{"id":12900,"date":"2018-08-01T09:19:42","date_gmt":"2018-08-01T07:19:42","guid":{"rendered":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=12900"},"modified":"2018-08-01T09:23:30","modified_gmt":"2018-08-01T07:23:30","slug":"limage-la-memoire-et-loubli","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=12900","title":{"rendered":"L\u2019image, la m\u00e9moire et l\u2019oubli"},"content":{"rendered":"<div class=\"chapo\">\n<p>note \u00e0 la\u00a0 suite d&rsquo;une conversation avec un ami sur Valence( 26000) et ses d\u00e9boires :\u00a0\u00bb<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Century Schoolbook L, serif\"><span style=\"font-size: large\"> <i>Et qui devient Seigneur d&rsquo;une cit\u00e9 accoutum\u00e9e \u00e0 vivre libre et ne la d\u00e9truit point, qu&rsquo;il s&rsquo;attende d&rsquo;\u00eatre d\u00e9truit par elle, parce qu&rsquo;elle a toujours pour refuge en ses r\u00e9bellions le nom de la libert\u00e9 et ses vieilles coutumes, lesquelles ni par la longueur du temps ni pour aucun bienfait ne s&rsquo;oublieront jamais. Et pour chose qu&rsquo;on y fasse ou qu&rsquo;on y pourvoie, si ce n&rsquo;est d&rsquo;en chasser ou d&rsquo;en disperser les habitants, ils n&rsquo;oublieront point ce nom ni ces coutumes<\/i>&#8230;.\u00bb\u00a0<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"right\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Century Schoolbook L, serif\"><span style=\"font-size: large\">Machiavel (Le Prince).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"right\">Cit\u00e9 par Guy Debord, dans la\u00a0<i>Soci\u00e9t\u00e9 du spectacle<\/i><\/p>\n<hr \/>\n<div align=\"LEFT\">\n<div><\/div>\n<p><i>\u00a0<\/i><\/p>\n<\/div>\n<p>Rithy Panh a v\u00e9cu la prise de pouvoir des Khmers Rouges et leur r\u00e9gime de terreur pendant son adolescence. Apr\u00e8s un s\u00e9jour dans un camp de r\u00e9fugi\u00e9 en Tha\u00eflande, il rejoint la France et fait du cin\u00e9ma. La majeure partie de ses films traitent \u00e0 leur mani\u00e8re de cette p\u00e9riode, le plus souvent sous la forme du documentaire, et essayent de retrouver et de transmettre une certaine v\u00e9rit\u00e9 de ce qui s\u2019y est pass\u00e9, de comprendre ce qu\u2019\u00e9tait et ce qu\u2019impliquait concr\u00e8tement \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des vies, ce syst\u00e8me qui peut \u00e9voquer un camp de travail et de mort \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un pays, y compris du c\u00f4t\u00e9 des bourreaux. Que ce soit en refaisant faire aux jeunes tortionnaires de l\u2019\u00e9poque les gestes de la torture dans <i>S21<\/i>, ou en interrogeant longuement Duch, qui dirigeait S21, le principal centre d\u2019interrogatoires, de tortures et d\u2019ex\u00e9cutions de ceux qui venaient par ces proc\u00e9dures d\u2019\u00eatre constitu\u00e9s comme \u00ab\u00a0ennemis du peuple\u00a0\u00bb. Ces documentaires sont \u00e0 la fois des films d\u2019enqu\u00eate, dans lesquels il filme sa recherche de documents, de faits, ainsi que ce qu\u2019il a pu retrouver, mais aussi des films qui cherchent \u00e0 comprendre ce qui s\u2019est pass\u00e9, au-del\u00e0 des faits et des preuves justement, voire qui construisent eux-m\u00eames les traces manquantes de la disparition. Car, on y reviendra, l\u2019extermination, qu\u2019elle soit l\u2019\u0153uvre des khmers ou des nazis d\u2019ailleurs, est avant tout une vaste op\u00e9ration d\u2019organisation de la disparition, des gens d\u2019abord, puis du fait m\u00eame qu\u2019ils ont v\u00e9cu et enfin des traces m\u00eames de leur mort.<\/p>\n<\/div>\n<p><small>\u00a0<\/small><\/p>\n<div class=\"texte\">\n<blockquote class=\"spip\"><p><i>Apr\u00e8s la chute de Phnom Penh, \u00e0 l\u2019aube, dans le nord du pays, les prisonniers du centre M13 re\u00e7oivent l\u2019ordre de creuser. Sous le ciel blanc, dans la sueur et la peine, ils pr\u00e9parent une fosse. Combien sont-ils\u00a0? Des dizaines\u00a0? On ne saura jamais. Ils sont ex\u00e9cut\u00e9s. De ces charniers peut-\u00eatre immenses, il ne reste rien. Pendant des ann\u00e9es les Khmers rouges ont plant\u00e9 du manioc et des cocotiers qui ont mang\u00e9 les corps et le souvenir.<\/i><br class=\"autobr\" \/>Rithy Panh et Christophe Bataille, <i>L\u2019\u00c9limination<\/i>, p. 43.<\/p><\/blockquote>\n<p>C\u2019est contre ce n\u00e9gationnisme qui semble bien inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019entreprise exterminatrice que Rithy Panh utilise le cin\u00e9ma pour partir \u00e0 la recherche des traces de ce qu\u2019a pu \u00eatre ce r\u00e9gime, ses discours, et sa r\u00e9alit\u00e9. Que ce soit dans l\u2019entreprise de propagande du r\u00e9gime, dans la recherche de preuves historiques ou dans le \u00ab\u00a0constat\u00a0\u00bb qu\u2019il en manquerait, sur lequel se fondent les \u00e9lucubrations n\u00e9gationnistes, l\u2019image se pr\u00e9sente comme centrale.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p><i>Je crois en l\u2019image, m\u00eame si, bien s\u00fbr, elle est mise en sc\u00e8ne, interpr\u00e9t\u00e9e, retravaill\u00e9e. Malgr\u00e9 la dictature, on peut filmer une image juste.<\/i><br class=\"autobr\" \/>Rithy Panh et Christophe Bataille, <i>L\u2019\u00c9limination<\/i>, p. 102.<\/p><\/blockquote>\n<p>Tout en s\u2019inscrivant dans cette d\u00e9marche, L\u2019image manquante est un film tr\u00e8s particulier. C\u2019est la premi\u00e8re fois que Rithy Panh produit un r\u00e9cit autour de sa propre exp\u00e9rience du r\u00e9gime khmer rouge et, pour cela, il quitte la forme du documentaire pour fabriquer les traces manquantes de sa propre histoire en proposant une sorte de collage de toutes sortes d\u2019images, qu\u2019elles soient retrouv\u00e9es ou, au sens propre, reconstruites puisque pour ce film il fabrique une grande partie des images et chacun des \u00e9l\u00e9ments qui les composent.<br class=\"autobr\" \/>Et en faisant cela, il pose la question de savoir de ce dont on a besoin pour retracer l\u2019histoire d\u2019un \u00e9v\u00e9nement comme l\u2019extermination en quelques ann\u00e9es d\u2019un quart de la population d\u2019un pays, du statut des traces qu\u2019on retrouve, en particulier dans un contexte o\u00f9 la plupart des images qui restent sont des images de propagande, et alors qu\u2019un d\u00e9ni organis\u00e9 (pouvant aller jusqu\u2019au n\u00e9gationnisme) se d\u00e9veloppe, de leur nature \u00e9ventuelle de preuve. De quelles preuves a-t-on besoin pour consid\u00e9rer qu\u2019une entreprise d\u2019extermination a eu lieu\u00a0? Et au-del\u00e0, d\u2019autres questions\u00a0: est-ce que ce sont vraiment des images ou des preuves qui manquent\u00a0? Quelle v\u00e9rit\u00e9 cherche-t-on\u00a0? De quoi a-t-on besoin pour que le temps ne soit pas une machine qui produit l\u2019oubli, que ce soit \u00e0 un niveau individuel ou collectif\u00a0? Qu\u2019est-ce qui peut aider \u00e0 se souvenir, \u00e0 comprendre, \u00e0 penser, et \u00e0 son niveau sans doute surtout pour vivre avec, en en faisant quelque chose\u00a0? A partir de quoi retrouve-t-on ou \u00e9labore-t-on l\u2019histoire, sa propre histoire comme celle de tous\u00a0? En quoi les traces de l\u2019histoire de chacun disent-elles l\u2019histoire de tous, en quoi peuvent-elles contribuer \u00e0 faire histoire commune, en particulier quand il s\u2019agit de l\u2019histoire d\u2019une extermination qui a forc\u00e9ment \u00e9t\u00e9, en tant que telle, un sort partag\u00e9\u00a0?<\/p>\n<h3 class=\"spip\">\u00ab\u00a0Ici chacun dispara\u00eet\u00a0\u00bb, voix off de L\u2019image manquante<\/h3>\n<p>La question centrale autour de laquelle tourne ce film n\u2019est donc pas seulement celle des images ou de ce qu\u2019elles pourraient ou pas montrer ou prouver, c\u2019est aussi plus fondamentalement celle de la possibilit\u00e9 de repr\u00e9senter, voire plus simplement d\u2019expliciter, ce que les termes \u00ab\u00a0extermination\u00a0\u00bb et encore plus sans doute \u00ab\u00a0g\u00e9nocide\u00a0\u00bb ne d\u00e9signent qu\u2019imparfaitement. La formule prononc\u00e9e en voix off du film, \u00ab\u00a0Ici chacun dispara\u00eet\u00a0\u00bb, est une proposition assez simple pour en rendre compte. Car s\u2019il y a extermination, c\u2019est bien qu\u2019il se passe autre chose que l\u2019assassinat d\u2019un grand nombre de personnes. Il s\u2019agit alors de l\u2019entreprise concr\u00e8te, dans un moment et un lieu, \u00ab\u00a0ici\u00a0\u00bb, en l\u2019occurence, de faire \u00ab\u00a0dispara\u00eetre\u00a0\u00bb, ce qui signifie, au-del\u00e0 de la torture et de la mort, cette volont\u00e9 de \u00ab\u00a0r\u00e9duire en poussi\u00e8re\u00a0\u00bb comme le n\u00e9ologisme de l\u2019Angkar le dit \u2014 donc de g\u00e9rer la suppression de la vie mais aussi des traces qu\u2019elle peut avoir laiss\u00e9, de l\u2019identit\u00e9, du corps, du souvenir\u00a0\u2014, \u00ab\u00a0chacun\u00a0\u00bb, donc potentiellement tout le monde. Le pr\u00e9sent apporte cette dur\u00e9e concr\u00e8te et actualis\u00e9e\u00a0: \u00e7a a bien \u00e9t\u00e9 en train de se passer, et ce que chacun a pu vivre, c\u2019est ce risque imminent de dispara\u00eetre comme chacun de ceux dont il a pu constater la disparition. Au-del\u00e0 des pinaillages sur les chiffres, toujours l\u00e0 pour finir par d\u00e9montrer abjectement que le fait que l\u2019extermination n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 son terme est une raison suffisante pour en d\u00e9nier l\u2019existence, au-del\u00e0 m\u00eame du fait que l\u2019extermination se pr\u00e9sente toujours comme concernant certaines cat\u00e9gories de la population, il y a toujours centralement cette possibilit\u00e9 imminente, qui contribue \u00e0 l\u2019horreur v\u00e9cue par chacun en plus de ce \u00e0 quoi il assiste, d\u2019\u00eatre toujours susceptible de subir le sort des autres. Un par un, chacun, donc peut-\u00eatre tout le monde, dispara\u00eet, apr\u00e8s avoir v\u00e9cu comme un fant\u00f4me en sursis. Les limites de ce processus ne sont principalement li\u00e9es qu\u2019aux contraintes techniques de la gestion de la disparition, des vivants qui vont mourir, des corps de ceux qui sont morts, et c\u2019est aussi pour cela que les arguties n\u00e9gationnistes sont insupportables. Non pas qu\u2019il y aurait un caract\u00e8re sacr\u00e9 aux chiffres, non pas que le travail de l\u2019historien ne r\u00e9clame pas toujours des r\u00e9examens. Mais il y a une diff\u00e9rence fondamentale entre affiner une connaissance en comprenant le processus qui a \u00e9t\u00e9 en marche pour ce qu\u2019il a pu \u00eatre, et fonder un argumentaire sur les in\u00e9vitables difficult\u00e9s mat\u00e9rielles li\u00e9s \u00e0 l\u2019organisation et la gestion d\u2019une extermination de masse, pour en th\u00e9oriser la n\u00e9gation. Ce que cette phrase constate reste irr\u00e9ductible et ind\u00e9niable et ne d\u00e9pend d\u2019aucun chiffre.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">\u00ab\u00a0Le linguiste de la mort\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>C\u2019est donc aussi sur les mots que s\u2019interroge ce film, et c\u2019est un fil qui traverse l\u2019ensemble du travail de Rithy Panh. En m\u00eame temps qu\u2019il cherche quels mots permettraient de dire ce qui manque aux images, il montre comment le r\u00e9gime de l\u2019Angkar accorde une importance tr\u00e8s particuli\u00e8re \u00e0 la question du langage\u00a0: forger un homme nouveau passe par le fait de forger un langage nouveau.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p><i>La terreur passe d\u2019abord par le langage. Les Khmers Rouges ont commenc\u00e9 par assassiner les mots. A chaque mot \u00e9tait associ\u00e9 un r\u00eave ou un cauchemar.<\/i><br class=\"autobr\" \/><i>La parole film\u00e9e. Pour vaincre la terreur<\/i>, Rithy Panh.<\/p><\/blockquote>\n<p>Comme ce qui est valoris\u00e9, c\u2019est une sorte de retour aux sources mythifi\u00e9e d\u2019un pass\u00e9 khmer originel, c\u2019est aussi dans ce pass\u00e9 que l\u2019intervention linguistique des Khmers Rouges va puiser son inspiration. Les nouveaux mots qui remplacent les anciens participent de la mise au pas de la population, de la construction d\u2019un imaginaire appauvri et reformat\u00e9 compatible avec l\u2019id\u00e9ologie au pouvoir\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p><i> Je ne comprenais pas tous les termes utilis\u00e9s, par les Khmers rouges, souvent invent\u00e9s \u00e0 partir de mots existants\u00a0: ils m\u00ealaient de fa\u00e7on troublante sonorit\u00e9s et significations. Tout semblait glisser. Se d\u00e9placer. Pourquoi utilisait-on santebal pour d\u00e9signer la police, et non pas le traditionnel nokorbal\u00a0? Je d\u00e9couvris aussi le mot kamaphibal. Kamak peut se traduire par activit\u00e9, action. Kamak signifie \u00ab\u00a0ouvrier\u00a0\u00bb. Et phibal \u00ab\u00a0gardien\u00a0\u00bb. Litt\u00e9ralement le kamaphibal \u00e9tait le \u00ab\u00a0gardien du travail\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0gardien de l\u2019action\u00a0\u00bb\u00a0: nous appelions ainsi les gardes khmers rouges, qui \u00e9taient nos ma\u00eetres, nos ge\u00f4liers, et avaient sur nous pouvoir de vie et de mort.\u00a0<\/i>\u00a0<br class=\"autobr\" \/>Rithy Panh et Christophe Bataille, <i>L\u2019\u00c9limination<\/i>, p. 57-58<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce langage nouveau change la signification des mots, en particulier de ceux du pouvoir et contribue \u00e0 rendre possibles les modalit\u00e9s \u00e0 travers lesquelles il s\u2019exerce. C\u2019est un langage qui impose d\u00e9ni ou transformation de la r\u00e9alit\u00e9, en particulier sur ce qui rend possible l\u2019extermination, c\u2019est \u00e0 dire ce qui a trait \u00e0 la mort. <br class=\"autobr\" \/><i>KAMTECH<\/i> qui signifie \u00e0 l\u2019origine \u00ab\u00a0r\u00e9duire \u00e0 la poussi\u00e8re\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0d\u00e9truire\u00a0\u00bb devient le terme utilis\u00e9 pour \u00ab\u00a0tuer\u00a0\u00bb. Ici le sens est transform\u00e9 et impose la normalit\u00e9 de l\u2019entreprise exterminatrice. <br class=\"autobr\" \/>Ailleurs, c\u2019est le d\u00e9ni qui s\u2019institue\u00a0: <i>KAI TCHOAL<\/i> qui signifie \u00ab\u00a0abandonner\u00a0\u00bb devient le mot pour dire \u00ab\u00a0ex\u00e9cuter\u00a0\u00bb. Rithy Panh fait l\u2019hypoth\u00e8se que ces transformations autoritaires du langage, qui le rendent plus imag\u00e9, \u00e9labor\u00e9es par le num\u00e9ro 2 de l\u2019Angkor qu\u2019il surnomme \u00ab\u00a0le linguiste de la mort\u00a0\u00bb sont l\u00e0 pour aider ceux qui sont en charge de tuer \u00e0 le faire.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p><i>Je ne comprenais pas que des adolescents puissent tuer, ce n\u2019est pas un geste facile \u00e0 faire. Mais les Khmers Rouges ont travaill\u00e9 comme des linguistes, ils sont all\u00e9 chercher l\u2019origine du sens des mots (\u2026). Les Khmers Rouges ont forg\u00e9 un langage, une rh\u00e9torique qui a introduit une nouvelle sonorit\u00e9 dans la langue, tr\u00e8s \u00e9trange, bien compr\u00e9hensible (\u2026) insuffler la haine, la haine obs\u00e9dante, qui permet au paysan de commettre l\u2019acte difficile de tuer.<\/i><br class=\"autobr\" \/><i>La parole film\u00e9e. Pour vaincre la terreur<\/i>, Rithy Panh.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce d\u00e9tournement du langage est aussi utilis\u00e9 dans le cadre de la torture et des interrogatoires qui l\u2019accompagnent\u00a0: l\u2019aveu impos\u00e9 est une \u00e9tape n\u00e9cessaire, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de son r\u00e9cit mensonger obtenu sous la torture. Il est soigneusement consign\u00e9 et surjustifie l\u2019ex\u00e9cution en brouillant pour tous d\u00e9finitivement le rapport \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p><i>\u00a0La passion de l\u2019aveu est redoutable. A vous faire douter de la v\u00e9rit\u00e9. Pire\u00a0: \u00e0 vous faire douter de l\u2019importance de la v\u00e9rit\u00e9. Le soir o\u00f9 j\u2019ai fait mon autocritique, apr\u00e8s avoir racont\u00e9 la mission Apollo, je n\u2019ai pas pens\u00e9 un instant \u00e0 m\u2019expliquer. J\u2019ai dit ce qui devait \u00eatre dit. Je me suis conform\u00e9 aux d\u00e9sirs des Khmers rouges. J\u2019ai parl\u00e9 pour pouvoir retourner au silence. Etre invisible, c\u2019est \u00eatre vivant\u00a0; presque un individu. (\u2026) A S21 Duch exige un aveu. Peu importe que cet aveu soit incoh\u00e9rent ou absurde. Celui qui raconte et b\u00e2tit cette histoire nouvelle est un tra\u00eetre. Il parle en tra\u00eetre. Il reconna\u00eet ses crimes et ses mensonges. Il est condamn\u00e9 par le r\u00e9cit qui est exig\u00e9 de lui.<\/i><br class=\"autobr\" \/>Rithy Panh et Christophe Bataille, <i>L\u2019\u00c9limination<\/i>, p. 93-94<\/p><\/blockquote>\n<p>La propagande, qu\u2019elle passe par les mots ou par les images, n\u2019est pas seulement une vision fauss\u00e9e, positiv\u00e9e, de ce qui se passe qui vise \u00e0 en imposer l\u2019acceptation, elle joue aussi sur des m\u00e9canismes fondamentaux comme la possibilit\u00e9 m\u00eame de la construction du sens et du rapport \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Les images qui manquent et celles qui ne manquent pas<\/h3>\n<p>Pour retrouver le fil de cette v\u00e9rit\u00e9, Rithy Panh choisit de nous montrer des images qui ne manquent pas pour comprendre quelles images manquent ou plut\u00f4t pour dessiner le contour des images qui continueront de manquer. Il exp\u00e9rimente la possibilit\u00e9 par le cin\u00e9ma, le travail, la recherche, la r\u00e9flexion et l\u2019intelligence, de faire avec, pour et contre ce manque, de constituer quelque chose qui ne remplace pas ou ne se substitue pas mais qui brode y compris avec les manques. Et c\u2019est sans doutes toujours quelque chose comme \u00e7a, le travail de l\u2019archive, quand il est actif, vivant et cons\u00e9quent.<br class=\"autobr\" \/>Les images de propagande ne manquent pas, elles sont m\u00eame en trop pourrait-on dire puisqu\u2019elles mentent et n\u2019ont \u00e9t\u00e9 l\u00e0 que pour montrer l\u2019inverse de ce qui \u00e9tait en train de se passer. Des images construites, mises en sc\u00e8ne, qui sont l\u00e0 pour persuader de la pertinence du r\u00e9gime, contraindre \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion et produire des preuves d\u2019un pr\u00e9sent optimiste. Le titre du film vient d\u2019ailleurs d\u2019autres images qui ont remplac\u00e9 et occult\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 terrible \u00e0 laquelle on voulait refuser l\u2019acc\u00e8s\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019image manquante\u00a0\u00bb, c\u2019est d\u2019abord le titre d\u2019une chronique de Serge Daney dans le journal Lib\u00e9ration, qui d\u00e9signe ainsi les images inexistantes de Bagdad sous les bombes pendant la premi\u00e8re guerre du golfe, occult\u00e9es par les images de propagande vendant une guerre chirurgicale et quasi inoffensive. En nous montrant ces images de la propagande du r\u00e9gime, ces images en trop, Rithy Panh nous apprend aussi \u00e0 les regarder.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p><i>Les images de propagande ont le m\u00e9rite d\u2019affirmer l\u2019ambition du r\u00e9gime. A l\u2019\u00e9vidence, celui-ci veut montrer au monde de jeunes combattants, en pleine sant\u00e9, souriants et enthousiastes. Film de propagande communiste classique, jusque dans les effets visuels. Mais il y a des images terribles\u00a0: de petits gar\u00e7ons qui ploient sous la charge, de jeunes enfants d\u00e9charn\u00e9s\u2026 On devine que les travailleurs, au premier plan, sont en fait des cadres du r\u00e9gime\u00a0: ils ont de vraies chaussures\u00a0; ils sont bien nourris, on le voit \u00e0 leurs joues, \u00e0 leurs mains, \u00e0 leurs avant-bras\u00a0; enfin ils portent presque tous un stylo dans leur poche de chemise \u2014 comme Pol Pot (\u2026) \u00e9tonnantes m\u00e9daille d\u2019un r\u00e9gime qui s\u2019enorgueillit de casser les lunettes et de fermer les \u00e9coles.<\/i><br class=\"autobr\" \/>Rithy Panh et Christophe Bataille, <i>L\u2019\u00c9limination<\/i>, p. 21<\/p><\/blockquote>\n<p>Il nous montre comment un regard du d\u00e9tail peut les faire se trahir elles-m\u00eames, comment on peut voir, derri\u00e8re la fa\u00e7ade liss\u00e9e d\u2019une foule enthousiaste au travail la fatigue, le d\u00e9sespoir, le refus m\u00eame\u00a0: la r\u00e9ception reprend le pouvoir sur le sens.<\/p>\n<p>Les images du pass\u00e9 d\u2019avant l\u2019Angkar existent. Elles portent la trace d\u2019un souvenir collectif auquel le cin\u00e9ma peut redonner une sorte de vie. C\u2019est l\u2019image d\u2019une danseuse, de ces plaisirs futiles et urbains que le r\u00e9gime va balayer en vidant la capitale en quelques heures et en donnant \u00e0 tous la t\u00e2che d\u2019\u00e9difier le socialisme.<\/p>\n<p>Les images du souvenir intime, m\u00eame si elles n\u2019ont pas de mat\u00e9rialit\u00e9, ne manquent pas non plus.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p><i>Cet homme assis par terre est trop faible, il ne mange pas, ne se d\u00e9place plus. Son image est en moi depuis des ann\u00e9es. Je tends la main vers lui.<\/i><br class=\"autobr\" \/>Voix off de <i>L\u2019image manquante<\/i>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Mais les partager demande une reconstruction qui va en l\u2019occurrence se faire gr\u00e2ce au dispositif qui fait la particularit\u00e9 de ce film\u00a0: des figurines en terre peinte, des maquettes reconstitu\u00e9es \u00e0 partir de cette mati\u00e8re intime du souvenir qui ne seront anim\u00e9es que par les mouvements de cam\u00e9ra. Elles ne font pas preuve pour qui fait le choix de ne pas vouloir comprendre ce qui a pu se passer, mais elles t\u00e9moignent avec une esp\u00e8ce de pudeur de ce qui a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu, donnent un acc\u00e8s \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de cette extermination et de ce r\u00e9gime.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">L\u2019image comme preuve\u00a0?<\/h3>\n<p>Comme celle des nazis, l\u2019extermination des Khmers Rouges comporte la tentative de faire dispara\u00eetre les traces de son existence, tentative que le n\u00e9gationnisme ne fait fondamentalement que poursuivre. Pour l\u2019histoire du Cambodge, le refus de prendre en compte la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019extermination, ou la volont\u00e9 tenace de la minimiser assum\u00e9s par certains anti-imp\u00e9rialistes la plupart mao\u00efstes (Rithy Panh cite par exemple Alain Badiou) se sont appuy\u00e9s sur la critique de la propagande am\u00e9ricaine\u00a0: la critique de la propagande de la guerre froide se fait complotiste et passe d\u2019une critique du discours \u00e0 une n\u00e9gation des faits que ce discours utilise et met en sc\u00e8ne, li\u00e9 \u00e0 une d\u00e9fense militante du r\u00e9gime de l\u2019Angkar. Ce passage d\u2019une critique du discours \u00e0 une n\u00e9gation des faits s\u2019op\u00e8re \u00e0 partir du moment o\u00f9 intervient comme cruciale la question des preuves qui, au-del\u00e0 m\u00eame du fait que les r\u00e9gimes mis en cause se sont efforc\u00e9s de les faire dispara\u00eetre, sont toujours soumises au soup\u00e7on et consid\u00e9r\u00e9es comme insuffisantes.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p><i>\u00ab\u00a0Jacques Verg\u00e8s affirme sans ciller qu\u2019il n\u2019y a pas eu au Kampuchea d\u00e9mocratique de crime \u00ab\u00a0voulu\u00a0\u00bb\u00a0; pas de g\u00e9nocide\u00a0; pas de famine organis\u00e9e\u00a0; et, de surcro\u00eet, pas autant de morts qu\u2019on le pr\u00e9tend. Etait-il pr\u00e9sent dans le pays \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0? A-t-il eu acc\u00e8s \u00e0 des informations particuli\u00e8res par son ami de jeunesse Khieu Samphan, aujourd\u2019hui en proc\u00e8s \u00e0 Phnom Penh, et dont il est l\u2019avocat\u00a0? Alors vraiment, \u00ab\u00a0on n\u2019a qu\u2019\u00e0 regarder les charniers qu\u2019on a trouv\u00e9s, on ne trouve pas le nombre de morts qu\u2019on dit\u00a0\u00bb\u00a0? Fixer une image ne permet pas d\u2019\u00e9crire l\u2019histoire.\u00a0\u00bb <\/i> <br class=\"autobr\" \/>Rithy Panh et Christophe Bataille, <i>L\u2019\u00c9limination<\/i>, p. 118<\/p><\/blockquote>\n<p>Au-del\u00e0 du refus de ce soup\u00e7on qu\u2019aucune \u00ab\u00a0preuve\u00a0\u00bb ne peut venir faire taire, Rithy Panh pose la question de savoir ce qu\u2019on cherche dans les images\u00a0: les \u00ab\u00a0fixer\u00a0\u00bb pour y chercher des preuves serait l\u2019inverse d\u2019y voir la trace de ce qui s\u2019est pass\u00e9, \u00ab\u00a0regarder les charniers\u00a0\u00bb n\u2019am\u00e8ne pas forc\u00e9ment \u00e0 une compr\u00e9hension de l\u2019histoire\u00a0; tout d\u00e9pend sans doute de comment et pourquoi on les \u00ab\u00a0regarde\u00a0\u00bb et les images qui suffiraient \u00e0 prouver manqueront toujours. Il est d\u2019ailleurs notable de constater que certains de ceux qui ont suivi cette logique ont \u00e9t\u00e9 ensuite fortement impliqu\u00e9 dans le d\u00e9veloppement du n\u00e9gationnisme \u00e0 propos de l\u2019extermination nazie comme Serge Thion ou l\u2019ont accompagn\u00e9 avec bienveillance comme Noam Chomsky. Au-del\u00e0 de la d\u00e9fense id\u00e9ologique d\u2019un camp contre un autre, la logique n\u00e9gationniste poss\u00e8de sa dynamique propre qui n\u2019est pas r\u00e9ductible \u00e0 une forme d\u2019aveuglement id\u00e9ologique.<\/p>\n<p>Car quelle image \u00ab\u00a0vraie\u00a0\u00bb pourrait bien faire la preuve d\u2019une entreprise d\u2019extermination\u00a0? Que dit une image de mort, une image de torture\u00a0? A quoi sert de se contenter de la regarder ou de la montrer\u00a0? Que prouvent des registres remplis de noms et de photos\u00a0? Face \u00e0 toute entreprise n\u00e9gationniste, comme face \u00e0 tout conspirationnisme, la recherche, sans doute n\u00e9anmoins n\u00e9cessaire des preuves reste vaine, puisque la question est toujours de savoir ce qu\u2019on leur fait dire, avec quelle intelligence on les regarde, dans quelle mesure on est pr\u00eat \u00e0 consid\u00e9rer la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019histoire que les documents contiennent.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p><i>\u00ab\u00a0Manque-t-on vraiment de preuves\u00a0? Non. Il y a des dizaines de photographies prises par des \u00ab\u00a0camarades\u00a0\u00bb de S21. (\u2026) Un tel document doit \u00eatre analys\u00e9, d\u00e9cortiqu\u00e9, regard\u00e9 dans son contexte. Ce n\u2019est pas une preuve en soi. C\u2019est l\u2019histoire qu\u2019il contient qui est une preuve, mais cette histoire ne se donne pas. Elle se cherche. Dans La politique de la m\u00e9moire, Raul Hilberg \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Je voyais que c\u2019\u00e9tait, avant tout, un objet, dont la qualit\u00e9 de trace tangible \u00e9tait imm\u00e9diatement reconnaissable\u00a0: l\u2019original qu\u2019un bureaucrate avait eu un jour en main et sign\u00e9 ou paraph\u00e9. Plus encore, les mots figurant sur le papier constituaient, en l\u2019occurrence, une action en soi\u00a0: l\u2019accompagnement d\u2019une fonction. S\u2019il s\u2019agissait d\u2019une directive, cet original signifiait la totalit\u00e9 de l\u2019action de l\u2019initiateur.\u00a0\u00bb <\/i> <br class=\"autobr\" \/>Rithy Panh et Christophe Bataille, <i>L\u2019\u00c9limination<\/i>, p. 236<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u00e0 encore tout le pouvoir de faire dire ou de faire taire, de produire m\u00e9moire ou oubli, l\u2019histoire ou sa n\u00e9gation, r\u00e9side dans la perspective dans laquelle elle est re\u00e7ue. On peut trouver dans cette mani\u00e8re de faire une r\u00e9flexion sur ce qu\u2019il faut toujours faire de l\u2019archive ou du souvenir pour leur donner sens et les partager, il y a toujours \u00e0 reconstruire si ce qu\u2019on cherche ce n\u2019est pas une trace morte mais un fil pour retrouver ce qui a \u00e9t\u00e9 vivant.<\/p>\n<p>\u2014<\/p>\n<dl class=\"spip_document_3404 spip_documents spip_documents_left\">\n<dt><a title=\"PDF - 1.6 Mo\" href=\"http:\/\/www.non-fides.fr\/IMG\/pdf\/l_image_la_memoire_et_l_oubli.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.non-fides.fr\/local\/cache-vignettes\/L52xH52\/pdf-39070.png?1530835887\" alt=\"PDF - 1.6\u00a0Mo\" width=\"52\" height=\"52\" \/><\/a><\/dt>\n<dt class=\"spip_doc_titre\"><strong>L\u2019image, la m\u00e9moire et l\u2019oubli<\/strong><\/dt>\n<dd class=\"spip_doc_descriptif\">autour de la projection de L\u2019image manquante de Rithy Panh \u00e0 la Discordia le 24 janvier 2017<\/dd>\n<dd>source: non- fides..fr<\/dd>\n<\/dl>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>note \u00e0 la\u00a0 suite d&rsquo;une conversation avec un ami sur Valence( 26000) et ses d\u00e9boires :\u00a0\u00bb Et qui devient Seigneur d&rsquo;une cit\u00e9 accoutum\u00e9e \u00e0 vivre libre et ne la d\u00e9truit point, qu&rsquo;il s&rsquo;attende d&rsquo;\u00eatre d\u00e9truit par elle, parce qu&rsquo;elle a toujours pour refuge en ses r\u00e9bellions le nom de la libert\u00e9 et ses vieilles coutumes, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7964,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-12900","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12900","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7964"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12900"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12900\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12906,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12900\/revisions\/12906"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12900"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12900"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12900"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}