{"id":13121,"date":"2018-08-25T09:43:02","date_gmt":"2018-08-25T07:43:02","guid":{"rendered":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=13121"},"modified":"2018-08-27T08:14:31","modified_gmt":"2018-08-27T06:14:31","slug":"drome-ardecheles-camps-dinternement-et-de-travail-dans-lardeche-et-la-drome-durant-la-seconde-guerre-mondiale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=13121","title":{"rendered":"Drome Ard\u00e8che:les camps d\u2019internement et de travail dans l\u2019Ard\u00e8che et la Dr\u00f4me durant la Seconde Guerre mondiale"},"content":{"rendered":"<p>On a choisi de publier cette recension\u00a0 apr\u00e8s 3 textes\u00a0 (<a href=\"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=13113\"> 1<\/a>)\u00a0 <a href=\"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=13117\">(2<\/a>),\u00a0 chaune et chacun peuvent\u00a0 \u00e9laborer des r\u00e9sistances .Avec le retour\u00a0 du service militaire obligatoire\u00a0 appel\u00e9\u00a0 service\u00a0 national universelle ( SNU) qui serait impos\u00e9 \u00e0 toute (et \u00e0 tous) \u00e0 18ans\u00a0 par la r\u00e9forme Macron. Mais ce n&rsquo;est pas l\u00e0 une r\u00e9forme c&rsquo;est encore un retour en arri\u00e8re<\/p>\n<hr \/>\n<p><b><i>Des ind\u00e9sirables, les camps d\u2019internement et de travail dans l\u2019Ard\u00e8che et la Dr\u00f4me durant la Seconde Guerre mondiale\u00a0 480 page ,<\/i><\/b><i> \u00e9d. Peuple Libre et Notre Temps, 1999. Pr\u00e9face de Denis Peschanski, charg\u00e9 de recherche au CNRS (Institut d\u2019histoire du temps pr\u00e9sent),<\/i><b><i><br \/>\n<\/i><\/b><\/p>\n<p>Il en est ainsi par exemple des dizaines de d\u00e9port\u00e9s vers Auschwitz (Birkenau), Ma\u00efdanek, Mauthausen\u2026 pr\u00e9lev\u00e9s dans ces camps ou Groupements de Travailleurs \u00c9trangers (GTE)\u00a0: la plupart \u00e9taient ignor\u00e9s et ne figurent ni dans les listes donn\u00e9es par les ouvrages publi\u00e9s \u00e0 ce jour ni sur les plaques appos\u00e9es dans les lieux de m\u00e9moire. Peu de choses \u00e9taient connues, et souvent de mani\u00e8re tr\u00e8s superficielle, sur les conditions d\u2019internement de tous ces gens dans des locaux de fortune. Le temps passant, il \u00e9tait urgent d\u2019en \u00e9claircir l\u2019image et de la fixer.<\/p>\n<p>Les intern\u00e9s sont des civils fran\u00e7ais ou \u00e9trangers (14 nationalit\u00e9s dans le GTE de Crest, au moins 16 dans ceux de l\u2019Ard\u00e8che), consid\u00e9r\u00e9s comme\u00a0\u00ab\u00a0suspects\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0douteux\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0ind\u00e9sirables\u00a0\u00bb \u00e0 cause de leur ethnie, de leur religion ou de leur appartenance politique ou id\u00e9ologique suppos\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>Espagnols ayant fui le r\u00e9gime franquiste\u00a0;<\/p>\n<p>ressortissants des pays ennemis comme le peintre Max Ernst qui passe \u00e0 Loriol et Largenti\u00e8re\u00a0;<br \/>\nmilitants antinazis originaires du Reich, souvent d\u00e9j\u00e0 en lutte dans les Brigades internationales et dont certains, parmi les survivants, poursuivront leur combat apr\u00e8s s\u2019\u00eatre \u00e9vad\u00e9s\u00a0;<br \/>\nvieillards, infirmes ou malades transf\u00e9r\u00e9s des grands camps et amen\u00e9s dans les centres-h\u00f4pitaux de Saint-Agr\u00e8ve et Alboussi\u00e8re\u00a0;<\/p>\n<p>communistes, syndicalistes et pacifistes fran\u00e7ais intern\u00e9s \u00e0 Loriol ou Privas (Chabanet)\u00a0;<br \/>\nArm\u00e9niens rafl\u00e9s au sein des importantes colonies de la r\u00e9gion et int\u00e9gr\u00e9s dans l\u2019organisation Todt qui les emploiera \u00e0 construire le mur de l\u2019Atlantique<br \/>\ntravailleurs \u00e9trangers emprisonn\u00e9s \u00e0 Largenti\u00e8re, Vinezac, Le Cheylard, Saint-Jean-Chambre, Chom\u00e9rac, Mont\u00e9limar ou regroup\u00e9s dans les GTE de Saint-Vincent-de-Charpey et Crest, dans la Dr\u00f4me, et divers lieux de l\u2019Ard\u00e8che pour fournir \u00e0 bon march\u00e9 une main-d\u2019\u0153uvre de substitution\u00a0;<\/p>\n<p>personnalit\u00e9s politiques consid\u00e9r\u00e9es comme responsables de la d\u00e9faite et embastill\u00e9es \u00e0 Vals-les-Bains\u00a0;<br \/>\nJuifs rafl\u00e9s constituant \u00e0 Crest, Alboussi\u00e8re \u2026 des r\u00e9servoirs toujours pr\u00eats pour le d\u00e9part, via Drancy, vers les camps d\u2019extermination..<\/p>\n<p>Certains de ces intern\u00e9s, apr\u00e8s une \u00e9vasion, entreront dans la R\u00e9sistance et y joueront souvent un r\u00f4le consid\u00e9rable par leur exp\u00e9rience du combat et la force de leurs convictions. Plusieurs iront jusqu\u2019au bout de cet engagement et le paieront de leur vie.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage fait appara\u00eetre la continuit\u00e9 entre la troisi\u00e8me R\u00e9publique finissante et le r\u00e9gime de Vichy r\u00e9cup\u00e9rant au profit de son id\u00e9ologie la r\u00e9glementation et les structures mises en place ou renforc\u00e9es par ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs. On y d\u00e9couvre la complexit\u00e9 de la l\u00e9gislation en mati\u00e8re d\u2019internement et son aggravation progressive, la grande diversit\u00e9 des m\u00e9thodes et des \u00e9tablissements d\u2019enfermement dans ces deux d\u00e9partements apparemment sans histoire, \u00e9loign\u00e9s des fronti\u00e8res et peu marqu\u00e9s par une population \u00e9trang\u00e8re ou juive.<\/p>\n<p>La chose \u00e9tait demeur\u00e9e bien discr\u00e8te, bien cach\u00e9e. Un peu comme dans une famille on ne parle pas de celui qui troubla autrefois l\u2019ordre \u00e9tabli\u2026 Quoi, la R\u00e9publique fran\u00e7aise, image mondiale de la Libert\u00e9 et de la Tol\u00e9rance, avait eu, elle aussi, ses camps de concentration comme les puissances totalitaires ! Mis \u00e0 part deux livres qui ne paraissent pas avoir marqu\u00e9 leur \u00e9poque de parution, rien, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ouverture des archives dans les derni\u00e8res ann\u00e9es 80, n\u2019avait v\u00e9ritablement \u00e9t\u00e9 dit. L\u00e9on Moussinac en 1945, Arthur Koestler en 1947 furent, \u00e0 ma connaissance, les seuls qui t\u00e9moign\u00e8rent de ce qui fut cette trag\u00e9die ignor\u00e9e du plus grand nombre. Depuis 1986, bien des livres ont paru sur le sujet, un film, dont l\u2019action se d\u00e9roule au camp des Milles \u00e0 Aix-en-Provence est pass\u00e9 sur nos \u00e9crans. On commence enfin \u00e0 savoir que notre Troisi\u00e8me R\u00e9publique, et \u00e0 sa suite l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais de Vichy, eurent parfois des pratiques bien proches de celles des dictatures.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage de Vincent Giraudier, Herv\u00e9 Mauran, Jean Sauvageon et Robert Serre aborde les camps d\u2019internement et de travail mis en place de 1939 \u00e0 1945 dans les deux d\u00e9partements de la Dr\u00f4me et de l\u2019Ard\u00e8che. Il est construit un peu \u00e0 la fa\u00e7on des Cahiers de M\u00e9moire d\u2019Ard\u00e8che et Temps Pr\u00e9sent : un th\u00e8me central et quatre auteurs qui, parfois ensemble, le plus souvent s\u00e9par\u00e9ment traitent d\u2019un aspect particulier de ces camps qui furent r\u00e9ellement des camps de concentration.<br \/>\nApr\u00e8s une pr\u00e9face de Denis Peschansky, chercheur au CNRS et lui-m\u00eame auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, le premier chapitre, sign\u00e9 collectivement par les quatre auteurs, fait une tr\u00e8s bonne synth\u00e8se de ce ph\u00e9nom\u00e8ne concentrationnaire \u00e0 la fran\u00e7aise qui, cr\u00e9\u00e9 par d\u00e9cret en novembre 1938, d\u00e9bute en f\u00e9vrier 1939 pour \u201caccueillir\u201d les r\u00e9fugi\u00e9s qui fuient le r\u00e9gime dictatorial de Franco en Espagne et qui, d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1939, affluent en grand nombre \u00e0 la fronti\u00e8re. Rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement pr\u00e9par\u00e9 pour cet accueil et les conditions de s\u00e9jour pour ne pas dire de d\u00e9tention, sont tr\u00e8s vite d\u00e9plorables. Pire, on s\u2019efforce de rendre ce s\u00e9jour le plus p\u00e9nible qu\u2019il soit possible pour inciter les r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 regagner leur pays d\u2019origine sans souci des repr\u00e9sailles qu\u2019ils risquent d\u2019y subir. S\u2019ajoutent aux Espagnols, d\u00e8s la d\u00e9claration de guerre en septembre 1939, les \u201cressortissants ennemis\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire les Allemands, les Autrichiens et Italiens sans qu\u2019on veuille tenir compte que la plupart d\u2019entre eux \u00e9taient en France pour fuir les r\u00e9gimes totalitaires de leurs pays, et b\u00e9n\u00e9ficiaient du droit d\u2019asile politique. Mieux, on leur refuse le droit de s\u2019engager dans l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise comme cela avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu en ne leur laissant comme ultime solution que la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re. Poursuivant alors une logique qui n\u2019aura rien \u00e0 envier \u00e0 celle qui suivra sous le gouvernement du Mar\u00e9chal P\u00e9tain, le gouvernement Daladier, estimant que le trait\u00e9 germano-sovi\u00e9tique de juillet 1939 fait des communistes fran\u00e7ais des complices objecifs des Allemands, d\u00e9cide, d\u00e8s novembre 1939, d\u2019interner communistes et militants pacifistes d\u2019extr\u00eame-gauche. Le travail ainsi commenc\u00e9 ne pouvait que combler le gouvernement de Vichy qui n\u2019eut qu\u2019\u00e0 poursuivre la t\u00e2che en ajoutant au tableau de chasse de la R\u00e9publique d\u00e9funte les \u00e9trangers de tous bords, les hommes politiques consid\u00e9r\u00e9s comme responsables de la d\u00e9faite, puis les Juifs, les Tziganes,\u2026 Les auteurs \u00e9valuent le nombre de personnes ainsi intern\u00e9es entre 1939 et 1946 \u00e0 six cent mille, dans plus de cent lieux de concentration, l\u2019Ard\u00e8che n\u2019en comptant pas moins de quinze et la Dr\u00f4me six.<\/p>\n<p>Dans un second chapitre, Herv\u00e9 Mauran nous donne la br\u00eave histoire de l\u2019arriv\u00e9e des \u201crouges espagnols\u201d, r\u00e9publicains qui fuient le r\u00e9gime dictatorial de Franco, dans le d\u00e9partement de l\u2019Ard\u00e8che en 1939. Au 18 f\u00e9vrier de cette ann\u00e9e 1939, mille huit cent quatre-vingt-quatorze r\u00e9fugi\u00e9s espagols sont r\u00e9partis dans onze camps d\u2019h\u00e9bergement \u00e9gaill\u00e9s du nord au sud, d\u2019Annonay \u00e0 Vagnas, dont le pivot est \u00e0 Champ-la-Lioure sur la commune de Chom\u00e9rac. An Ard\u00e8che, comme ailleurs, les conditions d\u2019h\u00e9bergement sont rudes : nourriture insuffisante, hygi\u00e8ne plus que sommaire, promiscuit\u00e9 totale. Les sorties sont r\u00e9glement\u00e9es mais possibles. Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises s\u2019efforcent de persuader les r\u00e9fugi\u00e9s de rentrer dans leur pays. Mais la crainte des repr\u00e9sailles est souvent plus forte que les d\u00e9sagr\u00e9ments de l\u2019exil et la vie en camp, et les retours sont rares, malgr\u00e9 les contraintes exerc\u00e9es sur les \u201cmeneurs\u201d incitant \u00e0 refuser le rapatriement. La vie des camps ard\u00e9chois fut br\u00eave : les r\u00e9fugi\u00e9s quittent le d\u00e9partement pour des regroupements familiaux ou pr\u00e9f\u00e8rent la libert\u00e9 de r\u00e9sidence lorsqu\u2019elle leur est accord\u00e9e. En juillet 1940, les camps de r\u00e9fugi\u00e9s espagnols, en tant que tels, ont disparu.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, Robert Serre \u00e9tudie le probl\u00e8me dans le d\u00e9partement de la Dr\u00f4me, particuli\u00e8rement dans le Diois et la vall\u00e9e de la Dr\u00f4me. Bien que moins nombreux que dans l\u2019Ard\u00e8che, les r\u00e9fugi\u00e9s espagnols de la Dr\u00f4me, s\u2019ils b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un bel \u00e9lan de solidarit\u00e9 de la population, rencontrent les m\u00eames difficult\u00e9s aupr\u00e8s de l\u2019administration qui utilise tous les moyens pour les persuader de rentrer en Espagne. Soumis \u00e0 de fortes pressions, beaucoup d\u2019entre eux acceptent le retour, sans qu\u2019on sache quel fut leur sort. Comme en Ard\u00e8che les r\u00e9fugi\u00e9s espagnols disparaissent en tant que tels, noy\u00e9s au milieu des autres \u00e9trangers dans le Groupement des Travailleurs Etrangers ou en acc\u00e9dant \u00e0 un statut d\u2019ind\u00e9pendance lorsque cela leur est possible.<br \/>\nRobert Serre consacre quelques pages de son chapitre \u00e0 l\u2019ancien chef du gouvernement r\u00e9publicain espagnol, Largo Caballero, assign\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence \u00e0 Nyons apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 par Vals-les-bains et qui fut finalement d\u00e9port\u00e9 au camp de concentration d\u2019Oranienbourg en 1943.<\/p>\n<p>Avec Herv\u00e9 Mauran et Jean Sauvageon on s\u2019arr\u00eate ensuite devant une autre classe d\u2019intern\u00e9s \u00e0 la suite de la d\u00e9claration de guerre du 3 septembre 1939. D\u00e8s la d\u00e9claration de guerre, tous les ressortissants allemands et autrichiens r\u00e9sidant en Ard\u00e8che et dans la Dr\u00f4me sont arr\u00eat\u00e9s, sans qu\u2019on ne tienne aucun compte qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s chez nous pour des raison politiques ou de pers\u00e9cutions raciales. Intern\u00e9s \u00e0 la maison d\u2019arr\u00eat de Largenti\u00e8re, ils sont vite transf\u00e9r\u00e9s au tristement c\u00e9l\u00e8bre camp des Milles pr\u00e8s d\u2019Aix-en-Provence. On y retrouve le peintre surr\u00e9aliste Max Ernst et le docteur Littwack dont le premier eut la chance de pouvoir gagner les \u00c9tats-Unis mais dont le second sera transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Drancy puis dans les camps allemands de la mort. Apr\u00e8s la signature de l\u2019armistice du 22 juin 1940, le gouvernement de Vichy proc\u00e8de \u00e0 l\u2019arrestation et \u00e0 l\u2019internement des Juifs, \u00e9trangers d\u2019abord, fran\u00e7ais ensuite. Il est bien \u00e9vident que, tr\u00e8s vite, les forces d\u2019occupation allemandes vont s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ces ressortissants allemands et particuli\u00e8rement aux Juifs et ceci bien avant l\u2019occupation de la France enti\u00e8re. Plus tard ils conna\u00eetront le sort qu\u2019on conna\u00eet.<\/p>\n<p>Jean Sauvageon \u00e9tudie de plus pr\u00e8s les deux camps de <a href=\"https:\/\/www.francebleu.fr\/infos\/culture-loisirs\/drome-une-stele-erigee-en-memoire-du-camp-d-internement-de-loriol-1484251681\">Loriol<\/a> et de Mont\u00e9limar o\u00f9 furent intern\u00e9s de 1939 \u00e0 1941 \u00e9trangers et Fran\u00e7ais. En premier, des \u00e9trangers dont \u201cl\u2019internement est n\u00e9cessaire pour le maintien de l\u2019ordre public\u201d, baptis\u00e9s pour la circonstance \u201cAllemands de race\u201d qu\u2019ils fussent Allemands, Autrichiens, voire Belges ou m\u00eame Alsaciens ou Lorrains. Puis les Fran\u00e7ais communistes, anarchistes ou simplement pacifistes qui avaient os\u00e9 le dire ou oppos\u00e9s \u00e0 la capitulation p\u00e9tainiste (on ne parle pas encore de \u201cgaullistes\u201d). Le texte de Jean Sauvageon contient de nombreux t\u00e9moignages et les citations apport\u00e9es par l\u2019auteur sont tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8res pour les hauts fonctionnaires en poste \u00e0 l\u2019\u00e9poque, accentuant par leur z\u00e8le les cons\u00e9quences de la politique du gouvernement de Vichy<\/p>\n<p>Vincent Giraudier \u00e9voque, dans deux chapitres cons\u00e9cutifs, les camps d\u2019internement \u201cd\u2019ind\u00e9sirables fran\u00e7ais \u201d, \u00e0 Chabanet, pr\u00e8s de Privas et dans l\u2019\u00e9tablissement d\u2019internement administratif de Vals-les-Bains, r\u00e9serv\u00e9, quant \u00e0 lui, \u00e0 ceux qui, selon le gouvernement de Vichy, ont trahi la France soit en d\u00e9clarant la guerre \u00e0 l\u2019Allemagne, soit en la perdant. Le camp de Chabanet est connu des adh\u00e9rents et lecteurs de M\u00e9moire d\u2019Ard\u00e8che et Temps Pr\u00e9sent par les carnets d\u2019\u00c9lie Reynier qui y fut intern\u00e9, et publi\u00e9s dans le Cahier n\u00b061. Ce camp de concentration, suivant son appellation officielle, rassemble de f\u00e9vrier 1940 \u00e0 janvier 1941 tous ceux que la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, puis \u00e0 sa suite le gouvernement de Vichy, qualifi\u00e8rent de communistes qu\u2019ils le fussent ou pas pourvu qu\u2019ils soient proches de mouvements ou\u00a0 groupes d&rsquo;extr\u00eame-gauche. Une centaine de personnes, dont un peu plus de quarante Ard\u00e9chois, y furent d\u00e9tenues dans des conditions pr\u00e9caires en particulier lors de l\u2019hiver tr\u00e8s rude de 1940-1941. Plus loin, Vincent Giraudier narre fort bien ce que fut la tragi-com\u00e9die de l\u2019internement des \u201cresponsables de la d\u00e9faite\u201d, m\u00e9lange de compromissions et de l\u00e2chet\u00e9s. Son r\u00e9cit, tr\u00e8s vivant, nuan\u00e7ant bien tous les cas particuliers que repr\u00e9sentent ces intern\u00e9s de haut niveau, est passionnant.<\/p>\n<p>Dans le long chapitre VIII de Robert Serre, on passe \u00e0 une phase plus tragique encore de cette triste p\u00e9riode. Six cent trente-neuf hommes, originaires de quatorze pays d\u2019Europe, constitu\u00e8rent ce qui fut appel\u00e9 de 1941 \u00e0 1944 le Groupement de Travailleurs \u00c9trangers, \u00e0 Crest dans la Dr\u00f4me. Les Groupements de Travailleurs \u00c9trangers, cr\u00e9\u00e9s d\u00e8s l\u2019armistice et d\u00e9pendant directement du gouvernement de Vichy, rassembl\u00e8rent des \u00e9trangers d\u2019origines diverses, soldats tch\u00e8ques ou polonais qui avaient combattu avec l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, r\u00e9publicains espagnols qui avaient refus\u00e9 le retour en Espagne, Arm\u00e9niens, Allemands et Autrichiens anti-nazis. Le 352\u00e8me GTE s\u2019installe \u00e0 Crest en mai-juin 1941. Mise \u00e0 part une petite minorit\u00e9 qui reste au camp, la plupart de ces \u201ctravailleurs\u201d sont r\u00e9partis dans tout le d\u00e9partement et assurent des travaux forestiers et agricoles. Les travaux sont durs, la nourriture parcimonieuse, le logement souvent insalubre. Robert Serre nous conte dans le d\u00e9tail les quatre ann\u00e9es de vie de ces hommes : l\u2019attitude inf\u00e2me des repr\u00e9sentants du gouvernement, les pr\u00e9l\u00e8vements allemands de main-d\u2019\u0153uvre, les rafles nazies des Juifs malgr\u00e9 l\u2019opposition des occupants italiens, les \u00e9vasions puis la participation \u00e0 la R\u00e9sistance avec son cort\u00e8ge de condamn\u00e9s \u00e0 mort, et enfin les tracasseries de l\u2019administration fran\u00e7aise apr\u00e8s la lib\u00e9ration du territoire. Parmi les nombreux t\u00e9moignages et r\u00e9cits que nous donne Robert Serre, j\u2019ai particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9 les pages consacr\u00e9es aux Allemands anti-nazis, trop souvent oubli\u00e9s dans leur combat d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 contre le totalitarisme hitl\u00e9rien. On ne peut tout citer tant ce chapitre est dense, mais on ne peut qu\u2019\u00eatre reconnaissant \u00e0 l\u2019auteur qui \u00e9claire des \u00e9v\u00e9nements trop longtemps occult\u00e9s.<br \/>\nDans un bref chapitre, Vincent Giraudier et Herv\u00e9 Mauran nous parlent des micro-camps \u00e0 caract\u00e8re humanitaire qui rassembl\u00e8rent des invalides et des malades sortis du camp des travailleurs \u00e9trangers \u00e0 Saint-Agr\u00e8ve, ou, \u00e0 Alboussi\u00e8re, des Juifs, vieillards impotents issus des camps de Gurs et de Rivesaltes, ce qui n\u2019emp\u00eachera pas les nazis d\u2019en d\u00e9porter par la suite quelques-uns dans les camps d\u2019extermination.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage se termine par un chapitre d\u2019Herv\u00e9 Mauran peu glorieux pour notre administration fran\u00e7aise apr\u00e8s la lib\u00e9ration du territoire. Les camps d\u2019internement de civils demeurent : les camps de Chabanet et de Chom\u00e9rac sont r\u00e9utilis\u00e9s pour ceux qui sont, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, accus\u00e9s de collaboration avec l\u2019ennemi, o\u00f9 se retrouvent innocents, vrais collaborateurs, trafiquants du march\u00e9 noir et souteneurs. Les \u00e9trangers ne sont pas \u00e9pargn\u00e9s : les anticommunistes russes sont pourchass\u00e9s. L\u2019Ard\u00e8che abritera deux camps sovi\u00e9tiques, \u00e0 Saint-Pons et \u00e0 Meyras. Les opposants ukrainiens furent officiellement livr\u00e9s \u00e0 Staline. La Quatri\u00e8me R\u00e9publique maintiendra des milliers d\u2019\u00e9trangers dans des camps de concentration jusqu\u2019en 1950 et nous ne pouvons oublier, m\u00eame s\u2019ils ne furent pas implant\u00e9s sur le sol ard\u00e9chois, les camps ouverts en France au moment de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On a choisi de publier cette recension\u00a0 apr\u00e8s 3 textes\u00a0 ( 1)\u00a0 (2),\u00a0 chaune et chacun peuvent\u00a0 \u00e9laborer des r\u00e9sistances .Avec le retour\u00a0 du service militaire obligatoire\u00a0 appel\u00e9\u00a0 service\u00a0 national universelle ( SNU) qui serait impos\u00e9 \u00e0 toute (et \u00e0 tous) \u00e0 18ans\u00a0 par la r\u00e9forme Macron. 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