u00e9tait pas une organisation, c\u2019\u00e9tait des groupes de gens \u00e0 un moment donn\u00e9. Par exemple, \u00e0 Madrid, ils \u00e9taient en contact avec un groupe de jeunes avocats, ils ont r\u00e9ussi \u00e0 monter une histoire qui a eu de grosses r\u00e9percussions dans les m\u00e9dias, mais aussi en taule, et \u00e7a a servi d\u2019exemple. Les gens le suivaient et s\u2019identifiaient \u00e0 la COPEL. Toutefois, ceux qu\u2019on a rencontr\u00e9s en prison n\u2019\u00e9taient pas vraiment de la COPEL. Il n\u2019y en avait que quelques-uns qui venaient de Madrid et avaient particip\u00e9 \u00e0 sa fondation. Quand nous sommes arriv\u00e9s, ceux qui \u00e9taient plus ou moins dispos\u00e9s \u00e0 lutter s\u2019\u00e9taient retranch\u00e9s dans la quatri\u00e8me coursive et s\u2019autog\u00e9raient. Mais il y avait une certaine ambigu\u00eft\u00e9 entre ceux qui agissaient et ceux qui ne foutaient rien. Il y avait une menace permanente de mutinerie. Les matons n\u2019\u00e9taient pas rassur\u00e9s par la situation, et encore moins par les directives envoy\u00e9es par Jes\u00fas Hadad (directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Administration P\u00e9nitentiaire, \u00e9limin\u00e9 peu de temps apr\u00e8s par les GRAPO) qui menait une politique incoh\u00e9rente. Donc, dans certaines parties de la prison, les prisonniers avaient pris le pouvoir. Il y avait des assembl\u00e9es mais surtout, ces espaces \u00e9taient entre les mains des taulards Un certain groupe se revendiquait de la COPEL mais on ne peut pas dire qu\u2019ils y appartenaient. C\u2019\u00e9taient les meneurs. Par exemple\u00a0: s\u2019il y avait des abus entre prisonniers, c\u2019est eux qui allaient demander des comptes aux profiteurs. Quand on est tomb\u00e9s, ils ne nous ont pas mis dans la quatri\u00e8me coursive, l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a bougeait, mais deux dans la premi\u00e8re et deux dans la troisi\u00e8me. On a donc commenc\u00e9 par une gr\u00e8ve de la faim pour \u00eatre r\u00e9unis. On a gagn\u00e9 et on est all\u00e9 \u00e0 la quatri\u00e8me. Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on a commenc\u00e9 \u00e0 creuser le tunnel dont vous a parl\u00e9 E. Des potes \u00e0 lui ont obtenu les outils et ont commenc\u00e9 \u00e0 creuser dans leur cellule, et les autres s\u2019y sont joints. La coursive \u00e9tait pleine de terre, toutes les cellules des personnes impliqu\u00e9es, les couchettes \u00e9taient bourr\u00e9es de terre et une mouche n\u2019aurait pas pu voler. On contr\u00f4lait la coursive et ceux qui \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 chauffer, on les calmait parce qu\u2019on voulait se tailler. Par ailleurs, on contr\u00f4lait le vin et on le r\u00e9partissait. C\u2019\u00e9tait ambigu, l\u00e9g\u00e8rement mafieux mais \u00e7a avait un c\u00f4t\u00e9 tr\u00e8s combatif et courageux, on \u00e9tait pr\u00eats \u00e0 tout. Il y avait aussi beaucoup de personnalisme, un groupe dominant. Beaucoup en avaient ras-le-bol qu\u2019on essaye de les contenir. L\u2019accord, c\u2019\u00e9tait que si le tunnel \u00e9tait d\u00e9couvert, la taule br\u00fblerait. Et c\u2019est ce qui est arriv\u00e9\u00a0: on a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert et on a mis le feu \u00e0 la prison, on a fait une mutinerie de tous les diables. C\u2019\u00e9tait \u00e7a la COPEL \u00e0 Valence \u00e0 cette \u00e9poque. En fait, aucun de ceux qui avaient des contacts avec la COPEL originelle n\u2019ont particip\u00e9 \u00e0 tout \u00e7a. Ils \u00e9taient dans d\u2019autres coursives et suivaient les directives de Madrid ou des diverses prisons o\u00f9 avaient \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s les membres de la premi\u00e8re COPEL.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la COPEL de Carabanchel, un autre groupe du m\u00eame nom a surgi \u00e0 Barcelone et disons que dans tout le pays il y a eu des mouvements revendicatifs qui se sont identifi\u00e9s \u00e0 ce sigle. Pendant quelques mois, surtout en 1977, il y avait des mutineries toutes les semaines, tous les jours, et partout\u00a0; des \u00e9meutes, des automutilations, des gr\u00e8ves de la faim\u2026 En r\u00e9alit\u00e9, les gens de base rejoignaient le mouvement car ils y voyaient la possibilit\u00e9 de sortir avec la revendication de gr\u00e2ce g\u00e9n\u00e9rale. Par la suite, le ph\u00e9nom\u00e8ne COPEL a \u00e9t\u00e9 habilement manipul\u00e9 par Garc\u00eda Vald\u00e9s, le directeur g\u00e9n\u00e9ral arriv\u00e9 apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution de Jes\u00fas Hadad, ainsi que par Tavera. Du temps de Hadad, ils avaient mis tous les soi-disant meneurs au Centre de Dueso, en passant par Burgos. L\u00e0, ils les tabassaient, ils leur piquaient tout, les foutaient \u00e0 poil, leur rasaient la t\u00eate, leur collaient une combinaison et les envoyaient \u00e0 Dueso. L\u00e0-bas, ils \u00e9taient enferm\u00e9s en quartier d\u2019isolement et recevaient des coups. Ce que c\u2019\u00e9tait qu\u2019un quartier d\u2019isolement, c\u2019est une longue histoire, un peu macabre mais c\u2019\u00e9tait un endroit o\u00f9 quand ton pied mordait la ligne, on te tapait dessus. Lorsque Vald\u00e9s est arriv\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Administration P\u00e9nitentiaire, avec sa r\u00e9putation de juriste d\u00e9mocrate et progressiste, il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Dueso\u00a0; auparavant ils avaient sorti tout le monde du quartier d\u2019isolement et proclam\u00e9 l\u2019autogestion\u00a0; ils leur ont m\u00eame donn\u00e9 l\u2019administration de l\u2019\u00e9conomat. Apr\u00e8s est venu le coup de n\u00e9gocier la r\u00e9forme p\u00e9nitentiaire. Quelques-uns se sont fait avoir et d\u2019autres, je suppose que \u00e7a les arrangeait bien. C\u2019est alors qu\u2019un communiqu\u00e9 est sorti, comme sortaient les communiqu\u00e9s de cette \u00e9poque\u00a0: par exemple, quelqu\u2019un recevait par courrier un livre \u00e0 la couverture cartonn\u00e9e dont une partie avait \u00e9t\u00e9 \u00e9vid\u00e9e et dans le trou se trouvait un papier, un communiqu\u00e9 authentifi\u00e9 par des signatures. Ce papier disait alors qu\u2019il fallait faire confiance \u00e0 Garc\u00eda Vald\u00e9s pour la r\u00e9forme p\u00e9nitentiaire. Notre r\u00e9action ainsi que celle de la majorit\u00e9 de la quatri\u00e8me coursive a \u00e9t\u00e9 de dire qu\u2019on ne voulait pas d\u2019une cage dor\u00e9e, qu\u2019on voulait la libert\u00e9. Qu\u2019ils aillent se faire foutre avec leur r\u00e9forme, ce n\u2019est pas r\u00e9former les prisons qu\u2019il faut faire, c\u2019est les d\u00e9truire. Nous avons donc rompu compl\u00e8tement avec tout \u00e7a et nous avons continu\u00e9 avec nos histoires\u00a0; et on a mis le feu \u00e0 la prison quand la COPEL avait demand\u00e9 qu\u2019on ne le fasse plus. \u00c0 partir de ce moment s\u2019est produit ce que les criminologues appellent la bifurcation\u00a0: les m\u00e9chants vont au FIES et les gentils en r\u00e9gime ouvert. Que les m\u00e9chants pourrissent en taule et que les autres pourrissent dehors, qu\u2019ils s\u2019institutionnalisent et passent par les escroqueries de la r\u00e9adaptation qui n\u2019est qu\u2019un processus de d\u00e9gradation et d\u2019humiliation. \u00c7a a commenc\u00e9 avec ceux qui \u00e9taient soi-disant de la COPEL, les gens qui bougeaient, les plus intelligents ou imp\u00e9tueux. Ceux qui s\u2019adaptaient, qui n\u00e9gociaient, qui ont march\u00e9 dans les propositions de \u00ab\u00a0cogestion\u00a0\u00bb men\u00e9es dans divers centres p\u00e9nitentiaires, ont \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 sortir\u00a0; les autres allaient \u00e0 Oca\u00f1a, \u00e0 Burgos, \u00e0 Huesca et finalement \u00e0 Herrera. Voil\u00e0 ce qui s\u2019est pass\u00e9.<\/p>\n<p>G. C\u2019\u00e9tait quoi les comit\u00e9s de soutien \u00e0 la COPEL\u00a0?<\/p>\n<p>E. Nous n\u2019\u00e9tions pas vraiment un comit\u00e9 de soutien \u00e0 la COPEL, nous soutenions la lutte des prisonniers. Ce qu\u2019il y avait alors \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, en th\u00e9orie, c\u2019\u00e9tait la COPEL. Donc, va pour la COPEL. Nous, on sortait un canard o\u00f9, plut\u00f4t que des articles \u00e0 nous, on mettait des textes provenant de prison, des coupures de presse et on appelait \u00e7a \u00ab\u00a0Ceux qui n\u2019ont jamais eu la parole la prennent maintenant\u00a0\u00bb. On l\u2019a repris d\u2019une revue de Barcelone ou de Madrid. Avec \u00e7a on faisait un peu de fric qu\u2019on faisait parvenir via les avocats \u00e0 des personnes bien pr\u00e9cises, avec qui on avait des contacts, des gens du quartier. \u00c0 l\u2019\u00e9poque des mutineries, \u00e0 ceux qui \u00e9taient au mitard, on leur faisait passer des choses, de la bouffe, des habits\u2026 souvent par l\u2019interm\u00e9diaire de Presen, une prof\u2019 qui donnait des cours \u00e0 la prison pour femmes puis \u00e0 celle pour hommes. Elle faisait partie de notre groupe de rue qui se r\u00e9unissait toutes les semaines pour faire des choses plus ou moins l\u00e9gales\u00a0: des autocollants, des brochures, des revues, des festivals, des d\u00e9bats\u2026 la prof\u2019 \u00e9tait avec nous pour tout \u00e7a. C\u2019\u00e9tait une nana passablement impliqu\u00e9e qui a donn\u00e9 un coup de main, assez l\u00e9gale et assez bien. C\u2019\u00e9tait une fonctionnaire et tout ce qu\u2019on peut en dire, c\u2019est plut\u00f4t bien.<\/p>\n<p>A. Tu peux nous raconter comment ont commenc\u00e9 les jets de cocktails\u00a0?<\/p>\n<p>E. C\u2019est parti \u00e0 l\u2019anniversaire des cinq derni\u00e8res ex\u00e9cutions sous Franco, celles du 27 septembre 1975.<\/p>\n<p>A. Je croyais que \u00e7a avait commenc\u00e9 avec l\u2019ex\u00e9cution de Puig Antich\u2026<\/p>\n<p>E. Ben, nous, on a commenc\u00e9 pour l\u2019anniversaire du 27 septembre, en 1976. C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 qu\u2019ont commenc\u00e9 les histoires de lutte des droit-commun, jusque l\u00e0 il n\u2019y en avait pas eu. Ensuite ce fut en soutien aux luttes des prisonniers, comme disaient les communiqu\u00e9s qu\u2019on ne signait pas\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 bas les murs des prisons\u00a0!\u00a0\u00bb Comme disait A., en une nuit, il y avait 30 ou 40 personnes qui lan\u00e7aient des cocks \u00e0 la m\u00eame heure. Par exemple, on disait \u00ab\u00a0\u00e0 minuit\u00a0\u00bb et \u00e0 minuit il y avait 10 ou 15 banques qui cramaient, deux ou trois personnes par banque, pour attirer l\u2019attention et envoyer un communiqu\u00e9, nous n\u2019avions pas d\u2019autre intention. Ok, changer un peu le type de lutte, c\u2019est-\u00e0-dire la radicaliser. La lutte des droit-commun \u00e9tait totalement ignor\u00e9e par les partis et les syndicats, seuls quelques petits groupes d\u2019extr\u00eame gauche et de CNT y prenaient part et encore, ils se contentaient de passer les communiqu\u00e9s dans leurs publications. Mais lors des mutineries, lorsque les gens se manifestaient, etc., personne ne participait. Nous, on a fait quelques appels pour des manifs et on s\u2019est retrouv\u00e9s 50 au maximum. Alors on se donnait rendez-vous entre nous, les gens du quartier et des environs\u2026<\/p>\n<p>G. Quelle \u00e9tait la relation entre les droit-commun et les politiques\u00a0?<\/p>\n<p>A. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, au d\u00e9but, il n\u2019y avait plus de prisonniers politiques parce qu\u2019ils \u00e9taient sortis \u00e0 la derni\u00e8re amnistie. L\u00e0, il faut distinguer deux choses\u00a0: l\u2019amnistie et la gr\u00e2ce. L\u2019amnistie signifie que ce qui \u00e9tait auparavant consid\u00e9r\u00e9 comme un d\u00e9lit ne l\u2019est plus, et c\u2019\u00e9tait alors le cas pour les d\u00e9lits d\u2019opinion, d\u2019association, etc., qui n\u2019existaient plus quand la dictature devint \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb. La gr\u00e2ce, c\u2019est quand on supprime la peine \u00e0 quelqu\u2019un bien que la conduite pour laquelle il avait \u00e9t\u00e9 puni continue \u00e0 \u00eatre condamn\u00e9e en g\u00e9n\u00e9ral. L\u2019amnistie touchait exclusivement les prisonniers politiques. Les droit-commun luttaient pour une gr\u00e2ce g\u00e9n\u00e9rale en consid\u00e9rant discriminatoire que l\u2019on pardonne aux politiques parce que la situation politico-sociale avait chang\u00e9 sans leur donner, \u00e0 eux, une deuxi\u00e8me chance.<\/p>\n<p>E. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, dehors, il y avait l\u2019Association des Parents des Prisonniers Politiques, la FAP. Puis, ceux du FRAP avaient la leur, l\u2019AFAPE, mais rien pour les droit-commun, les parents \u00e9taient l\u00e0 au niveau personnel. Bien s\u00fbr, il n\u2019y avait pas de coordination entre eux.<\/p>\n<p>G. Alors quelle \u00e9tait la relation, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la prison, entre ceux qui avaient du soutien ext\u00e9rieur et les autres\u00a0?<\/p>\n<p>E. Je ne peux pas parler du temps des mutineries, je n\u2019\u00e9tais pas enferm\u00e9. Je peux causer des ann\u00e9es 80, quand j\u2019y \u00e9tais et en g\u00e9n\u00e9ral il y avait effectivement des diff\u00e9rences. Les politiques restaient entre eux et les sociaux aussi. Il y avait tr\u00e8s peu de communication. Sauf exceptions, ils ne se m\u00e9langeaient pas aux droit-commun. Ils se comportaient comme s\u2019ils \u00e9taient d\u2019une autre classe.<\/p>\n<p>A. En g\u00e9n\u00e9ral, les politiques, tant \u00ab\u00a0d\u00e9mocrates\u00a0\u00bb que \u00ab\u00a0terroristes\u00a0\u00bb m\u00e9prisaient les droit-commun. Et par exemple, les GRAPO en arrivaient \u00e0 dire\u00a0: \u00ab\u00a0lorsqu\u2019on sera au pouvoir, on vous enverra construire des autoroutes\u00a0\u00bb. Seuls quelques f\u00eal\u00e9s, comme nous, s\u2019en foutaient d\u2019\u00eatre des politiques et passaient plus de temps avec les droit-commun.<\/p>\n<p>E. Il y avait une diff\u00e9rence de fond, au niveau social, entre des gens qui ont du temps pour penser, des personnes dont la vie est toute trac\u00e9e, et puis des gens qui volent pour survivre.<\/p>\n<p>A. Il faut distinguer, par exemple, un prisonnier politique du PC ou des Commissions Ouvri\u00e8res ou issu d\u2019un parti ou d\u2019un syndicat \u00ab\u00a0d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, qui \u00e9taient la majorit\u00e9 \u00e0 la mort de Franco et qui sont sortis en 1976, de ceux qui se trouvaient l\u00e0 pour des actions arm\u00e9es, qui sont sortis un peu plus tard (les derniers fin 1977) et qui n\u2019ont cess\u00e9 d\u2019y retourner par la suite. Ce genre de \u00ab\u00a0d\u00e9mocrates\u00a0\u00bb appartient \u00e9videmment \u00e0 la bourgeoisie, ce sont des gens du Capital, il ne faut pas s\u2019y tromper. Des gens du Capital pour lesquels \u00e0 ce moment, malheureusement, les circonstances politiques \u00e9taient d\u00e9favorables \u00e0 leurs chefs. \u00c0 l\u2019arriv\u00e9e de la d\u00e9mocratie, tous les politiques non catalogu\u00e9s<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0terroristes\u00a0\u00bb sont sortis rapidement car leurs partis avaient besoin d\u2019eux et ils sont all\u00e9s se partager le g\u00e2teau avec les autres. Il restait les membres d\u2019ETA, du GRAPO, du FRAP qui ont une vision autoritaire, \u00e9tatiste, ils ne sont aucunement ennemis du syst\u00e8me carc\u00e9ral, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils sont partisans de l\u2019\u00c9tat et de la r\u00e9pression et ne font preuve d\u2019aucune solidarit\u00e9 avec les droit-commun. Pour eux, les droit-commun n\u2019ont rien de comparable avec eux. Ils d\u00e9fendent leurs privil\u00e8ges un point c\u2019est tout. J\u2019ai vu des Grapos, \u00e0 Carabanchel, attraper un jeunot qui leur avait vol\u00e9 un radiocassette et le lyncher\u00a0; ils voulaient le jeter du troisi\u00e8me \u00e9tage. On disait, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, que ce genre de choses se passait dans les commissariats, et bien les Grapos aussi savaient le faire. Dans la troisi\u00e8me coursive de Carabanchel vivaient au troisi\u00e8me \u00e9tage les politiques, au deuxi\u00e8me un m\u00e9lange et au premier les communs. Quand on a vu la sc\u00e8ne, les gens sont mont\u00e9s furieux et il allait y avoir un affrontement bestial. R\u00e9sultat\u00a0: le gamin est parti au mitard\u00a0; c\u2019\u00e9tait le lyncher ou le d\u00e9noncer. Cet exemple permet de se faire une id\u00e9e. D\u2019autres ont une vision diff\u00e9rente, celle-ci c\u2019est la mienne. J\u2019ai eu des embrouilles et des bagarres avec les membres de GRAPO ou d\u2019ETA \u00e0 ce sujet. \u00c0 Carabanchel, comme les etarras \u00e9taient en majorit\u00e9, ils n\u00e9gociaient avec la direction ce qui leur passait par la t\u00eate et nous-autres, la mac\u00e9doine politique, les autonomes ou ceux de la CNT, ou nous faisions ce qu\u2019ils avaient d\u00e9cid\u00e9 ou nous faisions ce qu\u2019ils avaient d\u00e9cid\u00e9, voil\u00e0 l\u2019alternative qui nous restait selon eux. Et ils poussaient cela \u00e0 l\u2019extr\u00eame, par exemple\u00a0: ils avaient d\u00e9cid\u00e9 de nettoyer par tours successifs, selon les blocs, nous on avait d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019on ne nettoierait pas en taule, plut\u00f4t crever\u00a0! Lorsque c\u2019\u00e9tait notre tour, ces fils de putes venaient nous obliger \u00e0 nettoyer et il fallait se battre avec eux pour dire non.<\/p>\n<p>A. Faut voir que tout \u00e7a (les tunnels du dehors au dedans), ce fut, disons, une r\u00e9adaptation de toute ces choses dont on a parl\u00e9, du quartier, des clubs, des comit\u00e9s de soutien \u00e0 la COPEL \u2026 \u00e0 une autre histoire, \u00e0 une autre sorte de travail, \u00e0 faire un tunnel.<\/p>\n<p>E. \u00c7a a commenc\u00e9 par votre tunnel qui a plus ou moins foir\u00e9 en juin 1978. Puis, en \u00e9t\u00e9 il y a eu ce que tu as racont\u00e9 sur G\u00e9rone. Les gens de G\u00e9rone sont tomb\u00e9s et ils nous ont fait passer le mot que c\u2019\u00e9tait jouable par les \u00e9go\u00fbts. On est rest\u00e9s l\u00e0 plusieurs mois pour tenter le coup mais \u00e7a n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 possible. En fait, je me suis trouv\u00e9 sous la prison dans un \u00e9go\u00fbt tr\u00e8s \u00e9troit mais c\u2019\u00e9tait impossible d\u2019y travailler ou de faire quoique ce soit. On n\u2019avait pas les moyens car on \u00e9tait \u00e0 Barcelone et un copain et moi, qui \u00e9tions ceux qui travaillaient le plus sur cette histoire\u2026 eh bien, il fallait qu\u2019on fasse le voyage \u00e0 G\u00e9rone en train, avec la tenue de plong\u00e9e. Imaginez\u2026 pour aller \u00e0 G\u00e9rone, \u00e7a allait encore mais le retour avec l\u2019odeur d\u2019\u00e9go\u00fbts et en train\u2026 On ne pouvait pas continuer comme \u00e7a. On n\u2019avait pas d\u2019appui sur place. Nous sommes venus de Valence et c\u2019est alors qu\u2019on a \u00e9tudi\u00e9 les possibilit\u00e9s d\u2019agir ici. On a parcouru les \u00e9go\u00fbts proches de la prison, du c\u00f4t\u00e9 du fleuve et on a finalement vu la possibilit\u00e9 de creuser quelques 50 m\u00e8tres de galeries, on s\u2019est mis \u00e0 bosser, on a travaill\u00e9 deux ou trois mois.<\/p>\n<p>A. Vous avez boss\u00e9\u2026qui, \u00e0 combien, comment\u00a0?<\/p>\n<p>E. On est partis \u00e0 quatre ou cinq, mais il y en avait qui abandonnaient. Il manquait donc du monde. On a pr\u00e9venu des personnes proches. Il n\u2019y avait aucun type d\u2019organisation ni rien de ce genre. On le proposait et la majorit\u00e9 des gens \u00e9tait d\u2019accord pour participer. Certains venaient un jour, d\u2019autres plusieurs jours, et ainsi de suite\u2026<\/p>\n<p>A. Combien de personnes en sont venues \u00e0 travailler l\u00e0\u00a0?<\/p>\n<p>E. \u00c0 Valence peu de gens, peut-\u00eatre une douzaine de personnes.<\/p>\n<p>A. Et combien soutenaient\u00a0? Combien de personnes \u00e9taient au courant\u00a0?<\/p>\n<p>E. Ben, en th\u00e9orie, les participants. Sauf, s\u2019ils n\u2019ont pas su tenir leur langue et d\u2019autres le savaient, mais th\u00e9oriquement, rien que les participants\u2026<\/p>\n<p>G. Et quelqu\u2019un a trop parl\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>E. Non, la chute, n\u2019est pas venue de l\u00e0, c\u2019est venu d\u2019ailleurs, en v\u00e9rit\u00e9 on ne le sait pas encore avec certitude. Ils \u00e9taient en contact avec un droit-commun. Le fr\u00e8re de ce dernier travaillait avec nous. En fait, il a \u00e9tudi\u00e9 l\u2019affaire depuis le d\u00e9but et y a boss\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin. S\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pris, c\u2019est parce que le jour o\u00f9 ils nous ont arr\u00eat\u00e9, il n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0. Il semblerait que la m\u00e8re de ce gars et de son fr\u00e8re prisonnier avait une relation avec un sergent de la Garde Civile d\u00e9tach\u00e9 \u00e0 la prison. Il y en a pour affirmer que c\u2019est venu de l\u00e0. En fait, deux ou trois jours avant de nous arr\u00eater, ils nous attendaient. Non pas l\u00e0 o\u00f9 nous entrions et sortions des \u00e9gouts normalement mais dans un rayon de deux kilom\u00e8tres totalement quadrill\u00e9 par la Garde Civile. Deux ou trois jours avant ils avaient fait une fouille tr\u00e8s pouss\u00e9e dans la prison. D\u2019apr\u00e8s moi, l\u2019info est sortie de prison, des prisonniers.<\/p>\n<p>A. Mais avant la fouille, nous, on \u00e9tait dans la quatri\u00e8me coursive, on attendait le jour J. Un jour, des gens de la troisi\u00e8me sont venus me trouver et m\u2019ont dit\u00a0: \u00ab\u00a0Dis-donc, qu\u2019est-ce qui se passe\u00a0? Il y a une rumeur sur un tunnel\u2026\u00a0\u00bb J\u2019ai fait un tour dans la troisi\u00e8me pour causer avec les uns et les autres et il y avait bien une vague rumeur qui courrait. Ils ne savaient rien mais se doutaient de quelque chose. Avant les arrestations, il y a eu une fouille g\u00e9n\u00e9rale dans la quatri\u00e8me, pas dans la troisi\u00e8me, une fouille vraiment pouss\u00e9e, et bien s\u00fbr, ils n\u2019ont rien trouv\u00e9. Ces jours-l\u00e0 X est tomb\u00e9, il parlait trop\u00a0: chaque fois qu\u2019il \u00e9tait arr\u00eat\u00e9, il y en avait trente-six qui tombaient avec lui. Je ne pense pas qu\u2019il en ait parl\u00e9 au commissariat mais \u00e0 son arriv\u00e9e \u00e0 la taule, il l\u2019a racont\u00e9 \u00e0 des gens de la troisi\u00e8me. Parce que tous les durs et les soi-disant membres de la COPEL \u00e9taient dans la troisi\u00e8me.<\/p>\n<p>E. Deux fr\u00e8res de X travaillaient au tunnel et ce mec s\u2019est refait choper alors qu\u2019il venait \u00e0 peine de sortir. Ses frangins lui en auront sans doute touch\u00e9 un mot et il en aura parl\u00e9 en prison, \u00e7a pourrait bien \u00eatre l\u2019explication. Pour notre d\u00e9fense, je veux dire que du c\u00f4t\u00e9 des participants, y compris avant, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des jets de cocktails, il n\u2019y a eu aucune fuite, c\u2019\u00e9tait un groupe plut\u00f4t s\u00fbr.<\/p>\n<p>A. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s ouvert comme truc et il n\u2019y a jamais eu aucun probl\u00e8me, car c\u2019\u00e9taient bas\u00e9 sur des relations personnelles, avec des gens de confiance, qui s\u2019aimaient.<\/p>\n<p>E. C\u2019\u00e9taient des gens qui sortaient de l\u2019\u00e9poque franquiste, habitu\u00e9s aux r\u00e8gles de la clandestinit\u00e9, \u00e0 ne pas se vanter, \u00e0 se taire. Je crois que \u00e7a a bien fonctionn\u00e9. En fait, les choses qui nous ont fait tomber ne sont jamais arriv\u00e9es par mouchardage, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 par hasard.<\/p>\n<p>A. Des membres de la CNT disaient que ce n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s s\u00e9rieux, que trop de gens \u00e9taient au courant.<\/p>\n<p>E. Ben ouais, je l\u2019ai aussi entendu dire et c\u2019est peut-\u00eatre m\u00eame vrai en partie. Mais comment pouvait-on faire autrement\u00a0?<\/p>\n<p>A. Je crois que ce qu\u2019ils font, c\u2019est juste se justifier a posteriori parce qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque au lieu de prendre des risques, c\u2019\u00e9tait plus facile de dire\u00a0: \u00ab\u00a0Bah\u00a0! Quelle bande de bord\u00e9liques\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>G. Et o\u00f9 se trouve l\u2019endroit par lequel vous avez essay\u00e9 de faire le tunnel\u00a0?<\/p>\n<p>E. On a commenc\u00e9 en direction de Mislata, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du fleuve, avec la prison \u00e0 notre gauche. Dans la rue qui va en droite ligne \u00e0 Mislata, l\u00e0 au milieu il y a une bouche d\u2019\u00e9go\u00fbt. De l\u00e0 on rejoint Mislata par les \u00e9go\u00fbts puis il n\u2019y a plus d\u2019autres \u00e9go\u00fbts jusqu\u2019\u00e0 la taule. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on a commenc\u00e9 le tunnel. Et on avait creus\u00e9 huit ou dix m\u00e8tres avant notre arrestation. On entrait au Campanar, au milieu d\u2019un jardin, par une trappe et on devait marcher deux kilom\u00e8tres pour y parvenir. On entrait tr\u00e8s tr\u00e8s loin de la taule. La nuit o\u00f9 ils nous ont chop\u00e9s, la Garde Civile \u00e9tait l\u00e0-bas, ils nous attendaient depuis deux ou trois jours. Ils avaient mobilis\u00e9 tout le corps pour nous attendre. Ils ne savaient pas par o\u00f9 on entrait, ils connaissaient l\u2019emplacement du tunnel car ils l\u2019avaient probablement vu avant de nous arr\u00eater mais ils ne savaient pas o\u00f9 nous serrer.<\/p>\n<p>G. Qui devait s\u2019\u00e9vader\u00a0?<\/p>\n<p>E. En principe, c\u2019\u00e9tait pr\u00e9vu comme une \u00e9vasion g\u00e9n\u00e9rale\u00a0; essayer que le maximum de personnes s\u2019arrache. Mais je voulais que mes potes sortent en premier. Un copain \u00e9tait tomb\u00e9 avec A. et il \u00e9tait \u00e0 Oca\u00f1a, j\u2019ai dit \u00e0 A. de lui faire passer le mot. Pour qu\u2019il se d\u00e9brouille pour se faire transf\u00e9rer \u00e0 Valence. Bon, \u00e0 part \u00e7a, l\u2019id\u00e9e, c\u2019\u00e9tait que nous \u00e9tions contre les prisons et pour la libert\u00e9 des prisonniers, donc \u00e9vasion g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>A. Le tunnel \u00e9tait pour la quatri\u00e8me coursive. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019\u00e9taient mis tous les punis des \u00e9meutes pr\u00e9c\u00e9dentes. De la troisi\u00e8me, en principe, personne n\u2019allait sortir mais de la quatri\u00e8me tout le monde devait sortir.<\/p>\n<p>Et puis, dehors, il y avait des gens comme elle, par exemple, qui nous aurait pass\u00e9 un tank, si n\u00e9cessaire. Parce qu\u2019alors, les parloirs avec les avocats se faisaient \u00e0 travers des grillages, et elle prenait tous les risques pour passer par l\u00e0 tout ce qu\u2019il fallait. Des infos par-ci, par-l\u00e0, pour garder le contact, tout quoi\u00a0!<\/p>\n<p>G. Et vous, vous bossiez avec les droit-commun, non\u00a0?<\/p>\n<p>A. Bien s\u00fbr\u00a0! Nous, on n\u2019\u00e9tait pas des politiques, on \u00e9tait contre ces divisions.<\/p>\n<p>E. Le tunnel qu\u2019ils ont creus\u00e9 vers l\u2019ext\u00e9rieur, tout le monde y a particip\u00e9.<\/p>\n<p>A. Oui, ce sont Cefe, Crespo, Palomares et Chacon qui l\u2019ont d\u00e9marr\u00e9. Nous, on l\u2019a su apr\u00e8s.<\/p>\n<p>G. Mais vous, vous \u00e9tiez des prisonniers politiques\u00a0?<\/p>\n<p>A. Pas nous, non. On \u00e9tait comme des droit-commun. Ils savaient qu\u2019on avait quelque chose de politique mais on n\u2019en voulait pas. Nous, les quatre qui sont tomb\u00e9s en 78 \u00e0 Valence, on ne s\u2019est jamais pr\u00e9sent\u00e9 comme des prisonniers politiques.<\/p>\n<p>G. Ouais, mais, vous \u00eates tomb\u00e9s pour une histoire politique\u2026<\/p>\n<p>A. On est tomb\u00e9 parce qu\u2019on s\u2019est fait avoir b\u00eatement et qu\u2019ils nous ont pris avec des armes.<\/p>\n<p>G. Bon, mais \u00e7a faisait une diff\u00e9rence dans la taule. M\u00eame si tu ne te d\u00e9finissais pas comme un prisonnier politique, en r\u00e9alit\u00e9, tu savais que tu \u00e9tais l\u00e0 pour une histoire politique, n\u2019est ce pas\u00a0?<\/p>\n<p>A. La diff\u00e9rence, c\u2019est qu\u2019ils avaient un peu peur de nous parce qu\u2019ils ne savaient pas \u00e0 quoi s\u2019attendre\u2026 Nous \u00e9tions quatre, alors les deux plus jeune, ils nous ont mis dans la premi\u00e8re galerie, r\u00e9serv\u00e9e aux mineurs, les deux autres dans la troisi\u00e8me. Mais c\u2019\u00e9tait dans la quatri\u00e8me que \u00e7a se passait. D\u00e8s le d\u00e9but, on voulait \u00e9videmment rester ensemble et puis se faire transf\u00e9rer \u00e0 la quatri\u00e8me coursive, parce que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 que \u00e7a se passait\u00a0; ailleurs on jouait aux cartes et nous, on voulait s\u2019\u00e9vader ou foutre le feu \u00e0 la prison ou les deux. Nous avons entam\u00e9 une gr\u00e8ve de la faim pour exiger le regroupement, et comme ils ne nous \u00e9coutaient pas, quand l\u2019occasion s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e, on s\u2019est \u00e9chapp\u00e9s et r\u00e9fugi\u00e9s dans une cellule de la quatri\u00e8me o\u00f9 nous nous sommes barricad\u00e9s. Ils nous ont fait sortir de force et nous ont tabass\u00e9s et nous ont envoy\u00e9s au mitard o\u00f9 nous sommes rest\u00e9s 23 jours en gr\u00e8ve de la faim\u00a0; et puis finalement, ils nous ont mis dans la quatri\u00e8me. L\u00e0, on connaissait d\u00e9j\u00e0 des gens, voyons voir\u2026 Ce groupe qui d\u2019une part \u00e9tait plus ou moins pr\u00eat \u00e0 lutter et d\u2019autre part jouait un r\u00f4le de dirigeants, y compris de manipulateurs dans un certain sens, entre une avant-garde et une mafia. Ils nous respectaient en tant qu\u2019anarchistes et en tant que braqueurs, \u00e0 l\u2019\u00e9poque il y avait encore tr\u00e8s peu de braqueurs. Ce n\u2019\u00e9tait pas une question d\u2019\u00eatre politiques ou non, on ne se revendiquait pas du tout politiques. Ce que nous cherchions, c\u2019\u00e9tait les gens que nous connaissions du dehors, untel ou untel avec qui on avait d\u00e9j\u00e0 eu des contacts, ce qu\u2019on cherchait, c\u2019\u00e9tait de vivre avec eux, d\u2019aller l\u00e0 pour continuer la lutte.<\/p>\n<p>G. Avant, il y avait aussi beaucoup de drogue en prison\u00a0?<\/p>\n<p>A. Avant et maintenant. Mais dans les ann\u00e9es \u00e9voqu\u00e9es, il y avait moins de dope, en prison comme dans la rue. Le premier junkie est entr\u00e9 \u00e0 la taule de Valence pr\u00e9cis\u00e9ment en 78. C\u2019\u00e9tait une chose \u00e9trange. Et c\u2019\u00e9tait un pote \u00e0 nous. On insistait aupr\u00e8s du boiteux (le psychiatre de la prison) pour qu\u2019il lui donne un traitement ou quelque chose comme \u00e7a. Puis, dedans comme dehors l\u2019h\u00e9ro\u00efne a fait sont entr\u00e9e \u00e0 fond. Au d\u00e9but il y avait ceux qui allaient en Tha\u00eflande et qui la ramenaient. C\u2019\u00e9tait un truc d\u2019initi\u00e9s, d\u2019une petite minorit\u00e9, qui jouaient aux hippies qui go\u00fbtent \u00e0 tout, ils se tapaient les voyages, l\u2019aventure, quoi\u2026le pi\u00e8ge. \u00c0 un moment donn\u00e9, c\u2019est la Garde Civile qui a commenc\u00e9 \u00e0 introduire de grandes quantit\u00e9s d\u2019h\u00e9ro\u00efne au Pays Basque, en Andalousie, partout\u00a0; par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019indics. Pourquoi\u00a0? Eh bien, parce ce que \u00e7a a justement commenc\u00e9 par les endroits o\u00f9 les gens luttaient le plus. Parce que, par exemple en Euskadi, il y avait une situation explosive avec des combats de rue quotidiens et pas pr\u00e9cis\u00e9ment pour des raisons nationalistes. Une d\u00e9sob\u00e9issance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, des ouvriers qui ne voulaient pas \u00eatre ouvriers mais qui voulaient donner du fil \u00e0 retordre et qui cherchaient la bagarre tous les jours. Beaucoup ont fini junkies, beaucoup sont morts, d\u2019autres en taule. Et on en revient \u00e0 l\u2019histoire des politiques et des droit-commun. En fait, c\u2019est une diff\u00e9rence compl\u00e8tement bidon. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 commence une vague de braquages de banques, en 78, 79, 80\u2026 Jusqu\u2019alors, personne n\u2019en faisait \u00e0 part des professionnels, des gens qui venaient de l\u2019\u00e9tranger\u2026 tr\u00e8s peu de gens osaient faire des braquages. Et puis, \u00e0 un moment donn\u00e9, ils se sont rendu compte que c\u2019\u00e9tait facile. Et c\u2019est parti dans tout le pays, des hold-up, des braquages, comme s\u2019il en pleuvait. \u00c7a, ce n\u2019est pas de la d\u00e9linquance commune contrairement \u00e0\u2026 c\u2019est un mouvement \u00e0 mon sens politique, un mouvement d\u2019expropriation, un mouvement contre la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, un point c\u2019est tout\u00a0! En plus, ces gens ne le faisaient pas avec une \u00e9thique typique de truands, de \u00ab\u00a0moi, j\u2019ai du pognon et\u2026\u00a0\u00bb. Car en r\u00e9alit\u00e9, ces gens qui avaient plein de fric gr\u00e2ce aux braquages, qui \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 tout, \u00e0 un moment donn\u00e9, ils faisaient aussi des choses comme celles qu\u2019on vient de raconter. Ils \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 aider leurs potes \u00e0 s\u2019\u00e9vader, \u00e0 les couvrir s\u2019ils y arrivaient par leurs propres moyens, \u00e0 soutenir la lutte par tous les moyens. Par exemple, il y a eu un truc appel\u00e9 la GAPEL, les Groupes de Soutien aux Prisonniers en Lutte\u2026 Tous les mouvements, y compris celui auquel on avait particip\u00e9, ont dur\u00e9 tr\u00e8s peu. Ils ont agi comme un d\u00e9tonateur au sein d\u2019un mouvement plus large, avec d\u2019autres caract\u00e9ristiques, plus complexe. Ce type de comportements, ces tendances et ces aspirations, qui comprenaient la lutte autonome des prisonniers, n\u2019ont pas perdur\u00e9. Et pas seulement entre les prisonniers, si en taule, un sur dix allait au mitard, et de ceux-l\u00e0, un sur dix allait \u00e0 Herrera\u00a0; dans la rue, un sur dix allait en taule, c\u2019\u00e9tait aussi simple que \u00e7a. Les prisonniers sont issus d\u2019un groupe social pr\u00e9cis, ils sont un \u00e9chantillon pr\u00e9cis. Ce qui se produit dehors n\u2019est pas s\u00e9parable de ce qui se passe dans les prisons. Et la composition de la population p\u00e9nitentiaire n\u2019est pas s\u00e9parable des conditions de vie de la population en g\u00e9n\u00e9ral. Par exemple, jusqu\u2019en 1978, la majorit\u00e9 des prisonniers sont l\u00e0 pour avoir fait ceci\u00a0: avoir vol\u00e9 une 1430 (mod\u00e8le de voiture) l\u2019avoir encastr\u00e9e contre un magasin d\u2019\u00e9lectrom\u00e9nager et en avoir sorti des articles pour les revendre (ou une affaire semblable). Trois ans auparavant, ceux qui faisaient \u00e7a appartenaient \u00e0 des bandes de quartier qui s\u2019affrontaient entre elles dans les discoth\u00e8ques pour marquer leurs territoires. Mais quatre ans plus tard, ceux qui n\u2019\u00e9taient pas morts ou en taule, ceux qui ne s\u2019\u00e9taient pas mis \u00e0 travailler dans le b\u00e2timent ou bien mari\u00e9s\u2026 Eh bien, ceux-l\u00e0 \u00e9taient devenus des braqueurs. Et \u00e7a, c\u2019est pas de la d\u00e9linquance, c\u2019est un secteur du prol\u00e9tariat qui agit d\u2019une mani\u00e8re pr\u00e9cise, qui d\u00e9sob\u00e9it d\u2019une mani\u00e8re pr\u00e9cise. Et qui n\u2019est pas moins digne qu\u2019une autre forme de d\u00e9sob\u00e9issance, y compris c\u2019est plus radical ou plus fort que d\u2019appartenir, je sais pas moi, aux Commissions Ouvri\u00e8res, par exemple.<\/p>\n<p>G. Je pense que quand tu finis par sortir de la prison, que tu bosses, pour en revenir aux gens qui travaillaient dans le b\u00e2timent, s\u2019il y a un braquage\u2026 Est-ce qu\u2019ils ne viennent pas te chercher d\u2019abord pour te remettre en taule sans savoir si c\u2019est toi, ou comment \u00e7a se passait\u00a0?<\/p>\n<p>A. Surtout sous Franco, \u00e7a se faisait beaucoup d\u2019attraper un \u00e2ne, et lui faire avouer la mort de Manolete5. Comme ils n\u2019attrapaient pas le taureau, ils s\u2019en prenaient \u00e0 l\u2019\u00e2ne.<\/p>\n<p>G. Une question que je voulais vous poser \u00e0 tous les deux. Je ne sais pas si vous connaissez la situation des prisons pour femmes \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Tout ce que vous avez abord\u00e9, je crois que \u00e7a faisait r\u00e9f\u00e9rence aux prisons pour hommes.<\/p>\n<p>E. Je peux parler un peu de mon \u00e9poque ici \u00e0 Valence. En fait, il y avait tr\u00e8s peu de femmes, peut-\u00eatre entre quatre et dix. \u00c0 Valence, il n\u2019y a rien eu de comparable avec la COPEL chez les hommes. Il me semble qu\u2019il y a eu quelque chose \u00e0 Barcelone, o\u00f9 il y avait plus de prisonni\u00e8res. Mais dans les prisons, il y avait vraiment peu de prisonni\u00e8res en ce temps-l\u00e0.<\/p>\n<p>A. Les prisons pour femmes \u00e9taient g\u00e9r\u00e9es par des religieuses. C\u2019est pas qu\u2019elles \u00e9taient meilleures que celles des hommes, mais il y avait un truc tr\u00e8s paternaliste, de contr\u00f4le, et \u00e7a te bouffait le moral. C\u2019\u00e9tait comme un couvent.<\/p>\n<p>G. C\u2019est-\u00e0-dire que c\u2019\u00e9tait plus de la r\u00e9pression psychologique que physique.<\/p>\n<p>A. Ouais, je pense, c\u2019est l\u2019id\u00e9e que j\u2019en ai. Dans le bouquin de Muturreko, celui des appels de S\u00e9govie, il y a une histoire sur la prison de Trinidad6.<\/p>\n<p>E. Oui, mais c\u2019est post\u00e9rieur, c\u2019est des ann\u00e9es 80. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 70, il y avait vraiment peu de prisonni\u00e8res, l\u00e0 o\u00f9 il y en avait le plus c\u2019\u00e9taient \u00e0 Yeserias, \u00e0 Madrid.<\/p>\n<p>A. Aujourd\u2019hui, il y a 60 000 prisonniers et prisonni\u00e8res, il y en avait alors douze ou treize mille et le pourcentage de femmes \u00e9tait bien moindre. Depuis, il n\u2019a fait qu\u2019augmenter, m\u00eame s\u2019il reste relativement bas. Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque c\u2019\u00e9tait encore moins. Dans les prisons pour femmes, on ne respectait ni les droits humains ni la dignit\u00e9, il y avait des mauvais traitements et tout ce que vous pouvez imaginer, mais le style \u00e9tait celui-ci\u00a0: un couvent o\u00f9 les bonnes s\u0153urs \u00e9taient des ge\u00f4li\u00e8res. On trouvait \u00e7a \u00e0 la Trinidad de Barcelone et ici aussi, je crois\u2026<\/p>\n<p>E. Imagine qu\u2019\u00e0 Valence il y avait 800 prisonniers et 8 ou 10 prisonni\u00e8res.<\/p>\n<p>A. Puis \u00e7a a \u00e9volu\u00e9. Mais les prisonni\u00e8res ont beaucoup de probl\u00e8mes sp\u00e9cifiques, comme la maternit\u00e9.<\/p>\n<p>G. Je pense qu\u2019ils faisaient avant tout ressentir aux femmes qu\u2019elles \u00e9taient des femmes sc\u00e9l\u00e9rates et \u00e9gar\u00e9es, cat\u00e9goriquement mal vues pour avoir abandonn\u00e9 leurs enfants. Des marginales qui passaient la nuit \u00e0 faire la noce et qui avaient oubli\u00e9 leurs devoirs de femmes.<\/p>\n<p>G. Il s\u2019agissait plut\u00f4t d\u2019une punition pour le fait d\u2019\u00eatre femme\u2026<\/p>\n<p>E. De nos jours, dans les prisons pour femmes, on trouve encore ce genre de sch\u00e9ma.<\/p>\n<p>(Quelqu\u2019un parle du c\u00f4t\u00e9 positif de certaines exp\u00e9riences men\u00e9es \u00e0 Valence, d\u2019alternatives \u00e0 la prison, d\u2019appartements en milieu ouvert pour que des m\u00e8res prisonni\u00e8res puissent vivre avec leurs enfants. On n\u2019entend quasi rien sur la cassette\u2026)<\/p>\n<p>A. Mais c\u2019est impossible. C\u2019est comme des br\u00e8ches faites pour \u00eatre combl\u00e9es. Le but de ces appartements, c\u2019est de tenir les femmes par l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a leur fait le plus mal, c\u2019est-\u00e0-dire leur enfant. C\u2019est de la barbarie. D\u2019autre part, si on prend le cas des hommes, des prisonniers en g\u00e9n\u00e9ral, plus de la moiti\u00e9 sont des prisonniers volontaires, faut bien le reconna\u00eetre. La taule est une chose tr\u00e8s large, c\u2019est comme un cercle\u00a0: la r\u00e9pression est tr\u00e8s concentr\u00e9e sur le noyau central, puis elle est diffuse. Plus tu te trouves \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, plus la prison d\u00e9pend de la subjectivit\u00e9 de celui qui la subit, il est son propre ge\u00f4lier. Ceux qui ne vont pas en prison c\u2019est pour deux raisons, soit parce qu\u2019ils ne se font pas prendre, et \u00e7a c\u2019est la minorit\u00e9, soit parce qu\u2019ils respectent la loi, et ceux qui respectent la loi n\u2019ont pas besoin de ge\u00f4lier puisqu\u2019ils le portent en eux. Mais bon, allez E. raconte nous l\u2019histoire de Barcelone.<\/p>\n<p>E. Mais avant, je pense que le plus int\u00e9ressant ce serait de faire le lien avec notre situation pr\u00e9sente. Quelqu\u2019un a demand\u00e9 ce qu\u2019on faisait comme soutien et je pensais \u00e0 ce qu\u2019on faisait, \u00e0 part la propagande. Ben, nous \u00e9tions quelques uns \u00e0 faire ceci\u00a0: on montait des braquages pour payer des cautions, pour envoyer de l\u2019argent aux prisonniers et en plus du soutien aux luttes de l\u2019int\u00e9rieur par des actions symboliques comme les jets de cocktails ou les engins explosifs, on planquait les \u00e9vad\u00e9s ou les gens recherch\u00e9s par la police\u00a0; il y avait une infrastructure au niveau personnel, au niveau relationnel, de gens autonomes qui \u00e9taient en d\u00e9saccord avec le genre de lutte politique d\u2019alors, celle men\u00e9e par les partis. Qu\u2019est ce qu\u2019on pourrait faire maintenant\u00a0? Ce qui se faisait \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e9tait-il valide et le serait-il maintenant\u00a0? Serait-il possible\u2026<\/p>\n<p>A. Ou ad\u00e9quat. Tout d\u2019abord, ce n\u2019\u00e9tait pas valide \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il ne s\u2019agit donc pas de savoir si ce qui se faisait alors serait valide aujourd\u2019hui. Ce qu\u2019on vous raconte, ce n\u2019est pas une gu\u00e9guerre, en fait, c\u2019est presque une suite de d\u00e9faites. Presque rien ne s\u2019est bien termin\u00e9, on avait beaucoup de c\u0153ur mais en r\u00e9alit\u00e9 peu de\u2026<\/p>\n<p>E. Mais si, il y a eu des bonnes choses. On a extrait des balles des corps de copains bless\u00e9s lors d\u2019affrontements avec la police car on avait des potes m\u00e9decins. Il y avait des potes en tous genres qui ne faisaient peut-\u00eatre rien d\u2019autre mais que tu pouvais aller voir en disant\u00a0: \u00ab\u00a0j\u2019ai besoin de planquer quelqu\u2019un\u00a0\u00bb et il n\u2019y avait pas de probl\u00e8me, il y avait des baraques pour cacher n\u2019importe qui. Ou un toubib, m\u00eame peu exp\u00e9riment\u00e9, qui \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 essayer d\u2019extraire une balle pour ne pas devoir amener un bless\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Et on a fait des hold-up pour avoir du pognon pour \u00e7a, pour avoir certaines choses pr\u00e9par\u00e9es.<\/p>\n<p>A. Il y avait une attitude de r\u00e9sistance tr\u00e8s prononc\u00e9e, une habitude d\u2019aller contre la loi car on avait tous grandi sous le franquisme, et sous Franco tout \u00e9tait interdit. Et si tu voulais vivre, tu devais entrer dans la clandestinit\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. Il y avait aussi plus d\u2019imagination, car elle n\u2019\u00e9tait pas encore aussi colonis\u00e9e par le capital, pour le dire d\u2019une certaine mani\u00e8re. Tout ce qui nous passait par la t\u00eate\u2026 On avait une immense zone d\u2019ombre et une fois pass\u00e9e la ligne, tu te trouvais l\u00e0, sans limites, pour l\u2019explorer. De nos jours ce n\u2019est plus comme \u00e7a. De nos jours la domination agit avec la m\u00eame brutalit\u00e9, mais en y ajoutant des moyens plus sophistiqu\u00e9s, sur la subjectivit\u00e9 de chacun depuis l\u2019enfance. Et aujourd\u2019hui, d\u2019une part\u2026 le contr\u00f4le des corps, des comportements, des mouvements de chacun\u2026 avant, le filet du contr\u00f4le avait des trous grands comme \u00e7a, tandis que maintenant, ils sont si petits qu\u2019on ne les voit plus et les mailles sont si serr\u00e9es qu\u2019il est difficile de bouger sans \u00eatre contr\u00f4l\u00e9. Et puis aussi, il se trouve que lorsque tu veux arriver quelque part, \u00e0 une position de r\u00e9sistance, \u00e0 une attitude de d\u00e9sob\u00e9issance, \u00e0 une activit\u00e9 ill\u00e9gale et que tu y parviens, l\u2019ennemi occupe le terrain depuis d\u00e9j\u00e0 longtemps. Tu vois ce que je veux dire\u00a0? Tu arrives l\u00e0, et cet espace, ce comportement est d\u00e9j\u00e0 contr\u00f4l\u00e9 et ce que tu allais faire est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9vu. Et pourquoi donc\u00a0? Parce qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque\u2026 et c\u2019est certainement vrai, m\u00eame s\u2019il faudra en discuter pour le d\u00e9montrer. Mais dans les ann\u00e9es 60 et 70, il y a eu tout au moins une vague de d\u00e9sob\u00e9issance, y compris d\u2019agressivit\u00e9 contre le syst\u00e8me, qui toucha toute l\u2019Europe, l\u2019Italie, la France, l\u2019Allemagne, le Portugal, l\u2019Espagne, la Pologne, la Tch\u00e9coslovaquie, la Hongrie, les \u00c9tats-Unis\u2026 et qui a vraiment mis en difficult\u00e9 les ma\u00eetres du monde. Il y eu alors des batailles d\u00e9cisives et, malheureusement, ce mouvement de d\u00e9sob\u00e9issance fut vaincu. Et il ne fut pas seulement vaincu en tant que sujet qui s\u2019opposait, les conditions mat\u00e9rielles dans lesquelles ce sujet avait eu ses origines et s\u2019\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9 furent alt\u00e9r\u00e9es, ou m\u00eame supprim\u00e9es, au point que les mani\u00e8res de se situer dans le monde d\u2019alors, les id\u00e9ologies, les visions strat\u00e9giques d\u2019alors, se convertissent actuellement en pi\u00e8ges car l\u2019espace o\u00f9 elles peuvent \u00eatre appliqu\u00e9es a \u00e9norm\u00e9ment chang\u00e9. D\u2019autre part, une des principales armes utilis\u00e9e pour vaincre ce mouvement a \u00e9t\u00e9 la mise en pratique d\u2019un des principes essentiels de la domination qui est que l\u00e0 o\u00f9 se trouve un territoire avec une population domin\u00e9e, mise en mouvement selon des crit\u00e8res et une id\u00e9ologie identifiables, il y aura toujours des questions en suspens, des facteurs incontr\u00f4lables par nature. Mais, m\u00eame incontr\u00f4lables, ils restent identifiables en tant que facteurs. Le principe consiste donc \u00e0 ce que lorsqu\u2019on d\u00e9tecte l\u2019\u00e9mergence d\u2019un mouvement, d\u2019une force pouvant se r\u00e9v\u00e9ler p\u00e9rilleuse, il vaut mieux la faire avorter, ou plut\u00f4t la faire na\u00eetre pr\u00e9matur\u00e9ment pour garder l\u2019initiative, pour la diriger en sous-main, comme manipulateur, comme policier, comme militaire\u2026 Il s\u2019agit de convertir les r\u00e9volutionnaires en agents et les agents en r\u00e9volutionnaires. Ce n\u2019est pas de la po\u00e9sie, c\u2019est une chose tr\u00e8s difficile \u00e0 expliquer car pour \u00e7a il faudrait faire un bilan historique d\u00e9taill\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire, non seulement avec certaines th\u00e8ses strat\u00e9giques \u2013 car pour moi, racont\u00e9 comme \u00e7a, \u00e7a n\u2019a aucune utilit\u00e9 \u2013 mais en racontant l\u2019histoire comme histoire de la lutte des classes, et en outre, en y apportant des d\u00e9tails\u00a0; et chaque d\u00e9tail bien d\u00e9montr\u00e9 et document\u00e9, d\u2019une mani\u00e8re r\u00e9aliste. Sans \u00e7a, ces affirmations auront du mal \u00e0 vraiment donner du sens. Mais c\u2019est n\u00e9cessaire. Si pour moi \u00e7a a un certain sens de venir ici raconter des histoires du pass\u00e9, c\u2019est justement pour \u00e7a\u00a0; parce que vous et nous, les vieux, nous ne sommes pas si diff\u00e9rents, il n\u2019y pas tant de choses qui nous s\u00e9parent, ni m\u00eame tant d\u2019ann\u00e9es. Et pourtant, vous ne saviez pas grand chose de ce qu\u2019on vous a racont\u00e9, hein\u00a0? \u00c7a s\u2019est pourtant produit ici il n\u2019y a pas si longtemps. On peut le consid\u00e9rer comme une anecdote, comme une histoire parmi tant d\u2019autres qui n\u2019\u00e9tait pas connue, et si on ne la conna\u00eet pas\u2026 Qu\u2019est-ce que \u00e7a peut faire\u00a0? Si on ne sait rien de tout \u00e7a, ce ne sera pas bien grave. Mais si tout comme on ne sait rien de tout \u00e7a, on en sait encore moins, pour prendre un exemple, sur l\u2019\u00e9volution des taules depuis lors. Une \u00e9volution qui en a fait une machine (quoique tous ceux qui ont eu affaire \u00e0 la prison savent que c\u2019est une merde) qui fonctionne tr\u00e8s mal, mais qui, pour la finalit\u00e9 qu\u2019elle a r\u00e9ellement en tant qu\u2019appareil, fonctionne \u00e0 merveille. Et elle s\u2019est \u00e9norm\u00e9ment sophistiqu\u00e9e, elle a atteint un degr\u00e9 d\u2019efficacit\u00e9 extraordinaire depuis le temps o\u00f9 nous faisions toutes ces choses. En fin de compte, le premier objectif de la prison est de conditionner des \u00eatres humains au point de les convertir en personnes pr\u00e9visibles \u00e0 cent pour cent qui ne feront jamais rien contre le syst\u00e8me, m\u00eame si ce sont des d\u00e9sob\u00e9issants pr\u00eats \u00e0 enfreindre la loi. Il n\u2019y a rien qui n\u2019ait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu, pour lequel le syst\u00e8me n\u2019ait une r\u00e9ponse, y compris une r\u00e9ponse sophistiqu\u00e9e, par laquelle il parvient \u00e0 ce que les actes de cette personne se retournent contre elle-m\u00eame et lui b\u00e9n\u00e9ficient. Je ne sais pas si je me fais comprendre mais le syst\u00e8me en arrive ainsi \u00e0 faire croire qu\u2019il est l\u00e0 depuis toujours et qu\u2019il est \u00e9ternel. Mais c\u2019est faux, les choses ne sont pas les m\u00eames qu\u2019il y a vingt ans, elles ont \u00e9volu\u00e9 malgr\u00e9 l\u2019opposition de bien des gens qui avaient diverses consciences et plus ou moins de lucidit\u00e9 et qu\u2019on a mentionn\u00e9 au cours de cette discussion. Elles ont \u00e9volu\u00e9 malgr\u00e9 leur opposition, en luttant contre eux et en les mettant en d\u00e9route lors de ces batailles. Et le monde tel qu\u2019il est, s\u2019est form\u00e9 sur ces victoires. En connaissant ces histoires, on conna\u00eet mieux ce syst\u00e8me, \u00e7a offre un point de vue sur l\u2019essence de quelque chose\u00a0: quand, o\u00f9, \u00e0 partir de quoi, comment c\u2019est n\u00e9 et \u00e7a s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 pour en arriver l\u00e0. Une autre perspective est celle d\u2019explorer le pr\u00e9sent. Enfin, le fait d\u2019\u00eatre contre la prison\u2026 Dans cette mouvance, que je ne sais nommer, on parle beaucoup d\u2019\u00eatre contre la prison, je suppose qu\u2019on sent qu\u2019on est contre les prisons. Mais imaginons que la prison soit un ennemi, un monstre, avec des dents, des griffes, une bouche pour te bouffer, un estomac pour te dig\u00e9rer et un cul pour te chier, quelque chose de mena\u00e7ant, qu\u2019on puisse maudire, \u00e0 qui on peut lancer des petits cailloux mais que \u00e7a ne d\u00e9range pas, contre lequel on ne peut rien. Et pourtant, ce n\u2019est pas la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est une vision distordue, un produit de la suggestion. Ce monstre n\u2019a ni dents, ni griffes, rien de rien, ce n\u2019est qu\u2019une machine sociale d\u00e9termin\u00e9e, avec des m\u00e9canismes et une mani\u00e8re de fonctionner d\u00e9termin\u00e9e et avec des failles et des faiblesses, des points vitaux attaquables. Il y a une diff\u00e9rence entre l\u2019attaquer symboliquement, verbalement, d\u2019une mani\u00e8re quelque peu d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, mais avec un d\u00e9sespoir light. Il y a une diff\u00e9rence entre \u00e7a et l\u2019attaquer v\u00e9ritablement, m\u00eame modestement, m\u00eame si ce n\u2019est pas de mani\u00e8re d\u00e9cisive, m\u00eame en menant une petite gu\u00e9rilla, en harcelant un ennemi que tu ne peut pas achever, mais en ne lui laissant pas toujours l\u2019initiative, en ne le laissant pas dominer ta vie, mais en la prenant de temps en temps en main et en en expulsant la domination. Bon, on peut combler cette distance, on peut s\u2019attaquer au monstre et de diverses mani\u00e8res, mais il faut se donner la peine de faire des efforts ad\u00e9quats. Pas l\u2019effort pour l\u2019effort, personnellement je m\u00e9prise la militance, le sacrifice, l\u2019abn\u00e9gation, l\u2019h\u00e9ro\u00efsme, je me fous de tout \u00e7a. Mais moi, passionn\u00e9ment, pour \u00eatre heureux, j\u2019ai besoin de croire en la possibilit\u00e9 que ce qui m\u2019emmerde vraiment, ce qui m\u2019emp\u00eache de dormir, peut \u00eatre vaincu. Et ce n\u2019est pas quelque chose qui nait comme par enchantement ou d\u2019un truc id\u00e9ologique, st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9. Il faut mener un affrontement lucide et concret, ouvert, en face \u00e0 face avec le monstre pour l\u2019\u00e9tudier et chercher sinc\u00e8rement, sans pr\u00e9textes ou justifications o\u00f9 on peut l\u2019attaquer. Aujourd\u2019hui, c\u2019est plus difficile qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque car la situation est plus complexe, la domination plus forte, entre autre parce qu\u2019elle n\u2019a eu personne face \u00e0 elle pendant quelques ann\u00e9es. On assiste au r\u00e9veil de bien des th\u00e8mes qui sont rest\u00e9s enfouis longtemps en cons\u00e9quence de cette d\u00e9faite, mais c\u2019est pour l\u2019instant un r\u00e9veil qui n\u2019a pas encore r\u00e9veill\u00e9 grand chose. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 difficile d\u2019affronter un monstre alors plus faible moins coordonn\u00e9 avec la vie sociale en g\u00e9n\u00e9ral. La soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait bien moins carc\u00e9rale qu\u2019aujourd\u2019hui, ils peuvent toujours mettre les prisons hors des villes, les villes ressemblent \u00e0 des prisons, la prison ainsi que le contr\u00f4le sont \u00e0 domicile bien plus qu\u2019avant\u2026 Et c\u2019est le propos de cette rencontre. Il faut bien s\u00fbr regarder vers l\u2019avant, mais aussi regarder en arri\u00e8re pour ces raisons.<\/p>\n<p>E. Et il faut voir qu\u2019actuellement, il y a plus de gens qui bougent et qui luttent de mani\u00e8re autonome qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 nous \u00e9tions trois pel\u00e9s. Les gens qui participaient \u00e0 des choses \u00e9taient des militants issus de groupes ou de partis politiques, totalement dirig\u00e9s ou t\u00e9l\u00e9guid\u00e9s. Aujourd\u2019hui, nous sommes beaucoup plus nombreux. La r\u00e9pression aussi a compl\u00e8tement chang\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9poque c\u2019\u00e9tait de la force pure, et tr\u00e8s forte en plus. Nous par exemple, la police a mis sur pieds, sp\u00e9cialement pour nous, un groupe de mouchards qui lan\u00e7aient aussi des cocktails Molotov la nuit pour entrer en contact avec nous et nous attraper. De tous les gens qui ont particip\u00e9 \u00e0 ces choses, nous avons \u00e9t\u00e9 trois pel\u00e9s \u00e0 payer, concr\u00e8tement huit ou dix d\u00e9tenus contre lesquels ils avaient des preuves et c\u2019est tout. Nous n\u2019avons jamais entra\u00een\u00e9 une cascade d\u2019arrestations. Ils en sont arriv\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er une organisation appel\u00e9e le GAR, Groupe Anarchiste R\u00e9volutionnaire, qui lan\u00e7ait des cocktails sur des banques pour entrer en contact avec nous, parce qu\u2019ils savaient qu\u2019il y avait des gens qui lan\u00e7aient des cocks toutes les semaines et ils n\u2019arrivaient pas \u00e0 les localiser. \u00c7a les emp\u00eachait de dormir.<\/p>\n<p>A. Comme notre forme d\u2019organisation \u00e9tait bas\u00e9e sur des relations personnelles, c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s difficile de l\u2019infiltrer, parce que, nous, on fonctionnait avec le c\u0153ur. Qu\u2019auraient pu faire cette bande de mouchards, de d\u00e9lateurs, de chiens, m\u00eame pas professionnels\u2026<\/p>\n<p>(Fin de la bande)<\/p>\n<p>NOTES<\/p>\n<p>1 Fichier Interne de Suivi Sp\u00e9cial. Le FIES est un r\u00e9gime sp\u00e9cial institu\u00e9 en 1991, dont le but \u00e9tait de mettre fin \u00e0 la constante agitation dans les prisons espagnoles. C\u2019est un r\u00e9gime d\u2019isolement tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re qui connait plusieurs variantes. Le FIES-1 est appliqu\u00e9 aux prisonniers sociaux consid\u00e9r\u00e9s comme tr\u00e8s dangereux, ils sont enferm\u00e9s dans une sorte de bunker. (NdT)<\/p>\n<p>2 GRAPO\u00a0: Groupes de R\u00e9sistance Antifascistes Premier Octobre. Groupe arm\u00e9 marxiste-l\u00e9niniste cr\u00e9\u00e9 en 1975 et li\u00e9 au PCE(r).(NdT)<\/p>\n<p>3 FRAP\u00a0: Front R\u00e9volutionnaire Antifasciste et Patriotique. Group\u00e9 arm\u00e9 marxiste-l\u00e9niniste. (NdT)<\/p>\n<p>4 ETA (Euskadi Ta Askatasuna) se divise en 1973 entre ETA-militaire (les \u00ab\u00a0milis\u00a0\u00bb) et ETA-politico-militaire (les \u00ab\u00a0polimilis\u00a0\u00bb). (NdT)<\/p>\n<p>5 Manuel Laureano Rodr\u00edguez S\u00e1nchez dit \u00ab\u00a0Manolete\u00a0\u00bb \u00e9tait un c\u00e9l\u00e8bre matador espagnol, il fut gri\u00e8vement bless\u00e9 dans l\u2019ar\u00e8ne et est mort des suites de ses blessures les 29 ao\u00fbt 1974. (NdT)<\/p>\n<p>6 Comunicados de la Prisi\u00f3n de Segovia y otros llamamientos a la Guerra Social publi\u00e9 par Muturreko Burutazioak (avril 2000). Le communiqu\u00e9 relatif \u00e0 la prison de Trinidad ne fut pas repris dans les Appels de la Prison de S\u00e9govie publi\u00e9s par Champ Libre en 1980.<\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<p>Titre original\u00a0: CO.P.E.L, butrones y otras aportaciones de Grupos Aut\u00f3nomos , Experiencias de lucha aut\u00f3noma en los a\u00f1os 70, 80,&#8230; en Valencia, Desorden Distro (Valence, Espagne), printemps 2004.<\/p>\n<p>Traduit de l\u2019espagnol dans CO.P.E.L, tunnels et autres apports de groupes autonomes\/Exp\u00e9riences de lutte autonome dans les ann\u00e9es 70 et 80 \u00e0 Valence (Espagne) , ed. Typemachine (Gand, Belgique), 2e ed. octobre 2007<\/p>\n<\/div>\n<p><a id=\"forum\" href=\"http:\/\/www.lacavale.be\/spip.php?article85#forum\" name=\"forum\"><\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"aside\">\n<div id=\"formulaire_recherche\" class=\"formulaire_spip formulaire_recherche\">\n<form action=\"spip.php?page=recherche\" method=\"get\">\n<div><label for=\"recherche\">Rechercher\u00a0:<\/label><\/div>\n<\/form>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"main\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>un des\u00a0prisonniers en lutte dans les prisons d&rsquo;espagne a v\u00e9cu les COPEL.: (coordination autonome des prisonniers en lutte) . \u00ab\u00a0La taule \u00e9tait juste sur l\u2019all\u00e9e Petxina, dans le vieil \u00e9difice qu\u2019on aper\u00e7oit\u00a0: La prison Modelo \u00e0 Barcelone, ok\u00a0? Il y avait aussi des \u00e9meutes, les gens qui s\u2019y int\u00e9ressaient et l\u2019entendaient accourraient imm\u00e9diatement. 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