{"id":1384,"date":"2015-02-03T22:57:51","date_gmt":"2015-02-03T21:57:51","guid":{"rendered":"http:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=1384"},"modified":"2015-02-03T23:01:53","modified_gmt":"2015-02-03T22:01:53","slug":"sans-aucune-retenue-journal-de-la-foret-de-sivens-2014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=1384","title":{"rendered":"Sans aucune retenue, journal de la for\u00eat de Sivens, 2014"},"content":{"rendered":"<h2><a title=\"Sans aucune retenue, journal de la for\u00eat de Sivens, 2014\" href=\"https:\/\/sniadecki.wordpress.com\/2015\/01\/14\/sans-aucune-retenue\/?blogsub=confirming#subscribe-blog\"><strong>source <\/strong><\/a><\/h2>\n<div class=\"info\">\u00a0<a title=\"http:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/post\/2015\/02\/01\/aveyron-nouvelle-de-la-lutte-contre-le-barrage-a-sivens\" href=\"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/post\/2015\/02\/01\/aveyron-nouvelle-de-la-lutte-contre-le-barrage-a-sivens\">compl\u00e9ment l&rsquo;information<\/a> de la lutte contre le barrage du testet<\/p>\n<div class=\"fixed\"><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"content\">\n<p><strong>T\u00e9l\u00e9chargez la collection compl\u00e8te du journal au <a href=\"https:\/\/sniadecki.files.wordpress.com\/2015\/01\/sansaucuneretenue-full.pdf\">format PDF<\/a><\/strong><\/p>\n<p><em>Sans Aucune Retenue, Journal de la for\u00eat de Sivens<\/em> n\u00b01\/7<\/p>\n<p>25 octobre 2014<\/p>\n<\/div>\n<h2>Les zones humides, on n\u2019en a rien \u00e0 foutre<\/h2>\n<p><em>ou<\/em><\/p>\n<p><em>Comment, apr\u00e8s avoir d\u00e9vast\u00e9 la nature, la soci\u00e9t\u00e9 industrielle et \u00e9cologiste ach\u00e8ve de la d\u00e9truire en \u00ab\u00a0l\u2019am\u00e9nageant\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Les passionn\u00e9s de la nature sont \u00e0 l\u2019avant-garde de sa destruction.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bernard Charbonneau, <em>Le Jardin de Babylone<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>1. Ce bulletin, qui para\u00eetra quotidiennement pendant sept jours, tiendra sur le projet d\u2019am\u00e9nagement d\u2019une retenue d\u2019eau sur la rivi\u00e8re Tescou, dans la for\u00eat de Sivens, des propos qui seront, justement, <em>sans retenue<\/em> et <em>sans m\u00e9nagement<\/em>. Y seront pos\u00e9es certaines questions que le <em>mouvement<\/em> esquive\u00a0: des tendances technocratiques de l\u2019\u00e9cologie \u00e0 la question de la violence comme m\u00e9thode de lutte.<\/p>\n<p>2. Les arbres tombent, les opposants restent. \u00c0 la fin du d\u00e9boisement, la r\u00e9sistance au barrage du Testet a pris un nouveau cours. Pourtant, elle parle toujours le m\u00eame langage\u00a0: celui du <em>moratoire<\/em> et de la <em>contre-expertise, <\/em>tenu par les \u00e9cologistes l\u00e9galistes du collectif \u00ab\u00a0Sauvegarde du Testet\u00a0\u00bb. Ce collectif a vu dispara\u00eetre, avec la zone humide, son argument principal de <em>protection et de conservation de la nature<\/em>. Pourtant, la lutte continue\u00a0: et au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9cologie, sur quoi se fonde t-elle\u00a0? <span id=\"more-1830\"><\/span><\/p>\n<p>3. Il ne s\u2019agit pas de trouver \u00e9tonnant que de l\u2019argent public se convertisse aussi miraculeusement en int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s. En termes d\u2019argent comme en d\u2019autres, la distinction entre public et priv\u00e9 a depuis longtemps cess\u00e9 d\u2019\u00eatre op\u00e9rante, sinon pour \u00e9grener la banale liste des malversations qui s\u2019effectuent sous ce bin\u00f4me. Il ne s\u2019agit m\u00eame pas de juger curieux qu\u2019un \u00c9tat tellement soucieux d\u2019\u00e9cologie projette \u00ab\u00a0l\u2019am\u00e9nagement d\u2019un territoire\u00a0\u00bb qui d\u00e9truira aussi radicalement une \u00ab\u00a0zone humide\u00a0\u00bb soi-disant prot\u00e9g\u00e9e. Le calque des strat\u00e9gies \u00e9cologiques sur les strat\u00e9gies \u00e9conomiques a efficacement donn\u00e9 sa mesure\u00a0: et il existe aujourd\u2019hui deux types d\u2019<em>enclosures<\/em>, celles qui am\u00e9nagent un territoire parce qu\u2019il est insupportable qu\u2019un lieu sauvage le demeure, et celles qui am\u00e9nagent un territoire parce qu\u2019il est insupportable qu\u2019un lieu sauvage ne le soit plus assez. Les uns construisent des barrages, des zones industrielles et des d\u00e9charges\u00a0; les autres d\u00e9limitent des parcs naturels, des zones humides et des conservatoires. Dans les deux cas, l\u2019esp\u00e8ce humaine est pri\u00e9e de devenir spectatrice d\u2019une nature distante, qu\u2019elle soit instrumentalis\u00e9e ou prot\u00e9g\u00e9e\u00a0; de commander des granul\u00e9s chez SEBSO (Soci\u00e9t\u00e9 charg\u00e9e du d\u00e9boisement \u00e0 Sivens) pour remplir son po\u00eale au lieu d\u2019aller ramasser du bois dans la for\u00eat, et de taper sur Google \u00ab\u00a0l\u00e9zard des murailles\u00a0\u00bb si d\u2019aventure il lui venait le d\u00e9sir saugrenu de conna\u00eetre l\u2019allure d\u2019un pareil animal.<\/p>\n<p>4. Ces foutaises ne nous amusent plus. Les beaux jours de l\u2019\u00e9cologie, l\u2019autorit\u00e9 apparente dont jouissent ses arguments, refl\u00e8te le d\u00e9veloppement d\u2019un\u00ab\u00a0sentiment de la nature\u00a0\u00bb issu justement de la f\u00ealure de plus en plus profonde qui s\u00e9pare la nature de l\u2019homme. Il n\u2019y a pas plus amoureux de la nature que l\u2019urbain d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 qui n\u2019y vivrait pour rien au monde. Depuis les d\u00e9buts de l\u2019\u00e9cologie, cette ambigu\u00eft\u00e9 a fait l\u2019objet de critiques virulentes de la part de ceux qui, par leur vie et leurs pratiques, mettaient le plus vigoureusement en \u0153uvre ses principes. Elle a rapidement \u00e9t\u00e9 d\u00e9cel\u00e9e par ceux qui en furent les pr\u00e9curseurs, Bernard Charbonneau par exemple, comme \u00ab le futur du capitalisme, et en tout cas une utilisation assez merveilleuse de l\u2019angoisse\u00a0\u00bb (Guedj et Meuret, membre de la revue <em>Survivre\u2026 et vivre\u00a0!<\/em>, pionni\u00e8re en \u00e9cologie politique) L\u2019engloutissement de la pens\u00e9e dans le savoir technicien a disqualifi\u00e9 nos exp\u00e9riences les plus simples, et d\u2019abord par le langage dont elle use. L\u2019expression \u00ab\u00a0zone humide\u00a0\u00bb, tant entendue \u00e0 Sivens, en est l\u2019irritant exemple. L\u2019argument \u00e9cologique \u00e0 son commencement, parce qu\u2019il donnait la possibilit\u00e9 de penser dans le langage de tout le monde des faits extr\u00eamement concrets, permettait d\u2019entrevoir une sortie du vocabulaire id\u00e9ologique dont se nourrissait jusqu\u2019alors la gauche radicale, <em>et c\u2019est en cela qu\u2019il \u00e9tait r\u00e9volutionnaire<\/em>. Rattrap\u00e9e par une \u00e9poque qui rend aux hommes <em>toujours plus difficile de reconna\u00eetre et de nommer leur propre mis\u00e8re<\/em>, l\u2019\u00e9cologie n\u2019a pas tard\u00e9 \u00e0 saborder des dispositions aussi dangereuses pour le pouvoir en place\u00a0: et d\u00e9sormais, \u00ab\u00a0faute d\u2019une enqu\u00eate s\u00e9v\u00e8re, \u00e0 tout instant poursuivie, sur les mots dont nous usons, nous risquons extr\u00eamement d\u2019\u00eatre dupes de ces mots [\u2026] et r\u00e9duits \u00e0 penser notre langage pour n\u2019avoir pas exig\u00e9 de parler notre pens\u00e9e.\u00a0\u00bb (Jean Paulhan). Le langage cr\u00e9e une r\u00e9alit\u00e9. Les mar\u00e9cages, les tourbi\u00e8res, les ruisseaux et les bouilles existent, et toutes les plantes et les bestioles qui y vivent. Une zone humide n\u2019existe pas.<\/p>\n<p>5. Nous dirons des choses simples : le refus de voir soustrait un lieu \u00e0 ses habitants et \u00e0 leurs usages, la col\u00e8re face aux projets impos\u00e9s sous couvert d\u2019enqu\u00eates d\u2019utilit\u00e9 publique parodiquement d\u00e9mocratiques, la lassitude \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la perversion \u00e9conomique qui ne supporte plus qu\u2019un lieu demeure <em>sans emploi<\/em> et l\u2019attachement \u00e0 la libert\u00e9 vernaculaire qui se go\u00fbte dans ces lieux inexploit\u00e9s.<\/p>\n<p>6. Comme l\u2019\u00e9crivait Venant Brisset dans des circonstances semblables (cf. <em>Du c\u00f4t\u00e9 de la Ramade<\/em>, <em>documents relatifs \u00e0 une pr\u00e9c\u00e9dente bataille contre le saccage d\u2019un territoire<\/em>), la prolif\u00e9ration des nuisances et des \u00e9cologistes dans la soci\u00e9t\u00e9 industrielle va de pair. Ici, comme il y a encore tr\u00e8s peu de nuisances, il n\u2019y aucune raison pour qu\u2019il y ait des \u00e9cologistes. Nous n\u2019en sommes pas. Nous serions plut\u00f4t comme ces <em>agrions de Mercure<\/em> qui volent dans la for\u00eat de Sivens. Nous habitons ici. Nous voulons vivre libres et heureux, et c\u2019est dans ce but d\u00e9raisonnable que nous avons d\u00e9cid\u00e9 de continuer ou de commencer \u00e0 vivre ici. Dans ce monde de <em>territoires sans pouvoir, soumis \u00e0 un pouvoir sans territoire<\/em>, nous cherchons \u00e0 y recr\u00e9er la possibilit\u00e9 de l\u2019autonomie\u00a0; non pas <em>pour<\/em> mais <em>avec<\/em> et <em>dans<\/em> la nature.<\/p>\n<p>Victoria Xardel<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Sans Aucune Retenue, Journal de la for\u00eat de Sivens<\/em> n\u00b03\/7<\/p>\n<p>27 octobre 2014<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Apr\u00e8s les arbres, ils abattent les hommes<\/h2>\n<p><em>R\u00e9mi F., 21 ans, a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par la police<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Depuis quelques semaines, le projet du barrage de Sivens est dans une position d\u00e9licate.<\/p>\n<p>Le vent tourne. Les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eat qui y pr\u00e9sident ont successivement \u00e9t\u00e9 d\u00e9masqu\u00e9s dans les m\u00e9dias nationaux. Le mod\u00e8le d\u2019agriculture pesticide qu\u2019il impose est abondamment critiqu\u00e9 par l\u2019opinion. Plus aucun motif ne semble valable pour continuer les travaux, men\u00e9s sous la houlette de centaines de policiers et de militaires. Il ne reste aux porteurs du projet qu\u2019un seul argument\u00a0: la soi-disant violence de l\u2019opposition, qui d\u00e9montrerait \u00e0 elle seule le bien-fond\u00e9 de l\u2019obstination de notre <em>\u00c9tat de droit<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Notre camarade est tomb\u00e9 sous les tirs de cet <em>\u00c9tat de droit<\/em>.<\/strong><\/p>\n<p>En for\u00eat de Sivens vendredi, en amont de la manifestation nationale du samedi 25 octobre qui a r\u00e9uni 7000 personnes, les machines de chantier qui travaillent la semaine \u00e0 la construction de la digue du barrage avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9es. Il ne restait dans le petit camp retranch\u00e9 am\u00e9nag\u00e9 par les forces de l\u2019ordre que chiotte et compresseur, jolis symboles du monde qu\u2019on nous pr\u00e9pare. Agac\u00e9s par leur incongruit\u00e9, les habitants de la for\u00eat se d\u00e9barrass\u00e8rent de ces objets inutiles. Impossible pourtant de se d\u00e9barrasser des 250 CRS et gendarmes mobiles qui depuis vendredi soir, alors qu\u2019il n\u2019y avait sur place aucune machine, aucun ouvrier \u00e0 \u00ab\u00a0prot\u00e9ger\u00a0\u00bb, semblaient vouloir en d\u00e9coudre.<\/p>\n<p><strong>L\u2019unique raison pour justifier la pr\u00e9sence d\u00e9mesur\u00e9e des forces de l\u2019ordre arm\u00e9es samedi \u00e0 Sivens \u00e9tait la volont\u00e9 des autorit\u00e9s de susciter des tensions pendant les deux jours de manifestation. <\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Ils y sont si bien parvenus qu\u2019ils ont tu\u00e9 un homme.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Un barrage contre le pacifisme<\/h2>\n<p><em>Dialogue (Premi\u00e8re partie)<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Un soir dans la for\u00eat de Sivens, une femme diaphane fait son entr\u00e9e \u00c0 la Maison des druides. Le jeune homme qui s\u2019y repose sursaute. C\u2019est en ces termes qu\u2019elle s\u2019adresse \u00e0 lui.<\/strong><\/p>\n<p>\u2015\u00a0Je ne te veux pas de mal. Il y a soixante-dix ans, il y avait ici un maquis. J\u2019ai tard\u00e9 avant de le rejoindre, je ne supportais plus de rester passive \u2013 car rester passif, c\u2019est collaborer, c\u2019est faire le jeu des autorit\u00e9s qui ont la force de leur c\u00f4t\u00e9. Finalement, je me suis lanc\u00e9e dans la R\u00e9sistance, et je suis tomb\u00e9e ici \u2013 les arbres m\u2019ont accueillie parmi eux.<\/p>\n<p><em>\u2015\u00a0Sois la bienvenue. Moi aussi, j\u2019ai fait le choix de la r\u00e9sistance. Je combats un syst\u00e8me qui menace la vie et donc la possibilit\u00e9, pour nous et les g\u00e9n\u00e9rations futures, de vivre une vie non mutil\u00e9e. Ici, ils d\u00e9racinent des arbres pour faire un barrage.<\/em><\/p>\n<p>\u2015\u00a0Oui, j\u2019ai vu des arbres que je fr\u00e9quente depuis des ann\u00e9es \u00eatre abattus par les machines de mort, j\u2019ai vu les gens y grimper \u00e0 l\u2019aube pour les prot\u00e9ger, j\u2019ai vu les tentatives de ralentir les robocops avec des barricades et des cocktails Molotov \u2013 quelle na\u00efvet\u00e9, vu comment ils sont \u00e9quip\u00e9s.<\/p>\n<p><em>\u2015\u00a0Tu penses que nous ne sommes pas assez \u00ab\u00a0\u00e9quip\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0? Moi, je suis pour la r\u00e9sistance active, mais sans moyens violents. Je suis pacifiste.<\/em><\/p>\n<p>\u2015\u00a0Pourquoi te sens-tu oblig\u00e9 de me dire cela, et d\u2019un ton si sup\u00e9rieur\u00a0? Aurais-tu du m\u00e9pris pour celles et ceux qui, comme moi, ne se d\u00e9finissent pas comme \u00ab\u00a0pacifistes\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p><em>\u2015\u00a0Non, aucun m\u00e9pris, excuse-moi. Je pense m\u00eame qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une composante indispensable de la lutte. Tu me confonds peut-\u00eatre avec d\u2019autres gens, ceux qui se disent \u00ab\u00a0l\u00e9galistes\u00a0\u00bb, cherchent \u00e0 n\u00e9gocier avec les autorit\u00e9s et se d\u00e9marquent des \u00ab\u00a0occupants\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0violents\u00a0\u00bb. En ce qui me concerne, je n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 violer la loi pour d\u00e9fendre mes id\u00e9es. Mais si je combats la violence de ce syst\u00e8me, c\u2019est parce que je m\u2019oppose \u00e0 toute forme de violence. Je suis donc pacifiste.<\/em><\/p>\n<p>\u2015\u00a0Je trouve bizarre la mani\u00e8re dont tu te d\u00e9finis et dont tu parles des autres composantes de ta lutte. Nous, dans la R\u00e9sistance, nous ne nous divisions pas en l\u00e9galistes, pacifistes et violents. Il y avait les maquisards qui vivaient arm\u00e9s dans la clandestinit\u00e9, la population qui nous soutenait mat\u00e9riellement et les gens qui, au sein de l\u2019administration, faisaient les faux papiers et transmettaient certaines informations \u2013 c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019union de ces trois composantes qu\u2019il y a eu de la r\u00e9sistance en France, et il aurait \u00e9t\u00e9 d\u00e9sastreux de se dissocier de l\u2019une. Votre distinction \u2013 car tu n\u2019est pas le seul \u00e0 parler en ces termes \u2013 a forc\u00e9ment pour effet de stigmatiser ce qu\u2019il faudrait soutenir en priorit\u00e9\u00a0: celles et ceux qui prennent le risque de menacer le bon d\u00e9roulement du programme de destruction concoct\u00e9 par les autorit\u00e9s.<\/p>\n<p><em>\u2015\u00a0Soit, mais nos situations n\u2019ont rien \u00e0 voir \u2013 et il faut s\u2019y adapter. On ne peut comparer le nazisme et ce que je combats\u00a0: Carcenac est un escroc, mais ce n\u2019est pas un Hitler qui assassine \u00e0 tour de bras. Les gendarmes mobiles commettent des exactions, mais ils ne tirent pas \u00e0 balles r\u00e9elles. <\/em><\/p>\n<p>\u2015\u00a0C\u2019est vrai, mais tu m\u2019as dit toi-m\u00eame que les logiques \u00e9conomiques et politiques qui poussent \u00e0 faire ce barrage, elles menacent la vie et donc l\u2019humanit\u00e9. Et tu vois bien que ce barrage, il est fait contre vous. Contre votre monde, vos id\u00e9aux et vos pratiques pacifistes. Si vous n\u2019arr\u00eatez pas le chantier, vous allez sortir de cette lutte affaiblis, collectivement et individuellement. Il faut donc r\u00e9sister, tous ensemble. A chacun de faire ce qu\u2019il peut en fonction de ce qu\u2019il sait et se sent capable. Pour gagner un combat, de toute fa\u00e7on il faut de tout et ne pas reculer devant l\u2019\u00e9preuve de force. L\u2019essentiel, c\u2019est de ne pas se dissocier des autres \u2013 \u00e7\u00e0, c\u2019est faire le boulot du pouvoir\u00a0: \u00ab\u00a0diviser pour mieux r\u00e9gner\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>\u2015\u00a0Il faut de tout, certes, mais tout n\u2019est pas toujours possible ensemble \u2013 quand des gens lancent de loin des cailloux sur les flics qui encerclent les militants pacifistes enterr\u00e9s, c\u2019est stupide et dangereux. De toute fa\u00e7on, je ne pense pas qu\u2019il soit possible de battre l\u2019\u00c9tat sur son propre terrain. Je ne pense m\u00eame pas qu\u2019il soit souhaitable d\u2019entrer dans ce jeu-l\u00e0, nous n\u2019avons rien \u00e0 y gagner.<\/em><\/p>\n<p>\u2015\u00a0Vu le rapport de force, tu as peut-\u00eatre raison. Mais je crois tu ne m\u2019as pas bien comprise\u00a0: pour moi, le probl\u00e8me n\u2019est pas de savoir si on est pr\u00eat ou pas \u00e0 recourir \u00e0 la violence \u2013 \u00e7a, c\u2019est une question personnelle, qui d\u00e9pend de notre histoire, de l\u2019Histoire aussi, des circonstances, etc. Mon propos n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 de dire que seuls les maquisards avaient fait le bon choix. Le probl\u00e8me \u00e0 mes yeux, c\u2019est que tu te d\u00e9finisses d\u2019une mani\u00e8re qui donne le mauvais r\u00f4le \u00e0 certains de tes camarades\u00a0; c\u2019est que les adjectifs d\u00e9finissant les diff\u00e9rentes branches de la lutte sont des cat\u00e9gories polici\u00e8res qui aboutissent, en te posant comme innocent, \u00e0 montrer implicitement du doigt les autres comme criminels. L\u00e0, tu fais le jeu du pouvoir, qui cherche toujours \u00e0 discr\u00e9diter ses opposants comme \u00ab\u00a0violents\u00a0\u00bb, voire \u00ab\u00a0terroristes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>\u2015\u00a0Dis moi seulement, d\u2019o\u00f9 vient cette question de la \u00ab\u00a0violence\u00a0\u00bb\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Sans Aucune Retenue, Journal de la for\u00eat de Sivens<\/em> n\u00b04\/7<\/p>\n<p>28 octobre 2014<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Un barrage contre le pacifisme<\/h2>\n<p><em>Dialogue (Deuxi\u00e8me partie)<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u2015\u00a0Dis moi seulement, d\u2019o\u00f9 vient cette question de la \u00ab\u00a0violence\u00a0\u00bb\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>\u2015\u00a0Cette question, les journalistes nous la posent toujours d\u2019une mani\u00e8re telle qu\u2019on comprend vite qu\u2019on n\u2019a pas le choix de la r\u00e9ponse\u00a0: dans les interviews, on est sans cesse somm\u00e9 de se dire non violent, pour rester cr\u00e9dible. Elle est aussi au c\u0153ur du discours des autorit\u00e9s qui mart\u00e8lent que le mouvement est \u00ab\u00a0violent\u00a0\u00bb pour le stigmatiser et le discr\u00e9diter aux yeux des gens. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de prendre le contre-pied de ce discours et de rappeler que, dans ce mouvement, nous sommes en immense majorit\u00e9 pacifistes dans l\u2019\u00e2me, nous pr\u00e9f\u00e9rons le dialogue qui nous est refus\u00e9 \u00e0 la violence qui nous est impos\u00e9e.<\/p>\n<p><em>\u2015\u00a0Mais dire cela, ce n\u2019est pas prendre le contre-pied des autorit\u00e9s, c\u2019est faire leur jeu. La question des moyens pos\u00e9e ind\u00e9pendamment de la situation qui vous est faite \u2013 on vous fait quand m\u00eame la guerre, \u00e0 vous et \u00e0 la nature \u2013 est un pi\u00e8ge que vous tendent vos ennemis. Ils font \u00e7a afin que vous ne puissiez m\u00eame pas avoir l\u2019id\u00e9e de constituer un \u00ab\u00a0rapport de force\u00a0\u00bb. Ils font \u00e7a pour vous cantonner \u00e0 un r\u00f4le inoffensif de n\u00e9gociation, qui vous oblige \u00e0 d\u00e9l\u00e9guer le pouvoir \u00e0 un repr\u00e9sentant \u2013 et la farce de la repr\u00e9sentation peut recommencer. Ne jamais oublier\u00a0: il ne peut y avoir de n\u00e9gociation r\u00e9elle qu\u2019entre puissances de force (\u00e0 peu pr\u00e8s) \u00e9gale. Toute autre \u00ab\u00a0n\u00e9gociation\u00a0\u00bb ne peut \u00eatre qu\u2019une mascarade, ne peut \u00eatre que la dol\u00e9ance que pr\u00e9sente le sujet faible au souverain tout-puissant \u2013 \u00e0 moins que ce que votre porte-parole n\u00e9gocie, ce soit moins la fin des travaux que le d\u00e9but de sa carri\u00e8re politique. Pour n\u00e9gocier, il faut d\u2019abord constituer une force, une force politique. Plus vous vous direz pacifistes, plus cela vous sera difficile. En plus, vous pr\u00e9parez le terrain au prochain coup des autorit\u00e9s\u00a0: diviser le mouvement en \u00ab\u00a0bons citoyens pacifistes\u00a0\u00bb et en \u00ab\u00a0m\u00e9chants occupants violents\u00a0\u00bb, ce qui tuera la lutte. <\/em><\/p>\n<p>\u2015\u00a0Peut-\u00eatre as-tu raison, mais il y a une donn\u00e9e nouvelle que tu ne connais pas. Aujourd\u2019hui, les gens sont extr\u00eamement sensibles \u00e0 la violence. Elle a pris une place centrale dans l\u2019imaginaire, elle fascine et terrifie, c\u2019est le sacr\u00e9 de notre g\u00e9n\u00e9ration. Plein de militants c\u00e8dent \u00e0 son charme, et moi aussi, quelque part, je r\u00eave de voir ces machines br\u00fbler. Mais compte tenu de cette hypersensibilit\u00e9 \u00e0 la violence, ce serait d\u00e9sastreux pour notre image dans l\u2019opinion publique.<\/p>\n<p><em>\u2015\u00a0Mais tu confonds tout\u00a0! La violence, \u00e7a s\u2019exerce contre des personnes ou des \u00eatres sensibles, pas contre des machines. D\u00e9truire des machines, ce n\u2019est pas de la violence, c\u2019est du sabotage pour mettre les forces de destruction hors d\u2019\u00e9tat de nuire. Oui \u00e0 toutes les offensives, qu\u2019elles soient, dans le langage de la police, \u00ab\u00a0violentes\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0non violentes\u00a0\u00bb. Car ce n\u2019est pas de cette mani\u00e8re qu\u2019il faut se d\u00e9finir, et il ne faut pas se laisser d\u00e9finir ainsi. Cette question est un pi\u00e8ge pour diviser et paralyser. Ce qui compte, c\u2019est de se d\u00e9finir d\u2019abord comme r\u00e9sistant, se d\u00e9finir par les fins que l\u2019on vise et l\u2019analyse de la situation que l\u2019on fait, plus que par les moyens qu\u2019on est pr\u00eat \u00e0 utiliser. Quant \u00e0 celles et ceux qui soulignent \u00eatre \u00ab\u00a0l\u00e9galistes\u00a0\u00bb, tu as raison de te m\u00e9fier\u00a0: ils risquent fort de se r\u00e9v\u00e9ler vite \u00eatre des \u00ab\u00a0passifistes\u00a0\u00bb, des partisans de la passivit\u00e9 (ce qui se combine tr\u00e8s bien avec une intense agitation dans la n\u00e9gociation). Ou des opportunistes qui pr\u00e9parent leur dissociation, leur passage \u00e0 l\u2019ennemi. En tout cas, insister sans cesse l\u00e0-dessus quand tous les recours sont \u00e9puis\u00e9s et que toutes les n\u00e9gociations politiques ont \u00e9t\u00e9 vaines, c\u2019est se pr\u00e9parer \u00e0 assister passivement au d\u00e9sastre. <\/em><\/p>\n<p>\u2015\u00a0Tu as raison, mais il me faut souligner une derni\u00e8re chose\u00a0: moi aussi, je suis pour l\u2019offensive et l\u2019audace \u2013 c\u2019est ce qui nous manque le plus. Mais je ne pense pas qu\u2019on ait besoin d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0violent\u00a0\u00bb. Celles et ceux qui ont le plus ralenti les travaux et la police, ce sont les enterr\u00e9s et les grimpeurs, pas les barricadiers, m\u00eame s\u2019ils ont un r\u00f4le \u00e0 jouer. Tu as raison de nous mettre en garde sur un mot qui, aujourd\u2019hui, met finalement tous les ill\u00e9galismes dans un m\u00eame sac, pour les condamner en bloc, sans plus distinguer entre le bris de machine et la violence sur personne. Mais tu me sembles c\u00e9der, comme tant de jeunes d\u2019une \u00e9poque nourrie aux sc\u00e8nes de bataille, \u00e0 la fascination pour la violence. N\u2019oublie pas\u00a0: on peut \u00eatre offensif sans \u00eatre agressif, on peut arr\u00eater les machines sans s\u2019attaquer aux personnes, on peut renverser le pouvoir sans le prendre \u2013 et c\u2019est ce dont je r\u00eave.<\/p>\n<p><em>\u2015\u00a0Laisse-moi clore ce d\u00e9bat en te parlant d\u2019une autre lutte encore, qui m\u2019a sembl\u00e9 exemplaire. J\u2019ai rencontr\u00e9 une Italienne la semaine derni\u00e8re. Elle venait d\u2019une vall\u00e9e qui s\u2019oppose depuis des ann\u00e9es \u00e0 un projet de ligne TGV, le Val de Suze. L\u00e0-bas, la lutte s\u2019enracine notamment parce que, face \u00e0 la violence de l\u2019\u00c9tat, tout le monde est conscient qu\u2019il faut revenir au droit de l\u00e9gitime d\u00e9fense et au devoir de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019oppression. Toutes les composantes de la lutte participent \u00e0 des actions offensives communes, chacune avec ses moyens. Et tous les inculp\u00e9s y jouissent d\u2019un soutien inconditionnel.<\/em><\/p>\n<p>\u2015\u00a0Un spectre hante la for\u00eat de Sivens, c\u2019est le spectre de la r\u00e9sistance.<\/p>\n<p>Aur\u00e9lien Berlan<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Un pacifiste contre le barrage\u00a0?<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans ce dialogue, \u00e9crit avant la nuit o\u00f9 R\u00e9mi a \u00e9t\u00e9 abattu par la police, notre voulions remettre en question un discours \u00ab\u00a0pacifiste\u00a0\u00bb qui prenait de plus en plus de place dans le mouvement d\u2019opposition au barrage. Lors du concert \u00e0 Matens, organis\u00e9 en soutien aux <em>inculp\u00e9s de la lutte<\/em>, le terme \u00e9tait dans toutes les bouches, sans que son incongruit\u00e9, dans de pareilles circonstances, ne frappe quiconque.<\/p>\n<p>Pour autant, il ne s\u2019agissait pas de faire un \u00e9loge des \u00ab\u00a0violents\u00a0\u00bb. Nous ne nous reconnaissons ni dans l\u2019une ni dans l\u2019autre de ces cat\u00e9gories. Nous pensons que cette distinction est factice, comme le sugg\u00e8re le fait qu\u2019il est bien d\u00e9licat de nommer son p\u00f4le \u00ab\u00a0obscur\u00a0\u00bb\u00a0; les \u00ab\u00a0violents\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0radicaux\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0cagoul\u00e9s\u00a0\u00bb ou, dans le dialogue que vous venez de lire, les \u00ab\u00a0r\u00e9sistants\u00a0\u00bb\u00a0: autant de cat\u00e9gories inad\u00e9quates. On peut \u00eatre pacifiste et radical, r\u00e9sistant et non violent. Ce sont des \u00e9tiquettes r\u00e9pulsives qui ne disent rien sur les gens ainsi qualifi\u00e9s, mais beaucoup sur ce dont ont peur ceux qui les stigmatisent de cette mani\u00e8re.<\/p>\n<blockquote><p><em>\u00ab\u00a0Quiconque prend l\u2019\u00e9p\u00e9e p\u00e9rira par l\u2019\u00e9p\u00e9e. Et quiconque ne prend pas l\u2019\u00e9p\u00e9e p\u00e9rira sur la croix.\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p>Simone Weil<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette opposition artificielle ne fait que figer en \u00ab\u00a0identit\u00e9s\u00a0\u00bb des gestes, des comportements, des strat\u00e9gies. Mais nous savons que la r\u00e9alit\u00e9 est tout autre. Notre perception de la \u00ab\u00a0violence\u00a0\u00bb est \u00e9minemment subjective, et fille de son \u00e9poque. Il fut un temps pas si lointain o\u00f9 la violence ne d\u00e9signait que les actes visant des personnes de chair\u00a0; on parlait alors de sabotage pour qualifier les actes visant les choses, comme par exemple la destruction de machines. Aujourd\u2019hui, la femme d\u2019un conseiller g\u00e9n\u00e9ral pro-barrage peut d\u00e9noncer comme \u00ab\u00a0extr\u00eamement violent\u00a0\u00bb le fait qu\u2019on ait jet\u00e9 dans son beau jardin des cartouches [vides] de gaz lacrymog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Notre rapport \u00e0 la violence est mouvant\u00a0: que l\u2019on soit pr\u00eat ou non \u00e0 se masquer le visage et \u00e0 jeter trois cailloux d\u00e9pend de notre temp\u00e9rament et de notre humeur, des circonstances, de l\u2019attitude des forces de l\u2019ordre, des chances ou non de succ\u00e8s d\u2019un assaut physique. Il n\u2019y a pas les \u00ab\u00a0pacifistes\u00a0\u00bb d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et les \u00ab\u00a0violents\u00a0\u00bb de l\u2019autre. Il y a des hommes et des femmes, qui passent d\u2019un geste et d\u2019une tactique \u00e0 l\u2019autre. Dans notre mouvement, nous ne connaissons d\u2019ailleurs pas d\u2019authentiques \u00ab\u00a0pacifistes\u00a0\u00bb, comme Lanza Del Vasto qui paradoxalement se d\u00e9finissait comme un vrai \u00ab\u00a0guerrier\u00a0\u00bb, rappelant ainsi que <em>le vrai guerrier n\u2019est pas belliqueux<\/em>. Il y a par contre beaucoup de \u00ab\u00a0pacifiques\u00a0\u00bb qui, face \u00e0 la conflictualit\u00e9 et aux rapports de force inh\u00e9rents \u00e0 la sph\u00e8re politique, dissimulent sous ce vocable leurs propres peurs. La victime de la police est l\u2019exemple m\u00eame de cette r\u00e9alit\u00e9 mouvante\u00a0: comme nous tous, il \u00e9tait enrag\u00e9 de voir la for\u00eat d\u00e9vast\u00e9e, tenaill\u00e9 par la col\u00e8re devant les provocations des argousins. C\u2019est lui qui est mort\u00a0; \u00e7\u2019aurait pu \u00eatre toi, qui lit ce texte.<\/p>\n<p>Depuis les soul\u00e8vements populaires des ann\u00e9es 1970 et leur mise en d\u00e9route, les moyens de r\u00e9sistance qui se sont progressivement impos\u00e9s et qui sont aujourd\u2019hui les plus pratiqu\u00e9s sont li\u00e9s \u00e0 l\u2019image et au symbole. A Sivens on s\u2019enterre, on \u00ab\u00a0prend racine\u00a0\u00bb pour barrer le chemin aux machines\u00a0; on replante, dans la for\u00eat chang\u00e9e en lit de copeaux, de jeunes arbrisseaux. Ces pratiques pacifistes portent en leur sein le souci de donner aux m\u00e9dias qui la relaient une \u00ab\u00a0bonne image\u00a0\u00bb de la lutte, m\u00e9lang\u00e9 de consid\u00e9ration morale quant \u00e0 l\u2019usage de la violence. Nous vivons dans une soci\u00e9t\u00e9 en \u00e9tat de paix\u00a0; c\u2019est \u00e0 dire o\u00f9 la violence emprunte des voies tellement d\u00e9tourn\u00e9es qu\u2019elle parvient \u00e0 ne plus \u00eatre identifi\u00e9e sous ce nom, et que l\u2019emploi de sa forme la plus brute et mat\u00e9rielle \u2013 caillou &amp; flash-ball \u2013 nous terrifie. Cet effet de r\u00e9pulsif moral que suscite tout emploi de la violence directe, mat\u00e9rielle n\u2019est qu\u2019un exemple de la pr\u00e9dominance, l\u00e0 comme partout, de la repr\u00e9sentation sur la r\u00e9alit\u00e9. Mais qu\u2019on se le dise\u00a0: qui se bat par les images aura de l\u2019influence dans un monde d\u2019images, et contribuera \u00e0 renforcer ce monde, contre lequel par ailleurs nous luttons.<\/p>\n<p>L\u2019influence par le symbole est peut-\u00eatre n\u00e9cessaire, aussi, \u00e0 la lutte\u00a0; mais lorsqu\u2019elle demeure si n\u00e9gligeable et si parall\u00e8le qu\u2019elle \u00e9choue \u00e0 enrayer une destruction bien r\u00e9elle, il n\u2019est plus possible de s\u2019en tenir l\u00e0. Alors se repose la vieille question des moyens et des fins.<\/p>\n<p>Toute l\u2019\u00e9quivoque vient de ce que nous souhaitons obtenir des <em>cons\u00e9quences pratiques<\/em> par des <em>moyens symboliques\u00a0:<\/em> faire cesser le travail des machines en infl\u00e9chissant \u00e0 notre \u00e9gard l\u2019opinion publique, qui ainsi gagn\u00e9e \u00e0 la cause infl\u00e9chira elle-m\u00eame le gouvernement, qui par crainte de la \u00ab\u00a0mauvais presse\u00a0\u00bb qui d\u00e9coulerait de leur obstination ordonnera aux diff\u00e9rents acteurs \u00e9conomiques et politiques du projet de cesser les travaux. <em>Nous voulons \u00eatre indirectement efficaces<\/em>. Mais il y a l\u00e0 une contradiction dans les termes. Est efficace ce qui va au but par les moyens les plus directs. Notre but est de faire cesser les travaux du barrage. La r\u00e9probation morale de la violence doit laisser place \u00e0 une strat\u00e9gie d\u2019ensemble. Tous les fronts de tous les mondes doivent \u00eatre occup\u00e9s. Celui des images, \u00e9minemment contemporain, en est un. Beaucoup plus d\u00e9suet, comme tout ce qui s\u2019exerce sans m\u00e9diation, le sabotage en est un autre.<\/p>\n<p>On ne mesure pas la force et la justesse d\u2019une lutte aux moyens employ\u00e9s, qu\u2019ils soient violents ou non. Il faut laisser l\u2019image de la r\u00e9sistance pacifiste populaire contre la violence d\u2019\u00c9tat comme mod\u00e8le de la lutte aux journalistes amateurs de clivages simples. On consid\u00e9rera peut-\u00eatre les chances de r\u00e9ussite d\u2019une lutte \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 ne jamais se laisser r\u00e9duire \u00e0 un principe \u2013 \u00e0 une image \u2013, mais \u00e0 occuper tous les principes et toutes les images \u2013 et donc \u00e0 les subvertir. Cessons de nous enfermer dans des identit\u00e9s fig\u00e9es et pensons plut\u00f4t \u00e0 comment agir de conserve, divergentes m\u00e9thodes pour un objectif identique\u00a0: l\u2019abandon imm\u00e9diat et d\u00e9finitif du projet de barrage, l\u2019expropriation du Conseil G\u00e9n\u00e9ral et la r\u00e9appropriation de la for\u00eat de Sivens.<\/p>\n<p>Victoria Xardel, Aur\u00e9lien Berlan<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Sans Aucune Retenue, Journal de la for\u00eat de Sivens<\/em> n\u00b05\/7<\/p>\n<p>29 octobre 2014<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Tremble carcasse, si tu savais o\u00f9 je te m\u00e8ne\u00a0!<\/h2>\n<blockquote><p>Thierry Carcenac s\u2019interroge sur les futurs investissements\u00a0: <strong><br \/>\n<\/strong> \u00ab\u00a0Si tous les chantiers qui d\u00e9plaisent doivent \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s ainsi, o\u00f9 va-t-on\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>La D\u00e9p\u00eache du Midi<\/em>, 27 octobre 2014.<\/p><\/blockquote>\n<p>Il faut un mort pour que le d\u00e9m\u00e9nageur en chef du territoire dans le Tarn se pose une grande question existentielle\u00a0: o\u00f9 va-t-on, en effet, si on ne peu plus b\u00e9tonner tranquillement\u00a0? s\u2019il faut \u00e0 chaque fois passer sur les cadavres des opposants\u00a0?<\/p>\n<p>Cette engeance, toujours aussi imbue de son pouvoir, se demande en r\u00e9alit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0o\u00f9 va-t-on si les gens se m\u00ealent de leurs affaires et que je ne peux plus m\u2019en occuper \u00e0 leur place (et m\u2019en mettre plein les poches avec mes petits copains)\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La m\u00eame pourriture, suite \u00e0 la publication du rapport d\u2019expert qui confirmait en tous points l\u2019analyse critique du projet de barrage par les opposants, conc\u00e9dait qu\u2019en effet il s\u2019\u00e9tait quelque peu tromp\u00e9, mais que de toute fa\u00e7on, les sommes engag\u00e9es pour les \u00e9tudes et les travaux \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 trop consid\u00e9rables pour g\u00e2cher en pure perte tout ce bon argent public en faisant machine arri\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0bien s\u00fbr, je fais n\u2019importe quoi, mais je le ferais jusqu\u2019au bout\u00a0!\u00a0\u00bbCette pathologie dans l\u2019argumentation, cette logique de la d\u00e9raison a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 bien analys\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0On conna\u00eet cette histoire de l\u2019homme qui a pr\u00eat\u00e9 un chaudron \u00e0 un ami et qui se plaint, apr\u00e8s avoir r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 son bien, d\u2019y d\u00e9couvrir un trou. Pour sa d\u00e9fense, l\u2019emprunteur d\u00e9clare qu\u2019il a rendu le chaudron intact, que par ailleurs le chaudron \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 perc\u00e9 quand il l\u2019a emprunt\u00e9, et que de toute fa\u00e7on il n\u2019a jamais emprunt\u00e9 de chaudron. Chacune de ces justifications, prise isol\u00e9ment, serait logiquement recevable. Mais leur empilement, destin\u00e9 \u00e0 mieux convaincre, devient incoh\u00e9rent. Or c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 un semblable empilement d\u2019arguments que se trouve r\u00e9guli\u00e8rement confront\u00e9 quiconque s\u2019interroge sur l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019une diffusion massive de telle ou telle innovation technique.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, pour nous convaincre de donner une adh\u00e9sion pleine et enti\u00e8re \u00e0 la technique en question, ses promoteurs nous expliquent \u00e0 quel point celle-ci va enchanter nos vies. Malgr\u00e9 une pr\u00e9sentation aussi avantageuse, des inqui\u00e9tudes se font jour\u00a0: des bouleversements aussi consid\u00e9rables que ceux annonc\u00e9s ne peuvent \u00eatre enti\u00e8rement positifs, il y a certainement des effets n\u00e9fastes \u00e0 prendre en compte. La strat\u00e9gie change alors de visage\u00a0: au lieu de mettre en avant la radicale nouveaut\u00e9 de la technique concern\u00e9e on s\u2019applique \u00e0 nous montrer, au contraire, qu\u2019elle s\u2019inscrit dans l\u2019absolue continuit\u00e9 de ce que l\u2019homme, et m\u00eame la nature, font depuis la nuit des temps. Les objections n\u2019appellent donc m\u00eame pas de r\u00e9ponses, elles sont sans objet. Enfin, pour les opposants qui n\u2019auraient pas encore d\u00e9pos\u00e9 les armes, on finit par sortir le troisi\u00e8me type d\u2019argument\u00a0: inutile de discuter, de toute fa\u00e7on cette \u00e9volution est in\u00e9luctable. Ce sch\u00e9ma ne cesse d\u2019\u00eatre reproduit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Olivier Rey, <a title=\"Olivier Rey, Nouveau dispositif dans la fabrique du dernier homme, 2012\" href=\"https:\/\/sniadecki.wordpress.com\/2014\/03\/14\/rey-dispositif\/\" target=\"_blank\"><em>Nouveau dispositif dans la fabrique du dernier homme<\/em><\/a>, revue Conf\u00e9rence, juin 2012.<\/p><\/blockquote>\n<p>Au Testet comme ailleurs, tous les Carcenac nous font le m\u00eame coup du chantage \u00e0 la d\u00e9mesure\u00a0: \u00ab\u00a0la machine est lanc\u00e9e et elle est trop grosse pour qu\u2019on puisse l\u2019arr\u00eater.\u00a0\u00bb Ce qui en dit long sur leur condition d\u2019esclave des dispositifs \u00e9conomiques et techniques qu\u2019ils manigancent et surtout sur l\u2019ambition grandiose qu\u2019ils ont de nous rendre tous semblables \u00e0 eux-m\u00eames, \u00e0 nous faire vivre dans leur monde o\u00f9 la nature et les hommes marchent au pas cadenc\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie et de la machine<\/p>\n<p>Face \u00e0 d\u2019aussi r\u00e9pugnantes perspectives, face \u00e0 ce \u00ab\u00a0monopole de la violence l\u00e9gitime\u00a0\u00bb qu\u2019exerce quotidiennement l\u2019\u00c9tat de droit et l\u2019\u00e9conomie de March\u00e9 en vue du d\u00e9veloppement infini de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle, la violence des \u00ab\u00a0virulents\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0radicaux\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0casseurs\u00a0\u00bb ou des \u00ab\u00a0black blocks\u00a0\u00bb (rayez les mentions inutiles) para\u00eet bien d\u00e9risoire et n\u2019est qu\u2019un juste retour des choses.<\/p>\n<p>Cette atteinte quotidienne \u00e0 notre libert\u00e9 et autonomie, qui cr\u00e8ve les yeux \u00e0 travers les d\u00e9clarations des politiciens, nous ne la voyons pas tellement elle est mise \u00e0 distance par la d\u00e9mesure de la M\u00e9gamachine. D\u2019abord en tant qu\u2019 \u00ab\u00a0utilisateurs finaux\u00a0\u00bb de ses produits, nous ne voyons plus la violence qu\u2019elle exerce au loin\u2013 voire m\u00eame juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de chez nous \u2013 pour fonctionner, tant elle est cloisonn\u00e9e. Derri\u00e8re la commande pass\u00e9e sur Internet, qui voit les int\u00e9rimaires sous-pay\u00e9s courir dans les entrep\u00f4ts g\u00e9ants et les camionneurs s\u2019\u00e9puiser sur les autoroutes, par exemple\u00a0? Cette brutalit\u00e9 est \u00e9galement int\u00e9rioris\u00e9e dans les rapports sociaux, d\u2019abord \u00e0 travers la soumission qu\u2019implique le salariat et sa hi\u00e9rarchie indiscutable. Mais de plus en plus aussi \u00e0 travers les habitudes que nous contractons du fait de l\u2019usage d\u2019un nombre grandissant de machines dans notre vie quotidienne, d\u2019un fonctionnement r\u00e9gulier, pr\u00e9visible, fluide et sans heurts du cours de l\u2019activit\u00e9 sociale. L\u2019organisation g\u00e9n\u00e9rale de la soci\u00e9t\u00e9, d\u2019une ramification et d\u2019une complexit\u00e9 incommensurable, nous a habitu\u00e9 \u00e0 une existence bien r\u00e9gl\u00e9e, \u00e0 un fonctionnement de la vie bien polic\u00e9, \u00e0 une activit\u00e9 qui roule et qui roule d\u2019ailleurs d\u2019autant et toujours plus vite qu\u2019elle est toujours mieux r\u00e9gl\u00e9e, polic\u00e9e et interconnect\u00e9e.<\/p>\n<p>Est maintenant per\u00e7ue comme \u00ab\u00a0violence\u00a0\u00bb toute interruption de la machinerie, toute irruption de l\u2019inattendu, de l\u2019impr\u00e9vu, du hors-cadre et du hors-norme. Ce qui d\u00e9range l\u2019organisation et le programme\u00a0; cr\u00e9e des tensions et des heurts dans le fonctionnement. Que la surprise de la vie se manifeste et c\u2019est le scandale. Et pour que cette \u00ab\u00a0violence\u00a0\u00bb cesse, il faut \u00e9tendre toujours plus avant la rationalisation de nos existences, de nos activit\u00e9s et mettre en coupe r\u00e9gl\u00e9e leur contexte.<\/p>\n<p>La violence de l\u2019organisation, qui tranquillement contraint, canalise, embrigade, oppresse, exploite et ali\u00e8ne le mouvement autonome de la vie, de notre vie et ses conditions, est maintenant per\u00e7ue comme la normalit\u00e9, l\u2019ordre des choses, le calme cours de la vie, la paix. La machine est le mod\u00e8le, la vie doit s\u2019y conformer, jusqu\u2019\u00e0 la raideur de l\u2019automate.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je lance un appel au calme\u00a0\u00bb nous dit pour conclure le pyromane-pompier Carcenac.<\/p>\n<p>Nous sommes calmes depuis longtemps\u00a0: nous sommes calmement en col\u00e8re contre cette vie corset\u00e9e et s\u00e9rieusement d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 faire barrage \u00e0 tous les agit\u00e9s du b\u00e9tonnage du territoire et des \u00ab\u00a0Zones d\u2019Am\u00e9nagement Diff\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb, les excit\u00e9s de l\u2019innovation et du progr\u00e8s, les compulsifs de la vitesse \u00e0 haut d\u00e9bit et de la circulation en flux tendus, les hyst\u00e9riques de la croissance infinie et du \u00ab\u00a0redressement productif\u00a0\u00bb, les fanatiques de l\u2019ali\u00e9nation \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste et industrielle.<\/p>\n<p>Occupons et habitons la vall\u00e9e du Tescou, reconstruisons l\u00e0 et partout ailleurs notre vie, et faisons n\u00f4tre ce pays.<\/p>\n<p>Bertrand Louart, menuisier-\u00e9b\u00e9niste<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Sans Aucune Retenue, Journal de la for\u00eat de Sivens<\/em> n\u00b06\/7<\/p>\n<p>30 octobre 2014<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0Am\u00e9nager mais prot\u00e9ger\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p><em>Publi-communiqu\u00e9 du Conseil G\u00e9n\u00e9ral du Tarn publi\u00e9 dans la D\u00e9p\u00eache du Midi du 1<sup>er<\/sup> novembre 2014.<\/em><\/p>\n<p>Pour comprendre comment ils am\u00e9nagent, il suffit de voir comment ils prot\u00e8gent. Au moment de sa parution, le titre de ce publi-communiqu\u00e9 r\u00e9v\u00e9lait bien que \u00ab\u00a0 l\u2019am\u00e9nagement du territoire\u00a0\u00bb <em>d\u00e9truit<\/em>. Depuis le 25 octobre, on sait d\u00e9sormais ce que signifie <em>prot\u00e9ger<\/em>. <strong>D\u00e9truire mais tuer<\/strong>\u00a0: voil\u00e0 la propagande du Conseil G\u00e9n\u00e9ral du Tarn.<\/p>\n<p><em>Prot\u00e9ger<\/em> la croissance<\/p>\n<p><em>Recr\u00e9er<\/em> la nature<\/p>\n<p>Le publi-communiqu\u00e9 du conseil g\u00e9n\u00e9ral du Tarn paru le premier octobre dernier dans le torchon de <em>La D\u00e9p\u00eache du Midi<\/em> est un bijou d\u2019arrogance. Il inverse totalement les choses en pr\u00e9sentant les saccageurs comme des \u00e9cologistes et les opposants comme des saccageurs. Mais il a toutefois un grand m\u00e9rite. Non pas de mettre en \u00e9vidence les copinages entre notables (les \u00e9lus et la presse), le cynisme et les mensonges des dominants (nous connaissons d\u00e9j\u00e0 tout cela), mais plut\u00f4t de nous montrer avec quelle facilit\u00e9 les communiquants du conseil g\u00e9n\u00e9ral retournent la situation en utilisant le m\u00eame langage technique et scientifique que les environnementalistes. Derri\u00e8re chaque langue, il y a une vision du monde. Ce langage qui se veut neutre et objectif est celui de ceux qui g\u00e8rent ce monde. Il d\u00e9crit et analyse les paysages, la nature, les activit\u00e9s humaines, les relations humaines de telle sorte que tout aille dans le sens du d\u00e9veloppement \u00e9conomique et du progr\u00e8s scientifique et industriel.<\/p>\n<p>En agriculture, par exemple, la campagne est d\u00e9sormais mesur\u00e9e et chiffr\u00e9e dans ses moindres d\u00e9tails. Depuis quelques ann\u00e9es, l\u2019ensemble des terres agricoles (champ cultiv\u00e9, prairie, bois, causse, estives, etc.) est photographi\u00e9 par vue a\u00e9rienne. Ces photos sont num\u00e9ris\u00e9es et chaque agriculteur doit d\u00e9clarer tous les ans ce qu\u2019il fait sur ses terrains (quelle culture\u00a0? quelles b\u00eates\u00a0? combien\u00a0?). Ces d\u00e9clarations sont enregistr\u00e9es dans des bases de donn\u00e9es de l\u2019administration. Un pr\u00e9 devient alors un \u00ab\u00a0\u00eelot\u00a0\u00bb, un arbre devient un \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ment paysager\u00a0\u00bb, et un troupeau qui p\u00e2ture devient un \u00ab\u00a0chargement\u00a0\u00bb qu\u2019il convient de ma\u00eetriser dans un \u00ab\u00a0plan de gestion pastorale\u00a0\u00bb. Il n\u2019y a plus un bout de paysage auquel on n\u2019attribue pas une <em>valeur<\/em>, une <em>r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e<\/em>, quelque part dans l\u2019ordinateur d\u2019un bureaucrate\u00a0: un potentiel agronomique, un atout touristique ou une biodiversit\u00e9 remarquable. Cette fa\u00e7on de simplifier et d\u2019appauvrir la r\u00e9alit\u00e9, de tout transformer en chose, permet de comparer n\u2019importe quel endroit avec n\u2019importe quel autre et d\u2019en faire ce que l\u2019on veut. On peut ainsi \u00e9changer tel endroit contre tel autre, on peut m\u00eame d\u00e9truire telle \u00ab\u00a0zone humide\u00a0\u00bb pour la \u00ab\u00a0recr\u00e9er\u00a0\u00bb artificiellement ailleurs.<\/p>\n<p>Cet univers technocratique, c\u2019est la violence normale du monde moderne. Quelle que soit la taille d\u2019un projet d\u2019am\u00e9nagement, que la destruction \u00e0 laquelle on assiste soit petite ou grande, tout ce que l\u2019on peut dire, si l\u2019on n\u2019utilise pas le langage des gestionnaires, est consid\u00e9r\u00e9 comme irrationnel, subjectif, emprunt de sentiments intempestifs. On ne d\u00e9cide plus de nos conditions de vie (l\u00e0 o\u00f9 on habite, comment on travaille, comment on vit avec nos voisins, etc.). Les d\u00e9cisions qui ont le plus de cons\u00e9quences sur nos vies d\u00e9pendent d\u2019experts et de programmes nationaux ou europ\u00e9ens. Ainsi, le mode de vie moderne exige de ne pas trop s\u2019attacher \u00e0 ce qui nous entoure et de s\u2019adapter sans cesse aux <em>\u00e9volutions<\/em> de ce monde et aux exigences de la relance de l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Pour continuer \u00e0 lutter contre ce monde, contre cette vision scientifique et \u00e9conomique de la vie, on peut peut-\u00eatre s\u2019appuyer plus sur ce qu\u2019a pu produire l\u2019ancienne culture rurale, sur ce qu\u2019elle avait d\u2019universel dans ses modes de vie sans \u00e9luder ses mauvais aspects, sans id\u00e9aliser.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de se conformer \u00e0 un ancien mod\u00e8le, ni d\u2019opposer les gens n\u00e9s ici \u00e0 ceux qui viennent d\u2019ailleurs ou les ruraux aux citadins. Il ne s\u2019agit pas non plus de mettre sur un pi\u00e9destal le monde agricole actuel. Il n\u2019est pas l\u2019h\u00e9ritier de cette culture rurale mais plut\u00f4t son fossoyeur (certains agriculteurs le regrettent, d\u2019autres pas du tout).<\/p>\n<p>Il s\u2019agirait plut\u00f4t de voir si notre hostilit\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 industrielle ne pourrait pas se nourrir en partie d\u2019une culture qui lui a toujours \u00e9t\u00e9 r\u00e9fractaire. Si l\u2019on veut rompre avec la vie hors-sol et administr\u00e9e d\u2019aujourd\u2019hui, il y a s\u00fbrement des enseignements \u00e0 tirer d\u2019une culture qui a v\u00e9cu plusieurs milliers d\u2019ann\u00e9es sous diverses formes avant de s\u2019auto-dissoudre dans la soci\u00e9t\u00e9 de consommation.<\/p>\n<p>Un berger qui a transhum\u00e9 au Testet<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Sans Aucune Retenue, Journal de la for\u00eat de Sivens<\/em> n\u00b07\/7<\/p>\n<p>31 octobre 2014<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>De l\u2019abattoir au laboratoire<\/h2>\n<p><em>Place \u00e0 la gestion de l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0affaire Sivens\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019affaire du barrage de Sivens, parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un projet modeste d\u2019<em>am\u00e9nagement du territoire<\/em> comme il s\u2019en r\u00e9alise tous les mois dans les campagnes de France, a cela d\u2019exemplaire que selon son issue, elle pourrait constituer un paradigme pour les autres r\u00e9sistances \u00e0 ce nouveau genre de destruction massive qui d\u00e9vaste nos pays. Destruction aujourd\u2019hui prot\u00e9g\u00e9e par les diff\u00e9rents dispositifs de r\u00e9cup\u00e9ration verte (<em>cf.<\/em> \u00ab\u00a0Am\u00e9nager mais prot\u00e9ger et recr\u00e9er\u00a0\u00bb, publi-communiqu\u00e9 du Conseil g\u00e9n\u00e9ral du Tarn publi\u00e9 dans <em>La D\u00e9p\u00eache du Midi<\/em> du 1<sup>er<\/sup>octobre 2014) et les parodies ordinaires de d\u00e9mocratie. Avec Sivens, ces pantomimes ont vol\u00e9 en \u00e9clat, et le v\u00e9ritable enjeu de la contestation, qui va bien au-del\u00e0 de la r\u00e9alisation ou non de ce barrage, peut enfin se formuler\u00a0: comment voulons-nous vivre\u00a0? Dans les temps qui viennent, le gouvernement s\u2019appr\u00eate \u00e0 poser la question aux citoyens fran\u00e7ais\u00a0: que voulez-vous\u00a0? Aujourd\u2019hui la vie est simple\u00a0: les d\u00e9cideurs d\u00e9cident, les citoyens consomment. Voil\u00e0 la d\u00e9mocratie. Cela ne vous pla\u00eet plus\u00a0? Regardez-les, ces zadistes, qui cultivent leurs l\u00e9gumes et vivent dans leurs cabanes, <em>est-ce vraiment ainsi que vous voulez vivre\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Au milieu des ann\u00e9es 1980, la contestation suscit\u00e9e par le grand projet de nucl\u00e9arisation de l\u2019Hexagone a pris au d\u00e9pourvu les d\u00e9cideurs, habitu\u00e9s \u00e0 ce que toutes les horreurs sortant de leur imagination mortif\u00e8re aient \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es apr\u00e8s guerre dans un grand consensus communo-gaulliste en faveur du \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb. Embarrass\u00e9, le minist\u00e8re de l\u2019environnement a demand\u00e9 l\u2019aide de la science sociologique pour endiguer l\u2019opposition grandissante\u00a0: comment donner un vernis d\u00e9mocratique aux projets m\u00fbrement impos\u00e9s par les d\u00e9cideurs\u00a0? La r\u00e9ponse, on la conna\u00eet\u00a0: il faut faire de la \u00ab\u00a0concertation\u00a0\u00bb, organiser des \u00ab\u00a0forums hybrides\u00a0\u00bb associant les repr\u00e9sentants de l\u2019\u00c9tat aux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des associations et autres organisations para-gouvernementales, afin que la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb puisse discuter et <em>par l\u00e0 m\u00eame<\/em> valider d\u00e9mocratiquement les d\u00e9cisions d\u00e9j\u00e0 prises par la technocratie. Il faut cr\u00e9er de toutes pi\u00e8ces des <em>associations<\/em> afin que, lors de ces d\u00e9bats, il y ait des acteurs de la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb favorables aux projets des \u00e9lites et que les journalistes puissent dire qu\u2019\u00ab\u00a0en bas\u00a0\u00bb aussi, il y a du d\u00e9bat, que les choses sont complexes, tr\u00e8s complexes, et qu\u2019il vaut mieux laisser l\u2019\u00c9tat savant s\u2019en charger. Et c\u2019est ainsi qu\u2019un polytechnicien a fond\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019Association des \u00e9cologistes pour le nucl\u00e9aire\u00a0\u00bb\u2026 Tr\u00e8s vite, il est devenu clair que toutes ces associations commen\u00e7aient leur carri\u00e8re comme les syndicats ouvriers l\u2019avait achev\u00e9e\u00a0: comme des <em>organes de gestion de la contestation<\/em>. Certains mouvements d\u2019opposition cons\u00e9quents ont commenc\u00e9 \u00e0 refuser de participer \u00e0 ces parodies de d\u00e9bat public. La grande concertation lanc\u00e9e par la Commission Nationale du D\u00e9bat Public (\u00ab\u00a0CNPD, participer, c\u2019est accepter\u00a0\u00bb) \u00e0 propos des nanotechnologies a ainsi \u00e9t\u00e9 rigoureusement sabot\u00e9e, de m\u00eame que celle relative \u00e0 l\u2019enfouissement des d\u00e9chets nucl\u00e9aires \u00e0 Bure\u00a0: les premi\u00e8res mises en sc\u00e8ne de d\u00e9bat public furent tant perturb\u00e9es que les autorit\u00e9s durent renoncer \u00e0 tenir les suivantes.<\/p>\n<p>Carcenac, dont l\u2019asth\u00e9nie mentale est sans doute due aux 35 ann\u00e9es de magouilles r\u00e9ussies au Conseil g\u00e9n\u00e9ral, n\u2019imaginait pas que sa baronnie puisse \u00eatre contest\u00e9e. Ce que les mafias nucl\u00e9aires et scientifico-industrielles qu\u00e9mandent depuis des ann\u00e9es, l\u2019association locale de contre-expertise \u00e9cologiste l\u2019offrait sur un plateau\u00a0: un \u00ab\u00a0d\u00e9bat public\u00a0\u00bb qui aurait permis de dire que la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb avait \u00e9t\u00e9 entendue. Mais il a crach\u00e9 dans cette main tendue. L\u2019\u00c9tat national est moins stupide\u00a0: il va faire appel \u00e0 sa sp\u00e9cialiste de la \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie participative\u00a0\u00bb, S\u00e9gol\u00e8ne Royal. Le sc\u00e9nario est ficel\u00e9 d\u2019avance : il y aura une \u00ab\u00a0concertation\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0toutes les composantes\u00a0\u00bb du mouvement, sauf bien s\u00fbr celles qui \u00ab\u00a0refusent le dialogue\u00a0\u00bb et seront qualifi\u00e9es, dans ce \u00ab\u00a0Grenelle de Sivens\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0minorit\u00e9 d\u2019extr\u00e9mistes hostiles \u00e0 la d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb. Il en r\u00e9sultera \u00e0 coup s\u00fbr <em>qu\u2019il faut quand m\u00eame faire le barrage, mais en plus petit\u00a0<\/em> \u2013 cette fois sera saisie la seconde perche tendue par le collectif Testet, que <em>la passion de la contre-expertise<\/em> a conduit \u00e0 d\u00e9noncer un projet non pas <em>inacceptable<\/em> mais <em>surdimensionn\u00e9<\/em>. Et la vall\u00e9e du Tescou sera d\u00e9mocratiquement am\u00e9nag\u00e9e.<\/p>\n<p>Il en va ici comme partout ailleurs. La radioactivit\u00e9, m\u00eame \u00e0 faible dose, n\u2019en est pas moins mortelle pour le genre humain\u00a0; tout comme pour les abeilles on sait aujourd\u2019hui que les infimes traces de pesticides sont plus dangereuses que les intoxications massives. Depuis le 26 octobre, on sait aussi que les armes \u00e0 \u00ab\u00a0l\u00e9talit\u00e9 r\u00e9duite\u00a0\u00bb tuent \u2013 mais qu\u2019au fond, personne n\u2019en est responsable. <em>Le renard accuse le pi\u00e8ge, il ne s\u2019accuse pas lui-m\u00eame<\/em>. Nous voulons rappeler cette banalit\u00e9 oubli\u00e9e\u00a0: Mesdames et Messieurs les ministres, potentats locaux, policiers, n\u00e9gociateurs en tout genre, l\u2019\u00c9tat c\u2019est vous.<\/p>\n<blockquote><p><em>Et puis y a tous ces \u00e9colos <\/em>(bis)<\/p>\n<p><em>Qui veulent un monde r\u00e9glo <\/em>(bis)<\/p>\n<p><em>La fausse concertation, on conna\u00eet la chanson<\/em><\/p>\n<p><em>La belle d\u00e9possession, \u00e0 bas les normes, \u00e0 bas les normes<\/em><\/p>\n<p><em>La belle d\u00e9possession, \u00e0 bas les normes et la gestion<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 (Sur l\u2019air de <\/em>La Carmagnole<em>)<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Matthieu Amiech, Aur\u00e9lien Berlan, Caroline Bernard,<strong><br \/>\n<\/strong> Michela Di Carlo, Michel Gomez, <strong><br \/>\n<\/strong>Marie-Christine Le Borgne, Victoria Xardel<\/p>\n<p>.<\/p>\n<p><strong>T\u00e9l\u00e9chargez la collection compl\u00e8te du journal au format PDF:<\/strong><\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/sniadecki.files.wordpress.com\/2015\/01\/sansaucuneretenue-full.pdf\">Sans Aucune Retenue<\/a><\/strong><\/p>\n<p>.<\/p>\n<div id=\"jp-post-flair\" class=\"sharedaddy sd-like-enabled\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>source \u00a0compl\u00e9ment l&rsquo;information de la lutte contre le barrage du testet T\u00e9l\u00e9chargez la collection compl\u00e8te du journal au format PDF Sans Aucune Retenue, Journal de la for\u00eat de Sivens n\u00b01\/7 25 octobre 2014 Les zones humides, on n\u2019en a rien \u00e0 foutre ou Comment, apr\u00e8s avoir d\u00e9vast\u00e9 la nature, la soci\u00e9t\u00e9 industrielle et \u00e9cologiste ach\u00e8ve [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7964,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1384","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1384","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7964"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1384"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1384\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1387,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1384\/revisions\/1387"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1384"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1384"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1384"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}