{"id":1247,"date":"2015-01-22T00:30:49","date_gmt":"2015-01-21T23:30:49","guid":{"rendered":"http:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=1247"},"modified":"2015-01-22T12:49:44","modified_gmt":"2015-01-22T11:49:44","slug":"appels-de-la-prison-de-segovie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=1247","title":{"rendered":"Aux libertaires ;Appels de la prison de S\u00e9govie"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0La publication de ce texte r\u00e9dig\u00e9 par Guy Debord qui faisait partie du livre avec aussi\u00a0 des lettres\u00a0 sublimes de compagnons enferm\u00e9s dans cette prison . Celui-ci \u00ab\u00a0appels de la prison S\u00e9govie\u00a0\u00bb de la collection\u00a0 champ libre est \u00e9puis\u00e9 aujourd&rsquo;hui il\u00a0 est impossible \u00e0 trouver m\u00eame\u00a0 chez les bouquinistes. L&rsquo; Appels de la prison de S\u00e9govie n&rsquo;a pas perdu son existant<\/strong><\/p>\n<p>r\u00e9dig\u00e9 par Guy Debord<br \/>\n<strong>Aux libertaires<\/strong><br \/>\nCoordination des groupes autonomes d&rsquo;Espagne,<br \/>\nAppels de la prison de S\u00e9govie<br \/>\n\u00c9ditions Champ Libre, Paris, novembre 1980<br \/>\nWeb : source \u00e9gar\u00e9e<br \/>\nESTIMABLES CAMARADES,<br \/>\nNous regrettons d&rsquo;avoir \u00e0 attirer votre attention sur une question grave et urgente que, normalement, vous devriez conna\u00eetre beaucoup mieux que nous qui sommes au loin, et \u00e9trangers. Mais nous sommes oblig\u00e9s de constater que diverses circonstances vous ont jusqu&rsquo;ici plac\u00e9s dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 de conna\u00eetre les faits ou leur signification. Nous croyons donc devoir vous exposer clairement ces faits, comme aussi les circonstances qui ont entrav\u00e9 votre information \u00e0 leur propos.<br \/>\nPlus de cinquante libertaires sont d\u00e9tenus en ce moment dans les prisons d&rsquo;Espagne, et beaucoup d&rsquo;entre eux depuis plusieurs ann\u00e9es sans jugement. Le monde entier, qui entend parler chaque jour des luttes men\u00e9es par les Basques, ignore compl\u00e8tement cet aspect de la r\u00e9alit\u00e9 espagnole d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. En Espagne m\u00eame, l&rsquo;existence et les noms de ces camarades sont parfois cit\u00e9s devant un secteur restreint de l&rsquo;opinion, mais on garde g\u00e9n\u00e9ralement le silence sur ce qu&rsquo;ils ont fait et sur leurs motifs ; et rien de concret n&rsquo;est entrepris pour leur d\u00e9livrance.<br \/>\nAussi, quand nous nous adressons \u00e0 vous tous, nous ne pensons \u00e9videmment pas \u00e0 reconna\u00eetre \u00e0 la C.N.T., telle qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 reconstitu\u00e9e, un r\u00f4le de r\u00e9f\u00e9rence centrale et de repr\u00e9sentation des libertaires : tous ceux qui le sont n&rsquo;en font pas partie, et tous ceux qui en font partie ne le sont pas.<br \/>\nL&rsquo;heure du syndicalisme r\u00e9volutionnaire est pass\u00e9e depuis longtemps, parce que, sous le capitalisme modernis\u00e9, tout syndicalisme tient sa place reconnue, petite ou grande, dans le spectacle de la discussion d\u00e9mocratique sur les am\u00e9nagements du statut du salariat, c&rsquo;est-\u00e0-dire en tant qu&rsquo;interlocuteur et complice de la dictature du salariat : car d\u00e9mocratie et salariat sont incompatibles, et cette incompatibilit\u00e9, qui a toujours exist\u00e9 essentiellement, se manifeste de nos jours visiblement sur toute la surface de la soci\u00e9t\u00e9 mondiale. \u00c0 partir du moment o\u00f9 le syndicalisme et l&rsquo;organisation du travail ali\u00e9n\u00e9 se reconnaissent r\u00e9ciproquement, comme deux puissances qui \u00e9tablissent entre elles des relations diplomatiques, n&rsquo;importe quel syndicat d\u00e9veloppe en lui-m\u00eame une autre sorte de division du travail, pour conduire son activit\u00e9 r\u00e9formiste toujours plus d\u00e9risoire. Qu&rsquo;un syndicat se d\u00e9clare id\u00e9ologiquement hostile \u00e0 tous les partis politiques, voil\u00e0 ce qui ne l&#8217;emp\u00eache aucunement d&rsquo;\u00eatre dans les mains de sa propre bureaucratie de sp\u00e9cialistes de la direction, tout \u00e0 fait comme un quelconque parti politique. Chaque instant de sa pratique r\u00e9elle le d\u00e9montre. L&rsquo;affaire \u00e9voqu\u00e9e ici l&rsquo;illustre parfaitement puisque, si en Espagne des libertaires organis\u00e9s avaient dit ce qu&rsquo;ils devaient dire, nous n&rsquo;aurions pas eu besoin de le dire \u00e0 leur place.<br \/>\nDe cette cinquantaine de prisonniers libertaires, qui sont en majorit\u00e9 dans la prison de S\u00e9govie, mais aussi ailleurs (\u00ab Prison Mod\u00e8le \u00bb de Barcelone, \u00ab Carabanchel \u00bb et \u00ab Yserias \u00bb de Madrid, Burgos, Herrera de la Mancha, Soria\u00c9), plusieurs sont innocents, ayant \u00e9t\u00e9 victimes de classiques provocations polici\u00e8res. C&rsquo;est de ceux-ci que l&rsquo;on parle un peu, et c&rsquo;est eux que certains paraissent en principe dispos\u00e9s \u00e0 d\u00e9fendre, mais plut\u00f4t passivement. Cependant les plus nombreux parmi ces prisonniers ont effectivement dynamit\u00e9 des voies ferr\u00e9es, des tribunaux, des \u00e9difices publics. Ils ont recouru \u00e0 des expropriations \u00e0 main arm\u00e9e contre diverses entreprises et un bon nombre de banques. Il s&rsquo;agit notamment d&rsquo;un groupe d&rsquo;ouvriers de la SEAT de Barcelone (qui se sont un moment pr\u00e9sent\u00e9s sous le nom d&rsquo;\u00ab Ejercito Revolucionario de Ayuda a los Trabajadores \u00bb), qui ont voulu apporter de la sorte une aide p\u00e9cuniaire aux gr\u00e9vistes de leur usine, ainsi qu&rsquo;\u00e0 des ch\u00f4meurs ; et aussi des \u00ab groupes autonomes \u00bb de Barcelone, Madrid et Valence, qui ont agi de m\u00eame, plus longtemps, dans l&rsquo;intention de propager la r\u00e9volution par tout le pays. Ces camarades sont \u00e9galement ceux qui se placent sur les positions th\u00e9oriques les plus avanc\u00e9es. Alors que le procureur demande contre certains d&rsquo;entre eux des peines individuelles allant de trente \u00e0 quarante ann\u00e9es d&#8217;emprisonnement, c&rsquo;est ceux-l\u00e0 sur lesquels on entretient partout le silence, et que tant de gens pr\u00e9f\u00e8rent oublier !<br \/>\n*<br \/>\nL&rsquo;\u00c9tat espagnol, avec tous les partis qui, au gouvernement ou dans l&rsquo;opposition, le reconnaissent et le soutiennent, et les autorit\u00e9s de tous les pays \u00e9trangers, toutes sur ce point amies de l&rsquo;\u00c9tat espagnol, et la direction de la C.N.T. reconstitu\u00e9e, tous, pour diff\u00e9rentes raisons, trouvent leur int\u00e9r\u00eat \u00e0 maintenir ces camarades dans l&rsquo;oubli. Et nous, qui avons un int\u00e9r\u00eat pr\u00e9cis\u00e9ment contraire, nous allons dire pourquoi ils le font.<br \/>\nL&rsquo;\u00c9tat espagnol h\u00e9ritier du franquisme, d\u00e9mocratis\u00e9 et modernis\u00e9 juste comme il le faut pour tenir sa place banale dans les conditions ordinaires du capitalisme moderne, et si empress\u00e9 de se faire admettre dans le pitoyable \u00ab March\u00e9 commun \u00bb de l&rsquo;Europe (et, en effet, il le m\u00e9rite), se pr\u00e9sente officiellement comme la r\u00e9conciliation des vainqueurs et des vaincus de la guerre civile, c&rsquo;est-\u00e0-dire des franquistes et des r\u00e9publicains ; et il est vrai qu&rsquo;il est cela. Les nuances ont l\u00e0 peu d&rsquo;importance : si, du c\u00f4t\u00e9 des d\u00e9mocrates staliniens, Carrillo est peut-\u00eatre \u00e0 pr\u00e9sent un peu plus royaliste que Berlinguer, en revanche, du c\u00f4t\u00e9 des princes de droit divin, le roi d&rsquo;Espagne est assur\u00e9ment tout aussi r\u00e9publicain que Giscard d&rsquo;Estaing. Mais la v\u00e9rit\u00e9 plus profonde et plus d\u00e9cisive, c&rsquo;est que l&rsquo;\u00c9tat espagnol d&rsquo;aujourd&rsquo;hui est en fait la r\u00e9conciliation tardive de tous les vainqueurs de la contre-r\u00e9volution. Ils sont enfin r\u00e9unis amicalement, dans la bienveillance qu&rsquo;ils se devaient r\u00e9ciproquement, ceux qui ont voulu gagner et ceux qui ont voulu perdre, ceux qui ont tu\u00e9 Lorca et ceux qui ont tu\u00e9 Nin. Car toutes les forces qui, en ce temps-l\u00e0, \u00e9taient en guerre contre la R\u00e9publique ou bien contr\u00f4laient les pouvoirs de cette R\u00e9publique &#8211; ce sont tous les partis qui si\u00e8gent aujourd&rsquo;hui aux Cort\u00e8s &#8211; poursuivaient, de diverses mani\u00e8res sanglantes, et atteignirent le m\u00eame but : abattre la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne de 1936, la plus grande que l&rsquo;histoire ait vu commencer jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour, et donc aussi celle qui encore pr\u00e9figure au mieux le futur. La seule force organis\u00e9e qui ait eu alors la volont\u00e9 et la capacit\u00e9 de pr\u00e9parer cette r\u00e9volution, de la faire et &#8211; quoique avec moins de lucidit\u00e9 et de fermet\u00e9 &#8211; de la d\u00e9fendre, ce fut le mouvement anarchiste (appuy\u00e9 uniquement, et dans une mesure incomparablement plus faible, par le P.O.U.M.).<br \/>\nL&rsquo;\u00c9tat et tous ses partisans n&rsquo;oublient jamais ces terribles souvenirs, mais s&#8217;emploient continuellement \u00e0 les faire oublier au peuple. Voil\u00e0 pourquoi le gouvernement pr\u00e9f\u00e8re, pour le moment, laisser dans l&rsquo;ombre le p\u00e9ril libertaire. Il aime mieux \u00e9videmment parler du G.R.A.P.O., forme id\u00e9ale d&rsquo;un p\u00e9ril bien contr\u00f4l\u00e9, puisque ce groupe est, d\u00e8s l&rsquo;origine, manipul\u00e9 par les Services Sp\u00e9ciaux, exactement comme les \u00ab Brigades Rouges \u00bb en Italie, ou comme la pseudo-organisation terroriste, au nom encore impr\u00e9cis\u00e9, dont le gouvernement fran\u00e7ais fait annoncer depuis quelques mois, par une s\u00e9rie de petits coups, l&rsquo;opportune entr\u00e9e en sc\u00e8ne. Le gouvernement espagnol, satisfait de son G.R.A.P.O., serait sans doute tr\u00e8s content de ne pas avoir en plus \u00e0 parler des Basques. Il y est pourtant contraint par leurs luttes effectives. Mais, apr\u00e8s tout, les Basques combattent pour obtenir un \u00c9tat ind\u00e9pendant, et le capitalisme espagnol pourra ais\u00e9ment survivre \u00e0 une telle perte. Le point d\u00e9cisif est cependant que les Basques savent tr\u00e8s bien d\u00e9fendre leurs prisonniers, qu&rsquo;ils ne laissent pas oublier un instant. La solidarit\u00e9 avait toujours \u00e9t\u00e9 chez elle en Espagne. Si on ne la voyait plus que chez les Basques, \u00e0 quoi ressemblerait l&rsquo;Espagne quand les Basques s&rsquo;en seront s\u00e9par\u00e9s ?<br \/>\nLes autres \u00c9tats de l&rsquo;Europe s&rsquo;accommoderaient sans peine d&rsquo;un Euskadi ind\u00e9pendant mais, affrontant depuis 1968 une crise sociale sans rem\u00e8de, ils sont aussi int\u00e9ress\u00e9s que le gouvernement de Madrid \u00e0 ce que l&rsquo;on ne voie pas repara\u00eetre un courant r\u00e9volutionnaire internationaliste en Espagne. Ce qui signifie, selon les plus r\u00e9centes techniques de la domination : qu&rsquo;on ne le voie pas, m\u00eame quand il repara\u00eet. Ces \u00c9tats, eux aussi, se souviennent de ce qu&rsquo;ils ont d\u00fb faire, en 1936, les totalitaires de Moscou, Berlin et Rome, aussi bien que les \u00ab d\u00e9mocrates \u00bb de Paris et Londres, tous en accord sur le besoin essentiel d&rsquo;\u00e9craser la r\u00e9volution libertaire ; et plusieurs pour cela acceptant d&rsquo;un c\u0153ur l\u00e9ger les pertes ou l&rsquo;accroissement des risques dans les conflits plus secondaires qui les opposaient entre eux. Or, aujourd&rsquo;hui, toute l&rsquo;information est partout \u00e9tatis\u00e9e, formellement ou sournoisement. Toute presse \u00ab d\u00e9mocratique \u00bb se trouve si passionn\u00e9e, et si angoiss\u00e9e, pour le maintien de l&rsquo;ordre social qu&rsquo;il n&rsquo;est m\u00eame plus n\u00e9cessaire que son gouvernement l&rsquo;ach\u00e8te. Elle s&rsquo;offre gracieusement pour soutenir n&rsquo;importe quel gouvernement en publiant exactement l&rsquo;inverse de la v\u00e9rit\u00e9 sur chaque question, m\u00eame tr\u00e8s petite ; puisque aujourd&rsquo;hui la r\u00e9alit\u00e9 de toute question, m\u00eame des plus petites, est devenue mena\u00e7ante pour l&rsquo;ordre \u00e9tabli. Il n&rsquo;y a aucun sujet pourtant o\u00f9 la presse, bourgeoise ou bureaucratique, trouve ses d\u00e9lices \u00e0 mentir comme lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de cacher la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une action r\u00e9volutionnaire.<br \/>\nEnfin, la C.N.T. reconstitu\u00e9e \u00e9prouve dans cette affaire un embarras r\u00e9el. Ce n&rsquo;est pas par indiff\u00e9rence ou par prudence qu&rsquo;elle est port\u00e9e \u00e0 se taire. Les dirigeants de la C.N.T. veulent \u00eatre un p\u00f4le de regroupement des libertaires sur une base syndicaliste, en fait mod\u00e9r\u00e9e et acceptable par l&rsquo;ordre \u00e9tabli. Les camarades qui ont recouru aux expropriations repr\u00e9sentent, de ce seul fait, un p\u00f4le de regroupement absolument contraire. Si les uns ont raison, les autres se trompent. Chacun est fils de ses \u0153uvres, et l&rsquo;on doit choisir entre les uns ou les autres en examinant le sens, la finalit\u00e9 de leurs actions. Si vous aviez vu la C.N.T. mener de grandes luttes r\u00e9volutionnaires durant ces derni\u00e8res ann\u00e9es que les camarades expropriateurs ont pass\u00e9es en prison, alors vous pourriez conclure que ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 un peu trop impatients et aventuristes (et d&rsquo;ailleurs la C.N.T., animant de grandes luttes r\u00e9volutionnaires, aurait quand m\u00eame, en d\u00e9pit des divergences, dignement agi pour les d\u00e9fendre). Mais si vous voyez plut\u00f4t que cette C.N.T. se satisfait de ramasser quelques pauvres miettes dans la modernisation de l&rsquo;Espagne, dont pourtant la nouveaut\u00e9 n&rsquo;a pas de quoi donner le vertige &#8211; encore un Bourbon ! et pourquoi pas un Bonaparte ? -, alors il faut admettre que ceux qui ont pris les armes n&rsquo;avaient pas fondamentalement tort. Finalement, c&rsquo;\u00e9tait le prol\u00e9tariat r\u00e9volutionnaire d&rsquo;Espagne qui, autrefois, a cr\u00e9\u00e9 la C.N.T., et non l&rsquo;inverse.<br \/>\nQuand la dictature a jug\u00e9 que le temps \u00e9tait venu de s&rsquo;am\u00e9liorer un peu, bien d&rsquo;autres ont pens\u00e9 cueillir, dans cette lib\u00e9ralisation, quelques petits avantages. Mais eux, ces camarades autonomes, ils ont tout de suite trouv\u00e9 d\u00e9shonorant de s&rsquo;en contenter. Ils ont aussit\u00f4t ressenti le besoin d&rsquo;exiger tout, parce que, v\u00e9ritablement, apr\u00e8s avoir subi pendant quarante ann\u00e9es toute la contre-r\u00e9volution, rien ne sera lav\u00e9 de cette injure avant d&rsquo;avoir r\u00e9affirm\u00e9 et fait triompher toute la r\u00e9volution. Qui peut se dire libertaire, et bl\u00e2mer les fils de Durruti ?<br \/>\nLes organisations passent, mais la subversion ne cessera pas d&rsquo;\u00eatre aim\u00e9e : \u00ab \u00bfQui\u00e9n te vi\u00f3 y no te recuerda? \u00bb Les libertaires sont aujourd&rsquo;hui encore nombreux en Espagne, et ils seront bien plus nombreux demain. Et heureusement, la plupart, et notamment la plupart des ouvriers libertaires, sont maintenant des incontr\u00f4l\u00e9s. De plus, beaucoup de gens, comme partout en Europe, ont engag\u00e9 des luttes particuli\u00e8res contre quelques aspects insupportables, tr\u00e8s anciens ou tr\u00e8s nouveaux, de la soci\u00e9t\u00e9 oppressive. Toutes ces luttes sont n\u00e9cessaires : \u00e0 quoi bon faire une r\u00e9volution, si les femmes ou les homosexuels ne sont pas libres ? \u00c0 quoi bon \u00eatre un jour lib\u00e9r\u00e9s de la marchandise et de la sp\u00e9cialisation autoritaire, si une d\u00e9gradation irr\u00e9versible de l&rsquo;environnement naturel imposait de nouvelles limitations objectives \u00e0 notre libert\u00e9 ? En m\u00eame temps, parmi ceux qui se sont s\u00e9rieusement engag\u00e9s dans ces luttes particuli\u00e8res, personne ne peut penser obtenir une r\u00e9elle satisfaction de ses exigences aussi longtemps que l&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;aura pas \u00e9t\u00e9 dissous. Car toute cette d\u00e9raison pratique est la raison de l&rsquo;\u00c9tat.<br \/>\n*<br \/>\nNous n&rsquo;ignorons pas que beaucoup de libertaires peuvent se trouver en d\u00e9saccord avec plusieurs th\u00e8ses des camarades autonomes, et ne voudraient pas donner l&rsquo;impression qu&rsquo;ils s&rsquo;y rallient compl\u00e8tement en prenant leur d\u00e9fense. Allons donc ! on ne discute pas de strat\u00e9gie avec des camarades qui sont en prison. Pour que cette int\u00e9ressante discussion puisse commencer, il faut d&rsquo;abord les ramener dans la rue. Nous croyons que ces divergences d&rsquo;opinions, qui, grossies \u00e0 la lumi\u00e8re de scrupules excessifs, risqueraient de porter quelques-uns de ceux qui se disent finalement r\u00e9volutionnaires \u00e0 ne pas regarder cette d\u00e9fense comme leur affaire, peuvent se ramener \u00e0 quatre types de consid\u00e9rations. Ou bien certains libertaires jugent autrement, dans une optique moins impatiente ou plus facilement apaisable, la situation actuelle de l&rsquo;Espagne et ses perspectives d&rsquo;avenir. Ou bien ils ne sont pas d&rsquo;accord sur l&rsquo;efficacit\u00e9 des formes de lutte que ces groupes autonomes ont choisies \u00e0 ce stade. Ou bien ils voient le cas o\u00f9 ceux-ci se sont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment mis comme \u00e9tant peu d\u00e9fendable sur le plan des principes, ou seulement sur le plan judiciaire. Ou bien ils croient manquer compl\u00e8tement de moyens d&rsquo;intervention. Nous estimons que nous pouvons tr\u00e8s facilement r\u00e9duire \u00e0 rien toutes ces objections.<br \/>\nCeux qui attendent maintenant quelque nouvelle am\u00e9lioration dans la situation socio-politique de l&rsquo;Espagne sont \u00e9videmment ceux qui se trompent le plus. Tous les plaisirs de la d\u00e9mocratie permise ont d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 leurs plus beaux jours, et chacun a pu voir qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient que cela. D\u00e9sormais tout s&rsquo;aggravera, en Espagne comme partout ailleurs. Les historiens s&rsquo;accordent g\u00e9n\u00e9ralement pour consid\u00e9rer que le principal facteur qui, pendant une centaine d&rsquo;ann\u00e9es, a rendu l&rsquo;Espagne r\u00e9volutionnaire, ce fut l&rsquo;incapacit\u00e9 de ses classes dirigeantes \u00e0 lui faire rejoindre le niveau du d\u00e9veloppement \u00e9conomique du capitalisme qui, dans le m\u00eame temps, assurait aux pays les plus avanc\u00e9s de l&rsquo;Europe, et aux \u00c9tats-Unis, des p\u00e9riodes beaucoup plus longues de paix sociale. Eh bien ! maintenant l&rsquo;Espagne va devoir encore \u00eatre r\u00e9volutionnaire pour cette nouvelle raison que, si la classe dirigeante modernis\u00e9e de l&rsquo;apr\u00e8s-franquisme se montre peut-\u00eatre plus habile pour rejoindre les conditions g\u00e9n\u00e9rales du capitalisme actuel, elle y arrive trop tard, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;instant o\u00f9 tout ceci se d\u00e9compose. On constate universellement que la vie des gens et la pens\u00e9e des dirigeants se d\u00e9gradent chaque jour un peu plus, et notamment dans ce malheureux \u00ab March\u00e9 commun \u00bb o\u00f9 tous vos francis\u00e9s au pouvoir vous promettent de vous amener comme si c&rsquo;\u00e9tait une f\u00eate. La production autoritaire du mensonge y grandit jusqu&rsquo;\u00e0 la schizophr\u00e9nie publique, le consentement des prol\u00e9taires se dissout, tout ordre social se d\u00e9fait. L&rsquo;Espagne ne deviendra pas paisible puisque, dans le reste du monde, la paix est morte. Un autre \u00e9l\u00e9ment d\u00e9cisif dans la propension de l&rsquo;Espagne au d\u00e9sordre fut assur\u00e9ment l&rsquo;esprit d&rsquo;autonomie libertaire qui \u00e9tait si fort dans son prol\u00e9tariat. C&rsquo;est justement la tendance \u00e0 laquelle l&rsquo;histoire de ce si\u00e8cle a donn\u00e9 raison, et qui se r\u00e9pand partout, puisque partout on a pu voir o\u00f9 m\u00e8ne le processus de totalitarisation de l&rsquo;\u00c9tat moderne, et \u00e0 quels tristes r\u00e9sultats est parvenu, par des moyens cannibalesques, le mouvement ouvrier domin\u00e9 par des bureaucraties autoritaires et \u00e9tatistes. Ainsi donc, au moment o\u00f9, dans tous les pays, les r\u00e9volutionnaires deviennent, sur cette question centrale, espagnols, vous, vous ne pouvez penser \u00e0 devenir autres.<br \/>\nNous comprenons beaucoup mieux les objections qui peuvent \u00eatre faites sur un plan purement strat\u00e9gique. On peut en effet se demander si, par exemple, piller des banques pour employer l&rsquo;argent \u00e0 acheter des machines d&rsquo;imprimerie, qui ensuite devront servir \u00e0 publier des \u00e9crits subversifs, constitue bien la voie la plus logique et la plus efficace. Mais en tout cas ces camarades ont incontestablement atteint l&rsquo;efficacit\u00e9, quoique d&rsquo;une autre mani\u00e8re : simplement en finissant par se faire emprisonner pour avoir, longuement et sans h\u00e9sitation, appliqu\u00e9 ce programme d&rsquo;action qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient trac\u00e9 eux-m\u00eames. Ils ont rendu un tr\u00e8s grand service \u00e0 la cause de la r\u00e9volution, en Espagne et dans tous les pays, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;ils ont cr\u00e9\u00e9 ainsi un champ pratique \u00e9vident qui permettra \u00e0 tous les libertaires \u00e9pars en Espagne d&rsquo;appara\u00eetre et de se reconna\u00eetre dans la lutte pour leur lib\u00e9ration. Par leur initiative, ils vous \u00e9pargnent la peine de chercher, \u00e0 travers de longues et difficiles discussions, quelle serait la meilleure fa\u00e7on de commencer \u00e0 agir. Il ne peut y en avoir de meilleure que celle-ci, car elle est tr\u00e8s juste en th\u00e9orie et tr\u00e8s bonne en pratique.<br \/>\nCertains libertaires auront peut-\u00eatre l&rsquo;impression que la gravit\u00e9 des faits, sur le plan judiciaire, rend plus difficile la d\u00e9fense de ces camarades. Nous pensons au contraire que c&rsquo;est la gravit\u00e9 m\u00eame de ces faits qui facilite toute action bien calcul\u00e9e en leur faveur. Des libertaires ne peuvent, par principe, accorder de valeur \u00e0 aucune loi de l&rsquo;\u00c9tat, et ceci est tout particuli\u00e8rement vrai quand il s&rsquo;agit de l&rsquo;\u00c9tat espagnol : consid\u00e9rant la l\u00e9galit\u00e9 de son origine, et tout son comportement ult\u00e9rieur, sa justice ne peut plus d\u00e9cemment fonctionner que sous la forme de l&rsquo;amnistie proclam\u00e9e en permanence, pour n&rsquo;importe qui. Par ailleurs, attaquer les banques est naturellement un crime fort grave aux yeux des capitalistes ; non aux yeux de leurs ennemis. Ce qui est bl\u00e2mable, c&rsquo;est de voler les pauvres, et justement toutes les lois de l&rsquo;\u00e9conomie &#8211; lois m\u00e9prisables, \u00e0 abolir par la compl\u00e8te destruction du terrain r\u00e9el o\u00f9 elles s&rsquo;appliquent &#8211; nous garantissent que jamais un pauvre ne se fait banquier. Il est arriv\u00e9 que, dans une rencontre o\u00f9 s&rsquo;\u00e9chang\u00e8rent des coups de feu, un gardien f\u00fbt tu\u00e9. L&rsquo;indignation humanitaire de la justice \u00e0 ce propos para\u00eet suspecte dans un pays o\u00f9 la mort violente est si fr\u00e9quente. \u00c0 certaines \u00e9poques, on peut y mourir comme \u00e0 Casas Viejas ou comme dans les ar\u00e8nes de Badajoz. \u00c0 d&rsquo;autres \u00e9poques, selon les n\u00e9cessit\u00e9s technologiques de l&rsquo;augmentation du profit, on peut aussi y mourir vite, comme deux cents campeurs pauvres br\u00fbl\u00e9s \u00e0 Los Alfaques ou soixante-dix bourgeois dans le luxe en plastique d&rsquo;un grand h\u00f4tel de Saragosse. Dira-t-on que nos camarades \u00ab terroristes \u00bb sont responsables de telles h\u00e9catombes ? Non, ils en sont aussi peu coupables que de la pollution du golfe du Mexique, puisque toutes ces petites l\u00e9g\u00e8ret\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 commises depuis qu&rsquo;ils sont en prison.<br \/>\nL&rsquo;affaire n&rsquo;est en rien judiciaire. C&rsquo;est une simple question de rapport de forces. Puisque le gouvernement a un int\u00e9r\u00eat si \u00e9vident \u00e0 ce qu&rsquo;on ne parle pas de ces camarades, il suffit qu&rsquo;on oblige \u00e0 en parler d&rsquo;une mani\u00e8re telle que le gouvernement soit contraint de conclure que son int\u00e9r\u00eat imm\u00e9diat est plut\u00f4t de les remettre en libert\u00e9 que de les maintenir en prison. Que le gouvernement choisisse alors d&rsquo;en venir \u00e0 ce r\u00e9sultat par un proc\u00e8s o\u00f9 ils seraient condamn\u00e9s au nombre d&rsquo;ann\u00e9es de prison qu&rsquo;ils ont d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9es, ou bien par une amnistie, ou bien en les laissant s&rsquo;\u00e9vader, c&rsquo;est sans importance. Nous devons cependant insister sur le fait que, tant qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas un mouvement d&rsquo;opinion s&rsquo;exprimant sur leur cas d&rsquo;une mani\u00e8re qui soit assez forte et mena\u00e7ante, une \u00e9vasion qui serait favoris\u00e9e par les autorit\u00e9s est dangereuse : vous connaissez bien la \u00ab ley de fugas \u00bb, et vous en reverrez plusieurs fois l&rsquo;application.<br \/>\n*<br \/>\nCamarades, nous ne nous permettrons pas de vous sugg\u00e9rer, \u00e0 vous qui \u00eates sur place et qui, coup par coup, pouvez peser les possibilit\u00e9s et les risques, telle ou telle forme d&rsquo;action pratique. Pourvu que soit partout mise en avant l&rsquo;exigence explicite de lib\u00e9ration de ces libertaires, toutes les formes d&rsquo;action sont bonnes, et celles qui font le plus scandale sont les meilleures. En vous groupant par affinit\u00e9s, vous pourrez d\u00e9couvrir ou reprendre, selon vos go\u00fbts et les opportunit\u00e9s, n&rsquo;importe lequel des moyens d&rsquo;agir qui furent employ\u00e9s en d&rsquo;autres temps ou qui restent encore \u00e0 exp\u00e9rimenter &#8211; en refusant seulement de tomber dans la bassesse des p\u00e9titions respectueuses que pratiquent partout, et vainement, les partis de gauche \u00e9lectoralistes. Il est m\u00eame tout d&rsquo;abord inutile de coordonner de telles actions autonomes. Il suffit qu&rsquo;elles convergent vers le m\u00eame but sp\u00e9cifique, en le proclamant toujours, et en se multipliant avec le temps. Et quand ce but pr\u00e9cis aura \u00e9t\u00e9 atteint, il se trouvera que ce courant libertaire agissant aura reparu, se sera fait conna\u00eetre et se conna\u00eetra lui-m\u00eame. Ainsi un mouvement g\u00e9n\u00e9ral sera en marche, qui pourra se coordonner de mieux en mieux pour des buts toujours plus amples.<br \/>\nLe premier but \u00e0 atteindre serait d&rsquo;obs\u00e9der le pays avec cette affaire, ce qui \u00e9quivaudrait par la m\u00eame occasion \u00e0 faire savoir dans le monde l&rsquo;existence pr\u00e9sente du mouvement r\u00e9volutionnaire libertaire en Espagne, en obligeant tous \u00e0 savoir l&rsquo;existence de ces prisonniers, en m\u00eame temps que l&rsquo;efficacit\u00e9 de ceux qui les d\u00e9fendent. Il faut que les noms de ces prisonniers soient connus dans tous les pays o\u00f9 les prol\u00e9taires se dressent contre l&rsquo;\u00c9tat, depuis les ouvriers qui m\u00e8nent les grandes gr\u00e8ves r\u00e9volutionnaires de Pologne jusqu&rsquo;\u00e0 ceux qui sabotent la production des usines d&rsquo;Italie, et jusqu&rsquo;aux contestataires qui vivent devant les portes des asiles psychiatriques de Brejnev ou des prisons de Pinochet.<br \/>\nComme il y a, malheureusement, trop de noms pour les citer tous (honte ! combien de Puig Antich sentent aujourd&rsquo;hui autour du cou la pression du garrot, mais pour trente ou quarante ann\u00e9es, selon la programmation gouvernementale !), on peut se limiter pour le moment \u00e0 citer les noms des coupables contre qui la justice r\u00e9clame, ou a d\u00e9j\u00e0 prononc\u00e9, des peines de plus de vingt ans de prison : Gabriel Botifoll G\u00f3mez, Antonio Cativiela Alf\u00f3s, Vicente Dom\u00ednguez Medina, Guillermo Gonz\u00e1lez Garc\u00eda, Luis Guillardini Gonzalo, Jos\u00e9 Hern\u00e1ndez Tapia, Manuel Nogales Toro. Mais il doit \u00eatre bien clair que l&rsquo;on exige la lib\u00e9ration de tous les autres, et m\u00eame des innocents.<br \/>\nLe premier point est de faire conna\u00eetre largement le probl\u00e8me ; ensuite de ne plus le laisser oublier, en manifestant, toujours plus fortement, une impatience croissante. Les moyens grandiront dans le cours du mouvement. Q&rsquo;une seule petite usine d&rsquo;Espagne se mette un jour en gr\u00e8ve pour cette revendication, et d\u00e9j\u00e0 elle sera un mod\u00e8le pour tout le pays. Vous n&rsquo;aurez qu&rsquo;\u00e0 faire conna\u00eetre aussit\u00f4t son attitude exemplaire, et la moiti\u00e9 du chemin sera faite. Mais, tout de suite, il ne faudrait pas que s&rsquo;ouvr\u00eet un cours \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9, une repr\u00e9sentation au th\u00e9\u00e2tre ou une conf\u00e9rence scientifique, sans que quelqu&rsquo;un, par une interpellation directe ou en faisant pleuvoir des tracts, n&rsquo;ait pos\u00e9 la question pr\u00e9alable de ce que deviennent nos camarades, et de la date o\u00f9 ils seront enfin lib\u00e9r\u00e9s. Il ne faudrait pas que l&rsquo;on p\u00fbt passer dans une rue d&rsquo;Espagne sans voir \u00e9crits leurs noms. Il faudrait entendre partout chanter des chansons qui parlent d&rsquo;eux.<br \/>\n*<br \/>\nCamarades, si nos arguments vous ont paru justes, diffusez et reproduisez au plus vite ce texte par tous les moyens que vous avez, ou que vous pouvez saisir. Et sinon, jetez-le \u00e0 l&rsquo;instant m\u00eame, et commencez tout de suite \u00e0 en publier d&rsquo;autres, qui soient meilleurs ! Car il est hors de doute que vous avez tous le droit de juger avec rigueur nos modestes arguments. Mais ce qui est encore plus hors de doute, c&rsquo;est que la scandaleuse r\u00e9alit\u00e9 que nous avons r\u00e9v\u00e9l\u00e9e de notre mieux n&rsquo;est pas, elle, un objet de votre jugement : au contraire, c&rsquo;est elle qui, finalement, va vous juger tous.<br \/>\nSalut !<br \/>\nVive la liquidation sociale !<br \/>\n1er septembre 1980<br \/>\nLES AMIS INTERNATIONAUX<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0La publication de ce texte r\u00e9dig\u00e9 par Guy Debord qui faisait partie du livre avec aussi\u00a0 des lettres\u00a0 sublimes de compagnons enferm\u00e9s dans cette prison . Celui-ci \u00ab\u00a0appels de la prison S\u00e9govie\u00a0\u00bb de la collection\u00a0 champ libre est \u00e9puis\u00e9 aujourd&rsquo;hui il\u00a0 est impossible \u00e0 trouver m\u00eame\u00a0 chez les bouquinistes. L&rsquo; Appels de la prison de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7964,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1247","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1247","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7964"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1247"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1247\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1254,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1247\/revisions\/1254"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1247"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1247"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1247"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}