{"id":13007,"date":"2018-08-12T09:45:49","date_gmt":"2018-08-12T07:45:49","guid":{"rendered":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=13007"},"modified":"2018-08-12T09:45:58","modified_gmt":"2018-08-12T07:45:58","slug":"max-stirner-encore-et-toujours-un-dissident","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=13007","title":{"rendered":"Max Stirner, encore et toujours un dissident"},"content":{"rendered":"<div id=\"conteneur\">\n<div id=\"contenu\">\n<div class=\"chapo\">\n<p><strong>Max Stirner\u00a0? Le petit bourgeois philosophe, tanc\u00e9 de son temps d\u00e9j\u00e0 par Karl Marx\u00a0? L\u2019anarchiste, l\u2019\u00e9go\u00efste, le nihiliste, le grossier pr\u00e9curseur de Nietzsche\u00a0? \u2014 Oui, nul autre que lui. Certes mal fam\u00e9 dans le monde philosophique, qui l\u2019\u00e9voque tout au plus en marge, mais encore aujourd\u2019hui d\u00e9tenteur de la dynamite intellectuelle qu\u2019un de ceux qui vinrent apr\u00e8s lui pr\u00e9tendit avoir fabriqu\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<p><small><small>\u00a0<\/small><\/small><\/p>\n<div class=\"texte\">\n<p>\u00ab\u00a0qui ne doit jamais venir\u00a0\u00bb.<br class=\"autobr\" \/>Il suffit de prononcer son nom pour qu\u2019apparaissent des formules telles que \u00ab\u00a0Je suis Unique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Il n\u2019y a rien au-dessus de Moi\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0J\u2019ai fond\u00e9 Ma cause sur rien\u00a0\u00bb, qui l\u2019ont fait passer pour l\u2019incarnation de l\u2019\u00e9go\u00efste sans g\u00eane, du solipsiste na\u00eff, etc\u2026 Il n\u2019est donc pas compl\u00e8tement oubli\u00e9. Son livre, \u00ab\u00a0Der Einzige und sein Eigenthum\u00a0\u00bb (1844) [\u00ab\u00a0L\u2019Unique et sa propri\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb] \u2014 il n\u2019en a pas \u00e9crit d\u2019autre \u2014 est \u00e9dit\u00e9 de nos jours encore dans la <i>Reclams Universalbibliothek<\/i> [\u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que Universelle Reclam\u00a0\u00bb], pour ainsi dire comme l\u2019ouvrage classique de l\u2019\u00e9gocentrisme. Sans que personne le consid\u00e8re pour autant comme actuel.<\/p>\n<p>Pourtant \u2014 telle est en revanche ma th\u00e8se \u2014 voici venu le temps de Stirner. On trouvera peut-\u00eatre la meilleure explication de ce que je veux dire dans l\u2019histoire de l\u2019influence de son livre, qui s\u2019est exerc\u00e9e de mani\u00e8re \u00e9trangement clandestine dans ses p\u00e9riodes les plus riches de cons\u00e9quences et qui est aujourd\u2019hui encore tr\u00e8s peu connue. Elle permet \u00e9galement de comprendre comment et pourquoi l\u2019id\u00e9e centrale et sp\u00e9cifique de Stirner n\u2019est devenue v\u00e9ritablement actuelle que plus d\u2019un si\u00e8cle et demi apr\u00e8s sa formulation.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Stirner a \u00e9crit son \u00ab\u00a0Unique\u00a0\u00bb dans le contexte de la philosophie jeune-h\u00e9g\u00e9lienne des ann\u00e9es 40 du XIXi\u00e8me si\u00e8cle. Celle-ci, si l\u2019on met \u00e0 part la critique biblique de ses d\u00e9buts, a tent\u00e9 de d\u00e9velopper pour la premi\u00e8re fois en Allemagne une th\u00e9orie rationaliste et ath\u00e9e cons\u00e9quente (la \u00ab\u00a0vraie\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0pure\u00a0\u00bb critique) et une pratique (la \u00ab\u00a0philosophie de l\u2019action\u00a0\u00bb). Ses th\u00e9oriciens les plus repr\u00e9sentatifs furent Ludwig Feuerbach et Bruno Bauer, tandis que, sur le plan politique et pratique, Arnold Ruge et Moses Hess se distinguaient dans la lutte pour la d\u00e9mocratie et la justice sociale.<\/p>\n<p>Max Stirner fut d\u2019abord un membre plut\u00f4t effac\u00e9 du groupe de Bruno Bauer. Aussi la critique impitoyable de l\u2019ensemble du jeune-h\u00e9g\u00e9lianisme pr\u00e9sent\u00e9e dans son livre (\u00ab\u00a0L\u2019Unique\u00a0\u00bb) surprit-elle tout le monde. Stirner ne critiquait pas, dans la philosophie de Feuerbach et de Bauer \u2014 \u00e0 l\u2019instar des nombreux adversaires du Nouveaux Rationalisme post-h\u00e9g\u00e9lienne \u2014 l\u2019ath\u00e9isme des deux anciens th\u00e9ologiens, mais plut\u00f4t le manque de cons\u00e9quence de leur pens\u00e9e. Sans doute \u00e9taient-ils parvenus \u00e0 s\u2019\u00e9manciper du syst\u00e8me totalisateur de Hegel, mais pas \u00e0 quitter vraiment le \u00ab\u00a0cercle magique du christianisme\u00a0\u00bb. D\u2019o\u00f9 le bilan de Stirner\u00a0: \u00ab\u00a0Nos ath\u00e9es sont des gens pieux\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ceux qu\u2019il avait ainsi critiqu\u00e9s virent tr\u00e8s bien que Stirner \u00e9tait all\u00e9 plus loin, et de mani\u00e8re cons\u00e9quente, sur leur chemin, le chemin de la critique. Et, s\u2019ils admir\u00e8rent son audace, ils s\u2019effray\u00e8rent du r\u00e9sultat, qu\u2019ils consid\u00e9r\u00e8rent comme un nihilisme moral.<\/p>\n<p>Fascin\u00e9s en priv\u00e9 \u2014 Feuerbach \u00e9crivit \u00e0 son fr\u00e8re que Stirner \u00e9tait \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9crivain le plus g\u00e9nial et le plus libre qu\u2019il ait connu\u00a0\u00bb, tandis que Ruge, Engels et d\u2019autres se montr\u00e8rent \u00e9galement spontan\u00e9ment impressionn\u00e9s \u2014 ils adopt\u00e8rent publiquement une attitude d\u00e9fensive et choisirent de garder leurs distances ou le silence\u00a0: cette avant-garde intellectuelle r\u00e9agit de mani\u00e8re ambivalente et tactique \u00e0 l\u2019\u0153uvre de la plus audacieuse de ses t\u00eates. Personne ne voulut faire avec Stirner ce pas au-del\u00e0 du Nouveau Rationalisme \u2014 une pens\u00e9e rationaliste ne devait pas d\u00e9boucher sur le nihilisme. Et l\u2019on s\u2019alarma au point de ne pas voir que Stirner avait d\u00e9j\u00e0 ouvert des chemins \u00ab\u00a0au-del\u00e0 du nihilisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le r\u00e9flexe d\u00e9fensif devant les id\u00e9es stirn\u00e9riennes caract\u00e9rise \u00e9galement la plus grande partie de l\u2019histoire de la r\u00e9ception, faite \u00e0 la fois de r\u00e9-pulsion et de d\u00e9-ception, de \u00ab\u00a0L\u2019Unique\u00a0\u00bb. L\u2019ouvrage tomba d\u2019ailleurs pour commencer dans l\u2019oubli pendant un demi-si\u00e8cle\u00a0; c\u2019est seulement dans les ann\u00e9es 90 du XIXi\u00e8me si\u00e8cle que Stirner connut une renaissance, qui se poursuivit au si\u00e8cle suivant, toujours dans l\u2019ombre de Nietzsche toutefois, dont le style et la rh\u00e9torique (\u00ab\u00a0Dieu est mort\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Moi, le premier immoraliste\u00a0\u00bb, etc.) fascin\u00e8rent tout le monde.<\/p>\n<p>Quelques penseurs sentirent n\u00e9anmoins tr\u00e8s bien que Stirner, quoique passant pour un pr\u00e9d\u00e9cesseur born\u00e9 de Nietzsche, \u00e9tait en fait le plus radical des deux. Ils n\u2019en n\u00e9glig\u00e8rent pas moins eux-m\u00eames de s\u2019expliquer publiquement avec lui. Edmund Husserl parle par exemple, dans un passage isol\u00e9, de la \u00ab\u00a0puissante tentation\u00a0\u00bb que repr\u00e9sente \u00ab\u00a0L\u2019Unique\u00a0\u00bb \u2014 et ne l\u2019\u00e9voque pas une seule fois dans ses \u00e9crits. Carl Schmitt, boulevers\u00e9 par sa lecture lorsqu\u2019il \u00e9tait jeune, n\u2019en dit pas un mot jusqu\u2019au jour o\u00f9, en 1947, dans la d\u00e9tresse et l\u2019abandon d\u2019une cellule de prison, Stirner vient \u00e0 nouveau le \u00ab\u00a0hanter\u00a0\u00bb. Max Adler, le th\u00e9oricien de l\u2019austro-marxisme, eut toute sa vie, dans le plus grand secret, une discussion avec \u00ab\u00a0L\u2019Unique\u00a0\u00bb. Georg Simmel se d\u00e9tourna instinctivement de son \u00ab\u00a0\u00e9trange esp\u00e8ce d\u2019individualisme\u00a0\u00bb. Rudolf Steiner, qui fut \u00e0 ses d\u00e9buts un publiciste rationaliste engag\u00e9, s\u2019enthousiasma spontan\u00e9ment pour Stirner mais, voyant vite que celui-ci le \u00ab\u00a0conduisait \u00e0 l\u2019ab\u00eeme\u00a0\u00bb, il se tourna vers la th\u00e9osophie. Quant aux anarchistes, ils se tinrent silencieusement \u00e0 distance (Proudhon, Bakounine et Kropotkine) ou eurent avec lui une relation perp\u00e9tuellement ambivalente (Landauer).<\/p>\n<p>On retrouve ce refus horrifi\u00e9 d\u2019une pens\u00e9e ressentie comme abyssalement diabolique dans \u00ab\u00a0L\u2019Unique\u00a0\u00bb chez d\u2019\u00e9minents philosophes de notre temps. Pour Leszek Kolakowski, Stirner, aupr\u00e8s duquel \u00ab\u00a0Nietzsche lui-m\u00eame para\u00eet faible et incons\u00e9quent\u00a0\u00bb, est certes irr\u00e9futable, mais il faut \u00e0 tout prix le frapper d\u2019anath\u00e8me, parce qu\u2019il d\u00e9truit \u00ab\u00a0le seul outil qui nous permette de faire n\u00f4tres des valeurs\u00a0: la tradition\u00a0\u00bb. La \u00ab\u00a0destruction de l\u2019ali\u00e9nation\u00a0\u00bb \u00e0 laquelle il aspire, \u00ab\u00a0le retour \u00e0 l\u2019authenticit\u00e9, ne signifierait pas autre chose que la destruction de la culture, le retour \u00e0 l\u2019animalit\u00e9 \u2026 \u00e0 un statut pr\u00e9-humain\u00a0\u00bb. Et Hans Heinz Holz nous met en garde\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9go\u00efsme stirn\u00e9rien, s\u2019il \u00e9tait mis en pratique, conduirait \u00e0 l\u2019auto-an\u00e9antissement de l\u2019esp\u00e8ce humaine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il est possible que ce soit une angoisse apocalyptique de cette sorte qui ait pouss\u00e9 le jeune J\u00fcrgen Habermas \u00e0 anath\u00e9matiser, en termes fr\u00e9n\u00e9tiques, \u00ab\u00a0l\u2019absurdit\u00e9 de la fr\u00e9n\u00e9sie stirn\u00e9rienne\u00a0\u00bb et \u00e0 ne plus jamais \u00e9voquer celui-ci par la suite, m\u00eame lorsqu\u2019il traite du jeune-h\u00e9g\u00e9lianisme. Adorno, qui devait se voir, sur la fin de sa carri\u00e8re de penseur, \u00ab\u00a0ramen\u00e9 au point de vue\u00a0\u00bb \u2014 pr\u00e9-stirn\u00e9rien \u2014 \u00ab\u00a0du jeune-h\u00e9g\u00e9lianisme\u00a0\u00bb, nota un jour de mani\u00e8re obscure que Stirner \u00e9tait celui qui avait v\u00e9ritablement \u00ab\u00a0vendu la m\u00e8che\u00a0\u00bb, mais on ne trouve pas un seul mot sur lui dans toute son \u0153uvre. Cependant que Peter Sloterdijk ne remarque rien de tout cela et se contente de hocher la t\u00eate en constatant que le \u00ab\u00a0g\u00e9nial\u00a0\u00bb Marx a \u00ab\u00a0laiss\u00e9 libre cours \u00e0 son irritation au sujet d\u2019une pens\u00e9e en somme aussi simple que celle de Stirner sur plusieurs centaines de pages\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Donc, Karl Marx\u00a0: sa r\u00e9action m\u00e9rite, comme celle de Nietzsche, d\u2019\u00eatre soulign\u00e9e en raison de l\u2019influence qu\u2019elle a eue sur toute une \u00e9poque. Dans l\u2019\u00e9t\u00e9 1844, Marx voyait encore en Feuerbach \u00ab\u00a0le seul penseur qui ait accompli une v\u00e9ritable r\u00e9volution th\u00e9orique\u00a0\u00bb, mais la parution de \u00ab\u00a0L\u2019Unique\u00a0\u00bb, au mois d\u2019octobre de la m\u00eame ann\u00e9e, \u00e9branla cette conviction, car il sentit tr\u00e8s clairement la profondeur et la port\u00e9e de la critique de Stirner. Tandis que d\u2019autres, dont Engels, commenc\u00e8rent par admirer Stirner, Marx vit en lui d\u00e8s le d\u00e9but un ennemi qu\u2019il convenait d\u2019an\u00e9antir.<\/p>\n<p>Il envisagea d\u2019abord d\u2019\u00e9crire un compte-rendu critique de \u00ab\u00a0L\u2019Unique\u00a0\u00bb, mais abandonna bient\u00f4t ce projet et d\u00e9cida d\u2019attendre la r\u00e9action des autres (Feuerbach, Bauer). Dans son pamphlet \u00ab\u00a0La sainte famille &#8211; Contre Bruno Bauer et consorts\u00a0\u00bb (mars 1845), il \u00e9pargna donc Stirner. En septembre 1845, parurent la critique de \u00ab\u00a0L\u2019Unique\u00a0\u00bb par Feuerbach et la souveraine r\u00e9plique de Stirner. Marx, se sentant provoqu\u00e9 \u00e0 intervenir en personne, interrompit d\u2019importants travaux en cours et se pr\u00e9cipita sur \u00ab\u00a0L\u2019Unique\u00a0\u00bb. Sa critique, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Saint Max\u00a0\u00bb, d\u00e9bordante d\u2019invectives contre \u00ab\u00a0la plus pauvre des cervelles philosophiques\u00a0\u00bb, devint finalement plus volumineuse que \u00ab\u00a0L\u2019Unique\u00a0\u00bb lui-m\u00eame. Toutefois il semble que, son manuscrit termin\u00e9, Marx ait \u00e0 nouveau h\u00e9sit\u00e9 dans ses r\u00e9flexions tactiques et, en fin de compte, la critique de Stirner resta in\u00e9dite.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat de cette explication men\u00e9e en priv\u00e9 avec Stirner fut que Marx se d\u00e9tourna d\u00e9finitivement de Feuerbach et construisit une philosophie qui, contrairement \u00e0 celle de ce dernier, devait \u00eatre immunis\u00e9e contre la critique stirn\u00e9rienne \u2014 ce fut le mat\u00e9rialisme historique. Il para\u00eet n\u00e9anmoins avoir encore consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 cette date sa nouvelle th\u00e9orie comme provisoire, puisqu\u2019il la laissa elle aussi, comme son \u00ab\u00a0Saint Max\u00a0\u00bb, dans ses tiroirs. Voulant \u00e9viter \u00e0 tout prix une discussion publique avec Stirner, il se jeta dans la vie politique, dans les luttes contre Proudhon, Lassalle, Bakounine, etc. C\u2019est ainsi qu\u2019il parvint \u00e0 refouler compl\u00e8tement le \u00ab\u00a0probl\u00e8me Stirner\u00a0\u00bb \u2014 aussi bien au niveau psychologique qu\u2019\u00e0 celui de l\u2019histoire des id\u00e9es.<\/p>\n<p>La signification historique du travail de refoulement de Marx devient claire, lorsqu\u2019on examine la fa\u00e7on dont les marxologues de toute nuance ont vu Stirner et appr\u00e9ci\u00e9 son influence sur Marx. Ils ont adopt\u00e9 sans le moindre esprit critique et de mani\u00e8re \u00e9tonnamment unanime la mani\u00e8re de voir d\u2019Engels dans son ouvrage de vulgarisation \u00ab\u00a0Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande\u00a0\u00bb, publi\u00e9 en 1888. Engels y parle de mani\u00e8re purement \u00e9pisodique de Stirner comme d\u2019un \u00ab\u00a0cas curieux\u00a0\u00bb dans le \u00ab\u00a0processus de d\u00e9sagr\u00e9gation de l\u2019\u00e9cole h\u00e9g\u00e9lienne\u00a0\u00bb, qu\u2019il loue Feuerbach d\u2019avoir surmont\u00e9.<\/p>\n<p>Cette mani\u00e8re de pr\u00e9senter les choses, bien que grossi\u00e8rement fausse aussi bien du point de vue de la chronologie que des faits, fut vite g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9e et le resta, m\u00eame apr\u00e8s la parution du \u00ab\u00a0Saint Max\u00a0\u00bb de Marx en 1903. Quoique les r\u00e9actions de Marx \u00e0 \u00ab\u00a0L\u2019Unique\u00a0\u00bb de Stirner puissent \u00eatre document\u00e9es de mani\u00e8re convaincante et d\u00e9taill\u00e9e, il n\u2019y a eu jusqu\u2019ici que de tr\u00e8s rares auteurs \u2014 tels Henri Arvon ou Wolfgang Essbach \u2014 pour traiter du r\u00f4le d\u00e9cisif de Stirner dans l\u2019\u00e9laboration de la conception du mat\u00e9rialisme historique de Marx et proc\u00e9der \u00e0 une r\u00e9habilitation sans enthousiasme du premier ne remettant pas en question la sup\u00e9riorit\u00e9 bien \u00e9tablie du second. Cependant, ces travaux eux-m\u00eames ont \u00e9t\u00e9 ignor\u00e9s pendant des d\u00e9cennies et on ne les discute que depuis peu, et avec h\u00e9sitation, dans les milieux sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n<p>On peut dire en r\u00e9sum\u00e9 qu\u2019au refoulement primaire de Stirner par Marx (au niveau psychologique et de l\u2019histoire des id\u00e9es) a succ\u00e9d\u00e9 un refoulement secondaire, par lequel les marxologues de toute tendance ont automatiquement fait dispara\u00eetre, contre toute \u00e9vidence, le refoulement primaire marxien (ce fut en dernier lieu, et de mani\u00e8re tr\u00e8s impressionnante, le cas de Louis Althusser), s\u2019\u00e9pargnant du m\u00eame coup d\u2019avoir \u00e0 proc\u00e9der au leur.<\/p>\n<p>Friedrich Nietzsche, le second grand \u00ab\u00a0vainqueur\u00a0\u00bb de Stirner, est n\u00e9 l\u2019ann\u00e9e (et le mois m\u00eame) de la parution de \u00ab\u00a0L\u2019Unique\u00a0\u00bb. Toutefois, le jeune-h\u00e9g\u00e9lianisme dans son ensemble \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9 partout, du temps de sa jeunesse, comme une philosophie manquant de s\u00e9rieux, comme les \u00e9lucubrations de quelques ma\u00eetres de conf\u00e9rences chass\u00e9s de l\u2019Universit\u00e9 et de journalistes tapageurs d\u2019avant les journ\u00e9es de mars 1848. Le jeune Nietzsche pourtant, d\u00e9go\u00fbt\u00e9 par la \u00ab\u00a0s\u00e9nilit\u00e9\u00a0\u00bb de ses condisciples, vanta dans une lettre ces m\u00eames ann\u00e9es 40 comme une \u00ab\u00a0\u00e9poque de grande activit\u00e9 de l\u2019esprit\u00a0\u00bb, \u00e0 laquelle il aurait aim\u00e9 participer lui-m\u00eame. Le contact direct avec un v\u00e9t\u00e9ran jeune-h\u00e9g\u00e9lien orienta aussi le futur philosophe. Au mois d\u2019octobre 1865, Nietzsche rencontra longuement et intensivement Eduard Mushacke, un ancien membre du cercle intime de Bruno Bauer, qui avait \u00e9t\u00e9 li\u00e9 d\u2019amiti\u00e9 avec Stirner. Cette rencontre eut pour cons\u00e9quence imm\u00e9diate une profonde crise intellectuelle et la d\u00e9cision panique de \u00ab\u00a0se tourner vers la philologie et Schopenhauer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Nietzsche a tent\u00e9 avec un certain succ\u00e8s d\u2019effacer les traces directes de ce tournant intellectuel d\u00e9cisif \u2014 ce qui donne un poids d\u2019autant plus grand \u00e0 celles qui subsist\u00e8rent.<\/p>\n<p>Bien que, dans le cas de Nietzsche, les choses se pr\u00e9sentent dans tous leurs d\u00e9tails (y compris au point de vue de la justification positive) autrement que chez Marx, on peut constater n\u00e9anmoins des similitudes fondamentales dans l\u2019\u00e9volution intellectuelle de ces deux penseurs dont l\u2019influence devait \u00eatre primordiale\u00a0: la confrontation avec Stirner dans leur jeunesse\u00a0; le refoulement (primaire) et l\u2019\u00e9dification d\u2019une nouvelle philosophie renfor\u00e7ant un courant id\u00e9ologique commen\u00e7ant de leur \u00e9poque avant de devenir populaire, parce qu\u2019elle fait avorter l\u2019explication (v\u00e9ritablement en suspens et r\u00e9clam\u00e9e par Stirner) avec les probl\u00e8mes de fond du projet moderne, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0la mani\u00e8re dont l\u2019homme peut sortir de sa minorit\u00e9\u00a0\u00bb, tout en sugg\u00e9rant une solution pratique accessible.<\/p>\n<p>Comme pour Marx, un refoulement secondaire collectif succ\u00e9da au refoulement primaire \u2014 celui de la recherche nietzsch\u00e9enne de toute tendance, mais il s\u2019exprima toutefois sous des formes plus souples. On n\u2019h\u00e9sita pas \u00e0 comparer des d\u00e9clarations de Stirner et de Nietzsche \u2014 pour conclure que Stirner \u00e9tait et n\u2019\u00e9tait pas un pr\u00e9curseur de Nietzsche. Il fut \u00e9galement r\u00e9pondu aussi bien positivement que n\u00e9gativement \u00e0 la question de savoir si Nietzsche avait eu connaissance de \u00ab\u00a0L\u2019Unique\u00a0\u00bb, sans qu\u2019on en tire toutefois de conclusions.<\/p>\n<p>La th\u00e8se la plus extr\u00eame, celle d\u2019Eduard von Hartmann, veut que Nietzsche ait plagi\u00e9 Stirner. Mais ceux qui avaient compris le v\u00e9ritable apport de Nietzsche, se sont tus.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Les philosophes, dans la mesure o\u00f9 ils furent des rationalistes, furent toujours des dissidents. Cependant, t\u00f4t ou tard et le plus souvent apr\u00e8s leur mort, leur enseignement fut int\u00e9gr\u00e9 dans le corpus de l\u2019histoire des id\u00e9es. Contrairement \u00e0 l\u2019apparence superficielle, cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le cas jusqu\u2019ici pour le critique rationaliste du rationalisme que fut Stirner. Contrairement \u00e0 Marx et \u00e0 Nietzsche, il est rest\u00e9 jusque dans notre temps lui-m\u00eame, qui se croit post-id\u00e9ologique et ne conna\u00eet effectivement plus de dissidence intellectuelle, un v\u00e9ritable dissident \u2014 un dissident durable.<\/p>\n<p>C\u2019est de cette provocation que d\u00e9coule <strong>la valeur heuristique de son \u00ab\u00a0Unique\u00a0\u00bb pour l\u2019\u00e9poque actuelle, et son actualit\u00e9<\/strong>. L\u2019\u00e9tude attentive de cet ouvrage et de son influence peuvent nous aider \u00e0 comprendre l\u2019\u00e9trange d\u00e9clin qu\u2019a connu le projet rationaliste au cours des cent cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es \u2014 et peut-\u00eatre par l\u00e0 m\u00eame inciter \u00e0 sa r\u00e9animation.<\/p>\n<p>Rationalisme \u2014 on tient presque obligatoirement celui qui, de nos jours, veut faire de ce concept un th\u00e8me du temps, pour un na\u00eff n\u2019ayant aucune notion de l\u2019histoire des id\u00e9es. Ne sommes-nous pas depuis longtemps \u00ab\u00a0\u00e9clair\u00e9s\u00a0\u00bb, et tout particuli\u00e8rement sur le rationalisme elle-m\u00eame\u00a0? N\u2019appartiennent-elles pas \u00e0 une \u00e9poque pass\u00e9e et n\u2019a-t-on pas depuis beau temps reconnu leurs contradictions\u00a0? Puisqu\u2019elles ont engendr\u00e9, de mani\u00e8re active et r\u00e9active \u00e0 la fois, sur la base d\u2019une image apparemment optimiste mais fonci\u00e8rement fausse de l\u2019homme, les id\u00e9ologies meurtri\u00e8res qui ont conduit aux catastrophes du XXi\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Tous ceux qui ont voulu continuer au XXi\u00e8me si\u00e8cle le projet rationaliste du XIXi\u00e8me, ont accept\u00e9 cette le\u00e7on \u2014 y compris ceux qui, dans les ann\u00e9es 30, ont con\u00e7u une \u00ab\u00a0th\u00e9orie critique de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb inspir\u00e9e par Marx et Freud, puis l\u2019ont silencieusement abandonn\u00e9e peu d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s pour finir par penser qu\u2019une \u00ab\u00a0dialectique\u00a0\u00bb fatale \u00e9tait inh\u00e9rente \u00e0 tout rationalisme.<\/p>\n<p>La proclamation de l\u2019\u00e9poque post-moderne a rapidement mis un terme aux derni\u00e8res ambitions rationalistes qui se firent encore quelque peu entendre et effectu\u00e8rent une br\u00e8ve perc\u00e9e en 1968. Le projet moderne de rationalisme, d\u00e9j\u00e0 discr\u00e9dit\u00e9 et d\u00e9mod\u00e9, devait \u00eatre d\u00e9finitivement cong\u00e9di\u00e9 nominalement et l\u2019on r\u00e9suma ainsi le bilan de si\u00e8cles de rationalisme\u00a0: nous sommes d\u00e9sormais \u00e9clair\u00e9s sur le fait que l\u2019homme ne peut \u00eatre \u00e9clair\u00e9. L\u2019homme nouveau, que ce soit celui selon Marx ou selon Nietzsche, n\u2019est pas advenu, c\u2019est le vieil Adam qui triomphe. D\u00e9sormais, tout appel \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un homme nouveau est vu d\u2019un mauvais oeil, voire consid\u00e9r\u00e9 comme grandement dangereux.<\/p>\n<p>Les choses sont effectivement telles que toute intention de r\u00e9animation du projet rationaliste est aujourd\u2019hui \u00e9touff\u00e9e dans l\u2019\u0153uf par le fait que les id\u00e9es porteuses des derniers penseurs rationalistes ayant agi sur les masses \u2014 \u00e0 savoir Marx et Nietzsche \u2014 ont \u00e9t\u00e9 fondamentalement d\u00e9valoris\u00e9es par les exp\u00e9riences historiques du XXi\u00e8me si\u00e8cle. Leur faillite a fait aussi se d\u00e9courager ceux qui ne peuvent tout simplement pas croire, en face de l\u2019omnipr\u00e9sent irrationalisme, que l\u2019humanit\u00e9 \u2014 et ne f\u00fbt-ce que dans sa partie la plus avanc\u00e9e \u2014 soit d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0sortie de la minorit\u00e9\u00a0\u00bb et que le dernier mot ait \u00e9t\u00e9 dit sur les possibilit\u00e9s de la raison humaine.<\/p>\n<p>Pourtant, la faillite des id\u00e9es rationalistes jusqu\u2019ici dominantes offre aussi une chance. Maintenant que s\u2019est \u00e9vanoui le prestige de Marx et de Nietzsche, il devrait \u00eatre possible de revenir \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019histoire des id\u00e9es, jusqu\u2019ici consciencieusement \u00e9vit\u00e9, o\u00f9 a commenc\u00e9 cette \u00e9volution erron\u00e9e \u2014 \u00e0 savoir les d\u00e9bats rationalistes radicaux des jeunes h\u00e9g\u00e9liens des ann\u00e9es 1840, d\u2019o\u00f9 sortirent tout d\u2019abord les id\u00e9es de Stirner, puis \u2014 principalement en r\u00e9action contre elles \u2014 celles de Marx et de Nietzsche.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Stirner reprocha aux rationalistes radicaux de son temps d\u2019avoir seulement \u00ab\u00a0tu\u00e9 Dieu\u00a0\u00bb et supprim\u00e9 l\u2019 \u00ab\u00a0au-del\u00e0 hors de nous\u00a0\u00bb, alors qu\u2019ils conservaient, en \u00ab\u00a0pieux ath\u00e9es\u00a0\u00bb qu\u2019ils \u00e9taient, le fondement de l\u2019\u00e9thique religieuse, l\u2019 \u00ab\u00a0au-del\u00e0 en nous\u00a0\u00bb, le transposant simplement sous une forme s\u00e9cularis\u00e9e. Alors que nous ne nous lib\u00e9rerions de nos cha\u00eenes mill\u00e9naires que lorsque ce dernier \u00ab\u00a0au-del\u00e0\u00a0\u00bb aurait lui aussi disparu.<\/p>\n<p>Par l\u2019 \u00ab\u00a0au-del\u00e0 en nous\u00a0\u00bb, Stirner entendait tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019instance psychologique pour laquelle Freud cr\u00e9a en 1923 le mot pertinent de \u00ab\u00a0surmoi\u00a0\u00bb. Le surmoi appara\u00eet chez l\u2019individu comme le r\u00e9sultat principal de l\u2019acculturation de l\u2019enfant. Il est ensuite l\u2019asile des estimations de valeur qui, engendr\u00e9es au d\u00e9but de la vie de mani\u00e8re pr\u00e9- et irrationnelle, ne peuvent plus \u00eatre influenc\u00e9es que de mani\u00e8re tr\u00e8s conditionnelle par la raison. Le surmoi, bien que consid\u00e9r\u00e9 par l\u2019individu comme son bien le plus personnel, est l\u2019incarnation de l\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie.<\/p>\n<p>Stirner pensait que le stade de l\u2019\u00e9volution au cours duquel un surmoi engendr\u00e9 pr\u00e9- et irrationnellement gouvernait le comportement des hommes, passerait avec l\u2019accomplissement de la rationalit\u00e9 au stade du gouvernement personnel, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une v\u00e9ritable autonomie des individus.<\/p>\n<p>Cette id\u00e9e n\u2019a cependant suscit\u00e9 jusqu\u2019ici, partout o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 entendue, que de vives r\u00e9actions de d\u00e9fense \u2014 m\u00eame chez un rationaliste comme Freud, qui voulait voir le surmoi ancr\u00e9 dans la biologie de mani\u00e8re ferme, inabrogeable et \u00e9ternelle et qui a vulgaris\u00e9 la psychanalyse avec la formule\u00a0: \u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 \u00e9tait le \u00c7a, doit advenir le Moi\u00a0!\u00a0\u00bb (N.B.\u00a0: un moi avec surmoi). Et les quelques psychanalystes qui ont tent\u00e9 de prendre pour th\u00e8me l\u2019alternative \u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 \u00e9tait le surmoi, doit advenir le moi\u00a0!<br class=\"autobr\" \/>\u00a0\u00bb, furent ais\u00e9ment mis sur la touche. Mais ceci est un autre chapitre de l\u2019histoire tout \u00e0 fait non-dialectique de l\u2019auto-paralysie du rationalisme.<\/p>\n<div class=\"spip\"><strong> <i>Bernd A.Laska<\/i>.<\/strong><br class=\"autobr\" \/><i>Max Stirner in nuce<\/i>, revue <i>Die Zeit<\/i> n\u00b05 du 27 janvier 2000. Traduit par Pierre Gallissaires, le 30 avril 2001, <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/www.lsr-projekt.de\/poly\/frinnuce.html\" rel=\"external\">LSR Projekt<\/a>.<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"navigation\">\n<div class=\"rubriques\">\n<h2 class=\"menu-titre\"><a href=\"http:\/\/www.non-fides.fr\/?Max-Stirner-encore-et-toujours-un-dissident\">non fides<\/a><\/h2>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"pied\"><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Max Stirner\u00a0? Le petit bourgeois philosophe, tanc\u00e9 de son temps d\u00e9j\u00e0 par Karl Marx\u00a0? L\u2019anarchiste, l\u2019\u00e9go\u00efste, le nihiliste, le grossier pr\u00e9curseur de Nietzsche\u00a0? \u2014 Oui, nul autre que lui. Certes mal fam\u00e9 dans le monde philosophique, qui l\u2019\u00e9voque tout au plus en marge, mais encore aujourd\u2019hui d\u00e9tenteur de la dynamite intellectuelle qu\u2019un de ceux qui [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7964,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-13007","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13007","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7964"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13007"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13007\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13009,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13007\/revisions\/13009"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13007"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13007"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13007"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}