{"id":10752,"date":"2017-12-28T10:06:50","date_gmt":"2017-12-28T09:06:50","guid":{"rendered":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=10752"},"modified":"2017-12-28T13:28:09","modified_gmt":"2017-12-28T12:28:09","slug":"romans-et-le-coup-detat-du-2-decembre-1851","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lelaboratoireanarchiste.noblogs.org\/?p=10752","title":{"rendered":"Romans et le coup d\u2019\u00c9tat du 2 d\u00e9cembre 1851"},"content":{"rendered":"<p>:\u00a0\u00bb Chaque pr\u00e9sent est vis\u00e9 par un pass\u00e9 en lequel il <i>doit<\/i> se reconna\u00eetre. L&rsquo;historien ne d\u00e9crit pas le pass\u00e9, il s&rsquo;arr\u00eate devant l&rsquo;image qui surgit \u00e0 l&rsquo;improviste. Cette image, qui est celle des anc\u00eatres encha\u00een\u00e9s, peut le sauver d&rsquo;un danger supr\u00eame (ne pas avoir d&rsquo;avenir). Il ne s&rsquo;agit pas de recueillir un h\u00e9ritage &#8211; car ce ne serait que <a href=\"http:\/\/www.idixa.net\/Pixa\/pagixa-1102020941.html\">l&rsquo;<\/a>h\u00e9ritage des vainqueurs.\u00a0\u00bb Walter Benjamin , th\u00e8se sur le concept d&rsquo;histoire<\/p>\n<p><b>D\u00e9cembre 1848 \u2013 d\u00e9cembre 1851 : la mise au pas<\/b><\/p>\n<p>Pour les Fran\u00e7ais, la r\u00e9volution de f\u00e9vrier 1848 doit ouvrir des temps de libert\u00e9s et de d\u00e9mocratie. Mais, le 10 d\u00e9cembre 1848, l\u2019\u00e9lection de Louis Napol\u00e9on Bonaparte \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique ruine ces espoirs. En quelques semaines, le conservatisme fige la jeune r\u00e9publique.<\/p>\n<p>Dans la Dr\u00f4me, le nouveau pr\u00e9fet Ferlay, farouche adversaire des libert\u00e9s, est nomm\u00e9 pour mater un d\u00e9partement trop agit\u00e9. Il met aussit\u00f4t en place un r\u00e9seau administratif \u00e0 son service et fait attribuer au d\u00e9partement 700 soldats suppl\u00e9mentaires. Les R\u00e9publicains les plus avanc\u00e9s s\u2019organisent alors autour du d\u00e9put\u00e9 de Romans Mathieu de la Dr\u00f4me et, aux \u00e9lections l\u00e9gislatives du 13 ami 1849, triomphent dans le d\u00e9partement en enlevant les sept si\u00e8ges, alors que la majorit\u00e9 nationale reste conservatrice.<\/p>\n<p>Une insurrection de Lyon sert de pr\u00e9texte \u00e0 la mise en \u00e9tat de si\u00e8ge de la Dr\u00f4me dont est charg\u00e9 le g\u00e9n\u00e9ral Lapenne : journaux et affiches sont censur\u00e9s, caf\u00e9s surveill\u00e9s, discours et chants \u00a0\u00bb s\u00e9ditieux \u00a0\u00bb r\u00e9prim\u00e9s, r\u00e9unions publiques interdites, des fonctionnaires sont arr\u00eat\u00e9s ou renvoy\u00e9s. Le maire de Romans, le franc-ma\u00e7on Maurice Rochas est r\u00e9voqu\u00e9 le 10 juin 1850, l\u2019administration municipale est confi\u00e9e au conservateur Eloy Bouzon, \u00e2g\u00e9 de 60 ans, proche du pr\u00e9fet bonapartiste.<\/p>\n<p>Pour lutter contre \u00e9touffement de la libert\u00e9, tout un r\u00e9seau de \u00a0\u00bb soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes \u00a0\u00bb se met en place. Les mauvaises r\u00e9coltes de grains, la maladie de la vigne, la faible production de cocons rendent les ann\u00e9es 1850-1851 difficiles et portent l\u2019exasp\u00e9ration \u00e0 son comble. \u00c0 ce m\u00e9contentement, Ferlay r\u00e9pond par une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 accentu\u00e9e.<\/p>\n<p>Le prince-pr\u00e9sident est \u00e9lu pour quatre ans, mais il se fixe bient\u00f4t comme objectif d\u2019obtenir sa r\u00e9\u00e9ligibilit\u00e9. Il introduit, en octobre 1850 une demande de r\u00e9vision de la Constitution tout en demandant l\u2019abrogation de la loi du 31 mai 1850 qui restreint le droit de vote. Mais il n\u2019obtient pas les trois quarts des suffrages de l\u2019Assembl\u00e9e, quorum n\u00e9cessaire \u00e0 cette r\u00e9vision constitutionnelle.<\/p>\n<p>Le 6 janvier 1851, le pr\u00e9fet Ferlay, accompagn\u00e9 du g\u00e9n\u00e9ral commandant le d\u00e9partement et de deux conseillers de pr\u00e9fecture vient \u00e0 Romans pour installer le nouveau conseil municipal et le maire Eloy Bouzon.<\/p>\n<p>C\u2019est au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 1851 que Louis-Napol\u00e9on se d\u00e9cide \u00e0 tenter un coup d\u2019\u00c9tat. La date du coup est fix\u00e9e au mardi 2 d\u00e9cembre, anniversaire du sacre de l\u2019Empereur, son oncle, et de la victoire d\u2019Austerlitz<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Du 2 d\u00e9cembre \u00e0 la mi-d\u00e9cembre 1851 : l\u2019insurrection<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans la Dr\u00f4me, la nouvelle du coup d\u2019\u00c9tat tombe dans un contexte de loi martiale et de r\u00e9pression.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 4 heures de l\u2019apr\u00e8s-midi, le 2 d\u00e9cembre que le pr\u00e9fet Ferlay re\u00e7oit du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur une d\u00e9p\u00eache dat\u00e9e de 8 h du matin annon\u00e7ant le coup d\u2019\u00e9tat : \u00a0\u00bb <em>le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur \u00e0 messieurs les pr\u00e9fets. Le repos de la France \u00e9tait menac\u00e9 par l\u2019assembl\u00e9e, elle a \u00e9t\u00e9 dissoute. Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fait appel \u00e0 la nation. Il maintient la R\u00e9publique et remet loyalement au pays le droit de d\u00e9cider de son sort. La population de Paris a accueilli avec enthousiasme cet \u00e9v\u00e9nement devenu indispensable<\/em> \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Huit heures seulement se sont \u00e9coul\u00e9es. La r\u00e9ussite du coup d\u2019\u00e9tat r\u00e9sulte aussi la diffusion rapide des informations en provenance de Paris dans tous les d\u00e9partements, ce qui permet au pr\u00e9fet Ferlay de r\u00e9agir en cons\u00e9quence. Cette rapidit\u00e9 est due \u00e0 l\u2019utilisation du t\u00e9l\u00e9graphe Chappe. Cependant, dans les heures qui suivent, le brouillard qui s\u2019installe dans la r\u00e9gion lyonnaise perturbe, et m\u00eame interrompt, la transmission des d\u00e9p\u00eaches de Paris qui arrivent cependant dans la Dr\u00f4me par Bordeaux.<\/p>\n<p>Ferlay communique la d\u00e9p\u00eache \u00e0 son complice, le maire de Romans, \u00e0 11 h du soir : \u00a0\u00bb <em>J\u2019ai d\u2019abord concert\u00e9 avec le g\u00e9n\u00e9ral (Lapenne), les mesures que nous avons cru devoir prendre dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la tranquillit\u00e9 publique. J\u2019ai ensuite envoy\u00e9 \u00e0 l\u2019impression la d\u00e9p\u00eache dont vous avez d\u00fb recevoir plusieurs exemplaires <\/em>\u00ab\u00a0. La ville de Romans est importante dans le dispositif de r\u00e9pression puisque tient garnison dans les casernes de la Presle et St-Nicolas, le 52\u00e8 (32\u00e8) r\u00e9giment de ligne.<\/p>\n<p>Le mercredi 3 d\u00e9cembre, \u00e0 7 heures du matin, Bouzon convoque en r\u00e9union extraordinaire le conseil municipal. Le maire donne lecture de la d\u00e9p\u00eache et pr\u00e9sente aux conseillers les mesures qu\u2019il a prises \u00e0 partir de minuit, pour assurer et maintenir la tranquillit\u00e9 de concert avec le chef de bataillon Ollivier, commandant de l\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge dans la ville de Romans et Bourg-de-P\u00e9age. Des piquets en armes sont install\u00e9s dans les casernes, les agents de police et la gendarmerie sont en permanence \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville. Un poste plac\u00e9 sur le pont vieux. \u00a0\u00bb <em>Rien n\u2019annonce n\u00e9anmoins que la tranquillit\u00e9 puisse \u00eatre troubl\u00e9e ; toutes les pr\u00e9cautions sont prises<\/em> \u00ab\u00a0. Le conseil municipal approuve toutes les mesures prises par le maire et d\u00e9signe 3 de ses membres pour rester \u00e0 la mairie.<\/p>\n<p>Dans la matin\u00e9e, le maire fait placarder une proclamation : \u00a0\u00bb <em>Chers concitoyens. De graves \u00e9v\u00e9nements viennent d\u2019avoir lieu dans la capitale. La R\u00e9publique est maintenue. Nous devons attendre avec calme que la nation ait r\u00e9pondue \u00e0 l\u2019appel qui va lui \u00eatre fait. L\u2019administration s\u2019appuyant sur le patriotisme et le concours de tous les citoyens a pris de concert avec l\u2019autorit\u00e9 militaire toutes les mesures n\u00e9cessaires pour assurer l\u2019ordre et faire respecter les personnes et les propri\u00e9t\u00e9s. Romanais ! Dans les temps les plus difficiles, notre ville est rest\u00e9e pure de tout exc\u00e8s. Personne, j\u2019en suis s\u00fbr, ne portera atteinte \u00e0 d\u2019aussi glorieux ant\u00e9c\u00e9dents<\/em> \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Au m\u00eame moment Bouzon re\u00e7oit du pr\u00e9fet une nouvelle d\u00e9p\u00eache. \u00a0\u00bb <em>La nuit a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s calme \u00e0 Valence, la troupe a bien fait son service. Les bons citoyens ont montr\u00e9 les meilleures dispositions. J\u2019ai re\u00e7u du ministre une seconde d\u00e9p\u00eache dat\u00e9e d\u2019hier 11 h du matin. Il m\u2019annonce des instructions et m\u2019invite \u00e0 le tenir exactement inform\u00e9 des moindres incidents qui pourraient survenir dans le d\u00e9partement. Je tire la cons\u00e9quence de cette d\u00e9p\u00eache que Paris \u00e9tait tranquille, hier \u00e0 11 h (du matin). L\u2019\u00e9tat de l\u2019atmosph\u00e8re ne nous permettra peut-\u00eatre pas d\u2019en recevoir aujourd\u2019hui, cependant si, contre toute apparence, je re\u00e7ois quelque chose, je vous en ferais part. Les d\u00e9p\u00eaches d\u2019hier nous sont parvenues par la voie t\u00e9l\u00e9graphique de Bordeaux, et l\u2019\u00e9tat de l\u2019atmosph\u00e8re ne nous a pas permis hier de communiquer avec Lyon : il se peut que nous le puissions aujourd\u2019hui <\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>\u00c0 4 h du soir, le pr\u00e9fet conforte le maire de Romans dans ces d\u00e9cisions pour tenir les Romanais : \u00a0\u00bb <em>Vous comprendrez qu\u2019ayant \u00e0 l\u2019adresser \u00e0 362 communes, je ne pouvais leur adresser en m\u00eame temps une instruction particuli\u00e8re, n\u2019en ayant moi-m\u00eame re\u00e7u aucune du gouvernement. Notre programme, monsieur le maire est comme le v\u00f4tre : respect aux personnes, respect aux propri\u00e9t\u00e9s, maintien de l\u2019ordre public. On me communique \u00e0 l\u2019instant un commencement de d\u00e9p\u00eaches intercept\u00e9 par les brouillards ; elle est de Parsi, d\u2019hier 1 h du soir. Le pr\u00e9sident passait en revue divers r\u00e9giments, ce qui prouvait que le nouveau gouvernement fonctionnait \u00e0 cette heure-l\u00e0. J\u2019approuve tr\u00e8s fort la mesure que vous avez prise de vous entourer du conseil municipal. Restez en permanence. Veillez au maintien de l\u2019ordre, r\u00e9primez \u00e9nergiquement toute tentative de d\u00e9sordre ; faites arr\u00eater ceux qui le tenteraient et comptez sur mon appui et sur celui de l\u2019autorit\u00e9 militaire. Valence et toutes les communes qui heureusement sont parfaitement tranquilles. Le g\u00e9n\u00e9ral est install\u00e9 \u00e0 la Pr\u00e9fecture. Nous sommes bien d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 faire respecter la tranquillit\u00e9 envers contre tous. La troupe est excellente. Les bons citoyens se montrent, qu\u2019on en fasse autant \u00e0 Romans. Veuillez communiquer cette<\/em> <em>d\u00e9p\u00eache \u00e0 votre coll\u00e8gue de Bourg-de-P\u00e9age. Nous ne communiquons pas par le t\u00e9l\u00e9graphe avec Lyon \u00e0 cause des brouillards<\/em> \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019instant m\u00eame o\u00f9 Ferlay s\u2019ouvre au maire de Romans de son soulagement de constater la tranquillit\u00e9 du d\u00e9partement, les ouvriers de Crest, grand centre textile du d\u00e9partement, manifestent \u00e0 la sortie des usines et assaillent \u00e0 coups de pierres la gendarmerie o\u00f9 s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9 le maire. Des attroupements se forment \u00e0 Aouste, Saillans ; le lendemain \u00e0 Pi\u00e9gros, Autichamp, Suze, Die, Saillans.<\/p>\n<p>Le 6 d\u00e9cembre, en pr\u00e9vision des incarc\u00e9rations qu\u2019il esp\u00e8re, Ferlay fait savoir \u00e0 Bouzon, en qui il a confiance, \u201c<em>je fais transf\u00e9rer dans la prison de Romans, 11 condamn\u00e9s d\u00e9tenus actuellement dans celles de Valence<\/em>\u201d\u00a0.<\/p>\n<p>Le lendemain, en d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, c\u2019est un torrent de trois \u00e0 quatre mille insurg\u00e9s qui arrive au sud de Crest. La troupe, que le pr\u00e9fet a rapidement fait renforcer, utilise ses armes. Une v\u00e9ritable bataille s\u2019engage. Mais les fusils de chasse et les faux emmanch\u00e9es \u00e0 l\u2019envers ne peuvent rien face aux tirs \u00e0 mitraille des canons. Le pr\u00e9fet Ferlay et le g\u00e9n\u00e9ral Lapenne savent r\u00e9agir et arr\u00eatent que \u00a0\u00bb <em>tout individu qui sera saisi les armes \u00e0 la main sera fusill\u00e9. Tous individu qui aura sonn\u00e9 le tocsin ou battu le rappel sera trait\u00e9 comme les insurg\u00e9s pris les armes \u00e0 la main. Les maires des communes o\u00f9 l\u2019on aura sonn\u00e9 le tocsin ou battu le rappel sans qu\u2019ils s\u2019y soient oppos\u00e9s, seront arr\u00eat\u00e9s et traduits devant les conseils de guerre, pour y \u00eatre jug\u00e9s comme complices des insurg\u00e9s. Les communes o\u00f9 les insurg\u00e9s se rassembleront seront responsables des dommages qu\u2019ils auront caus\u00e9s, et soumis \u00e0 l\u2019action en dommages-int\u00e9r\u00eats de la part des familles dont les membres auraient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s ou bless\u00e9s par les insurg\u00e9s<\/em> \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Au m\u00eame moment, ce 7 d\u00e9cembre, Ferlay adresse une nouvelle d\u00e9p\u00eache \u00e0 Bouzon afin de le rassurer, et ne l\u2019informe pas de la situation \u00e0 Crest : \u00a0\u00bb <em>Valence est tr\u00e8s tranquille. On a parl\u00e9 d\u2019une attaque pour ce soir, nous l\u2019attendons sans crainte. On a arr\u00eat\u00e9 diverses personnes. Je dirai aussi que je suis sans inqui\u00e9tude (pour Romans) puisque vous \u00eates \u00e0 la t\u00eate de l\u2019administration et que vous \u00eates entour\u00e9 d\u2019adjoints et d\u2019un conseil municipal qui nous inspirent toute confiance. Dans la journ\u00e9e d\u2019hier (il y a eu) un petit engagement \u00e0 St-Marcel (les-Sauzet ?), un capitaine de la garnison a tu\u00e9 de sa main un insurg\u00e9 et plusieurs de ces derniers ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s. On est parti ce matin pour aller les ch\u00e2tier. Je ne saurais trop vous le dire, nous sommes sans inqui\u00e9tude ici, soyez \u00e9galement sans inqui\u00e9tude \u00e0 Romans, mais il faut que les amis de l\u2019ordre se montrent partout pour faire voir que la soci\u00e9t\u00e9 a encore d\u2019\u00e9nergiques d\u00e9fenseurs<\/em> \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Le 8 d\u00e9cembre, le regroupement de quelques centaines d\u2019insurg\u00e9s \u00e0 Loriol n\u2019a pas de suite. Dans le Diois et dans le sud de la Dr\u00f4me, comme autour de Valence et de Romans comme \u00e0 Chanos ou Chavannes, les plans de marche avortent.\u00a0 Mal organis\u00e9, mal command\u00e9, le soul\u00e8vement dr\u00f4mois se solde partout par un \u00e9chec.<\/p>\n<p>Le 9 d\u00e9cembre, \u00e0 2 h du soir, Bouzon fait conna\u00eetre au conseil municipal, les derni\u00e8res d\u00e9p\u00eaches re\u00e7ues, annon\u00e7ant que la tranquillit\u00e9 se r\u00e9tablit presque partout, que Paris et les grands centres de population sont tranquilles, il lui fait part ensuite des mesures qu\u2019il a prises pour le maintien de l\u2019ordre \u00a0\u00bb <em>qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 un instant troubl\u00e9<\/em> \u00ab\u00a0. Enfin Bouzon soumet au conseil le projet d\u2019adresse qu\u2019il se propose de pr\u00e9senter au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique : <em>\u00a0\u00bb monsieur le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, au nom de la ville de Romans, la fureur des factions allait pr\u00e9cipiter la France dans l\u2019ab\u00eeme de l\u2019anarchie o\u00f9 le hideux socialisme s\u2019appr\u00eatait \u00e0 la d\u00e9vorer. D\u2019un coup d\u2019\u0153il rapide, vous avez mesur\u00e9 la profondeur du mal, et avec la promptitude de l\u2019\u00e9clair, vous y avez apport\u00e9 le seul rem\u00e8de qui put la sauver. Prince, poursuivez la mission que vous vous \u00eates impos\u00e9e, perfectionnez vos institutions, affermissez le pouvoir, donnez lui la stabilit\u00e9 et la France reconnaissante qui vous devra son repos, sa prosp\u00e9rit\u00e9, son bonheur, b\u00e9nira \u00e0 jamais votre nom<\/em> \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Le 10 d\u00e9cembre 1851, au cours d\u2019un nouveau conseil municipal extraordinaire, Bouzon rappelle que dans plusieurs villes, notamment Valence et Mont\u00e9limar, a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e une garde civique pour le maintien de l\u2019ordre et de la tranquillit\u00e9 qu\u2019il pense qu\u2019il est convenable de nommer une commission de 5 membres qui d\u00e9signeront les habitants qui devront en faire partie. Le conseil adopte la proposition et d\u00e9signe messieurs Sibilat, Giraud, Louis Nugues, Nicolas et Julhiet. D\u00e9cision devenue inutile puisque la menace de troubles n\u2019existe plus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>De la mi-d\u00e9cembre 1851 au 2 d\u00e9cembre 1852 : la victoire bonapartiste<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sur les insurg\u00e9s s\u2019abat alors une terrible r\u00e9pression organis\u00e9e par le pr\u00e9fet Ferlay. Deux bataillons affect\u00e9s \u00e0 la Dr\u00f4me commencent un ratissage syst\u00e9matique des secteurs insurg\u00e9s, aid\u00e9s par la gendarmerie et les troupes d\u00e9j\u00e0 en place.<\/p>\n<p>Les prisons sont pleines quand se d\u00e9roule le pl\u00e9biscite des 20 et 21 d\u00e9cembre destin\u00e9 \u00e0 ent\u00e9riner le coup d\u2019\u00c9tat. Le scrutin, ouvert pour le pl\u00e9biscite concerne le consulat \u00e0 vie \u00e0 conf\u00e9rer \u00e0 Louis-Napol\u00e9on Bonaparte. La peur savamment entretenue par la propagande officielle, le trucage \u00e9hont\u00e9 du scrutin (non secret), les menaces contre ceux qui oseraient voter \u00a0\u00bb non \u00a0\u00bb assurent le succ\u00e8s du prince, moins net cependant dans la Dr\u00f4me qu\u2019ailleurs : le taux d\u2019abstentions est sup\u00e9rieur, et pr\u00e8s de 14% de \u00a0\u00bb non \u00a0\u00bb contre 8,1% en France.<\/p>\n<p>\u00c0 Romans, le r\u00e9sultat est surprenant : 1462 oui (70 %) et 632 non (30%). Certes la population n\u2019avait pas boug\u00e9 apr\u00e8s le coup d\u2019\u00e9tat, notamment en raison de la pr\u00e9sence d\u2019une garnison et d\u2019un maire farouchement bonapartiste, mais cela ne signifiait une acceptation unanime du coup de force de Bonaparte : le pl\u00e9biscite en est la preuve.<\/p>\n<p>La chasse aux fugitifs se poursuit. Dans les sombres et froides cellules de la tour de Crest, on arrive \u00e0 entasser plus de 450 d\u00e9tenus. Les prisons de Valence et Romans d\u00e9bordent aussi. Dans un simulacre de jugement, sont examin\u00e9s plus de 1600 dossiers. Sept Dr\u00f4mois sont envoy\u00e9s au bagne de la Guyane. De nombreux autres connaissent les bagnes et enceintes fortifi\u00e9es de Toulon, Belle-\u00cele et Riom. Plus de 200, sur 496 pr\u00e9venus, sont d\u00e9port\u00e9s dans les camps en Alg\u00e9rie. Pour beaucoup d\u2019autres, ce sera l\u2019exil obligatoire \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, Mathieu de la Dr\u00f4me se retrouve \u00e0 Chamb\u00e9ry, l\u2019assignation \u00e0 r\u00e9sidence hors du d\u00e9partement et, dans le meilleur des cas, une mise sous surveillance apr\u00e8s quelques mois d\u2019emprisonnement.<\/p>\n<p>Les fondements de la r\u00e9publique sont aussi sap\u00e9s. Le 7 janvier 1852, c\u2019est une circulaire de Ferlay qui dissout des \u00a0\u00bb soci\u00e9t\u00e9s fraternelles \u00ab\u00a0, la franc-ma\u00e7onnerie. Le lendemain, le m\u00eame pr\u00e9fet arr\u00eate que \u00a0\u00bb <em>la devise Libert\u00e9-Egalit\u00e9-Fraternit\u00e9 ne sera plus \u00e9crite dans les actes publics, l\u2019inscription de cette devise et de toute autre qui rappellerait les temps r\u00e9volutionnaires sera effac\u00e9e<\/em> \u00ab\u00a0. Pour le dimanche 11 janvier, le gouvernement demande qu\u2019un Te Deum soit chant\u00e9 dans toutes les \u00e9glises paroissiales et que des secours soient \u00a0\u00bb distribu\u00e9s aux indigents \u00a0\u00bb : \u00e0 Romans, ce sont \u00a0\u00bb 800 livres \u00a0\u00bb de pain qui sont d\u00e9livr\u00e9es.<\/p>\n<p>Les conservateurs romanais se f\u00e9licitent du coup d\u2019\u00e9tat et de la r\u00e9pression qui frappe la gauche r\u00e9publicaine. Le 17 f\u00e9vrier 1852, l\u2019ancien maire et d\u00e9put\u00e9 Paul-Emile Giraud, \u00e9crit \u00e0 un de ses amis, Le Pr\u00e9vost, : \u00ab\u00a0<em> Romans a heureusement \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 cette tentative (d\u2019insurrection) , mais nous avons couru de grands dangers, et, sans la garnison notre ville \u00e9tait livr\u00e9e au pillage. Les doctrines socialistes ont infect\u00e9 pour longtemps notre pays. Que nos provinces du nord de la France sont plus sages et plus civilis\u00e9es, les m\u0153urs y sont plus douces et les masses plus \u00e9clair\u00e9es<\/em> \u00ab\u00a0. Le Pr\u00e9vost partage cette opinion : \u00a0\u00bb <em>J\u2019ai vu avec du plaisir que les insurrections socialistes n\u2019ont point atteint la portion du d\u00e9partement de la Dr\u00f4me que vous habitez. Quelle que puisse \u00eatre l\u2019opinion sur la nature du nouveau gouvernement (de L.-N. Bonaparte), nous lui avons toujours une immense obligation, c\u2019est de nous avoir d\u00e9barrass\u00e9 de la R\u00e9publique et des ex\u00e9crables rouges<\/em> \u00ab\u00a0. Pour le docteur Ulysse Chevalier, c\u2019est aussi un soulagement d\u2019avoir constat\u00e9 qu\u2019\u00e0 Romans \u00a0\u00bb <em>ces jours difficiles se sont pass\u00e9s sans le plus petit d\u00e9sordre<\/em> \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Eloy Bouzon (est-ce une forme de remerciement pour son z\u00e8le bonapartiste ?) re\u00e7oit dans sa ville, le 23 septembre 1852, le prince pr\u00e9sident qui doit alors pr\u00e9parer l\u2019opinion \u00e0 la restauration de l\u2019empire. Il l\u2019obtient par un nouveau pl\u00e9biscite le 21 novembre 1852 (plus de 7 800 000 oui contre 253 000 non). \u00c0 Romans, ses partisans ont fait du bon travail : 1869 oui contre 37 non.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Laurent JACQUOT<\/strong><\/p>\n<p>lu dans ce blog<a href=\"https:\/\/1851.fr\/lieux\/romans\">https:\/\/1851.fr\/lieux\/romans<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>:\u00a0\u00bb Chaque pr\u00e9sent est vis\u00e9 par un pass\u00e9 en lequel il doit se reconna\u00eetre. L&rsquo;historien ne d\u00e9crit pas le pass\u00e9, il s&rsquo;arr\u00eate devant l&rsquo;image qui surgit \u00e0 l&rsquo;improviste. Cette image, qui est celle des anc\u00eatres encha\u00een\u00e9s, peut le sauver d&rsquo;un danger supr\u00eame (ne pas avoir d&rsquo;avenir). 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