{"id":13139,"date":"2018-08-29T03:21:43","date_gmt":"2018-08-29T01:21:43","guid":{"rendered":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=13139"},"modified":"2018-08-29T03:22:58","modified_gmt":"2018-08-29T01:22:58","slug":"le-street-art-ce-nest-pas-de-la-simple-decoration","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=13139","title":{"rendered":"\u00abLe Street Art, ce n\u2019est pas de la simple d\u00e9coration\u00bb"},"content":{"rendered":"<div id=\"content_wide\">\n<div id=\"error_div_id\" class=\"flash_error\"><\/div>\n<p><del>https:\/\/france3-regions.francetvinfo.fr\/auvergne-rhone-alpes\/ardeche\/soyons-07-un-pont-graffement-colore-961517.html<\/del><\/p>\n<hr \/>\n<div class=\"post\">\n<div id=\"summary\">\n<p><strong><i>En effet, comme l\u2019a rappel\u00e9 le charg\u00e9 \u00e0 la culture de la municipalit\u00e9 de Boulogne-sur-mer \u201cle Street Art ce n\u2019est pas de la simple d\u00e9coration\u201d(1). La r\u00e9cup\u00e9ration par les pouvoirs locaux d\u2019une pratique initialement ill\u00e9gale et au contenu souvent subversif met ici en lumi\u00e8re un ph\u00e9nom\u00e8ne qui tend \u00e0 se g\u00e9n\u00e9raliser. Depuis quelques ann\u00e9es, au m\u00eame titre que les cam\u00e9ras de vid\u00e9o-surveillance, les graffs fleurissent aux quatre coins de la cit\u00e9. Le Street Art compte d\u00e9sormais au nombre des proc\u00e9dures qui concourent \u00e0 la production capitaliste de l\u2019espace urbain. A sa fa\u00e7on, le Street Art s\u2019associe et contribue au contr\u00f4le de cet espace, \u00e0 sa privatisation ainsi qu\u2019\u00e0 sa marchandisation.<br \/>\n<\/i><\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"article\">\n<p>Au premier abord, l\u2019id\u00e9e d\u2019apporter quelques touches de couleur dans la grisaille ambiante para\u00eet plut\u00f4t judicieuse. On se demande d\u2019ailleurs pourquoi n\u2019y a-t-on pas pens\u00e9 plus t\u00f4t ? Simplement parce qu\u2019on n\u2019imagine pas la population d\u2019un immeuble ou d\u2019un quartier prendre en charge collectivement ce qui, de fait, rel\u00e8ve de son initiative sans qu\u2019imm\u00e9diatement les pouvoirs locaux n\u2019interviennent pour rappeler \u00e0 l\u2019ordre les contrevenants(2). Il existe des exemples c\u00e9l\u00e8bres de collectifs d\u2019habitants qui impos\u00e8rent leurs d\u00e9cisions aux pouvoirs en place, mais localement, nous n\u2019en sommes pas l\u00e0 aujourd\u2019hui. La situation sociale est pr\u00e9occupante, elle favorise le repli sur soi, et l\u2019atomisation de la population rend pour le moment peu vraisemblable tout projet vaguement collectif. C\u2019est de ce climat ambiant dont les pouvoirs locaux tirent parti, ici ou ailleurs. Le Street Art \u00e0 la mode boulonnaise poursuit donc deux objectifs qui s\u2019enchev\u00eatrent jusqu\u2019\u00e0 se confondre. D\u2019abord, celui de cacher la mis\u00e8re dans tous les sens du terme par une habile mise en sc\u00e8ne et ensuite, celui de valoriser la politique d\u2019am\u00e9nagement urbain en cours.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9cup\u00e9rer et aseptiser<\/strong><\/p>\n<p>On sait la disposition du capitalisme \u00e0 int\u00e9grer en vue de sa reproduction les exp\u00e9riences qui, \u00e0 premi\u00e8re vue, semblent \u00e9loign\u00e9es et parfois m\u00eame attentatoires \u00e0 sa dynamique. Le Street Art n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 cette r\u00e8gle. Ses auteurs \u00e0 succ\u00e8s ont d\u00e9sormais commerce avec les officiels du milieu de l\u2019art et de son march\u00e9. Est-ce \u00e0 dire que les graffeurs font d\u00e9sormais cause commune avec les tenants de l\u2019ordre social et politique existant ? Ind\u00e9niablement, certains ont trouv\u00e9 o\u00f9 nicher. Pour d\u2019autres, il arrive que les rouages du syst\u00e8me et le cynisme des politiques parviennent jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9samorcer le contenu subversif de leur message. Ainsi, on se rappelle que la maire de Calais a prot\u00e9g\u00e9 les fresques de Bansky peintes sur les murs de la ville, pendant que dans le m\u00eame temps elle menait une politique acharn\u00e9e contre les exil\u00e9s errant sur le littoral. Loin d\u2019indisposer Natacha Bouchard, le soutien affich\u00e9 du graffeur aux \u00e9trangers a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u par celle-ci comme \u201c<i>une chance pour Calais<\/i>\u201d(3). Assur\u00e9ment, la chance de r\u00e9aliser une plus-value suppl\u00e9mentaire sur le dos des r\u00e9prouv\u00e9s. Valeur d\u2019\u00e9change <i>VS<\/i> valeurs de solidarit\u00e9 diraient certains ? Nullement, puisque dans cette affaire seule la figure de l\u2019artiste monopolisera l\u2019attention des m\u00e9dias, le dernier mot revenant au spectacle, comme il se doit.<\/p>\n<p>A Boulogne-sur-mer, le Street Art est une marchandise import\u00e9e \u00e0 dessein. Il y est de facture officielle et commerciale, \u00e9tranger aux pratiques r\u00e9prouv\u00e9es car consid\u00e9r\u00e9es comme ill\u00e9gales dans les cit\u00e9s o\u00f9 le ph\u00e9nom\u00e8ne a vu le jour. Pour les \u00e9diles, il s\u2019agit avant tout de donner \u00e0 voir. Donner \u00e0 voir que la ville n\u2019est pas rest\u00e9e plant\u00e9e l\u00e0, sur le quai de l\u2019Histoire, mais plut\u00f4t qu\u2019elle a pris bonne place dans le train en marche d\u2019une modernit\u00e9 pr\u00e9tendument post-industrielle.<\/p>\n<p><strong>Cr\u00e9er une ambiance<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion de le dire, les projets d\u2019am\u00e9nagements que portent les politiciens locaux sont identiques \u00e0 ceux de n\u2019importe quelle autre agglom\u00e9ration ou m\u00e9tropole actuellement en chantier(4). La rationalit\u00e9 capitaliste lisse toutes les asp\u00e9rit\u00e9s et laisse peu de place \u00e0 l\u2019imagination. La recette se compose invariablement d\u2019une bonne dose d\u2019activit\u00e9 touristique, ici essentiellement en lien avec le milieu maritime et patrimonial, d\u2019une autre de construction immobili\u00e8re, la derni\u00e8re \u00e9tant g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9volue aux secteurs dits de l\u2019innovation et du num\u00e9rique. Dans les faits, cela se concr\u00e9tise par l\u2019agrandissement du centre de la mer(5), l\u2019\u00e9dification d\u2019immeubles de standing et l\u2019implantation d\u2019entreprises (Sopra Steria) ou la cr\u00e9ation de \u201cpouponni\u00e8res de starts up\u201d (espaces de Co-working ; Bouda : Boulogne-Urban-Data, etc.). La ville se doit d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois une attraction, un mus\u00e9e et un de ces lieux de la modernit\u00e9 technologique. \u00c0 la culture reviendra la mission de mettre la partition en musique.<\/p>\n<p>Les cibles de l\u2019art urbain sont donc autant les touristes de passage, que les cat\u00e9gories professionnelles dont l\u2019industrie de la communication r\u00e9clame la comp\u00e9tence(6). Le Street Art participe \u00e0 cr\u00e9er l\u2019ambiance recherch\u00e9e, celle d\u2019une ville s\u00e9duisante qui se met en sc\u00e8ne afin d\u2019attirer les couches plut\u00f4t jeunes, plut\u00f4t dipl\u00f4m\u00e9es et qui poss\u00e8dent un certain capital culturel. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne de gentrification donne aux villes des allures de parc d\u2019attraction et certains parlent de Dysneylandisation(7).<\/p>\n<p>Pour les couches de la population qui se sentiraient oubli\u00e9es par ces projets, qu\u2019elles se ravisent, le Street Art s\u2019adresse \u00e0 elles \u00e9galement, au titre de \u201c<i>l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019art<\/i>\u201d. Et on peut d\u00e9j\u00e0 parier que la pratique du Street Art figurera en bonne place dans les prochains programmes des services socio-culturels \u2026<\/p>\n<p><strong>Contr\u00f4le et hi\u00e9rarchie<\/strong><\/p>\n<p>La culture mise au service du d\u00e9veloppement urbain permet ainsi de renforcer le contr\u00f4le du politique sur le territoire. A ce titre, il est r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019observer que l\u2019ensemble des panneaux \u00e9lectoraux ordinairement install\u00e9s lors des campagnes ont servi de support au festival d\u2019\u00e9t\u00e9 de Street Art. Et il est tout aussi symptomatique de constater que dans certains quartiers p\u00e9riph\u00e9riques, le sort r\u00e9serv\u00e9 aux \u0153uvres expos\u00e9es fut le m\u00eame que celui promis rituellement aux affiches des candidats aux \u00e9lections : <i>Pas de quartier !\u00a0<\/i><\/p>\n<p>Le ripolinage de la ville n\u2019\u00e9pargne rien ni personne, si bien que les codes du vedettariat et la loi du march\u00e9 s\u2019appliquent ici comme partout ailleurs et reproduisent une stricte hi\u00e9rarchie. Aux signatures internationales on livre les murs de la cit\u00e9, aux acteurs locaux on r\u00e9serve le mobilier urbain.<\/p>\n<p><strong>Quelle r\u00e9ponse ?<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s le mobilier anti-SDF et les cam\u00e9ras de vid\u00e9o-surveillance, le Street Art r\u00e9glementaire enrichit la panoplie des dispositifs de contr\u00f4le et d\u2019appropriation\/marchandisation des espaces urbains. Face \u00e0 cela, la seule r\u00e9ponse que l\u2019on peut apporter est de continuer \u00e0 s\u2019exprimer politiquement sur les murs de la ville, \u00e0 le faire le plus collectivement possible et \u00e0 l\u2019assumer. Les espaces existent, quitte \u00e0 en reprendre \u00e0 la culture officielle et subventionn\u00e9e lorsque les conditions l\u2019exigent. Nous sommes convaincus que <i>nos amis<\/i> <i>les artistes<\/i> comprennent que la rue appartient \u00e0 tous et qu\u2019ils doivent, eux aussi, en partager la jouissance.<\/p>\n<p>A vos brosses !<\/p>\n<p>Boulogne-sur-mer, le 18\/08\/18<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2013<\/p>\n<p>(1) \u201dDix \u0153uvres de Street Art s\u2019installent \u00e0 Boulogne-sur-mer\u201d. La VdN\/2018-07-23<\/p>\n<p>(2) En s\u2019 effor\u00e7ant dans un premier temps de les inclure dans un dispositif officiel quelconque, le genre de pantalonnades telles que les \u201c<i>projets de quartiers \u00e0 base de d\u00e9mocratie participative<\/i>\u201d, etc \u2026 S\u2019ils s\u2019obstinent, alors, la r\u00e9pression prendra le relais.<\/p>\n<p>(3) D\u00e9claration de la maire de Calais reprise par de nombreux titres de la presse bourgeoise.<\/p>\n<p>(4) Se reporter aux num\u00e9ros 32 et 33 de la Mouette Enrag\u00e9e consacr\u00e9s \u00e0 la question ou consulter directement les textes sur ce blog, \u00e0 la rubrique \u201cProduction capitaliste de l\u2019espace\u201d.<\/p>\n<p>(5)\u00a0\u00c0 ce sujet, avez-vous remarqu\u00e9 qu\u2019\u00e0 mesure que la ressource halieutique diminue, Nausicaa s\u2019agrandit \u2026 Centre de la mer d\u2019ailleurs pos\u00e9 sur une plage\u2026 interdite \u00e0 la baignade pour cause de pollution\u00a0!<\/p>\n<p>(6) Sopra St\u00e9ria a du faire venir une bonne partie de ses salari\u00e9s de la m\u00e9tropole lilloise.<\/p>\n<p>(7) Lire \u00e0 ce sujet le texte de Alexandre Grondeau et Florence Pondaven : \u201cLe Street Art, outil de valorisation territoriale et touristique\u00a0: l\u2019exemple de la Galeria de Arte Urbana de Lisbonne\u201d<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/lamouetteenragee.noblogs.org\/\">https:\/\/lamouetteenragee.noblogs.org\/<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>https:\/\/france3-regions.francetvinfo.fr\/auvergne-rhone-alpes\/ardeche\/soyons-07-un-pont-graffement-colore-961517.html En effet, comme l\u2019a rappel\u00e9 le charg\u00e9 \u00e0 la culture de la municipalit\u00e9 de Boulogne-sur-mer \u201cle Street Art ce n\u2019est pas de la simple d\u00e9coration\u201d(1). 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